Psychiatrie : abandon sur ordonnance.

Ouverture

Évidemment, tout le monde n’est pas fou. En tout cas pas tout le temps. La loi en gestation est proposée aux sains mentaux pour se protéger de l’horreur des fous dangereux. Elle ne se demande pas si les fous seraient eux en danger. On laisse ça aux spécialistes de l’enfermement, chacun en sécurité chez soi et que les vaches folles soient bien gardées. On savait avec De Gaulle que les français étaient des veaux, ça n’a pas l’air d’avoir changé d’espèce.

L’ennui avec les lois d’exception, qui ne concernent que les autres, c’est qu’elles demeurent actives l’exception historique passée. Qui se souvient de nos jours des campagnes contre la garde à vue, dispositif d’exception qui permettait d’enlever légalement tout maghrébin attrapé dans la rue pour lui faire passer de 24 à 48 heures mémorables au fond d’un commissariat où l’on savait s’occuper de lui. Les français de souche (depuis au moins trois générations, et encore) n’auraient rien à craindre de cette violence coloniale.

Sauf que maintenant on s’en plaint. La garde a vue a fini par concerner tout le monde, juste et terrible retour des choses. Oh, on ne tourmente plus dans nos commissariats, on se contente de vous cuisiner sans témoin — et sans dormir. Entretien policier(1“) long très long plus ou moins soft. Cette exception française aura duré, jusqu’à ce qu’on en arrive à se soucier de s’en débarrasser, un demi siècle après. J’ai rencontré des professionnels honnêtes, irréprochables, ayant goûté aux délices de la garde à vue. On ne saurait comme on raconte(2“) que Freud aurait écrit de la Gestapo, la recommander à tous.

Le re renfermement des fous menace notre société tout entière. Se mettre à l’abri des autres, les Roms (plus les juifs, on ne touche plus à ça directement), les jeunes délinquants (allez distinguer, ah si, suis-je bête, d’après le type physique), les fous enfin. Ça a l’air tout simple.

Demandez à un juriste de quoi il retourne. Il retourne que cette affaire se retournera contre vous au bout du compte. Il retourne qu’on ne peut jamais se payer le luxe de lois d’enfermement et de discrimination, fichier national à l’appui, pour mieux sécuriser sans verser dans le contraire de ce qu’on prétend rechercher, la paix civile(3“). Il y aura toujours des crimes et des viols (et l’on murmure statistiquement qu’en la matière les non récidivistes sont nettement supérieurs en nombre aux dits), il y a un risque à courir seule dans un parc. Absolument minime mais incompressible. La question réside dans le hiatus entre l’impact émotionnel et la réalité statistique. La violence d’État peut nuire davantage que la violence privée.

Elle peut aussi être manipulatoire. La démagogie médiatique peut alimenter une campagne idéologico politique de répulsion psychique et de peur aussi mal fondée que celle qui aboutirait à réclamer le rétablissement de la peine de mort au lendemain d’un crime odieux.

Les psychiatres contestataires du projet fou de désordre anti-folie ont raison d’intervenir quand il est encore temps. La psychiatrie régressée à une neurologie DSM TCC de médicalisation de l’existence, ça existe. Les psychiatres qui, après nous avoir nous les psychopraticiens relationnels abandonnés à notre triste sort (qu’on ne s’inquiète pas nous nous en occupons, de notre sort, et en ferons un sort viable sinon enviable mais c’est une autre affaire), se retrouvent avec le même — notre — problème sur les bras, d’une croisade anti processus de subjectivation visant et nous et la psychanalyse, les psychiatres nous disent il faut se mobiliser contre le danger auquel nous vous avons abandonnés. Toujours la même histoire, il s’agit de vulgaires autres dont se débarrasser, il s’agit du danger de déshumanisation de la psychiatrie et d’inhumanisation de la société. À présent ils battent le rappel des volontés citoyennes et de la juste cause d’une psychiatrie humaniste.

Il était temps. Nous les appuyons car le Carré psy a besoin d’eux et de mener ce combat qui est aussi le nôtre. En n’oubliant pas qu’il faudra un jour qu’ils se souviennent du manque crucial d’appui et de reconnaissance qui fut (et le plus souvent demeure) le leur envers nous, manque malencontreux, moralement et politiquement suicidaire.

En attendant prenez connaissance du dossier qui suit. Il nous concerne tous, il concerne notre profession voisine de la psychiatrie, car le Carré psy est structurellement solidaire.

Philippe Grauer


Abandon sur ordonnance

Le gouvernement prépare pour cette rentrée une réforme de la loi de 1990 qui régissait jusque-là les modalités d’hospitalisation sous contrainte en psychiatrie. Hospitaliser sous contrainte, apanage de la psychiatrie, peut s’avérer nécessaire à protéger le patient de lui-même en période de crise, mais aussi à éviter les conséquences de troubles du comportement et de passages à l’acte.

Les crimes commis par des patients en état de démence, bien que surmédiatisés, sont rares voire rarissimes (Il y aurait autour de 5 crimes par jour en France, essentiellement commis en famille ou entre amis…90% des crimes étant élucidés par la police, les statistiques sont à la portée de tout observateur honnête …..) Les malades mentaux ne sont non seulement pas plus dangereux que les autres (ce qui est confirmé par une inévitable étude américaine), mais seraient, en revanche, bien plus exposés à la violence de leurs concitoyens.

Toutes ces observations viennent confirmer ce que tout praticien en psychiatrie sait depuis toujours, à savoir que les malades mentaux sont des êtres fragiles qu’il s’agit de protéger attentivement lors de la traversée de passages difficiles. La folie meurtrière relève de la marge et ne peut donc être au centre d’une politique de soins.

Le point saillant de la réforme proposée est la notion de « soin sans consentement ». « L’hospitalisation sous contrainte » de la loi précédente est ainsi remplacée par le « soin sans consentement » duquel pourrait éventuellement découler une hospitalisation après 72 Heures d’observation dans un centre ad hoc. Jusque-là, le patient était contraint aux soins pendant la durée de sa décompensation et dans le cadre d’un hôpital. Ce projet de loi inclurait désormais une obligation de soin à l’extérieur, y compris quand le patient est stabilisé. Il s’agirait de prévenir un malaise potentiel, sous contrainte. Le modèle fantasmé de traitement du patient dangereux est ainsi généralisé. La psychiatrie engendrerait de la sorte des citoyens particuliers, dont le statut serait calqué sur le modèle de la liberté conditionnelle, rivés à leurs droits par un bracelet chimique car, dans la pratique, cela se résumerait à l’obligation mensuelle de se faire injecter un neuroleptique retard avec menace d’hospitalisation en secteur fermé en cas de refus ou de non présentation au rendez-vous. Rêve-t-on qu’un patient réellement en phase dangereuse se rende si facilement à ses rendez-vous ?
Il s’agit d’une sédation obligatoire, étendue, dont les dérapages sont facilement imaginables. Le gouvernement veille à ce que les neuroleptiques soient pris et entend résumer les soins à cela. La dangerosité pour soi-même n’est pas même évoquée et le trouble à l’ordre public est prégnant. Alors que le risque suicidaire est la principale menace et le motif courant des mesures d’urgence, celui-ci n’apparaît pas dans le texte. Le motif de cette loi est donc sécuritaire et non sanitaire car le centre de ses préoccupations n’est pas de soulager une souffrance mais de veiller à un certain ordre public, sous couvert d’une efficacité bien théorique.

Il reste vrai que maltraité, attaché sur des lits d’hôpitaux, emprisonné ou abandonné à la rue, désigné à la vindicte populaire, obligé à des injections anonymes, assimilé à une tare génétique et pourquoi pas une erreur de la nature, le citoyen souffrant de troubles psychiques et sa famille pourraient faire part de leur mécontentement. Le gouvernement prendrait-il les devants avec un outil sécuritaire maquillé en entreprise de soins ? Une piqure chaque mois est-elle censée condenser toute la politique psychiatrique et masquer l’état de délabrement de l’appareil de soins ?

Ce projet de loi ne dit pas qui va courir après les 700 000 candidats à l’injection chaque mois, ne dit pas qu’un traitement est d’autant mieux accepté qu’il se situe dans une perspective de soin et non de coercition, ne dit pas qu’un traitement neuroleptique retard est tout à fait insuffisant à la prise en compte des pathologies qu’il concerne, ne dit rien du manque chronique de lits d’hospitalisation ou de structures extra-hospitalières. Selon ce projet, l’alliance thérapeutique avec le patient doit laisser place à la soumission obligatoire à une chimiothérapie sous peine d’enfermement, alors que tout traitement nécessite la collaboration du patient. Or les places d’hospitalisation manquent. De malhabiles technocrates rêveraient-ils d’une psychiatrie au rabais, sous-équipée, fonctionnant à la menace et osons le mot, pour « de sous-malades » ? Droguer, comme dans les prisons, pour faire régner le calme, reviendrait, pour ce qui nous concerne, à proposer aux patients des camisoles chimiques en enfermant dehors…. Pas de soin mais du silence. Une insulte.

Les malades, leurs proches, sont donc de plus en plus malmenés et ne sont plus des citoyens ayant accès à des soins dignes de ce nom alors que ceux-ci existent. Cette sous-citoyenneté n’est-elle pas l’indice d’un phénomène plus généralisé et l’attitude du gouvernement à l’égard de la maladie mentale n’est-elle pas le reflet du nouvel équilibre des pouvoirs au sein de notre société ?

Il serait illusoire, bien évidemment, de croire qu’une telle atteinte à la citoyenneté laisserait indemne le reste de la population. Tout d’abord parce que personne n’est à l’abri de troubles psychiques et est donc candidat à d’éventuels soins sans consentement mais aussi par ce qu’il convient d’insister sur ce qu’un tel projet vient dire de la structure actuelle de l’Etat français.

Un État fort, républicain, n’a aucun besoin de sous-citoyens et assume ses fonctions régaliennes (soins, justice, éducation, sécurité, culture, recherche, insertion, etc….)
Au sein d’un État fort, l’exception à la française d’il y a quelques décennies par exemple, le jeu du pouvoir est vertical et l’aversion des luttes horizontales qui favorisent les groupes de pression et desservent autant qu’ils inventent les minorités est religieusement établi. Un Etat fort protège un citoyen et lui enjoint des devoirs alors qu’un Etat faible favorise les communautarismes et organise les rapports de force dont il est le reflet.
La psychiatrie est particulièrement sensible à cette prépondérance de l’Etat.
Plus encore que les autres spécialités médicales, elle se montre dépendante de conditions politiques, ne serait-ce que dans l’organisation des soins. (cela va bien plus loin, mais ce n’est pas le sujet du jour). Alors qu’un Etat fort soigne avec les moyens dont il dispose, un Etat faible organise un espace de concurrence entre différents acteurs que sont, aujourd’hui pour la psychiatrie, lobbies industriels, religieux et sectes, médecines parallèles, médias, assurances, conseils juridiques, associations de consommation, ONG, etc. Il suffit d’un tant soit peu d’attention pour observer comment chacun se place sur ce marché.

Nous assistons au quatrième grand tournant de l’histoire de la psychiatrie. Celle-ci s’étale sur deux siècles.

1. La loi de 1838 consacre la victoire des psychiatres sur les juristes, les charlatans et les prérogatives de l’Eglise, dans le domaine de la santé mentale, en créant des lieux de soins laïques, spécifiques, à l’abri d’une justice expéditive, en collaboration avec les préfets. C’est la naissance des asiles psychiatriques. Les conservateurs appuient le projet parce qu’ils y voient une caution scientifique à l’isolement des déviants. Le traitement spécifique, « le traitement moral » de Pinel, n’y sera au bout du compte jamais appliqué et les asiles se cantonneront à être des lieux d’enfermement indignes. 100 000 internés au début du XX° siècle, les lettres de cachets monarchiques feront figure de « pratiques d’amateur » en la matière….. mais le domaine de compétence des psychiatres est défini. La psychiatrie républicaine née en 1801 de la plume de Pinel devient incontournable.

2. La troisième république, dans sa lutte acharnée contre L’Eglise, tente d’installer durablement le régime contre les monarchistes et s’appuie sur les psychiatres. La naissance des « psychothérapies » autour des années 1890, autorise ceux-ci à étendre leurs activités en dehors de l’asile, dans des cabinets privés, et permet l’ouverture vers la société civile. Un nouveau corpus scientifique, prenant acte de l’existence d’un » inconscient », démystifie l’hystérie et offre à L’État républicain un allié sûr dans sa lutte contre l’obscurantisme religieux de tendance monarchiste. Possession et démoniaque avaient fait long feu. L’asile, pour sa part, reste grosso modo ce qu’il était mais sa laïcité se confirme et l’idée de dispensaires commence à poindre ici ou là.

3. Le développement de la psychothérapie institutionnelle après la deuxième guerre mondiale projette de faire des asiles de réels lieux de soins, de soigner à proximité du lieu de résidence du patient, de favoriser l’insertion dans la cité. C’est une dénonciation de l’univers concentrationnaire de l’asile qui, dans une toute nouvelle approche, s’appuie sur les concepts issus de la résistance, les conquêtes sociales, « l’Etat providence » (la République qui s’occupe de ses enfants), le développement de la psychanalyse puis, plus tard, de la chimiothérapie. Il ne s’agit plus d’isoler voire de punir mais de privilégier la qualité du lien et la proximité. Tout le territoire français a ainsi été découpé en secteurs comme la République l’avait été en départements. « La parole et le soin à moins d’une journée de cheval du lieu de résidence ». Il s’agit d’une conception démocratique du soin.

La réussite de cette politique a été contrastée, relative aux initiatives locales des médecins chefs de service de ces unités. Elle réclamait une « inventivité adaptative » qui n‘a pas toujours été au rendez vous, et, par ailleurs, la fermeture de lits hospitaliers qu’elle a autorisée n’a pas été compensée par un financement équivalent des structures extra-hospitalières. Cette conception relève de facto d’une volonté politique.

4. Depuis les années 80 du siècle passé, nous assistons au quatrième tournant historique de la psychiatrie. Le “marché“, l’idéologie néo-libérale, la communauté européenne, différentes instances mondiales, les moyens de communication modernes, les nouveaux dogmes économiques et moraux, le communautarisme, poussent à une unification des modes de gouvernement et à la déchéance de la force de l’État.

L’équilibre entre État-nation, pouvoirs régaliens de l’État, place du citoyen, modalité des échanges commerciaux, mondialisation, nécessités démocratiques et influence des lobbies reste introuvable.

La psychiatrie actuelle est le reflet de cette situation. Nous assistons en effet à la construction d’une « bulle psychiatrique », aussi solide que ses équivalents financier ou immobilier, construite autour de ce qui reste une hypothèse de recherche, probablement fausse par ailleurs, à savoir l’origine génétique des troubles mentaux. Au nom de cette hypothèse, tout l’édifice psychiatrique existant est progressivement détruit. Les composantes sociales et psychanalytiques du dit édifice ne sont surement pas étrangères à ce déchainement de violence tant l’idéologie en cours privilégie la concurrence et « l’auto-entreprise de soi » plutôt que la qualité du lien.

Les nouvelles psychothérapies d’État participent du même phénomène. Il s’agit partout de ronger l’influence freudienne, et la génétique des troubles mentaux restant introuvable, de porter le fer sur son terrain, d’où l’alliance avec le cognitivo-comportementalisme.

L’État d’aujourd’hui veut une psychiatrie à ses ordres, de l’hôpital-prison au cabinet de psychothérapie de ville, en passant par l’obligation de soins injectables. Le citoyen, ou ce qu’il en reste, est sommé de s’adapter et de soigner sa “résilience”. Le malade n’a qu’à s’en prendre à ses gènes, abandonné.

Dr Patrice CHARBIT, pour le collectif des 39


Collectif des 39
Contre La Nuit Sécuritaire
Quelle hospitalité pour la Folie ?
Pour une psychiatrie humaine
Non à une loi de grand renfermement !

3ème Meeting National
du Collectif des 39
A Villejuif

Samedi 25 Septembre 2010
De 9 h. à 17h.
Espace Congrès Les Essalières, 3 bd Chastenet du Géry –
– M° Villejuif Léo Lagrange-

Inscrivez-vous sur le site : www.collectifpsychiatrie.fr


Imposture, illusion, régression

Un projet de loi de réforme de la loi du 27 Juin 1990 va être débattu au Parlement à l’automne, Projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et à leurs modalités de prise en charge.

Trois mots résume ce projet qui s’inscrit dans le droit fil du discours sécuritaire du Président de la République à Antony le 2 décembre 2009 :

Imposture, Illusion, et Régression.

Imposture

Car ce texte détourne, pervertit le mot « soin ». Sous le prétexte « d’améliorer l’accès aux soins et de garantir la continuité des soins », il met en place une logique de contrôle et de surveillance aux antipodes d’une approche qui permette de tisser une relation thérapeutique. Il est articulé essentiellement uniquement autour de la dangerosité, pas un article ne concerne les soins sans contrainte !

Avec la notion de soins sans consentement, qui remplace celle d’hospitalisation, il instaure une « garde à vue psychiatrique » de 72 h. qui pourra passer à 6 jours avec le délai dont disposerait le Préfet pour rendre son avis.
Avec l’instauration des soins sans consentement, il s’agit d’un saut, d’une rupture avec la conception des soins psychiques et des libertés analogue celle de la loi de février 2008 sur la rétention de sûreté !À aucun moment, il n’est question des hospitalisations libres ou des soins librement consentis, alors que ceux-ci représentent 80 % des situations cliniques.
Imposture enfin, car il s’appuie sur un pseudo – consensus des syndicats et des associations professionnelles, qui pour la plupart ont dénoncé cette loi comme une loi sécuritaire et non sanitaire.

Illusion

Car elle laisse croire aux familles que cette loi « répondra enfin » à leurs inquiétudes, leurs désarrois, leurs impasses dans les situations complexes.
Car elle veut faire croire à l’opinion publique qu’avec cette loi, le risque zéro drame sera possible !
Car elle veut faire croire que le traitement médicamenteux est le seul garant et le seul à même de soigner les maladies mentales.

Régression

Car il s’agit d’un renforcement de l’hospitalocentrisme, avec la mise en place systématique d’une hospitalisation à plein temps inaugurale.
Car, de ce fait, elle conduirait à la fermeture systématique des services d’hospitalisation.

Car elle instaure des assouplissements pour les entrées et un durcissement des procédures de sortie.

Car « les soins sans consentement en ambulatoire » assortis d’une obligation à accepter visites et consultations seraient sous – tendus par une menace de réhospitalisation par la force publique !

Car il instaure sans le dire un fichier psychiatrique (équivalent du casier judiciaire) : le médecin demandant que le patient bénéficie du droit commun devra systématiquement rappeler tous les antécédents d’hospitalisation sous contrainte.

Ce projet de loi est inacceptable !


Pour un grand débat national de société

Le Collectif des 39 appelle à un grand débat national de société sur l’hospitalité pour la folie, qui définisse une nouvelle politique de soins en psychiatrie :

– Quelle conception de la folie ?

– Quelle formation pour les professionnels ?

– Quels moyens en effectifs et quel budget pour la psychiatrie ?

– Quels droits et libertés ?

– Quelles places pour les patients et les familles
dans le dispositif soignant ?

Inscrivez-vous sur le site : www.collectifpsychiatrie.fr

  • 1 L’interrogatoire c’est très particulier. Conduire à l’aveu encore davantage. Autre champ méthodologique. Problématique de la véridiction vue par un tout autre bout. Passionnant en roman.
  • 2 À tort mais le bon mot a fait le tour du monde.
  • 3 Fut un temps où un policier s’appelait gardien de la paix.

Le projet de loi réformant les soins en psychiatrie : une insulte à la culture

Collectif des 39

Quelle hospitalité pour la Folie ?

Contre La Nuit Sécuritaire

Pour une psychiatrie humaine

Non à une loi de grand renfermement !


La rétrothérapie est en marche. La psychiatrie, régressée à la neurologie, cherche à s’emparer de la psychologie, et replongerait jusqu’aux bas-fonds des bégaiements de l’Histoire en matière de folie à coups de protocoles, d’électrochocs rebaptisés (on rebaptise beaucoup de nos jours) et de médicalisation de l’existence si l’on ne veillait à s’y opposer. Certains psychiatres encore dignes de ce nom protestent.

Cela peut se décliner sur le mode : l’idéologie sarkozyste se déploie dans le domaine psy. Que comptez-vous faire ? Par exemple déjà s’informer puis prendre position. Aux côtés des autres. Nos professions, particulièrement la nôtre, ne peuvent s’exercer dans le cadre d’une sorte d’inertie citoyenne. Elles requièrent certes pondération et réserve. Mais aussi du courage, de la clairvoyance et une certaine détermination humaniste qui aille avec.

Nous autres psychopraticiens relationnels sommes naturellement solidaires de nos collègues du Carré psy qui s’indignent de ce qui se prépare et se disposent à lutter contre. Nous rejoignons tout autant la Nuit sécuritaire que l’Appel des appels, qui fédère les protestations humanistes et citoyennes qui se donnent comme objectif de contenir en particulier les attaques contre la psy maltraitance, où les fous rejoignent les Roms dans une vindicte sécuritaire fondée sur la peur et la haine de l’autre, dont on sait les méfaits et ravages, à la fois politiques et dans notre domaine du soin pris de soi.

Cette diatribe un peu longuette vaut son pesant de moutarde de morale politico psychiatrique, et l’époque est en train d’y passer à la moutarde. Allez lisez ! nous avons tenu parole et trouvé moyen de vous faciliter la tâche en vous l’intertitrant. Et souvenons-nous que toutes les avancées démocratiques, toutes les inventions esthétiques demandent à être soutenues, sans relâche tant elles sont fragiles.

Philippe Grauer


Il faut être bête comme l’homme l’est si souvent pour dire des choses aussi bêtes que bête comme ses pieds, gai comme un pinson… Le pinson n’est pas gai, il est juste gai quand il est gai, triste quand il est triste ou ni triste ni gai…

J.Prévert

promotion de la barbarie et de l’inculture

Lorsque s’imposera le bilan de l’action présidentielle de Nicolas Sarkozy, on ne manquera pas de constater la déflagration qu’il aura initiée entre l’État et les avancées civilisatrices, les acquis culturels de notre pays. Et l’on pourra dresser un sinistre catalogue : discours à l’université de Dakar sur l’homme Africain “pas assez entré dans l’histoire“, loi organisant les soins psychiatriques sous contraintes en ambulatoire, centres de rétentions administratives à perpétuité, démantèlement de camps de Roms, de gens du voyage, création d’une inégalité des citoyens devant la loi, plaisanteries de mauvais goût devant les tombes des résistants des Glières, réponses insultantes à des citoyens en colère, mépris pour les lecteurs de la Princesse de Clèves, et bien sûr j’en passe. Promotion de la barbarie, insulte à la culture caractérisent cette politique.

Écoute singulière, formation sérieuse toutes catégories

Le discours présidentiel et la politique du gouvernement sont constamment marqués de la l’imperium de la culture du résultat ; l’action, fût-elle agitation volontariste, trouve seule grâce à leurs yeux. Or dans le champ du soin à la personne psychiquement en souffrance, cette orientation est catastrophique. Elle rejette les apports d’une clinique de la psychopathologie patiemment élaborés en particulier par les écoles françaises et allemandes, enrichie par la philosophie phénoménologique et par le génie freudien, approches qui nécessitaient d’écouter les patients cas par cas et une formation continue sérieuse de la part des praticiens de toutes catégories.

Protocolisation des pratiques

Elle y projette au contraire une protocolisation des pratiques et une évaluation détachée de tout contexte clinique, fondée sur des définitions de traits pathologiques sans commune structure mais dont l’addition se prête à des statistiques abusivement transposées ici. Cette agitation pseudo scientifique accompagne de fait un virement volontaire, violemment scandé, s’insufflant obsessionnellement dans les média, de l’interprétation de la psychopathologie comme souffrance individuelle vers l’affirmation de la dangerosité du patient pour autrui.

Passion de l’ignorance

On pourrait croire en effet sans rapport les errements du président et de son gouvernement avec l’observation de ce qui se passe en psychiatrie aujourd’hui ; pourtant, la préférence allant aux faux semblants, l’on y retrouve la haine de l’histoire et de la patience, de l’exigence intellectuelle, on y retrouve la lâche flatterie populiste de la passion de l’ignorance pour faire gober la promotion des entreprises de fabrications de coupables, on y retrouve une fermeture bornée aux hasards et à la singularité des rencontres qui fondent toute possibilité de création civilisatrice.

Se laisser enseigner par la rencontre avec le patient

Quand Picasso peignit son Nain d’après celui de Vélasquez dans les Ménines il était à l’apogée de son travail et en particulier du désapprentissage du savoir académique : lui-même affirmait : “À huit ans j’étais Raphaël, il m’a fallu toute une vie pour peindre comme un enfant“.
Dans nos professions nous savons bien quelles difficultés il nous faut affronter, traverser, pour savoir ne pas savoir et nous laisser enseigner (sinon soigner) par l’aventure de la rencontre avec des patients.

Solidarité avec la folie qu’il y a dans l’autre

Le caractère parfois inouï de leur souffrance pourrait nous tenter de recourir à la maîtrise, au contrôle, à la tentative de modifier par la manipulation des comportements qui nous dérangent trop ; répondant par la violence à la peur qui parfois les envahit nous pourrions alors renoncer à ce que Tony Lainé appelait « sa profonde solidarité avec la folie qu’il y a dans l’autre » niant nos propres failles, nous nous retrouverions du côté de la barbarie dont l’histoire de la psychiatrie a souvent montré trop de preuves.

Abrutissement médicamenteux ou enfermement

Praticiens de ce champ particulièrement sensible à ce qu’être humain peut signifier, notre travail quotidien est de nous réunir grâce à une orientation qui limite ces tendances barbares, dites inhumaines ; sans les nier, de veiller à opposer à la mise au ban de tel ou tel malade, à la répression de tel ou tel comportement par l’abrutissement médicamenteux ou l’enfermement , l’offre d’un accueil pour l’histoire de chacun avec sa temporalité pour entrer en confiance, avec la singularité des médiations que chacun reconnaît ou invente.

Psychiatres désaliénistes contre les lieux d’enfermement

Mais, nous voilà convoqués aujourd’hui là où la barbarie de la société de contrôle (au sens de Deleuze reprenant le syntagme de William Burroughs), tente de nous mener. Malgré la contestation radicale des psychiatres désaliénistes contre les lieux d’enfermement comme réponse à la question de la folie, malgré la leçon incontournable de Foucault, nous sommes conviés à participer activement à la recherche d’une maîtrise du symptôme par le contrôle des conditions de son émergence au domicile même du patient.

Une loi qui organise la continuité de la contrainte

Le projet de loi relative aux droits et à la protection (sic) des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge — qu’en termes galants ces choses là sont dites — organise la continuité de la contrainte au prétexte de la continuité des soins ; dévoiement de sens qui s’inscrit dans la cohorte des insultes à la culture, à l’apaisement du lien social qu’elle promeut, nouvel avatar qui vient stigmatiser une population et confirmer la défiance à l’encontre de ceux qui n’adhéreraient pas au projet médical les concernant (non compliants (1“) faut-il dire !) mais aussi à l’égard de l’étranger, du paresseux, du lettré, du sans papier, de l’analyste et de son patient, du voisin, de l’artiste, de l’homme de passage, sans oublier le raton laveur, car ne sont-ils pas des dangers potentiels pour le sommeil des bien pensants ?

Entreprise nuisible de chasse aux boucs émissaires

La promotion de la confusion entre Droits de l’homme et du citoyen et la mesquine petite somme des droits individuels permet d’agiter le chiffon d’une prétendue aspiration populaire à la sécurité plutôt que de se pencher sur les conditions de vie commune d’un peuple. Population facilement exclue à cause du mal-être qu’ils évoquent et que l’on préférerait ne pas voir, les patients comptent parmi les proies que s’autorise la puissance publique dans son entreprise nuisible de chasse aux boucs émissaires.

Organiser l’affrontement des plus démunis

Le projet de loi réformant l’obligation de soin pour les patients constitue donc un paradigme mortifère de cette tentative de destruction des solidarités garantes de la solidité du lien social entre les citoyens. Il s’agit là du projet cardinal d’un gouvernement pour lequel l’extrême droite est manifestement plus qu’une compagne de route et pour lequel aussi la défense des intérêts des plus nantis impose d’organiser l’affrontement des plus démunis dans leur multiplicité et avec leurs intérêts parfois contradictoires, ou comment faire oublier l’affaire Woerth-Bettencourt en organisant la chasse aux Roms puis en septembre le soin sous contrainte en ambulatoire auquel nous sommes déterminés à livrer une bataille sans concession.

Insulte à notre culture fertilisée par le romantisme et le surréalisme

Ce texte que députés et sénateurs seront amenés à examiner à l’automne prochain semble-t-il est une insulte à la culture car il ne laisse aucune place à ce qui du génie humain peut contribuer à tenter de donner hospitalité à la folie, il ne laisse aucune place au surgissement des potentialités créatrices qui, dans la folie, permettent à des sujets sur le point de succomber au tragique morcellement d’eux même , de reprendre pied, d’oser solliciter d’autres personnes encourageant la trouvaille de suppléance à leur abîme pour que la vie ne soit plus complètement impossible. Les relations étroites entretenues par la folie et l’art, l’adoption par les équipes soignantes de la fécondité dont la souffrance psychique peut parfois être porteuse sont autant de témoignages contre l’atteinte à l’intégrité sociale et politique des patients qui constitue une insulte à notre culture fertilisée par le romantisme et le surréalisme.

Un misérable contresens

La désignation des patients comme d’abord potentiellement dangereux est un raccourci inadmissible, un misérable contresens méconnaissant la fécondité poétique dont ils sont porteurs, méconnaissant l’apport de la folie à la connaissance de l’âme humaine, à ses créations artistiques, à ses trouvailles scientifiques. Éthiquement, elle est l’exact opposé de la considération attentive et solidaire que requiert toute pratique visant à prendre réellement soin de son contemporain. Philosophiquement elle dément honteusement l’incertitude fondamentale de la raison.

Exclure les praticiens, toutes catégories professionnelles confondues de leur fonction primordiale

Cette loi se caractérise aussi par la protocolisation abusive du soin (2“) : l’absence d’un patient à sa séance, au temps de rencontre avec le soignant faisant l’objet non d’un questionnement, d’une mise en perspective clinique mais d’un acte normé, automatique, obligatoire, au nom naturellement des bonnes pratiques : dénoncer le sujet concerné à l’autorité administrative laquelle éventuellement le ramènera menotté à l’hôpital.
Cette organisation visant au contrôle systématisé des « comportements » est un scandale dans le champ de l’aide, du soin. Elle consiste essentiellement à exclure les praticiens, toutes catégories professionnelles confondues de leur fonction primordiale : élaborer une réflexion sur leur travail pour ne pas nuire aux possibilités de traitement.

Oripeaux du conformisme académique

Nous savons bien que la seule possibilité que nous ayons de préserver la dignité et l’intégrité psychique des patients, et la nôtre aussi, réside dans l’effort pour aborder l’énigme particulière de la souffrance de chacun, et cela comme Picasso peignant son Nain l’a fait, en se débarrassant des oripeaux du conformisme académique.

Les modalités les plus excluantes possibles du vivre ensemble

Nous avons à chaque instant de nos pratiques à nous débarrasser autant que possible du fatras psychologisant et éducatif dont l’université fait volontiers la promotion. Nous avons aussi et surtout à nous débarrasser de tout ce qui pourrait nous paraître justifier que nous devenions acteurs du maintien d’un ordre public dont nous voyons au quotidien de l’arsenal législatif développé par les plus hautes autorités de l’État comment il tente d’imposer à un corps social au bord de la rupture les modalités les plus excluantes possibles du vivre ensemble et combien il confine à l’ordre moral dont le qualificatif de nouveau ne limite pas l’horreur.

Le pire ne demande qu’à faire retour

Avec, Freud nous ne pouvons pas y croire, mais avec lui il faut bien se rendre à l’évidence une fois encore : dans les moments de chamboulement de la société, aujourd’hui la mondialisation, les effets pacificateurs de la culture peuvent tomber les uns après les autres et quelquefois massivement. Le pire déferle alors et son cortège d’agonies, sa géhenne d’espérances perdues. Marquant l’extrême difficulté qu’il y a justement pour les hommes à vivre ensemble, à se retrouver dans le Babel des langues et des pulsions, le pire ne demande qu’à faire retour, livrant chacun sans limite à prendre sa place selon son organisation psychique au fil des événements, dominant ou dominé et parfois les deux à la fois, scène ouverte par l’oppression de l’homme par son semblable, avec la paille de la misère pourrissant dans l’acier des canons pour reprendre encore Prévert.

Guerre aux hyper exclus

Or l’on nous propose sans merci, le pauvre langage du président de la République en témoigne sans cesse, de faire la guerre contre ci, la guerre contre ça ; après la guerre économique le temps est à la guerre à la délinquance et à ceux qui l’incarnent : fous, roms et sans papiers faisant, semble-t-il, bien l’affaire. Bernard- Henri Lévy dans son article du Monde intitulé Les trois erreurs de Nicolas Sarkozy : mépris des Roms, outrage à l’esprit des lois, discours de guerre civile écrit : “tenir le langage de la déchéance […] c’est la garantie d’une société fiévreuse, inapaisée, où chacun se dresse contre chacun et où le ressentiment et la haine seront très vite les derniers ciments du lien social”

Aliéné : l’autre, l’étranger

Nous savons bien pourtant comment les fous, souvent déjà témoins d’horreurs passées, subissent parfois et pour les mêmes raisons le sinistre sort de ceux que la bête désigne comme boucs émissaires des malheurs du monde. L’étymologie peut être d’une aide précieuse dans la compréhension de ces tristes voisinages : aliéné du latin alius l’autre, le radicalement étranger, dont vient aussi témoigner la traduction allemande du mot aliéner : Entfremdung, rendre étranger donc. C’est vraiment à ceci que nous sommes conviés : faire des patients des étrangers radicalement autres et dont il ne faudrait que redouter la violence.

Éthiquement inadmissible

Il s’agit là d’une proposition éthiquement inadmissible, une fois encore, une insulte à la culture à laquelle nous refusons de nous associer.
Le 2 décembre 2008 un discours offensif contre nos patients avait été proféré, il n’était pas forcément de bon ton, au cénacle des professionnels de l’enfermement, d’y voir une attaque grave aux libertés publiques ; la suite vient et organise un statut très particulier de l’humain en souffrance psychique ou de n’importe qui troublerait l’ordre public du fait d’un comportement incompatible avec les exigences de l’ordre moral. Ainsi l’on pourrait demain se voir imposer des soins psychiatriques sous contraintes éventuellement à la maison voire une hospitalisation.

Policier de haut vol

Cette dernière se déroulerait dans des lieux sécurisés (pour lesquels rappelons le 70 millions d’euros ont été débloqués par le ministère en trois mois) et dans des conditions où aller et venir librement serait graduellement limité sinon empêché essentiellement selon l’appréciation de l’omnipotente autorité administrative et l’étrange bénédiction présidentielle : “personne mieux qu’un policier de haut vol ne saurait en exercer les prérogatives“, le tout éventuellement sur signalement des directeurs d’hôpitaux obligatoirement prévenus par les équipes soignantes.

Qui fantasmerait de se déguiser en préfet ?

Lacan reprenant le Balcon de Jean Genet rappelle à propos du rapport du sujet avec la fonction de la parole que “si est un rapport adultéré un rapport ou chacun a échoué et où personne ne se retrouve [….] continue de se soutenir si dégradé soit-il[…]comme quelque chose qui est lié a ce qu’on appelle l’ordre et cet ordre se réduit quand une société en est venue à son plus extrême désordre à ce qui s’appelle la police“. Dans la pièce de Genet, les petits vieux réclament des uniformes de généraux, d’évêques et de juges pour jouir dans le ventre des prostituées mais personne ne demande à enfiler les oripeaux du préfet de police qui choisit le phallus comme emblème, lui qui, pivot de tout, se désespère en même temps que sa fonction ne soit pas assez attractive pour que l’on souhaite s’identifier à lui.

Une réelle violence instituée

Il va de soi que nous ne saurions empêcher le président et ses préfets de jouir de leurs semblants phalliques, le voudrions nous que n’en n’aurions pas les moyens, mais nous avons le projet résolu d’empêcher qu’ils emportent les plus vulnérables d’entre nous dans leur préoccupante sarabande. “L’État qui fait la guerre se permet toutes les injustices, toutes les violences” dit Freud dans ses Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort. Il y a dans le projet de loi qui nous bouleverse une réelle violence instituée, d’autant plus inquiétante que le principe civilisateur, l’apaisement créatif du lien entre les citoyens, sera d’autant plus difficile à mettre en œuvre dans ce moment de risque de « grande misère psychologique des masses » pour là encore reprendre Freud.

Outil “relationnel” stéréotypé

Les prochaines dispositions législatives concernant les personnes nécessitant des soins psychiatriques sont à l’aulne de ce qui s’enseigne sur les bancs des écoles de médecine et de soins infirmiers : c’est ainsi qu’il est enseigné dans les établissements publics de santé une méthode consistant à permettre au personnel devant un patient agité, de savoir utiliser tel ou tel outil relationnel stéréotypé pour pacifier la situation ou à défaut d’utiliser des techniques issues des arts martiaux ; la guerre disais-je ; c’est ainsi qu’il faut déplorer la suppression progressive mais rapide des formations universitaires en psychopathologie, c’est ainsi que telle officine de recherche établit un classement ridicule de l’efficacité des thérapies, c’est ainsi encore que s’organise un diplôme de psychothérapeute visant à former en trois ans des professionnels de la psychothérapie (3“).Ces pratiques tiennent lieu de réflexion référencée approfondie, prudente et précautionneuse sur les causes, le sens de la survenue de tel ou tel évènement, insulte à la culture vous dis-je.

Une réelle hospitalité pour la folie

Il y a lieu à ce propos de constater que ce désastreux dévoiement de nos pratiques et de l’enseignement n’est pas de la seule responsabilité du gouvernement. Certains professionnels y ont leur part qui en effet réclament, enseignent, promeuvent, appliquent ces méthodes simplificatrices et violentes de relation avec les patients. La contrainte à la maison, l’immobilisation techniquement maîtrisée en lieu et place de la tentative toujours retravaillée de trouver les moyens d’une réelle hospitalité pour la folie, constituent ainsi les moyens nouveaux proposés aux professionnels dans l’exercice de leur profession.
Nous avions pourtant mis beaucoup d’espoir dans la révolution copernicienne en psychiatrie qui ne centrait plus la question de la folie sur celle de l’asile ; nous avions cru dépassée la loi d’exception dont le premier effet avait été d’imposer un statut hors le droit commun à ceux que la parfaite étrangeté qui les définissait avait fait nommer « aliénés ».

Nous voilà aujourd’hui renvoyés à cette approche ségrégative donnant aux plus fragiles d’entre nous un statut d’extra territorialité, les excluant du droit commun et les assignant au titre de leur souffrance particulière à l’enfermement à l’hôpital ou pire encore désormais, chez eux.

Galilée

Nous n’aurions pas dû oublier qu’un an avant sa mort, huit ans après sa condamnation définitive, Galilée, devenu complètement aveugle, écrivit dans un sonnet :

Monstre je suis plus étrange et difforme

Que harpie sirène ou chimère….

Et je perds et mon être et ma vie et mon nom

La barbarie du savoir dogmatique, de la norme indiscutable peut aussi défaire le sujet péniblement rassemblé autour de sa faille originelle.
Nous avons eu tort d’imaginer le progrès désaliéniste comme définitif, sans doute n’avions- nous pas assez bien lu Freud et son Avenir d’une illusion : toutes les avancées démocratiques, toutes les inventions esthétiques demandent à être soutenues, sans relâche tant elles sont fragiles.

Fécondité des brassages

Nous n’acceptons pas cette réforme imposée du soin en psychiatrie qui ne tient aucun compte de ce que la réflexion clinique attentive permet de médiations, d’inventions chaque jour à chaque rencontre avec chacun des patients dont la singularité de la souffrance nous enseigne les méandres de la complexité psychique, dont l’histoire particulière avec ses appartenances sociales et ses origines sur le globe est à considérer avec bienveillance là où le sarkozysme, pauvre référence politique mal inspirée des plus sinistres thèses stigmatisantes et rejetantes, ne veut rien savoir de la fécondité des brassages ethniques et culturels.

S’opposer à la casse

Le pouvoir s’attaque chaque jour un peu plus au socle sur lequel la République s’est construite, il a entrepris une destruction quasi systématique des propositions du Conseil national de la Résistance, il met à mal les droits essentiels de l’homme et du citoyen, organise des niveaux différents de citoyenneté, s’attaque à ce que l’histoire récente de la psychiatrie a tenté de développer, il met ainsi en danger la civilisation, la culture même qui permet aux humains d’essayer de vivre ensemble. Il y a là plus que jamais une ardente obligation à s’opposer à cette casse, à refuser d’appliquer des lois sans légitimité, à continuer d’essayer d’établir pour les générations à venir les bases d’une civilisation non excluante, les fondements d’une organisation sociale ou dire le mot culture ne serait pas une insulte.

L’homme en souci de l’homme

Nous sommes aujourd’hui dans la position décrite par Francis Ponge à propos de Giacometti : “ l’homme en souci de l’homme, en terreur de l’homme, s’affirmant une dernière fois en attitude hiératique, d’une suprême élégance. Le pathétique de l’exténuation à l’extrême de l’individu réduit à un fil” Ce fil est fragile, il tient chacun des hommes et ne demande qu’à se rompre, nous sommes garants du maintien de son intégrité, c’est ainsi que les poètes, les peintres, les musiciens pourront continuer à tisser avec ce fil à quoi nous sommes réduits, la beauté et l’espérance du monde.

Briser le joug qui pèse sur l’âme

Il y a un acte de profonde culture à refuser le projet de loi organisant des soins sous contrainte à domicile, un des actes de résistance que la dérive actuelle du pouvoir exige, comme de refuser le traitement discriminatoire de certaines catégories de citoyens réduits aux actes commis par une infime minorité d’entre eux. Il y a lieu de prendre ainsi notre place, calmes sous nos sabots, brisant le joug qui pèse sur l’âme et sur le front de toute humanité pour citer Rimbaud dans son poème Morts de quatre vingt douze.

Michaël et Jacqueline Guyader.


3ème Meeting National du Collectif des 39

Samedi 25 Septembre 2010

De 10 à 17:00


Un projet de loi de réforme de la loi du 27 Juin 1990 va être débattu au Parlement à l’automne. Projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et à leurs modalités de prise en charge.

Trois mots résument ce projet qui s’inscrit dans le droit fil du discours sécuritaire du Président de la République à Antony le 2 décembre 2010 :

IMPOSTURE, ILLUSION, ET RÉGRESSION.


On peut

répondre à : lanuitsecuritaire@collectifpsychiatrie.fr

écrire à : remove@collectifpsychiatrie.fr

  • 1 En français mieux vaudrait dire obéissants, dociles. NdlR
  • 2 C’est nous qui soulignons. NdlR
  • 3 C’est nous qui soulignons.

Quel homme ?

Il n’y a pas que la psychanalyse. Mais il y a la psychanalyse. Il n’y a pas que Lacan mais il y a également Lacan. Alors si vous êtes un homme, courez donc voir quel homme vous pouvez bien être. Sinon, pulsion épistémophilique ou scopique au choix, allez voir tout de même ce qui se passe et raconte du côté de chez Freud à Espace analytique sur les hommes de nos jours.

Tout cela sera dit en lacanien, un idiome à connaître sans y perdre — de grâce ! ni son latin ni soi-même.

Philippe Grauer


L’inscription des acquis du féminisme dans l’épaisseur du tissu social associée aux processus de délégitimation de la post-modernité a porté un rude coup à l’identité masculine. Longtemps sourd à cette évolution du fait de sa tendance à se centrer sur son sexe et sur le patriarcat, l’homme de sexe masculin s’est réveillé privé de modèle et contraint de s’interroger sur sa nouvelle place.

Alors quel homme ?

Certes, la psychanalyse n’a pas vocation à donner des réponses valables pour tous mais elle fournit un appareil conceptuel adéquat pour interroger la clinique de la différence des sexes. En effet, après le fameux « que veut la femme? » de Freud, il y a eu l’impulsion décisive de Lacan, véritable ouverture de la boîte de Pandore du sexe en psychanalyse. Aujourd’hui le moment est venu pour les psychanalystes de questionner, du côté masculin, l’impact du réel de la différence des sexes sur le sujet.

L’homme et la femme ont en commun la jouissance phallique, seule représentée dans l’inconscient et ses signifiants. D’où il résulte un subtil mélange entre nouveautés et invariants dans la compétition entre les sexes, dans la répartition des places, dans la confrontation pour les pouvoirs au sens de Foucault. Alors que les hommes n’osent plus autant qu’avant dire la vérité sur les femmes, les femmes prétendraient-elles dire la vérité sur les hommes ?

Plus en rapport avec l’amour du « Un » qu’avec
l’amour de la vérité ?

La jouissance Autre, dite supplémentaire, sépare les hommes et les femmes dès lors que l’amour s’en mêle, car ils y ont un accès différent. Cette modalité de jouissance les répartit sans recours en deux espèces. Alors, le désir masculin, si phallocentré, est-il pour autant tout phallique ? Peut-on parler de jouissances masculines avec un pluriel ? Existe-t-il des passions spécifiquement masculines, plus en rapport avec l’amour du « Un » qu’avec
l’amour de la vérité ?

Fraternité, amitié

Lacan nous a appris qu’il n’existe pas de rapport sexuel, mais cette absence se décline différemment selon que le sujet est adulte ou adolescent.
La disparition progressive des faux semblants idéologiques qui soutenaient l’édifice patriarcal a-t-elle provoqué autre chose que l’émancipation des femmes, par exemple de nouvelles modalités de lien social entre les hommes de sexe masculin, de fraternité, d’amitié ? Quel éclairage la psychanalyse est- elle en mesure d’apporter au sujet, pour lui éviter les impasses du retour en arrière ou de l’adhésion aliénante à une supposée « démocratie sexuelle » fondée sur un idéal de justice distributive de la jouissance entre les sexes ?

Tel sera un des enjeux de ces Journées.


PROGRAMME DES JOURNEES

Samedi 27 novembre

Introduction

Claude-Noële Pickmann Présidente de séance : Sabine Parmentier

• 9h00-12h30
:

Le désir masculin est-il tout phallique ?

Markos Zafiropoulos : La révolution du phallus

Jean-Pierre Winter : Le phallocentrisme est-il un androcentrisme ?

Discutante : Catherine Vanier

Fraternité / férocité / amitié

Jacques Sédat : Amitié antique, amitié moderne

Discutant : Pierre Marie

• 14h30-17h30 : Présidente de séance : Claude Boukobza

Sexualité masculine et jouissances

Jean-Jacques Rassial : Le devenir homme

Patrick Landman : Actif / passif

Gérard Pommier: Les symptômes sexuels

Discutante: Claude-Noële Pickmann

Des pouvoirs et des hommes

Jean-Jacques Moscovitz : « Mensch »

Bernard Toboul : L’homme de désir et
la civilisation

Discutant : Christian Hoffmann


Dimanche 28 novembre

le matin, 2 ateliers auront lieu à la Maison des Cultures du Monde et 2 ateliers à Espace analytique

• 9h30-12h30 :

Atelier 1 : Coulez mes désirs, et mes larmes, s’écria le mâle

Coordination : Silvia Lippi Discutant : Roland Chemama
Orsola Barberis : A vrai dire, pourquoi les hommes devraient-ils aimer faire l’amour ? Patrick de Neuter : Fantasmes masculins : l’amante, l’Amère et l’aChose Silvia Lippi : Le séducteur, entre tragédie et névrose Françoise Moscovitz : Les femmes de Fellini

Atelier 2 : Masculinité et adolescence

Coordination : Dominique Tourrès-Gobert Discutant : Patrick Landman
Dominique Tourrès-Gobert: Expressions difficiles de la virilité à l’adolescence Sabine Parmentier : Quand l’insatisfaction manque Raoul Lemoigne : Virilité et psychose à l’adolescence Hélène Marquart : Le centre préadolescent de l’IRAEC, une expérience en cours

Atelier 3 : Figure du masculin

Coordination : Gorana Manenti Discutant : Olivier Douville
Gorana Manenti: Un cas de clivage dans la sexualité masculineDanielle Carassik: Héros/ Eros – quand le père n’est pas un hérosEdith Campi: Fantasmes masculins et homosexualité sublimée Francisco Rengifo : Masculinité, mythe et rite

Atelier 4 : Structure et masculinité

Coordination : Jean-Claude Aguerre Discutante : Patricia de Rouvray
Jean-Claude Aguerre : L’illusion du masculin Hélène Godefroy : Le désir de l’obsessionnel Laurent Delhommeau : Les hommes et la virilité Sarah Stern : Le masculin, la figure paternelle, la fonction paternelle

• 14h30-17h30 : Présidente de séance : Éliane Perasso

Père – fils
Marielle David : Les fils, les pères et la guerre Raymond Aubrac et Alexandre

Adler : L’homme et la guerre

Discutant et Conclusions : Alain Vanier


QUEL HOMME
Journées d’études d’Espace analytique
27 et 28 novembre 2010
Maison des Cultures du Monde 101 boulevard Raspail, 75006 Paris
BULLETIN D’INSCRIPTION
à renvoyer avec un chèque libellé à l’ordre de Espace analytique 12 rue de Bourgogne 75007 Paris
Nom……………………………………………………. Prénom………………………………………………. Adresse………………………………………………… Tél……………………………………………………… Désire s’inscrire aux journées d’études des 27 et 28 novembre 2010. Un reçu sera envoyé en même temps que la carte d’entrée.
□ Tarif normal : 70 euros □ Tarif étudiant : 40 euros (photocopie de la carte)

□ Tarif formation permanente : 220 euros

Prix de l’entrée inclus dans les cotisations pour les membres, adhérents et auditeurs libres d’Espace Analytique.


LES PSYCHOSES Journées de Printemps

19 et 20 mars 2011 Faculté de Médecine – Amphi Binet 45 rue des Saints-Pères 75006 Paris
Organisées par Jean-Claude AGUERRE, Arlette COSTECALDE, Marielle DAVID, Patrick LANDMAN, Gorana MANENTI, Gérard POMMIER, Eduardo PRADO DE OLIVEIRA, Dominique TOURRES-GOBERT
Une brochure présentant les enseignements et les activités d’Espace analytique pour l’année 2010/2011 est disponible au Centre Octave et Maud Mannoni. Des informations supplémentaires sont données dans le Courrier interne.


QUEL HOMME
Comité d’organisation :
Marielle DAVID, Patrick LANDMAN, Jean-Jacques MOSCOVITZ, Claude-Noële PICKMANN, Dominique TOURRES-GOBERT
Renseignements :
Espace analytique
Centre Octave et Maud Mannoni 12 rue de Bourgogne
75007 Paris Tél. : 01 47 05 23 09
espace.analytique@wanadoo.fr
www.espace-analytique.org

 

État-limite

Le sarkozysme, la droite-extrême et l’extrême-droite

C’est ainsi que le magistrat Serge Portelli intitule son appel. Prenons garde, nous professionnels du psychisme, d’y tendre l’oreille, notre outil ordinaire. Idéologie et valeurs : Lumières, droits de l’homme, Résistance, fondent la République et par voie de conséquence notre psychothérapie relationnelle. Là où céder consiste à commencer à céder. De la droite extrême à l’extrême droite il n’y a que la distance d’un faux pas. Résister se tient à ce point sensible, encore insensible précisément, ce point où le droit et l’humanisme peuvent encore l’emporter.

On raconte qu’il ne se passe pas grand-chose pendant les vacances. Tout de même, il se passe de petites choses qui méritent qu’on ne les ignore pas. Voici un discours au plateau des Glières qui peut valoir d’être lu après coup. La question des valeurs, première dans nos professions, fonde leur possibilité d’exercice. Il convient de rester attentif à tout ce qui y porte atteinte, ne serait-ce, à la limite, qu’un tout petit peu, un tout petit commencement de peu, par là où le scandale arrive, sur la pointe des pieds, là où il convient de ne jamais commencer à céder.

Voici qu’on crée des catégories de sous-hommes

Voici, dit Portelli, un magistrat qui ne concède rien au non-droit rampant ambiant, des hommes punis à cause de leur dangerosité. Voici qu’on crée des catégories de sous-hommes, “fous criminels“, étrangers nocifs à éconduire à la frontière, jeunes délinquants à réprimer d’abord et surtout, voici revenu le temps des ennemis de l’intérieur à ficher, surveiller, garder à vue. Cet actuel État-limite nous crée un devoir de vigilance. Le juriste emprunte ce vocable d’état-limite à notre lexique professionnel, reconnaissons-nous y, reconnaissons que nous y voici presque. Limite quoi ! C’est bien ce qu’on vous disait.

La mobilisation contre la suppression des juges d’instruction a porté ses premiers fruits. Face à la négation des valeurs de la Résistance et de la République, un combat se mène, celui de chacun d’entre nous si nous ne voulons pas abdiquer de notre volonté citoyenne, indissociable de notre pratique clinique quotidienne, une pratique qui ne peut fléchir sur les principes de liberté, de responsabilité et bien entendu d’égalité devant la loi, qui la fondent.

La nuit sécuritaire, l’Appel des appels, poursuivent leur lutte. Nous nous en déclarons solidaires. Les ex psychothérapeutes relationnels, que la loi oblige à changer de nom, sont concernés au premier chef par cette mentalité réglementariste corporatiste visant en tout premier lieu les honnêtes praticiens de nos syndicats, écoles et fédérations historiques, qui si l’on n’y prenait garde grignoterait, tout comme celle de la psychanalyse, notre pratique de la psychothérapie relationnelle.

Philippe Grauer


Droit fil de l’idéologie sarkozyste

Qu’il est réconfortant ce premier tollé contre les derniers projets du pouvoir! Premier, puisqu’il faudra nécessairement que nos voix se fassent entendre plus fortement encore pour défendre les valeurs de la République, le 4 septembre prochain. Mais quelle naïveté chez ceux qui y voient un “dérapage”, une “outrance”, une pure opération électoraliste, une manœuvre de diversion destinée à conquérir des voix du Front National. À croire qu’ils n’ont jamais vraiment lu ni écouté les discours nous sommes pourtant abreuvés depuis quelques années. Aucune des mesures qui nous font frémir ou nous soulèvent le cœur n’est le fait des circonstances. Il n’y a ni exagération ni infléchissement, ni même durcissement d’une ligne politique. Nous sommes dans le droit fil de l’idéologie sarkozyste dont beaucoup s’obstinent encore à nier l’existence et dont l’actuel président de la République n’est jamais que le principal, mais provisoire porte-parole.

De la droite-extrême et l’extrême-droite

Nous assistons à l’une de ses dernières et inévitables évolutions: la confusion, dans une France qui glisse lentement vers la droite, entre cette droite-extrême qu’est le sarkozysme et l’extrême-droite classique. Dans le dernier programme en vente à ce jour (car le catalogue varie de jour en jour) nous trouvons donc – la déchéance de leur nationalité française de certains Français “d’origine étrangère” qui auraient volontairement porté atteinte à la vie d’un membre des forces de l’ordre (première version présidentielle) ou (seconde version ministérielle) contre les coupables de polygamie, d’excision, d’appel au travail illégal , voire d’actes de délinquance grave (sic) – la fin de l’acquisition automatique de la nationalité française au moment de la majorité pour des mineurs étrangers s’ils ont commis des actes de délinquance – la dénonciation explicite de l’immigration comme facteur de délinquance – des mesures censées mettre fin au “comportement” de “certains parmi les gens du voyage et les Roms”, dont “la reconduite quasi immédiate des Roms qui auraient commis des atteintes à l’ordre public ou à des fraudes en direction de la Roumanie et de la Bulgarie” et des expulsions des campements illégaux. – des peines de prison pour les parents de mineurs délinquants en cas de défaillance caractérisée (deux ans d’après l’honorable parlementaire, Éric Ciotti, qui dit mieux?) – l’extension du système des peines planchers en cas de violence – une peine de 30 ans de réclusion pour les auteurs de crime contre un représentant des forces de l’ordre…

Un dessein, une idéologie

Ce déluge de réformes n’a que l’apparence d’une énumération à la Prévert. Il faut être aveugle pour ne pas voir, derrière chacune de ces mesures ou de ces déclarations, une conception très précise et singulière de l’homme, de la société et des libertés, un dessein parfaitement réfléchi, extrêmement cohérent et inlassablement répété. Bref, une “idéologie”, terme que le sarkozysme réfute toujours pour en affubler ses adversaires puisque, pour lui, l’idéologie c’est toujours l’autre.

Famille, patrie, religion, société, travail, politesse, ordre, morale

Au fond de cette idéologie, il y a le fantasme archaïque d’une humanité simplifiée, sans le moindre degré de complexité. Avec d’un côté les bons, de l’autre les mauvais. D’un côté, ceux qui respectent des valeurs fondamentales que le candidat à l’élection présidentielle énumérait dans un de ses discours de campagne, à Marseille, le 19 avril 2007: “la famille, la patrie, la religion, la société, le travail, la politesse, l’ordre, la morale”. De l’autre, tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre ne les respectent pas et qui, selon l’une des expressions favorites du régime, ramassée sur le zinc d’un comptoir et à nouveau ressassée ces derniers jours, “empoisonnent la vie des honnêtes gens”. À partir de cette vision manichéenne du monde, se bâtit l’autre fantasme, plus récent, d’une société sans risque, aseptisée, obsédée par une sécurité absolue, dans laquelle les principes de précaution puis d’exclusion s’appliquent à tout ce qui peut représenter un danger. Le ressort idéologique secondaire est donc la peur. Peur, minutieusement entretenue, de tous les fauteurs de trouble de ce nouvel ordre moral et sécuritaire. Dans cette société violente, on préférera stigmatiser, déchoir, humilier, expulser, enfermer que d’affronter les vrais problèmes. Contrairement au credo affiché, il ne s’agit pas d’être efficace, mais de frapper fort, devant les médias, et d’impressionner l’opinion publique.

Le sarkozysme est xénophobe

Rejoignant les thèmes fondamentaux de l’extrême droite, le sarkozysme met au premier rang de ces peurs l’étranger ou l’immigré qu’il assimile constamment au délinquant, fustigeant les “cinquante ans d’immigration insuffisamment régulée” (y compris donc de 2002 à 2004 et de 2005 à 2007…), martelant que “la question des étrangers est un problème majeur dans notre pays” (Frédéric Lefebvre, le 5 août dernier). Si le mot xénophobie a un sens, il faut donc admettre, après tant d’années de démonstration acharnée, que le sarkozysme est xénophobe. Qui a oublié les propos de Nicolas Sarkozy, le 22 avril 2006,: “si certains n’aiment pas la France, qu’ils ne se gênent pas pour la quitter”, calqués sur le slogan de Philippe de Villiers, rallié depuis lors: “la France, aime-là ou quitte-là”, et directement inspirés de la vulgate lepéniste. Qui ne voit pas la politique inhumaine et féroce de reconduite à la frontière qui brise chaque jour des familles et des vies? Tout ceci sous la houlette d’un calamiteux ministère de “l’identité nationale”. Qui a oublié voici à peine deux mois, la condamnation en première instance à 750 euros de notre jovial ministre de l’intérieur pour injures raciales pour avoir dit, à propos des personnes d’origine arabe: “Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes”? Nous sommes face à une xénophobie populiste qui s’inscrit dans le nationalisme le plus obscur, le plus rétrograde qui soit.

Notions héritées de notre histoire la plus sombre

Le projet actuel concernant la déchéance de nationalité s’inscrit dans le droit fil de cette idéologie. Il s’appuie sur des notions héritées de notre histoire la plus sombre. L’expression de “Français d’origine étrangère” estampille définitivement le projet. La stigmatisation des Roms et de leur “comportement” est très exactement de la même veine. D’autant qu’il confond intentionnellement dans la même opprobre ces citoyens de l’Union Européenne (Bulgares et Roumains) avec les “gens du voyage”, dont l’immense majorité est française. Tout ceci devient insupportable. Nous sommes aux antipodes d’une société républicaine où l’égalité, la liberté, le respect de l’autre, la tolérance, la solidarité, le partage sont à la base de la paix civile et du progrès social. Les Français sont tous égaux devant la loi. Pourquoi ce principe fondamental est-il inscrit à l’article premier de la Constitution? Parce que la France ne veut plus revivre les abominations d’une politique raciste et xénophobe. Parce que les fondateurs de notre République ont voulu interdire à tous les gouvernants de distinguer selon l’origine. Parce qu’ils ont voulu faire de notre pays une terre d’accueil, de solidarité et d’asile. Oui, ces projets sont anticonstitutionnels. Pire, ils sont indignes.

Dans une démocratie, toute responsabilité pénale est individuelle

Les autres mesures sur la délinquance et les mineurs tentent, eux, de nous persuader que nous sommes dans un monde en guerre. Cette énième déclaration des hostilités attire heureusement autant de sourires que les hardiesses d’un général boum-boum dans une opérette d’Offenbach. Selon la recette usée jusqu’à la corde du sarkozysme triomphant, il s’agit de faire voter une nouvelle loi qui, cette fois-ci, on vous le jure, anéantira l’ennemi. Dans cette conception affligeante de la loi, il suffit d’aggraver une peine pour stopper la criminalité. On imagine les délinquants, attentifs, eux, aux éditions de septembre du journal officiel, tourner fébrilement les pages de la rubrique “textes législatifs” et déposer subitement les armes en voyant l’imparable sévérité de ce gouvernement. Arrêtons de plaisanter et de se moquer du peuple. Les peines plancher sont un effroyable échec malgré les statistiques joyeuses du ministère de la justice. On croyait que la récidive avait épuisé jusqu’aux ultimes ressources de la démagogie. Le président de la République a relevé le défi. Lui qui avait promis de régler définitivement le problème de la récidive avant la fin de l’été. 2007. La dernière loi sur le sujet date du mois de mars dernier. Les parents des mineurs récidivistes seraient donc sanctionnés pénalement. Si jamais ce projet lumineux était adopté peut-être se trouvera-t-il un juge – constitutionnel par exemple – pour rappeler que, dans une démocratie, toute responsabilité pénale est individuelle. Personne ne peut être puni pour une infraction commise par un autre, même son frère, même ses parents, même ses enfants. Il fut un temps, fort lointain, bien bien avant la Révolution française, où la responsabilité était familiale. C’était le temps des huttes, des peaux de bêtes, des clans et des vendettas. Le progrès, la civilisation sont passés par là. Le droit aussi. Mais la “performance de la sécurité intérieure”, on peut le comprendre, a ses exigences. Supérieures aux avancées de l’humanité. Il nous fallait, jusque présent, pour tenter de raisonner ce gouvernement, nous arc-bouter sur les principes de la convention européenne des droits de l’homme. Il a fallu se replier sur le programme du conseil national de la résistance. Puis s’arrimer aux acquis de la Révolution. Nous voici rejetés, avec ce projet fou, aux premiers temps de l’humanité.

État-limite où le mot d’ordre est à la répression, aux expulsions, aux enfermements, à la surveillance

Certains parlent de Vichy, d’autres même de nazisme. Il faut garder raison. Nous quittons la démocratie – le constat est déjà assez rude – pour nous engager dans un État-limite où le mot d’ordre est à la répression, aux expulsions, aux enfermements, à la surveillance. Ce qu’il reste de la police est jeté, en pure perte, aux avant-postes d’une bataille purement idéologique. On assiste parallèlement à une mainmise de la police (d’une certaine police en tout cas) sur les institutions de la République. Pas simplement par la nomination de super-policiers comme préfets. Le Figaro nous apprend ainsi que “ce plan de bataille [a été ]soigneusement mis au point par l’Élysée, à coup de réunions secrètes avec la haute hiérarchie policière, sous la houlette sur secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant”. On ose à peine rappeler que ce dernier fut nommé directeur général de la police nationale par Charles Pasqua en 1994. Quel bonheur de voir ainsi la police, aux plus hautes marches de l’État, veiller au bon fonctionnement de nos institutions! Quelle chance pour nos libertés, surveillées avec autant de sollicitude par la maréchaussée!

Future triple peine

Toute cette agitation, à moins de deux ans des élections présidentielles, précipite une évolution ancienne et lourde de dangers pour la société française: le renforcement et la banalisation des idées du Front National. Elle traduit la confusion tragique de deux discours: celui du sarkozysme et celui de l’extrême-droite. Il est encore trop tôt pour savoir qui, dans les urnes, profitera de cette gémellisation des extrêmes si ce n’est que le Front National a l’avantage de l’ancienneté et que l’électorat, sur toute l’étendue de l’échiquier politique, a toujours préféré l’original à la copie. Le sarkozysme s’était jusqu’à présent préservé de ce danger en usant et abusant du discours paradoxal, en citant parfois Jaurès ou Blum, en grappillant quelques idées de l’opposition ou en séduisant quelques figures usées de la gauche. Ce temps est passé. Il n’y a plus aucun lien possible entre la gauche et le sarkozysme. Comment ne pas éprouver une sincère compassion pour Jean-Marie Bockel, toujours secrétaire d’État auprès de la ministre de la Justice – et des Libertés ! – qui vient de se voir confier une mission de réflexion et de proposition sur la prévention de la délinquance des jeunes? Un autre rapport aurait été bienvenu sur la future triple peine qu’instaure le projet de déchéance de la nationalité.

La démagogie la plus épaisse

Il va donc falloir s’habituer à ce discours commun, à ces propositions croisées, à cette surenchère permanente du sarkozysme et de l’extrême droite. Nous n’en sommes qu’aux prémisses. Le pire est à venir car cet électorat va vouloir des actes: c’est précisément là que nos compères seront départagés. Attendons-nous à la démagogie la plus épaisse. À d’autres mesures vengeresses. Tous les préjugés, toutes les peurs vont être exploités jusqu’à la lie. Il n’est pas étonnant que, dans un premier temps, ces mesures, habilement présentées, recueillent l’assentiment d’une majorité de la population. Elles sont minutieusement étudiées pour, dans un premier temps, flatter ce qu’il y a de plus bas, de plus vil, de plus vulgaire en nous tous. Mais il suffit d’un peu de réflexion, d’un peu de temps pour que la raison reprenne ses droits.

Choisir, comme d’habitude, la voie difficile

Il appartient à tous les démocrates, où qu’ils soient, qui refusent ces extrêmes, de se mobiliser. De choisir, comme d’habitude, la voie difficile, longue, risquée de la réflexion, de la mesure, de la responsabilité pour rappeler quelles sont les vraies valeurs de la République.


http://chroniquedelhumaniteordinaire.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/08/07/le-sarkozysme-la-droite-extreme-et-l-extreme-droite.html

Que philosopher c’est apprendre à mourir à soi

Art de vivre. La psychothérapie relationnelle peut y conduire, à chacun la responsabilité de s’en trouver un bien à soi, d’une singularité qui n’ôte pas au contexte ses mérites, nous inventons peu, nous reprenons et aménageons, incarnant la plupart du temps notre époque à notre insu. Le philosophe et le religieux permettent à certains de tenir. Leur vie dans le cadre de contraintes parfois bien contraignantes. Faire de sa contrainte l’outil de sa libération voilà le paradoxe pas forcément à la portée de tous, il reste aux autres l’admiration ou la modélisation plus ou moins lointaine. Il reste aux autres la réflexion. Et aux praticiens en psychothérapie relationnelle une petite pointe de méditation distanciée.

Où l’on distigue que notre discipline évite l’idéologisation et ne propose aucun modèle. C’est ainsi que nous vous répercutons ce billet que nous adresse une collègue chère.

Bonjour,

Alexandre JOLLIEN vient de nous donner un nouveau livre où il partage son combat pour un art de vivre qui, à ses yeux, justifie toute quête philosophique (1). Après avoir vécu 17 ans dans une institution spécialisée pour personnes handicapées physiques, suite à un grave accident lors de sa naissance, Alexandre Jollien poursuit une œuvre qu’il appelle lui-même son « métier d’homme ». « Elle gravite, écrit-il, autour de trois vocations : celle de père de famille, celle d’écrivain et la dernière, celle à côté de laquelle je serais bien volontiers passé : la vocation de personne handicapée ». Ce mot de vocation est pour lui important : « Je préfère parler de vocation plutôt que de sens de la vie car elle m’installe dans le présent alors que le sens vient toujours après, semble-t-il » (2). Et il poursuit « Mourir à soi par les vocations constitue à mes yeux la voie royale ! Je souhaite accomplir impeccablement la tâche que m’assigne la vie ! (…) Embrasser une vocation réclame une reddition venue de l’intime. Jamais on ne dictera à quiconque d’épouser la réalité. Tristes sont les mariages forcés » (3)

Cet authentique philosophe nous fait partager, au quotidien, son travail intellectuel et spirituel aux prises avec ce que le philosophe Emmanuel Kant appelle « les trois manies : la manie de l’honneur, celle de la possession et la manie de la domination ».Avec un grande lucidité, il débusque les pièges de la possession jusque dans la recherche du dépouillement : « À côté de mon rêve de normalité, je débusque un autre désir, tout aussi violent : mon désir de dépouillement a déjà fait déborder quelques rayons de ma bibliothèque ! Confondant paradoxe. A quoi bon chercher dans l’avoir ce qui ne s’obtient que dans la pratique et l’abandon ? » (4).

Jollien découvre qu’il convient d’oublier la quête d’un idéal qui, « trop exigeant, m’épuise et me tue » pour faire de la joie un guide, un moteur sur les chemins de l’existence. « Retenir que la joie n’advient pas qu’au bout du chemin. Elle est l’unique bagage que je me dois d’emporter. Souvent je sacrifie le plaisir de cheminer pour ne considérer qu’une idéale et trop lointaine destination : « quand j’aurai accompli cela, je serai heureux ! » (…) Comment savourer la joie dans le présent ? Comment cesser de vivre toujours à un stade préparatoire ? » (5).

Dans la pratique du Zen, il trouve un chemin vers cette libération. « Je pourrais, écrit-il, continuer à aligner les pages et faire mille théories sur l’art de vivre : tant que je m’accrocherai à ce que je suis et à ce que je possède, je n’irai pas loin ! tant que ne m’ouvrirai pas au présent, tout ce que j’accomplis ne sert de rien ! » (6).

Alexandre Jollien ne sépare pas sa réflexion philosophique, ses exercices spirituels et sa foi. « Se blinder contre l’existence, voilà la tare invétérée ! La vie me donne sans cesse des maîtres et des guides. L’humour et le rire de ma famille m’ont révélé que le goût de l’existence peut triompher de la souffrance : le père Morand m’a convié à me tourner vers l’intériorité plutôt qu’à chercher au-dehors les motifs de ma joie ; l’enthousiasme de mes enfants, tous les jours, m’enseigne à désapprendre mes peurs et à oser tant bien que mal un tout petit peu d’amour de soi… »

Et ce philosophe qui affronte au quotidien les regards apitoyés ou amusés que provoque sont handicap conclut : « je note que le rire me réconcilie avec l’existence, qu’il me met en paix, qu’il fait la paix. Il atteste une réconciliation avec nos limites, il incarne la douceur, la tendresse. Il exige une sincérité, une franchise, une transparence et, dans le même temps, un petit recul envers le personnage que bien des fois nous jouons. Rire conduit à un généreux détachement » (7).

(Chronique hebdomadaire de Bernard Ginisty diffusée sur RCF Saône & Loire le 04/09/2010)


(1) JOLLIEN Alexandre . Le philosophe nu. Éditions du Seuil 2010, 200 p., 15 euros.-

Site Internet d’Alexandre Jollien: www.alexandre-jollien.ch
(2) page 73
(3) page 188
(4) page 101
(5) page 33
(6) page 144
(7) page 176

Le sarkozysme comme idéologie

http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=14908&rech=25986

Hélène Chaigneau, monument de la psychothérapie institutionnelle, s’en va sa bonne femme de chemin

90 ans à peu près et beaucoup d’écriture, une écriture discrète qu’on était en train de recollecter. Une psychiatre ancien modèle, du temps où l’inconscient n’avait pas été supplanté par les TCC avec de la Mindfullness comme supplément d’âme, une spécialiste de la schizophrénie. C’est notre Jacques Tosquellas qui a de précieuses choses à dire à propos d’Hélène Chaigneau, une des ancêtres de la psychothérapie institutionnnelle à laquelle nous devons tant. L’ami Joseph Mornet aussi devrait collaborer. Nous attendons leur communication.

Philippe Grauer


…/ “je ne reprendrai pas ici les arguments subtils et très nuancés d’Hélène Chaigneau, (je suis de ceux qui lui demandent instamment d’écrire, en réalité il faudrait que quelqu’un l’interviewe)… elle précisait quel travail psychique les soignants devaient déployer pour être présents’ en laissant le patient libre. Il est indispensable que nous soyons au clair avec cette question pour poursuivre notre travail. Elle est en continuité avec notre réflexion sur les passages’, où nous cherchons à préciser ce que nous allons transmettre lorsqu’un patient quitte une unité de soin pour entrer dans une autre, nous constatons que lorsqu’un soignant de l’unité qu’il quitte peut relater à un collègue de l’unité où entre le patient en la présence de ce dernier des moments qui témoignent qu’ils viennent de partager des temps de soin, ainsi il y a construction possible sur laquelle le soin à venir va s’arrimer. Mais alors il y a une évaluation à faire de ce qui est à transmettre…”

Guy Baillon.


“Petit à petit on commence à assister à l’extraction de ses articles — parce qu’elle a beaucoup écrit, cette femme, ce qu’on ne savait pas. On ne le savait pas parce que elle disait rien, elle faisait ses trucs comme ça presque en douce, c’est un ton particulier, ce n’est pas quelque chose qu’on trouve chez n’importe qui, une certaine façon de parler de ce qu’elle tourne en dérision à savoir la maladie mentale, quand on dit la maladie, on dit pas la maladie somatique, donc pourquoi dire la maladie mentale, c’est idiot, enfin, elle a bien des de points de vue comme ça très extraordinaires sur les choses. Ce que j’ai ici, c’est le livre qui sera publié chez Campagne Première, une interview, je ne sais combien d’entretiens qui se sont passés entre 1988 et 1989.”


Hélène Chaigneau, Entretien du 7 novembre 1988 (suite)

J. P. : Dernièrement André Green rappelait, au cours des Journées d’Études sur “La conduite de la cure” que nous savons plus ou moins, même quand on l’a pas présent à l’esprit, que si l’histoire du patient, l’histoire de l’enfance, l’histoire familiale, l’histoire réelle, nous ne la connaîtrons jamais que par ce qu’il en dit, par contre l’histoire des séances du déroulement, ça nous en sommes les dépositaires et les acteurs avec lui.

H. C. : Tout à fait, tout à fait.

J. P. : Est-ce que pour vous l’Historial c’est aussi ça ?

H. C. : Oui, oui.

J. P. : Dans les soins que nous…

H. C. : Oui oui, ça ça va assez bien ensemble.

J. P. : Sauf que le schizophrène soigné dans une institution, par une équipe, on est plusieurs à être dépositaires de ce déroulement d’histoire.

H. C. : Tout à fait, c’est pour ça que ça va ensemble, je ne dirais certainement pas que c’est la même chose, sûrement pas. Et puis c’est pas la même chose non plus parce que dans la cure, nous sommes dépositaires d’une histoire qui est directement en rapport avec l’histoire d’un transfert, alors que dans l’établissement de soin, dans le cadre institutionnel il y a bien du transfert, mais il y a cent façons de l’entendre.


“Le problème : c’est son histoire, elle est en lui, elle n’est pas ailleurs, il n’y a pas à discuter, mais on sait bien que ces troubles schizophréniques font que lui ne peut pas la tolérer en lui, que tous ces objets sont à l’extérieur et que le travail qu’on a à faire avec lui c’est, par chance, d’obtenir qu’il puisse les intégrer à l’intérieur, j’allais dire les réintégrer, mais justement on n’en est même pas là.

Alors je crois que je ne prends jamais assez de précautions concernant cet historial. Parce que il ne s’agit pas d’une analogie d’une petite histoire et son histoire d’une histoire et de sa grande histoire, il ne s’agit pas du maniement d’un symbole d’histoire ou au contraire d’une image d’histoire, d’une caricature d’histoire, d’une miniature d’histoire, non, c’est pas, ça ne fonctionne pas comme ça, c’est plus délicat ! Mais il semble que ce serait, cette valeur de démonstration et de témoignage possible pour le patient, elle peut être soumise de part et d’autre, pour le patient et pour ceux qui le soignent, à une occasion de croire aussi, ce qui est une chose importante aussi, à une occasion de croire à une histoire.”

Hélène Chaigneau

Sakineh Mohammadi-Ashtiani : non à l’acharnement lapidatoire

La course contre la montre contre l’acharnement de la barbarie se poursuit. La pression ne doit pas se relâcher.

De quoi s’agit-il ?

Sakineh Mohammadi-Ashtiani a d’abord été jugée le 15 mai 2006 par un tribunal à Tabriz (nord-ouest de l’Iran), plaidant coupable du chef de « relation illicite » avec deux hommes, bien que l’incident ait eu lieu après la mort de son mari. Elle a été condamnée à la flagellation et a reçu 99 coups de fouet.

En septembre 2006, lors du procès d’un des deux hommes pour le meurtre du mari de Sakineh Mohammadi Ashtiani, cette dernière a de nouveau été mise en cause. D’après International Campaign for Human Rights in Iran, qui ne cite pas de source, elle aurait été condamnée à 10 ans de prison pour complicité de meurtre (1“). Selon The Guardian, qui cite son avocat, elle a été acquittée de ce chef d’inculpation[5]. Elle a ensuite été déclarée coupable d’« adultère commis en étant mariée », et condamnée à mort par lapidation. Mais elle revient plus tard sur ses aveux, déclarant que ceux-ci avaient été faits sous la contrainte, et qu’elle ne parle d’autre part pas le persan, mais le turc. Sakineh Ashtiani n’a pas eu non plus d’avocat avant la fin de la procédure d’appel[6]. La Cour suprême iranienne a confirmé la peine de mort le 27 mai 2007, de sorte que seule une grâce accordée par l’ayatollah Ali Khamenei pourrait éviter l’exécution.

Selon l’agence de presse officielle IRNA, le chef des autorités judiciaires de la province de l’Azerbaïdjan oriental, Malek Ezhder Sharifi, a indiqué que Sakineh Mohammadi Ashtiani « avait commis plusieurs crimes très graves, et pas seulement un adultère »[7].

Information provenant de Wikipedia. Les notes en noir entre crochets sont lisibles comme hyperliens sur ce site.


1 • 31 août

«N’humiliez pas votre pays, sauvez cette femme»

La Règle du jeu, le magazine Elle et Libération relaient la parole d’artistes, d’intellectuels, de lecteurs en faveur de Sakineh, cette Iranienne condamnée à la lapidation.

Non à la lapidation de Sakineh Mohammadi-Ashtiani

L’Iran est un pays magnifique, un peuple ancien qui régna sur le monde connu pendant des siècles. Comment oublier la Grande Perse, les Mèdes, la civilisation de Jiroft, les Elamites, les Sassanides? Comment ne pas admirer ce peuple qui inventa l’écriture 3000 ans avant notre ère, cette civilisation qui plaçait la femme au centre de sa vie sociale, qui érigeait des palais incroyables à Persépolis.

J’aime la Perse. J’aime l’Iran. Et c’est pourquoi, Monsieur le Président Ahmadinejad, je me suis joins à l’appel lancé internationalement pour sauver Sakineh. Par amour pour votre pays, par respect pour ce peuple fier et digne, qui, ne l’oubliez jamais, a rédigé la première déclaration des droits de l’homme de l’histoire de l’humanité.

Ne crachez pas sur votre histoire, n’humiliez pas mondialement votre pays, sauvez cette femme.

En mon nom, au nom du monde de l’internet francophone dont je m’efforce, quand je le puis, de porter haut les couleurs, au nom des entrepreneurs et des humanistes qui se battent pour un avenir meilleur, sauvez cette femme.

Elle est devenue le symbole d’une pratique barbare, une pratique dont l’abolition vous grandirait mondialement: la lapidation.

Par Jean-Baptiste Descroix-Vernier, Président et fondateur du groupe Rentabiliweb.


2 • 19 août

Nous portons cette protestation à votre connaissance. Quel dommage qu’il ne s’agisse pas d’une véritable pétition, que tout le monde signerait. Cela porterait de façon encore plus audible la protestation de l’opinion publique mondiale aux oreilles des dirigeants macho intégristes.

Philippe Grauer


Une femme âgée de 43 ans et mère de deux enfants, Sakineh Mohammadi-Ashtiani, risque aujourd’hui, dans la République islamique d’Iran, l’exécution par lapidation — après avoir déjà reçu en guise de “punition” publique, et en présence de l’un de ses propres enfants, à titre d'”exemple”, 99 coups de fouet —.

Mettre fin au moyen-âgisme des autorités iraniennes

Les signataires appellent “les autorités iraniennes à mettre fin à ce type de procédure, ainsi qu’à ce châtiment inique et barbare”.

Mettez fin aux exécutions par lapidation(2“) !

Les signataires appellent “les autorités iraniennes à mettre fin à ce type de procédure, ainsi qu’à ce châtiment inique et barbare”.

Réactions

– Téhéran reproche aux Occidentaux leur ingérence

– 17 personnalités lancent un appel pour sauver une Iranienne condamnée à la lapidation.

– Le président brésilien Lula offre l’asile à une Iranienne menacée de lapidation.

L’adultère n’est ni un crime ni un délit

Ses crimes, aux yeux des autorités politico-religieuses de ce pays ? L’adultère, qui n’est ni un crime ni un délit(3“). Mais, surtout, sa supposée complicité dans un meurtre qu’on lui a fait avouer sous la contrainte, à tel point qu’elle s’est immédiatement rétractée. On sait quoi penser de ces méthodes consistant à extorquer de prétendues vérités !

Nous, signataires de ce texte, nous appelons donc solennellement les autorités iraniennes à mettre fin à ce type de procédure, ainsi qu’à ce châtiment inique et barbare.

Nous nous associons à toutes les initiatives déjà engagées, notamment par des organisations de défense des droits de l’homme telles que Human Rights Watch et Amnesty International, en faveur de Madame Sakineh Mohammadi-Ashtiani.

Liberté pour toutes les femmes iraniennes

Au-delà même de l’urgence de ce cas particulier, c’est, plus généralement, le respect de la dignité et de la liberté de toutes les femmes iraniennes, opprimées ou menacées, que nous demandons avec une même détermination.

Signataires

Marc Bressant (écrivain, Grand Prix du Roman de l’Académie française), Luc Ferry (philosophe, ancien ministre français de l’Éducation nationale), Viviane Forrester (écrivain), Max Gallo (historien, écrivain, membre de l’Académie française), Marek Halter (écrivain), Alexandre Jardin (écrivain), Julia Kristeva (psychanalyste, écrivain), Edgar Morin (sociologue, philosophe), Gilles Perrault (écrivain), Nicolas Rey (écrivain), Elisabeth Roudinesco (historienne, université de Paris-VII), Daniel Salvatore Schiffer (philosophe, écrivain), Michel Serres (philosophe, membre de l’Académie française), Gilbert Sinoué (écrivain), Michel Wieviorka (sociologue, École des hautes études en sciences sociales).

Autres signataires

Vous et moi. Où quand et comment ? Dommage que les signataires n’y aient pas pensé. On attend toujours la grande pétition internationale qui ruine la détermination des autorités iraniennes. PHG

  • 1 « Mother of Two Faces Stoning for Alleged Adultery » [archive] sur International Campaign for Human Rights in Iran. Mis en ligne le 3 juillet 2010.
  • 2 Évidemment, l’alternative ubuesque de l’enterrer vivante, de la pendre, fusiller, tuer à coups de fouets ou Allah sait quoi d’autre ne serait pas non plus une solution acceptable. Il faut sauver sa vie. NdlR
  • 3 Les faits incriminés datent d’après la mort du mari. Inquisition pas morte ! Ou plutôt : morte en Espagne voici qu’elle renaît sous d’autres douleurs. NdlR.

MM Mdames les professeurs de Latin et de Grec : exit.

Protestation

des membres du jury du Capes de lettres classiquesÈ

La stratégie visant à éradiquer le grec et le latin de l’école publique
entre dans sa phase terminale, avec la suppression programmée du Capes
de lettres classiques, concours principal pourvoyeur des professeurs de
langues anciennes dans les collèges et lycées de France. Membres du jury
de ce défunt concours, nous avons devant nous ce qui semble devoir être
la dernière génération de professeurs de grec et de latin.

Il y aura, dès le mois de novembre, un Capes de lettres classiques
flambant neuf, sans latin ni grec. Tout au plus les candidats auront-ils
à se fendre de quelques bribes de versions, comme nos collègues de
lettres modernes traduisent parfois un peu d’anglais. Fi des
explications de Virgile, Horace, Sénèque, Cicéron, Euripide, Eschyle,
Platon. Place au contrôle de l’éthique du fonctionnaire et à l’épreuve
reine : le commentaire d’une photocopie de manuel scolaire.

Aucune autre discipline n’a eu droit à un traitement aussi privilégié ;
partout ailleurs, la réforme des concours a tout de même laissé debout
quelques épreuves qui permettent encore de vérifier la compétence des
candidats dans la discipline qu’ils s’apprêtent à enseigner ; partout.
sauf en langues anciennes. Aucune volonté politique établie, aucune
logique de rentabilité, aucun impératif économique.

Une commission de réforme des concours se réunit en petit comité ; un
inspecteur général y représente les lettres, négocie les nouvelles
épreuves, sans latin ni grec ! Chagrin de notre inspecteur : “Je fis ce
que je pus pour vous pouvoir défendre.” Le ministre valide, pas de
risque de professeurs ou de gamins dans la rue pour sauver Homère et
Tacite, et d’un trait de plume des disciplines entières disparaissent
des écrans de contrôle, sans le début du commencement d’une
justification.

Un peu d’histoire : depuis trente ans, des “hommes de progrès”, plutôt
bien représentés au sein du ministère, et de son inspection générale des
lettres en particulier, luttent contre ces fléaux de l’élitisme, du
conservatisme et de l’inutilité que constitueraient le grec et le latin.
Aucune fracture droite-gauche à chercher : les pragmatiques comme les
révolutionnaires y trouvent leur compte.

Ils avaient d’abord voulu agir sur la demande (les élèves et leurs
familles), en proposant des horaires stimulants (latin pendant le
déjeuner, grec le mercredi après-midi), des innovations audacieuses
(seconde, première et terminale regroupées en une seule classe), la
technique dite du “supermarket” (“Alors on vous propose la classe
sportive, ou la classe numérique, ou la classe européenne, ou la classe
musique, ou la classe d’excellence artistique, ou la classe sciences de
l’ingénieur, ou alors du latin.”).

Mais tous ces efforts se révélèrent peine perdue. Il restait, à la
rentrée 2009, un demi-million de petits néoréactionnaires qui
s’entêtaient à vouloir étudier le grec et le latin dans les collèges et
lycées de France. Plus grave : dans un contexte où les supposées élites
se détournent massivement de l’étude des langues anciennes au profit
d’options jugées plus modernes (classe européenne, cinéma, chinois.), le
grec et le latin sont en train de devenir l’un des rares endroits où les
élèves les plus fragiles peuvent bénéficier de ce grand luxe dans
l’école d’aujourd’hui : du temps.

Du temps pour comprendre l’orthographe des mots, la grammaire d’une
langue, l’évolution d’une écriture, du temps pour l’essentiel. La
diminution drastique des horaires de français dans le secondaire rend
ces matières indispensables, du moins pour ceux qui ne peuvent apprendre
le français là où on l’apprend désormais : non plus dans une classe,
mais dans sa famille.

Dans cette étoffe d’incohérence que constitue une journée de cours pour
un lycéen d’aujourd’hui, le grec et le latin confèrent une unité à cet
ensemble, notamment pour ceux qui n’ont personne autour d’eux pour les
aider à s’orienter dans le dédale des filières et des options. Pouvoir
retrouver l’étymologie de tel nouveau terme scientifique, tel symbole
mathématique familier, tel mythe revu et corrigé par un auteur du XXe
siècle, telle racine indo-européenne commune à l’allemand et à
l’espagnol : ou comment une journée de cours s’ordonne autour d’une
langue ancienne.

Le grec et le latin, instruments de l’égalité des chances, vecteurs de
réussite scolaire pour les plus démunis ! Il fallait agir ! Supprimer
les élèves prendrait du temps, le plus simple est qu’ils n’aient plus de
professeurs. Cette décision devenait d’autant plus urgente que commence
à se dessiner aujourd’hui le bilan des “hommes de progrès” qui ont,
depuis quelques décennies, la haute main sur l’enseignement des lettres.

Un bac français où a désormais cours la notion de “compréhension
phonétique” de la copie, des professeurs de langues vivantes, de
sciences, bloqués dans leur progression par les lacunes abyssales des
élèves en français, des universités instituant un peu partout des
modules de rattrapage accéléré en grammaire et en orthographe pour les
jeunes bacheliers, des élèves incapables de trouver les mots,
prisonniers de codes langagiers qui font peut-être les délices des
scénaristes et des publicitaires mais s’avèrent assez discriminants dans
les entretiens d’embauche.

Effectivement, mieux vaut que les élèves n’entendent pas trop parler de
l’Athènes antique, où les hauts fonctionnaires étaient astreints à
rendre compte de leur gestion au sortir de leur charge.

C’est dire la responsabilité qui échoira à ces derniers jeunes
professeurs de lettres classiques qui, dans un mois à peine, seront
projetés dans les eaux troubles des classes de collège avec la lourde
charge d’y faire exister le grec et le latin. C’est là-bas plus
qu’ailleurs que ces matières devront apporter la preuve de leur
légitimité et de leur nécessité. Ils nous trouveront à leurs côtés dans
cette entreprise. Universitaires, formateurs, professeurs, c’est à ce
combat-là que nous allons désormais consacrer toutes nos forces, loin
des jurys de concours où nous laisserons à d’autres la délicate besogne
d’abandonner l’étude des “poètes impeccables” pour le contrôle, plus
inattendu, des “collègues impeccables”.

Car nous sommes convaincus qu’il y a plus que jamais en France une
demande d’école, une demande d’exigence, d’ambition et de dépaysement,
et que le grec et le latin sont les mieux placés pour y répondre. Dans
un système qui ne fait qu’accroître les inégalités entre les familles,
où l’on explique aux élèves boursiers : “On va vous faire passer des
concours différents parce que vous êtes pauvres”, dans un système qui
abandonne, sans combattre, ses principes fondateurs aux établissements
privés, nous ne comptons pas vraiment abdiquer “l’honneur d’être une
cible”.

Michèle Gally, professeur des universités (Aix-Marseille) ;
Malika Bastin-Hammou, maître de conférences (Grenoble) ;

Emanuèle Caire, professeur des universités (Aix-Marseille)

Sabine Luciani, professeur des universités (Grenoble) ;

Bénédicte Delignon, maître de conférences à l’ENS (Lyon) ;

Anne de Crémoux, maître de conférences (Lille) ;

Danièle Sabbah, professeur des universités (Bordeaux) ;

Thomas Guard, maître de conférences (Besançon) ;

Anne-Marie Favreau-Linder, maître de conférences (Clermont-Ferrand) ;

Pascale Barillot, professeur de lettres classiques (Versailles) ;

Laure Echalier, maître de conférences (Montpellier) ;

Anne Vialle, professeur en classe préparatoire (Bordeaux) ;

Michèle Gueret-Laferte, maître de conférences (Rouen) ;

Augustin d’Humières, professeur de lettres classiques (Créteil).

des membres du jury du Capes de lettres classiques


in Le Monde.fr
(http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2010/08/20/langues-anciennes-cibles-emouvantes_1400980_3232.html)

Une belle croisée des chemins à six branches

Les séminaires d’été du Cifp se perdent dans la nuit des temps. On les appelle des hameaux, à cause du lieu d’accueil cévenol dit Hameau de l’étoile, que ses fondateurs, Françoise Spindler, gestalt-thérapeute à Montpellier, membre titulaire du SNPPsy, et Jean Monnot, concepteur créateur d’architectures et gestionnaire multi talentueux, viennent de quitter(1“), merci à eux pour l’immense travail accompli au service de la psychothérapie relationnelle, pour le lieu, sa beauté et le climat qu’ils ont su établir, maintenir et développer au bénéfice de ceux qui se cherchent, et de ceux qui aiment transmettre un savoir à leurs yeux inestimable.

La dénomination du lieu renvoie à une croisée de chemins en étoile, datant du XIVème siècle à l’emplacement primitif d’une agnellerie, hameau dès les XVI-XVIIème siècles, lieu de stages pour finir, d’orientation spi mêlés à ceux d’orientation psy — le cumul s’effectue parfois(2“) — où l’on reconnaît l’empreinte de la matrice du Potentiel Humain fondé à Esalen dans les années 60 venu implanter jusque près de Ganges l’utopie du carrefour salvateur dans un paysage on ne peut plus karstique revêtu d’un somptueux manteau végétal.

Des Écoles y établissent leurs quartiers d’été, dont la nôtre pour une modeste part puisque nous n’y contribuons que pour une semaine par an, l’avant-dernière semaine pleine du mois d’août.

Nous y pratiquons notre modèle multiréférentiel bien rôdé depuis le temps, fondé sur le socle exclusif de la psychothérapie relationnelle, dont la description se trouve quelques lignes ci-contre. Cette année l’équipe se trouve renouvelée des deux tiers, fait exceptionnel, réunissant la psychologue analyste bioénergéticienne belge Claudia Ucros, le professeur émérite Edmond Marc (psychologie sociale), particulièrement sensible au travail groupal et à la recherche dans ce champ, et Philippe Grauer, votre serviteur, incarnant emblématiquement le projet quadri (dans le domaine psy) et hexa (+ philosophie + psychopathologie) dimensionnel, constituant les six branches de l’Étoile de notre hameau, qui cette année jouera les père et re-père, l’autre heureux repère se situant dans la mémoire des étudiants qui se partagent depuis des années le modèle hexafocal qui structure leur compétence.

L’événement est banal dans sa reconduction évolutive si bien que personne ne songe à en évoquer les mérites ni même particulièrement l’existence. Pourtant ce moment sert aussi de portique introductif à qui désire savoir à quoi notre École ressemble, principes, ambiance, éthique, orientations cardinales en matière de clinique, à qui également, déjà en psychothérapie ou psychanalyse, désire s’approcher d’une expérience groupale complexe qui le décale de son habitus psychothérapique, tout en propulsant son processus. Des étudiants avancés y font de l’observation, d’autres de l’assistanat. Chacun selon son degré d’avancement fait vivre le dispositif, qui le lui rend généralement bien.

Comme bientôt commence l’année 25ème anniversaire de l’École, nous en profitons pour faire de cette manifestation interne un petit événement de la profession en la traitant comme fait d’actualité. Notre discipline, la psychothérapie relationnelle à dimension multiréférentielle, mérite bien une fois par quart de siècle, en ces temps singuliers où tant d’institutions psy aimeraient nous savoir portés disparus, que soit mis à l’honneur un travail somme toute pas trop mal fait.

Au cœur d’août, quand rien d’autre ne se passe(3“) que de la vacance, du festival et de l’université d’été, le CIFP se réunit en session intensive dans un lieu unique pour se ressourcer. Que cela se sache et réjouisse qui aime notre combat pour transmettre et faire progresser la psychodiversité dont ont besoin nos concitoyens.

Philippe Grauer

  • 1 Transmettant le flambeau à Véronique LOUIS.
  • 2 Pour notre part nous nous en tenons résolument à la psychothérapie, la spiritualité ne s’y articulant à certaines occasions que rigoureusement seconde.
  • 3 Sauf toutefois pour les millions de laissés pour compte du système et les Roms reconduits chez eux avec la promesse d’un pourboire, mais ceci est une autre histoire — une autre, vraiment ?