Allaitement, protage et co-dodo.

Plus près de toi, mon bébé

Allaitement à la demande, portage et ” co-dodo ” : le maternage ” proximal ” fait des adeptes et provoque la controverse

Le Monde nous livre cet article, administrant des conseils de psychanalystes à la rubrique Psychologie, s’appuyant sur les travaux d’un chercheur psychologue, et nous psychothérapeutes relationnels relayons le message. On conçoit la complexité qui règne à la surface du Carré psy. La lecture de cet article nous renvoie certainement au spectacle de mères contemporaines (ou parfois de pères) portant leur bébé près du corps drapé dans une pièce de tissus, à l’africaine, et l’on songe que des continents entiers n’ont pas attendu les travaux et découvertes de Bowlby pour procéder de la sorte depuis la nuit des temps, nous fournissant matière à une réflexion sur l’anthropologie du portage des bébés.

Il est d’autant plus intéressant de noter comment évoluent les mentalités et habitudes. En effet l’organisation ritualo psychosociale des sociétés anciennes impose un sevrage sévère aaaaaaa

PSYCHOLOGIE

Herrade, 39 ans, traductrice, est adepte du maternage intensif. Maman d’un petit Volodia d’un an, elle continue à l’allaiter quand il le souhaite, bien qu’il soit passé à la nourriture diversifiée. Mère de deux autres enfants de 9 et 6 ans, elle prépare souvent le repas le soir avec Volodia plaqué contre son dos, dans une écharpe.

La nuit, le petit dort dans son lit de bébé installé dans la chambre des parents et parfois, s’il se réveille, il lui arrive de finir dans le lit parental, ” mais dans une turbulette, pas sous la couette “, précise Herrade. La sexualité du couple n’en est pas perturbée : ” On emmène le bébé, endormi, dans une autre pièce. ” L’aînée a dormi jusqu’à 2 ans dans la chambre de ses parents et la cadette jusqu’à 4 ans. ” La petite enfance, c’est le meilleur moment pour remplir le réservoir affectif des enfants, explique la jeune femme. Cela construit leur confiance et les rend beaucoup plus indépendants que les autres. “

Géraldine, 35 ans, journaliste, donne encore une tétée, matin et soir, à Rose, un an. Grâce à un congé parental, elle n’a repris son travail que quand sa fille avait 6 mois. ” Elle vient réclamer, c’est un moment de câlins. Jamais je n’aurais pensé allaiter jusque-là “, avoue-t-elle. La petite a dormi jusqu’à 8 mois dans sa chambre, mais pas dans son lit. ” Ça me rassurait “, affirme Géraldine. Toute petite, Rose était portée en écharpe contre sa mère. ” Les trois quarts de mes amies ont du mal à comprendre ma démarche, regrette-t-elle. Elles ont peur que le développement de l’enfant en soit perturbé. “

Tout en restant minoritaire, le maternage intensif ou ” proximal ” fait de plus en plus d’adeptes en France. La pratique a émergé outre-Atlantique, portée par le pédiatre américain William Sears, auteur de l’expression ” attachment parenting ” et s’est diffusée notamment par les canaux de l’association pour l’allaitement, la Leche League.

Ses fondements théoriques reposent sur la théorie de l’attachement élaborée par John Bowlby, un psychiatre et psychanalyste anglais mort en 1990. Pour lui, l’attachement est un des besoins primaires du jeune enfant, comme manger ou dormir. Ce n’est que lorsque ses besoins de proximité sont satisfaits qu’il peut s’éloigner de la figure qui le sécurise, pour explorer le monde.

Concrètement, le maternage proximal se traduit par un allaitement long et à la demande, le portage du bébé au plus près du corps grâce aux écharpes, et parfois le ” co-dodo “, qui consiste à dormir avec son enfant dans le lit ou à proximité, comme cela est pratiqué au Japon ou en Afrique. ” Contrairement à beaucoup de mammifères, les bébés ne sont pas prêts à être autonomes dès la naissance. L’enfant a besoin d’une figure d’attachement stable et attentive à ses besoins fondamentaux pour devenir un adulte bien dans sa peau “, explique Claude Didierjean-Jouveau, rédactrice en chef de la revue Allaiter de la Leche League France.

Depuis le début des années 2000, elle constate que le maternage se développe. La promotion de l’allaitement par le Plan national nutrition santé (PNNS), dès 2001, en est l’une des raisons. La multiplication des sites Internet, des forums d’échanges et des blogs sur ces questions participent à cet essor également porté par les valeurs écologistes. ” Je mange bio, je m’inscris dans une AMAP – Association pour le maintien d’une agriculture paysanne – , je materne mon bébé, c’est un ensemble de convictions qui traduisent l’envie de choses plus authentiques “, explique Géraldine.

Christine Coursaget, sage-femme, forme les professionnels de santé à l’accompagnement de l’allaitement maternel dans le cadre de l’association Co-naître. ” Plus les bébés sont près de leur mère, plus ils ont envie de téter, témoigne-t-elle. Il faut en revenir à une culture de proximité et se détacher de cette culture de séparation héritée des années 1950. ” Portés par leur mère, les bébés retrouvent les sensations intra-utérines qui les rassurent : battements du coeur, mouvements, écho de la voix, odeurs. Le co-dodo reste la mesure la plus controversée. ” Je n’ai rien contre mais je préconise d’être attentive à la sécurité de l’enfant “, poursuit la sage-femme. Les parents ne doivent pas être fumeurs, boire ou se droguer ni être trop fatigués. L’enfant ne doit pas être sous la couette, ne pas risquer de tomber, etc.

Pédopsychiatre, psychanalyste, Myriam Szejer émet elle aussi des réserves. ” Il faut savoir que dormir avec son bébé est réprouvé par les pédiatres à cause des risques d’étouffement, explique-t-elle. Par ailleurs, nous ne sommes pas dans une culture où cette pratique est inscrite dans les rituels. Il va être d’autant plus compliqué de repérer à quel moment on arrête. Le maternage intensif peut devenir problématique si le couple mère-enfant vient prendre la place du couple conjugal ou s’il vient réparer une anxiété maternelle intense. “

Pour Sylvain Missonnier, psychanalyste et professeur de psychopathologie clinique de la périnatalité à l’université Paris-V-René-Descartes, on est passé d’un excès quasi phobique à l’égard de la fusion entre la mère et le bébé à un excès inverse avec éloge de l’allaitement long et du co-dodo militant. ” La vie humaine est ponctuée d’épreuves de séparation – naissance, sevrage, apprentissage de la propreté, etc. -, qui sont des étapes importantes pour préparer l’enfant à prendre son envol. Par un peau à peau obsessionnel, on risque de priver le petit humain d’un apprentissage fondamental, et c’est une illusion d’imaginer un processus d’éducation sans la mise à l’épreuve de ces séparations “, explique le professeur.

Martine Laronche

À lire :

” Maman bio “, de Martine Laganier et Claude Didierjean-Jouveau (Eyrolles, 2008, 192 p., 12,90 ¤). ” Planète Maternage “, de Catherine Piraud-Rouet (Marabout, 2008, 348 p., 5,90 ¤). ” Si les bébés pouvaient parler “, de Myriam Szejer (Bayard, 2009, 187 p., 18,50 ¤). ” Devenir parent, naître humain “, de Sylvain Missonnier (PUF, 2009, 512 p., 38 ¤).

© Le Monde, 17 janvier 2010.

Élisabeth Roudinesco : Lacan, la parole

Bibliothèque nationale de France

Les samedis du savoir

Cycle consacré à la parole

Élisabeth Roudinesco nous fournit l’occasion de relire son Lacan repris en compilation dans l’édition sur papier bible en Pochothèque de ses deux ouvrages monumentaux (1“). Fort de cette (re)lecture on suivra avec intérêt l’historienne retracer l’évolution d’une œuvre et d’un système qui ont marqué l’époque, pour à présent s’inscrire dans un tout autre contexte, à partir d’une base documentaire transcrite.

Philippe Grauer}


Élisabeth Roudinesco : Lacan, la parole

L’œuvre de Lacan est orale et pendant vingt-six ans, elle s’est énoncée
tout au long d’un fameux séminaire au cours duquel une voix, unique en son
genre, faisait fonction de repère clinique et théorique. Organisée comme une
cantate et mise en scène selon les règles d’un opéra baroque, la
parole de Lacan a fait vibrer plusieurs générations d’auditeurs. Et c’est
pourquoi quand elle s’est tue pour être remplacée par une gestuelle du corps
et par une écriture topologique, qui tentait de résoudre l’énigme de la
folie, l’enseignement de Lacan a pris une tournure tragique.

Site François Mitterrand, quai François Mauriac, 75013, hall
Est, petit auditorium.

SAMEDI 30 janvier 2010, 11:00 -12:00


  • 1 {Histoire de la psychanalyse en France, 1994, et Lacan, esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée, 1993, chez Fayard.

Les juifs en France, une présence oubliée

Des traces archéologiques depuis l’Antiquité


Chrétien de Troyes tout le monde connait. Rachi, aussi important que lui, le commentateur du Talmud et de la Bible universellement connu et apprécié dans le concert de la culture européenne de son époque, dont la clarté déjà si bien française illumine tout ce qu’il touche, en langue romane, qui en a entendu parler ? à l’heure où Élisabeth Roudinesco publie son Retour sur la question juive, il est bon que la mémoire collective en France ravive les couleurs de la présence juive dans le tissu de son histoire.

L’Europe n’est pas que chrétienne, elle est multiple, et tant l’nfluence musulmane sur notre poésie que la présence juive médiévale ont contribué de façon décisive au façonnage de sa civilisation. Il est temps de réviser nos fondamentaux et d’ajouter quelques planches à nos images d’Épinal. La mémoire de ce pauvre Saint Louis entre autres risque d’en souffrir quelque peu, mais les souffrances qu’il a infligées très chrétiennement et en toute sainteté à des populations entières pour cause d’altérité, repérées et reconnues, risquent d’autant mieux cicatricer des plaies dont notre “identité nationale” a si longtemps supporté le secret mortifère.

Philippe Grauer.


Des traces archéologiques depuis l’Antiquité

Nécropoles antiques, cimetières médiévaux, synagogues, bains rituels, écoles talmudiques, juiveries, carrières en Provence, calls en Catalogne : l’essor de l’archéologie préventive au cours des vingt dernières années a révélé une myriade de vestiges qui rappellent que des communautés juives vécurent en Europe de l’Antiquité jusqu’au Moyen Age.

Ces découvertes font émerger la réalité de communautés connues à travers la littérature rabbinique mais dont ne subsistait la trace que dans de rares monuments et dans des noms de lieux : on recense ainsi, dans des centaines de communes, des ” rues aux juifs “, ” de la juiverie ” ou ” de la synagogue “, mais aussi des chemins, pas, prés, champs, herbages ” aux juifs ” ou ” aux juives “, remontant à l’époque médiévale. Sur notre territoire, ces communautés, qui purent compter jusqu’à 100 000 habitants à la fin du XIIIe siècle, ont presque toutes disparu à la fin du Moyen Age en raison des édits d’expulsion dont le premier – pris par Philippe Auguste en 1182 – inaugure la sinistre litanie des bannissements des juifs d’Europe occidentale.

Un jeu de rappels moyennant finances, et d’expulsions accompagnées de la spoliation des biens et des terres, se poursuivra avec les décrets pris par Philippe le Bel en 1306, Philippe V en 1322 et Charles VI en 1394. De Provence, les juifs ne seront chassés qu’en 1501, tandis qu’ils demeureront sous la protection des papes dans le Comtat Venaissin, et que des communautés de ” nouveaux chrétiens “, d’origine hispano-portugaise, renaîtront à Bayonne et à Bordeaux au XVIe siècle.

Ces découvertes ” contribuent à recomposer un passé plus complexe, échappant à la réécriture strictement chrétienne (…) des sociétés médiévales européennes “, comme le notent les archéologues Astrid Huser et Claude de Mecquenem. Et si l’expulsion de 1306 a pu faire l’objet d’une très discrète mention au titre de commémoration nationale en 2006, la présence juive dans la France médiévale est presque absente des synthèses historiques sur le Moyen Age. Du ” Petit Lavisse ” aux manuels scolaires des années 1980, le judaïsme médiéval n’appartient pas au ” roman national “, comme l’a montré l’historienne Suzanne Citron.

Et au-delà de l’historiographie scolaire, rares sont les ouvrages généraux sur l’histoire de France qui abordent ces persécutions en dehors des lapidaires chronologies de fin de volume. Il en va de même pour les synthèses d’histoire de l’art et les grandes expositions, qui font l’impasse sur les manuscrits juifs médiévaux français, admirables par l’originalité de la calligraphie et la singularité du rapport de l’image au texte.

Un corps étranger

Il en est également ainsi des sommes d’histoire culturelle qui ignorent, par exemple, le nom de Rachi, le maître champenois dont les commentaires monumentaux sur la Bible et le Talmud constituent, dès son vivant et jusqu’à aujourd’hui, l’accès le plus indispensable à la compréhension de ces textes. Sa méthode l’a conduit à insérer dans l’hébreu de ses commentaires des traductions en langue romane des termes rares ou difficiles à une époque où la langue des lettrés chrétiens reste le latin. Rachi rassemble ainsi un thésaurus de cinq mille mots qui constitue le premier témoignage de l’ancien français. Omettrait-on Bernard de Clairvaux et Pierre Abélard, ses (presque) contemporains, ou Chrétien de Troyes dans nos synthèses historiques ?

Dans un raisonnement circulaire qui prévaut encore aujourd’hui en dehors des études juives, les juifs du Moyen Age n’appartiennent pas à la communauté nationale et n’ont pas leur place dans l’histoire de France. Les représentations conventionnelles font d’eux un corps étranger, un Autre dont l’exclusion est un fait ” normal “, donc inexorable. L’absence de référence au judaïsme dans l’histoire médiévale entérine l’idée fausse que les juifs n’auraient pas existé en France avant la fin du XVIIIe siècle ou que leur contribution à la société médiévale serait dérisoire.

On peut s’étonner de l’amnésie durable qui frappe l’historiographie française. L’antijudaïsme chrétien dans la France médiévale serait-il d’une telle ” évidence ” qu’il ne mériterait pas d’être évoqué et que l’histoire contrastée, parfois catastrophique, des juifs sur notre territoire serait insignifiante ? Les exactions, massacres et expulsions ont eu raison des êtres. En 1242, le brûlement de monceaux de manuscrits du Talmud à Paris en place de Grève tenta d’en effacer l’esprit. Qui se souvient de Yéhiel de Paris qui avec ses pairs – Moïse de Coucy, Samuel dit Morel de Falaise et Juda Ben David de Melun – fut sommé à une disputation théologique par Louis IX (le ” bon roi ” Saint Louis), lequel ordonna la destruction par le feu du texte incriminé.

Les découvertes récentes signalent donc, comme par effraction, que les ” archives du sol ” recèlent les traces d’une histoire ignorée. La connaissance de la présence juive y gagne en profondeur : chaque site exhumé témoigne d’une terre où, au Moyen Age, les juifs ont vécu, produit, reçu, pensé, échangé mais aussi été persécutés et chassés. Il ne s’agit pas ici de stigmatiser les historiens, mais de montrer un déni collectif qui contribue à la persistance du fantasme d’une France historiquement chrétienne et homogène.

À l’instar des recherches archéologiques concernant le paléolithique, le néolithique ou l’Antiquité tardive, qui montrent que notre pays est le fruit de vagues de peuplement et d’acculturations successifs, chaque découverte de vestiges juifs vient réinscrire une réalité ancienne dans l’environnement d’aujourd’hui et, par là même, modifie nos représentations. L’archéologie provoque ainsi une forme de ” retour du refoulé ” et contribue à l’écriture d’une nouvelle histoire nationale.

Laurence Sigal, Directrice du Musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris

KlagsbaldPaul Salmona, Directeur du développement culturel à l’Institut national de recherches archéologiques préventives

© Le Monde, 17 janvier 2010.

James Cameron, encore un effort pour être darwinien !

17 janvier 2010

L’évolutionnisme mal dégrossi du film Avatar reflète notre imaginaire

L’auteur de Titanic nous présente un film admirablement bien fait, avec des paysages foudroyants de beauté, et une histoire où les exo-indiens vivant en harmonie avec leur écosystème l’emportent à la fin sur les terriens mondialisateurs à l’occidentale qui croient qu’on peut s’emparer de ce qu’on désire du seul fait de le vouloir, au mépris de toute civilisation niée avec la tranquille férocité du prédateur colonial. Un exo anti-western.

L’imaginaire biologique nous montre une planète relativement voisine ressemblant de façon saisissante à la nôtre et Thomas Heams nous pointe que la biodiversité réelle risque de nous surprendre infiniment davantage que le calque du modèle terrien à base cellulaire qui sert de canevas au superbe film de James Cameron.

Il fallait y penser et c’est pourquoi cette réflexion sur Darwin, dont on sait l’importance dans la pensée psy à partir de celle de Freud, et l’imposture de l’Intelligent Design, dont nous avons ici-même exposé l’analyse critique, nous a paru pertinente sur nos écrans. Dans tous les cas, faites-vous plaisir, si ce n’est déjà fait allez voir ce film en 3D qui préfigure peut-être à cause de l’avancée techonologique une nouvelle phase de l’histoire du cinéma, dont de toute façon certaines séquences demeureront des références inoubliables.

Philippe Grauer


La première hypothèse sur laquelle se fonde Avatar, le film de James Cameron, c’est qu’il existe une vie extraterrestre très près de la nôtre. Elle s’invite dans un des débats les plus vifs aux frontières de la biologie et de la cosmologie, qui est justement la question des origines du vivant : ce qui s’est passé sur Terre il y a 3,8 milliards d’années était-il un processus inexorable compte tenu des éléments disponibles et des conditions de l’époque, ou bien est-ce une splendide exception ? Pour y répondre, les chercheurs de vie extraterrestre, les exobiologistes, scrutent nos plus proches voisines, notamment Mars.

Ils espèrent y trouver, en vain à ce jour, une activité biologique ou des traces fossiles, au prix d’une frustration fondamentale : en trouver serait certes l’indice fort d’une vie inéluctable, mais échouer nous laisserait tout entiers à notre doute, faute de réelles planètes candidates explorables à proximité. Cameron tranche le débat de manière spectaculaire : en dehors du système solaire, c’est dès le ” prochain arrêt ” dans l’Univers, dès le système stellaire le plus proche du nôtre, celui d’Alpha du Centaure, (à 4,4 milliards d’années-lumière tout de même !) qu’il situe la luxuriante lune Pandora, plaidant ainsi fortement en faveur de la vie comme conséquence inéluctable de l’évolution cosmique.

Mais la proximité ne s’arrête pas là : ce qui frappe immédiatement l’évolutionniste, c’est la remarquable similitude entre la structure des biosphères terrienne et pandorienne, soit une vie composée de végétaux chlorophylliens et d’animaux dont certains sont des mammifères. Or en théorie, strictement rien ne garantit qu’une vie extraterrestre aurait cet aspect, ni d’ailleurs qu’elle aurait la forme d’une vie cellulaire, unité fondamentale chez nous, de la bactérie au séquoia, et signe de leur ascendance commune ; aucune certitude même qu’elle serait à base d’ADN, hypothèse indispensable pour que l’on puisse combiner celui du héros Jake Sully à celui d’un Na’vi (habitant de Pandora). Là encore, les choix de Cameron laissent penser que toutes ces formes et structures seraient inéluctables, et implacablement reproduites partout où la vie apparaîtrait.

Conséquence implicite, et dégât collatéral : le mécanisme de sélection naturelle, c’est-à-dire le jeu local et aveugle du hasard et de la sélection proposée par Charles Darwin il y a cent cinquante ans, et qui reste à ce jour d’une formidable puissance pour expliquer l’ensemble de l’évolution du vivant, prend un coup dans l’aile. Car si des structures semblables apparaissaient indépendamment sur des planètes distantes, cela signifierait que nous aurions attribué trop d’importance au hasard sur Terre. Il faudrait se résoudre d’urgence à envisager d’autres mécanismes pour expliquer ces tendances partagées, telles que le passage à l’état multicellulaire, la distinction entre végétaux et animaux, sans parler de l’évolution de certaines formes vivantes vers une forme de culture et de civilisation.

Même si rien n’interdirait d’imaginer des explications rationnelles à cela, cette perspective ouvre néanmoins les portes à toutes les ambiguïtés dont les biologistes se sont progressivement et salutairement éloignés grâce à Darwin et ses continuateurs, notamment celles qui voudraient que des forces obscures, pourquoi pas divines, interviennent à des moments-clés de l’évolution pour lui donner une direction.

Cela fait-il de James Cameron un anti-évolutionniste ? Non, bien sûr. L’idée d’une origine commune aux espèces est sous-jacente dans le fait que l’ensemble des gros animaux (vipperwolfe, hammeread, thanator et autres hyppoferox) sont hexapodes (six pattes) – là où leurs ” équivalents ” sur Terre sont tétrapodes, timide concession à l’idée que ” les ” évolutions biologiques interplanétaires ne seraient pas condamnées à se ressembler.

Et cette hexapodie partagée sur Pandora, elle, s’explique bien dans la vision darwinienne classique de descendance avec modification : en effet, l’explication la plus simple consiste à supposer un ancêtre commun à toutes ces espèces, hexapode lui aussi, par rapport auquel elles auraient évolué. Par ailleurs, les Na’vi, héros anthropomorphes du film, semblent avoir évolué à partir de singes arboricoles à six pattes qui pourraient ressembler à d’autres animaux présents dans le bestiaire pandorien, les prolemuris. On constate d’ailleurs aussi cette perte chez les banshees, sorte d’oiseaux et donc très différents des Na’vi : cela peut aussi s’expliquer avec les outils de l’évolutionnisme moderne, notamment par le phénomène de convergence, qui veut que parfois des caractéristiques similaires apparaissent (ou disparaissent) dans des groupes éloignés, pouvant aller jusqu’à donner l’illusion d’une parenté évolutive.

Ainsi donc, Cameron est évolutionniste mais pas tout à fait darwinien au sens moderne du terme. Poussée à l’extrême, dévoyée, cette position peut conduire à toutes les dérives comme l'” Intelligent Design ” (dessein intelligent), faux nez faussement scientifique et vraiment pervers du créationnisme, une déclinaison allégée, puisqu’il fait mine d’accepter l’évolution mais convoque des forces ” intelligentes ” pour expliquer les grandes transitions. Mais ne faisons pas ici de mauvais procès au cinéaste. Cameron est loin d’être le premier auteur de science-fiction à recréer des écosystèmes lointains troublants de ressemblances. Il a par ailleurs tous les droits du créateur ayant imaginé un monde ni trop éloigné du nôtre ni trop familier, pour nous permettre à la fois la fascination de l’étrange et l’empathie de la proximité.

En outre, même les évolutionnistes les plus célèbres, au cours du long travail de maturation qu’a été la synthèse néodarwinienne au cours du XXe siècle, ont parsemé leurs écrits de considérations similaires. Sans faire appel au surnaturel, ils ont très souvent cédé à l’idée d’une directionalité dans l’histoire de la vie.

Un des aspects les plus fascinants de l’histoire de la pensée évolutionniste, en cette année où nous célébrons Charles Darwin, est justement le chemin patient vers le rejet résolu de cette vision. Les progrès en biologie moléculaire ont permis cette mue progressive. Ils nous disent entre autres que tous les caractères transmis ne le sont pas forcément par pure adaptation, et qu’une histoire de la vie doit prendre en compte des phénomènes imprévisibles et contingents, comme la chute d’une météorite bouleversant n’importe quelle biosphère, faisant litière du déterminisme.

Les mammifères, et donc bien plus tard notre espèce, ne se seraient vraisemblablement pas développés et répandus avec autant d’efficacité si les dinosaures n’avaient pas quasiment disparu pour des raisons de cet ordre et qui n’ont que très peu à voir avec ce qu’ils avaient dans leurs gènes. Et d’ailleurs, si ces grandes tendances devaient se reproduire sur chaque planète habitable, où sont les dinosaures sur Pandora ?

En somme, Cameron nous propose un évolutionnisme mal dégrossi, qui ressemble à l’idée que s’en fait le grand public. Ce dernier accepte assez largement l’évolution, mais renâcle souvent devant son côté aveugle. Parmi d’autres, l’idée que l’espèce humaine n’est ni plus ni moins le produit du hasard et de la sélection que toutes les autres formes vivantes en choque encore beaucoup. C’est pourtant le cas, et il faut encore bien souvent convaincre qu’Homo sapiens n’est ni le but, ni le sommet, ni la perfection, ni la fin de l’évolution.

En nous faisant voyager loin, dans cette Pandora qui n’existe pas et qui s’apprête pourtant à entrer dans nos vies, Avatar nous parle aussi de nous, de nos vertiges face à notre position minuscule dans l’Univers, et des constructions imaginaires que nous échafaudons pour nous en accommoder. En ce sens, il incite à d’autres explorations, en nous-mêmes. D’autres beaux voyages.

Thomas Heams

Maître de conférences en génomique à AgroParisTech, codirecteur des Mondes darwiniens, l’évolution de l’évolution, Syllepse, 2009.

© Le Monde — 17 janvier 2010

quand les psy(chanalyste)s se dévoilent

Sorties DVD

QUAND LES PSYS SE DÉVOILENT

UN COPIEUX COFFRET RETRACE L’HISTOIRE DE LA PSYCHANALYSE EN FRANCE

Il s’agit d’un événement. La première encyclopédie vivante consacrée à la psychanalyse, ses pères fondateurs, sa raison d’être, ses influences, son mode de fonctionnement, ses défis, ses champs d’action, ses limites… L’ensemble offre 33 heures d’entretiens de Daniel Friedmann, chercheur au CNRS, avec quinze éminents psychanalystes : Isi Beller, Laurence Bataille, Jean Clavreul, Gérard Haddad, Georg Garner, André Green, Patrick Landman, Catherine Millot, Jean-Bertrand Pontalis, Eduardo Prado de Oliveira, Ginette Raimbault, Elisabeth Roudinesco, François Roustang, Jean-Paul Valabrega, Markos Zafiropoulos.

Thèmes des débats menés par Daniel Friedmann

Qu’est-ce qu’être psychanalyste ? ; La psychanalyse et l’argent, La psychanalyse et la politique, Lacan, Les thérapies comportementales… S’ensuivent des entretiens individuels avec chacune des quinze sommités. Qu’est qu’être psychanalyste ? « Les mots manquent », répond Pontalis, pour qui se poser en psychanalyste est une imposture, comme se poser en écrivain. André Green est concret : « C’est le sentiment d’appartenir à un mouvement qui représente la connaissance la plus poussée qu’on puisse avoir du psychisme humain. » Pour François Roustang, « c’est un métier… impossible (comme celui d’éduquer et de gouverner, disait Freud), car il s’agit à la fois d’établir une relation et de la modifier ». Pour Jean-Paul Valabrega, le psychanalyste est « celui qui a aptitude (rare et difficile) à écouter autrui, en renonçant à tout narcissisme ». Mais « écouter avec plus que ses oreilles », surenchérit Georg Garner, qui parle d’écouter avec son corps, de savoir écouter le silence, de « garder le silence comme un berger garde ses moutons ».

UNE SCIENCE QUI DÉRANGE

Ce travail phénoménal a été réalisé en deux temps. Daniel Friedmann a interviewé ces hommes et ces femmes en 1983, puis en 2008. Ainsi Elisabeth Roudinesco retrace-t-elle l’histoire de la psychanalyse en France depuis le début du XXe siècle, puis, vingt-cinq ans plus tard, analyse l’évolution des mentalités. Elle explique que, parallèlement au ressenti de la psychanalyse comme appartenant à une élite, s’est développée une pratique des psychothérapies par quête du bonheur, d’un nouvel individualisme lié à l’économie de marché. « La quête de soi est devenue plus importante que l’exploration de soi », dit-elle. Haï parce qu’il inventa une science qui dérange, en particulier les Eglises, voyant dans les analyses une atteinte à la morale, une libération du corps des femmes, haï par toutes les dictatures, par le communisme qui y voyait une « science bourgeoise », Freud est aujourd’hui haï par rejet de la spiritualité.

Un livret de 32 pages s’interroge sur le concept du coffret

Comment et pourquoi filmer les psychanalystes, plutôt que la pratique analytique ? Daniel Friedmann répond qu’outre l’interdit (une séance d’analyse relève du secret professionnel), il n’y a qu’une manière de comprendre ce qu’est une analyse : en faire une. Il dépeint son travail comme un portrait des analystes où le spectateur est à son tour écoute et regard.

Jean-Luc Douin

Peur ou angoisse ? Culture ou civilisation ? trois traducteurs s’expliquent

S’AGISSANT d’un auteur comme Freud, tout choix de traduction engage des enjeux non seulement linguisitiques, mais aussi théoriques et conceptuels. Nous avons demandé à trois traducteurs d’expliquer leurs options, en prenant un exemple : le livre de Freud intitulé Das Unbehagen in der Kultur (1930). François Robert appartient au comité éditorial qui supervise la parution des Œuvres complètes de Freud aux Presses universitaires de France, où ce texte a été publié en 1994 sous le titre Le Malaise dans la culture. Deux nouvelles traductions paraissent ces jours-ci : chez Garnier-Flammarion, Dorian Astor a conservé le même titre ; au Seuil, Bernard Lortholary a préféré, quant à lui, Le Malaise dans la civilisation. Entretiens croisés.

Comment envisagez-vous l’avenir du texte freudien, à présent que chacun peut en publier une nouvelle traduction ?

Bernard Lortholary : À chaque fois qu’on publie une nouvelle traduction d’un grand écrivain, cela augmente mécaniquement son audience, et cela offre aussi à ceux qui le connaissent déjà un matériau qui nourrit l’échange, la réflexion. Pour Freud, c’est une chance d’échapper à la pierre tombale jargonnante qui a jusqu’ici dissuadé le grand public de le lire, alors même qu’il écrit un allemand tout à fait fluide, et qu’il mérite d’être traduit de façon limpide. Or il l’a essentiellement été par des gens qui connaissaient mieux la psychanalyse que l’allemand. Il s’y sont attelés avec un incontestable courage, mais sans réelle compréhension de la langue.

Dorian Astor : Cette concurrence des traductions permet un travail critique qui oblige à revenir au texte. En France, l’œuvre freudienne a longtemps été enfermée dans une forteresse psychanalytique qui prétendait détenir sa vérité. Il y avait l’idée que, si l’on n’était pas psychanalyste, on ne pouvait pas traduire Freud. Or dire qu’une traduction est définitive, c’est un réflexe totalitaire. Pour ma part, je suis germaniste, traducteur littéraire, et je refuse de me battre avec les psychanalystes sur le terrain de l’orthodoxie. Mais je peux les affronter sur le terrain de la langue…

François Robert : Nous attendons la confrontation avec sérénité. Toute nouvelle traduction est la bienvenue. Mais attention, il ne faut pas régresser. Chacun peut proposer une traduction qu’on dira plus ” lisible “, mais l’important est de ne pas revenir en arrière en nivelant tout, au mépris de la rigueur théorique. Notre équipe travaille sur l’ensemble des œuvres. Il est plus facile de dire ” allez, je vais traduire Malaise dans la culture ! “, ponctuellement, sans se préoccuper de savoir si tel ou tel terme revient dans un autre livre. On nous a beaucoup reproché de chercher à uniformiser le vocabulaire de Freud. Mais notre but est d’abord de faire apparaître des discontinuités et des continuités dans cette langue qui est faussement simple, car Freud a une manière très spécifique de conceptualiser les mots. Il faut en tenir compte. La diversité, oui ; l’éclectisme, non !

Pourquoi avoir choisi de traduire Das Unbehagen in der Kultur par Malaise dans la civilisation ou par Malaise dans la culture ?

Bernard Lortholary : La langue allemande dispose des deux termes, “ Kultur ” et ” Zivilization “. Quand on traduit, il faut toujours se demander : ce texte, de quoi il parle, à quelle date, et à qui s’adresse-t-il maintenant ? Freud parle du malaise engendré par la civilisation. Mais il écrit à un moment où les idéologues accusent la ” Zivilisation ” d’être française, voire juive, par opposition à la ” Kultur ” allemande. Il met les pieds en terrain miné. Nous n’en sommes plus là. Aujourd’hui, si un journal titre ” Malaise dans la culture “, on se dit : ah, Frédéric Mitterrand doit avoir de gros soucis… Le terme ” culture ” a été réquisitionné par ce sens institutionnel. Donc, j’ai choisi Malaise dans la civilisation.

Dorian Astor : Il y a ici un jeu de miroirs. En allemand, le mot “ Kultur ” est mélioratif, il signifie supérieur. En français, c’est plutôt ” civilisation ” : on ne parle pas de civilisation papoue, mais de culture papoue. Dans L’Avenir d’une illusion, Freud dit : ” Je dédaigne de faire la différence entre Kultur et Zivilization. ” À partir de là, il faut savoir comment les choses s’articulent conceptuellement. Freud est l’héritier d’une philosophie où l’on oppose nature et culture. Pour lui, tout ce qui éloigne l’homme de la nature est un fait culturel. Utiliser le terme ” civilisation ” pour traduire le titre, ce serait en revenir au vieux sentiment de supériorité français façon années 1930. J’ai opté pour Malaise dans la culture.

François Robert : La distinction Kultur/Zivilization appartient à l’univers de pensée allemand. Pourtant, il est possible d’importer le concept de Kultur dans la traduction, où ce mot va prendre une nouvelle acception, parfaitement cohérente avec celle qu’il a aujourd’hui en français. ” La culture est édifiée sur le renoncement pulsionnel “, répète Freud. Telle est l’opposition pertinente chez lui. Si on traduit par ” civilisation “, on perd donc le sens nouveau que Freud a donné au mot ” Kultur ” : la grande nouveauté freudienne, c’est d’assimiler la nature à la pulsion, et la culture à son refoulement.

Pourquoi avoir choisi de traduire le mot allemand ” Angst ” par ” angoisse ” ou par ” peur ” ?

Bernard Lortholary : Souvent, en traduction, il n’y a pas de solution idéale, on doit choisir la moins mauvaise. D’abord, il faut éviter ce qu’a fait l’équipe des œuvres complètes : parce que l’allemand dit ” das Kind hat Angst vor dem Pferd “, ils traduisent ” l’enfant a de l’angoisse devant le cheval “. Sous prétexte de cohérence terminologique, on écrit des choses ridicules. Le mot “ Angst ” recouvre un sens large, depuis la peur de ceci ou cela jusqu’à l’angoisse existentielle. Il faut donc se résoudre à ne pas toujours traduire par le même mot : j’ai choisi tantôt ” peur “, tantôt ” angoisse “. Le contexte donne la solution.

Dorian Astor : La distinction que le français opère entre ” angoisse ” et ” peur ” n’existe pas en allemand. J’ai donc choisi ” peur “, afin de garder la généralité du terme. Par ailleurs, l’angoisse se définit comme une peur dont on ignore l’objet. Freud dit que l'” Angst ” se cache derrière tous les symptômes. Parler d’une ” angoisse inconsciente “, comme le font certains traducteurs, n’a pas de sens. Ce qui est inconscient, c’est l’objet de la peur. Un enfant dit ” j’ai peur “, il ne dit pas ” je suis angoissé “. Et de quoi mon chéri ?, lui demande-t-on. ” Je sais pas “…

François Robert : Chez Freud, la théorie de l’angoisse présuppose qu’on puisse parler d'” angoisse inconsciente “, comme on parle de ” culpabilité inconsciente “. Ce n’est pas le traducteur qui est en cause, c’est Freud lui-même ! Quand on dit ” Ich habe Angst vor “, on est tenté de traduire par ” j’ai peur de “. Mais Freud vient toujours compliquer les choses. Il faut prendre le risque d’une périphrase, pour montrer comment le concept se déploie. Lorsque le petit Hans dit ” j’ai peur du cheval “, Freud explique que c’est de l’angoisse (” Angst “) et non de la peur (” Furcht “). Si vous passez indistinctement de l’une à l’autre, vous perdez la richesse de la théorie. Il faut donc dire que Hans ” a de l’angoisse devant le cheval “. Il y a une grande différence entre le sens courant d’un mot et celui que Freud lui donne. Il est piégeant, vous savez !

Propos recueillis par Jean Birnbaum


Un même extrait, des versions différentes

Peut-être est-il opportun de remarquer ici que le sentiment de culpabilité n’est au fond rien d’autre qu’une variété topique de l’angoisse ; dans ses phases tardives, il coïncide tout à fait avec l’angoisse devant le sur-moi. Et dans l’angoisse les mêmes extraordinaires variations se rencontrent dans son rapport à la conscience. D’une manière ou d’une autre, l’angoisse se cache derrière tous les symptômes, mais tantôt elle accapare bruyamment la conscience, tantôt elle se dissimule si parfaitement que nous sommes obligés de parler d’angoisse inconsciente, ou – si nous voulons garder plus pure notre conscience morale de psychologue, puisqu’en en effet l’angoisse n’est au premier chef, il est vrai, qu’une sensation – , de possibilités d’angoisse.”

Le Malaise dans la culture, PUF-“Quadrige”, traduction de l’équipe éditoriale en charge des Oeuvres complètes, p. 78-79.

____________________

“Peut-être est-il bienvenu de faire remarquer ici que le sentiment de culpabilité n’est au fond qu’une dégénérescence topique de la peur, dans ses phases ultérieures il coïncide tout à fait avec la peur du surmoi. Et dans la peur se révèlent les mêmes extraordinaires variations du rapport à la conscience. D’une certaine façon, la peur se cache derrière tous les symptômes, mais tantôt elle accapare la conscience avec bruit, tantôt elle se cache si parfaitement que nous sommes obligés de parler d’une peur inconsciente, ou – si nous voulons garder plus pure notre conscience de psychologue, car la peur n’est d’abord, il est vrai, qu’une sensation – de possibilités de peur.”

Le Malaise dans la culture, Garnier-Flammarion, traduction de Dorian Astor, p. 163.
____________________

“Peut-être serait-ce ici le bon moment de remarquer que le sentiment de culpabilité, au fond, n’est rien qu’une forme topique d’angoisse, sous ses formes ultimes il coïncide entièrement avec la peur du Surmoi. Et, s’agissant de l’angoisse, les mêmes variations extraordinaires se manifestent par rapport à la conscience claire. D’une certaine façon, l’angoisse est derrière tous les symptômes, mais tantôt elle réquisitionne à grand tapage la conscience entière, tantôt elle se cache si parfaitement que nous sommes forcés de parler d’angoisse inconsciente ou bien – si nous tenons à avoir meilleure conscience vis-à-vis de la psychologie, car enfin l’angoisse n’est d’abord qu’une sensation – de possibilités d’angoisse.”

Le Malaise dans la civilisation, Points “essais”, traduction de Bernard Lortholary, p. 155.


8 janvier 2010 © Le Monde

Un même extrait, des versions différentes… La guerre des éditeurs au format poche

LA GUERRE des Freud est déclarée !

Désormais dans le domaine public, l’œuvre du père de la psychanalyse attise les convoitises éditoriales. C’est pour les sciences humaines ” un événement comparable à la fin des droits d’auteur pour Proust en littérature “, estime Michel Prigent, patron des Presses universitaires de France (PUF), qui revendiquent la place de premier éditeur de Freud en France. ” Il va y avoir une véritable redistribution des cartes, et la question des traductions redevient centrale “, poursuit-il. Aux PUF, Freud représente aujourd’hui 10 % du chiffre d’affaires. La maison s’est mise en ordre de marche pour défendre sa part de marché. ” Je préfère les traductions de notre équipe dirigée par Jean Laplanche, mais j’attends avec impatience celle de Jean-Pierre Lefebvre au Seuil “, précise encore Michel Prigent. À côté de la poursuite des œuvres complètes qui devrait se terminer en 2014 ou 2015, les PUF ont lancé une offensive en ” Quadrige “, la collection de poche maison, avec la parution de douze titres en janvier, qui seront suivis d’autres au cours de l’année.

Car c’est au format de poche, et dans un certain désordre, que se joue cette bataille entre éditeurs. “ La disponibilité immédiate et le prix sont les deux clés du succès “, reconnaît Eric Vigne, qui dirige ” Folio Essais ” chez Gallimard. Dès janvier, l’éditeur affichera quinze titres en poche, dont cinq nouvelles reprises de l’édition courante. ” Freud est un auteur qui tourne très bien “, avoue-t-il. Chez Gallimard, le titre phare demeure Sur le rêve, qui, depuis vingt ans, s’est écoulé à 321 000 exemplaires.

” Pas question de se laisser manger la laine sur le dos par les autres éditeurs “, avertit de son côté Benoîte Mourot, directrice générale de Payot, qui peut se targuer d’être l’ “éditeur historique de Freud”. Huit titres sont présents en ” Petite bibliothèque Payot “, dont deux nouveautés (voir ci-contre) et une réédition actualisée : Cinq leçons sur la psychanalyse, leur texte le plus célèbre et le plus vendu. ” Le titre lui-même est une trouvaille de Gustave Payot, qui l’a inventé lors de la première publication, en 1921 “, précise-t-elle.

Pour ces trois éditeurs, qui se partageaient jusqu’à présent l’œuvre de Freud, l’impératif est d’occuper le terrain avant l’arrivée des nouveaux entrants. Ceux-ci ne sont pour l’instant qu’au nombre de deux : Le Seuil et Flammarion. Editeur de Lacan, Le Seuil est attendu avec intérêt sur ce terrain. Deux des trois premiers titres sont publiés en ” Points “. Quant aux éditions Flammarion, elles publient d’ores et déjà un volume en ” GF “, et l’éditrice Sylvie Fenczak annonce, à partir du mois de mai, ” une quinzaine de titres dans la collection “Champs”, avec, au centre du projet, le traducteur Fernand Cambon “.

Alain Beuve-Méry

8 janvier © Le Monde

Élisabeth Roudinesco espère un Freud “dépoussiéré du dogmatisme des analystes”

Sud Ouest Dimanche , 10 janvier 2010. Le grand entretien.

Freud sur la place publique

Christophe Lucet in L’ENTRETIEN DU DIMANCHE : depuis le 1er janvier, les textes du père de la psychanalyse sont libres de droits. Pour Élisabeth Roudinesco, c’est l’occasion de le libérer des “freudologues”. Elle espère un Freud “dépoussiéré du dogmatisme des analystes “.

CL. Sigmund Freud est mort en 1939. Libres de droits désormais, ses œuvres vont pouvoir être retraduites. Quelle est la portée de l’événement ?

Élisabeth Roudinesco. Considérable. C’est un moment de liberté. Freud va enfin échapper à l’emprise des seuls psychanalystes ! J’attendais ce moment depuis des années. Jusqu’ici, l’IPA (l’Association internationale de psychanalyse) (1), était, de facto, seule habilitée à recruter des traducteurs. Or l’IPA est devenue corporatiste. Elle a fait de Freud, pour la France, l’otage des “freudologues” : pour eux, Freud ne parle pas l’allemand mais le “freudien”.

CL. Une aberration ?

ER : Bien sûr ! Freud a inventé des concepts mais pas une nouvelle langue. Et cet avis est unanime. Non seulement Freud parle un allemand limpide mais il est facile à traduire. Rien à voir avec Hegel ou Heidegger, dont les textes, souvent obscurs et compliqués, posent de vraies difficultés de traduction. Ne parlons pas de Lacan, un vrai casse-tête dans toutes les langues ! Freud, lui, ne pose pas de problèmes, sauf quand les psychanalystes s’instaurent traducteurs.

CL. Mais enfin, la psychanalyse, à laquelle vous avez consacré un dictionnaire, est un langage en soi…

ER : C’est vrai mais, en français, l’unification des concepts est terminée. Freud peut parfaitement être traduit par un auteur littéraire qui ignorerait la psychanalyse. Il suffit à celui-ci de se procurer le  Vocabulaire de la psychanalyse de Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis, ou le Dictionnaire de la psychanalyse (co-auteur Michel Plon) pour savoir que les mots que Freud utilise, par exemple pour parler des variétés du désir. Il sait que Unbewusst se traduit par inconscient et pas par inconnu. Et voilà longtemps que pulsion n’est plus traduit par instinct, comme faisaient les premières traductions françaises de Meyerson ou Marie Bonaparte, qui étaient par ailleurs très bonnes.

CL. Sa préemption par les psychanalystes a-t-elle éloigné Freud de ses lecteurs français ?

ER : Non. Il continue de bien se vendre grâce aux très bonnes traductions de Gallimard, toutes en collection Folio (15 volumes). Elles sont l’œuvre des meilleurs germanistes, réunis par Pontalis. En revanche, les traductions des PUF (2), l’autre éditeur de Freud, sont catastrophiques.

CL. Pourquoi ?

ER : Parce qu’elles ont révisé les textes en « freudien ». Les traducteurs réunis par Laplanche étaient soit psychanalystes, soit formés à la « freudologie ». Ils font d’excellentes préfaces et notes. Mais, quand on se met à trente pour traduire puis réviser des textes, on les déshumanise et on produit du charabia. Il y a des fautes de syntaxe. Les auteurs, qui ne sont pas écrivains, ne sont pas relus par des correcteurs. Or la traduction, ce sont des humains qui lisent un texte, pas des ordinateurs.

CL. La brouille Laplanche-Pontalis explique-t-elle l’absence en France d’une édition de référence, comme il en existe une en anglais ?

ER : Oui. Les deux psychanalystes qui avaient rédigé le Vocabulaire de 1968, tous deux membres de l’IPA n’étaient plus d’accord sur la façon de traduire Freud. Ce divorce a empêché que le pays le plus freudien du monde se dote de l’équivalent de la Standard Edition anglaise de James Strachey, un chef-d’oeuvre.

Même l’édition de Freud dans La Pléiade, que j’ai proposée en 1997 en équipe avec Jacques Le Rider, le grand germaniste français, a échoué, faute d’un accord écrit de Pontalis. Le projet consistait à reprendre les traductions de Gallimard, à les réviser et à les publier en deux volumes avec de nouvelles présentations et des notes. Gallimard aurait pu, au minimum, faire une nouvelle édition dans sa collection Quarto, mais cela aussi a échoué.

CL. L’ouverture des droits, en 2010, a-t-elle ouvert les vannes à de nouvelles traductions ?

ER : Oui, et tant mieux. On va voir fleurir de petits ou grands Freud, on va mettre en collections de poche tout ce qu’on veut. Le Seuil a commencé avec une nouvelle traduction de L’interprétation des rêves  par Jean-Pierre Lefebvre. C’est un travail de longue haleine. Il faut des préfaces qui resituent l’oeuvre dans son contexte : comment elle a été reçue, ce qu’elle a de novateur, comment on interprète les rêves aujourd’hui. Il faut dépoussiérer le langage dogmatique des sociétés analytiques, et tenir compte de l’historiographie la plus récente.

CL. Les psychanalystes ne sont-ils pas capables de le faire ?

ER : Qu’ils essayent. La concurrence est ouverte. Mais la majorité des psychanalystes se sont orientés  exclusivement vers la clinique. Certains sont cultivés mais hélas ils ne sont pas assez formés à l’érudition pour un nouveau Freud moderne : ils lisent un Freud à usage des futurs cliniciens. En lisant certaines préfaces de psychanalystes, on s’aperçoit qu’ils ne s’intéressent pas aux grands travaux freudiens, notamment anglophones, et qu’ils répètent ce qu’ils ont appris dans leurs écoles autrefois. Et il y a de plus en plus de non-psychanalystes qui produisent de bons travaux sur Freud et qui sont plus compétents qu’eux en érudition car ils ont plus de temps.

CL. Est-ce que la nouvelle vague de traductions de Freud va assécher les polémiques ?

ER : Au contraire, elle va les relancer. D’abord parce que les psychanalystes vont se sentir dépossédés. Ensuite parce que les anti-freudiens vont revenir à la charge contre cet “escroc” ou ce “salaud” de Freud, comme ils disent. Je ne m’en plains pas. Car, comme Darwin ou Marx, Freud est éternel. Et il n’est pas question de tomber dans l’hagiographie. Tout grand auteur doit être mis en discussion. Mais Freud gêne toujours car il a apporté quelque chose de nouveau.

CL. Comment définir sa nouveauté ?

ER : La découverte que nous avons un inconscient, bien sûr. Mais aussi que les enfants ont une sexualité, qui est de l’ordre du désir et pas de la sexologie. Notre époque cherche les recettes du bonheur ou de la sexualité au travers de la chirurgie esthétique, de la sexologie, de la performance. Or, qu’il s’agisse de liberté sexuelle ou de transformations de la famille, Freud montre que la solution passe par le psychisme. Nous sommes à une époque où il faut à nouveau réfléchir sur qui nous sommes en termes de subjectivité.


(1) Fondée en 191O par Freud lui-même.

(2) Presses universitaires de France. Depuis 1988, les PUF se partageaient avec Gallimard les droits sur l’oeuvre de Freud. Troisième éditeur historique, Payot, non concerné par l’accord de 1988, n’a plus produit d’autres traductions depuis lors.



Propos recueillis par Christophe Lucet

Freud, une passion publique

Par Élisabeth Roudinesco — © Le Monde


Depuis le 1er janvier, l’œuvre de Sigmund Freud est libre de droits. Soixante-dix ans après la mort du maître viennois, ses textes font donc l’objet de traductions inédites, échappant désormais au seul milieu psychanalytique et à ses querelles. Ils suscitent aussi la convoitise des éditeurs, qui multiplient les parutions en poche. C’est l’occasion d’analyser les enjeux historiques et doctrinaux de cette nouvelle bataille freudienne, et de donner la parole aux traducteurs.

Freud, une passion publique

Depuis le 1er janvier 2010, les œuvres de Freud entrent dans le domaine public, devenant, soixante-dix ans après sa mort, des ” biens non susceptibles d’appropriation privée “.

À ce jour, et alors qu’elles sont partiellement traduites en une soixantaine de langues, l’établissement d’une édition intégrale (vingt volumes environ), organisée de façon cohérente et dans l’ordre chronologique, n’a été effectuée que dans cinq langues : l’allemand, l’anglais, l’italien, l’espagnol et le japonais. Les correspondances ne sont pas encore disponibles dans leur totalité, mais régulièrement traduites. Après de longues batailles, elles commencent à être accessibles à la Library of Congress de Washington où ont été déposés les manuscrits de Freud. On évalue à 15 000 le nombre de lettres écrites par lui : 5 000 ont été perdues et plus de 3 000 ont été déjà publiées ou sont en cours de traduction dans plusieurs langues.

Deux éditions complètes de l’oeuvre ont été réalisées en allemand : l’une du vivant de Freud, l’autre après sa mort. Publiées à Londres entre 1940 et 1952, les Gesammelte Werke (GW) sont devenues l’édition de référence, complétée ensuite par un index et un volume de suppléments.

La destruction de la psychanalyse par les nazis, qui a eu pour conséquence l’émigration de la majorité des freudiens allemands, autrichiens et hongrois vers les États-Unis, a été un désastre pour l’évolution du mouvement psychanalytique, mais aussi pour la publication des œuvres de Freud. En devenant américains, les psychanalystes européens, contraints à être médecins et à adopter l’idéal adaptatif de l’american way of life, se sont orientés exclusivement vers la clinique, délaissant la partie spéculative de la pensée du maître et les travaux érudits.

Jamais le mouvement psychanalytique allemand n’est parvenu, après 1945, à retrouver son ancienne splendeur : d’autant moins que les quelques freudiens non juifs, demeurés à Berlin, avaient collaboré avec le régime. Seul Alexander Mitscherlich (1908-1982) parvint à sauver l’honneur en créant à Francfort le prestigieux Institut Freud et en obligeant les nouvelles générations à réfléchir sur le passé. C’est sous son impulsion que furent mises en chantier les Studienausgaben (ou textes choisis) destinées à un public un peu plus large que celui des GW. Mais comme Freud n’est plus considéré en Allemagne comme un penseur et que son œuvre n’a guère été étudiée à l’université, elle n’est pas suffisamment lue pour qu’une nouvelle édition critique ait pu être entreprise chez Fischer Verlag, l’éditeur actuel de Freud.

Partout dans le monde, aujourd’hui, cette œuvre est donc lue en anglais. Et ce d’autant plus que la plupart des psychanalystes contemporains, inféodés à l’idéologie utilitariste venue d’outre-Atlantique, s’intéressent moins à la genèse des textes du père fondateur qu’à l’exploration des circonvolutions cérébrales. Ils ont presque oublié que celui-ci était d’abord un juif viennois, savant et écrivain, contemporain de Theodor Herzl, ami de Stefan Zweig et de Thomas Mann, héritier de la tradition philosophique allemande : un penseur des lumières sombres.

En conséquence, depuis la seconde guerre mondiale, l’International Psychoanalytical Association (IPA (1“)), fondée par Freud en 1910, est une association corporatiste, même si les Latino-Américains, plus puissants que les Européens et les Nord-Américains, résistent à cette orientation, tout en étant parfaitement anglophones.

Et pourtant, c’est au psychanalyste anglais James Strachey (1887-1967) que l’on doit la plus belle traduction de l’oeuvre de Freud : la fameuse Standard Edition (SE), dont l’appareil critique est un chef-d’œuvre. Proche de Virginia Woolf et du groupe de Bloomsbury, analysé par Freud à Vienne, Strachey a réussi à investir, par amour, l’œuvre d’un autre, au point de la faire sienne toute sa vie. Certes, la Standard a des défauts – latinisation des concepts, effacement d’un certain style littéraire -, mais elle a le mérite d’avoir unifié les concepts en anglais et elle est la seule à témoigner de ce que peut être la passion d’un traducteur. Au fil des années, elle a été révisée et corrigée. Sa qualité, liée à la domination de la langue anglaise sur le mouvement psychanalytique, a donné lieu à quelques aberrations : ainsi les Obras completas publiées en portugais au Brésil, de 1970 à 1977, ont-elles été traduites de l’anglais. Il est probable qu’avec le passage au domaine public, une nouvelle traduction pourra enfin voir le jour dans l’un des pays où la psychanalyse est une culture nationale.

La situation de la France est unique au monde. Les premiers traducteurs – Samuel Jankélévitch, Yves Le Lay, Ignace Meyerson, Blanche Reverchon-Jouve, Marie Bonaparte – ont été excellents. Mais ils n’ont pas eu le souci d’unifier la conceptualité : les uns étaient psychanalystes, les autres philosophes ou germanistes. De son côté, Edouard Pichon, grammairien, membre de l’Action française et cofondateur de la Société psychanalytique de Paris (SPP), en 1926, créa une commission pour l’unification du vocabulaire psychanalytique français dont l’objectif était de débarrasser la psychanalyse de son ” caractère germanique ” pour en faire l’expression d’un ” génie français ” : la civilisation contre la Kultur. Au sein de la SPP, affiliée à l’IPA, la princesse Bonaparte traduisait donc les textes de Freud avec talent sans proposer de travail théorique. Contre elle, Pichon pensait une conceptualité sans traduire le moindre texte.

Durant les années 1950, un nouveau clivage se produisit quand Jacques Lacan effectua sa refonte de la pensée freudienne. Il incita ses élèves à lire Freud en allemand, actualisant du même coup l’idée d’une unification de la conceptualité, dont on trouve la trace dans le célèbre Vocabulaire de la psychanalyse (Presses universitaires de France, 1968), réalisé par Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis, sous la direction de Daniel Lagache, lequel mit en chantier aux PUF, à la même époque, un projet d’opus magnum qui ne se réalisa jamais, du fait des désaccords survenus entre les différents protagonistes.

Ayant quitté l’IPA en 1963, Lacan, installé aux éditions du Seuil, n’obtint jamais la permission de traduire certaines œuvres de Freud : les droits étaient réservés à trois éditeurs – PUF, Gallimard, Payot – et aux psychanalystes membres de l’IPA, seuls habilités à y désigner une équipe. Installé chez Gallimard, Pontalis renonça, lui, à publier des œuvres complètes, refusa tout projet de passage de Freud dans la collection ” La Pléiade ” et se contenta de faire traduire, retraduire ou réviser un grand nombre d’ouvrages dans la collection ” Connaissance de l’inconscient “. Malgré des préfaces insuffisantes, ces textes sont remarquablement traduits, notamment par Cornélius Heim et Fernand Cambon. Ils mériteraient d’être republiés, avec des commentaires et des notes adéquates, dans la collection de poche ” Quarto “, comme cela avait été prévu. Hélas, ce projet a été ajourné lui aussi.

Freudologues : parlez-vous le novfreudien ?

Mise en chantier en 1988 par une équipe composée de Jean Laplanche, Pierre Cotet, André Bourguignon (1920-1996) et François Robert, l’édition des Œuvres complètes de Sigmund Freud (OCSF) n’est pas encore achevée aux PUF, avec 15 volumes parus (sur 21) en édition courante et en poche (dans la collection ” Quadrige “). En contradiction avec l’esprit du Vocabulaire de la psychanalyse, cette édition, fruit d’un travail d’équipe et non pas d’une rencontre entre un traducteur et une œuvre, a été unanimement critiquée. Voulant se situer en symétrie inverse de Pichon, les artisans de cette entreprise ont prétendu faire retour à une sorte de germanité archaïque du texte freudien. Aussi se sont-ils donné le titre de ” freudologues “, convaincus que la langue freudienne n’était pas l’allemand mais le ” freudien “, c’est-à-dire un ” idiome de l’allemand qui n’est pas l’allemand mais une langue inventée par Freud “. Ainsi traduite en freudien, l’œuvre de Freud n’est guère lisible en français : tournures incompréhensibles, néologismes, etc. Parmi les inventions, notons ” souhait ” ou ” désirance ” à la place de ” désir ” (Wunsch), ” animique ” à la place d'” âme ” (Seele) ou de psyché, ” fantaisie ” au lieu de ” fantasme ” (Fantasie). Face d’un côté à cette version pathologique de l’oeuvre freudienne, et, de l’autre, à l’immobilisme de Gallimard, on comprend que l’entrée dans le domaine public soit en France un événement : un moment de bonheur et de liberté.

Si les traductions françaises publiées aujourd’hui sont différentes les unes des autres, elles ont pour point commun un rejet de toute théorie ” freudologique “, un retour au classicisme, un refus des dérives interprétatives. Le nouveau Freud français est désormais l’œuvre d’universitaires patentés. D’où un certain académisme : les traducteurs et commentateurs, normaliens, agrégés, professeurs de lettres, germanistes, philosophes ne se soucient guère des travaux des psychanalystes ou même des historiens du freudisme, et pas du tout des innovations issues du monde anglophone : retour à la langue de Freud, à l’allemand de Freud et à l’Europe continentale qui a vu naître la psychanalyse. Le nouveau Freud français n’est ni lacanien, ni freudien orthodoxe, ni scientiste, ni affilié à l’IPA, il est un auteur du patrimoine philologique franco-allemand, revu et corrigé à la lumière de la philosophie et de la littérature : un Freud de la République des professeurs, démédicalisé, dépsychologisé, dépsychanalysé, peu historisé. Cette perspective est très différente de celle adoptée par les Britanniques.

Puisque la Standard Edition révisée est une merveille, les responsables de la nouvelle édition anglaise ont pris un parti inverse de celui de la France. Chez Penguin, les traductions ne visent pas à corriger les erreurs du passé mais plutôt à donner une autre image de l’œuvre en l’immergeant dans l’histoire de la culture politique, des études de genre ou des débats historiographiques. Aussi bien sont-elles désormais présentées par d’excellents auteurs anglophones ayant eux-mêmes produit des travaux critiques ou historiques : John Forrester, Jacqueline Rose, Mark Edmundson, Leo Bersani, Malcolm Bowie. Adam Philips est le seul psychanalyste à faire partie de cette entreprise, mais il est aussi un essayiste iconoclaste peu apprécié de ses collègues praticiens.

Une chose est certaine en tout cas : dans le monde entier, l’édition des œuvres de Freud est désormais l’affaire des écrivains, des universitaires et des historiens. Après des décennies de querelles ou de charabia, Freud est désormais regardé, hors du milieu psychanalytique – et à l’exception notable de l’Allemagne -, comme l’un des grands penseurs de son temps. Cela ne manquera pas de provoquer de nouvelles campagnes antifreudiennes semblables à celles orchestrées depuis vingt ans par les tenants d’un comportementalisme barbare. Car il en va de Freud comme de Darwin ou de Marx. Les déferlements de haine à leur égard semblent être la preuve que leur invention touche à une vérité universelle : quelque chose comme le propre de l’homme. L’être humain est en effet le produit d’une évolution biologique, d’une détermination psychique conflitctuelle et d’un environnement social conçu en termes de classes.


Édition

TROIS ÉDITEURS sont présents pour la publication du nouveau Freud en France et d’autres se mettront sans doute au travail en 2010.

Pour l’heure, c’est au Seuil que se dessine, avec trois ouvrages, un vrai programme. Néanmoins, la présentation éditoriale de l’ensemble n’est pas encore au point : la liste des traductions antérieures n’est pas indiquée au début de chaque volume, et les deux préfaces de Clotilde Leguil, qui font de Freud une sorte de naturaliste néokantien, tranchent par leur légèreté avec le sérieux de l’entreprise.

C’est à Jean-Pierre Lefebvre, éminent germaniste, titulaire de la chaire de littérature allemande à l’Ecole normale supérieure (Paris), traducteur de La Phénoménologie de l’esprit d’Hegel et du Capital de Marx, qu’a été confiée la supervision des trois traductions, sans que l’on sache encore quels autres volumes paraîtront. Lefebvre donne une version magistrale de l’ouvrage majeur de Freud, L’Interprétation du rêve (Die Traumdeutung). On retrouve ici comme ailleurs tous les termes qui avaient été évacués par le couperet ” freudologique ” : désir, fantasme, psyché, etc. Cette traduction devrait être désormais l’édition de référence, puisque celle de Meyerson de 1926, révisée par Denise Berger en 1967, n’est plus disponible aux PUF et a été remplacée par la version ” freudologique ” (OCSF, t. IV). Non seulement les annotations de Lefebvre tiennent compte de l’appareil critique de la Standard, mais le parti pris bibliographique est audacieux. Seuls sont retenus les ouvrages cités par Freud au fil des sept rééditions de ce texte, publié en novembre 1899. Un délice pour les érudits.

Politique freudienne

– Tout aussi remarquable est le travail de Bernard Lortholary, qui a choisi pour Das Unbehagen in der Kultur (1930) de traduire kultur par ” civilisation ” : Le Malaise dans la civilisation (lire page de droite). Moins bonne, mais honorable, est la traduction de Totem et tabou (1912-1913) par Dominique Tassel.

– Chez Garnier-Flammarion, Dorian Astor, excellent traducteur, a choisi le mot ” culture ” : Le Malaise dans la culture. Dans sa présentation, presque aussi longue que le texte de Freud, Pierre Pellegin, spécialiste d’Aristote, livre une analyse serrée de ce que devrait être une politique freudienne face au malaise civilisationnel des sociétés postmodernes : ni hédonisme ni réaction conservatrice.

– Chez Payot, on trouvera une traduction inédite du cas Dora (Ida Bauer) et deux versions révisées de plusieurs textes. Si l’ensemble est correct, deux des présentations sont extravagantes. Sylvie Pons-Nicolas explique que l’exposé par Freud du cas Dora est une ” observation magistrale “, alors que tous les spécialistes savent que cette cure fut un échec, reconnu par Freud lui-même. Quant à Jean Maisondieu, il semble convaincu que les oublis et les lapsus seraient le signe avant-coureur, pour chacun d’entre nous, de la présence d’une future maladie Alzheimer.

Plutôt que de frissonner, en opposant les neurones à l’inconscient, mieux vaut lire le texte de Freud. On y découvrira qu’en visitant la cathédrale d’Orvieto, après avoir oublié le nom de Signorelli, il avait su réinventer l’art du voyage romantique en Italie : quel plaisir pour le lecteur d’aujourd’hui !

– Aux éditions du Seuil :

L’Interprétation du rêve
, traduit, annoté et présenté par Jean-Pierre Lefebvre, 696 p., 25 €

Totem et tabou, traduit par Dominique Tassel, présenté par Clotilde Leguil, ” Points “, 302 p., 7 € ;

Le Malaise dans la civilisation
, traduit par Bernard Lortholary, présenté par Clotilde Leguil, ” Points “, 176 p., 6,30 €.

– Chez Garnier-Flammarion :

Le Malaise dans la culture
, traduit par Dorian Astor, présentation, dossier et notes de Pierre Pellegrin, 216 p., 4,80 €, en librairie le 20 janvier.

– Dans la Petite bibliothèque Payot :

Cinq leçons sur la psychanalyse, suivi de Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique, traduction d’Yves Le Lay et Samuel Jankélévitch, révisée par Gisèle Harrus-Révidi, présenté par Frédérique Debout, 204 p., 6 € ;


Dora. Fragment d’une analyse d’hystérie
, traduit par Cédric Cohen-Skalli, présenté par Sylvie Pons-Nicolas, 228 p., 8 € ;

Mémoire, souvenirs, oublis, traduction d’Yves Le Lay et Samuel Jankélévitch, révisée par Gisèle Harrus-Révidi, présenté par Jean Maisondieu, 188 p, 7,50 €.


Élisabeth Roudinesco
© Le Monde

  • 1 AIP en français, l’Association internationale de psychanalyse. Nous nous refusons d’acronymer en anglais ! Note de la Rédaction du site.

Psychologie clinique ravagée par l’expertise

Oui ces sigles ne disent rien à ceux qui ne sont pas de la partie. Ces sigles disent simplement que des professeurs en psychologie par ailleurs psychanalystes (SIUEERPP) et psychiatres, répondent à la guerre que leur ont déclaré les experts d’une agence d’évaluation (AERÈS), au nom d’âneries sans non comme l’Impact Factor, dont nous vous avons déjà souvent entretenus ici.

Nous avons bien de la chance, nous autres simples psychothérapeutes relationnels, de ne pas avoir affaire à ce genre de persécution administrativo politique, de ne pas vivre de cauchemar universitaire positiviste. Les psychanalystes qui avaient pensé naguère tirer leur épingle du jeu en jouant celui de nos persécuteurs du temps du Groupe de contact et de l’accusation de charlatanerie portée contre nous, se retrouvent iniquement traités à leur tour, bien plus tôt qu’ils auraient pu le prévoir.

Le professeur Maleval a toujours soutenu notre combat. Nous soutenons le sien. Il n’est pas bon pour la France de jouir d’une université brillant par sa stupidité. Il n’est pas bon pour le Carré psy d’assister à la tentative de démantèlement de pans entiers de savoir relatif au processus de subjectivation. Il n’est pas bon pour le public de voir mettre à mal des secteurs entiers de la recherche universitaire en sciences humaines cliniques.

Structurellement abrités de la destructivité des experts zélateurs de la scientistique, nos Écoles continueront de développer leur enseignement, recherche et transmission indépendants, couverts par le mépris de n’être pas universitaires. Secteur paradoxalement protégé, nous continuons d’accueillir et nourrir la pensée psychanalytique et néo-humaniste, une réflexion et clinique libres dans le domaine du processus de subjectivation.

Et nous continuerons d’appuyer le juste combat des professeurs de psychologie clinique aux prises avec les fonctionnaires d’Ubu.

Philippe Grauer


Pourquoi la liste de revues promue par l’AERES pour évaluer les publications des chercheurs en psychologie est-elle inéquitable et inacceptable ?

Parce que leur activité réelle de recherche, quand elle se traduit par la publication d’articles, n’est prise en compte que de façon marginale.

Prenons deux exemples sommaires, mais indicatifs de l’essentiel, ceux de deux universitaires cliniciens, appartenant à deux universités différentes, reconnus par leurs pairs (Professeurs 1re classe), ayant une certaine notoriété nationale (20 livres publiés pour l’un, 5 pour l’autre) et internationale, attestée par 28 articles en langues étrangères pour l’un, 33 pour l’autre, par des traductions de certains de leurs ouvrages, et par la participation à plusieurs ouvrages collectifs. L’un a commencé à publier en 1975, l’autre en 1977. Quelle est la part de leur production réelle d’articles actuellement prise en compte par la liste des revues AERES pour le domaine Psychologie-Éthologie-Ergonomie, mise à jour le 14-10-2009 ?
8, 84 % pour l’un ; 17, 21 % pour l’autre.
Pour le premier 10 articles évaluables sur 113 publiés.
Pour le second 26 articles évaluables sur 151 publiés.
(Dans les deux cas en négligeant certaines revues trop confidentielles).

On constate que la majeure partie de l’activité réelle de publication de ces chercheurs (91,12% et 82,79 % ) est ignorée de ceux qui prétendent l’apprécier avec pertinence. Quant à la plupart de leurs articles évaluables, ils ont été publié dans des revues au facteur d’impact « non déterminé », plus rarement « modéré », jamais au-delà. Malgré cela les deux enseignants-chercheurs sont parvenus à franchir les différentes étapes d’une carrière normale. Qu’en conclure? Que les évaluations antérieures étaient mieux adaptées? ou que les cliniciens doivent publier beaucoup plus que leurs collègues pour obtenir de leurs pairs une reconnaissance équivalente?

Bref, bien que leurs travaux possèdent une reconnaissance internationale (nombreux livres, chapitres d’ouvrages et articles traduits en plusieurs langues) de tels chercheurs constituent un handicap pour l’évaluation de leurs équipes de recherche. Bien entendu, dans ces conditions, en ce qui concerne les conséquences de l’évaluation des travaux de collègues plus jeunes, il faudrait trouver un mot plus fort que handicap.

Que l’on compare avec les enseignants-chercheurs qui situent leurs travaux dans le paradigme des sciences cognitives, ceux-là atteignent à des taux avoisinant 70% quant à la prise en compte de l’évaluation de leur production d’articles, lesquels sont de surcroît publiés dans des revues dont les facteurs d’impact sont plus élevés. On compare pourtant sans vergogne les uns et les autres.

Notons le paradoxe selon lequel les cliniciens publient en moyenne plus que les chercheurs du paradigme cognitiviste sans que cela ait une incidence positive sur leur évaluation. Il s’agit d’un effet de cultures éditoriales différentes méconnu par l’AERES.

Ceux qui imposent une évaluation méthodique, en elle-même fort contestable, ont pour premier devoir de la rendre équitable. Or la manière d’évaluer actuellement les productions d’articles des deux paradigmes, clinique et cognitif, est sans commune mesure. Elle est si disproportionnée, qu’accepter ou refuser l’évaluation de l’AERES n’est même plus un choix pour les cliniciens : dans les deux cas l’issue les concernant ne peut être que péjorative. Par la pré-évaluation de la psychologie clinique à laquelle procède la liste actuelle de l’AERES, chacun sait qu’elle est porteuse d’un projet de mort pour cette sous-discipline. Dans de telles conditions comment l’AERES peut-elle prétendre chercher à être “consensuelle”? L’inégalité d’évaluation méconnue entre sous-disciplines peut parfois n’être pas moindre que celle reconnue entre disciplines.

Pourquoi une telle situation ? Par la vertu d’une liste contraignante de revues édictée par des commissions dans lesquelles les cliniciens étaient soit minoritaires, soit non représentatifs de leur communauté. La liste actuelle de revues de l’AERES ignore la spécificité du champ clinique. Procéder à un nouveau toilettage de celle-ci serait sans effet : le gouffre entre l’évaluation des deux paradigmes resterait béant. Ce sont les critères mêmes qui doivent être reconsidérés. Les revues du champ clinique n’ont pas la même culture, ni les mêmes fonctionnements, ni les mêmes diffusions, ni les mêmes langues dominantes que celles de l’autre paradigme. (Ci-joint une liste de 56 revues dans laquelle les deux chercheurs pris en exemple ont publié. Une majorité de celles-ci devrait être considérée comme évaluable pour que dans leurs cas soient rétablis les équilibres – liste qui serait bien entendu à compléter et qui ne vise pas à être représentative.)

Pourquoi une sur-représentation écrasante (90% !) des revues anglo-saxonnes dans la liste Psychologie-Ethologie-Ergonomie? Au nom de l’impact factor, dont chacun reconnaît pourtant la niaiserie, mais qui reste déterminant dans la constitution de la liste, et dans le classement interne des revues. Il aboutit à faire équivaloir la diffusion de la langue anglaise avec la qualité des revues. Or le paradigme positiviste qui prévaut dans leurs comités de lecture oppose un filtre épais aux publications du champ clinique. La situation est très différente dans les revues de langue espagnole et portugaise. Une évaluation “consensuelle” de la psychologie clinique ferait à ces dernières une place beaucoup plus large. Pour les deux chercheurs considérés, ils publient quatre fois plus en espagnol et en portugais qu’en anglais (29 articles contre 7). Plusieurs de leurs livres sont traduits en espagnol et portugais, voire en italien ou en grec, aucun en anglais.

En psychologie clinique, la situation actuelle est comparable à celle qui imposerait à des historiens des critères issus de la physique. Dans ces conditions soit une rupture s’effectue, soit l’évaluation se discrédite.

Un pas décisif ne peut passer que par l’élaboration de critères nouveaux adaptés au champ considéré.

Un indice de leur acceptabilité serait qu’ils prennent en compte une majorité des revues de la liste ci-jointe. Par exemple en se fondant sur l’ancienneté de la revue, sur le nombre de numéros déjà publiés, attestant ainsi d’un certain champ de diffusion. De surcroît un rééquilibrage des langues est incontournable : est-il légitime de considérer que les articles produits en français, en espagnol et portugais représentent moins de 4% de la recherche en psychologie ! Sachant que le paradigme clinique y trouve son champ majeur d’expression, ce chiffre donne un nouvel indice de l’incommensurabilité d’évaluation des deux paradigmes. Une authentique représentativité des divers courants de pensée du champ clinique ne pourrait être obtenue qu’en minimisant le poids de l’idéologie positiviste véhiculée par la recherche anglo-saxonne. Les évaluateurs se défendent de tout choix idéologique, arguant d’une impartialité, alors qu’ils la prouvent !

Bref, pour sortir de la situation actuelle, nous demandons :

– l’élaboration d’une liste de revues par les cliniciens eux-mêmes, en fonction de critères propres à leur sous-discipline.

– la scission de la 16e section du CNU, ou sa division en deux sous-disciplines, comme cela existe déjà en d’autres sections.

MALEVAL J.-C.
Professeur de psychologie
clinique à Rennes 2
Membre du SIUEERPP
.
SAURET M.-J.
Professeur de psychologie
clinique à Toulouse 2
Membre du SIUEERPP


P.S. Exemple d’une liste de revues ignorées (56) pouvant accueillir des publications du champ clinique :

1. Analysis . Australian Center for Psychoanalysis. Melbourne.
2. Ancla. Universidad de Buenos-Aires.
3. Annales de Médecine Interne.
4. Apertura. Cuadernos de Psicoanalisis. Barcelona.
5. Archives de Sciences sociales des religions.
6. Capiton. Caracas. Venezuela.
7. Che vuoi ? Revue de psychanalyse.
8. Clinica y pensamiento
9. Confluencias. Barcelona.
10. Confrontations psychiatriques.
11. Connexions.
12. Cuadernos de Psicoanalisis. Bilbao.
13. Desde ell Jardin de Freud.
14. Essaim. Paris.
15. Estudos e Pesquisas em Psicologia. UERJ, Rio Janeiro.
16. Etudes psychothérapiques.
17. Freudiana. Revista psicoanalitica publicada en Barcelona.
18. Filigranne, Ecoutes psychothérapiques, Santé mentale au Québec.
19. Hurly-Burly. The International Lacanian Journal of Psychoanalysis.
20. Jahrbuch für klinische Psychoanalyse.
21. L’information psychiatrique.
22. L’ippogrifo. (Italie)
23. La Cause freudienne. Revue de psychanalyse.
24. La Clinique lacanienne.
25. La petite girafe. Revue de la Diagonale francophone du nouveau réseau CEREDA.
26. La Règle du jeu. Revue Littérature/Philosophie/ Politique/Arts. Paris.
27. Latusa. Rio de Janeiro.
28. Le Nouvel Âne. Paris.
29. Les feuillets du Courtil. Belgique.
30. Les Temps Modernes. Paris.
31. Malentendido. Buenos-Aires.
32. Médecine. De la médecine factuelle à nos pratiques. John Libbey Eurotext.
33. Mental. Revue Internationale de Santé mentale et de Psychanalyse appliquée.
34. Nervure. Revue de psychiatrie.
35. Ornicar? Revue du champ freudien.
36. Opçao lacaniana, Revista Brasileira Internacional de Psicanalise.
37. Pas tant, Revue de la Découverte Freudienne, Toulouse.
38. Préliminaire. Bruxelles.
39. Psicologia USP (Instituto de Psicologia de Sao Paulo)
40. Psychanalyse.
41. Psychiatries.
42. Psychoanalytical Notebooks of the London Circle.
43. Psychologie clinique.
44. Psychologie Médicale.
45. Quarto. Revue de psychanalyse. Belgique.
46. Raison Présente.
47. Revista de la Asociacion Espanola de Neuropsiquiatria.
48. Question d’orientation. Revue de l’ACOP France. (Association des Conseillers d’orientation psychologues).
49. Revue des Collèges cliniques du Champ lacanien.
50. Revue québécoise de psychologie.
51. Revue Internationale de Criminologie et de Police Technique et Scientifique.
52. Stylus, Revista de psicanalise
53. Synapse. (France).
54. Sud/Nord – Folies & cultures, Revue internationale.
55. Trazos, Departamento de Psicologia, Universidad de Antioquia.(Colombie).
56. Vertex. Revista Argentina de psiquiatria.