Décret : contestable voire scandaleux

Les psychologues vont réagir, ils ont la part pas belle dans le rapt de notre titre. Il représentent à juste titre que la médecine exagère quelque peu, et que, sur-représentée à l’Assemblée nationale, ceci expliquant cela, elle abuse. Probablement après une levée de boucliers et un lancer de flèches nos collègues psychologues obtiendront réparation et afficheront leur satisfaction de pouvoir jouir enfin en paix de notre dépouille onomastique.

Ça n’ira pas plus loin. Plus loin, ce serait reprendre la protestation une fois exprimée de Roland Gori notant que c’est tout de même à nous que le nom que les psychologues se proposent d’adopter à notre totale exclusion (la clause du grand-père c’est de la petite monnaie, lâchée une fois pour toutes) appartenait. Ça n’est pas au revoir et merci mais file-moi ton blouson ou je te saigne, et sois bien content que je ne te laisse pas rentrer chez toi en slip avec mon pied au cul, charlatan de mes deux !

C’est que ma foi l’éthique n’est plus ce qu’elle était. Par contre le bon docteur Accoyer ne se prive pas de faire la morale à la cantonade télévisuelle, ma belle et bonne loi, onze ans (combien de cavaliers ?) ! son plus long combat parlementaire, va enfin vous délivrer des bandits qui infestaient les grands chemins psys. Et les psychologues de se plaindre que le part à deux leur est défavorable. Ça, c’est de la morale politique.

Le professeur Albert Ciccone met les pieds non dans — ce serait déclarer que le scandale initial consiste à nous exproprier de notre titre (1“) mais sur les bords du plat : à quand une loi contre les diseurs de bonne mésaventure ? Pourquoi cet acharnement ? Au lieu de protester qu’on s’est fait piquer son plat de lentilles, ou que le droit d’aînesse est mal respecté entre frères jumeaux, on pourrait il est vrai s’interroger sur les raisons de l’iniquité en cours. Cela s’appelle de la citoyenneté. Une valeur à nos yeux et à ceux de peut-être bien pas mal d’honnêtes gens dans notre beau pays de France, mais de combien de nos chers collègues psychologues (sans compter les psychanalystes) ?

En attendant réjouissez-vous cinq minutes à lire ce courrier rafraîchissant.

Philippe Grauer


Chers Collègues,

Vous avez sans doute pris connaissance du décret sur le titre de psychothérapeute qui vient tout juste d’être publié et qui doit entrer en vigueur en juillet prochain. Je trouve ce texte contestable, voire scandaleux en certains de ses points.

Je n’insiste pas sur le fait que la loi qui concerne ce décret visait la lutte contre les sectes, et qu’il est difficile de voir en quoi un tel décret dans cette forme là va empêcher les mouvements sectaires de poursuivre leur entreprise. Il suffira tout simplement qu’ils ne se réclament plus de la psychothérapie, ce n’est pas compliqué.

Je n’insiste pas non plus sur le fait que ce texte laisse entendre que tous les psychothérapeutes qui ne sont ni psychologues ni psychiatres ni inscrits dans un annuaire de psychanalystes sont de dangereux charlatans, ce qui est plutôt abusif, et que bien sûr les psychologues, psychiatres et psychanalystes ne sont jamais charlatans, ce qui est assez naïf.

Sur le fond, s’il est dit que ne pourront prétendre s’inscrire au registre national des psychothérapeutes que les praticiens titulaires d’un doctorat de médecine ou d’un master de psychologie ET ayant suivis une formation à la psychopathologie clinique, on peut remarquer le silence total sur la formation de psychothé]]rapeute elle-même. D’un côté c’est mieux, car lorsque des politiques se mêlent de contenus de formation, on voit bien que l’on peut craindre le pire. Mais d’un autre côté cela laisse entendre, si on pousse à peine le texte, que la formation même de psychothérapeute pourrait se résumer à cela (le doctorat de médecine, le master de psychologie et la formation de psychopathologie) !

Sont ensuite mentionnés les professionnels qui auront une dispense de formation à la psychopathologie. Et on arrive au point le plus scandaleux du texte : vous l’avez lu, les psychiatres seuls bénéficieront d’une dispense totale !…

Pour les psychologues, on pourra bien sûr attester sans problèmes que les exigences sont remplies d’une manière incontestable, et on pourra fournir des attestations pour ceux qui en ont besoin – même si le contenu de la formation théorique et pratique (pour ceux qui ne sont pas dispensés) ainsi que les modalités d’évaluation doivent être définis par arrêté des ministres de la santé et de l’enseignement supérieur, et qu’il faille donc s’attendre au pire pour tout le monde !

Cette profonde méconnaissance et ce profond mépris des conditions réelles de formation des psychologues est difficilement supportable. Ce n’est bien sûr pas étonnant vu ce qu’est le pouvoir médical, et vu sa sur-représentation au Parlement.

Revenons au décret. Suit ensuite une série d’articles sur les modalités d’inscription au registre national des psychothérapeutes. Á noter que c’est le directeur général de l’ARS (2“)qui instruit le dossier. On ne sait pas s’il fait cela tout seul, mais il doit rendre sa décision au Préfet dans les 45 jours, et si personne ne répond cela équivaut à un refus ! Plus loin, concernant les demandes des psychothérapeutes qui exercent depuis plus de 5 ans et bénéficient de la « clause du grand-père », il est écrit que c’est une commission qui statue, présidée par le directeur général de l’ARS, et composées de 6 personnalités NOMMÉES PAR LUI ! Je ne crois pas que ce soit là une bonne nouvelle.

Puis toute une série d’articles concerne l’agrément des établissements de formation, aptes à délivrer cette formation en psychopathologie. Les conditions requises relèvent quasiment

d’une équipe universitaire de pointe dans la recherche ! Certains voient dans ce décret une aubaine et un marché juteux pour tout un tas d’organismes de formation, voire pour les universités… Je ne suis pas de cet avis, car je ne vois toujours pas à qui s’adresserait cette formation :

– les psychiatres n’en ont pas besoin, les psychologues j’espère en seront dispensés aussi (si on arrive à faire retirer l’annexe du décret – sinon ils fourniront des attestations justifiant qu’ils ont déjà largement répondu aux conditions), les psychothérapeutes qui exercent depuis plus de 5 ans bénéficieront de la « clause du grand-père » ;

– quant aux autres, je doute fort qu’ils acceptent passivement d’être accusés d’être mal formés ! Je fais le pari qu’ils feront comme certains ont déjà commencé à le faire : ils changeront l’intitulé de leur plaque, enlèveront « psychothérapeute » et mettront à la place « praticien de la psychothérapie », « hypnothérapeute », ou « thérapeute bioénergénéticien », « thérapeute du stress » et autres encore !… Quand est-ce qu’un décret interdira toutes ces pratiques ?!…

La seule raison qui pourrait pousser ces praticiens à conserver l’intitulé de « psychothérapeute » et à demander la formation mentionnée serait que leurs actes soient remboursés par la sécurité sociale. Vu le déficit de cette dernière, une telle idée n’est pas prête de voir le jour !

On peut tout de même se demander pourquoi cet acharnement à vouloir réglementer ainsi la psychothérapie, dans une société où la rubrique la plus lue dans les journaux quotidiens est l’horoscope, où chaque heure on entend sur la majeure partie des chaînes de radio des prédictions pour notre journée, des pubs pour des cabinets de voyance, où les consultations auprès des voyantes, cartomanciennes, magnétiseurs s’élèvent à un nombre considérable !… Il faut donc s’attendre à un prochain décret qui va réglementer le travail des astrologues, puis un autre pour les magnétiseurs, et ensuite encore un pour chaque rebouteux de toute sorte !…

Je crois qu’il est nécessaire que nous réagissions et que nous réfléchissions à la manière d’organiser la protestation.

Bien amicalement.

Pr. Albert Ciccone

Responsable du Master professionnel de psychopathologie et psychologie clinique, Université Lyon 2

  • 1 Nous serons les seuls au monde, oui, au monde ! à nous voir interdits de titre, les seuls qui pourront dire lors de leur voyage, je m’appelle Untel et je suis psychothérapeute, sauf dans mon pays où ça m’est interdit, je vous en prie n’imprimez pas ce que je viens de dire sans quoi je ne pourrai plus rentrer chez moi. On ignore encore si le fait de tenir ces propos dans l’espace européen pourrait entraîner les foudres et rigueurs de la loi concernant l’usurpation de titre, mais il faudra tout de même bien pouvoir se faire identifier au niveau international. La France demeure un pays étonnant, et c’est pour ça qu’on l’aime.
  • 2 Agence régionale de santé.

MARSEILLE : Le décret tombe, ensemble rebondissons !

La situation étant ce qu’elle est et les temps difficiles, historiques – et, qui sait ? dynamisants, le décret venant de tomber, comme prévu, je vous propose de nous rencontrer pour échanger ensemble sur

* les analyses et la stratégie du SNPPsy

* la protection des grands-parents qui le désirent,

* la définition de notre psychothérapie relationnelle sous une dénomination commune

* les échos de la réunion du GLPR – Groupe de liaison de la psychothérapie relationnelle, du 10 juin entre les quatre grands de la psychothérapie relationnelle : SNPPsy, Psy’G, FF2P, AFFOP

* Se mobiliser et réunir, mais dans le calme, nous aurons tout le temps nécessaire pour le faire, le nécessaire ! Savoir que la loi ne risque pas d’être appliquée dès juillet, puisqu’il manque les arrêtés, la nomination des jurys, etc.

Cela aura lieu à la Joliette le mardi 29 juin au 33 ave Robert Schuman 13002 Marseille, au local de Lucienne Spindler, lieu dit la petite fringale , entrer dans la boutique ne pas se perdre dans un corridor.

19:30 -22:30.

En attendant de nous rencontrer, lisez ceci si ce n’est déjà fait :

http://www.snppsy.org/Ensemble-ouvrons-un-nouveau

http://www.cifpr.fr/+Decret-relatif-a-l-usage-legal-du+

Amitié et meilleurs sentiments syndicaux à tous.

Philippe Grauer, Président du SNPPsy.


Deux minutes cinquante sur RFI : “une très mauvaise loi”

Interview sur RFI (1“)

Diffusion le mer. 9 juin, à 8 h 56 et 18 h 38.

Le décret sur le titre de psychothérapeute.

Quasiment rien, deux minutes cinquante. Nos voix se perdent dans le brouillage des déclarations de Monsieur Accoyer, tellement content d’en avoir fini avec ses charlatans (qui se trouvent… ne pas se trouver, très précisément, chez nous), et dans une certaine indifférence générale. Les médias n’ont plus tellement d’intérêt pour la destinée du titre de psychothérapeute, le moment des grandes batailles d’opinion est passé, celui du passage à la moulinette arrive.

Pas de mort, même symbolique, mais une résurrection. La nôtre. Nous continuons, mieux que jamais.

Philippe Grauer


Commentaires de 2 min 50 au total, diffusés aux informations générales, après la politique, le football, le cyclisme et une recherche sur les autistes, avec interviews de Bernard Accoyer, Georges Fenech, Serge Ginger et Serge Kloch.

S. Ginger a été interviewé au magnétophone par une journaliste – très favorable à notre situation – pendant 32 minutes, mais – comme il est habituel – la rédaction générale n’a conservé que quelques phrases (62 secondes au total, soit… 3 % de l’interview).


Texte de l’émission :

Encadrer la pratique des psychothérapies, c’est le but d’un décret paru récemment : c’était le 20 mai dernier. Pour devenir psychothérapeute, il faut désormais répondre à certains critères bien définis.

Pour Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, c’est le plus long de ses combats parlementaires : depuis 1999, il lutte contre une situation qu’il juge dangereuse pour les patients.

B. A. : « Jusque là, n’importe qui pouvait s’installer et visser sa plaque de psycho¬thérapeute, et par conséquent recevoir des personnes en situation, bien entendu, précaire, puisque ce sont des personnes en besoin de demander une assistance. »

Un vide juridique aux conséquences graves, souligne Georges Fenech, président de la Miviludes :

G. F. : « Nous avons d’innombrables cas de victimes qui sont tombés sous l’emprise mentale d’un pseudo psychothérapeute qui les a coupés de leurs soins conventionnels »

2 % des patients se plaignent qu’une psychothérapie a aggravé leur état ; deux sondages des instituts BVA et CSA l’affirment.

G. F. : « Ce décret prévoit maintenant des formations obligatoires avant de pouvoir utiliser ce titre, dans des Centres agréés par l’État – qui délivrera donc des diplômes. »

Du côté des psychothérapeutes – qui exigent depuis des années une réglementation de leur profession – le décret ne convainc pas. Serge Ginger, secrétaire général de la Fédération française de psychothérapie et psychanalyse, juge que la nouvelle formation obligatoire – qui porte surtout sur la psychopathologie – est loin d’être adaptée.

S. G. : « La psychopathologie, c’est l’étude du diagnostic ; la psychothérapie, c’est le traitement. Il ne suffit pas de dire que vous êtes paranoïaque ou dépressif, il faut encore savoir ce que l’on peut faire ! La psychopathologie décrit les troubles, mais ne définit pas du tout les interventions. C’est la psychothérapie qui le fait. Il y a là une confusion fondamentale. »

Pour avoir les outils d’une psychothérapeute digne de ce nom, dit Serge Ginger, il faut se former dans une des écoles reconnues par la profession – où l’on combine pratique, formation continue, lectures et séminaires Ce que confirme Serge Kloch. Ce cadre infirmier en pédo-psychiatrie s’est formé tout au long de ses 20 ans de carrière à la psychothérapie. Lui aussi est déçu du décret.

S. K. : « C’est une très mauvaise loi. C’était, soi-disant, pour lutter contre le risque sectaire des charlatans. Or, à mon avis, cette loi ne va absolument pas permettre d‘empêcher les sectes de s’emparer de la psychothérapie, comme elles le font déjà aujourd’hui. En tous cas, pas cette loi là, qui ne règle rien, mais qui, en plus, donne l’illusion qu’elle va résoudre le problème ».

Le nouveau décret déplait également aux psychologues – qui vont manifester le 19 juin, au Champ de Mars, à Paris, pour exprimer leur indignation.


Plan des thèmes développés (en une demie heure d’interview) :

Plan ITW Radio France international (RFI), le mer. 2 juin à 11 h

Le décret réglementant le titre de Psychothérapeute

• Les juristes rédacteurs du décret – et notamment de son annexe, précisant les formations complémentaires exigées – ne se sont manifestement pas informés des programmes actuels de formation des médecins, psychologues et psychothérapeutes !

Ainsi, par exemple, le décret demande aux psychologues cliniciens diplômés en psychopathologie de refaire à nouveau – au sein des mêmes universités et avec les mêmes enseignants – le même programme !
De même, le décret suppose que les médecins non psychiatres ont suivi une formation sur les « grandes pathologies psychiatriques » et tous effectué un stage en services psychiatriques.

Enfin, il demande aux psychothérapeutes certifiés de refaire en 100 h une « formation aux principales approches utilisées en psychothérapie », alors qu’ils les ont déjà étudiées pendant plus de 1 000 heures, en 4 ou 5 années ! (Le programme du Certificat Européen de Psychothérapie (CEP) prévoit une formation de 1 450 heures en 4 années, à partir du niveau bac + 3).

• L’ensemble de la loi et du décret entretient plusieurs confusions et amalgames, répandus dans le grand public ainsi qu’auprès des pouvoirs publics :

– confusion entre psychiatres, psychologues, et psychothérapeutes, alors qu’il s’agit de professions voisines mais différentes ;

– confusion entre psychanalyse et psychothérapie, alors que la psychanalyse n’est que l’une des méthodes de psychothérapie, parmi la douzaine répandue en France et en Europe ; la psychanalyse est enseignée dans des instituts privés – comme les autres psychothérapies, dont la formation a été directement inspirée de celle des psychanalystes ;

– amalgame entre les psychothérapeutes professionnels certifiés (après des études à un niveau bac + 5 à bac +8) et les « soi-disant « psychothérapeutes » autoproclamés, avec une formation très insuffisante ou pratiquant des méthodes fantaisistes ;
–
• Les chiffres avances par Georges Fenech, président de la Miviludes ou Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, ne reposent apparemment sur aucune étude et sont le fruit d’exagérations spectaculaires, destinées à effrayer la population. Les études nationales sérieuses effectuées par deux instituts de sondage indépendants (BVA et CSA), en 2001 et en 2006, auprès d’échantillons représentatifs de la population française adulte (8 000 et 6 000 personnes) révèlent que 8 % de la population suit ou a suivi une psychothérapie ou une psychanalyse, soit 4 millions de personnes – dont 1 million sont en cours de thérapie… et non 12 millions ! Le nombre de charlatans sans formation sérieuse est estimé à quelques milliers et non à 2 millions, et les victimes se comptent en milliers et non en millions ! L’exagération est donc de… mille fois ! Notre Fédération lutte depuis sa création contre les tentatives d’infiltration de certains mouvements sectaires.

• En Europe, on compte 150 000 psychothérapeutes professionnels certifiés dans une trentaine de pays. Les lois diffèrent d’un pays à l’autre. L’accès à la formation est ouvert à différents professionnels de niveau bac + 3 (travailleurs sociaux, enseignants, sociologues, philosophes, etc.) dans plusieurs pays comme l’Autriche, la Finlande, la Grande-Bretagne, etc.

• Si on appliquait cette loi à la lettre, l’État serait responsable de plusieurs milliers de chômeurs supplémentaires, auprès de professionnels formés à un niveau bac + 5 à bac + 8 !

• Comment appliquer cette loi… dans trois semaines alors que les arrêtés permettant son application ne sont pas encore parus, que les jurys régionaux ne sont pas nommés, et que les lieux de stages pratiquant effectivement la psychothérapie au quotidien sont notoirement insuffisants ?

S. Ginger, secrétaire général de la FF2P

  • 1 Radio France International, FM 89, Paris

Décret relatif à l’usage légal du titre de “psychothérapeute” : incompétence légalisée pour tous

Un clinicien universitaire témoigne

Philippe GROSBOIS est Maître de conférences en psychologie clinique et psychopathologie, Angers, et chargé de mission “psychothérapie“ à la Fédération française des psychologues et de psychologie (1“). Son engagement dans la transmission de la clinique, d’inspiration psychanalytique, à l’université, le place dans la position de savoir qui nous sommes, confraternellement, et de nous reconnaître à condition de nous ignorer. Il illustre cette situation de ligne de démarcation entre professions voisines que la génération prochaine aura pour mission de franchir. Son analyse témoigne d’une sensibilité voisine de la nôtre pourvu que soit maintenue la distance. Peut-on parler d’amorce de dialogue avec ce texte ici édité ? ne forçons pas les choses. Telle quelle laissons fonctionner cette, comme on dit dans les colloques, communication.


La question du travail sur soi

Philippe Grosbois n’est pas de notre bord. Plutôt Lécuyer (FFPP), plutôt comment s’appelle-t-il, vous savez celui qui dirige un site victimaire, enfin bref, il parle pour les psychologues et s’allie avec qui il entend. Et il a choisi de dire la vérité. Que la psychothérapie cela devrait vouloir dire pour commencer un long travail sur soi, bien connaître sa matière, et une supervision constante (comportant formation continue). Voici un terrain d’entente. Pas tout à fait car on ne convaincra jamais tout le monde psy à la même base pratique. Dans cet univers, La psychothérapie — faudrait-il l’agrémenter à son tour de guillemets ? c’est celle que je définis comme mienne. Autant admettre qu’il en existe plusieurs familles, sans parler des composites. La psychopathologique, celle de la loi Accoyer qu’aime bien Philippe Grosbois, la systémicienne, la comportementaliste, la dite d’inspiration psychanalytique, la psychiatrique, et j’en oublie.

Psychothérapeutes avec guillemets mais sans formation

Quant à nous nous avons renoncé dès 1996 à exiger des autres qu’ils se soumettent à nos critères — qu’ils fassent après tout comme ils veulent, psychodiversité exige, et nous sommes différenciés comme psychothérapeutes relationnels. Corporatisme exige, nos collègues ont immédiatement répliqué que c’était à nous de nous plier à leur définition et conditions. Avec le résultat qu’on sait. Philippe Grosbois analyse que les psychologues sont en voie de devenir par le jeu de la baguette magique de la loi Accoyer qu’il a vigoureusement soutenue “psychothérapeutes” avec guillemets mais sans formation ad hoc, des “psychothérapeutes” d’État-proclamés.

Psychothérapie au sens générique : terminologique glissante

Nous connaissons tout cela, Philippe Grosbois découvre que “les psychologues sont prêts à devenir légalement des charlatans de la psychothérapie”, nous l’adresse, nous le portons à votre connaissance. Avec cette réserve que parler de la psychothérapie au sens générique du terme c’est se disposer à la confusion. Personne ne saurait définir la psychothérapie sans consentir à la taxinomer, à la reconnaître comme complexe et non unique, à décliner sa diversité. Si bien que si personne ne traite plus une classe entière de charlatane, les gens sérieux garantis par leurs institutions responsables s’identifieront aisément et les imposteurs, isolés, se trouveront livrés à leur sort. Pour cette raison, retourner institutionnellement vers une catégorie l’accusation de charlatanisme, même pour la “bonne” cause, même contre les siens (enfin, mieux vaut à tout prendre faire la police chez soi que chez les autres) comme le tente Grosbois, reste délicat.

Coup de projecteur

Cela dit nous avons appareillé le texte grosboisique de quelques notes critiques, lisez-les quoiqu’au bas de l’écran. Bien entendu ce psychologue voit midi à sa porte, nous ne logeons pas du même côté du Carré psy et ne racontons pas l’histoire de la même manière. Nous ne racontons d’ailleurs pas la même histoire et sa logique continue au sens fort du terme de nous ignorer (dans le temps qu’il nous adresse ce texte, l’ambivalence, heureusement, ça existe). En ces temps où en effet le corporatisme et la blessure narcissique identitaire peuvent contribuer à brouiller les analyses, celle que conduit Philippe Grosbois jette, sans tout clarifier, un coup de projecteur inédit dans son milieu sur l’effervescence de l’univers psy au lendemain du Décret.

Contre-champ non contaminé

Nous nous apprêtons quant à nous, en bon ordre et en bonne éthique, à modifier notre appellation pour laisser celle de psychothérapeute, avec ou sans guillemets, arrachée de nos mains et passée dans celles trop heureuses de nous en avoir dépouillés, vidée du sens que notre mouvement sut lui conférer durant un quart de siècle, vivre une autre destinée, une dérive confuse vers une paramédicalisation inquiétante et une psychothérapie psychologique, neurologique, comportementaliste, diagnosticiste, prescriptive. Comme ils voudront. Nous préférons sous un nom que personne ne viendra nous disputer, contrôler notre discipline, pratique clinique et profession. En toute éthique et souveraineté constituer le contre-champ non contaminé, alternatif (aux côtés d’une psychanalyse non réduite), de la dynamique de la subjectivation.

Identité distincte

Nous nous refusons à disqualifier nos collègues pratiquant différemment, les laissant œuvrer comme ils l’entendent, leur demandant seulement de nous respecter en retour. Il se trouve qu’au vu de l’actuel cours des choses, nombreux chez nous seront ceux ne désirant plus se voir confondus avec des “psychothérapeutes” tels que Philippe Grosbois en dresse le portrait. Identité distincte, celle demain de psychopraticien relationnel (2“), garantie par ses institutions responsables, devrait permettre à ceux qui l’endosseront d’évoluer disciplinairement et professionnellement en toute tranquillité et dignité pour le meilleur service auprès du public.

Philippe Grauer


Pourquoi les regroupements professionnels, syndicaux, universitaires, scientifiques de psychologues s’estiment-ils pénalisés par la dispense partielle et non totale (contrairement aux psychiatres) de formation post-master en psychopathologie exigée par la loi pour accéder à l’usage du titre de « psychothérapeute » ?

Pour ceux qui veulent

Pourquoi les sociétés de psychanalyse ne protestent-elles pas, elles, alors que, dans le décret, les psychanalystes, tout comme les psychologues, ne sont dispensés que partiellement de la formation en psychopathologie exigée pour ceux qui VEULENT accéder à l’usage du titre de psychothérapeute ?

Je souligne : « pour ceux qui VEULENT accéder à l’usage du titre de psychothérapeute », et non qui seraient obligés d’utiliser le titre de psychothérapeute s’ils veulent pratiquer la psychothérapie puisque ça n’est pas le cas. Le Président de l’Assemblée Nationale, Bernard Accoyer, qui est à l’origine de cette réglementation, a pourtant souligné récemment : « cette disposition ne concerne strictement en rien les psychiatres, les psychologues cliniciens ni la psychanalyse ».

Hypertrophie du moi des psychologues

Psycho-prolos

En considérant qu’ils ont le droit d’accéder au titre sans autre formation qu’une formation en psychopathologie, il s’agit, pour les psychologues, d’affirmer le fait d’être autre chose qu’un psychologue vécu comme un psycho-prolo de base qui pratique des entretiens d’aide, fait passer des bilans, régule des équipes ou anime des groupes de parole, autrement dit un Superman de la psychologie dont la planète Krypton serait la psychothérapie.


Cliniciens compétents de facto

Il s’agit donc d’une question identitaire ; la formation universitaire devrait ainsi leur suffire pour accéder au titre de « psychothérapeute », au prétexte qu’ils ont développé une certaine aptitude à l’écoute de par leur formation universitaire clinique et psychopathologique. Certains même, au nom d’une démarche personnelle, psychothérapique ou psychanalytique, considèrent que la loi devrait s’appliquer de droit à tous les psychologues dits « cliniciens » parce qu’ils seraient compétents de facto à mettre en œuvre une psychothérapie !

Des psychothérapeutes “auto-proclamés” aux psychothérapeutes “État-proclamés”

Ainsi les organisations de psychologues ont-elles reproché ces dernières années aux organisations de psychothérapeutes qualifiés d’ “auto-proclamés“ par Accoyer (FF2P, SNPPsy, AFFOP,(…) (3“), Psy’G) de revendiquer la création d’une profession de « psychothérapeute »(4“) indépendante parce que ces derniers, bien que formés à une ou plusieurs approches psychothérapiques — même si certains contestent la validité théorique et pratique ou les fondements épistémologiques de certaines méthodes auxquelles ils se réfèrent, méthodes qui se situent essentiellement dans le champ de la psychologie dite humaniste (5“)— nient l’utilité d’une solide formation universitaire de base en psychopathologie(6“)

Les organisations de psychologues revendiquent aujourd’hui, à l’inverse, l’usage légal du titre de psychothérapeute, alors que la formation requise par la loi ne s’appuie que sur la base d’une formation psychopathologique considérée comme suffisante et sans aucune référence à une formation à la psychothérapie !

Tout ceci souligne à quel point le titre de psychothérapeute exerce un pouvoir d’attraction pour les psychologues. L’attraction soulignée par Jacques Gagey dans les années 70 à propos du psychanalytique chez les psychologues cliniciens se trouve ainsi transposée sur le psychothérapique à cause de la loi sur le titre. Avec le même écart entre le désir des psychologues et la réalité, à savoir qu’un enseignement sur la psychanalyse à l’université ne peut en aucun cas suffire pour devenir psychanalyste. Et pourtant, combien de psychologues se réclament de la référence à la psychanalyse pour s’en faire les imitateurs honteux ou les faux-monnayeurs… prétendant pratiquer des psychothérapies d’inspiration psychanalytique alors qu’ils ne sont pas psychanalystes.

Même problématique pour les psychologues face à cette loi sur le titre : ceux-ci, unis dans un même cri scandalisé contre le supplément de formation imposé, sont prêts sans vergogne, tels des paons orgueilleux, à se parer du plumage d’un titre sans en avoir le ramage… c’est-à-dire à se contenter d’un enseignement théorique de 100 heures sur la psychothérapie (prévu par le décret) et qui leur permettra de se dire « psychothérapeutes » sans aucune compétence psychothérapique.

Labellisation d’État de “psychothérapeutes” non formés à la psychothérapie

Rappelons que la formation spécifique en psychopathologie exigée par le décret comporte une formation théorique de 400 heures et un stage pratique de 5 mois. Le projet de cahier des charges de cette formation reprend les 4 axes de connaissances présents dans les anciennes moutures du projet de décret, à savoir :
– développement, fonctionnements et processus psychiques (100 heures, les psychologues étant dispensés seulement de ce premier axe) ;
– critères de discernement des grandes pathologies psychiatriques (100 heures) ;
– théories se rapportant à la psychopathologie (100 heures) ;
– principales approches utilisées en psychothérapie (100 heures).

Les psychologues sont prêts à devenir légalement des charlatans de la psychothérapie

C’est dans cette dernière rubrique que le texte précise « Cette formation académique ne saurait se substituer aux dispositifs spécifiques d’apprentissage et de transmission des méthodes psychothérapiques » mais, paradoxalement, ni la loi ni le décret ne précisent quels devraient être ces dispositifs alors que la délivrance du titre de « psychothérapeute » devrait normalement correspondre à des compétences psychothérapiques et non seulement psychopathologiques… Ce choix réglementaire avait déjà été décidé lors des débats parlementaires du Sénat à propos de l’article 52.

Pour être clair, cela signifie que les psychologues sont prêts à devenir légalement des charlatans de la psychothérapie.

Les critères de formation à la psychothérapie dans le monde

En effet, toutes les écoles de formation à la psychothérapie dans le monde entier définissent la formation à la psychothérapie selon 3 critères :
– une psychothérapie personnelle
– une pratique supervisée
– une formation théorique et clinique complémentaire (séminaires, étude de cas, etc.).

Les deux seules exceptions sont les formations à la thérapie familiale systémique et aux thérapies cognitivo-comportementales qui ne requièrent pas d’expérience personnelle de ces approches mais qui exigent néanmoins une pratique supervisée, des séminaires théoriques complémentaires et des études de cas cliniques.

Il y a ainsi confusion entre une « attitude psychothérapique spontanée » (selon l’expression de Guyotat) transversale à toute pratique clinique et les psychothérapies systématisées s’appuyant sur un cadre théorique et pratique spécifique .

Si l’on examine la législation des pays qui protègent l’usage du titre de psychothérapeute ou l’activité psychothérapique (en la réservant à certaines catégories de professionnels), on découvre que cette réglementation s’appuie toujours sur l’exigence d’une formation psychothérapique personnelle et d’une pratique supervisée, outre une formation théorique complémentaire ; c’est le cas par l’exemple pour l’Italie où seuls les psychologues et les médecins peuvent pratiquer la psychothérapie sous réserve qu’ils aient suivi une formation post-master ou post-doctorat pendant quatre ans, cette formation étant dispensée soit par des universités agréées soit par des écoles psychothérapiques privées agréées par le Ministère de la Santé (7“). En Suisse la Fédération suisse des psychologues a établi également des critères de formation psychothérapique semblables très stricts.

La clairvoyance des psychanalystes, des psychiatres, des “psychothérapeutes” et l’incapacité d’analyse de la loi par les psychologues

Les (rares)(8“) psychiatres et psychanalystes qui se sont exprimés sur la loi et le décret semblent, quant à eux, moins déficients intellectuellement que les psychologues car ils ont compris à la fois l’intention du législateur et les conséquences de la réglementation sur l’image et la crédibilité de la psychothérapie qui deviendrait ainsi non plus une valeur ajoutée mais une valeur retranchée. Deux exemples :

Laurent LE VAGUERESE, psychanalyste et webmestre du site “œdipe.org“ :
« Précisons tout de même pour ceux (rares) qui n’auraient pas lu durant ces onze ans les multiples versions de la loi, les décrets et leurs commentaires, qui n’auraient pas participé aux assemblées parfois houleuses, aux débats sur Internet …/…, qui n’auraient pas hanté les cabinets ministériels …/…, précisons donc que le décret qui vient de paraître concerne l’usage du titre de psychothérapeute.

En clair, cela signifie que seuls ceux qui souhaitent mettre sur leur plaque, leur papier à en-tête, leur descriptif sur Internet ou sur le bottin le mot «psychothérapeute» sont concernés.

Si vous n’usez pas de ce titre, si vous indiquez seulement «psychanalyste » ou « psychologue » vous n’avez rien à faire de particulier en rapport avec cette loi et ce décret, du moins en l’état actuel des choses. »

François Kammerer, vice-président de l’Association française de psychiatrie et du Syndicat des psychiatres français :
«À nos yeux, c’est notoirement insuffisant. Ce décret va entraîner une déqualification de la psychothérapie et même d’une partie de la psychiatrie ».

Quant aux organisations de “psychothérapeutes“(relationnels, et sans guillemets cela irait beaucoup mieux. PHG) déjà citées, elles ont compris que ce label d’État était une outre vidée de son contenu et s’orientent d’ailleurs vers une autre appellation non contrôlée (9“) de leur pratique (cf. les brèves parues sur leur site web).

Éthique : l’inconnue de la scène.

Ce qui est scandaleux, c’est l’absence de positionnement et d’exigence éthiques des organisations de psychologues et des universitaires dans cette affaire, au profit d’un positionnement corporatiste et d’une nouvelle mais éternelle contestation des psychiatres parce que ceux-ci bénéficieraient d’avantages exorbitants. Discuter sur le caractère quantitatif des non-dispenses de la formation spécifique en psychopathologie exigée par le décret devient dans ce contexte une question secondaire puisque la loi instaure une absence totale de formation à la psychothérapie pour accéder au titre et parce que le législateur n’a en aucun cas l’intention d’en définir des critères, en introduisant une confusion entre formation à la psychopathologie et formation à la psychothérapie !


Un psychologue ne peut mettre en œuvre que des modalités d’intervention auxquelles il s’est formé

Le Code de Déontologie des psychologues (même s’il n’a pas valeur réglementaire) précise pourtant qu’un psychologue ne peut mettre en œuvre que des modalités d’intervention auxquelles il s’est formé… mais les psychologues semblent avoir oublié ce principe…

Tromper légalement les usagers

Aujourd’hui, en tant que psychologue formé à la psychothérapie, j’ai honte de la position prise par mes pairs, dans un contexte où la référence à des principes éthiques est inexistante, contexte dans lequel les psychologues s’apprêtent collectivement, avec la complicité de certaines universités, à tromper légalement les usagers sur leur qualification et leurs compétences.

Afin d’éviter cette dérive légalisée, il serait en effet salutaire :

– que les UFR de Psychologie n’organisent pas à l’université cette formation spécifique en psychopathologie requise par la loi en ne candidatant tout simplement pas pour être agréées comme établissement formateur par l’agence régionale de santé ;

– que les psychologues et les médecins ne siègent pas dans les futures commissions d’habilitation qui examineront les candidatures à l’accès au titre de “psychothérapeute“.

Cette stratégie illustrerait le fait que les psychologues et les universitaires en psychologie ont enfin compris qu’il est possible (et légal !) de continuer à exercer une activité psychothérapique en tant que psychologue et qu’ils défendent une véritable position éthique soucieuse de la protection des usagers ; le seul travail de deuil qui leur reste à faire est de renoncer à faire usage du terme “psychothérapeute“ pour désigner leur pratique… mais sont-ils prêts à assumer ce qui apparaît encore pour beaucoup comme une blessure narcissique ?

Assistera-t-on, dans les mois qui viennent, à un sursaut éthique des regroupements de psychologues et des universitaires en psychologie ? Seul l’avenir le dira.

  • 1 Qui milite pour la création d’un Ordre des psychologues : ligne dure.
  • 2 Une décision de dénomination commune doit être prise incessamment par les institutions membres du GLPR. Nous modifierons cette ligne dès que possible.
  • 3 Le texte ici mentionne Psy en mouvement. Le Psy’G fonda avec le SNPPsy la FFdP, dont se scinda l’Affop deux ans plus tard (la FFdP devenant ultérieurement FF2P) que le Psy’G cofonda. Ceci est la grande Histoire. La plus petite conduisit après que l’Affop se fut débarrassée d’un responsable qui à son insu puis ouvertement violait sa loi fondamentale, désireux d’en faire une sorte d’officine de récupération des bas-morceaux en matière de psychothérapie, à la création de l’actuelle officine Psy en mouvement, orientée marketing internet, conduite par un psychologue qui se révéla n’être ni psychanalyste ni psychothérapeute et n’avoir effectué de démarche ni dans l’une ni dans l’autre de ces deux disciplines. Cet organisme ne relève aucunement de l’autorité morale des quatre centrales historiques du mouvement de la psychothérapie relationnelle regroupé par ailleurs dans le cadre du GLPR. Que Philippe Grosbois nous pardonne cette rectification de frontière et historiographique. Après tout, de l’extérieur, il n’est pas si facile de s’y retrouver dans toute cette Histoire.
  • 4 Les guillemets mettent en doute et l’absence du qualificatif relationnel égare le lecteur. La terminologie dessine la réalité avant même qu’on ait commencé d’en parler. Cela s’appelle une présuppostion typographique, tout est déjà dit sans qu’on ait besoin de l’articuler.
  • 5 Elle ne l’est pas “dite”, c’est son nom. La psychologie humaniste américaine constitue un vaste mouvement d’inspiration sartrienne, avec Rogers, Maslow, May et dix autres grands noms qui changèrent la donne de la clinique dans les années 60.
  • 6 ‘À l’origine il s’agissait de psychologues dûment diplômés et “psychopathologisés” dans ce cadre, ils n’avaient rien à nier. Les laïcs qui sont venus ensuite on été formés dans des écoles aux cursus incertains du point de vue de la psychopathologie. Dès que les Écoles sérieuses par le biais du SNPPsy ont pris contact avec les pouvoirs publics elles sont tombées d’accord pour mettre l’accent sur une formation solide dans ce domaine. Le SNPPsy a proposé dès la fin des années 80 la maquette d’un Institut des hautes études en psychothérapie qui prévoyait une articulation intime avec l’université, notamment de ce point de vue. On sait que les psychologues universitaires n’en voulaient rien savoir.
  • 7 C’est déjà mieux, dû on le sait à l’action vigoureuse et suivie des psychothérapeutes affiliés à l’EAP dans ce pays. Mais Philippe Grosbois ne dit rien là qui fasse état de l’obligation d’un parcours personnel substantiel.
  • 8 Il doit s’agir des gens du Groupe de contact, trop heureux d’agir plutôt dans l’ombre des corridors ministériels. Les psychanalystes et psychiatres de la mouvance de l’École de la Cause, se sont abondamment et publiquement largement là-dessus exprimés, du temps de la Coordination psy. De plus, l’historienne Élisabeth Roudinesco dans Le patient, le psychothérapeute et l’État, produit l’analyse en profondeur de l’ensemble du phénomène. Cela constitue au bout du compte un silence amplement traversé de paroles et d’écrits.
  • 9 C’est exactement le contraire. Elles contrôlent leur pratique depuis plus de 25 ans avec le plus grand soin, le président du SNPPsy et vice-président de l’Affop peut en attester.

La psychiatrie à la télé : ceci n’est pas une fiction mais une anticipation !

Deux documentaires diffusés récemment montrent une certaine image des services de psychiatrie : patients traités de manière autoritaire ou négligente quand ils ne sont pas abandonnés et livrés à eux-mêmes, « soins » se résumant aux médicaments et aux électrochocs quand les patients sont calmes, aux injections, à la chambre d’isolement et à la contention quand ils sont agités ou seulement « désobéissants ». L’absence de réflexion semble généralisée. Un séjour en psychiatrie s’apparente à une maltraitance insupportable.

Ces documentaires ne sont pas une fiction, puisque les scènes filmées ont réellement eu lieu. Nous ne pouvons nier que ces situations surviennent parfois dans les services.

En revanche, ce concentré de scènes violentes est vraisemblablement une anticipation : quand la psychiatrie se voit régie par des principes essentiellement gestionnaires et sécuritaires – ce qui est le cas depuis plusieurs années et s’accentue avec les lois récentes et projets de loi en cours – le soin lui-même a toutes les raisons de se transformer en maltraitance.

En effet, ces documentaires fournissent une projection de ce qui pourrait constituer le quotidien de tous les services de psychiatrie dans un futur proche, lorsque seront définitivement appliqués les principes rentabilistes de la nouvelle organisation hospitalière, ainsi que les principes répressifs et sécuritaires du projet de loi réformant les hospitalisations sans consentement.

Ce travail journalistique, qui peut paraître orienté et extrême, semble toutefois avoir saisi l’essence de ce que devient un service de psychiatrie sans moyens, sans formation des soignants et dénué de réflexion sur le sens du métier. Or, le métier de professionnel dans le champ de la psychiatrie nécessite, plus qu’un autre, du sérieux et de la rigueur.

Ce sérieux et cette rigueur, qui consistent en une analyse approfondie et une mise en question permanente, à partir d’éléments cliniques, de nos pratiques psychiatriques, sont les grands absents de la politique actuelle de soin. Prônant une approche gestionnaire et sécuritaire, cette politique propose des réponses-recettes superficielles et démagogiques à coup d’enfermement, de sédation chimique ou physique, d’évaluation des pratiques sur la base de critères économiques.

Ces documentaires montrent très exactement ce que nous dénonçons : une psychiatrie honteuse et toxique dénuée d’analyse institutionnelle et d’humanité. Celle que les réformes actuelles favorisent, à leur insu, ou non. Plus que nos discours et nos argumentaires, ces images suscitent un malaise profond et une indignation salutaire.

Ce n’est pas la psychiatrie que nous voulons mais, si nous n’y prenons garde collectivement, c’est la psychiatrie que nous aurons.

Nous souhaitons attirer l’attention des patients, des familles et de l’opinion publique sur le fait que les solutions simplistes proposées pour les soins psychiatriques (tri des patients par pathologies, multiplication des unités pour malades difficiles…) génèrent par elles-mêmes ce que ces documentaires nous ont montré.

Aussi, parce que nous savons qu’une autre psychiatrie est possible, a existé, existe encore actuellement, humaine et engagée, c’est d’une voix indignée et émue que nous nous écrions, face aux pratiques montrées dans ces documentaires : « ça suffit ! »


Pour faire vivre ce débat 

Deux forums du Collectif des 39 – Contre la Nuit Sécuritaire
auront lieu prochainement :

Colloque de « Pratiques de la folie »

À propos de l’obligation de soin

1) Vendredi 11 juin à 20h
92 Bd du Montparnasse, Paris

Colloque de « la C.R.I.E.E.  
« Psychiatrie et démocratie »

2) Samedi 26 juin de 9h à 12h30
Mairie de Reims
Place de l’Hôtel de Ville, Reims

3) Autres documentaires

Enfin, nous rappelons l’existence d’autres documentaires, tel celui de Philippe Borrel, Un Monde sans fous ? , diffusé sur FR5 en avril, et toujours disponible sur Mediapart


Plus d’infos sur :

Communiqué du collectif des 39 contre la nuit sécuritaire

Psychothérapie : “la loi crée une fausse sécurité”

Interview conduite par ERIC FAVEREAU


“Escrocs et charlatans”

“Cette loi, qui nous avait été vendue pour mettre un terme aux escrocs ou aux charlatans, crée une fausse sécurité” : Roland Gori n’est pas si naïf que ce que Éric Favereau nous laisse accroire. Il sait bien que cette loi — qui aurait été vendue, comme la fiancée ? la métaphore du journaliste a quasi valeur de lapsus — visait au résultat actuel, via la démolition de la psychanalyse qui y prêta la main de façon suicidaire, à quelques exceptions près. Dont Roland Gori honnête homme baillonné par la situation, qui osa tout de même lancer lors d’une des grandes réunions au Ministère qu’il était conscient que cette opération comportait un indice élevé de cynisme en nous spoliant de notre titre sous un faux motif, et que nous étions les malheureux grands perdants de cette vaste manœuvre universitaro politique.

Le titre volé

Cela dit le titre volé, comme la fameuse lettre, donne lieu à un imbroglio institutionnel admirable, et Roland Gori a raison de parler d’abus et d’imposture. En toute logique il faudrait resituer cette imposture dans le cadre de l’imposture plus générale ayant consisté à nous spolier au lieu de nous associer à la recherche d’un juste équilibre commun, du type Marchand ou Gouteyron, ou encore du premier Xavier Bertrand chaussant les bottes de Douste-Blazy nous ayant reconnus publiquement. Las, les psychologues ont ruiné ce possible équilibre, ils ne sont pas près d’en souffler mot. Ce méfait tû endosse pratiquement le statut de secret de famille, source de ravages s’il en fut, ce que ne saurait ignorer le fin clinicien Roland Gori, un de ceux nous le rappelons qui ont eu le courage de l’éventer un instant publiquement.

Larrons en foire puis en dispute

Ironie de l’Histoire, nous voici, comme dirait une ex candidate à la présidence de la République empruntant une formule choc à l’Analyse transactionnelle, une des provinces de la Charlatanerie, perdants perdants. Avec cette petite différence que l’ironie pousse le bouchon d’un cran supplémentaire et que nous ne nous en tirerons peut-être pas si mal, alors que les deux tenants du titre, larrons en dispute, ne font pas de bien à l’objet dérobé, devenu objet de discorde en voie de dégradation.

Déni général

Ah si, une dernière chose : il ne viendrait pas à l’idée d’Éric Favereau de nous demander à nous ce que nous pensons de cette affaire. Déni général : nous voici médiatiquement portés disparus, non seulement perdants mais perdus. De vue. Pfffuit le Carré psy et la psychothérapie relationnelle ! On est bien peu de chose. Mais bien vivants, vivaces même, et résolus. Reste à voir la tête à venir de celui à qui sera répondu “Les morts que vous tuez se portent assez bien(1“)}”.

Philippe Grauer


Questions à Roland Gori professeur de psychologie clinique

Professeur de psychologie clinique à l’université de Marseille, Roland Gori a été de toutes les étapes de la loi réglementant le titre de psychothérapeute, dont les décrets sont récemment parus.

Au bout de onze ans d’attente, enfin une bonne nouvelle ?

C’est une très mauvaise nouvelle. Car ces décrets débordent le cadre de la loi. Il s’agissait de définir qui a droit au titre de psychothérapeute. L’annexe du décret, en définissant les formations nécessaires, établit une hiérarchie des professionnels. Avec ce décret, les médecins psychiatres peuvent automatiquement se définir comme psychothérapeutes. Ce sont les seuls. Même les psychologues cliniciens ou les psychanalystes doivent avoir des formations complémentaires. Ce choix est un abus ou une imposture.

Comment l’analysez-vous ?

C’est une régression, le retour le plus bête du pouvoir médical. Cette loi, qui nous avait été vendue pour mettre un terme aux escrocs ou aux charlatans, crée une fausse sécurité. Ce n’est pas un diplôme qui protège, mais une compétence.

Libération 06 07 2010

  • 1 Corneille, {Le menteur.

Titre de psychothérapeute — les psychologues malades de la médecine

Décret du 20 mai 2010 relatif au titre de psychothérapeute. Cf. à ce sujet également notre commentaire de celui de Geneviève Mattei.


Absorbés

Apparemment le décret tant attendu par les psychologues, alliés en ceci fort souvent aux psychanalystes — lesquels se recrutent le plus souvent chez les psychologues, tout s’emboîte — à peine tombé les réveille mais le réveil ressemble pour eux à un cauchemar. Psychologues et psychanalystes employés dans les lieux de soin, embarqués dans la Nef des fous de la Santé mentale, se retrouvent ficelés par la médecine, littéralement absorbés. Il n’y a pas que l’évidence qui soit “baisée par la médecine”(1“).

Sortir du jeu

Les problèmes auxquels ils ont à faire face sont de virage identitaire, avec paramédicalisation à la clé, nous préférons les nôtres, qui nous invitent à tout simplement sortir du jeu, tête et spécificité professionnelle hautes. Notre identité reste ailleurs, cautionnée par nos institutions historiques. À quelque chose malheur est bon, l’affaire pourrait être plus aisée pour nous autres libéraux.

Machine infernale

Pour ceux, psychologues et psychanalystes postés qui se voient au bout du compte exiger de leurs employeurs de remplir toujours plus de conditions, de devenir de véritables psychopathologues (2“), les voici confrontés à une réalité prévisible, à savoir que lorsque les psys s’opposent les uns aux autres en souhaitant ardemment l’élimination des autres, ils se retrouvent au bout du compte arroseurs arrosés. La machine infernale qu’ils étaient ravis de mettre en route pour nous expédier en enfer, en fait pour expédier ad patres (inopinée déclinaison du Nom du Père !) la psychanalyse à partir de la dénonciation des supposées turpitudes de la psychothérapie relationnelle(3“) se met à les avaler.

Les seuls à l’avoir combattue de bout en bout

Alors en voici qui hurlent qu’ils sont tout mouillés, hypermédicalisés, et que ça n’est pas ce qu’ils avaient prévu. Alors voici que se taisent nos alliés d’hier, trop occupés à digérer le bénéfice de leur abandon de notre alliance. À Machiavel Machiavel et demi. De cette méchante loi que nous sommes les seuls à avoir combattue de bout en bout, décidément personne ne se contente. Nous l’avions prévu, ils l’ont voulu, le gouvernement nous l’a fait.

Expropriés mais libres

Que va-t-il se passer maintenant ? Nous en tout cas, nous changeons de nom, malheureux de cette expatriation forcée, endeuillés mais aussi trop heureux de ne pas le partager davantage avec des praticiens qui en feront tout autre chose, dont les vieux démons universitaires déjà se jouent, et dont nous entendons demeurer démarqués.

FRDM a bien travaillé

En attendant, livrez-vous aux délices juridiques que nous concocte le bon François-R. Dupond Muzart — frdm. Instructionnant en diable.

Philippe Grauer


Décret titre de psychothérapeute — scénario du pire ou réalité en marche ? à vous de voir

Alors résumons quelque peu.

1. — Jusqu’à l’article 52 législatif relatif au titre de psychothérapeute et son décret d’application, n’importe qui peut se dire psychothérapeute en se formant ou non à de quelconques « méthodes » de psychothérapie : l’État ne s’occupe pas des « méthodes » de psychothérapie, ni de la dénomination psychothérapeute. Demain, avec la mise en œuvre du décret d’application, l’État décide qui peut faire usage de ce qui devient le titre de psychothérapeute, et continue à ne pas s’occuper des « méthodes » de psychothérapie. Voilà ce que le public va bien devoir comprendre.

2. — Conséquence : afin de couvrir leur responsabilité, les employeurs privés et sous peu ceux publics vont exiger le titre de psychothérapeute de ceux notamment psychologues qu’ils recrutent pour tout contact avec les patients (relevant par nature de psych/o/thérapie dans les établissements de “santé mentale”, et même de santé en général) – sans parler des autres secteurs, où le titre de psychothérapeute sera considéré comme un avantage par les candidats et les employeurs ; de toutes façons le marché de l’emploi des psychologues est tel que les employeurs auront bientôt l’embarras du choix de candidats ayant le titre de psychothérapeute.

3. — Car : les étudiants en psychologie, stressés par le peu d’offre d’emplois par rapport au nombre de titrés psychologues sortant des universités, se battront pour entrer dans les formations supplémentaires permettant d’obtenir le titre de psychothérapeute. Si les Ufr de psychologie ne mettent pas en place ces formations, les Ufr de médecine le feront. En toute hypothèse, à chaque fois que des médecins ou cadres de santé auront leur mot à dire dans les recrutements, il privilégieront les psychologues qui auront complété leur formation dans les Ufr de médecine pour l’obtention du titre de psychothérapeute. Les étudiants en psychologie se battront pour entrer dans les formations proposées par les Ufr de médecine.

4. — Déjà actuellement il est difficile aux étudiants en psychologie de trouver des stages. Les établissements habilités à recevoir des stagiaires dans le cadre de la formation pour l’obtention du titre de psychothérapeute privilégieront ceux des psychologues accomplissant cette formation dans les Ufr de médecine. D’ailleurs comme ce sont les établissements assurant la formation pour l’obtention du titre de psychothérapeute qui doivent procurer les stages, ce sont les les Ufr de médecine qui pourront le plus facilement remplir cette condition. (Cf. décret, art. 12, « [le dossier de demande d’agrément des établissements de formation] précise, s’agissant de la formation en psychopathologie clinique, le contenu de la formation théorique et pratique délivrée » : la formation pratique délivrée, on ne peut pas être plus clair, ce sont lesdits établissements qui devront procurer des stages aux étudiants, et en justifier dans leur dossier de demande d’agrément).

5. — Le décret précise que les durées de formation théorique et celle pratique (stage) sont *minimales* : les Ufr de médecine auront toute facilité pour procurer des stages de durée supérieure, voire pour proposer une formation théorique “optionnelle” d’une durée supérieure à celle minimale prévue par le décret, sur laquelle se précipiteront les étudiants. Car que feront les employeurs lorsqu’ils auront le choix devant des formations de durée différente ? Mmmh ? Je vous le demande ?

6. — Les assureurs vont entrer dans la partie : à partir du moment où le titre de psychothérapeute est instauré en droit, les assureurs ne vont pas tarder à exiger des employeurs que ceux qu’ils recrutent pour des activités de nature psych/o/thérapeutiques détiennent le titre de psychothérapeute. Voire réduiront les primes d’assurance si c’est en Ufr de médecine que les psychologues concernés auront suivi la formation pour l’obtention du titre de psychothérapeute.

7. — Les psychologues qui auront suivi en Ufr de médecine la formation pour l’obtention du titre de psychothérapeute se considéreront et seront considérés par le public et les employeurs comme “supérieurs” aux autres. D’ailleurs il reste à voir si et comment ces psychologues se reconnaîtront dans les organisations actuelles de psychologues.

8. — Selon toutes ces considérations, voilà notamment pourquoi le ministère de la Santé s’est refusé à une dispense totale de formation complémentaire pour l’obtention du titre de psychothérapeute, pour quelque catégorie de psychologues que ce soit, et au mépris du bon sens si l’on considère la formation déjà suivie par les psychologues dits « cliniciens ». Et dans ces conditions, il paraît qu’en aucun cas le ministère ne cédera là-dessus. Quitte à modifier encore l’article 52 en l’aggravant par un amendement à la loi “santé mentale” déjà présentée en Conseil des ministres (ce qui de toutes façons est une épée de Damoklès).

9. — Et tout ceci naturellement sans que “la psychothérapie” soit le moins du monde réglementée : en “théorie”, la pratique de la ou des psychothérapies reste libre pour tous les psychologues… de même, pas plus et pas moins, que pour n’importe qui : mais alors il faut suivre la logique jusqu’au bout, donc les psychologues qui à l’avenir pratiqueront la ou les psychothérapies sans le titre de psychothérapeute… ne seront à cet égard pas plus que n’importe qui.

10. — À votre santé ; pour le sens de l’humour, il faudra attendre un peu ?

Cordialement,

François-R. Dupond Muzart ~ frdm, est juriste de Droit public.


Le scénario du “pire”, ou la réalité en marche : à vous de voir — Suite

Extraits des publications sur la Page Facebook “Psychanalogie” :
http://psychanalogie.fr
suite de http://goo.gl/6Qa5

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Nº2. — Ufr de psychologie : Sur la présence de psychiatres dans les équipes de formation pour l’obtention du titre de psychothérapeute dans les Ufr de psychologie

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Décret http://goo.gl/JbRa article 11 relatif à l’agrément des établissements de formation pour l’obtention du titre de psychothérapeute : « L’avis motivé de la commission [régionale] est rendu au regard des éléments suivants : (…) 4º La qualité de l’équipe pédagogique responsable qui est composée notamment d’enseignants permanents, de professionnels de santé, ainsi que de personnes autorisées à porter le titre de psychothérapeute. Cette équipe est placée sous l’autorité d’un conseil scientifique comprenant notamment un titulaire d’un titre de formation mentionné à l’article L. 4131-1 du code de la santé publique http://goo.gl/3Y4s ; ».

L’article L. 4131-1 du code de la santé publique est celui qui indique les titres de formation requis pour l’exercice de la profession de médecin. En clair, le conseil scientifique doit comporter un médecin, et en pratique, pour un “bon” dossier d’agrément, il ne pourra s’agir que d’un psychiatre (et pas d’un pneumologue, évidemment). L’équipe pédagogique doit comprendre des « professionnels de santé ». Là encore, comment ne pas comprendre qu’il s’agit de psychiatres, pour un “bon” dossier ? (et pas de pneumologues ou de brancardiers…).

L’équipe pédagogique doit aussi comporter des « personnes autorisées à porter le titre de psychothérapeute ». Cette catégorie comprend là encore… les psychiatres, les seuls à être dispensés de toute formation supplémentaire pour faire usage du titre de psychothérapeute.
En clair, les dossiers d’agrément des Ufr de psychologie devraient présenter un ou des psychiatres dans l’équipe pédagogique, et un ou des psychiatres dans le conseil scientifique.

La décision d’agrément est prise « par les ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur après avis (de) commission régionale d’agrément ». Il ne s’agit que d’un avis simple, la décision conjointe des ministres peut donc ne pas se conformer aux avis des commissions. Par exemple, les ministres peuvent refuser l’agrément dans tous les cas dans lesquels les dossiers ne comporteront pas de psychiatres dans l’équipe pédagogique et dans le conseil scientifique.

Examinons tout de même la composition des commissions : « six personnalités qualifiées titulaires et (…) six personnalités qualifiées suppléantes. / Ces personnalités sont nommées pour trois ans par le directeur général de l’agence régionale de santé qui les choisit en raison de leurs compétences dans les domaines de la formation et de leur expérience professionnelle dans le champ de la psychiatrie, de la psychanalyse ou de la psychopathologie clinique, sans qu’aucune des trois catégories de professionnels mentionnées au cinquième alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 http://goo.gl/4V1U susvisée ne soit majoritaire au sein de la commission. ».

Il y a tout d’abord un problème “conceptuel” : le 5e alinéa précité ne mentionne de profession que celle des psychanalystes. Les autres sont désignés par leur diplôme (permettant d’exercer la médecine) ou par leur titre (psychologues). Le décret est donc erroné en ce qu’il rapporte des termes imaginaires de l’article législatif. Mais admettons : le décret vise des personnes qui exercent les professions correspondant nominalement aux diplômes et titre mentionnés par l’article législatif. En clair, des médecins et des psychologues pratiquant en ces qualités.
Dans les commissions l’on ne pourrait donc trouver au maximum que deux médecins, donc deux psychiatres, sur six membres respectivement titulaires et suppléants. L’on pourrait donc imaginer que les commissions, par un vote majoritaire de leurs quatre autre membres, donnent un avis positif relatif à l’agrément d’établissements dont le dossier de formation présenté ne comporte aucun psychiatre, ni dans l’équipe pédagogique, ni dans le conseil scientifique (cependant rappel : dans ce dernier un médecin est obligatoire, mais il peut théoriquement ne pas s’agir d’un psychiatre).

Eh bien naturellement, les ministres rejetteront les avis positifs des commissions dans de tels cas, et refuseront l’agrément. Est-ce que les universités dont les Ufr de psychologie auront présenté de tels dossiers refusés iront devant le Conseil d’État au contentieux contre la décision des ministres ? Bien évidemment non. Les universités exigeront au contraire « spontanément » des Ufr de psychologie que leurs dossiers comportent des psychiatres. – frdm
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Qui a dit que les rapports officiels restaient toujours lettre morte ?

La vérité sur les psychologues, selon le Conseil national de l’Ordre des médecins.

Rapport Cressard sur les Psychologues et Psychothérapeutes : adopté en Conseil national de l’Ordre des médecins le 2 juillet 2004 – Docteur Piernick Cressard
http://www.lta.frdm.fr/spip.php?article68
& original Pdf http://www.web.ordre.medecin.fr/rapport/psychologue.pdf

— Voici la justification préétablie pour refuser aux psychologues cliniciens une dispense totale de formation pour l’obtention du titre de psychothérapeute :

« L’extrême diversité des formations ouvrant le droit au titre de psychologue, ne garantit pas le niveau des connaissances dans le domaine de la psychologie médicale, alors que le titre n’est pas restrictif. Les études supérieures permettant l’obtention du titre de psychologue sont validées par les facultés des Lettres et des Sciences Humaines sans intervention des facultés de Médecine. Cette origine littéraire de la formation des psychologues entraîne une confusion dans le discours où le même mot définit des notions différentes dans le langage psychologique ou dans le langage psychiatrique » (c’est l’argument qui sera opposé par le gouvernement devant le Conseil d’État au contentieux, si les organisations de psychologues exercent un recours pour excès de pouvoir contre l’annexe du décret au motif d’« erreur manifeste d’appréciation » : je n’en prédis pas pour autant le sort).

— Voici l’exigence de prescription par les psychiatres (mais voir ci-après) :
« Les psychologues cliniciens possédant une formation reconnue en psychopathologie sont habilités à conduire une psychothérapie, mais celle-ci sera prescrite par un médecin psychiatre. »

— Voici la préfiguration des formations pour l’obtention du titre de psychothérapeute, dans les Ufr de médecine : « L’Académie de Médecine a d’ailleurs rappelé l’obligation de maintenir les psychothérapies dans le champ de la médecine et plus particulièrement de la psychiatrie et de la nécessité d’une formation spécifique pour les futurs psychothérapeutes, formation délivrée par une institution où la faculté de Médecine aurait sa place. ». Sur la notion fumeuse de « délégation », voir la suite à la même adresse un exemple de préconisation de ce “concept” http://www.lta.frdm.fr/spip.php?article68 : « Notes et propositions Jouvin » à la Commission Couty, 2008.

Tout est là.

Qui a dit que les rapports officiels restaient toujours lettre morte ? – frdm
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Que “les” médecins veuillent subordonner les psychologues-psychothérapeutes à leurs prescriptions, c’est certain, et il y a même un terme-fétiche de technocrates de ministère pour cela, c’est celui de « délégation »… mais afin précisément d’éviter la notion juridique de prescription. Mais pour cela il ne suffit pas de ne pas dispenser les psychologues même « cliniciens » de toute formation supplémentaire pour l’obtention du titre de psychothérapeute. Il faudrait un texte juridique qui énonce expressément cette prétention “des” médecins. Pourquoi “ces” médecins voudraient-ils éluder le terme de « prescription » : parce qu’il serait difficile de prévoir une prescription obligatoire dans les établissements de santé, mais pas pour les soins de ville ; ce serait incohérent, probablement irréalisable juridiquement.

Donc “ces” médecins imaginent quelque chose qui s’appellerait la « délégation ». Mais comme ils ne sont pas assez juristes et qu’ils croient pouvoir inventer, ils n’ont pas pris garde au fait qu’une fois que les psychologues auront bénéficié par la loi et son décret d’application du titre de psychothérapeute, et y compris pour cela auront suivi une formation supplémentaire, ils se retrouveront juridiquement les égaux des psychiatres quant à l’usage du titre de psychothérapeute. Puisque c’est la loi qui le dit. – frdm


Réaction des psychologues cliniciens à Aix-Marseille

Jean-Louis Pédinielli et Jean-Jacques Rassial, psychanalystes et professeurs à Aix-Marseille s’alertent et s’emploient à mettre en place la fameuse formation complémentaire. Course de vitesse avec la médecine. Une pétition SNP SIUEERPP FFPP, toutes organisations de psychologues réunies est lancée “pour une modification de l’annexe du décret réglementant le titre de psychothérapeute“. Ils (nous ignorent cela va de soi) se battent entre eux. Nous sommes du côté de la psychanalyse qui s’indiffère de nous, et sortons de l’arène. De toute façon nous sommes contre la tauromachie.

Un jour viendra où se délivrer du Minotaure. Nos psychologues pétitionnaires n’en sont pas là. Commençons, nous, par nous extraire du labyrinthe et regrouper en bon ordre.

PHG

  • 1 Mot d’esprit répandu d’après Evidence based Medecine.
  • 2 Une chose est de se former à la psychopathologie — mais au fait laquelle ? auprès de psychiatres — mais lesquels ? ce que nous préconisons et faisons, dans notre style et logique épistémologique relationnelle. Une autre de transformer nos professionnels en diagnosticiens psychopathologues selon l’épistémologie de la prescription. Chacun son École, la psychodiversité ne doit pas s’amenuiser jusqu’à sa réduction médicale organiciste.
  • 3 En fait le législateur injuste a choisi de nous ignorer et confondre avec ceux dont nous nous sommes toujours démarqués, qui se disent psychothérapeutes sans référence à une organisation sérieuse et responsable, historiquement située, comme le SNPPsy qui travaille la question ordinale depuis 30 ans, l’Affop, qui a pris le relai comme fédération de sa mission envers les Écoles, le Psy’G qui compte cinq années de plus, et la FF2P adossée à l’EAP, tous à présent regroupés dans le cadre du GLPR. Cette ignorance meurtrière le sénateur UMP Adrien Gouteyron s’en était départi, en proposant un cadre prenant en compte la proposition de loi Marchand, installant dans un dispositif commun psychanalystes et psychothérapeutes relationnels, garantissant l’éthique des deux professions. Des options justes existent, la mauvaise foi n’est pas obligée. Nous verrons ce qu’elle produira et comment elle durera.

Homoparentalité : la psychanalyse peut-elle dire la norme ?

26/05/2010

Claude Rabant est responsable d’enseignement au Cifp, en psychanalyse et en psychopathologie. Nous sommes fiers que cet esprit brillant et homme de qualité vienne d’enrichir la bibliothèque de recherche en sciences humaines de son dernier ouvrage. Il se trouve qu’il publie récemment cet article à la page Rebonds de Libération. Nous vous le répercutons bien volontiers.

Philippe Grauer


Par CLAUDE RABANT Philosophe, psychanalyse

Il y a beau temps que certains psychanalystes lacaniens nous rebattent les oreilles avec un «ordre symbolique» d’où ils déduisent un «ordre sexuel» dont l’impératif catégorique n’est autre que le modèle dominant de l’hétérosexualité. Une telle position, strictement anhistorique, est pourtant mise en cause par l’évolution des mentalités et des pratiques sociales qui sont aujourd’hui les nôtres.

C’est pourquoi ils cherchent un ultime recours contre cette évolution en invoquant la nature indépassable d’une «différence sexuelle» biologique dont l’«effacement» dramatique par les nouvelles technologies remettrait en cause «les interdits fondamentaux» et menacerait d’effondrement la raison elle-même… Telle est notamment la position de Jean-Pierre Winter dans son dernier livre (1), qui milite contre toute légalisation de l’homoparentalité. Cette position, pourtant, est loin de faire l’unanimité parmi les psychanalystes. Je dirais même quelle représente une déviation du lacanisme.

Toute l’histoire de la psychanalyse, en effet, va contre une telle fétichisation de la différence. Aujourd’hui, la stigmatisation sociale de l’homosexualité est remplacée par le souci de la santé mentale : le discours homophobe étant interdit, on affirme que l’homoparentalité rendra nos enfants fous. Mais le catastrophisme qui prédit, dans deux ou trois générations, des effondrements psychiques, témoigne d’une absence totale de sens historique et ignore la plasticité de la sexualité humaine. Freud, pourtant, a fait sauter d’un coup en 1905, avec les Trois Essais sur la théorie sexuelle, le verrou des mentalités concernant la norme sexuelle. Dans l’Introduction à la psychanalyse, au regard d’une sexualité élargie à la sexualité infantile et à l’ensemble des «perversions», la sexualité dite «normale» apparaît comme une «moyenne conventionnelle» peu satisfaisante.

Pour définir le sexuel, affirme-t-il, il faut écarter deux choses qui en limitent l’extension : l’acte sexuel et la procréation. Ce que Lacan reprend en parlant de «rapport sexuel supposé». Or ce sont précisément les deux choses auxquelles se cramponnent les gardiens de l’ordre symbolique. Il faut bien en effet que la différence «réelle» prétendue s’incarne dans une scène concrète : «L’atome de société qu’est le couple procréant».

Curieusement, pour s’opposer à l’explosion redoutée de cet atome conjugal, Jean-Pierre Winter cherche à démontrer «la proximité entre le discours religieux et celui des “homoparents”», arguant du mépris du corps par le christianisme pour conclure : «Les tenants de “l’homoparentalité” seraient de ce fait bien plus religieux qu’ils ne le croient quand ils militent, soutenus par l’idéologie scientiste d’aujourd’hui, pour la séparation radicale du plaisir et de la reproduction.»

Il va jusqu’à s’étonner benoîtement que «l’Eglise, comme institution, semble peu favorable à l’homoparentalité». Pourtant, c’est bien la morale catholique qui, depuis saint Paul jusqu’à Benoît XVI, impose de ne jamais séparer l’acte sexuel de la procréation et refuse, au nom de la «loi naturelle», toute intervention impliquant quelque «technologie» : IAD, FIV, mère porteuse, naissance sous X, etc. Exactement la position que soutient Winter. Au nom de quoi ? De ce que la «généalogie» serait par là brouillée.

Mais des généalogies brouillées, n’en avons-nous pas tous les jours des exemples parmi les personnes qui font une analyse ? Qui affirmera que les familles hétérosexuelles ne s’y entendent pas à brouiller les généalogies ? Sûrement pas les psychanalystes !

Lacan, pourtant plus normatif que Freud, a tenté dans Encore (1975), de libérer la «sexuation» des essences figées «homme» et «femme» pour affirmer une «liberté de choix» quant au sexe, indépendamment des «attributs sexuels» : «On s’y range, en somme, par choix – libre aux femmes de s’y placer si ça leur fait plaisir (côté homme). Chacun sait qu’il y a des femmes phalliques, et que la fonction phallique n’empêche pas les hommes d’être homosexuels […] A tout être parlant, comme il se formule expressément dans la théorie freudienne, il est permis, quel qu’il soit, qu’il soit ou non pourvu des attributs de la masculinité – attributs qui restent à déterminer – de s’inscrire dans cette partie (côté femme).»

On s’y range en somme par choix, quels que soient ses «attributs sexuels» – choix inconscient, bien sûr : pour «l’être parlant», la différenciation sexuelle relève d’une tout autre dimension que la simple «réalité» biologique. «Telles sont les seules définitions possibles de la part dite homme ou bien femme pour ce qui se trouve être dans la position d’habiter le langage.»

Chacun avec son bout de réel, dit encore Lacan, faisant écho à Freud : «Chacun avec son bout de la grande énigme sexuelle.» Or, on ne saurait nier qu’il y ait une histoire de la sexualité, où les différentes modalités de la «différence» varient avec les pratiques, de sorte qu’aujourd’hui des différences jadis principales se trouvent secondarisées, et que la «biologie» ne peut plus être considérée purement et simplement comme source de normes éternelles, mais au contraire comme source de potentialités nouvelles.

N’y a-t-il pas dès lors, s’agissant d’être parent, la même «liberté de choix» face à l’énigme de la procréation ? Choix inconscient qui est l’autre nom du désir, croisant le fantasmatique avec le culturel, l’individuel avec l’historique. On sait par expérience que, si le désir inconscient n’est pas à l’œuvre, il n’y aura jamais de procréation. Tel est le symbolique : non point la norme, mais le désir inconscient. Et c’est bien du désir inconscient que naissent les enfants, non de la seule rencontre sexuelle.

Le danger de ces «déviances lacaniennes», c’est non seulement qu’elles discréditent la psychanalyse, mais qu’elles ne sont pas sans conséquences politiques… La fétichisation de la différence sexuelle, dans la répétition lassante d’un tel catéchisme, ne fait que conforter les institutions existantes, dans leur déclin même, sans aider en rien les êtres humains à se repérer dans leur vie sexuelle.

Dernier ouvrage paru : Métamorphoses de la {{mélancolie , Hermann, 2010.

(1) «Homoparenté», Albin Michel, 2010.

Bachelot et Accoyer déclenchent la guerre des psys

Quelques bruits de bottes chez les psys universitaires, furax de constater comme on pouvait s’y attendre que la part belle et honorable est faite aux psychiatres, en dépit de tout bon sens, au détriment des psychologues. Le décret d’application provoque des grincements de dents pour une poignée d’heures de formation complémentaire infligées à l’un pas à l’autre. La belle affaire ! Tout cela est insignifiant au regard de l’essentiel, clairement désigné dans le discours de présentation de M. Accoyer, sur une argumentation bas de gamme. Cette protestation pour l’honneur (il faudrait examiner s’il est en l’occurrence pertinent de parler d’honneur) dissimule à suffisance que les vrais spoliés, nous (1“), ne sont jamais mentionnés dans ce texte et cette affaire du coup lamentable.

Much ado about nothing : un petit bruit de rien du tout pour rien.

Philippe Grauer


Le décret qui fixe depuis quelques jours le statut des psychothérapeutes fait crier les psychologues à l’injustice.

Le ministère de la santé a réussi à liguer contre lui les deux principales associations de psychologues et enseignants en psychologie, qui jusque-là entretenaient entre elles des relations plutôt conflictuelles. Motif de cette union sacrée: le décret d’application réglementant la profession de psychothérapeute, publié le 20 mai au Journal officiel. Destiné à lutter contre le charlatanisme et les “dérives sectaires” de certains psys, il prévoit que toute personne désirant exercer la fonction de psychothérapeute doit être inscrit sur un “registre national” et justifier d’une formation en psychopathologie clinique de 400 heures et d’un stage pratique d’au moins un mois.

Ces dispositions, issues d’un amendement déposé par Bernard Accoyer, l’actuel président de l’assemblée nationale, à la loi de santé publique votée en 2004, n’ont jamais été appliquées depuis, faute de décret. Très attendu par tous les professionnels de la santé mentale, le texte dont vient d’accoucher le ministère, après des années de tergiversations, est pourtant loin de satisfaire le Syndicat National des Psychologues et la Fédération française des psychologues et de psychologie, qui crient de concert à l’injustice. Un article en annexe donne en effet, selon eux, un avantage “exorbitant” aux psychiatres par rapport aux psychologues.

Ces derniers, titulaires pour la plupart d’un master en psychopathologie clinique, devront suivre un complément de formation de 150 heures, dont sont dispensés les psychiatres, qui reçoivent pourtant un enseignement pratiquement identique dans les facultés de médecine. “Cette mesure repose sur une conception purement médicale de la psychopathologie, en contradiction flagrante avec les traditions universitaires françaises”, s’indigne Jacques Borgy, le Secrétaire général du SNP.

Un point de vue partagé par le professeur de psychopathologie Roland Gori: “Les psychologues sont bien plus au fait de la psychothérapie que les médecins issus des cursus de psychiatrie, où cette formation est au mieux négligée, au pire proscrite, estime-t-il. Le ministère semble céder à la tentation politique de mettre en place une psychothérapie d’État dominée par le psychiatre, supposé plus conservateur, traditionaliste et sécuritaire que le psychologue ou le psychanalyste”.

in L’Express

  • 1 Nous en arrangerons, voir les autres articles environnants.

Instinct de survie ou paranoïa israélienne ?

Israël a le droit d’être gouverné à droite extrêmement, et religieusement, toutes les nations ont droit à disposer d’un État et tous les états peuvent se trouver pratiquer des politiques inhumaines. Il ne faut pas confondre Israël, les juifs de territoire, les juifs de la diaspora et les juifs en général, l’antijudaïsme et l’antisémitisme. On peut là-dessus pour y voir un peu plus clair s’appuyer sur l’ouvrage d’Élisabeth Roudinesco, Retour sur la question juive , parmi dix autres, qui présente le mérite et l’intérêt à nos yeux de parler depuis une sensibilité de psychanalyste historienne.

C’est à partir de ce cadrage que nous vous proposons, au vu d’une actualité cruelle, l’analyse que produit Avigail Arbabanel, qui propose le modèle bien connu du stress post traumatique — ça n’est pas la découverte du siècle mais ça peut servir à réfléchir — pour jeter quelques lumières sur l’ultra violence injuste et néocoloniale de l’actuel gouvernement israélien (1“).

Quand une nation verse dans le nationalisme à coloration religieuse, sa réthorique devient pénible et il faut bien trouver le courage de dire non à son orientation suicidaire. On consultera utilement J. Call, l’appel des juifs à la raison, pour compléter cette information. Abigail Arbanel milite pour un état unitaire, le Jewish Call pour deux États, cela se discute, la question n’est pas là.

C’est dans cet esprit que nous proposons à votre réflexion le présent article, qui éclaire du point de vue de notre profession et éthique une tragédie qui a bien besoin que le chœur intervienne pour s’adresser au protagoniste aveuglé par sa souffrance, qui ne se rend plus bien compte de ce qu’il fait, et prendre à témoin toute l’humanité concernée(2“).

La paix soit sur Israël et la Palestine.

Philippe Grauer


Par Avigail Abarbanel

psychothérapeute née en Israël qui a émigré en Australie en 1991. Il y a quelques mois, elle et son mari se sont rendus dans les Highlands en Ecosse où ils projettent de monter leur cabinet Conseil.

Cela m’attriste de dire que l’identité du peuple juif est basée entièrement sur la survie.

Shapira comme moi-même avons perdu tous les deux notre paranoïa juive… cela signifie que nous sommes guéris du traumatisme juif. Avec le résultat que nous sommes des personnes plus saines, plus pacifiques, qui ne voient pas le monde exclusivement en terme d’adversité.

Fin 2002, Yonatan Shapira, ancien pilote sur hélicoptère Black Hawk et quelques-uns de ses camarades pilotes publiaient la Lettre des Pilotes dans laquelle ils écrivaient :

« Nous, pilotes vétérans et pilotes d’active, qui avons servi et servons encore l’État d’Israël, chaque année pendant de longues semaines, nous protestons contre les ordres illégaux et immoraux pour exécuter les attaques que l’État d’Israël lance dans les Territoires.

Nous, qui avons été élevés dans l’amour d’Israël et avons contribué à l’entreprise sioniste, refusons de participer aux attaques de l’armée de l’air sur des concentrations de population civile.

Nous, pour qui les FDI (Forces de défense israéliennes) et l’armée de l’air sont inséparables de nous-mêmes, refusons de continuer et de faire du mal à des civils innocents.

Ces actes sont illégaux et immoraux, ils sont la conséquence directe d’une occupation continue qui corrompt la société israélienne tout entière.

La poursuite de l’occupation porte un coup mortel à la sécurité de l’Etat d’Israël et à sa force morale. »

Cette lettre faisait suite à une série d’attaques sur l’enclave extrêmement peuplée de Gaza. Pour Shapira et ses camarades pilotes, la goutte qui a fait déborder le vase fut cette mission au cours de laquelle « une bombe d’une tonne (ce qui équivaut à cent attentats-suicide) avait été larguée sur une maison à al-Deredg à Gaza, l’un des quartiers les plus fréquentés de Gaza, voire du monde entier ». Shapira explique comment lui et les autres pilotes, ne pouvaient pas dormir la nuit pendant et après ces opérations. Ceci en dépit d’un briefing de Dan Halutz, commandant de l’armée de l’air à l’époque, où celui-ci déclarait « ...tout ce qui a lieu avant la mission se justifie par mon niveau moral… », et ses paroles rassurantes : « Dormez bien cette nuit… vous avez exécuté cette mission à la perfection. »

Il y a deux jours, le 11 janvier, Shapira a participé à une émission sur une radio israélienne où il était confronté à un lieutenant-colonel de l’armée de l’air israélienne, le pilote Ye’ohar Gal. Voici ce que Gal a déclaré :

« Je pense que nous devrions y aller plus fort. Dresde, Dresde. Anéantir une ville. A la fin de la journée, on nous a dit que la guerre n’était plus la même. Ce ne sont plus des chars d’assaut qui foncent en rugissant, nous ne sommes plus face à des armées à bases régulières. Les missiles visent des centres urbains. Cela ne date pas d’aujourd’hui, ni d’hier. C’est la situation depuis plus d’une décennie maintenant. Les Etats arabes ont réalisé qu’il était très difficile, sinon impossible de nous vaincre sur un champ de bataille, aussi ils ont changé leur guerre. La bataille maintenant s’engage entre la vieille dame de Jabaliya et la vieille dame de Sderot ou d’Ashdod. Toute la population, de la vieille dame à l’enfant, est une armée. Une armée qui combat. Je parle d’eux [les Palestiniens] comme d’une peuple, mais je ne les voie pas comme un peuple. Une peuple combat un autre peuple. Des civils combattent des civils. Je vous dis que nous, en tant que fils de survivants de l’Holocauste, nous devons savoir que ceci est l’essence de nos vies, et partant de là : personne ne peut jeter une pierre sur nous. Je ne parle pas de missiles. Personne ne jette une pierre sur nous en tant que Juifs. Et Yanatan [Shapira] fait partie de ceux qui ont perdu leur instinct de survie. Aussi simple que ça. Il ne comprend pas qu’une guerre de cultures est engagée ici entre les gens comme lui et les gens comme moi. Il combat pour la paix. Je veux la paix aussi, comme Yonatan… Je veux que les Arabes de Gaza fuient vers l’Egypte. C’est ce que je veux. Je veux détruire la ville. Pas nécessairement la population qui est à l’intérieur.

Soyons clairs comme le cristal : personne ne peut nous tirer dessus. Pas une balle depuis Gilo sur Jérusalem, pas un missile de Gaza sur Sderot. Je n’accepterai pas qu’une seule balle soit tirée sur nous par l’ennemi. Dès que l’ennemi ouvre le feu sur moi, mon instinct de survie me dit de détruire l’ennemi. Défaire l’ennemi. Si nous ne vainquons pas le Hamas – notre force de dissuasion vis-à-vis des Etats arabes, qui aspirent aussi à nous détruire d’une manière ou d’une autre -, malheur à nous si nous ne maintenons pas cet écart entre nous et eux. (1) »

J’ai souvent écrit sur le traumatisme juif et ses conséquences sur la façon dont les Israéliens voient la vie en général et dont ils traitent les Palestiniens en particulier. J’ai l’impression que les gens ne sont pas très intéressés par ma façon psychologique d’appréhender le conflit. Les grands médias semblent préférer des analyses purement politique ou économiques, c’est ce que je lis dans la plupart des quotidiens et que je vois sur les chaînes de télévision telles la BBC ou l’ABS australienne ou SBS. Mais les sentiments de Gal, que je sais largement repris par les médias et l’opinion en Israël – j’écoute la radio israélienne, je lis les journaux et je consulte les blogs, je corresponds avec des Israéliens -, ses sentiments prouvent une fois de plus qu’il ne s’agit pas ici simplement de politique, mais de psychologie et plus spécifiquement, de la psychologie du traumatisme juif. Ce traumatisme est antérieur à l’Holocauste et remonte à la première histoire juive sur l’identité juive, directement aux récits de l’Ancien Testament.

Gal dit que Shapira a perdu son « instinct de survie » mais ce qu’il appelle instinct de survie je l’appelle moi paranoïa juive, induite par le traumatisme. Shapira comme moi-même avons perdu tous les deux notre paranoïa juive, à coté d’un nombre croissant de militants juifs pour la paix, en Israël et hors Israël. Et Dieu merci car cela signifie que nous sommes guéris du traumatisme juif. Avec le résultat que nous sommes des personnes plus saines, plus pacifiques, qui ne voient pas le monde exclusivement en terme d’adversité. Nous ne pensons plus à chaque chose en nous demandant « si c’est bon pour les juifs ou pas », nous ne croyons pas que le but de la vie soit de protéger le peuple juif, et nous pouvons travailler d’égal à égal à côté de non juifs pour promouvoir la paix. Nous ne passons plus le moment de chacun de nos réveils à nous soucier de l’antisémitisme comme nous avons appris à le faire. Nous savons qu’il existe, comme existent aussi d’autres formes de racisme, mais nous ne lui permettons pas de définir qui nous sommes, ce que nous faisons, ou ce que nous pensons et ressentons à propos de nous-mêmes et des autres. Être libéré du traumatisme juif signifie être libre de la crainte de l’antisémitisme.

Les juifs sionistes pensent que j’ai perdu la raison parce que je ne crains pas l’antisémitisme et que je refuse de me focaliser sur lui, mais je pense que je suis saine d’esprit. J’ai reçu une fois un courriel d’un Israélien qui me disait : « Vous êtes naïve et stupide mais quoi qu’il en soit, quand ils viendront vous chercher, vous accourrez vers nous et nous vous accepterons à bras ouverts », auquel j’ai répondu « Merci, mais j’ai fait mon temps en Israël et j’ai préféré tenter ma chance ailleurs ». Essayer de le convaincre que personne n’était en train de me chercher était inutile.

Il ne s’agit pas seulement de divagations de la part d’un homme. Cela reflète les sentiments d’une majorité de juifs israéliens et de la plupart des juifs sionistes. Même les gens très instruits le ressentent aussi. Parce que nous avons été les victimes de l’antisémitisme, il ne nous est plus jamais possible de nous décontracter et il nous faut toujours rester vigilants au cas où un nouvel ennemi des juifs viendrait nous détruire.

Vivre avec un traumatisme est terrible et cela conduit précisément à ce type d’opinions et de sentiments qu’exprime Gal, et à ce genre de crimes que commet Israël actuellement. Un traumatisme causé par un passé douloureux peut vous amener à croire que tout le monde vous hait et veut vous détruire – maintenant, toujours, pas seulement dans le passé. Certains réagissent au traumatisme en devenant agressifs et en terrorisant, pour être sûrs que cela ne leur arrivera plus. Tout comme Gal l’a dit : « Personne ne jettera une pierre sur nous en tant que juifs. »

Il s’agit d’une réaction humaine à la victimisation, et en tant que psychothérapeute, je peux la comprendre. Tout le monde peut comprendre le désir de ne pas avoir mal à nouveau mais la question est de savoir à quel prix, pour soi-même et pour les autres ! Avec la détermination farouche de ne pas être blessé une nouvelle fois, on arrive à se percevoir soi-même comme vertueux et « meilleur » que les autres. En outre, l’ancienne victime va considérer la survie comme la valeur la plus élevée, au-dessous de tout le reste. Cela m’attriste de dire que l’identité du peuple juif est basée entièrement sur la survie. Trois grandes fêtes juives importantes au moins se fondent sur une victoire sanglante contre un ennemi qui cherchait à détruire les juifs : Pâques, Pourim et Hanouka. J’ai cessé de célébrer ces fêtes depuis des années, parce que je trouvais leur signification vraiment belliqueuse.

Si la vie n’est qu’une question de survie, alors il ne reste guère d’énergie pour le reste. De nos connaissances sur le cerveau humain, nous savons que vivre avec la conviction d’être sous une menace existentielle constante peut conduire à un rétrécissement du champ visuel, à une réflexion à court terme, à un manque d’empathie, à un stress permanent. Cela conduit finalement à une mentalité de repli et à une incapacité à voir l’humanité des autres. C’est Israël en 2009.

Notons ce qu’a dit Gal : « en tant que juifs ». C’est est un problème de plus avec le traumatisme. Il conduit à l’aveuglement. Les Israéliens n’acceptent pas que leur conflit avec les Palestiniens soit causé par l’occupation. Ils croient vraiment que c’est parce qu’ils sont juifs que les Palestiniens sont furieux et qu’ils les attaquent. La plupart des Israéliens ne savent même pas qu’Israël a perpétré un nettoyage ethnique en 1948. La plupart des Israéliens sont convaincus au fond qu’Israël est « le bon » dans cette histoire, celui qui n’a rien fait de mal, le petit et faible David face au Goliath géant de l’antisémitisme. Pour beaucoup d’Israéliens, les Palestiniens ne sont pas comme les nazis, ils sont les nazis, des assassins psychopathes puissants, inhumains, sans visage, simples d’esprit, déterminés à exterminer les juifs en tant que juifs. Quand les Israéliens tuent des Palestiniens, ils tuent encore et encore un Pharaon et son armée (Pâques), Hamman et ses dix fils (Pourim) et l’armée d’occupation grecque (Hanouka). Les Palestiniens encaissent 2 000 ans d’une rage irrésolue qui a plus à voir avec le passé qu’avec le présent. En thérapie, nous appelons cela une « colère déplacée ». Mais je suppose que c’est plus confortable pour les Israéliens d’accuser la colère palestinienne d’antisémitisme que d’assumer la responsabilité de leur véritable histoire.

Regarder le conflit à travers les lentilles du traumatisme juif entraîne des implications très graves. Pouvons-nous vraiment surmonter cela ? Pouvons-nous expliquer aux Israéliens que leur point de vue sur la vie et sur le conflit est sérieusement vicié ? Si nous essayons de les écouter, les Palestiniens auront-ils le temps d’attendre ? Je sais par expérience personnelle, étant née et ayant grandi en Israël dans une famille juive, que cette psychologie est très puissante et très profondément ancrée dans l’identité de chacun. Y renoncer signifie remettre en question tout ce que l’on défend, et c’est douloureux. Ce fut très douloureux pour moi. Mais le coût de ne pas le faire, nous le voyons aujourd’hui à Gaza, et les Palestiniens ont vécu pendant un très long moment, généralement loin du regard vigilant du monde.

Ce qui n’aide pas Israël c’est d’avoir un ami puissant dans les États-Unis, un pays dont la façon de penser collective est très proche de celle d’Israël. Tant que les Etats-Unis permettront l’aveuglement d’Israël en usant de leur veto contre toute décision du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, et en soutenant Israël financièrement et militairement, les dirigeants israéliens n’auront aucune raison de remettre en cause leur perception de la réalité. Israël a besoin de vrais amis qui puissent, avec une « affection solide », le sauver de lui-même, qui puissent l’aider à voir ce qu’il est incapable de voir. Laisser libre cours au traumatisme et à l’aveuglement d’Israël se fait au prix de la vie et du bien-être des Palestiniens, et c’est inexcusable.

Gal pense que Shapira n’a aucun instinct de survie mais il se trompe. Shapira et les autres font ce qu’ils font parce qu’ils savent que la survie d’Israël est menacée par les propres actions d’Israël, sa propre psychologie, pas par les Palestiniens ou qui que ce soit d’autres. Ils ne craignent pas qu’Israël soit attaqué ou que les Israéliens « soient rejetés à la mer ». Ils craignent le coût social, psychologique et spirituel pour une société qui est devenue l’un des pires exécutants de nettoyage ethnique de l’histoire moderne. Israël se désagrège de l’intérieur, perdant son humanité, sa dignité et son identité, et les Israéliens le savent.

Gidéon Lévy, dans le quotidien israélien Ha’aretz, s’interrogeait récemment : « Si les Israéliens sont si sûrs de la justesse de leur cause, pourquoi font-ils preuve de cette intolérance violente à l’égard de tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux ? »

The Electronic Intifada


Au cœur de la nation israélienne

Avec une identité forgée par leurs ennemis et renforcée par les institutions religieuses, éducatrices, militaires et culturelles de l’État, accompagnée d’un récit de traumatisme, les Israéliens ne sont pas prêts à se voir autrement. L’isolement protecteur contre ce qui est vu comme un monde hautement dangereux et contre quiconque est perçu comme un ennemi, est une conséquence naturelle du traumatisme.

J’ai trouvé revigorant et intéressant de discuter avec une psychothérapeute sur un sujet – Israël – que je trouve toujours plus déroutant. Comme beaucoup d’autres, semble-t-il, je me demande : Pourquoi les Israéliens font-ils ce qu’ils font ? Pourquoi continuent-ils à le faire ? Ne voient-ils voir les dommages qu’ils se créent à eux-mêmes, aux Palestiniens, à nous tous ? J’ai demandé à Avigail si elle voulait porter un diagnostic sur Israël, comme si cette nation était l’un de ses clients, et ensuite suggérer quelle sorte de traitement lui semblerait recommandé.

Voici, résumés aussi succinctement que j’ai pu, les grands axes des réponses d’Avigail, tout en affirmant énergiquement qu’à la base de ses propos il y a une distinction claire entre explication et excuse.

Le traumatisme et ses ramifications sont au cœur de la nation israélienne

C’est le principe organisateur de la population et de la psychologie israéliennes qui a façonné son caractère national. Mais ce n’est pas à cause de l’Holocauste de la Deuxième Guerre mondiale ; la semence était déjà là, dans la culture, dans les récits bibliques (voir Josué, voir Deutéronome, les Nombres, l’Exode) et à travers des siècles d’histoire, dont le mouvement sioniste à la fin du 19è siècle.

Les racines de la victimisation et de la persécution remontent à il y a longtemps

Malheureusement, l’une des caractéristiques du traumatisme c’est qu’il se transmet à travers les générations, et il prolifère au sein des générations

Le traumatisme, comme nous l’enseigne le TSPT (trouble de stress post-traumatique), est un phénomène cliniquement établi qui peut se manifester lorsque le sujet malade perçoit une menace existentielle. Le problème, c’est que cette menace peut être, ou ne pas être, réelle aujourd’hui. Objectivement, Israël, avec sa force militaire et sa puissance nucléaire, est l’une des plus formidables forces au monde ; pourtant, les aspects irrationnels d’insécurité persistent, entretenus au lieu d’être gérés, traités et apaisés, et aujourd’hui, amplifiés avec l’Iran.

Avec une identité forgée par leurs ennemis et renforcée par les institutions religieuses, éducatrices, militaires et culturelles de l’Etat, accompagnée d’un récit de traumatisme, les Israéliens ne sont pas prêts à se voir autrement.

Ceux qui le leur proposent — vous, moi, les juifs libéraux, le juge Goldstone — sont exclus, considérés comme hostiles à Israël, et s’ajoutent à la liste toujours plus longue de ses ennemis. Comme l’a dit George W. Bush : « Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes avec les {terroristes ».

L’isolement protecteur contre ce qui est vu comme un monde hautement dangereux et contre quiconque est perçu comme un ennemi, cet isolement est une conséquence naturelle du traumatisme.

Les dimensions gigantesques du complexe mur/clôture construit par Israël en Cisjordanie évoquent clairement à quel point chaque homme, chaque femme, chaque enfant palestinien est considéré comme dangereux.


Sur son blog, dans la riche rubrique Palestine/Israël, Abarbanel écrit : « L’histoire d’Israël et du peuple palestinien est celle d’un traumatisme transmis d’une génération à l’autre » et « mon peuple… a permis que sa qualité de vie et son identité d’être déterminées par ceux qui le haïssaient et commettaient des crimes contre lui. » Mais elle poursuit : « La guérison est une entreprise risquée qui nécessite une volonté de changer son identité » et non pas, comme elle le dit, d’essayer d’être des timorés.

Abarbanel s’appuie sur les travaux du psychiatre américain Murray Bowen et la « relation étroite entre traumatisme et persécution, et une tendance à insister sur la force de l’intime. Quand on insiste sur l’intime, ceux qui ne ressentent pas, ne pensent pas, n’approuvent pas, et n’agissent pas comme le fait le groupe, alors ils peuvent être considérés comme des traîtres. » Citant la théorie de la différenciation de Bowen, elle croit qu’Israël est une « culture de consensus » et une « société pauvrement diversifiée… avec un sentiment individuel très, très enchevêtré et compromis avec le sentiment du groupe. »

Sur la base de cette analyse, Avigail Abarbanel pense qu’ « on ne peut pas raisonner Israël », c’est « une société traumatisée et par conséquent très dangereuse ». L’appliquant aux modèles de thérapie des familles, elle compare Israël à un époux violent, les Palestiniens à l’épouse maltraitée, et les Etats-Unis au voisin qui encourage en n’intervenant pas.

Elle plaide pour une solution à un État unique au conflit Israël/Palestine mais elle avertit que la coexistence des deux populations traumatisées exigera beaucoup d’imagination et d’intelligence.

Selon elle, il existe suffisamment de personnes capables, qualifiées et spirituelles dans le monde, dont les énergies peuvent être mobilisées pour œuvrer à la guérison et à la réconciliation le moment venu. « Ca peut être formidable, vous savez ! » ajoute-t-elle.

L’entretien se termine avec une réflexion d’Avigail sur la « traumatisation secondaire » qui peut affecter les volontaires et les militants des droits humains qui sont aux prises avec les populations traumatisées partout dans le monde. « Prenez soin de vous d’abord, » conseille-t-elle, car « vous devez aider les autres peuples… Si je suis capable de travailler de façon soutenue sans m’user… c’est uniquement parce que je me fais passer en premier. »

(JPG) * Avigail Abarbanel est née et a grandi en Israël. Elle a fait son service dans l’armée israélienne. Elle est allée en Australie à 27 ans et milite pour les droits des Palestiniens depuis 2001. Elle est conseillère en psychothérapie dans un cabinet privé de Canberra.


1) – Transcription : Eval Niv ; traduction de l’hébreu en anglais : Tal Haran.

(JPG) Avigail Abarbanel est née et a grandi en Israël. Elle a fait son service dans l’armée israélienne. Elle est allée en Australie à 27 ans et milite pour les droits des Palestiniens depuis 2001. Elle est conseillère en psychothérapie dans un cabinet privé de Canberra.

On peut la contacter sur son site : http://avigail.customer.netspace.net.au/ ou à l’adresse : avigail@netspace.net.au.

Du même auteur :

– Il faut qu’un changement se produise en Israël

– L’État policier israélien

18 janvier 2009 – The Electronic Intifada – traduction de l’anglais : JPP

  • 1 En dépit du fait que certains responsables israéliens contemporains et non des moindres n’ont jamais vécu rien de comparable personnellement au ghetto de Varsovie, loin de là.
  • 2 Si on applique la méthode du double regard d’Edgar Morin in Pour une politique de civilisation, on peut imaginer que ses travaux sur les systèmes complexes puissent représenter une issue possible. Admettons même qu’il y en ait d’autres, peu imlporte. La double angoisse de précarité des Israéliens, la Catastrophe des palestiniens habitants de cette terre pas sans peuple, le résultat historique produisant des dominés et des dominants, qui engendre la compassion pour les souffrances des dominés, tout cela conjugué dans une problématique de la complexité déboucherait logiquement sur une solution bâtarde, avec partage de territoires et Jérusalem comme double capitale. Comme s’il s’agissait seulement de logique ! Le problème n’est pas qu’il n’y ait aucune solution. Il est dans la situation actuelle d’impasse renforcée.

    Nous savons tous, nous psychothérapeutes relationnels encore pour un mois, demain psychopraticiens relationnels, faire avec cela au niveau individuel. Au niveau collectif et hypergroupal des nations et états, c’est plus malaisé, cela s’appelle de la politique. Cela ne dégage personne de la responsabilité d’œuvrer, en toute modestie mais résolument, pour la justice en ce domaine.