Monsieur Lanzmann n’est pas le Surmoi de la Shoah

Chères Mesdames et Chers Messieurs,

J’admire profondément Monsieur Claude Lanzmann pour son film sur la Shoah. Je l’ai vu deux fois et j’ai lu son livre. Je vais vers 70 ans, sans aucune illusion sur la perversion humaine, les crimes de masse et les génocides: je suis pourtant obligé d’écrire ce qui suit.

Je viens de finir la lecture du roman Jan Karski. Je ne comprends pas pourquoi Monsieur Claude Lanzmann s’est attaqué avec violence à Monsieur Yannick Haenel.J’ai vérifié les repères historiques. Ils sont justes. A Saint-Cyr et à L’école supérieure de guerre nous avions des professeurs civils et colonels agrégés ou docteurs d’université en histoire militaire. Ils ne falsifiaient pas l’Histoire, sinon les généraux directeurs de ces grandes écoles les auraient mis à la porte immédiatement.

Tout ce qu’a raconté René Girard dans “Achever Clausewitz(2007), je l’ai appris à École supérieure de guerre entre 1980 et 1982 et par la lecture des théories de l’emploi des armes nucléaires du général Pierre Gallois(1985). Raoul Girardet, François Thual, Gérard Chaliand et Jean-Christophe Victor, tous  professeurs à l’Ecole Supérieure de guerre (certains aussi à Sciences po et à l’IHEDN) sont nettement plus brillants que Bernard-Henri Lévy  ou André Glucksmann dans le domaine de la violence des hommes, échappant à tout contrôle qui  menace aujourd’hui la planète entière.

Monsieur Lanzmann n’est pas le Surmoi de la Shoah. L’Holocauste ne lui appartient pas. Tous les moyens de transmettre cette mémoire historique sont bons, même la fiction. Il faut sans arrêt relancer la mémoire des générations. Ce qui s’est passé au Cambodge et au Rwanda prouve cette nécessité impérative et incontournable.

En réalité Haenel exprime la douleur de l’indicible cruauté du monde, de la Realpolitik , de la guerre et des génocides. Ce n’est pas Karski qui parle dans le 3e chapitre, c’est l’âme terrorisée de Haenel. Moi aussi  je suis hanté par les camps de la mort et les destructions d’Hiroshima et de Nagasaki. L‚image de la toute petite fille japonaise tressaillant de peur et gravement traumatisée me poursuivra toujours, comme les images des bulldozers américains et soviétiques enterrant les cadavres des Juifs dans des fosses communes. La fillette brûlée par du napalm américain  qui courre sur un pont du Vietnam ne peut pas être oblitérée de la mémoire. Comment ne pas vouloir mourir le plus vite possible quand on a vu le petit garçon Juif levant les mains, un soldat allemand derrière lui tenant une mitraillette ? Je sais que Kafka a raison quant il écrit “comme un chien” à la fin du Procès.

Je comprends le suicide de Stefan Zweig et de son épouse…et d’autres.

Il est certain que le rêve d’Emmanuel Kant “Vers la paix perpétuelle” est une utopie. Mieux vaut lire “Hitler” du professeur  Ian Kershaw et “Droit de la guerre du général A.P.V. Rogers. Je suis expert et professeur en droit des droits de l’homme et droit de la guerre. Je sens que beaucoup de jeunes écrivains vont s’exprimer et défoncer l’Histoire officielle imposée. Le roman de Haenel est un début.

Cordialement.

Jacques Martin-Berne

Saint-cyrien et colonel (ER) honoraire

Wikipédia et la psychothérapie

Nous avions entamé d’améliorer l’article Psychothérapie sur Wikipédia. Pour des raisons qui lui appartiennent, que nous respectons mais n’approuvons pas, car l’orientation de l’article psychothérapie sur Wikipédia mérite objectivement de se voir complèter, l’encyclopédie coopérative en ligne n’a pas jugé bon de conserver le travail que nous avions proposé.

Nous le mettons donc à la disposition des internautes curieux de la chose psy sur notre site. En espérant que ce début de complément d’information et de mise à jour soit porté à leur connaissance aussi largement que possible.

Nous avons l’intention de poursuivre ce travail.

Pour consulter cliquez le présent hyperlien.

Et revenez à cet article bientôt prolongé.

Une nouvelle Frêche : la blague juive du jour

Georges Frèche et les Juifs

Comme dans les sables mouvants il y a des situations où plus vous bougez, quoi que vous fassiez, ou disiez, plus vous vous enfoncez. Ainsi notre Georges Frèche ne parvient pas à se sortir d’une accusation d’antisémtisme. Nous ne lui jetons pas la pierre, étant par principe contre la lapidation, mais profitons de l’événement pour décoder le discours, parce que ça, c’est valable au quotidien pour chacun de nous, l’antisémitisme inconscient, masqué à la personne même qui en est le siège, c’est terriblement intéressant. Pour en savoir plus et s’y repérer mieux sur la question de l’antisémitisme, matrice du racisme, engendré au milieu du XIXème siècle à partir des travaux de Renan, lire l’excellent ouvrage d’Élisabeth Roudinesco venant de paraître sur une question qu’elle éclaire de façon alerte et passionnante, contribuant à faire avancer le fameux Schmlblk.

Philippe Grauer


Comique involontaire

Dans Le Point il y a une fabuleuse interview de Georges Frèche.
Il dit qu’il n’est pas content d’être traité d’antisémite. Il raconte que son père résistant protégeait les Juifs. Et que d’ailleurs les Frèche descendent des marranes : “Pour moi, une ascendance juive, ce serait un honneur” (sic) Et plus loin : “Le consistoire juif de France m’a apporté son soutien, et même le CRIF est revenu en arrière. Le CRIF est un peu instrumentalisé par Sarkozy, mais c’est normal, le grand-père de Sarkozy était juif”

Traduction en blague juive : “ Je ne suis pas antisémite puisque mon père a protégé des Juifs, que j’ai une ascendance juive et que le CRIF et le consistoire me soutiennent – c’est-à-dire les Juifs –, même s’ils sont instrumentalisés par des Juifs .”

Forum des psys

LE FORUM DU 7 FÉVRIER

Inscriptions : chèque de 20 euros à “Forum des psys”, 15,

place Charles Gruet, 33000 Bordeaux ; étudiants de moins de 26

ans : 10 euros ; inscriptions sur place possibles.

La Mutualité, 24, rue Saint Victor Paris 5e


Fort heureusement la psychothérapie relationnelle n’est pas immédiatement concernée par ce mal qui gangrène les institutions publiques : Éducation nationale, Santé. À vouloir nous éliminer du club des gens bien (entre eux) psychiatres, psychologues, psychanalystes réintégrés gémissent sous le fouet soft des agents de la Haute autorité de santé, HAS, faiseurs de pluie et de beau temps en vous assaisonnant à votre propre sauce car c’est vous qui finirez par leur dire comment vous liquider. Un système pervers admirable.

Cela ne donne pas envie de se faire attribuer s’il advient le titre peu envié par nous de psychothérapeute NN.

Philippe Grauer


Éléments du programme

– Eric Laurent : Nouveaux semblants de l’évaluation

Comment les gentils « coups de pouce » et les brutales contraintes

contribuent à la mort subjective

– Cyntia Fleury : Conscience et science panoptiques

Ou comment confiner l’individu au double bind : être tué/être

criminel

– Roland Gori : L’évaluation : un dispositif de servitude volontaire

Les pratiques de l’évaluation à l’Université constituent de nouveaux

dispositifs de servitude volontaire qui participent de l’art

néolibéral de gouvernement des individus et des populations. Pour y

parvenir le Pouvoir pris par la fièvre de l’évaluation a dû

insidieusement et progressivement acter le changement de

signification de cette notion conçue comme une extension sociale de

la norme managériale dans des secteurs de la vie sociale qui en

étaient jusque-là préservés.

– Jean-Claude Milner : Le retour du travailleur idéal

Le capitalisme suppose un travailleur idéal. C’est-à-dire un être

parlant dont on n’attend qu’une seule chose : qu’il fasse travailler

un savoir-faire. Évaluer, c’est vérifier que le sujet fonctionne au

plus près de sa réduction systémique : un savoir qui ne pense pas,

qui ne calcule pas, qui ne juge pas, mais qui travaille. La

vérification sera d’autant plus concluante que les critères seront

aléatoires, infondés et sans appel. La possibilité de la

désespérance n’est pas incluse dans l’épure. La mortalité, non plus.

– Yves-Charles Zarka : L’évaluation, tribunal d’inquisition !

J’ai l’intention de montrer que l’évaluation est une forme

sécularisée des tribunaux médiévaux d’inquisition. C’est une machine

à surveiller, à persécuter, à réprimer et à tuer, mais aussi une

machine à enquêter, à scruter, établir des preuves supposées, tout

cela en vue de donner un jugement sans appel. C’est un tribunal sans

aucune garantie ni recours pour tous les prévenus virtuels, c’est-àdire

tout ceux qui ne bénéficient pas d’une protection par le

pouvoir. Mais la religion a changé : l’évaluation est l’instrument

de la nouvelle religion managériale”.

– Mathias Gokalp : L’évaluation et le comédien en entreprise

Sources documentaires et réflexion à propos de l’écriture du film

“Rien de personnel“.

– Margaret Moreau : Liens entre Evaluation, Lean et MTM (Méthodes de

Mesure du Temps)

Expérience acquise dans des grandes entreprises françaises en tant

que médecin du travail.

– Carole D. La Sagna : Éducation thérapeutique et bientraitance, les

deux mots clefs de l’HAS

– François Ansermet : Contre les verdicts du futur

L’évaluation prend aujourd’hui une pente prédictive, réglant le

futur sur des certitudes ségrégatives, suivant une logique mortifère

qui fixe une destinée, face à laquelle, en contrepoint, la

psychanalyse lutte pour maintenir l’accès à l’inattendu.

– Clotilde Leguil : Contre le déluge de l’évaluation, retour à Freud

Le mot d’ordre de Lacan d’un retour à Freud prend un sens nouveau au

XXIème siècle alors que nous avons à lutter contre l’évaluation

comme nouvelle idéologie d’une rationalité technique désenchantée,

empruntant ses dogmes à la religion de la quantification, contre

tout désir de culture. En ce début d’année 2010, l’oeuvre de Freud

tombée dans le domaine public, doit pouvoir être le lieu depuis

lequel une nouvelle lutte pour la civilisation peut s’engager.

– Guy Briole : La société des Morticoles réalisée

Au pays des Morticoles ou bien l’on est médecin ou bien l’on est

malade. La caste médicale décide de la place de chacun dans une

société redistribuée par l’évaluation.

Autiste, hyperactif, asocial,

suicidaire et toxicomane, inadapté, immigré revendiquant,

consommateur excessif, chômeur déprimé, Alzheimer : la société de

l’évaluation médicale a une réponse, un protocole applicable à

toutes les étapes et circonstances de la vie. Le médecin moderne —

évaluateur-évalué — collabore en étant convaincu que c’est là, sa

responsabilité morale !

L’évaluation médicale tue le sujet ; il crie

sous le scalpel, mais le médecin ne veut pas l’entendre, ou ne le

peut pas tant il est occupé à servir le pouvoir.

– Jean-Pierre Deffieux : Chroniques de l’accréditation

La vie entre bio-pouvoir & bio-souci, bio-logie & bio-art

Sous l’égide

du Laboratoire EA 4010 AIAC — Arts des images et art contemporain,

&

de RETINA — International recherches esthétiques & théorétiques sur les
images nouvelles & anciennes

Dans le cadre du

Séminaire Philosophie, Art, Image

de François Soulages, Professeur des universités (Université Paris 8/
Institut national d’histoire de l’art)

Journée d’étude à Paris

Lundi 15 février 2010
de 8:30 à 18:00


La vie entre bio-pouvoir & bio-souci, bio-logie & bio-art


Sous la direction de François Soulages

La vie ne se réduit pas au vivant. A son sujet, se posent des questions
auxquelles on peut donner des réponses & des problèmes qu’il est
fructueux de travailler

– questions & problèmes du bio-souci : souci de soi ou bien
souci de la vie ; choix de vies ou bien choix de la vie ; fin de vie ou
bien fins de la vie ; philosophie ou bien sagesse de la vie ; vie
bienheureuse ou bien raisonnable, simple ou bien problématique ; vie de
la pensée ou bien de la cité ; vie de l’esprit ou bien du corps ; récit
d’une vie, de sa vie ou bien de la vie ; temps ou bien mort ; création
ou bien libération

– questions & problèmes du bio-pouvoir : « droit de mort &
pouvoir sur la vie », écrivait Foucault ; le laisser vivre, le faire
vivre & le faire mourir ; disciplines & régulations ; contrôles &
surveillances globalisés, projets & programmes uniformisés

– questions & problèmes de la bio-logie contemporaine :
bio-informatique, chrono-bio-logie, bio-métrie, bio-technologie,
bioéthique

– questions & ouvres du bio-art et de l’art en général face au
vivant & à la vie.

Cette Journée d’étude cherchera à penser les liens et les tensions entre
bio-souci & bio-pouvoir, bio-logie & bio-art, entre pensée, art &
existence face à la vie.


8:30 PRESENTATION

Ouverture

9:00 François Soulages La vie, au carrefour du souci & du pouvoir, de la
science & de l’art

BIO-POUVOIR, VIE & MORT

9:20 Jean-Pierre Sag, psychanalyste & maître de conférences à l’Université
Paris 1, Le paradoxe éthique de la gestation pour autrui

9:40 Gilles-Olivier Silvagni, psychanalyste, Sur la fin de vie

10:00 Philippe Cardinali, agrégé de philosophie & docteur en esthétique,
La vie & la mort : une histoire

10:20 Marc Tamisier, chargé de mission pour la philosophie et
l’éducation aux images au CNDP, membre de RETINA.International,-
Vie & mort d’un auteur

10:40 Julie Cailler, doctorante EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, Vita Nova

11:00 Dialogue général

BIO-POUVOIR, VIE COLLECTIVE & VIE INDIVUELLE

11:20 Didier Toussaint, docteur en philosophie & conseil en entreprise
(DIT), Les enjeux du Social Business

11:40 Bertrand Quentin, agrégé de philosophie & docteur en
philosophie, Faut-il vivre avec précaution ?

12:00 Michel Gironde, écrivain, Vie, éthique & culture : Carlos Fuentes

12:20 Daniel Podosek, doctorant EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, Une vie, à la recherche de la jonction

12:40 Catherine Rebois, doctorante EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, La vie comme expérience à l’œuvre.


13:00 Dialogue général

BIO-LOGIE & BIO-ART

14 h Zoé Forget, doctorante EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, Le monstre comme signe de vie
14 h 20 Marion Zilio, doctorante EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, Vie & contingence, l’effort d’une
attitude ambivalente
14 h 40 Julien Verhaeghe, doctorant EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, Esthétique et complexité : un regard
écologique porté sur l’art
15 h Olga Kisseleva, artiste, maître de conférences HDR à l’Université
Paris 1, CERAP, Quand le corps du spectateur est intégré dans l’ouvre
15 h 20 Manuela de Barros, maître de conférences à l’Université Paris 8,
AIAC, Ces fictions qui changent le monde : hypothèses sur le corps
technologisé

15 h 40 Dialogue général

BIO-SOUCI & ŒUVRES

16:00 Alain Chareyre-Méjan, Professeur des universités, Université Aix I,
L’envie de vivre comme mode de pensée

16 h 20 Valérie Cavallo, doctorante EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, Une rencontre absolue face à une
catastrophe humaine absolue Hiroshima mon amour

16 h 40 Caroline Blanvillain, doctorante EA 4010 AIAC Arts des images &
art contemporain Université Paris 8, L’effroi devant l’humanité.
Philippe Bazin

17 h Géraldine Millo, doctorante EA 4010 AIAC Arts des images & art
contemporain Université Paris 8, La photographie à coups de marteau. La
vie des Faces de Philippe Bazin

17 h 20 Laurence Gossart, artiste, professeur d’arts plastiques, L’acte
du regard constitutif de la vie. Henri Michaux


17:40 Dialogue général


INHA

Salle Giorgio Vasari

Institut national d’histoire de l’art

2, rue Vivienne, 75002 Paris, France.

Hôpital public : pétitionneriez-vous ?

Hôpital silence

on rentabilise ! Un hôpital rentable c’est un hôpital centré sur la technique financière et gestionnaire des soins pas sur la personne humaine en difficulté de santé. C’est un hôpital en relation avec l’argent pas avec vous. Pas de psychothérapie relationnelle, ça c’est déjà fait, pas de dispositif d’écoute et d’aide à la personne, ça coûte trop cher on n’est pas là pour ça, mais pour rentabiliser.

Un management qui déménage

L’hôpital n’est pas une entreprise, la santé n’est pas un gisement, les gens ne sont pas des pions circulant à flux tendu. Toute la philosophie et l’éthique de notre profession milite pour que l’hôpital soit humanisé pas déshumanisé. La chirurgie ne se conçoit pas comme une usine à saucisses. On ne débranche pas les gens selon l’aspect statistique de leur cas. Pour éviter ce genre de cas de figure et maintenir à l’hôpital son taux d’humanité actuel, mieux vaut ne pas le laisser casser pour avoir à subir et payer les dégâts de la malsoignance puis devoir reconstruire ensuite à grands frais ce qu’on aura commencé par laisser détruire.

Jugez par vous-même

si vous voulez signer la pétition qui nous parvient et que nous vous répercutons ici.

Philippe Grauer


Défense de l’hôpital public

Ci-dessous vous trouverez la pétition de défense de l’hôpital public, à faire signer au plus grand nombre possible de personnes.

Merci de la signer et de la faire suivre à votre carnet d’adresse.

Objectif du Mouvement de Défense de l’Hôpital public : dépasser le
million de signatures
avant la fin de la semaine.


Merci de prendre connaissance de la pétition jointe, de la signer et de
la faire signer si vous partagez notre sentiment d’inquiétude.

Cordialement.

La psychothérapie [relationnelle] n’est pas soluble dans l’enseignement universitaire

Comme tous les psychiatres, Lucien Tenenbaum entend par la psychothérapie celle qu’il pratique, et comme il est psychothérapeute relationnel, cela sonne psychothérapie relationnelle là où il se contente de dire psychothérapie. Au fil du texte des crochets rétablissent dans notre terminologie l’adjectif relationnel manquant dans le texte de l’auteur, ce qui permet nous l’avons vu d’en finir avec l’amalgame provenant de l’usage du terme générique psychothérapie pour désigner dans un ensemble à proprement parler confondant les psychothérapies à protocoles, fonctionnelles ou “symptomatiques” (1“), d’inspiration comportementaliste, tout aussi bien que notre {relationnelle, d’inspiration néo humaniste.

On connaît ce genre de confusion, parfois dangereuse, mais l’intelligence et l’élégance de son texte rendent cette ombre au tableau supportable. Il convient toutefois de ne jamais perdre de vue cette petite différence, qui nous distingue de la psychothérapie au sens générique, sans quoi tout le développement de notre ami Tenenbaum risque d’en pâtir. Réjouissez-vous quoi qu’il en soit de ce texte — dont les intertitres sont de notre cru, nos propres notes étant signées PHG —, ça en vaut non pas la peine mais le plaisir, sinon la jouissance.

Et réjouissance. Naturellement, quand un psychiatre médecin-chef parle de notre psychothérapie relationnelle, qu’il aime, illustre et soutient avec talent, nous nous réjouissons de l’entendre dire des vérités sur la médecine et l’université, leurs prétentions et leurs dérives. Son propos nous conforte, son argumentation touche juste et nous rappelle que c’est l’adversaire que blesse son bât. Le plutôt bas niveau des attaques populistes faisant rideau de fumée contre nous déployées exige en effet que nous n’oublions jamais que les innovateurs et porteurs d’avenir c’est nous, que nous procédons de la bonne autorité scientifique en sciences humaines cliniques. Notre psychothérapie relationnelle se voit attaquée, comme naguère et encore la psychanalyse. Recevons comme il convient cette sorte d’hommage historique.

Dans un tel contexte ce texte contribue à la fierté de notre sentiment identitaire disicplinaire et professionnel. Remercions-en ici l’auteur. Il nous rappelle que le danger ne vient pas de nous.

Mais de l’ignorance dans laquelle se tiennent tant de nos chers universitaires (2“) doctement, scientistiquement, au nom du principe d’évaluation consistant à mesurer à tort et à travers, occultant ce qu’il en est de la relation comme concept critique et novateur, rejetant l’intersubjectivité, refusant le procès de subjectivation dans et à partir de la relation.

Pire, à côté, au-delà, du supposé savoir, se dessine la redoutable silhouette du veux pas savoir. Tristes temps pour notre université. Nos détenteurs de la vérité scientiste neurologique comportementaliste et évaluative fondent, à l’heure de la complexité et de la multiréférentialité, leur arrogance sur des bases périmées. Ils jouent leurs machines et machineries, idolâtres post-modernes, adeptes d’un management procustéen, à l’heure de l’âme.

Face au colosse aux pieds d’argile, fragile et sonnant creux, nous avons la chance de représenter l’avenir. Il n’y a vraiment pas de quoi se plaindre ; à terme, et dès maintenant pour une grande part, nous avons gagné. Dès lors la question du nom sous lequel nous serions appelés à opérer devient annexe. C’est l’apport de notre précieuse et irremplaçable pratique qui continuera de compter, là-dessus, pas de souci.

Philippe Grauer}}


Lucien Tenenbaum a assumé pendant une vingtaine d’années la responsabilité de médecin-chef psychiatre dans un établissement public. S’intéressant à des approches alternatives de la guérison, il développe à partir de 1989 sa propre pratique psychothérapeutique en libéral. Soucieux d’aider chacun à trouver son propre centre de gravité, il a développé une pratique personnelle largement fondée sur le corps, la forme, l’intuition, le présent.

Il est l’auteur de La Bascule des mal-aimés , de La psychothérapie, un savoir étrange aux éditions du Souffle d’Or, de Écrire, parler, soigner en chinois aux éditions You-Feng et de La dépression, une épreuve moderne aux éditions L’Harmattan (3“).}


Obscurcissement

S’il est un domaine constamment créateur d’innovations et d’emplois et dont un nombre croissant d’usagers apprécie les services, c’est bien la psychothérapie. Comment comprendre, dans ces conditions, que les pouvoirs publics la diabolisent et s’évertuent à inventer une règlementation pour prévenir de dangers et de délits pour lesquels il existe déjà un arsenal juridique conséquent ?

Plusieurs hypothèses sont possibles. En dehors d’un lobbying corporatiste jaloux, et sans l’exclure, il semble que ce phénomène social, nouveau et d’ampleur croissante, qu’est la psychothérapie provoque chez les politiques un tel obscurcissement de leur pensée qu’il leur devient difficile de réfléchir.

Accusations vagues, répétition hypnotique

Les risques liés au travail psychothérapique sont réels. Certains comportements délictueux, clairement définis par le code pénal, attentats sexuels, abus d’autorité ou de faiblesse, escroquerie, captation, voire criminels comme les viols, tombent sous le coup de la loi et justifient des poursuites.

Les pouvoirs publics, qui s’en soucient (4“), y ajoutent des comportements dont la définition est beaucoup plus hasardeuse (5“), dérives sectaires, charlatanisme. Ce glissement de la définition juridique – pervers, sectaire, ou charlatan – conduit à lancer des anathèmes, au risque de favoriser tous les amalgames et de jouer sur les réflexes émotionnels. De fait, le discours gouvernemental a pris l’allure étrange d’une répétition incessante et hypnotique d’accusations vagues, répétition que je dis hypnotique, car le procédé endort tout le monde et empêche de poser les questions de façon rationnelle.

Tous les jours ou presque, des médecins sont poursuivis et, quelquefois, condamnés pour les délits et crimes dont on soupçonne les psychothérapeutes de menacer les usagers. Pas n’importe quels psychothérapeutes d’ailleurs, le contexte indique clairement qu’on vise les psychothérapeutes qui ne sont ni médecins ni psychologues, c’est à dire les ni-ni 3. Comment le législateur a-t-il pu penser que le risque était lié à l’absence de diplômes et que la parade en était l’enseignement universitaire de la psychopathologie, alors que ces dispositions, qu’on prétend imposer aux psychothérapeutes ni-ni(6“), semblent pourtant avoir fait la preuve de leur inefficacité. L’expérience montre que les praticiens auxquels la législation nouvelle confère le droit d’exercer la psychothérapie ès qualités présentent exactement les mêmes risques pour l’usager. Et si, dans le cas des psychothérapies, on remet en cause la psychothérapie et la formation psychothérapique, pourquoi, quand il s’agit de médecins, psychiatres ou psychologues, ne remet-on pas en cause la médecine, ou la psychologie ou les formations universitaires diplômantes ?

Risques réels de la médecine : le docteur Knock

De nombreux faits, dont beaucoup n’arrivent même pas en justice, parce que les victimes, déjà victimes toute leur vie et pour cela venues en thérapie, sont peu enclines à élever la voix, montrent que l’exercice de la psychothérapie, quelle que soit la formation initiale du praticien qui l’exerce, comporte des risques. Pas seulement d’ailleurs l’exercice de la psychothérapie, mais celui de la médecine.

Une affaire récente vient jeter sur la question une aveuglante clarté. Devant la Cour d’Assises de la Dordogne a comparu le Dr C., psychiatre à Bergerac, accusé de viols sur quatre de ses patientes. Ils les auraient placées, « par des pratiques inhabituelles(7“) », en « état de dépendance susceptible d’altérer leur volonté » afin de leur imposer des relations sexuelles. Il rejette ces accusations comme affabulations, voire comme allégations délirantes. Un expert décrit sa personnalité comme ayant « une forte polarité narcissique(8“) ».5

Voici un professionnel, le Dr C., bardé de diplômes et de qualifications, qui commet un acte, ici qualifié de viol et donc de nature criminelle, dans l’exercice de sa profession. Il a été reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés (9“). Comme on pouvait s’y attendre, le crime a été examiné sous l’angle d’une culpabilité personnelle, éventuellement aggravée du fait de la situation d’autorité sur personne vulnérable, mais à aucun moment n’ont été remis en cause ni sa formation professionnelle ni le jugement de ceux qui l’ont reconnu apte à exercer ce métier…

Quand les affaires de cet ordre concernent des médecins, celles du moins qui arrivent jusqu’au tribunal, les juges concluent à la faute personnelle du médecin, dans tous les cas dont j’ai eu à connaître. Il s’agit pourtant, par définition, d’actes commis dans le cadre professionnel, à l’égard de personnes vulnérables par définition – tout ce qui est reproché aux psychothérapeutes. Jamais les jugements n’incriminent la formation professionnelle du médecin ou les carences de celles-ci, voire sa méconnaissance éventuelle de la psychopathologie et des « mécanismes normaux et pathologiques » (comme dit la ministre), alors qu’il s’agit de fautes identiques commises dans des contextes identiques, qu’on soit médecin, psychiatre, psychologue, psychanalyste, psychothérapeute, éducateur, etc.

Procès

Or ces risques sont bien des risques professionnels. Lors du procès du Dr C., les experts ont clairement décrit les dangers propres à cet exercice professionnel. La relation qui se déroule entre deux personnes dans le cabinet médical est de nature particulière. Un expert explique que la relation sexuelle, si elle est avérée, « ne peut être considérée comme librement consentie » dans ce contexte. Un autre expert dit : « ces personnes [les patientes] n’ont pas opposé de refus mais elles n’ont pas non plus donné leur consentement », ajoutant qu’elles étaient prises « dans un processus d’idéalisation colossale du soignant qui rendait la situation extrêmement dangereuse ». On dépiste les défauts de la vue chez les pilotes de ligne. Pourquoi pas les traits de personnalités susceptibles de dérives perverses chez les professionnels de la santé ?

Après la cour d’assises, voici la scène théâtrale. Le Dr Knock (10“), pour être un personnage de théâtre, ne ressemble-t-il à personne ? N’est-il pas un virtuose du diagnostic et un médecin parfaitement formé ? Mais s’il peut si bien berner, manipuler, embobiner son monde, jusqu’au bon vieux Dr Parpalaid, et le réduire à sa dépendance, n’est-ce pas parce qu’il connaît des choses qui ne relèvent d’aucun enseignement universitaire médical et dont nul ne s’est soucié de le prévenir. Il sait tout ce qu’induit et permet une position dominante dans une relation par définition inégalitaire, ce qu’est par nature la relation médecin-malade. De très bonnes connaissances médicales et une grande aptitude au diagnostic ouvriraient-elles même grande la porte à toutes les dérives ? Alors que c’est ce que préconise avec insistance la ministre de la Santé ?

Vice de raisonnement

Le remède définitif aux dérives imputées aux psychothérapeutes non diplômés universitaires résiderait, pour les responsables de la santé publique, dans un enseignement universitaire. « Avant de prendre en charge une personne en psychothérapie, il est indispensable de faire un diagnostic précis, et notamment d’éliminer toute pathologie somatique ou psychiatrique qui nécessiterait une prise en charge différente, en particulier pharmacologique. C’est pourquoi il est indispensable que toutes les personnes qui utilisent le titre de psychothérapeute aient suivi au cours de leur cursus une formation théorique et clinique de psychopathologie clinique (11“) ». « La connaissance du développement et des mécanismes psychiques normaux et pathologiques est indispensable », dit encore la ministre, et ceci pour deux raisons : pour faire un diagnostic et pour protéger les usagers.

Surprenant vice de raisonnement, si gros apparemment que personne ne l’a vu, peut-être suite à certaine incantation hypnotique. D’une part, on occulte avec une facilité surprenante le fait évident que ce complément, concernant la psychopathologie, est celui qu’ont reçu les psychiatres, peut-être les psychologues, sans pour autant protéger leurs patients des abus et dérives. Et ce ne sont pas les quelques heures de psychologie reçues par les médecins et autres spécialistes exposés (gynécologues, chirurgiens, etc.) qui auront pu les en prévenir. D’autre part, on commet la double erreur de confondre le diagnostic et les mécanismes, et de penser que la connaissance théorique protège les usagers.

Diagnostic

Avant d’entreprendre une psychothérapie, dit la ministre, il faut pouvoir faire un diagnostic pour éliminer une pathologie somatique ou psychiatrique. Ceci appelle deux remarques.

D’abord, comment une formation, quelle qu’elle soit, en psychopathologie, permettra-t-elle de faire un diagnostic ? Le psychothérapeute devra-t-il aller jusqu’au scanner, à l’échographie, à l’IRM, etc. ? Le diagnostic résulte d’une démarche médicale très sophistiquée. On peut s’étonner que les médecins acceptent de le voir ainsi réduit à un apprentissage de quelques heures hors tout contexte.

Mais surtout la ministre semble ignorer que le diagnostic, en psychiatrie, ne passe plus du tout par la connaissance des mécanismes, qu’ils soient normaux ou pathologiques. Le sacro-saint D.S.M. IV (12“), sur lequel repose maintenant toute démarche diagnostique, ignore délibérément tout ce qui est de l’ordre des mécanismes, des ressorts profonds, etc. etc. pour s’en tenir à l’inventaire des signes repérables et quantifiables. La démarche diagnostique semble de plus en plus orientée vers la prescription chimiothérapique et s’écarte d’une psychopathologie conçue en termes de connaissances des mécanismes (13“).

Connaissance des mécanismes

Quant à la « connaissance des mécanismes », de quoi parle-t-on ?

Les mécanismes en jeu dans la relation thérapeutique et qui rendent compte à la fois de la puissance de ses effets thérapeutiques et des « dérives » possibles ne sont pas les mécanismes neurophysiologiques, normaux ou pathologiques, du cerveau des neurologues, tels que les décrit la pensée scientifique du moment. Ce sont les mécanismes de la relation humaine qui sont de tous temps, et connus et utilisés, sinon dévoilés, de tous temps et dans toutes les sociétés.

Ils sont de même nature que ceux qui engendrent les souffrances pesant sur la vie des personnes et les amenant à consulter. Ce sont les processus complexes qui accompagnent les jeux du désir et du pouvoir, de l’amour, du manque, de l’autonomisation, etc. tout ce qui forme notre propension à la dépendance relationnelle. Le risque majeur auquel ils exposent, dans un contexte de position dominante vis-à-vis d’une personne en situation de demande, – position des parents, des soignants et aidants de toute nature, des enseignants, etc. – est la prise de pouvoir sur l’autre jusqu’au risque d’abus. Mais, autant ils peuvent aliéner et faire souffrir, autant, s’ils sont utilisés à bon escient, ils peuvent soigner et libérer. La révolution freudienne, et en cela la plupart des psychothérapies peuvent s’en réclamer, a consisté à mettre à jour ces mécanismes et, en aidant à déjouer les pièges auxquels ils exposent, à montrer le rôle essentiel qu’ils jouent dans le processus thérapeutique. Quelle que soit la technique utilisée, le travail thérapeutique aide le consultant à s’extirper de ces pièges et à sortir des dépendances et aliénations où il était assujetti, quelles que soient les formes qu’elles ont prises.

Savoir / croyances

On voit que par nature le travail thérapeutique vise à désaliéner le sujet et non à prendre le moindre contrôle sur son esprit. À l’inverse des positions de pouvoir voir fondés sur la conjonction du charisme d’une personne (aimantant le transfert sur elle) et d’un système de croyances. On saisit mieux le danger de l’enseignement universitaire : il fait croire aux médecins qu’ils savent et qu’ils maîtrisent la dite psychopathologie et il fait entrer patients et public dans cette croyance , terreau des abus, comme toutes les croyances. C’est l’illusion du « sujet supposé savoir », sur lequel on reviendra, qui ne fonctionne thérapeutiquement que si le sujet en question sait qu’il ne sait pas… Le processus thérapeutique conduit le consultant à sortir de l’illusion que l’autre, le thérapeute, sait… et à s’en libérer.

À ces données générales sur les enjeux relationnels, viennent s’ajouter des caractéristiques de la demande psychothérapique qui ont peut-être échappé aux responsables de la santé publique. Elles font de la psychothérapie une discipline tout à fait originale dans les sciences humaines comme dans le système de soins et la sortent, à ce titre, des cadres de l’enseignement universitaire tel qu’il a été conçu et dispensé jusqu’à présent dans notre pays.

Une nouveauté floue

La particularité de la demande de psychothérapie ou de psychanalyse est d’être une nouveauté floue. La souffrance qui amène la demande n’est pas nouvelle, tant s’en faut, elle est ancienne et née avec nous. Mais que des personnes fassent une démarche pour sortir de cette souffrance, disant « ça ne peut pas continuer comme ça », constitue un fait très nouveau (14“). Jusqu’à maintenant, il y a eu maintes façons de supporter, justifier, valoriser cette souffrance, mais aujourd’hui elle est devenue une gêne dans notre vie. Elle nous invalide et nous handicape. Et l’être en souffrance s’entend dire « il faut que tu fasses quelque chose, que tu ailles voir quelqu’un ». Je reprends les mots les plus habituels, ne pas continuer comme ça, faire quelque chose, voir quelqu’un, pronoms indéfinis, dont le flou n’a d’égal que l’exigence avec laquelle ils s’imposent, et auxquels fait écho le vide juridique dans lequel baigne la psychothérapie ….

La nouveauté floue de cette demande, traduit des paradigmes nouveaux dont l’émergence remonte à une cinquantaine d’années dans la société occidentale. Une des nouvelles valeurs est l’exigence de bien-être sur tous les plans, matériel, social, affectif, sexuel, physique, etc. Elle est perçue comme une exigence intérieure, qui transforme la hiérarchie des valeurs, à commencer par la valeur de la hiérarchie. Elle repose sur l’idée qu’une autre vie que celle qu’on a menée jusque là est possible, une autre vie ici-bas, pas dans un au-delà, ce qui sous-entend aussi un changement des idées sur la mort. Une autre vie qu’on n’attend pas non plus d’un changement macro-social – l’histoire du 20° siècle nous a tempérés sur ce qu’on peut espérer des grands changements.

Double danger

Si ce n’est du macrocosme, d’où viendra le changement ? Nouveau paradigme: la personne humaine prend une valeur inédite, centrale. Si la personne est au centre, si elle constitue une entité en elle-même, la cause des difficultés et des souffrances qu’elle vit est à l’intérieur d’elle-même. Justes ou fausses, ces idées se développent sous nos yeux, nous y contribuons et elles fondent la psychothérapie. L’origine des souffrances est à l’intérieur, de même que le remède, la ressource. La psychothérapie a pour objet d’y donner accès. Ainsi la personne trouvera-t-elle la solution, et pourra-t-elle agir sur les leviers de son fonctionnement personnel pour sortir de sa souffrance. L’idée que la personne est un univers à elle seule, qui contient la cause comme le remède, est au fondement de notre pratique. Le résultat attendu n’est plus le retour à l’état antérieur et la réintégration dans l’ordre des choses, mais un changement. La souffrance nous apparaît désormais liée à un déséquilibre intérieur, au fait que nous n’entendions plus nos besoins profonds, ou notre vérité, quelle que soit la façon de le dire.

La demande de soins résulte d’une exigence interne – nous nous devons quelque chose à nous-mêmes – mais sa satisfaction dépend de processus nouveaux et mal connus, pour lesquels nous n’avons ni modèles de référence, ni même de noms bien établis. D’où le flou et le flottement. La pression de la demande et le flou de la nouveauté ont des effets déstabilisants, qui exposent le consultant comme le psychothérapeute à des risques majeurs. Le consultant est exposé à un risque de passage dépressif, qui lui fera d’autant plus espérer du thérapeute un soutien et un aide, quitte à s’en trouver dépendant. Le thérapeute, quant à lui, est confronté à la pression d’une demande, d’une attente, qui reviennent à remettre un pouvoir entre ses mains, avec d’autant plus de force que les autres étais se dérobent. Il est d’autant plus exposé à ce risque qu’il est pour le consultant, selon la belle formule de Lacan, le sujet supposé savoir. Ce dont le consultant crédite ainsi le thérapeute est un levier très puissant dans l’entreprise où il s’engage, mais elle comporte le danger que le sujet supposé savoir croie qu’il sait et qu’il y comprend quelque chose.

La conjonction de cette double expérience, qui confronte le consultant à la déstabilisation et le psychothérapeute à l’abus de pouvoir, peut susciter le recours à des réponses de type sectaire ou religieux. Ce n’est pas la connaissance des mécanismes neurophysiologiques qui peut protéger l’usager, mais celle des enjeux relationnels et de leurs dangers. On pourrait même dire que faire porter l’effort sur l’enseignement des mécanismes neurophysiologiques et pathologiques, en ignorant les enjeux relationnels, et le visage très spécifique qu’ils prennent pour chacun, est le meilleur moyen d’exposer étudiants et professeurs à leur jeu incontrôlé, comme on l’a vu plus haut, et comme le montrent les tribunaux. On donne un pouvoir, en laissant chacun libre d’en user…

Lucidité sur soi-même, refus de manipulation de l’autre

Cette connaissance reste de peu de secours dans la pratique si elle est transmise de façon théorique et scolastique, car les enjeux se situent dans l’intimité et le fonctionnement psychoaffectif de chacun, thérapeute et consultant. La connaissance des mécanismes repose d’abord sur une praxis, une expérience vécue de leur réalité, de leur impact. C’est ce qu’ont compris et que pratiquent les écoles de formation des psychothérapeutes, où depuis toujours s’effectue un travail sur le transfert et le contre-transfert in vivo in situ . Non seulement par l’étude théorique, mais avant tout par la mise en situation et le travail expérientiel qui, 7 seuls, permettent au futur psychothérapeute de s’y confronter, de se remettre en question, de voir les implications réelles de la situation psychothérapique et d’œuvrer à en préserver l’éthique et la déontologie. C’est au terme d’une formation et non d’un enseignement que s’acquiert la lucidité sur ces processus et leurs dangers.

Lucidité qui n’est pas l’objectif des sectes, précisément parce que leur bonne connaissance de ces mécanismes relationnels, à la fois cognitifs, émotionnels et affectifs, leur permet de séduire et de recruter tant de gens confrontés à la nouveauté floue.

Lucidité qui n’est pas non plus l’objectif des publicitaires. N’est-ce pas parce qu’ils ont étudié ces mécanismes et qu’ils les utilisent en toute connaissance de cause qu’ils peuvent faire avaler (au propre et au figuré) n’importe quoi aux consommateurs, en commençant systématiquement par les plus vulnérables, comme les enfants ou les personnes de faible niveau éducatif ?

Sans parler de la façon dont les politiques utilisent les mêmes mécanismes, sans les avoir étudiés en faculté, mais en les connaissant très intuitivement. Ne parle-t-on pas d’animal politique ?

Sectaires, publicitaires, politiciens utilisent ces mécanismes de façon délibérée et sans aucune intention de les dévoiler. Le faire les déconsidèrerait à leurs propres yeux, à moins qu’ils n’en soient aucunement dupes, et dans ce cas ils fonctionnent comme n’importe quel escroc. Les dévoiler à leurs « cibles » leur enlèverait tout pouvoir sur elles. Or ces deux points, lucidité sur soi-même, refus de manipulation du consultant, sont très précisément les points sur lesquels portent l’effort incessant des instituts de psychothérapie responsables et l’éthique des psychothérapeutes eux-mêmes, à travers ces deux fondamentaux que sont la formation expérientielle et la supervision. Le paradoxe est que, concernant ces dangers réels, il n’y a pas la moindre formation en milieu universitaire, puisque, à ma connaissance, il ne s’y pratique ni formation expérientielle ni supervision.

Ni-NI : ni formation expérientielle ni supervision

Le paradoxe est que, concernant ces dangers réels; il n’y a pas la moindre formation au milieu universitaire, puisque, à ma connaissance, il ne s’y pratique ni formation expérientielle ni supervision.

Un enseignement de la psychopathologie est justifié, et indispensable, mais ce ne peut être celui qui permet aux médecins de poser un diagnostic médical, ni celui qui permet aux psychiatres de prescrire. Le psychothérapeute doit se souvenir qu’il n’est pas médecin, qu’il n’a pas à l’être et qu’il ne le peut pas. Il doit se souvenir qu’il y a des médecins, ou un SAMU et ne pas hésiter à y recourir. La formation psychopathologique destinée aux psychothérapeutes doit montrer comment les mécanismes relationnels impliqués dans la souffrance de chaque personne fonctionnent dans le cadre psychothérapique. Elle montre comment ces processus aliènent la personne et comment on utilise leur puissance pour en dénouer les entraves. Elle fait apparaître les risques et les dangers inhérents à ce travail et comment le praticien doit prendre ses responsabilités avec la conscience claire de ses propres limites. Car être psychothérapeute, c’est aussi, et peut-être d’abord, travailler sur ses limites, sur la place que viennent prendre dans l’espace thérapeutique la peur, la panique, voire la terreur, sur le rôle qu’elles y jouent, pour éclairer les enjeux ou les obscurcir ou les occulter. C’est aussi, et surtout, comprendre comment la peur et le danger ont à voir avec la vie, voir ce qu’il y a d’alliée potentielle dans la peur et de réalité à affronter dans le danger.

Seuls des psychothérapeutes chevronnés peuvent assurer une telle formation.

Sortir de la position victimaire

Il est plus que temps pour les psychothérapeutes [relationnels] de sortir de la position victimaire qui leur fait adopter profil bas et les soumet à une recherche de respectabilité, dans une position toujours défensive. Ce qui n’a aucune raison d’être.

Ni sur le fond : l’existence de la psychothérapie, et la leur [la relationnelle] par voie de conséquence, sont liées à un mouvement profond de la société civile, que traduit une demande engendrant en retour une offre. Offre d’écoute ou d’attention ou de « soins »(15“) psychothérapiques, qui se situe en dehors des offres règlementées et diplômées, car la demande est profondément originale et le besoin qu’elle traduit n’est pas près de changer.

Ni sur la forme, car peu importe le nom. Si les psychothérapeutes dûment réglementés n’y satisfont pas, les mieux placés [nous, les relationnels] pour y répondre le feront sous un autre nom. C’est aussi simple et aussi logique que cela. Il est inutile d’y perdre son énergie.

  • 1 Les guillemets pour indiquer que le DSM l’escamote littéralement sous le {trouble, le symptôme, et qu’on ne saurait non plus utiliser rigoureusement ce terme, sinon pour signifier que lesdites psychothérapies visent à effacer un symptôme préalablement saucissonné, mis en tranches à chaque nouvelle édition plus nombreuses de troubles médicamentables chacune.
  • 2 Mes ex collègues, j’en connais quelques uns qui font exception. L’ambiance scientiste prévaut en Sciences humaines, y est puissante et en écœure plus d’un/e. C’est vraiment dommage, nous avions le potentiel, passé la lame de fond et d’innovation 68 (bien entendu il fallut filtrer, mais nous étions au travail), l’université française n’a rien voulu en savoir. À charge pour la génération suivante de se rendre compte et de reprendre ce qui devra l’être, cependant que le travail d’avancement se sera effectué hors les murs, dans une sorte d’exo ghetto fertile. PHG
  • 3 Ouvrage par plus d’un point dans la ligne de la pensée et pratique de Henri Colomb, le grand psychiatre africaniste dont après sa mort Lucien Tenenbaum avait repris le service ) à l’hôpital Pasteur à Nice. Colomb soutenait que nous sommes reliés verticalement aux ancêtres et horizontalement à la communauté des vivants (à commencer par ceux de mon village, que je connais et dont je participe du système villageois — que se passe-t-il quand mon village se casse, ou quand j’ai dû, ou mes parents, me casser du village ?), pensée typiquement africaine, qui explique que la psychose réside dans une rupture du lien vertical, la névrose de l’horizontal. La question contemporaine en Occident, le renouvellement des formes psychopathologiques que nous connaissons relève de ce que nos organisations-limites {migratives se trouvent en double fêlure ou rupture de lien. Bref, la façon dont Lucien Tenenbaum aborde la dépression mérite le détour de l’acquisition de son livre. PHG
  • 4 « C’est là un objectif de santé publique car il existe des comportements déviants, parfois même pervers qui fragilisent des personnes déjà instables psychologiquement. Il s’agit de garantir, ici aussi, la qualité des soins » (intervention de Mme Bachelot, Ministre de la Santé, lors du vote sur la loi, au Sénat, séance du 05.06.2009)
  • 5 « Mais le fait est que certaines pratiques professionnelles déviantes constituent souvent une voie d’entrée [dans les sectes], on ne peut pas ne pas l’évoquer : je vous renvoie au récent rapport de la mission interministérielle de lutte contre les pratiques sectaires ». (idem)
  • 6 Ainsi se qualifient par autodérision les psychothérapeutes qui ne sont ni médecins ni psychologues. LT. Inexact, c’est un représentant des pouvoirs publics qui le premier utilisa cette dénomination, dans les locaux de l’Assemblée nationale. En fait cette expression est réversible, les futurs psychothérapeutes NN — pour Nouvelles normes à venir, ou pour “Ninis” au sens de notre avant-dernier sous-titre retournant le compliment, au terme de la loi ni formés expérientiellement ni bénéficiaires d’un processus personnel de psychothérapie ou psychanalyse, ni, troisième ni pour faire bonne mesure, ne se soumettant à une supervision constante. Cela en fait, des déninis. PHG.
  • 7 Selon l’acte d’accusation.
  • 8 Var-Matin, 01.07.09.
  • 9 Il a été condamné à 12 ans de réclusion et à l’interdiction définitive d’exercer. L’avocat général l’avait présenté comme un « violeur en série » et n’avait retenu la « vulnérabilité » que pour une personne. (les journaux, 06.07.2009)
  • 10 Knock, ou le triomphe de la médecine, Jules Romains, 1923, pièce de théâtre. LT. Immortalisé par Louis Jouvet. PHG
  • 11 Mme Bachelot, au Sénat le 05/06/09.
  • 12 Le Diagnostical and Statistical Manual of mental disorders, version IV, outil de référence des psychiatres français à la suite des recommandations de l’association des psychiatres américains.
  • 13 Ce qui explique d’ailleurs que les médecins et psychiatres souhaitant une formation en psychothérapie la cherchent en dehors de l’Université.
  • 14 Le phénomène est étudié dans mon livre La dépression, une épreuve moderne paru chez l’Harmattan, Paris, 2009.
  • 15 Nous offrons à ceux qui recourent à nous qu’ils commencent à prendre soin d’eux mêmes, à se soucier d’eux. Ce soin-souci n’a rien à voir avec le soin-traitement de la médecine, de sujet, le médecin, à objet, le malade, mieux, la maladie. La polysémie du terme soin doit être traitée, c’est le moment de le dire, avec le plus grand soin. PHG

Quand le Collectif désaliène

L’équipe d’ISADORA est heureuse de vous présenter ses meilleurs vœux pour vos engagements et vos pratiques durant l’année 2010.

Elle espère vivement avoir l’occasion de continuer à travailler avec vous dans les rencontres qu’elle organisera tout au long de cette année et dont elle vous communique déjà les grandes étapes.


Qui dira mieux que Joseph Mornet, après bientôt trente années d’expérience, la valeur toujours vive de l’héritage de la psychothérapie institutionnelle, sa valeur de ferment dans l’histoire de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle ? Maintenant sa recherche, son exigence et sa militance, car c’est aussi une, au plus haut niveau, il témoigne, au sein de l’institution dans laquelle il travaille, de la valeur irremplaçable de la pensée et pratique institutionnelle dans le secteur psychiatrique et psychothérapique quand il est centré sur le processus de subjectivation. Ça se fait rare mais ça existe encore, et ça se transmet.

Les psychothérapeutes relationnels œuvrant en cabinet se doivent d’aller apprendre auprès de ces découvreurs qui ont révolutionné la pratique psychiatrique et l’hôpital éponyme. Au moment où l’on nous propose la grande régression comportementaliste bourrée d’évaluation comme une voiture l’est d’électronique — mais voilà l’homme n’est pas une voiture, ni l’hôpital un camion blindé, il est capital d’aller s’inspirer de la réflexion sur le collectif comme pluriel de soin (pris aussi bien au sens de souci) articulé de façon intelligente et sensible.

Philippe Grauer


Les Soirées de Saint Martin — le vendredi à 21:00 

– Le 12 février : Persiste et signe avec Patrice CHARBIT

– Le 26 mars : Les années de pèlerinage de Franz LISTZ avec Philippe ANDRÉ

Les 9e Journées de printemps d’Isadora et de Saint Martin de Vignogoul

les 28 et 29 mai 2010 

Figures du collectif 

Le collectif, terme usé, abusé à tel point que l’on ne sait plus très bien à quoi son emploi renvoie.

Le collectif, c’est ce qui conjugue l’organisation d’ensemble et les vecteurs de singularité, la « praxis » de tous et celle de chacun.

C’est ce qui fait qu’une institution est un « tout » constitué d’hétérogénéité de lieux, de différences d’ambiances, de contextes variés.

C’est ce qui fait que dans la grande Histoire des lieux et des cultures, chacun puisse développer sa propre histoire.

En cela le collectif s’oppose aussi bien au collectif centralisateur et bureaucratique niant et abrasant toute singularité et créativité, qu’à l’individualisme anonyme et sériel des « egos grégaires » de nos sociétés libérales.

C’est pour cette raison que le collectif ne peut conjuguer ses propres figures qu’au pluriel.

Dans la psychothérapie institutionnelle, il est un signifiant central, celui autour duquel s’articule le travail sur l’aliénation sociale et le soin du psychotique.

Avec Franck CHAUMON, Patrice CHEMLA, Pierre DARDOT, Dany Robert DUFOUR, Heidor de MACEDO, Antoine MACHTO, Jean OURY, Jean François PASCUAL, Jean Louis PLACE, l’Université Critique de Psychiatrie

& l’équipe de SAINT MARTIN DE VIGNOGOUL.

Les journées commenceront, cette année, dès le vendredi après-midi autour des interventions de Dany Robert DUFOUR et de Pierre DARDOT.

Le fil rouge de la journée de samedi sera tenu par Heitor de MACEDO.

À bientôt !

Pour l’équipe d’Isadora,

Joseph Mornet

Bouleversements et compromis du soin psychique dans la clinique contemporaine

Pour le 6 Mars 2009

Bouleversements et compromis du soin psychique dans la clinique contemporaine

À la faculté de médecine, Grange Blanche, 8 avenue Rockefeller, 69008 LYON


Qui sont “les professionnels du soin psychique” ? les différents locataires du Carré psy. Dont nous, les psychothérapeutes relationnels. Ceux du Snppsy y seront, ainsi nous l’espérons que beaucoup d’autres. Nous avons l’habitude de parler de nous-mêmes comme de praticiens, il s’agit d’un synonyme libéral pour cliniciens. Héritiers lointains de Lagache, le médecin psychanalyste qui fonda la psychologie clinique, variété universitaire de la psychologie psychanalytique,

Ces choses-là sont rudes

Il faut pour les comprendre avoir fait ses études,

en psychologie … clinique bien entendu — à moins que ça ne soit en psychothérapie relationnelle multiréférentielle dans nos Écoles. Les psychologues généralement hospitaliers mais on en trouve en libéral — on vous avait prévenu que rien n’est simple dans le monde psy, se disent cliniciens pour exprimer en le dissimulant qu’ils font de la contrebande d’inspiration psychanalytique en institution (ou ailleurs en cabinet, les non informés ne comprennent pas tout d’un coup, pas d’affolement). Donc nous pratiquons différemment mais semblablement (reprise en couplet du dyptique de Hugo) et sommes “quelque part” solidaires du combat pour sauver la pratique humaniste psy telle que l’entendent nos collègues rassemblés dans Sauvons la clinique.

Que nos lyonnais y soient, qu’il soit visible que nous livrons ensemble, chacun dans son genre et identité professionnelle propres, un même combat d’essence humaniste contre le positivisme qui croit pouvoir calculer chaque être humain, ramener le sujet à son comportement saucissonné façon DSM, et le traiter en définitive en objet transparent médicalisable et étatisable à merci.

Philippe Grauer


Le mouvement Sauvons La Clinique Lyon propose d’organiser des rencontres régulières permettant aux professionnels du soin psychique de se réunir pour partager et penser les bouleversements et les évolutions de leurs pratiques de terrain, afin de dynamiser et de renforcer une conception et une pratique clinique soucieuse de l’humain. Nous resterons attentifs au fait que le plus de champs de pratiques puissent être représentés tout au long de ces journées.

Ainsi ces rencontres se dérouleront selon deux axes d’intervention : des conférences plénières d’une part et des ateliers thématiques d’autre part.

Les intervenants qui souhaitent participer aux ateliers peuvent dès maintenant répondre à l’appel à Communication en envoyant un résumé de 30 lignes maximum (voir document joint) à retourner par mail ou par courrier, avant le 4 Février 2010. L’ensemble des échanges lors des ateliers sera synthétisé et retransmis lors de la séance plénière, ainsi que par un compte rendu général à l’adresse des professionnels mobilisés par cette dynamique. Ces journées sont rigoureusement centrées sur les échanges, la réflexion et le débat.


Voir fichiers joints

– programme, bulletin d’inscription, appel à participation

– Participation aux frais 5 €

– Renvoi du bulletin d’inscription avant le 2 Mars 2010 (places limitées)

– contact

Traité de Psychothérapie comparée. Sous la direction de Nicolas Duruz et Michèle Gennart Ed. Médecine et Hygiène, Genève 2002.

Traité de Psychothérapie comparée Sous la direction de Nicolas Duruz et Michèle Gennart Ed. Médecine et Hygiène, Genève 2002. Note de lecture de Claude R. JULIER.

Alors que dans tous les secteurs d’activité de nos sociétés modernes, le morcellement de la pensée et des pratiques pollue notre capacité à penser multiple, et que dans le domaine de la psychothérapie un vif débat est engagé pour sa reconnaissance et sa réglementation, ce traité de psycho-thérapie comparée me paraît tout à fait opportun, dans la mesure où il permet une réelle confrontation « sans rien ajouter, faire émerger un plus qualitatif de la confrontation des orientations psychothérapeutiques existantes ». Le pari me paraît réussi.
Il faut dire que N. Duruz n’en est pas à son premier essai. En 1994, il nous proposait déjà

1

une réflexion serrée sur deux questions :

* En quoi consiste une thérapie ? Peut-on dire autre chose que V. Raimy « la psychothérapie est une technique indéfinie, appliquée à des cas non spécifiques avec des résultats imprédictibles. Pour cette technique, un training rigoureux est requis ?»
* La convivialité est-elle possible entre les différentes orientations psychothérapeutiques ?

Dans l’ouvrage présenté ici, Duruz et Gennart ont demandé à 14 psychothérapeutes, de décrire la méthode thérapeutique qu’ils pratiquaient selon une grille

2

de traitement commune permettant une étude comparée.

* Les méthodes retenues :
* La psychanalyse selon Freud
* La psychologie analytique de Jung
* La psychologie individuelle d’après Adler
* Psychiatrie phénoménologique et Daseinanalyse
* L’analyse du destin selon Szondi
* La psychothérapie intégrative selon Baudouin
* De l’analyse bioénergétique aux thérapies psycho-corporelles analytiques
* La Gestalt-thérapie
* L’analyse transactionnelle
* La psychothérapie selon l’approche centrées sur la personne de Rogers
* L’approche cognitive et comportementale en psychothérapie
* La thérapie d’orientation systémique
* L’hypnose
* La programmation Neuro-Linguistique (P.N.L.)

Impossible de résumer ces présentations : toutes sont décrites avec clarté et sans langue de bois. Si la plupart sont bien connues, d’autres, tel l’analyse du destin de Szondi, la psychothérapie intégrative de Baudouin ou la Daseinanalyse méritent notre attention. Chacune, dans son originalité et sa spécificité nous renvoie à notre propre orientation pour découvrir divergence et convergences, emprunts et création, filiations et perspectives.
Le but de cet ouvrage ne se limite toute-fois pas à cette description comparative. Les commentaires de Nicolas Duruz au fil des présentations, comme la postface de François Roustang sont des repères pour nous aider à comparer.
Dans l’introduction, N. Duruz distingue quatre grands courants :

1. L’éclectisme : « choisir parmi plusieurs orientations de pensée ou de pratique, leur meilleurs éléments ». Il semblerait que 40 à 60% des psychothérapeutes américains et européens se reconnaissent dans cette orientation.
2. L’intégration : réagissant à l’insuffisance de l’éclectisme, chercher « à définir un modèle général de la psychothérapie ».
3. La pensée d’école : antithétique à l’éclectisme, ses partisans veulent s’en tenir à un seul modèle.
4. L’articulation épistémologique différentielle, voie privilégiée par N. Duruz et M. Gennart, que l’on pourrait résumer ainsi :

* chaque modèle est une construction basée sur un ensemble d’hypothèses ou de prémisses se validant elles-mêmes (Bateson). Le rôle des présupposés est donc capital dans cette construction comme dans son application
* « chaque méthode, en fonction de ses présupposés conceptualise et actualise pour le client et son thérapeute une manière d’expérimenter le dysfonctionnement psychique et sa transformation, une manière d’être en relation thérapeutique, une manière de faire partie de la société, etc. qui lui sont propres » (p. 7).
* Conséquence : « le réel dialogue entre psychothérapeutes repose selon nous sur le repérage de leurs présupposés compatibles et incompatibles, grâce auquel chacun est censé pouvoir situer sa méthode dans une articulation épistémologique à celles des autres » (p. 7).

Pour le lecteur qui se fatiguerait en cours de route, qu’il n’hésite pas à sauter tel ou tel chapitre, mais ATTENTION à ne pas rater la postface de François Roustang !
Et pourquoi donc ? Un petit extrait en avant-goût :
« Nous nous comportons en spectateur et nous ne voyons pas comment nous pourrions connaître quelque chose si nous n’en étions pas, non seulement distincts, mais séparés. Tout cela ne fait aucun doute. Il existe pourtant une autre manière d’appréhender les objets, les êtres et l’environnement… c’est l’appréhension du fond par rapport à la figure, du contexte par rapport à la phrase…. » (p. 407)
« La relation, celle qui transforme, n’est ni objective ni subjective. Comme elle est toujours les deux à la fois, elle n’est ni l’une ni l’autre. Elle est la mise en oeuvre de la singularité du patient. Mais comment s’opère cette apparition ? Encore une fois par la prise en compte de la totalité de la personne… » (p. 411).
« Elle (la théorie) ne pourra s’élaborer que dans la mesure où les thérapeutes auront le souci de dire les certitudes informulées qui président à leur travail… chaque thérapeute y reconnaîtra des évidences. Il verra qu’il ne s’agit ni de sa personnalité, ni de ses caractéristiques propres, mais des dimensions humaines qu’il incarne : l’attente qui est provocation, le non pouvoir qui est puissance, le vide de soi qui ouvre à la plénitude, la force de l’existence dépouillée, l’indifférence au succès ou à l’échec. Car c’est cela sans doute le fondement du non spécifique qui soigne. Il restera aux thérapeutes à confronter ces expériences personnelles le plus souvent méconnues et oubliées. Ainsi sera manifestée, non pas une théorie, mais la rigueur d’une intelligence de la pratique. C’était le but recherché par ce livre »(p. 413).
But atteint avec efficacité !
PS : lisez les chapitres sur la Gestalt, richement décrite, d’un côté par Alexis Burger et de l’autre par Serge Ginger : si la comparaison entre méthodes peut être instructive, ce qui se dit – au sein d’un même modèle – l’est tout autant.