La psychanalyse soluble dans la science ?

COMMUNIQUÉ DU MOUVEMENT UNIVERSITAIRE POUR LA PSYCHANALYSE.


Ce qui est bon pour la General Motors est bon pour l’Amérique, avait-on coutume d’entendre dire dans les années 30 outre-atlantique. La GM a connu récemment bien des tracas et l’on ne saurait jurer que l’adage reste vérifié. Par contre ce qui est bon pour la psychanalyse le demeure pour la psychothérapie relationnelle, à charge de vérifier la réciprocité de la proposition.

Le professeur Maleval nous fait part d’un des derniers hauts méfaits de l’AERÈS, dont fort heureusement nous ne dépendons pas car pour en dépendre il faut commencer par solliciter les services d’évaluation à tout va de l’Agence. Mais la proclamation de l’existence nouvelle d’arcanes administratifs permettant aux pouvoirs publics de s’immiscer dans le débat sur l’épistémologie des sciences, particulièrement les humaines, au point de se prononcer sur leur degré de scientificité, constitue une nouveauté qui en effet mérite d’être saluée.

On approche dans le ridicule le fameux scientifiquement reconnu qui sert de mot de passe à l’Association européenne de psychothérapie et nous a convaincus de n’en point être. Nous ne relevons pas du CNU (1“) mais observons avec intérêt la tendance scissionniste au sein de la 16ème Section, qui départagerait les expérimentalistes des cliniciens — ces derniers étant proches de la psychanalyse donc de nous en vertu de notre communauté d’ordre épistémologique voici la cause de notre intérêt et solidarité.

Et puis un bref rappel au passage de la question de la scientificité des disciplines du processus de subjectivation ne fera de mal à personne et Jean-Claude Maleval est homme à ne pas se laisser impressionner par le popperisme appliqué mécaniquement à des domaines qu’il ne saurait concerner. La question de savoir en quoi une science humaine est scientifique renvoie à tout autre chose que la validation formaliste cherchant à établir si l’on peut ou non falsifier la théorie de l’inconscient, des pulsions ou du champ. Il demeure qu’il faut rappeler au super évaluateur Swendsen que sa propre science en matière d’évaluation reste courte, trop courte par principe pour étayer de son autorité celle de l’Agence chargée de régir rondement l’univers quelque peu complexe des sciences humaines cliniques.

Philippe Grauer


Par un mail diffusé sur la liste «Kamel Gana», le 25 novembre 2009, M. Swendsen annonce une bonne nouvelle : la psychanalyse est maintenant soluble dans la science. Il ne conçoit aucune difficulté à la soumettre à « une évaluation scientifique rigoureuse ». Les experts de l’AERES, nommés par le Ministère, ont donc résolu le difficile problème de savoir ce qu’est une science et disposent de critères pour le mesurer. Pourquoi gardent-ils cachées de telles découvertes qui jusqu’alors résistaient aux recherches des meilleurs épistémologues ? Ils semblent aussi avoir conclu sur une autre difficulté largement débattue : la science est-elle le seul mode de connaissance possible ? Des avancées aussi considérables ne sauraient rester réservées à quelques initiés : ils doivent maintenant les porter sur la place publique.

On peut espérer qu’ils auront mieux à nous proposer que le critère poppérien de falsifiabilité dont le caractère peu probant a été maintes fois démontré. Rappelons qu’aucune expérience ne peut s’avérer décisive pour réfuter une théorie. D’une part, parce que ce n’est jamais qu’un énoncé déterminé qui est comparé aux faits, et non la théorie elle-même, or l’on ne saurait évaluer tous les énoncés par rapport à l’expérience; d’autre part, plus important encore, si les faits observés ne confirment pas la théorie, la démarche initiale du savant n’est pas de l’abandonner, mais de la compléter par de nouvelles hypothèses. Les irrégularités factuelles par rapport aux thèses centrales de la théorie peuvent s’accumuler, les hypothèses ad hoc s’ajouteront tant qu’une nouvelle théorie n’aura pas été non seulement conçue mais aussi acceptée par la majorité des spécialistes. L’unification de la science sous l’’égide de l’épistémologie de Popper n’offrirait d’autre promesse que celle d’une stérilisation méthodologique de certains domaines. “On ne peut guère éviter la conclusion, note le mathématicien René Thom (1984), qu’il n’y a pas de critère unique de la scientificité, chaque domaine disciplinaire élabore ses propres critères de scientificité, compte tenu des possibilités déductives qui s’y présentent. Le critère poppérien de falsifiabilité est peut-être valable pour la physique (encore que je n’en sois pas sûr). C’est de la part des physiciens un acte d’impérialisme injustifiable que de vouloir l’imposer aux autres disciplines”. Dès lors, les épistémologues les plus pertinents parviennent à un constat d’échec : “le problème de la démarcation entre ce qui est science et ce qui ne l’est pas n’est pas encore épuisé” (Paty, 1982). La science est multiple. Avant les récentes découvertes de l’AERES, il n’en existait pas de définition neutre et objective.

Qui plus est, l’une des caractéristiques majeures des recherches scientifiques du XXe siècle réside dans la multiplication des démonstrations d’incomplétude. On connaît les théorèmes de Gödel qui établissent qu’il existe dans l’arithmétique des propositions à la fois vraies et indécidables. Mais il existe d’autres trous irrémédiables dans les connexions rigoureuses des lettres de la science : la réfutation de l’hypothèse du continu par Cohen, le théorème d’indécidabilité de Church, le principe d’incertitude de Heisenberg, le théorème d’arrêt de Turing, le théorème de la vérité de Tarski, etc. Il arrive que parfois une fiction tente de recouvrir l’aporie logique, tel est le cas de la fameuse thèse astronomique du big-bang, bien qu’issue de formalisations mathématiques rigoureuses, elle ne saurait clore l’interrogation sur l’origine, ni faire taire le naïf demandant ce qui précédait l’explosion initiale. Ces trous dans les énoncés les plus rigoureux viennent rappeler que les savoirs scientifiques sont des réductions discursives du réel faites à partir d’hypothèses conçues par un sujet. Or il est une condition nécessaire, mais non suffisante, pour déterminer ce qui est scientifique, c’est que ce sujet n’y apparaisse plus. Quand les résultats d’une expérience sont conditionnés par les états d’âme de celui qui la fait, comme dans l’alchimie ou le chamanisme, il y a consensus pour considérer qu’il ne s’agit pas de science. Lapsus, rêves, délires, symptômes ne peuvent trouver place dans le discours de la science : ils sont toujours singuliers et non reproductibles en laboratoires.

Une spécificité de la psychanalyse, ignorée de M. Swendsen, tient à ce que son étude porte sur le sujet qui fait la science, laquelle de ce fait doit méthodiquement le rejeter : il n’y apparaît plus que par l’entremise de trous dans le savoir, ombilics de son insertion. Vouloir faire entrer la psychanalyse dans le discours de la science équivaut à méconnaître sa spécificité. Elle relève d’un autre champ épistémologique et ne peut user sans se renier des outils propres à la méthode expérimentale.

Dès lors, le MUPP salue et approuve l’initiative des Professeurs du CNU 16e section qui refusent de participer aux expertises AERES, sachant que les critères retenus opèrent de fait une pré-évaluation particulièrement inéquitable pour la psychanalyse et la psychologie clinique. Il faut rappeler que la méthode clinique n’est pas la méthode expérimentale et que rien ne justifie épistémologiquement de vouloir subordonner la première à la seconde.

Le MUPP demande aux psychologues cliniciens universitaires de ne plus participer aux expertises de l’’AERES – sachant que dans leur mode actuel elles ne peuvent conduire qu’ à la disparition de leurs formations.

Seule la proposition de scission du CNU 16e section proposée par le Syndicat National des Psychologues pourrait permettre de sortir d’’une situation délétère qui alimente depuis des décennies des tensions entre psychologues intervenant à l’université.

Pour le {Mouvement universitaire pour la psychanalyse }.

  • 1 Conseil national des universités, réparti en sections chargées de nommer les professeurs.

Psychothérapeute ou non, ce n’est pas une affaire de nom

DANIELE DEZARD


L’ancienne Secrétaire générale du Snppsy n’a généralement pas sa plume, son clavier plutôt, dans sa poche. Nous sommes heureux d’accueillir ici ce texte comme d’habitude clair, élégant, avec ce qu’il faut d’insolence pour vous inviter à réfléchir sans s’embarrasser de rien à ce que vous saviez déjà et que vous n’oubliez que par une légère distraction.

Qu’il soit clair ici que nous ne sommes pas contre l’université, c’est l’inverse. Nous lui voudrions plutôt un bien qu’elle ne veut pas que nous lui fassions. Notre réalité pratique nous place devant notre responsabilité : agir en nos lieu et nom propres, et poursuivre une action bien installée dans le socius, entourée des garanties régulières à ce genre de pratique — le Snppsy s’y emploie continument, qui apporte au public en toute rationalité et humanité ce dont il a besoin, que les Doctes du moment en tombent d’accord ou non.

Cela dit nous attirons l’attention sur la publication en 1980 à la Documentation française d’un numéro intitulé Les nouvelles thérapies, recherche de pointe ou phénomène social ? (1“), qui fait le point d’alors sur l’introduction en France, comme un fait de société déjà bien inscrit dans l’habitus, y compris lexicologique, des nouveaux psychothérapeutes.

Cela s’est développé et notre École, qui a 24 ans d’âge, ce qui renvoie à peu après l’événement éditorial dont nous venons de parler, constitue une des preuves vivantes de notre vitalité institutionnelle et sociale, de notre capacité de transmission critique, et du fait que du point de vue du savoir nous sommes gens à tenir notre rang.

Philippe Grauer


Un nom adopté par défaut

Ce nom psychothérapeute, ceux qui l’ont adopté — sans grande conviction — à peu prés à l’époque de la création du SNPPsy, n’y tiennent pas tellement. Aussi sommes-nous assez atterrés de constater que les générations suivantes en font la bannière de leur identité. L’identité professionnelle n’est pas une affaire de nom : elle est liée à la formation, l’éventail des connaissances requises, la fonction sociale. Désormais, les personnes qui s’appelleront psychothérapeutes seront titulaires d’un master, et nous, nous porterons un autre nom et c’est la seule chose qui changera pour nous : nous aurons exactement la même clientèle et la même fonction sociale. Car les personnes qui s’adressent à nous – depuis toujours — sont celles qui ne sont pas assez naïves pour confier leur âme à un savant. Ce n’est pas qu’ils négligent nos connaissances, mais ils nous sollicitent, dés l’abord, en tant qu’être humain, qui se réclame, avant toute chose, de sa propre expérience de l’être et de l’individuation pour synthétiser ses connaissances.

Sur quoi nous travaillons, comment nous travaillons

D’une façon générale, nous n’avons jamais eu de bons rapports avec le monde des universitaires, psychologues et psychiatres. Et c’est normal. L’Université française enseigne essentiellement les subtilités de la psychopathologie et l’essentiel de la pensée lacanienne. Des pans entiers de l’histoire de la psychothérapie depuis Freud y sont ignorés ou négligés. Ces gens-là nous prennent tout naturellement pour des charlatans, car nous avons d’autres références que les leurs et là où nous avons les mêmes, nous ne les utilisons pas de la même manière. Leur formation même les empêche de nous comprendre et même de deviner que nous avons une organisation de la pensée et des modalités d’intervention qui leur échappent. Il en est de même des psychanalystes, qui sont plus proches de nous par leur formation, mais sont généralement allergiques à notre relation à la théorie, au fait que nous travaillons avec des références multiples et donc avec une appréhension de l’inconscient beaucoup plus complexe et mosaïquée. En gros, ils ne comprennent ni sur quoi nous travaillons, ni comment nous travaillons. Pour tout dire, nous faisons des métiers qui sont quelquefois proches, mais, nous ne faisons pas le même métier.

Une rupture nécessaire

Il me semble donc juste, normal et sain que la société nous oblige à assumer notre spécificité et les différences essentielles qui définissent notre fonction sociale. L’abandon du terme psychothérapeute m’apparaît comme une rupture nécessaire, dans une longue histoire de ruptures.

Le besoin de grandir

Au début des années 70, en France, il n’y avait pas de psychothérapeutes : il y avait des psychologues et des psychanalystes qui pratiquaient la psychanalyse (art noble, proche du sacré) ou ce qu’on appelait une psychothérapie analytique de soutien, considérée comme bâtarde et tout à fait profane. Aux États-Unis, un réflexion critique sur les limites de la psychanalyse et du comportementalisme avait engendré le growth-mouvement, qui posait en principe qu’il fallait lire ce qui motive l’entrée en thérapie — et y compris ce qu’on appelle obstinément en France le symptôme — non comme une faille ou une carence d’adaptation, mais essentiellement comme un besoin de grandir. Ce point de vue a engendré une multitude d’approches et de techniques, toutes basées sur une analyse des besoins du patient et qu’on regroupe généralement sous le terme Psychologie humaniste.

Succès immédiat, mépris immédiat

Laquelle a connu en France, dés son introduction, un succès immédiat auprès des patients et un mépris tout aussi immédiat de la part des intellectuels. Le seul article que le monde nous ait consacré, à l’époque, avait pour titre : « Les Enfants perdus de la psychanalyse ». Les praticiens en psychologie humaniste en France, formés dans les pays anglo-saxons, n’avaient pas de nom. Ils se rangeaient généralement sous la bannière d’une technique : ils étaient gestaltistes, bio-énergéticiens… etc. Mais, comme la Psychologie humaniste est par vocation multiréférentielle, comme le mouvement, très riche à l’époque, inventait une nouvelle synthèse de différents courants à peu près tous les ans, il devenait pour chacun de plus en plus difficile de présenter son travail et c’est à la fin des années 70 que le terme psychothérapeute s’est généralisé – par défaut, en l’absence d’un terme plus adéquat, et parce que personne d’autre ne l’employait. « Psychothérapeute, disaient les psychologues, c’est une fonction, pas une profession. »

La cohérence, désormais, ne réside plus dans la théorie, quelle qu’elle soit, mais dans l’individualité complexe du patient.

Dés sa création en 81, le SNPpsy s’est attaché à définir la profession de praticien en psychothérapie. Il nous a éloigné des sirènes du New-age et a créé une mutation française de la Psychologie humaniste en réintégrant l’ensemble du savoir psychanalytique et de la psychopathologie au corpus de nos connaissances. Il a, en outre, défini une formation exigeante, imitée de celle des psychanalystes mais beaucoup plus complexe, en particulier en ce qui concerne la supervision. En effet, le praticien, dans la compréhension de son patient et la conduite de son travail, ne se réfère plus à une seule théorie mais à de nombreux systèmes de pensée différents, voire contradictoires. La cohérence, désormais, ne réside plus dans la théorie, quelle qu’elle soit, mais dans l’individualité complexe du patient. Et le thérapeute se libère du confort (relatif, il est vrai) et du dogmatisme (au parfum de religiosité), que crée l’allégeance aux Grands Penseurs, aux systèmes, au Livre.

Gens de terrain

Nous sommes définitivement des gens de terrain, qui opérons dans un monde en constante mutation, où nos patients, sans cesse confrontés à des problématiques nouvelles, doivent trouver individuellement l’espace de puissance et de liberté, qui leur permette de créer une vie qui leur ressemble. Et la relation transférentielle s’inscrit au centre de ce travail de découverte et de transformation, dans son existence propre, sa richesse, son ambiguïté, ses évolutions imprévisibles et son efficacité – pour une grande part impossible à analyser.

Pratiquement plébiscités

Notre succès a été impressionnant dans toutes les démocraties occidentales. En France, en tout cas, nous avons largement contribué à démocratiser la thérapie, qui concernait essentiellement jusque là les intellectuels et les malades en institution. Dans ces 30 années de crise, de plus en plus de personnes de presque toutes les classes sociales se sont approprié l’espace que nous leur offrions et nous ont recommandé autour d’eux : notre clientèle ne s’organise pratiquement que par le bouche à oreilles. Notre rôle social est incontestable, pratiquement plébiscité.

Dans ces conditions, comment avons-nous fait pour être si peu respectés ?

La suite au prochain numéro


Article repris depuis Snppsy.org avec son aimable autorisation.

  • 1 Documentation française, N° 390, 48 p.-

Ce n’est pas une affaire de nom

DANIELE DEZARD


L’ancienne Secrétaire générale du Snppsy n’a généralement pas sa plume, son clavier plutôt, dans sa poche. Nous sommes heureux d’accueillir ici ce texte comme d’habitude clair, élégant, avec ce qu’il faut d’insolence pour vous inviter à réfléchir sans s’embarrasser de rien à ce que vous saviez déjà et que vous n’oubliez que par une légère distraction.

Qu’il soit clair ici que nous ne sommes pas contre l’université, c’est l’inverse. Nous lui voudrions plutôt un bien qu’elle ne veut pas que nous lui fassions. Notre réalité pratique nous place devant notre responsabilité : agir en nos lieu et nom propres, et poursuivre une action bien installée dans le socius, entourée des garanties régulières à ce genre de pratique — le Snppsy s’y emploie continument, qui apporte au public en toute rationalité et humanité ce dont il a besoin, que les Doctes du moment en tombent d’accord ou non.

Philippe Grauer


Un nom adopté par défaut

Ce nom psychothérapeute, ceux qui l’ont adopté — sans grande conviction — à peu prés à l’époque de la création du SNPPsy, n’y tiennent pas tellement. Aussi sommes-nous assez atterrés de constater que les générations suivantes en font la bannière de leur identité. L’identité professionnelle n’est pas une affaire de nom : elle est liée à la formation, l’éventail des connaissances requises, la fonction sociale. Désormais, les personnes qui s’appelleront psychothérapeutes seront titulaires d’un master, et nous, nous porterons un autre nom et c’est la seule chose qui changera pour nous : nous aurons exactement la même clientèle et la même fonction sociale. Car les personnes qui s’adressent à nous – depuis toujours — sont celles qui ne sont pas assez naïves pour confier leur âme à un savant. Ce n’est pas qu’ils négligent nos connaissances, mais ils nous sollicitent, dés l’abord, en tant qu’être humain, qui se réclame, avant toute chose, de sa propre expérience de l’être et de l’individuation pour synthétiser ses connaissances.

Sur quoi nous travaillons, comment nous travaillons

D’une façon générale, nous n’avons jamais eu de bons rapports avec le monde des universitaires, psychologues et psychiatres. Et c’est normal. L’Université française enseigne essentiellement les subtilités de la psychopathologie et l’essentiel de la pensée lacanienne. Des pans entiers de l’histoire de la psychothérapie depuis Freud y sont ignorés ou négligés. Ces gens-là nous prennent tout naturellement pour des charlatans, car nous avons d’autres références que les leurs et là où nous avons les mêmes, nous ne les utilisons pas de la même manière. Leur formation même les empêche de nous comprendre et même de deviner que nous avons une organisation de la pensée et des modalités d’intervention qui leur échappent. Il en est de même des psychanalystes, qui sont plus proches de nous par leur formation, mais sont généralement allergiques à notre relation à la théorie, au fait que nous travaillons avec des références multiples et donc avec une appréhension de l’inconscient beaucoup plus complexe et mosaïquée. En gros, ils ne comprennent ni sur quoi nous travaillons, ni comment nous travaillons. Pour tout dire, nous faisons des métiers qui sont quelquefois proches, mais, nous ne faisons pas le même métier.

Une rupture nécessaire

Il me semble donc juste, normal et sain que la société nous oblige à assumer notre spécificité et les différences essentielles qui définissent notre fonction sociale. L’abandon du terme psychothérapeute m’apparaît comme une rupture nécessaire, dans une longue histoire de ruptures.

Le besoin de grandir

Au début des années 70, en France, il n’y avait pas de psychothérapeutes : il y avait des psychologues et des psychanalystes qui pratiquaient la psychanalyse (art noble, proche du sacré) ou ce qu’on appelait une psychothérapie analytique de soutien, considérée comme bâtarde et tout à fait profane. Aux États-Unis, un réflexion critique sur les limites de la psychanalyse et du comportementalisme avait engendré le growth-mouvement, qui posait en principe qu’il fallait lire ce qui motive l’entrée en thérapie — et y compris ce qu’on appelle obstinément en France le symptôme — non comme une faille ou une carence d’adaptation, mais essentiellement comme un besoin de grandir. Ce point de vue a engendré une multitude d’approches et de techniques, toutes basées sur une analyse des besoins du patient et qu’on regroupe généralement sous le terme Psychologie humaniste.

Succès immédiat, mépris immédiat

Laquelle a connu en France, dés son introduction, un succès immédiat auprès des patients et un mépris tout aussi immédiat de la part des intellectuels. Le seul article que le monde nous ait consacré, à l’époque, avait pour titre : « Les Enfants perdus de la psychanalyse ». Les praticiens en psychologie humaniste en France, formés dans les pays anglo-saxons, n’avaient pas de nom. Ils se rangeaient généralement sous la bannière d’une technique : ils étaient gestaltistes, bio-énergéticiens… etc. Mais, comme la Psychologie humaniste est par vocation multiréférentielle, comme le mouvement, très riche à l’époque, inventait une nouvelle synthèse de différents courants à peu près tous les ans, il devenait pour chacun de plus en plus difficile de présenter son travail et c’est à la fin des années 70 que le terme psychothérapeute s’est généralisé – par défaut, en l’absence d’un terme plus adéquat, et parce que personne d’autre ne l’employait. « Psychothérapeute, disaient les psychologues, c’est une fonction, pas une profession. »

La cohérence, désormais, ne réside plus dans la théorie, quelle qu’elle soit, mais dans l’individualité complexe du patient.

Dés sa création en 81, le SNPpsy s’est attaché à définir la profession de praticien en psychothérapie. Il nous a éloigné des sirènes du New-age et a créé une mutation française de la Psychologie humaniste en réintégrant l’ensemble du savoir psychanalytique et de la psychopathologie au corpus de nos connaissances. Il a, en outre, défini une formation exigeante, imitée de celle des psychanalystes mais beaucoup plus complexe, en particulier en ce qui concerne la supervision. En effet, le praticien, dans la compréhension de son patient et la conduite de son travail, ne se réfère plus à une seule théorie mais à de nombreux systèmes de pensée différents, voire contradictoires. La cohérence, désormais, ne réside plus dans la théorie, quelle qu’elle soit, mais dans l’individualité complexe du patient. Et le thérapeute se libère du confort (relatif, il est vrai) et du dogmatisme (au parfum de religiosité), que crée l’allégeance aux Grands Penseurs, aux systèmes, au Livre.

Gens de terrain

Nous sommes définitivement des gens de terrain, qui opérons dans un monde en constante mutation, où nos patients, sans cesse confrontés à des problématiques nouvelles, doivent trouver individuellement l’espace de puissance et de liberté, qui leur permette de créer une vie qui leur ressemble. Et la relation transférentielle s’inscrit au centre de ce travail de découverte et de transformation, dans son existence propre, sa richesse, son ambiguïté, ses évolutions imprévisibles et son efficacité – pour une grande part impossible à analyser.

Pratiquement plébiscités

Notre succès a été impressionnant dans toutes les démocraties occidentales. En France, en tout cas, nous avons largement contribué à démocratiser la thérapie, qui concernait essentiellement jusque là les intellectuels et les malades en institution. Dans ces 30 années de crise, de plus en plus de personnes de presque toutes les classes sociales se sont approprié l’espace que nous leur offrions et nous ont recommandé autour d’eux : notre clientèle ne s’organise pratiquement que par le bouche à oreilles. Notre rôle social est incontestable, pratiquement plébiscité.

Dans ces conditions, comment avons-nous fait pour être si peu respectés ?

La suite au prochain numéro


Article repris depuis Snppsy.org avec son aimable autorisation.

À propos de l’évaluation

Comme un divertissement léger pour des étudiants blasés

de Mark Edmundson de l’Université de Virginie

Réimpression du Harper’s, Septembre 1997, autorisée par l’auteur.


Présentation de la SIHPP qui nous présente ce texte (voir ici même le Bulletin de la SIHPP) :

Le texte que nous vous proposons ci-dessous n’est pas récent. Il a été écrit en 1997 par  Mark Edmundson, professeur à l’université  de Virginie. On y trouvera une analyse critique de l’idée d’évaluation dans le contexte universitaire ; au delà de l’humour qui habite ces quelques lignes se dessine fort bien à quelle demande fantasmatique répond l’évaluation, dernier avatar de nos sociétés de “consommation”.


Aujourd’hui, c’est le jour d’évaluation dans mon cours sur Freud, et tout a changé.

Je fais cours deux fois par semaine en fin d’après-midi, et d’habitude la clientèle, environ cinquante étudiants de premier cycle, a tendance à se traîner et s’affaler, l’air inconsolable, un peu perdu, attendant d’être réveillée. Pour déclencher la discussion, ils ont en général besoin d’une blague, d’une anecdote, d’une question originale — Quand vous étiez enfants, vos déguisements d’Halloween étaient-ils plutôt des accoutrements du moi, du ça, ou du surmoi. Ce genre de chose… Mais aujourd’hui, dès que je brandis les formulaires, un bourdonnement monte dans la pièce. Aujourd’hui, ils écriront leur évaluation du cours, leur évaluation de moi, et ils sont sans aucun doute tout à fait réveillés. “Quelle est votre évaluation de l’enseignant ?” interroge la question numéro huit, les invitant à encercler un nombre compris entre le cinq (excellent) et le un (mauvais, mauvais). S’ils ont acquis de de la subtilité dans l’interprétation pendant le trimestre, elle est maintenant partie en fumée. Edmundson: un à cinq, prêts, tirez.

Et ils le font. En me dirigeant vers la porte — je ne reste jamais dans le coin pendant cette phase du rituel — je regarde par-dessus mon épaule et je les vois travailler dur comme des auditeurs du diable. Ils écrivent en ayant passé la quatrième, même ceux qui n’arrivent pas à aligner trois mots dans leur journal de bord, à l’aise dans une procédure désormais parfaitement maîtrisée. Ils jouent les consommateurs avertis, faisant savoir au prestataire s’il s’en est sorti ou s’il n’est pas tout à fait à la hauteur de sa tâche.

Mais pourquoi suis-je si tourmenté, fuyant comme un réfugié ma propre salle de classe, où d’habitude je règne aisément ? Il y a de fortes chances que les évaluations ressemblent beaucoup à ce qu’elles ont été dans le passé – elles seront tout à fait bien. Il est probable que je serai félicité pour être “intéressant” (et je suis félicité, à maintes reprises), que je serai cité pour mes façons détendues et tolérantes (ceci arrive, aussi), que mon sens de l’humour et ma capacité à associer les arcanes du sujet à la culture actuelle inspire quelques éloges (mais oui). J’ai été très occupé ce trimestre, un manuscrit à terminer, et n’ai donc pas donné à leurs journaux l’attention que j’aurais dû donner, et pour cela je suis rappelé à l’ordre — très poliment, d’ailleurs. Dans l’ensemble, je m’en sors plutôt bien.

Mais je dois avouer que je n’aime pas beaucoup l’image de moi-même qui se dégage de ces questionnaires, une image de détachement cultivé, plein d’humour et de douce tolérance. Je n’aime pas les questionnaires eux-mêmes, avec leurs évaluations numérotées, rappelant les feuilles distribuées à un public-échantillon après un banc d’essai TV à Burbank. Mais par dessus tout, je n’aime pas cette mentalité du consommateur expert et calme qui imprègne les réponses. Je suis gêné par cette conviction sereine selon laquelle ma fonction — et, plus important encore, celle de Freud, de Shakespeare ou de Blake — est de distraire, d’amuser et d’intéresser. Comme l’observe un des interrogés, tout-à-fait représentatif: «Edmundson a magistralement su présenter ces oeuvres difficiles, importantes & controversées d’une façon agréable et accessible.”

Merci mais très peu pour moi. Je n’enseigne pas pour amuser, distraire, ni d’ailleurs, pour être tout simplement intéressant. Quand une personne dit qu’elle «a pris plaisir» au cours — et ce mot revient encore et encore dans mes évaluations – quelque part au ras de mon autosatisfaction immédiate je sens une envahissante auto-aversion. Ce n’est pas du tout ce que j’avais à l’esprit. Les questions provocantes et les blagues transversales visent à introduire de plus fortes substances — dans le cas du cours sur Freud, à une vision tragique et complexe de la vie. Mais l’affabilité et les boutades semblent souvent être ce qui percute chez les étudiants, leurs journaux et évaluations me laissent peu de doutes à ce sujet.

Je désire qu’un nombre d’entre eux disent qu’ils ont été changés par le cours. Je désire qu’ils se mesurent à ce qu’ils ont lu. On raconte qu’il y a quelque temps, un professeur de l’Université de Columbia posait une question difficile en deux points : Un, quel livre vous a le plus ennuyé pendant le cours ? Deux, quelles failles intellectuelles ou de caractère ce rejet a-t-il révélé chez vous? La main qui a posé la question était sûrement lourde. Mais au moins, elle oblige à voir le travail intellectuel comme une confrontation entre deux personnes, étudiant et auteur, où les enjeux comptent. On demandait à ces étudiants de s’exprimer sur la qualité d’une rencontre, pas d’évaluer l’action comme si elle s’était déroulée sur le grand écran.

Pourquoi mes étudiants décrivent-ils le complexe d’Œdipe et la pulsion de mort comme étant intéressants et agréables à envisager? Et pourquoi est-ce que je donne l’impression d’être un guide raffiné, légèrement ironique, infiniment affable dans ce champ intellectuel, l’exploitant sans intensité, généreux, drôle et léger ?

Parce que c’est ce qui marche. Le jour de l’évaluation, je récolte les fruits de ma complaisance partielle envers la culture de mes étudiants ainsi que la culture de l’université telle qu’elle fonctionne actuellement. C’est une culture qui n’a guère fait l’objet de réflexion. Des critiques actuels ont tendance à penser que l’éducation en sciences humaines est en crise parce que les universités ont été envahies par des professeurs aux idées bizarres: déconstructionnisme, lacanisme, féminisme, “queer theory”. Ils croient que le genre et la tradition sont “out” et que le politiquement correct, le multiculturalisme et la politique identitaire sont “in” ; conséquence d’une invasion de tribus de titulaires radicaux, équivalents en cette fin de millénaire des hordes de wisigoths qui ont fait tomber les murs de Rome.

Mais réfléchir longuement à mes évaluations et essayer ensuite de poser un regard lucide et scrutateur sur la vie universitaire ici comme à l’Université de Virginie ou à travers le pays, m’ont finalement conduit à des conclusions différentes. Pour moi, si l’éducation des sciences humaines est aussi inefficace qu’elle l’est aujourd’hui, ce n’est pas à cause de toutes ces théories étranges qui circulent (bien utilisés, ces théories peuvent être éclairantes.) C’est plutôt que cette culture universitaire, comme la culture américaine tout court, est, pour le dire crûment, de plus en plus consacrée à la consommation, au divertissement, à l’utilisation et l’abus de biens et d’ images. Pour celui qui grandit aux Etats-Unis aujourd’hui, il existe peu d’alternatives à la vision du monde qu’est celle du consommateur détaché. Mes étudiants n’ont pas demandé cette vision, encore moins l’ont-ils créée, mais ils apportent une Weltanschauung de consommateur à l’école, où il exerce une influence puissante et largement méconnue. Si nous voulons comprendre les universités actuelles, avec leurs multiples maux, on devrait essayer de s’écarter des domaines des débats d’experts et des belles idées et se tourner vers les salles de classe et les campus, où se propage où un nouveau type d’atmosphère.

Le texte que nous vous proposons ci-dessous n’est pas récent. Il a été écrit en 1997 par  Mark Edmundson, professeur à l’université  de Virginie. On trouvera dans ce texte une analyse critique de l’idée d’évaluation dans le contexte universitaire ; au delà de l’humour qui habite ces quelques lignes se dessine fort bien à quelle demande fantasmatique répond l’évaluation, dernier avatar de nos sociétés de “consommation”.

Traduction Paola Costa, Corinne Foy. Ci-dessous le texte en anglais.

Parmi les ouvrages de cet auteur signalons :

– The Death of Sigmund Freud: Fascism, Psycho-analysis and the Rise of Fundamentalism, Bloomsbury Press, 2007.-

– Litterature Against Philosophy, Plato to Derrida: A Defence of Poetry, Cambridge U.P., 1995.-


As Lite Entertainment For Bored College Students

 

by  Mark Edmundson at the University of Virginia

Reprinted from Harper’s  September 1997 by permission of the author

Today is evaluation day  in my Freud class, and everything has changed. The class meets twice a week,  late in the afternoon, and the clientele, about fifty undergraduates, tends to  drag in and slump, looking disconsolate and a little lost, waiting for a jump  start. To get the discussion moving, they usually require a joke, an anecdote,  an off-the-wall question — When you were a kid, were your Halloween getups  ego costumes, id costumes, or superego costumes? That sort of thing. But  today, as soon as I flourish the forms, a buzz rises in the room. Today they  write their assessments of the course, their assessments of me, and they are  without a doubt wide-awake. “What is your evaluation of the instructor?” asks  question number eight, entreating them to circle an number between five  (excellent) and one (poor, poor). Whatever interpretive subtlety they’ve  acquired during the term is now out the window. Edmundson: one to five, stand  and shoot.

And they do. As I retreat through the door — I never stay  around for this phase of the ritual — I look over my shoulder and see them  toiling away like the devil’s auditors. They’re pitched into high writing  gear, even the ones who struggle to squeeze out their journal entries word by  word, stoked on a procedure they have by now supremely mastered. They’re  playing the informed consumer, letting the provider know where he’s come  through and where he’s not quite up to snuff.

But why am I so  distressed, bolting like a refugee out of my own classroom, where I usually hold easy sway? Chances are the evaluations will be much like what they’ve  been in the past — they’ll be just fine. It’s likely that I’ll be commended  for being “interesting” (and I am commended, many times over), that I’ll be  cited for my relaxed and tolerant ways (that happens, too), that my sense of  humor and capacity to connect the arcana of the subject matter with current  culture will come in for some praise (yup). I’ve been hassled this term,  finishing a manuscript, and so haven’t given their journals the attention I  should have, and for that I’m called — quite civilly, though — to account. Overall, I get off pretty well.

Yet I have to admit that I do not much  like the image of myself that emerges from these forms, the image of  knowledgeable, humorous detachment and bland tolerance. I do not like the  forms themselves, with their number ratings, reminiscent of the sheets  circulated after the TV pilot has just played to its sample audience in  Burbank. Most of all I dislike the attitude of calm consumer expertise that  pervades the responses. I’m disturbed by the serene belief that my function —  and, more important, Freud’s, or Shakespeare’s, or Blake’s — is to divert,  entertain, and interest. Observes one respondent, not at all unrepresentative:  “Edmundson has done a fantastic job of presenting this difficult, important  & controversial material in an enjoyable and approachable way.”

Thanks but no thanks. I don’t teach to amuse, to divert, or even,  for that matter, to be merely interesting. When someone says that she  “enjoyed” the course — and that word crops up again and again in my  evaluations — somewhere at the edge of my immediate complacency I feel encroaching self-dislike. That is not at all what I had in mind. The  off-the-wall questions and sidebar jokes are meant at lead-ins to stronger  stuff — in the case of the Freud course, to a complexly tragic view of life.  But the affability and the one-liners often seem to be all that land with the  students; their journals and evaluations leave me little doubt.

I want  some of them to say that they’ve been changed by the course. I want them to  measure themselves against what they’ve read. It’s said that some time ago a  Columbia University instructor used to issue a harsh two-part question. One:  What book did you most dislike in the course? Two: What intellectual or  characterological flaws in you does that dislike point to? The hand that  framed the question was surely heavy. But at least it compels one to see  intellectual work as a confrontation between two people, student and author,  where the stakes matter. Those Columbia students were being asked to relate  the quality of an encounter, not rate the action as though it had unfolded on  the big screen.

Why are my students describing the Oedipus complex and  the death drive as being interesting and enjoyable to contemplate? And why am  I coming across as an urbane, mildly ironic, endlessly affable guide to this  intellectual territory, operating without intensity, generous, funny, and  loose?

Because that’s what works. On evaluation day, I reap the rewards  of my partial compliance with the culture of my students and, too, with the  culture of the university as it now operates. It’s a culture that’s gotten  little exploration. Current critics tend to think that liberal-arts education  is in crisis because universities have been invaded by professors with  peculiar ideas: deconstructionism, Lacanianism, feminism, queer theory. They  believe that genus and tradition are out and that P.C., multiculturalism, and  identity politics are in because of an invasion by tribes of tenured radicals,  the late millennial equivalents of the Visigoth hordes that cracked Rome’s walls.

But mulling over my evaluations and then trying to take a hard,  extended look at campus life both here at the University of Virginia and  around the country eventually led me to some different conclusions. To me,  liberal-arts education is as ineffective as it is now not chiefly because  there are a lot of strange theories in the air. (Used well, those theories can  be illuminating.) Rather, it’s that university culture, like American culture writ large, is, to put it crudely, ever more devoted to consumption and  entertainment, to the using and using up of goods and images. For someone  growing up in America now, there are few available alternatives to the cool  consumer worldview. My students didn’t ask for that view, much less create it,  but they bring a consumer weltanschauung to school, where it exerts a  powerful, and largely unacknowledged, influence. If we want to understand  current universities, with their multiple woes, we might try leaving the  realms of expert debate and fine ideas and turning to the classrooms and  campuses, where a new kind of weather is gathering.


Les médecins, des proies de choix pour les sectes

Vendredi 27 Novembre 2009

Le Point

À votre santé

Anne Jeanblanc

avec Destination Santé


Réthorique politiquement correcte conduisan tà une omission qui nous le semble moins. On distingue dans cet article les psychothérapies HPST et les psychothérapies charlatans. Voyons comment l’argumentation de déploie : ces pratiques ne sont pas toutes nuisibles, le pas toutes connote que la majorité l’est. Qui plus est, les pratiques alternatives, sans davantage de définition “constituent un creuset important de dérives sectaires”.

Puis cela bifurque sur la médecine : “tous les médecins peuvent être visés”. La cible c’est l’Église de scientologie — dont nous avons ici même déjà dénoncé la stratégie perverse de dénonciation de la psychiatrie, qui mène campagne contre les drogues, parfaitement exact, et sème le doute sur la médecine (pourquoi ajouter conventionnelle ?), en effet.

Les psychothérapeutes sortis de nos Écoles et titularisés à titre privé par nos syndicats et fédérations membres du CLPR, praticiens honnêtes et sérieux qui sur le terrain contribuent au quotidien à la lutte contre les sectes par leur travail qualifié d’inspiration systématiquement anti emprise, n’existent pas.

L’article nullement dirigé contre eux les ignore. Certes nous n’avons rien à voir avec les sectes, donc pourquoi nous mentionner ? Parce que nous existons et constituons un précieux rempart anti sectes, et ne risquons guère à l’instar de la médecine, moins préparée que nous à résister à ce type de virus, de devenir leur proie. Parce que la psychothérapie ne se répartit pas entre psychothérapie HTSP (en gros, hospitalière) et charlatanerie.

Parce que le Carré psy distingue différents types de psychothérapies :

– paramédicacales / hors du champ médical
– d’inspiration comportementaliste objectiviste / subjectiviste et relationnelle
– positiviste / humaniste
– psychanalytique et relationnelle / neurologique et à protocoles
– couverte par un diplôme universitaire / revêtue d’un diplôme privé professionnel
– autoproclamée de différents types, i.e. garantie ni par l’université ni par une institution regroupée dans le CLPR(1“). Ou encore appartenant à un genre et se présentant comme relevant d’un autre, sans en maîtirser la compétence réellement. .

Philippe Grauer


Les médecins, des proies de choix pour les sectes

En France, entre 2.000 et 3.000 professionnels de santé sont considérés comme suspects de dérives sectaires. Les médecins, et par conséquent leur patientèle, constituent en effet une cible privilégiée des sectes. Les autorités toutefois sont vigilantes, particulièrement en cette période de pandémie grippale.

La Direction générale de la santé, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires – Miviludes – ainsi que les ministères de la Justice, de l’Éducation nationale et de l’Intérieur se sont alliés en février 2009, pour mettre en place un groupe d’appui technique dédié à cette question. Il a pour mission de “recenser les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique les plus dangereuses”, explique Françoise Chalmeau, conseillère du pôle santé/social à la Miviludes. Par pratique non conventionnelle, elle fait par exemple référence “aux médecines alternatives, médecines douces, psychothérapies diverses et variées… Tout ce qui n’a pas fait l’objet d’une évaluation indépendante”.

Ces pratiques ne sont pas forcément toutes nuisibles. Concernant les psychothérapies, l’objectif du groupe d’appui est d’opérer un tri : d’une part celles réalisées dans le cadre conventionnel (défini notamment par la loi Hôpital, patients, santé et territoires ), d’autre part celles menées par des charlatans. Également dans le viseur, toutes les approches thérapeutiques “expliquant que la maladie a une cause psychologique, qu’elle constitue non pas une agression de l’organisme mais une défense. Car derrière, il y a des patients qui subissent de véritables pertes de chances”.

Si les pratiques alternatives constituent un creuset important de dérives sectaires, tous les médecins peuvent être visés. “En attirant un professionnel de santé, ces organisations espèrent toucher aussi ses patients”, souligne ainsi Françoise Chalmeau. Chaque année par exemple, l’Église de scientologie mène campagne contre les drogues et l’enfermement psychiatrique. Des lettres, des DVD sont alors adressés aux professionnels de santé pour leur expliquer que la maladie mentale n’existe pas. Cette “église” assure ainsi qu’au contraire, ce sont les médicaments qui les provoquent ! Ces jours-ci, les ligues antivaccination mènent grand battage, pandémie grippale oblige. “Toutes les critiques sur le recul dans l’élaboration du vaccin, le monde pharmaceutique qui s’enrichit, etc., sont mises en avant par ces organisations, qui pratiquent l’opposition systématique. Leur objectif est simple : rebondir sur le débat actuel pour introduire du doute et saper la confiance dans la médecine conventionnelle…”

Source : Interview Françoise Chalmeau (Miviludes), 24 novembre 2009

  • 1 Comité de liaison de la psychothérapie relationnelle

L’enfermement revient en force dans les hôpitaux psychiatriques

LIbération 27/11/2009

Jean-Marie DELARUE — propos recueillis par ERIC FAVEREAU



On se prend à s’interroger sur ce qu’il en est des libertés fondamentales dans notre beau pays de France en lisant cet article. Il est vrai qu’il ne s’agit que des fous, donc ni de vous ni de moi Dieu merci, et que la question du pouvoir médical en la personne du psychiatre qui signera votre libération ou votre maintien au mitard thérapeutique, tout cela est bien loin de votre quotidienneté. Fort heureusement sinon ce serait à devenir dingue.

C’est le nord du Carré psy qui en prend un coup, avec la psychiatrie mise à mal par ses célibataires mêmes comme auraient dit les surréalistes, les psychiatres humanistes qui veulent pratiquer une psychiatrie relationnelle s’alertent, après avoir que nombre d’entre eux aient couvert le premier temps d’une opération qui commença contre nous et bien entendu la psychanalyse. 68 fut la période durant laquelle les us et abus que l’on dénonce à nouveau aujourd’hui avaient dû reculer. N’oublions pas les leçons de l’Histoire. Ça n’est pas d’hier que la mentalité dans les institutions psychiatriques s’est mise à basculer en arrière.

La psychothérapie relationnelle est automatiquement solidaire de la protestation contre la Nuit sécuritaire car les quatre côtés du Carré le sont, solidaires, par le jeu simple des lois de la géométrie.

Philippe Grauer


Jamais depuis vingt ans ne se sont autant multipliées les chambres d’isolement et les mesures de contention (immobilisation) pour les malades mentaux. Hier rarissimes, ces chambres fermées existent aujourd’hui dans tous les services.

En décembre 2008, un collectif «La nuit sécuritaire» s’était élevé contre le plan de sécurisation des hôpitaux psychiatriques, lancé par Nicolas Sarkozy aprés le meurtre d’un jeune par un malade mental, échappé de l’hôpital psychiatrique de St Egréve, près de Grenoble. Une pétition s’en était suivie. Samedi, à Montreuil, le collectif organise une journée de débats sur le thème: «Quelle hospitalité pour la folie ? Non, au retour des gardiens de fous, au grand renfermement, à l’abandon, au tri, à la mise à l’écart(1“).»

Nous avons demandé l’avis de Jean-Marie Delarue, conseiller d’État, qui est depuis un an contrôleur général des lieux de privation de liberté, poste créé par l’actuel gouvernement, sur la question de l’enfermement des malades.

Y a-t-il une explosion des mesures d’enfermement et des mesures de contention dans les hôpitaux psychiatriques, aujourd’hui ?

Il n’y pas de données générales et globales. Nous, devant cette question, nous faisons comme d’habitude, nous avons visité plus d’une vingtaine d’établissements psychiatriques. Des visites approfondies sur plusieurs jours. Et le premier constat que l’on a pu faire, c’est que l’on avait du mal à faire la distinction entre les patients hospitalisés sous contrainte et ceux hospitalisés libres. Nous avons ensuite examiné la manière dont ils sont enfermés en matière de respect des droits, de leur liberté de mouvement, d’accès aux cultes ou au courrier. Au départ, nous n’avions aucun a priori.

Et finalement ?

En matière d’isolement et de contention, nous avons été frappés par la grande variété des pratiques entre les établissements, mais aussi à l’intérieur d’un même lieu. Ce qui n’est pas sans poser de problèmes, puisque les gens sont hospitalisés en fonction de leurs lieux géographiques, et donc ne choisissent pas. Ils peuvent, ainsi, tomber sur des lieux avec des pratiques très variées… En même temps, il ne faut pas tout regarder en fonction de l’isolement. D’autres éléments peuvent poser problème. Comme, dans certains endroits, cette mise systématique en pyjama pendant quelques jours des patients, pour qu’ils ne fuguent pas. Dans des endroits, le courrier est systématiquement ouvert et lu. Le droit à l’intimité existe, il n’est pas toujours respecté.

Mais l’isolement, alors ?

Nous avons analysé trois facteurs: la fréquence, la durée, et enfin la traçabilité. Sur la fréquence, ce que l’on peut dire, c’est que c’est une pratique relativement répandue, et elle l’est de plus en plus, mais pas toujours dans les lieux où on l’attend.

Sur la durée, ensuite. Normalement, la prescription puis la durée, puis enfin la sortie de la chambre d’isolement se font sur décision d’un psychiatre. Il peut y avoir de brèves phases d’isolement – juste quelques heures – le temps d’un répit thérapeutique, nous dit-on. Cela peut se comprendre. Mais nous avons constaté des durées longues, très longues de plusieurs semaines. Et nous avons vu aussi des isolements sans fin. Comme dans ce service de psychiatrie d’un hôpital général où un malade est enfermé dans une chambre avec un seul matelas, à moitié nu. Il est là depuis des années…

Et la traçabilité ?

Là encore, c’est très variable. Il y a parfois des registres bien tenus, mais souvent ce n’est pas le cas, et même parfois, il n’y a aucune trace. Enfin dans les établissements où il y a des registres, il n’y a aucune analyse de ce qui s’est passé, aucune évaluation. Encore plus troublant, la présence de plus en plus systématique de vidéosurveillance dans ces chambres d’isolement. Le personnel met en avant que cela leur permet d’intervenir à bon escient, mais pour nous, cette violation de l’intimité est problématique.

Et concernant les détenus envoyés par le préfet en hôpital psychiatrique sous le régime de l’hospitalisation d’office ?

On les met à l’isolement, mais sans consigne thérapeutique. Ces patients se retrouvent enfermés, sans télé, ni sortie, ni cigarettes. La plupart s’en plaignent.
En général, le personnel soignant est attentif, mais les psychiatres sont peu présents.

Les malades se plaignent de quoi ?

Ce qui revient, presque tout le temps, c’est qu’ils ne voient pas assez le psychiatre. Puis, l’ennui. Le grand ennui. C’est d’ailleurs un point commun de tous ces lieux, privatifs de liberté.

Au final, vous en ressortez avec quels sentiments ?

D’abord, ce qui est problématique, c’est la grande divergence des pratiques et la non-évaluation de ce qui se fait. Ensuite, nous avons rencontré des problèmes de respect de la dignité, quand l’enfermement n’est justifié par aucune indication claire, quand le patient n’a pas de courrier. Tout individu a droit à une vie privée.

Nous avons vu des endroits dans des états lamentables.

Un nouvelle loi ?

Cela ne paraît pas l’urgence. Il nous semble que certains maires prennent un peu trop de facilités avec les hospitalisations d’office. Et ensuite, il faudrait préciser les recours, ou plus exactement préciser la manière dont les gens sont informés des recours possibles. Enfin, cela ne serait pas inutile que les avocats soient un peu plus présents lors des hospitalisations d’office…

  • 1 Samedi 28 novembre, de 9h à 18h, à la maison de l’arbre et de la parole errante 9, rue François Debergues, Montreuil.

Quelle hospitalité pour la folie ?

Contre la nuit sécuritaire


Les psychiatres continuent de se mobiliser. L’heure, la date plutôt, presse. Après nous avoir tranquillement ignorés, vous pensez, la médecine se solidariser avec ces charlatans dont le mieux qu’elle puisse faire serait de récupérer leur nom — {psychothérapie
, relationnelle ou pas, seul le terme générique nous intéresse, il nous revient à nous par privilège sémantique et corporatiste, voyez ce que dit à ce propos l’Académie de médecine, pour plus de sûreté paramédicalisons-le — , la psychothérapie reste tout de même l’apanagage de la psychiatrie ! même les psychologues, trop littéraires encore (Dieu sait s’ils en font des efforts pour se montrer “scientifiques”, TCC, neuropsys et tout), comment leur confier nos malades en toute sécurité ?

Et puis les voilà à leur tour en fâcheuse posture. C’était tout le système qui était visé. Ils se réveillent gardiens de l’ordre social, vigiles de maisons de fous, à isoler les autistes en chambres de contention : moins de personnel, davantage de prisons hospitalières avec leurs mitards. On réforme, entendez on démantèle. À la trappe Tosquellas et Foucault !

Restons solidaires. Le Carré psy se tient par tous ses côtés, si distincts et si complémentaires. Ensemble contre le démantèlement, la déshumanisation, la liquidation des psychothérapies du procès de subjectivation, et bien entendu de la psychanalyse. Ceux qui n’ont pas directement affaire à la maladie mentale, les psychothérapeutes relationnels spécialistes du malaise et du souci, du sens de l’existence, pas du traitement ni de la maladie, ont intérêt à s’informer et se solidariser avec leurs collègues, avec lesquels de toute façon ils sont appelés à travailler en réseau.

Philippe Grauer}


La psychiatrie se verrait-elle expropriée de sa fonction soignante, pour redevenir la gardienne de l’ordre social ?

Nous, citoyens, professionnels du soin, du travail social, refusons de servir de caution à cette dérive idéologique de notre société.


Sommaire

 

1. rencontre

Programme de la journée du 28 novembre, à la Maison de l’arbre à Montreuil : Quelle hospitalité pour la folie ?

2.      Bokobza

Texte d’Hervé Bokobza : Texte introductif à l’une des tables rondes de la journée de samedi 28 novembre 2009 : A l’heure des protocoles et de l’industrialisation des soins

3. revue

La revue Sud/Nord a publié les textes des intervention du meeting de Montreuil du 7 février qui avait réuni 1789 participants.

4.      cahiers

Appels aux Cahiers pour la folie

5. résistance

Création d’un réseau de résistance : les bases d’un mouvement pour mettre en valeur chacun de nos actes de tous les jours, tous ces actes pour ne pas se laisser faire qui sont trop vite oubliés.

6. forum

Prochain forum avec participation du groupe des 39 à Le Thor, au colloque du point de capiton

7. pétition

La pétition, déjà signée par plus de 26 000 personnes.


Collectif des 39…                            
…contre la nuit sécuritaire

Rencontre nationale 

Quelle hospitalité pour la folie ?

Non

– au retour des gardiens de fous

– au grand renfermement

– à l’abandon, au tri, à la mise à l’écart

Au programme   

– la question de l’industrialisation de la santé, l’évaluation, les protocoles, la déshumanisation,

– puis un temps sur les soins contraints et les dérives sécuritaires, l’usage systématisé des chambres d’isolement

– et enfin la réflexion sur les moyens de résistance, de coordination, pour défendre nos pratiques cliniques. 

SAMEDI 28 NOVEMBRE 2009
à la maison de l’arbre et de la parole errante
9, rue François Debergues, à Montreuil.

Ecrivez à resistancepsy@yahoo.fr


Les Forums itinérants du “collectif des 39- Contre La Nuit Sécuritaire” continuent :
Dans toutes les régions, des colloques, des journées d’études, des associations réservent une partie de leur temps pour un forum ” Contre la Nuit Sécuritaire”.

– 20-21-22 novembre : à Cavaillon au colloque du point de capiton http://www.le-point-de-capiton.net/Transfert/transfert.htm qui commencera par un forum intitulé « Pour une relation humaine dans les dispositifs de soin : “une psychiatrie sans transfert est-elle viable ?” à la salle polyvalente de Le Thor


Continuez à SIGNEZ LA PETITION, et diffuser cette lettre autour de vous.
http://www.collectifpsychiatrie.fr/phpPetitions/index.php?petition=1

Voyage au pays de l’inconscient et du désir

Cliquer ici pour consulter ce texte en direct

En 33 heures d’entretiens et 14 DVD, 15 grands psychanalystes français lèvent le voile sur leur pratique, dans un face-à-face sans faux-fuyants

Il existe des métiers impossibles. Freud en comptait deux, connus depuis longtemps, « éduquer et gouverner ». Mais, lucide sur sa propre pratique, le fondateur de la psychanalyse ajoutait : « Il me semble presque (…) qu’analyser soit le troisième de ces métiers impossibles. »

« Profession psy », c’est autour de ce thème que Daniel Friedmann, auteur-réalisateur et sociologue au CNRS, a interrogé une quinzaine de grands psychanalystes français, en 1983 puis une nouvelle fois en 2008, soit une trentaine d’entretiens rassemblés aujourd’hui dans un coffret aux Éditions Montparnasse et diffusés sur grand écran au MK2 à Paris (1).

« Mes questions étaient simples et correspondaient à celles que le grand public et les psychanalystes se posaient et continuent à se poser », témoigne-t-il. Quel est le but de la psychanalyse ? Quelles sont ses indications, sa durée ? Quel doit être la formation de l’analyste ? Quel est le rôle de l’argent ? Quand une analyse se termine-t-elle ? Faut-il réglementer la psychanalyse ? « La psychanalyse s’intéresse à ce qui n’arrive pas à s’enfermer dans les réponses, dans le savoir », prévient d’emblée le psychanalyste Isi Beller dans l’un des DVD…

Le partage d’une intimité

L’initiative de Daniel Friedmann est d’autant plus captivante que ce sujet encore entouré d’un certain mystère, d’incompréhensions, et parfois de préjugés. Les entretiens, réalisés chez les analystes eux-mêmes, s’ouvrent par le partage d’une intimité. L’œil parcourt les objets familiers, déposés avec soin ou désordre : reproductions artistiques, collection de pipes, étagères croulant sous les livres… Le regard évalue la place du fauteuil de l’analyste, plus ou moins imposante, celle du divan de l’analysant, plus ou moins capitonné… Dans cet intérieur, l’analyste, maître des lieux, se soumet pour une fois aux questions simples et directes du réalisateur. La caméra prend son temps : elle laisse vie aux silences, aux hésitations, aux précisions. Au jeu du corps, aussi : plissements des yeux, sourires complices ou gestes de retrait…

Pourquoi devient-on psychanalyste ? « Impossible de répondre en vérité, “pour de vrai” comme disent les enfants à une question comme celle-là », pose d’abord Jean- Bertrand Pontalis, avant d’accepter le dévoilement, par une série de réponses qui se complètent : « une manière d’aider les autres à surmonter leur souffrance psychique », « de satisfaire ma curiosité sur comment est fait un être humain… » « Ce qui serait plus véridique, ajoute-t-il en pointant le mal névrotique, c’est que je supporte mal ce qui entrave l’homme, cette perte d’énergie, de possibilités considérables. » Les psychanalystes ne le dissimulent pas : eux-mêmes ont bien souvent commencé leur analyse sous l’effet de la souffrance, comme tout analysant. « J’étais malade et je l’éprouvais comme une nécessité », partage avec simplicité Laurence Bataille. « J’y étais forcé par mes propres impasses », témoigne Jean Clavreul.

“C’est un métier difficile à cause de ce que l’on s’interdit de faire”

C’est avec pédagogie que les « psys » détaillent ce qu’est une analyse, ce que l’on peut en attendre. « C’est une sorte de lecture que l’on fait avec l’analysant pour l’aider à déchiffrer », pose Ginette Raimbault. François Roustang la décrit comme « une expérimentation de la relation », « une relation en laboratoire par laquelle on va essayer de réformer, de détordre, de rétablir et quelquefois même de revivifier un système dans lequel les relations étaient prises ». Dans ce travail, le psy est celui « qui écoute autre chose que la surface du discours », souligne Georg Garner, non pas pour plaquer une interprétation, mais pour que l’analysant découvre « où ses questions se formulent, où la question devient la sienne, complète Isi Beller. C’est alors à l’analysant de donner sa réponse », insiste-t-il.

Les analystes reviennent longuement sur l’éthique impliquée par cette pratique. Avec une certaine humilité, ils acceptent la critique, pointent les « fautes » et « les bêtises » qu’ils ne parviennent pas toujours à éviter : « parler de soi » au lieu d’écouter, « donner à l’analysant l’idée qu’il n’est pas un cas absolument particulier », « vouloir éduquer, conseiller, malgré tout », détaille Laurence Bataille. « C’est un métier difficile, non pas à cause de ce qu’on est obligé de faire, mais à cause de ce que l’on s’interdit de faire », témoigne André Green.

« La psychanalyse est ressentie comme appartenant à une élite, aux intellectuels »

En 2008, vingt-cinq ans après la première série d’enregistrements, Daniel Friedmann est revenu interroger les mêmes psychanalystes. On retrouve des visages devenus presque familiers, on observe les changements : une certaine liberté a gagné chez les uns, un peu de raideur s’est installée chez d’autres… Souvent les interrogations se sont déplacées, jusqu’à modifier le rapport à l’analyse : Jean-Bertrand Pontalis s’est davantage orienté vers l’écriture, François Roustang a abandonné la psychanalyse pour la thérapie par l’hypnose.

Plane aussi sur les esprits une ombre : le déclin social d’une discipline à laquelle ils ont consacré leur vie. Essor des théories comportementalistes et cognitivistes souvent médicamenteuses, effondrement de la psychiatrie et marginalisation de la psychanalyse en son sein… « La psychanalyse est ressentie comme appartenant à un passé, à une élite, aux intellectuels », résume Élisabeth Roudinesco, faisant le constat d’une « époque de désintellectualisation » où les réponses immédiates « semblent plus importantes que ce qui annonce l’exploration de soi ».

Élodie MAUROT


(1) Être psy , 14 DVD, 70 €. Au MK2 quai de Seine à Paris, cycle « Paroles de psychanalystes », tous les samedis et dimanches aux séances de 11 heures, jusqu’au 14 février.

EUROPSY : l’association européenne des psychologues harmonise

La profession de psychologue en Europe se dote d’un nouveau dispositif de reconnaissance des diplômes :
la certification EuroPsy (pour ceux qui n’ont pas l’habitude, cliquez sur EuroPsy souligné en rouge ci-contre, vous gagnez un hyperlien instructionnant).


Mais de quelle pratique s’agit-il ? en ce qui concerne le voisinage (1“) avec la psychothérapie relationnelle, cela porte sur un cinquième du champ d’action des psychologues. Ces polyvalents on tellement de cordes à leur arc que ça en devient une harpe : champ clinique-santé, champ enfance-éducation, champ travail-organisations, champ autres. Tant mieux pour tout le monde qu’ils découvrent les bienfaits de la supervision constante en matière clinique, à notre programme d’exigences depuis plus de 25 ans.

Nos collègues envisagent de standardiser leurs pratiques à l’échelle européenne. Les français détenteurs dans un avenir proche ou lointain (2“) du titre exclusif de psychothérapeute NN correspondant à une formation de psychopathologues, un tout autre métier mais pourquoi pas, se mettraient aux normes européennes. Celles-ci il y a vingt ans spécifiaient déjà qu’un psychologue désireux d’exercer la psychothérapie devrait s’engager dans une formation professionnelle complémentaire de quatre années supplémentaires. Nos psychologues à nous n’en voulaient rien entendre ni savoir.

Avec Europsy que se passerait-il véritablement ? Pour apprendre ce que nous savons, comment faire sans entrer en contact avec nous ? sinon, ils apprendront autre chose. Pourquoi pas. Il faut de tout pour faire un monde.
Donc on ne confond pas les professions et les pratiques. Pour ce qu’il en est de nous on clique Quels “psychothérapeutes” pour quel avenir ? Et on ne perd pas de vue que pour apprendre ce que nous savons, il faudra continuer de se tourner vers nous.

Philippe Grauer


Ce dispositif mis en place par la Fédération Européenne des Associations de Psychologues (200 000 membres) a pour but d’assurer la liberté d’exercice en Europe à partir de la vérification de la compatibilité des diplômes nationaux avec les diplômes des autres pays (35 à terme). Cette avancée significative permettra aux titulaires de la certification Europsy de circuler plus facilement en Europe tout en valorisant la profession par l’affirmation de son haut niveau de qualification
La certification EuroPsy proposée par l’EFPA comporte deux volets : 1) une certification européenne donnée aux psychologues qui en font la demande et qui remplissent trois conditions : un diplôme de master, une pratique professionnelle validée et suivie par un psychologue référent EuroPsy, et un engagement à suivre le code de déontologie national et le métacode européen. 2) une accréditation donnée aux cursus universitaires (licence et spécialités de master) dont l’organisation est compatible avec le cursus type EuroPsy. Les titulaires de la certification pourront circuler en Europe plus facilement qu’actuellement, et contribuer à la valorisation de la profession visée par EuroPsy (cf.le site www.europsy.fr)

L’une des nouveautés les plus importantes d’EuroPsy, en France comme dans beaucoup de pays d’Europe, est la mise en place de ce que le texte EuroPsy appelle la pratique professionnelle supervisée et que le CoFraDeC EuroPsy préfère nommer la pratique référée aux standards EuroPsy.

Pour le CoFraDeC EuroPsy, il est primordial que la mise en place de cette pratique profite de l’expérience acquise par les collègues de plusieurs pays européens et qu’elle intègre les spécificités de la pratique professionnelle en France. Il propose pour ce faire qu’une réflexion collective soit menée à partir de ces deux réalités en organisant le 21 novembre 2009 une journée consacrée aux pratiques de supervision en Europe et aux futurs psychologues référents EuroPsy.

Programme du matin : communications sur les pratiques de supervision dans plusieurs pays : Espagne et Italie (où elle se met en place), Royaume Uni, Québec, (où elle est une pratique instituée).

Après-midi : ateliers par champ professionnel (champ clinique-santé, champ enfance-éducation, champ travail-organisations, champ autres). Les débats seront introduits par de courtes communications de professionnels expérimentés dans ces pratiques.

En fin de journée, rapport sur les ateliers et synthèse faite par les membres du CoFraDeC EuroPsy.

Cette journée favorisera une meilleure compréhension de ce qu’est le dispositif de certification Europsy et éventuellement vous permettra de vous engager dans le processus pour devenir psychologue référent Europsy. Elle sera suivie de la publication sur le site web du CoFraDeC EuroPsy d’un bilan, et d’un calendrier de journées de réflexion-formation des psychologues référents EuroPsy.

Info communiquée par frdm.

Pour en savoir plus : documents europsy

  • 1 Il ne s’agit que de voisinage. Un psychologue “clinique-santé” n’est pas requis d’un travail sur soi, encore moins d’un travail conséquent sur soi, ni de formation expérientielle.
  • 2 Toujours pas de décret d’application à l’horizon.

Marie NDiaye — Vous touchez à la liberté d’expression et vous étouffez la psychothérapie

La psychothérapie relationnelle est ici totalement et organiquement solidaire de la littérature. Nous pratiquons la lecture. Nous témoignons du prix Goncourt à cette écrivaine. Nous : vous et moi. À ce titre j’entends soutenir Marie NDiaye, et fais savoir que je demande à Monsieur Éric Raoult de prendre bonne note que je ne relève pas de son nous qui dans tous les sens du terme abuse.

Que par contre je procède du nous qui avec tant d’autres comporte André Salmon. J’en profite pour m’associer à la dénonciation de ce que Marie Ndiaye trouve monstrueux dans l’actualité de mon pays où le plus strict et imprescriptible devoir de charité, le devoir de l’auvergnat — celui de Brassens, pas celui d’Hortefeux, est sévèrement réprimé. De tous temps les Justes ont maille à partir avec les partisans de ce M. Raoult dont la droite penche vers l’extrême, dont je récuse les valeurs. Décidément les mêmes contre les mêmes continuent d’en découdre. Notre affligeant ministre de la culture se dérobe à son devoir de protestation. Fidèle à tous les miens et à ma profession, j’entends en tant que psychothérapeute relationnel aux prises avec la souffrance des victimes des amis de M. Raoult, faire savoir que je continuerai de me battre du côté de ceux qui expriment sans réserves leur révolte contre le processus de régression en cours.

L’exortation comminatoire à un prétendu devoir de réserve qui vaut pour les fonctionnaires et jamais pour les artistes, ne s’arrêtera que si leurs auteurs mesurent la vigueur de l’opposition à leurs provocations. La psychothérapie comme nous l’entendons procède de l’œuvre d’art, mobilisant la créativité du sujet et de qui auprès duquel il recourt. L’embrigadement des artistes on croyait que c’était fini avec la chute du mur — de l’autre côté duquel on traitait psychiatriquement les opposants, tout se tient. En France il va falloir faire entendre que nous ne sommes pas candidats à la reconstruction dudit mur. Nos amis de l’Appel des appels s’y sont déjà mis. La psychothérapie relationnelle a besoin de liberté d’expression. Veillons à la protéger.

Philippe Grauer


Ne nous y trompons pas. La dernière saillie du député Eric Raoult contre l’écrivain Marie NDiaye est d’une extrême gravité. Elle aurait pu passer en d’autres temps pour le dérapage isolé d’un député en mal de réélection.

Mais son parti, majoritaire à l’Assemblée nationale, lui a aussitôt emboîté le pas. Et le ministre de la culture qui concevait, il y a quelques semaines encore, que son rôle était de prendre la défense des artistes, s’est lavé les mains de cette polémique ” anecdotique ” et ” dérisoire “, mettant au même plan l’offense et l’offensé et renvoyant dos à dos l’écrivain et le député… Pourtant le député ne s’était pas contenté d’exprimer ” ce qu’il avait sur le coeur “, mais il avait écrit une véritable lettre de dénonciation au ministre pour lui demander ” ce qu’il comptait entreprendre en la matière ” contre l’écrivain.

Eric Raoult n’en est pas à son coup d’essai. Le 31 octobre, déjà, il avait justifié l’expulsion de Tunisie d’une journaliste du Monde, Florence Beaugé, sous le prétexte qu’il ne faut pas s’étonner ” quand on fait de la provocation à l’égard du président Ben Ali “, d’être ” remis dans l’avion ” à l’arrivée à Tunis. Eric Raoult, qui préside le groupe d’amitié France-Tunisie à l’Assemblée nationale, légitimait ainsi, selon Le Monde, ” les attaques personnelles les plus farfelues et les plus ignobles, quotidiennement formulées dans la presse tunisienne ” à l’encontre de la journaliste accusée tour à tour, d’être : ” psychotique “, ” hystérique “, ” bonne pour la psychanalyse “, ” maléfique “, et par-dessus le marché ” idiote “, sans compter, ” c’est bien connu, volage “…

A l’encontre de Marie NDiaye, les propos d’Eric Raoult sont sans précédent. ” Nous lui avons accordé le prix Goncourt parce qu’elle a du talent, a-t-il déclaré. Qu’elle soit moins militante. Maintenant qu’elle a le Goncourt, elle peut penser comme elle veut, mais, en l’occurrence, il faut qu’elle soit un peu l’ambassadrice de notre culture. “

Il faut entendre ce que recèle ce ” nous “, et ce qu’il exclut. Marie NDiaye visiblement n’en fait pas partie. Et nous alors ? Mais qui, nous ? Nous, les Blancs ? Nous, la droite ? Nous, l’Occident ? Ce ” nous ” ” menacé par la haine de soi “, selon les mots de Nicolas Sarkozy à La Chapelle-en-Vercors, jeudi 12 novembre ? Ce ” nous ” n’est-il pas cet obscur objet du débat sur l’identité française ? Qui fait partie de votre ” nous “, M. Raoult ?

Cette déclaration porte atteinte non pas seulement à la liberté d’expression d’un écrivain, comme on l’a dit ces derniers jours. Mais il met en cause la liberté tout court, celle qu’a tout citoyen de trouver en effet ” monstrueux ” – c’est l’adjectif employé par Marie NDiaye – de reconduire manu militari des Afghans dans leurs pays en guerre, ” monstrueux ” de traquer des enfants sans papiers dans les écoles maternelles. ” Monstrueux ” de criminaliser ceux qui prennent leur défense, comme aux pires heures de l’histoire de France. ” Monstrueux ” d’avoir tant valorisé l’expulsion, le rejet de l’autre, la clôture sur soi, qu’il est désormais plus coûteux pour la communauté nationale d’expulser que d’accueillir, d’honorer les statistiques de reconduites aux frontières que de respecter les lois de l’hospitalité.

Doit-on poursuivre ? ” Monstrueuse ” la législation sur les malades mentaux, la responsabilité pénale des mineurs, le tout-sécuritaire, les tentatives réitérées de fichage de la population, la traque des délinquants dès le plus jeune âge, la criminalisation des banlieues, la culpabilisation des chômeurs, la sanctuarisation du profit, la garde à vue pendant plusieurs mois de Julien Coupat, le culte de l’argent drapé dans la méritocratie…

” Monstrueux “, encore, d’entendre le président de la République parler des liens charnels qui lient ” l’identité nationale française ” avec… la ” terre ” ! Et marteler le mot ” terre ” cinq fois en dix lignes de discours de peur que ne passe inaperçue cette référence explicite à ” la terre qui, elle, ne ment pas “, chère au maréchal Pétain en juin 1940. A force de chercher les ” racines ” introuvables de l’identité, on tombe sur les vieux cadavres, ceux d’une histoire mal enterrée, celle de Vichy.

L’anti-intellectualisme, le mépris des artistes et des intellectuels, font partie du code génétique de ce régime qui a besoin pour imposer ses réformes de traquer la critique jusque dans la langue… Un écrivain n’a pas d’autre citoyenneté que sa langue maternelle. Pas d’autre patrie que le langage dans sa diversité. Pas d’autre territoire à défendre que le pays sans frontières de sa langue. Comment s’étonner alors qu’il soit sensible aux déformations qu’on lui fait subir ? Marie NDiaye ne s’inscrit en rien dans la tradition de l’écrivain engagé, qui ” dit le droit pour les autres ” dans la lignée de Zola, Camus ou Sartre. Son engagement est ” écoute ” et ” attention “, un souci extrême pour la langue. Un gardien du vocabulaire, comme le disait André Breton.

Ce n’est désormais un secret pour personne : la langue du pouvoir s’est abaissée à des niveaux sans précédent. Le sarkozysme, comme l’inconscient lacanien, est structuré comme un langage. Ou plutôt il est ” déstructuré ” comme un langage ; c’est une zone de langage effondrée.

Ses attentats syntaxiques sont quotidiens. La liste est longue de ces violences verbales et de ses outrances, de ses lapsus et jeux de mots. Des métaphores guerrières (le ” Karcher “, la ” racaille “, le ” croc de boucher “) en vulgarités (” casse-toi pauvre con “), de lapsus (les fameux ” coupables ” du procès Clearstream) en plaisanteries machistes ou racistes (les Arabes d’Hortefeux acceptables en petit nombre exclusivement ou Rama Yade qui ferait bien plus ” couleur locale ” dans le Val-d’Oise).

Cher Eric Raoult, entre la ” culture ” et la ” terre “, il faut choisir. Entre les voix du Front national et celle d’un écrivain rétif à tout embrigadement, il faut savoir celle qu’on veut entendre. Récemment le mur de Berlin est tombé et, avec lui, croyait-on, la tentation d’embrigader les artistes et les écrivains. La guerre froide est terminée depuis vingt ans, mais votre langage et sa rhétorique de la responsabilité, du patriotisme, des ambassadeurs culturels, continue à lui appartenir… comme lui appartient la ” prudence ” (de chat ou d’apparatchik ?) de notre ministre de la culture.

Nicolas Sarkozy voulait supprimer, dit-on, le ministère de la culture. Que ne l’a-t-il fait ? Il semble qu’il ne soit pas compatible avec son voisin de l’identité nationale et de l’immigration. Pourquoi ne pas lui donner un intitulé nouveau : ” ministère de la réserve et de la modération ” ? On le confierait à Eric Besson. Il aurait pour mission de récompenser les écrivains ” modérés “, amis du régime, envoyés dans des ambassades ou conviés à déjeuner, à qui l’on confierait des missions, des émissions de radio et des chroniques dans les journaux. L’élection du prix Goncourt serait soumise à son approbation. Alors la France, comme Marie NDiaye, n’habiterait plus la France.


Christian Salmon est écrivain, ex-directeur du Parlement international des écrivains

Le Monde 151109