Tous pédophiles potentiels !

10 novembre 2009

Harry Potter et les présumés pédophiles

communiqué par frdm http://www.lta.frdm.fr/


La menace fantôme en vient parfois à devenir tout à fait concrète. Elle révèle ce qu’il en est dans une société aux prises avec sa perversion qui n’a plus que la vérification paranoïaque de la vertu comme arme de destruction massive de ses propres fantasmes. Les cochages et fichages conduisent toujours aux mêmes délires, ils deviennent eux les instruments de la perversion. Parfaitement logiques et parfaitement fous. Le totalitarisme est toujours possible, sauf qu’en pays de droit et de démocratie les errements sont rapidement dénoncés, montrés du doigt et (provisoirement, toujours provisoirement) neutralisés.

Continuons de veiller bonnes gens. À l’heure de la suppression des juges d’instruction inscrite au programme, il importe de ne pas s’endormir en démocratie pour se réveiller sous, sous quoi au juste ?

Philippe Grauer


C’est à Watford, située au nord-ouest de Londres, qu’ont été tournés Star Wars Episode 1 : la menace fantôme, ainsi que la série de films inspirés de la saga Harry Potter. C’est aussi à Watford que les parents se voient aujourd’hui interdire d’accompagner leurs enfants dans les deux principales aires de jeux municipales… sauf s’ils démontrent qu’ils ne sont pas pédophiles.

En octobre dernier, l’administration britannique lançait une vaste campagne de fichage des enseignants, infirmières, dentistes, pharmaciens, entraîneurs sportifs, gardiens de prison, chefs scout, parents faisant du soutien ou accompagnant leurs enfants lors des sorties scolaires… et tout autre citoyen en contact avec des “personnes vulnérables“, soit un Britannique sur six.

Objectif : croiser leurs antécédents judiciaires avec leurs modes de vie et relations actuelles, pour jauger de leur bonne moralité, et les autoriser (ou non) à être en contact avec des enfants, malades, handicapés, etc. (voir Présomption de pédophilie).

En prévision de cette campagne massive de fichage préventif, le conseil municipal de Watford >envoyait un courrier, mi-septembre, à quelques 300 foyers. Il y était préciser que les parents ne seraient désormais plus autorisés à entrer, avec leurs enfants, dans les deux principales aires de jeux prévues pour les 5-15 ans, sauf s’ils acceptaient, eux aussi, de faire l’objet d’une telle enquête de moralité démontrant qu’ils ne sont pas pédophiles.

Laissez entrer nos parents !

Sun rapportent les propos offusqués de plusieurs mères de famille, choquées de voir que les parents sont désormais traités et perçus comme des “pédophiles potentiels“, qui ne voient pas comment les trois employés du parc seraient plus à même qu’elles de garantir la sécurité de leurs enfants, et qui ne comprennent pas pourquoi, tout simplement, on leur interdit ainsi de jouer avec leurs propres enfants…

En réponse, Dorothy Thornhill, maire de Watford, leur rétorque que les aires de jeux pour enfants et adolescents “ne sont pas des lieux de rencontre pour adultes“, qu’il existe 40 autres parcs où les parents peuvent emmener leurs petits enfants”, et qu’elle ne fait que suivre les recommandations du gouvernement, qui veut interdire tout contact rapproché entre enfants et adultes non fichés…

Rappelant que les employés de ces aires de jeux avaient, eux, dûment été autorisés à travailler avec des enfants, la maire déplore également le fait que ces “play rangers” (sic) passaient plus de temps à s’inquiéter de ce que faisaient les parents avec leurs enfants qu’à surveiller et encadrer ces derniers…

Les autorités britanniques ont depuis rappelé que jamais elles n’avaient cherché à interdire aux parents de rester avec leurs propres enfants, ni à les faire suivre ou surveiller par des adultes dûment autorisés à approcher des enfants, et que seuls ceux qui “travaillent” avec les enfants doivent être fichés, et habilités.

Une paranoïa égarée ? Pas tant que ça. Le Sunday Telegraph rapporte ainsi que des milliers d’étudiants en médecine sont interdits de travailler du fait des délais dans l’obtention de l’habilitation, et que plusieurs églises interdisent désormais aux adultes non fichés d’assister aux cours ou chorales donnés le dimanche, même et y compris lorsqu’il s’agit de parents venus y accompagner leurs enfants… “au cas où ils soient amenés à accompagner d’autres enfants aux toilettes“.

État de droit : le Conseil de l’Europe se penche sur le cas français

La psychothérapie, relationnelle en tout cas, ne peut exister que dans un État de droit. Tout ce qui porte atteinte à ce principe porte directement atteinte à notre exercice professionnel. C’est pourquoi

Philippe Grauer


Pour ceux que l’État de droit intéresse… pour leur culture générale.

La délibération du Conseil de l’Europe critiquant la France, dont traite l’article ci-dessous, se trouve :
http://assembly.coe.int/Main.asp?link=/Documents/AdoptedText/ta09/FRES1685.htm
= http://tinyurl.com/ygqtcdj
<< Allégations d'utilisation abusive du système de justice pénale, motivée par des considérations politiques, dans les États membres du Conseil de l'Europe >>
Résolution 1685 (2009) du 30 septembre 2009
Le sujet dépasse très largement le cadre de la justice pénale pour concerner tout le système juridictionnel français, et donc d’État de droit.
Le rapport présenté pour cette résolution :
http://assembly.coe.int/Documents/WorkingDocs/doc09/fdoc11993.pdf
= http://tinyurl.com/yhy2zol

===== =====

http://www.lesmotsontunsens.com/conseil-de-l-europe-fustige-la-suppression-du-juge-d-instruction-sarkozy-5726
= http://tinyurl.com/yfd4j4s

Le Conseil de l’Europe fustige la suppression du juge d’instruction (notamment)

5 octobre 2009, Les mots ont un sens, par Napakatbra

Dans une totale indifférence, mercredi dernier [30 septembre 2009], le Conseil de l’Europe a asséné une violente charge contre la suppression du juge d’instruction
http://www.lesmotsontunsens.com/suppression-juge-instruction-5370
= http://tinyurl.com/yfomrn4
et contre toutes les tentatives “d’utilisation abusive du système de justice pénale motivée par des considérations politiques”…

Dans une résolution
http://assembly.coe.int/Main.asp?link=/Documents/AdoptedText/ta09/FRES1685.htm
= http://tinyurl.com/ygqtcdj
soumise par la Commission des questions juridiques et des droits de l’homme (CQJDH) et adoptée à l’unanimité mercredi 30 septembre 2009, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) souligne que l’indépendance du système judiciaire est le principal rempart contre toute ingérence politique dans le fonctionnement de la justice. Au cas où on aurait oublié…

Le France doit “revoir le projet de suppression des juges d’instruction”

De fait, constatant que la proposition de Nicolas Sarkozy de supprimer les juges d’instruction remettait en cause ce pré-requis, les parlementaires n’y sont pas allés de main morte, demandant au chef de l’Etat français de “revoir son projet”. Ni plus ni moins. Si toutefois cette réforme devait être confirmée, “et que les compétences en matière [d’instruction] étaient transférées au ministère public”, l’APCE exhorte la France “à renforcer l’indépendance des procureurs” et à “permettre aux avocats de la défense d’accéder à l’enquête préliminaire conduite par le parquet”… ce qui constitue effectivement la principale demande des syndicats de magistrats, mais qui n’est pas franchement à l’ordre du jour.

Les juges français les moins bien payés d’Europe

La rémunération des magistrats étant un critère d’indépendance primordial, l’Assemblée invite aussi les autorités à “augmenter progressivement les salaires des juges et des procureurs à la hauteur de la dignité et de l’importance de leurs fonctions, jusqu’à ce que ces salaires soient alignés sur la moyenne des autres pays européens”. Ce ne serait pas du luxe… Dans une étude publiée en 2002, ce même Conseil de l’Europe affirmait que la France était le pays européen le plus radin avec ses juges, rémunérés entre 1.1 et 3.1 fois le salaire moyen français selon l’ancienneté, contre 4.6-7.4 en Grande-Bretagne, 3.7-7.7 en Roumanie, 2.5-6.5 en Espagne, 2-3.4 en Moldavie, 4-9.7 au Portugal…

“Un système de justice pénale à deux vitesses”

Un autre motif d’inquiétude est que les “les ressources affectées à l’aide juridique” ne soient pas augmentées, face à un système devenu principalement accusatoire, donc plus coûteux pour la défense. Ce qui fait craindre à la rapporteure du projet de résolution
http://assembly.coe.int/Documents/WorkingDocs/doc09/fdoc11993.pdf
= http://tinyurl.com/yhy2zol

l’ex-ministre allemande de la justice Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, que “se développe un système de justice pénale à deux vitesses, l’égalité des armes étant assurée uniquement pour ceux qui en ont les moyens”. Et là encore, on ne peut que constater le retard de la France en matière de budget annuel alloué au système judiciaire (38ème pour 45 pays membres)
http://www.carte-judiciaire.justice.gouv.fr/index.php?rubrique=10408&ssrubrique=10472
= http://tinyurl.com/yg5xb2h
et ce quelque soit la méthode de calcul : budget par habitant, % de PIB par habitant…

Prise de contrôle politique du CSM

Au sujet du Conseil Supérieur de la Magistrature, l’institution censée garantir l’indépendance des juges, l’APCE constate que “la France a récemment décidé de doubler le nombre de membres nommés par le Président de la République et les présidents des deux chambres du parlement”, ce qui pose manifestement un problème de conscience aux parlementaires du Conseil qui demandent à l’Etat de “rétablir une majorité de juges et de procureurs au sein du Conseil Supérieur de la Magistrature ou à veiller à ce que parmi les membres nommés par les organes politiques figurent également des représentants de l’opposition”.

Comme “l’impression que cette réforme vise à protéger la classe politique de tout contrôle judiciaire”…

Seul motif de satisfaction du Conseil de l’Europe, “un parlement et des médias indépendants qui constituent des garde-fous relativement fiables contre l’utilisation abusive du système de justice pénale par le pouvoir exécutif”. A voir comment les “médias indépendants” se sont rués sur l’information, ça ne présage rien de bon… En résumé, selon Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, si la France décide de supprimer le juge d’instruction, “certaines conditions essentielles devront être satisfaites pour éviter l’impression que cette réforme vise à protéger la classe politique de tout contrôle judiciaire”. Juste une “impression” ?

(Article publié sur le site “Les mots ont un sens”)
http://www.lesmotsontunsens.com/conseil-de-l-europe-fustige-la-suppression-du-juge-d-instruction-sarkozy-5726
= http://tinyurl.com/yfd4j4s

un cas d’école d’antisémitisme

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11 novembre 2009 Polémique autour d’une phrase
Godard et la question juive

Photogrammes extraits du documentaire ” Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard “, d’Alain Fleischer. ÉDITIONS MONTPARNASSE
Dans son nouveau livre, l’écrivain et cinéaste Alain Fleischer accuse Jean-Luc Godard d’avoir tenu des propos antisémites. Provocation ou dérapage ?

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Filmé en 2006 par Alain Fleischer pour un film qui s’est appelé Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard, le cinéaste franco-suisse aurait tenu des propos très polémiques à l’encontre des juifs, en partie écartés au montage, dont certains sur les deux films de Claude Lanzmann Shoah et Tsahal.

Dans un roman intitulé Courts-circuits, récemment édité au Cherche Midi, Alain Fleischer raconte qu’en aparté, lors d’une pause, Jean-Luc Godard aurait lâché cette phrase monstrueuse à son ami et interlocuteur Jean Narboni, ex-rédacteur en chef des Cahiers du cinéma : ” Les attentats-suicides des Palestiniens pour parvenir à faire exister un Etat palestinien ressemblent en fin de compte à ce que firent les juifs en se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’Etat d’Israël. “

Jean-Luc Godard est coutumier de ce type de provocations. La première est survenue en 1974, lorsque, illustrant sa notion du montage comme vision comparative de l’histoire, il faisait chevaucher dans Ici et ailleurs une image de Golda Meir, premier ministre israélien, avec celle d’Adolf Hitler.

Prenant fait et cause pour la Palestine, l’auteur de Bande à part s’est maintes fois plu à rappeler, entre autres dans JLG/JLG en 1994, que, dans les camps nazis, les détenus au seuil de la mort étaient désignés sous le terme de ” musulmans “. Ignorant délibérément la nature des crimes commis et subis par les uns et par les autres, il sous-entend que les victimes d’hier sont devenues les bourreaux d’aujourd’hui. Décrivant la Bible comme un ” texte trop totalitaire “, il a déjà lâché à propos de ces juifs qui, selon lui, auraient sauvé Israël en mourant dans les camps : ” Au fond, il y a eu six millions de kamikazes. “

Dans Notre musique, film au départ duquel il voulait reprendre le schéma du Silence de la mer, de Vercors, en imaginant un officier israélien installé chez des Palestiniens, il déclare que ” le peuple juif rejoint la fiction tandis que le peuple palestinien rejoint le documentaire “. Avec démonstration rhétorique, photographies à l’appui. Champ : les Israéliens marchent dans l’eau vers la Terre promise. Contrechamp : les Palestiniens marchent dans l’eau vers la noyade. Il s’en explique dans Morceaux de conversations… : ” Les Israéliens sont arrivés sur un territoire qui est celui de leur fiction éternelle depuis les temps bibliques… ” Jean Narboni lui fait remarquer que le mot ” fiction ” est choquant. ” Alors, réplique-t-il, on dira que les Israéliens sont sur TF1, c’estla télé-réalité. Et les autres, dans un film de Frédéric Wiseman “.

Ces raccourcis suscitent doutes et consternation chez ses thuriféraires. Lorsque Jean Narboni lui rappelle que la juxtaposition des images de Golda Meir et d’Hitler avait même troublé Gilles Deleuze, sympathisant palestinien, lequel avait pourtant tenté de le défendre, Godard répond cinglant : ” Pour moi, il n’y a rien à changer… sauf d’avocat ! “

” Juif du cinéma “

” Un catholique, je sais ce que c’est : il va à la messe, dit-il dans le film d’Alain Fleischer à Jean Narboni. Mais un juif, je ne sais pas ce que c’est ! Je ne comprends pas ! ” Jean-Luc Godard s’est pourtant autoproclamé ” juif du cinéma ” pour signifier son destin de cinéaste persécuté. Il dit que, culpabilisé de n’avoir pas été alerté dans son enfance par l’Holocauste, choqué par les propos antisémites de son grand-père maternel qui faisait des plaisanteries sur son ” médecin youpin “, il n’a pas trouvé d’autre moyen de comprendre le juif qu’en se considérant ” pareil “.

Dans Deux ou trois choses que je sais d’elle, lorsque son héroïne, prostituée occasionnelle, emmène un client dans un hôtel et que celui-ci lui fait remarquer que c’est un hôtel réservé aux juifs parce qu’il a une étoile, elle ne trouve pas ça drôle. Sensibilisé par la Shoah, Godard n’a de cesse de dénoncer la faute inexpiable du cinéma de n’avoir jamais filmé les camps. Le ” ce qui ne peut pas être dit ” de Wittgenstein devient à ses yeux un ” il vaut mieux voir que s’entendre dire “. Clamant que ” l’image c’est comme une preuve dans un procès “, une formule que d’aucuns trouvent à la limite du négationnisme.

Cette certitude que rien n’est infilmable, même la Shoah, l’oppose à Claude Lanzmann, qui, lui, s’insurge contre le caractère suspicieux qu’auraient des images du génocide. Persuadé de l’inadéquation de celles-ci, Lanzmann se range à l’avis d’Elie Wiesel, qui craint que le cinéma ne transforme un événement innommable en ” phénomène de superficialité “. Débat qui, dans les colonnes du Monde, suscite la réaction du psychanalyste Gérard Wacjman résumant l’affrontement : ” Saint Paul Godard contre Moïse Lanzmann “.

La question juive obsède Godard. Parfois à bon escient : le rappel des forfaits perpétrés dans les stades, comme le Heysel, rappelle le Vél’d’Hiv dans Soigne ta droite. Ou ce reproche adressé à Romain Goupil durant le tournage d’Allemagne neuf zéro : ” Tu te dis anti-fasciste et quand tu filmes le stade des JO de Berlin, tu ne filmes qu’un stade, pas celui d’Hitler ! ” Mais, en négatif, ses propos sur Hollywood ” inventé par des gangsters juifs “, et sur l’invention du cinéma par ces producteurs émigrés d’Europe centrale ayant compris que ” faire un film, c’est produire une dette “. Son biographe américain, Richard Brody, raconte le projet d’un film où Godard débattrait avec Claude Lanzmann. Bernard-Henri Lévy étant médiateur. Ce dernier déclare : ” Lanzmann et moi étions les instruments de sa cure : celle d’un antisémite qui essaye de se soigner. J’étais prêt à jouer le jeu, mais il a changé de plan. ” Ici antisioniste, là carrément antisémite, Godard se heurte à quelque chose qu’il ne comprend pas, homme d’image affichant un problème avec la parole.

Jean-Luc Douin
© Le Monde

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Le partage des eaux du Nil Polémique autour d’une phrase

Droit à l’agrément pour l’adoption pour une célibataire homosexuelle

Une multitude d’articles sont parus sur une décision du Tribunal administratif de Besançon du 10 novembre 2009 annulant le refus d’agrément pour l’adoption par une célibataire vivant en couple homosexuel.
Voici deux de ces articles :
— celui du Monde, le plus précis
— celui du Point, correct dans ses développements mais faux dans son titre.
Tous les autres articles consultés sont faux en affirmant que c’est à “un “couple homosexuel” que le tribunal a reconnu le droit à l’agrément pour l’adoption.

Attention le titre de l’article du Point ci-dessous est faux : ce n’est pas un couple d’homosexuelles qui pourra adopter, c’est l’une des deux seulement et en tant que célibataire.
En revanche les développements de l’article sont corrects.

===== =====

La justice autorise l’adoption d’un enfant par une homosexuelle

LE MONDE

Le tribunal administratif de Besançon a donné son feu vert, mardi 10 novembre, à l’adoption d’un enfant par une homosexuelle vivant en couple, annulant les décisions du conseil général du Jura, qui refusait l’agrément. Le conseil général a indiqué qu’il appliquerait le jugement du tribunal administratif.

Le rapporteur public avait demandé au tribunal d’annuler la décision du conseil général du Jura et d’octroyer à cette enseignante, Emmanuelle B., un agrément sous quinze jours à compter de la notification du jugement avec une astreinte de 100 euros par jour de retard, et le remboursement de 2 000 euros pour les frais d’avocat. Depuis dix ans, Emmanuelle B., qui vit en couple avec Laurence R., se bat pour obtenir un agrément pour l’adoption d’un enfant, refusé à deux reprises par le conseil général du Jura.

“Le tribunal administratif ne dit pas : les homosexuels peuvent adopter. Il ne dit pas non plus : les couples homosexuels peuvent adopter. Il dit : la Cour européenne des droits de l’homme interdit des refus d’agrément au motif que les célibataires sont homosexuels”, explique Anne Chemin du service Société du “Monde” qui rappelle le contexte de cette affaire : cliquez ici pour écouter

La Cour européenne des droits de l’homme avait condamné la France le 22 janvier 2008 pour discrimination sexuelle, soulignant que le droit français autorisait l’adoption d’un enfant par un célibataire et que la Convention européenne des droits de l’homme interdisait de discriminer des personnes sur la base de leur orientation sexuelle.

En dépit de rapports de travailleurs sociaux favorables à une adoption d’un enfant de 6 mois à 10 ans par ce couple, le conseil général avait de nouveau refusé de délivrer un agrément aux motifs qu’il existerait “des différences notables [dans le couple] dans le projet d’adoption, notamment au niveau de l’âge de l’enfant” à adopter, et que son amie montrait “peu d’engagement affectif vis-à-vis de cet enfant”. “Le président du conseil général du Jura n’a pas refusé l’agrément à Mme B. parce qu’elle vit avec une femme, mais parce qu’il existe un désaccord” entre les membres du couple, avait soutenu Me Christophe Nicoley, avocat de la collectivité jurassienne, lors de l’audience.

La Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité a rendu le 5 octobre un avis jugeant ce refus “discriminatoire”. Le conseil général a saisi le Conseil d’Etat d’un recours contre l’avis de la Halde.

Cette affaire met une nouvelle fois en exergue la question de l’adoption par un couple homosexuel. En France, cela reste formellement impossible.

“L’adoption est réservée au couple marié. Un couple concubin ou un couple pacsé n’a pas le droit de demander un agrément pour adopter. Donc la seule manière d’adopter pour un couple homosexuel c’est de se présenter comme célibataire et d’avoir l’agrément pour le célibataire”, explique à ce propos Anne Chemin. Elle souligne les limites et conséquences de cette procédure. Elle évoque également la possibilité du recours à la procédure d'”adoption simple” qui a été un moment envisagée par certains couples homosexuels, mais rejetée par la Cour de cassation : cliquez ici pour écouter


Attention le titre de l’article du Point ci-dessous est faux : ce n’est pas un couple d’homosexuelles qui pourra adopter, c’est l’une des deux seulement et en tant que célibataire.
Les développements dans l’article sont en revanche corrects.

Le Point – Société
Publié le 10/11/2009

JUSTICE
Un couple d’homosexuelles pourra adopter un enfant
Par Ségolène Gros de Larquier

Une institutrice homosexuelle se bat depuis onze ans, avec sa compagne, contre le conseil général du Jura pour obtenir le droit d’adopter un enfant

C’est une première en France. Une institutrice homosexuelle, qui se bat depuis 11 ans avec sa compagne pour adopter un enfant, a obtenu gain de cause. Emmanuelle B., 48 ans, va obtenir un agrément, véritable sésame pour prétendre à adopter.

À l’origine de cette avancée, une décision du tribunal administratif de Besançon, qui a annulé, mardi, le refus d’agrément opposé à deux reprises à Emmanuelle B. par l’administration départementale. Aussitôt, le conseil général du Jura a précisé qu’il se conformerait au jugement du tribunal. “Il s’agit là d’une belle victoire contre l’homophobie, alors que les propos et les comportements homophobes demeurent vivaces dans notre société”, a réagi Me Caroline Mécary, avocate de la requérante.

Toutefois, le parcours entamé par Emmanuelle B. pour adopter un enfant est loin d’être terminé. L’obtention d’un agrément — délivré par le service de l’aide sociale à l’enfance du département — correspond seulement à la première étape de la procédure d’adoption. Il est remis lorsque les conditions d’accueil d’un enfant sont jugées satisfaisantes sur les plans familial, éducatif et psychologique.

La “solidité” du couple mise en avant

Pour donner leur accord, les juges administratifs se sont justement appuyés sur les rapports des services sociaux. Ces documents se montrent “favorables à la demande d’agrément pour adoption”. “Le couple formé par Mme B. et sa compagne, dont la démarche en vue d’adoption s’inscrit dans la durée, présente une solidité certaine”, ont estimé les juges. Selon eux, les motifs retenus par le président du conseil général du Jura ne permettaient pas de “justifier légalement la décision de rejet de la demande d’agrément pour l’adoption présentée par Mme B.”. Saisie de l’affaire, en janvier 2008, la Cour européenne des droits de l’homme avait d’ailleurs condamné la France pour discrimination sexuelle.

Les associations de lutte contre l’homophobie se réjouissent de cette décision. Mais pour l’APGL (Association des parents et futurs parents gay et lesbiens), des progrès restent à faire. “Ce n’est pas suffisant. Si Emmanuelle B. a obtenu l’agrément pour adopter, c’est seulement en tant que célibataire”, insiste Franck Tanguy, porte-parole de l’association qui bataille depuis 1986 pour une légitimation sociale et juridique de l’homoparentalité.

La loi de 1966, réformée le 5 juillet 1996, autorise en effet l’adoption “par toute personne âgée d’au moins 28 ans”. Pour adopter, les couples homosexuels sont donc contraints de jouer aux célibataires – ce qu’ils sont légalement – et de taire leur homosexualité. “Il y a deux types de citoyens en France : les hétérosexuels et les homosexuels, qui sont victimes de l’homophobie de l’État. Il faut changer la loi pour qu’un couple de même sexe soit autorisé à adopter”, soutient Franck Tanguy. “Nous espérons que ce symbole deviendra réalité pour les couples homosexuels qui demandent la reconnaissance de leur droit de parents”, souligne, de son côté, le maire de Bègles, Noël Mamère, qui a célébré en 2004 un mariage homosexuel. Mais le gouvernement ne semble pas l’entendre ainsi. Au sortir du Conseil des ministres, Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, a immédiatement rappelé : “Le président de la République lui-même s’est exprimé sur le sujet. Nous ne sommes pas favorables à l’adoption d’enfants par les couples homosexuels.” En attendant, la décision du tribunal administratif devrait relancer le débat au sein de la société.


Sur le même sujet

RÉACTIONS Les associations gay satisfaites
CONTROVERSE Chatel : le gouvernement n’est pas “favorable”
JURA Le conseil général se pliera à la décision tu tribunal

À vos ordres !

L’excellent F-R Dupond Muzart nous fait parvenir cette information. Les psychologues se mettront-ils en ordre ? C’est l’apparition de la nouvelle profession dite par la loi (1“) de psychothérapeute, dont on pourrait définir les futurs praticiens de psychothérapeutes NN, de laquelle nous autres psychothérapeutes à titre unique comme le dit justement le Psy’G, devant de ce fait nous démarquer en prenant un autre nom, par exemple celui de psychopraticiens relationnels (2“) mais ça n’est qu’un exemple, c’est l’apparition donc de cette nouvelle catégorie professionnelle qui bénéficierait en définitve de l’établissement de l’Ordre que certaines organisations de psychologues appellent de longue date de leurs vœux, non sans une opposition interne conséquente.

Tout cela ne nous concerne qu’indirectement, surtout si nous prenons la précaution de préciser que tant notre dénomination d’origine Praticiens en psychothérapie que telle autre que nous déciderions d’adopter, nous place hors du champ d’exercice et d’identification tant professionnelle qu’idéologique, de celui des psychothérapeutes NN. Cela n’empêchant pas, nos professions étant voisines, certains collègues de cumuler, comme cela s’est toujours fait depuis la nuit des temps psys.

L’ensemble du champ psy relevant du Carré psy bien connu de nos lecteurs, cherche à se réorganiser, à l’occasion de la loi Accoyer pour l’instant votée mais non à ce jour munie de ses décrets d’applications. L’affaire est complexe pour l’ensemble des protagonistes, la messe n’est pas dite nous n’en sommes qu’au prêche.

Philippe Grauer


Dans le communiqué ci-dessous sur le site de la FFPP, communiqué du GIRéDéP — Groupe Inter organisationnel pour la Réglementation de la Déontologie des Psychologues, regroupant 25 syndicats ou associations dont la FFPP — , toutes les résolutions semblent avoir été prises à l’unanimité, puisque la seule résolution à propos de laquelle il est question de majorité est celle relative à l’opposition à un ordre des psychologues (“se prononcent à une large majorité”).
C’est d’ailleurs le seul point précis parmi les résolutions indiquées, toutes les autres consistant en vœux sans contenu qui soit directement applicable.

J’ai déjà exposé depuis longtemps que tant la demande d’un ordre des psychologues qu’encore plus le refus d’un ordre des psychologues avaient en réalité pour effet de contribuer à favoriser, provoquer l’instauration d’un ordre des psychothérapeutes (qui serait composé à 95% de psychothérapeutes disposant par ailleurs du titre de psychologue, donc un ordre “de” psychologues de santé, santé mentale, et non pas “des” psychologues).

Notamment voir article relatif à l’article 52 tel que modifié en 2009 :
http://groups.google.com/group/psych-ana-logie/files?hl=fr
= http://tinyurl.com/ktejkj

Et dans les conditions hostiles à l’activité de psychanalyse par les psychologues, dans lesquelles est appliqué le système EuroPsy en France par le Cofradec et son président (M. le ministre d’EuroPsy en France), dans le cadre de la FFPP, il convient de se poser la question de l’ordre (quel qu’il soit) en nouveaux termes, sachant qu’un ordre (quel qu’il soit) devrait, lui, respecter la diversité des pratiques, dont celle de psychanalyse, comme le fait l’ordre des médecins s’agissant des psychiatres (Chambre nationale de discipline). En effet, si l’on est convaincu comme moi de la réussite future du système EuroPsy, seul un ordre professionnel (quel qu’il soit) pourra en contrarier les abus de pouvoir notamment à l’encontre de la psychanalyse. Voir à ce sujet article-enquête sur le système EuroPsy :
http://www.lta.frdm.fr/spip.php?article179
= http://tinyurl.com/yf2a4yj

François-R. Dupond Muzart


Toujours de la même source, voici la position inverse :

Site FFPP, Communiqué Girédép Groupe inter organisationnel pour la réglementation de la déontologie des psychologues

http://www.psychologues-psychologie.net/index.php?option=com_content&view=article&id=266:pas-dordre-professionnel-pour-les-psychologues&catid=45&Itemid=195
= http://tinyurl.com/yhtmmyo

PAS D’ORDRE PROFESSIONNEL POUR LES PSYCHOLOGUES

Les organisations de psychologues du GIRéDéP — Groupe inter organisationnel pour la réglementation de la déontologie des psychologues, regroupant 25 syndicats ou associations), ont rencontré le samedi 24 octobre 2009 les confédérations syndicales (CFDT, CGC,CGT, FO) et des syndicats.

Ces organisations, confédérations, syndicats représentent plus de 18 000 psychologues.

Elles s’inquiètent des dérives dans l’usage de la psychologie,

Elles rappellent la nécessité de permettre aux psychologues d’exercer leur métier dans le respect du droit des personnes.

Elles se prononcent à une large majorité contre la création d’un ordre professionnel des psychologues.

Elles décident de poursuivre la réflexion commune pour déterminer les voies les plus adaptées à la défense de leur déontologie, à la garantie de leur exercice professionnel, à la qualification de leur profession.

Elles invitent toutes les organisations, syndicats ou associations non encore signataires à les rejoindre dans cette démarche.

Courriel de contact : giredep@gmail.com

Organisations signataires:

*ACOP-F; ADEN; AEPU; AFPEN; AFPL; AFPSA; AFPTO; AGE EN AGE; ANaPS; ANPEC; APFC; A.Psy.G; Co-Psy-SNES (FSU); CPCN Ile de France; CPCN Atlantique; CPCN Languedoc- Roussillon; CPT13; FFPP; Institut P. Janet; PROPSYCLI; Psyclihos; SFP; SFPS; SPPN; SNPsyEN (UNSA Education)

SNPES PJJ-FSU,
CFDT santé sociaux,
CGC,
FO,
SNUipp -FSU
UFMICT-CGT.


  • 1 Toujours non apmliquée faute de décret.
  • 2 Dénomination actuellement non officielle.

Élisabeth Roudinesco — Retour sur la question juive, entretien

À propos de Retour sur la question juive (cliquez sur l’hyperlien précédant cette parenthèse), voici un premier jeu de quelques questions pour approcher le sujet.

Philippe Grauer


PHG : parler à l’heure actuelle de la “question juive” en termes sartriens, en quoi penses-tu que ce soit particulièrement d’actualité ?

Oui, bien sûr, à cause notamment de la quête identitaire moderne qui conduit chacun, sur fond de désengagement politique et de déception face aux grands discours de l’universalité, à chercher dans un idéal communautaire une solution à l’existence. En outre, l’interminable conflit israélo-palestinien – cette guerre des Grecs contre les Troyens, où les deux camps ont forcément raison -, n’a fait qu’accentuer l’interrogation  sur cette question, notamment dans la diaspora.

Mais une autre contradiction existe : les Juifs, en tant que “premiers parents” des deux autres monothéismes (christianisme et islam) sont porteurs d’une universalité du sujet qui est en contradiction avec le repli communautaire, du fait que, justement, ils existent indépendamment de toute frontière et de tout territoire. Ils forment un peuple à part qui peut vivre partout sans avoir besoin d’un ancrage dans des racines, puisque leurs “racines” c’est le livre, la tradition du livre, la transmission du savoir, de l’intellect.

En outre, les Juifs ont inventé quelque chose d’inouï à partir de l’époque des Lumières : on reste juif au sens de l’identité (de la judéité) même si on a cessé de l’être au sens de la religion (judaïsme ou judaïcité). D’où la différence entre Juif (avec une majuscule), appartenance à un peuple et à une histoire, et juif (avec une minuscule), appartenance à une religion.

Cette scission n’existe nulle part ailleurs, même s’il est devenu fréquent pour les incroyants de dire “je suis de culture chrétienne” ou “musulmane” pour désigner une appartenance qui échappe à la religion. Mais les Juifs ont inscrit cette scission dans la langue.  

PHG : Freud a souvent évoqué le statut de la psychanalyse comme “affaire juive”. Que dirais-tu de la nature de la relation entre judaïsme et psychanalyse ?

La question de la judéité est centrale dans l’histoire de la psychanalyse au point qu’on ne peut pas écrire cette histoire sans être repassé par la “question”. L’invention de la psychanalyse est contemporaine de celle du sionisme et du socialisme, à Vienne à la fin du XIXéme siècle. Elle est inventée par des Juifs de Haskala (les Lumières juives), des Juifs déjudaïsés au sein de la dernière grande dynastie impériale (la monarchie des Habsbourg) d’Europe, en voie de dislocation et de folie. À Vienne, cohabitent toutes les minorités juives issues de l’empire et soucieuses de l’avènement des Lumières et d’une sortie du ghetto par la science, la raison et la littérature.

Si Theodor Herzl invente l’idée d’une possible patrie pour les Juifs, c’est bien parce que après l’Affaire Dreyfus, il pense que l’assimilation n’est plus possible et qu’il faut inventer un “nouveau Juif” qui n’aurait plus les caractéristiques de celui de la diaspora. Quant à Freud, il ne veut rien inventer de cette sorte mais sa judéité lui permet de penser l’idée que tout ghetto est à bannir. Sa “terre promise” n’est pas une nation ou un territoire mais l’inconscient, c’est-à-dire l’au-delà de la conscience que le sujet humain doit conquérir par la raison pour ne plus être aliéné, pour devenir un “autre”.

PHG : tu oublies l’Antiquité et Titus : pourquoi avoir pris le Moyen-Age comme point de départ de ton identification des différentes formes d’antijudaïsme ?

Parce que l’antijudaïsme de l’Antiquité n’est pas un véritable antijudaïsme. Je n’ai étudié que ce qui est interne à l’histoire du monothéisme et de son héritage antireligieux : l’antijudaïsme chrétien médiéval (persécuteur), l’antijudaïsme des Lumières (émancipateur), puis les théories de la race qui prennent leur essor au milieu du XIXéme siècle avec l’invention du couple infernal des Sémites et des Aryens et qui débouchent sur l’antisémitisme pour mener ensuite à Auschwitz. J’ai aussi analysé les discours délirants

PHG : la création de l’État d’Israël aurait créé une situation inédite pour les juifs ?

Avec la création de l’État d’Israël, il n’y a pas de sédentarisation des Juifs. Ce terme ne convient pas. Il y a une division entre les Juifs de territoire devenus citoyens d’un pays et de nationalité israélienne et les Juifs de la diaspora. D’où de nouveaux conflits.

PHG : après la Shoah rien n’est plus comme avant. L’antisémitisme aurait-t-il changé de visage ?

Bien entendu que l’antisémitisme a changé de visage en Occident depuis l’Extermination des Juifs par les nazis. Il n’a plus droit de cité dans les démocraties occidentales, son expression publique est interdite par des lois et aucun parti politique n’a le droit de revendiquer un programme antisémite. En conséquence, il ne s’exprime plus que de manière individuelle et refoulée dans des lapsus et de façon inconscience et déniée. J’examine ces nouveaux discours dans mon livre.

En revanche, dans le monde arabo-islamique, du fait du rejet de l’existence d’Israël (vécue comme la création d’un État colonial), il s’exprime librement et il prolifère. Mais les antisémites de ce monde là n’ont rien inventé de nouveau : ils parlent comme Hitler, comme les nazis, comme Drumont, comme toute la tradition antisémite européenne, avec les mêmes mots et en diffusant les mêmes textes et les mêmes slogans. Autrement dit, si l’antisémitisme a intégré l’ancien antijudaïsme chrétien,  au point que le mot antijudaïsme ne revêt plus aucune autre signification que celle de l’antisémitisme, cela veut dire que toute haine des Juifs est un antisémitisme. Mais ce n’est pas le cas de toute forme de haine des Israéliens.

En ce sens, il faut être prudent avec l’utilisation du mot “antisionisme”. Tantôt il recouvre  un rejet des Israéliens dans le cadre d’une lutte du peuple palestinien pour retrouver un territoire qui lui a été enlevé, et tantôt il est un simple vecteur de l’antisémitisme. N’oublions pas que dans ce conflit, comme le craignait Freud on voit maintenant s’opposer des Juifs racistes à des Arabes antisémites, ce qui est le pire du pire : et pour les Juifs et pour les Arabes et pour le monde entier.

Contre La nuit sécuritaire — Collectif des 39

Nous ne travaillons pas du même côté du Carré psy. Nous nous tenons solidaires de nos collègues psychiatres qui militent pour une psychiatrie relationnelle. Nos professions sont solidaires, qui démantèle l’une d’entre elles s’attaque à toutes les autres.

Nous œuvrons souvent en réseau. Nous ne délivrons pas de soin, les gens qui s’adressent à nous viennent auprès de nous prendre soin d’eux-mêmes — version non médicale du soin : le souci de soi. Notre pratique professionnelle, axée sur le principe relationnel, nous place au lieu même où la personne est conduite à s’interroger sur ses valeurs et le sens de sa vie, à les définir et redéfinir en fonction de son histoire et situation psychosociale, souverainement. Nous avons besoin d’œuvrer dans le cadre d’un paradigme libre, prenant en compte le processus de subjectivation, non dans le contexte d’une psychothérapie d’État d’inspiration comportementaliste et sécuritaire.

Notre pratique clinique a besoin du voisinage d’une psychiatrie non idéologisée.

Philippe Grauer


Gardiens de l’ordre social ?

La psychiatrie se verrait-elle expropriée de sa fonction soignante, pour – redevenir la gardienne de l’ordre social ? Nous, citoyens, professionnels du soin, du travail social, refusons de servir de caution à cette dérive idéologique de notre société.

Non

– au retour des gardiens de fous

– au grand renfermement

– à l’abandon, au tri, à la mise à l’écart.

Au programme

La question de l’industrialisation de la santé, l’évaluation, les protocoles, la déshumanisation, puis un temps sur les soins contraints et les dérives sécuritaires, l’usage systématisé des chambres d’isolement et enfin la réflexion sur les moyens de résistance, de coordination, pour défendre nos pratiques cliniques.


SAMEDI 28 NOVEMBRE 2009

À la maison de l’arbre et de la parole errante

9, rue François Debergues, à Montreuil, Métro Croix de Chavaux(métro ligne 9).
Inscriptions

Plus d’infos dans les prochains bulletins d’information.


Hospitalisations sans consentement : soins ambulatoires “sous contrainte”

En prévision de la Journée nationale du 28 novembre à Montreuil, nous voulons soulever plusieurs questions touchant directement aux conditions des pratiques en psychiatrie. Il y a certainement de nombreux aspects à rénover, à réformer, reste à penser dans quelles conditions et pour quelles pratiques de demain ?

Depuis plusieurs mois, les conditions de sortie se sont durcies dans de nombreux hôpitaux, du fait d’une pression de plus en plus vive de la part des préfets. Une réforme de la Loi de 1990 est à prévoir dans les prochains mois. Dans le contexte actuel, il est à craindre un durcissement de cette Loi concernant les hospitalisations sans consentement. Nous en reparlerons.

La notion de « soins ambulatoires sous contrainte » est parallèle à la question de l’hospitalisation sous contrainte. Elle pose des questions éminemment épineuses sur la pratique extra hospitalière et l’interaction avec l’intra hospitalier.

Dans une conception du soin et d’une pratique thérapeutique, la dimension relationnelle est primordiale. Que ce soit en pédopsychiatrie ou en psychiatrie adulte, il est naturel de s’interroger sur les conséquences d’un dispositif de contrainte en extra hospitalier. L’obligation de se rendre dans un lieu d’accueil et de soins en ville condamne toute possibilité de résistance, d’ambivalence chez les sujets en souffrance. Inévitablement vient à l’esprit la nature “des soins” “proposés”. Peut-on être obligé de participer à un repas thérapeutique ? à une réunion soignants-soignés ?

Nous connaissons le sens des mots « soin ambulatoire ». Les pratiques sont certainement diverses et variées. Nous connaissons tout autant la réalité de la contrainte, dont il est parfois nécessaire d’user, toujours dans un soucis de contenance. Mais l’association de ces termes perturbe toute la représentation du dispositif central dans la politique de secteur qu’est le soin ambulatoire.

Proposer ou contraindre

Aurait-on décidé de faire disparaître la résistance de transfert ? Celle qui nous conduit dans nos pratiques quotidiennes, à innover, à créer de nouveaux dispositifs soignants, parfois au cas par cas, pour « proposer » une rencontre et non « contraindre ».

Le réalisme et la lucidité face au contexte actuel nous oblige, nous, professionnels et familles, à réfléchir profondément aux décisions que nous prendrons pour demain.

Le soin ambulatoire sous contrainte risque de se révéler véritablement contraignant pour tous les acteurs du soin psychique, les professionnels du sanitaire et du médico social, comme les patients. Une fois que tous les moyens les plus modernes nous seront mis à disposition pour assurer notre mission de « bonne administration » de ces soins obligatoires, quel écart de liberté nous restera-t-il ? Est-ce cela la nouvelle norme du soin, de l’engagement soignant ?

Docilité obligatoire — biopolitique à l’horizon

La complience au soin devient obligatoire. Que fait-on de la singularité de chaque sujet ? Une source d’insécurité et d’approximation inadéquate à la bonne gestion ? Une « bonne évaluation » (de la qualité et des risques) implique la réduction maximale des incertitudes. Le facteur humain est effectivement l’un des critères les plus contraignant car imprévisible, sans parler du « transfert ».

La plus grande responsabilité est celle qui repose sur l’engagement de chacun en tant que soignant. Toute contrainte instituée induit un renversement de la responsabilité sur le patient. Il se retrouve par obligation au centre d’un dispositif. Un soin régi par la Loi ne nous dispenserait-il pas de tout engagement ? Le contrat de soin n’est-il pas avant tout un contrat moral à construire entre un sujet et une équipe ?

Certains perçoivent dans cette idée une utopie, une déraison. Au contraire, la pratique clinique donne la lucidité et le réalisme qui confèrent à nos connaissances une modestie. La psychiatrie de la contrainte, peut se perdre dans d’obscures convictions. L’utilisation d’un savoir médical comme d’une science exacte, pour légitimer, avec le recours à la Loi, un traitement sans l’accord du sujet, sort le sujet du soin pour le mettre au centre d’un système de contrôle social : le biopolitique.

Par Antoine Machto, du groupe des 39.


Montreuil le 7 février 2009, à la maison de l’arbre à Montreuil, le MEETING du groupe de 39 avait réuni 1789 participants.

La revue Sud / Nord vient d’en éditer tous les textes
http://www.editions-eres.com/resultat.php?Id=2369

Les Forums itinérants du collectif des 39 — Contre la nuit sécuritaire continuent.

Dans toutes les régions, des colloques, des journées d’études, des associations réservent une partie de leur temps pour un forum Contre la nuit sécuritaire.

– 29-31 octobre : à Arles au colloque initié par l’point de capiton qui commencera par un forum intitulé Pour une relation humaine dans les dispositifs de soin : une psychiatrie sans transfert est-elle viable ?à la salle polyvalente de Le Thor


2ème Forum : CONTRAINTES ET RESPONSABILITÉS

Mercredi 11 Novembre 2009 de 15 à 19:00

A la Maison de l’Arbre – La parole errante

9 rue François Debergue 93100 – Montreuil-sous-Bois,

Débat public avec

– Philippe Rappard, psychiatre honoraire des hôpitaux, Monique Thizon, psychiatre des hôpitaux

– Équipe infirmière du 14ème secteur (Bondy)

– Association Advocacy avec Martine Dutoit

– Équipe de psychiatrie infanto-juvénile de Saint Denis,

– Appel des 39, Didier Boillet et Pedro Serra, psychiatres de Seine Saint Denis
Anne Corlaix, éducatrice.


Continuez de SIGNER LA PÉTITION et diffuser cette lettre autour de vous.

Légion d’honneur pour la psychiatrie

Psychiatrie : la légion d’honneur pour le binôme “soignant-soigné”

Le jour même où il continuait d’exercer la pression pour faire passer son fils aux hautes fonctions qu’il a dû refuser en fin de compte, notre président prononçait un éloge sans faille de la méritocratie. Ainsi voici proclamée la reconnaissance d’une orientation en matière de psychiatrie que dément l’ensemble de la politique pratiquée. De quoi y a-t-il lieu de se réjouir ?

Philippe Grauer


27 Octobre 2009

Edition : Contes de la folie ordinaire

Le président de la République, Nicolas Sarkozy dans les salons de l’Elysée ce 21 octobre 2009 a nommé Chevaliers de la Légion d’Honneur Claude Finkelstein et Yvan Halimi. Il est remarquable que la présidente de la FNAPSY, Fédération nationale des associations de patients de la psychiatrie, et le président de la conférence des présidents de Commissions médicales d’établissements psychiatriques, reçoivent conjointement cette haute distinction.

Le jumelage inattendu est symboliquement essentiel en cela qu’il consacre l’égalité du binôme ‘soignant-soigné’, et nous nous étonnons que la presse n’en ait pas relevé à ce jour l’importance innovante.

La valeur symbolique de ces hautes distinctions données conjointement à la présidente des usagers de la santé mentale et au représentant de la psychiatrie nous semble d’autant plus forte, exemplaire et remarquable qu’elle s’inscrit dans une reconnaissance nouvelle donnée au statut d’usager de la santé mentale, et qu’elle fait suite au discours éminemment inquiétant du 2 décembre 2008 condamnant le malade psychique à l’enfermement.

Quand bien même la prudence nous conseillerait de nous méfier des revirements et des manœuvres politiques, il nous semble que le meilleur moyen de ne pas permettre à nos dirigeants de changer à nouveau d’avis est de nous réjouir, de faire connaître largement leur nouvelle position, et d’en apprécier l’intelligence et l’opportunité offerte.

Les mots du Président étaient sincères, humains, reconnaissant d’abord la qualité de ces deux personnes, leur parcours de vie et de profession, chacun courageux et déterminé. Tout aussitôt le propos est devenu fortement symbolique. Symbolique de l’accueil que l’État veut maintenant donner à la pathologie mentale et donc à tous les patients, symbolique de l’accueil que l’État veut donner à la psychiatrie, et donc à tous ses professionnels, ceci en les désignant tous deux comme acteurs étroitement associés l’un à l’autre.

Ainsi le Président de la République a commencé ce 21 octobre 2009 à revenir sur le sinistre 2 décembre 2008 qui avait désigné le malade mental comme possible criminel selon des critères pseudo-scientifiques. Il a redonné aujourd’hui de la densité humaine à son propos en montrant l’attention qu’il portait à la fois aux soignés et aux soignants de la psychiatrie.

Il était émouvant de voir devant le Président de la République, les photos en témoignent, la patiente et le psychiatre se tenant par la main, image forte, en vérité, du soigné et du soignant œuvrant à une même tâche, la tâche de restaurer l’humain dans toute situation ; le soigné et le soignant, comme aimait le dire Édouard Zarifian, l’un de nos rares universitaires à avoir affirmé clairement tout au long de sa vie que la psychiatrie était une ‘médecine de la subjectivité’ et qu’elle méritait une place distincte dans le champ médical.

N’est-il pas tout à fait remarquable que pour honorer patients et psychiatrie le Président n’a pas choisi une seule personne et en la désignant parmi ces grands représentants que sont :

— un grand universitaire (hélas bien peu enseignent la psychothérapie, pourtant base incontournable du soin psychique)

— un grand maitre des classifications des maladies mentales (toutes inexactes et partielles)

— un grand scientifique (la plupart négligent l’humain)

— un responsable d’un grand laboratoire pharmaceutique (réduisant l’humain à une molécule)

— un grand comportementaliste, un grand psychanalyste, un grand acteur du handicap psychique (ils n’ont chacun qu’une vue partielle de la vie et des souffrances psychiques)

Non le Président n’a choisi aucun de ces grands personnages, mais deux personnalités ‘élues par leurs pairs’, traduisant ainsi la dimension politique singulière de cette nomination choisie pour traiter de la psychiatrie.

Le Président a placé au devant de la scène publique ce 21 octobre 2009 d’une part (commençant par elle) une personne qui souffre, en soulignant que ce vécu de souffrance était une compétence, un équivalent de diplôme n’ayant besoin d’aucune formation supplémentaire pour être acteur politique, d’autre part à ses côtés, une personne très diplômée, sans être la plus diplômée, mais expérimentée dans l’effort pour diminuer cette souffrance et l’accompagner.

Ainsi un grand message vient d’être donné aux professionnels de la santé mentale (psychiatrie et social, médico-social). Le Président de la République n’a plus dit qu’il fallait mettre le malade au centre du système de santé (idée fausse, l’idée forte c’est qu’il soit ‘acteur’). De plus il ne met pas ‘un seul’ acteur en scène pour faire semblant de lui donner la suprématie. Il met en avant ensemble ‘deux’ personnes bien différentes mais associées à la même action, donc il met en exergue le ‘lien’ qui unit ces deux acteurs. C’est une prise de position très forte parce que assumée par le chef de l’État. Il désigne deux personnes et insiste sur le lien qui les unit. De ce fait ce qui est clairement reconnu c’est la force de la ‘parole’ entre ces deux personnes, la force de l’échange, la force de la rencontre, l’humain. C’est clairement la dimension psychothérapique qui est mise en avant, comme ayant déjà remporté une victoire, puisqu’elle est reconnue, et comme promesse de réussites à venir.

Deux ombres à ce tableau

– La presse était là, mais n’a rien rapporté à ce jour, elle était sur une estrade ; les flashes crépitaient autour des 12 médaillés à titre divers, face au Président de la République accompagné de la Ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, souriante, et Marie-Anne Montchamp, ancienne secrétaire d’État aux handicapés, ainsi que plus de 200 personnes invitées pour la cérémonie.
Mais cette presse n’en a quasiment rien dit à l’opinion, ou alors de façon légère et partielle.
Absence remarquée de la presse qui pourtant aime tant parler de la folie mais seulement s’il y a scandale, alors elle parle de danger ou de dérision, jamais de ce qu’il y a d’humain dans tout moment de folie, de ce qu’il y a de profond, de poignant, de vrai. Là elle est absente.

– L’UNAFAM n’a pas eu l’honneur de la même décoration. Pourtant cette Union nationale des amis et familles de malades psychiques et son Président Jean Canneva la méritent tout autant que leurs deux amis, nous le savons tous. Ils sont toujours de tous les combats, côte à côte, avec leur franc parler. Cette division ainsi établie par le chef de l’État nous incite à réfléchir. On peut se demander si les conseillers ne se sont servi de l’occasion d’une reconnaissance inusitée et donc forte des usagers, pour tenter de “casser” cette union qui leur fait si peur, parce qu’elle fait référence aux plus hautes valeurs humaines, cette union que familles et usagers ont construite eux-mêmes en France et qui dure depuis 10 ans contre vents et marées ; c’est elle par exemple qui a permis entre autre de faire reconnaître par le précédent Président, Jacques Chirac, qu’à côté des soins, les patients ayant de gros troubles psychiques avaient besoin d’être accompagnés dans leur vie quotidienne, d’où la reconnaissance par la loi 2005-102 des troubles psychiques graves comme causes à ajouter aux autres causes de handicap.

Rappelons-nous que cette mise à l’écart des familles est une tradition née dès le début de la psychiatrie et dont l’antipsychiatrie a pris le relais, la famille (et la société) serait à l’origine de tous les troubles psychiques. Il en reste encore des marques. Trop de familles ne sont pas reçues par les psychiatres, soit au début des soins, soit pendant les soins.

La famille, les groupes qui accompagnent les patients tout au long de leur vie ne doivent plus être laissés à l’écart, ce sont des acteurs que les soignants doivent intégrer, mais en innovant. Soyons honnêtes, si l’écoute de la folie était facile, la psychiatrie serait déjà très avancée, mais elle en est encore à ses débuts et a beaucoup à approfondir, en particulier le soin des groupes. La psychiatrie qui cherche à répondre à nos troubles psychiques est d’une grande complexité. N’oublions pas pour autant que la souffrance la plus grande et la plus énigmatique est portée par la personne qui a des troubles. Il est juste qu’elle ait la première place.

Folie quotidienne et souffrance psychique existentielle sont deux aspects de notre vie quotidienne, nos compagnes, elles n’ont pas besoin de traitement. Les pathologies psychiques tout en étant aussi habitées par la folie et les souffrances psychiques nécessitent, elles, toujours des réponses. Ce travail thérapeutique est très complexe, mais doit toujours être expliqué aux patients, aux familles, à l’opinion.

Claude Finkelstein et Jean Canneva aiment ensemble témoigner de cette complexité et de la nécessité d’une langue claire pour l’expliquer. En effet depuis leur élaboration du Livre Blanc de la Santé Mentale rendu public en 2001, ils ne cessent de répéter que le premier des six points de leur Plan de santé mentale c’est une ‘psychiatrie de qualité’ (là, ils parlent de qualité humaine et de compétences, et non de comptabilité d’actes). Le gouvernement et les professionnels de la psychiatrie n’ont pas encore pris au sérieux cette nécessité de construire un Plan de santé mentale qui soit d’abord profondément humain, avant de se vouloir pseudo- scientifique et administratif.

En contrepoint d’un tel événement les psychiatres et l’ensemble des corps professionnels de la psychiatrie, ne peuvent camper sur un refus de dialogue. Certes, le climat de la psychiatrie aujourd’hui donne le sentiment que l’ensemble des acteurs est sans lucidité, sans espoir, trop écrasé par la confusion qui règne sous l’effet de la multiplicité des pressions administratives venant massacrer tout effort d’élaboration sur la complexité de la psychopathologie et des réponses à imaginer. Il ne faudrait pas que l’opinion, ni le chef de l’État, minimisent la violence du vécu des soignants pris entre la pression inadaptée et incompréhensible de l’État, et la pression psychique que représente le face à face avec la folie et la pathologie mentale.

D’abord il est essentiel déjà que les professionnels reprennent pied eux-mêmes autour du choix qu’ils ont fait de s’engager dans ces professions qui se déploient autour de l’humain aux prises avec ces souffrances excessives que sont les troubles psychiques, et ces défis que ce choix représente.

Ces professionnels doivent clairement inviter l’État à diminuer sa pression absurde sur les acteurs de la santé mentale. Ils se sentiront alors soutenus par la mobilisation des usagers et des familles, ils seront en situation de « revisiter dans le champ de la psychiatrie l’ensemble des discours, des pratiques et de l’expérience » pour faire naître une psychiatrie moderne, conçue ‘à partir de la ”parole retrouvée” des patients et des familles, exprimant leurs souffrances psychiques distinctes et associées’.

Le geste du Président de la République ce 21 octobre 2009 a été de montrer que l’avancée en psychiatrie ne peut se faire qu’en tenant compte des différents besoins des personnes qui souffrent, et à la condition que soient associés, comme le sont Claude Finkelstein et Yvan Halimi, ‘soigné et soignant’, donc malade-usager famille et équipe soignante. Ce n’est qu’un geste, qu’une parole, certes …

À nous tous de savoir nous en saisir, d’en faire un événement formidable, plein de promesses.
Un travail de renouveau profond, que la psychiatrie souhaitait, alors pourra s’engager.
C’est une nouvelle voie qui s’ouvre, nous en avons tous tellement besoin.

Guy Baillon

psychiatre du 9-3 pendant presque 32 ans

co-auteur des Appels de Bondy

Auteur de

– Les urgences de la folie. L’accueil en santé mentale, 1998, Gaétan Morin

– Les usagers au secours de la folie. La parole retrouvée. 2009, Érès

Le vif du sujet

28.10.09 | Essaim – Revue de psychanalyse Essaim – Lettre d’information n°15

Afin de poursuivre le débat engagé avec la parution de son numéro 22, C’est à quel sujet ?, la revue de psychanalyse Essaim propose une

journée d’étude le 5 décembre prochain à Paris

dont vous trouverez ci-dessous l’argument et le programme.


À chacun de définir son sujet comme il l’entend c’est le moment de le dire. La multiréférentialité se doit de respecter les spécificités de multiples disciplines, et tout en ne considérant pas que l’une dût absolument l’emporter sur les autres, elle se doit de ne pas les confondre.

Ce rappel à l’ordre par un groupe de lacaniens exigeants en matière de concepts permettra de visiter et approfondir en toute rigueur un concept clé qui si l’on n’y veillait pas pourrait se dissoudre dans une notion approximative, la subjectivité, cliniquement affaiblie.

Ravalée disent les auteurs, dont on voit ce qu’ils pensent de la psychothérapie, cette pire des choses que Jacques-Alain Miller nous a fait la bonté de rapporter aux TCC, laissant hors du champ de la malédiction lacanienne la psychothérapie relationnelle.

Mise de côté l’agressivité polémique nous pouvons tirer de précieux enseignements de la pensée qui se condense autour de la revue Essaim. Quand tous ses groupes auront pris le temps de s’étudier réciproquement avec intérêt l’ensemble du domaine œuvrant à partir du processus de subjectivation, psychanalyse et psychothérapie relationnelle, y aura beaucoup gagné.

Philippe Grauer



92 bis, bd Montparnasse. Paris
9h30-12h30 14h30-18h
Entrée : 50 euros
30 euros pour les abonnés à la revue (possibilité de s’abonner sur place)

Le vif du sujet

En psychanalyse, tout comme dans les domaines de la philosophie et du droit, le sujet est actuellement à l’honneur. Mais, pour ce qui concerne notre champ, cet honneur est bien ambigu. A la mesure de l’importance renouvelée qui paraît lui être accordée, on perçoit comme une adultération de sa définition même, de sa raison d’être dans notre pratique.

De représenté par un signifiant pour un autre signifiant, selon la très rigoureuse, et à notre avis, incontournable définition qu’en établit Lacan, il en vient à se faire signe de « nouvelles subjectivités ». Ceci d’une façon qui reste peu problématisée et surtout induit en erreur en s’appuyant sur une clinique qui n’est plus celle du sujet dans sa définition psychanalytique, puisque, comme dans la séméiologie médicale ou psychiatrique, celui-ci se retrouve alors représenté par « un signe pour quelqu’un ».

Cela rend antinomique la notion de sujet et celle de subjectivité. Le sujet est coupure, aphanisis, il s’institue dans la destitution. Le sujet ne se subjective pas. Il est moment d’éclipse qui se manifeste dans la fente de l’une bévue (Unbewusste, inconscient). Il prend la place de ce que Freud appelait « l’hypothèse de l’inconscient ». Si subjectivation il y a, elle est du ressort d’un « je », soit d’une articulation grammaticale, dont le sujet reste en dessous (sub-jet).

Ainsi, sur la base de la confusion du sujet et de la subjectivité, « les nouveaux sujets » se mettent-ils à fleurir sous la plume de certains psychanalystes : nouveaux sujets de la nouvelle économie psychique, nouveaux sujets du sinthome, … Or, prendre la subjectivité pour le signe du sujet est le plus sûr moyen de ravaler la psychanalyse au rang de psychothérapie et la soumettre à réglementation.

Avec cette journée, la revue Essaim propose de raviver le débat que ces questions ont suscité.


Matin 9h30-12h30.

Présidents de séance : Simone Wiener et Dominique Simonney

Ouverture de la journée : Sophie Aouillé

Daniel Koren. Quoi de neuf ?

Y aurait-t-il un nouveau sujet, effet des sociétés dites postmodernes, présentant une nouvelle économie psychique, affecté par de nouvelles pathologies et induisant une nouvelle clinique ?

S’il y a une réelle nouveauté, sur quel registre se situerait-elle?

Pour aborder ces questions, je proposerai de porter dans un premier temps un regard rétrospectif sur certains moments de l’histoire de la psychanalyse. De Freud (cf. « La morale sexuelle « culturelle » et la nervosité moderne », 1908) et jusqu’à nous, en passant par les « culturalistes » et les « néo-freudiens ».

Cette mise en perspective nous permettra dans un deuxième temps, entre différences et répétitions, de faire la part entre structure et histoire.

Franck Chaumon. Le sujet et les discours

Dans la pensée de Lacan, et ceci tout au long de son enseignement, le concept de sujet est rigoureusement défini. L’usage du terme de « nouveau sujet » ou de « sujet contemporain » en fait fi, visant plutôt les effets de subjectivité liés à la prise du sujet dans le lien social.

Encore faut-il distinguer ce qui ressort du « discours capitaliste » et ce qui relève de la police et du politique, au sens où les définit Jacques Rancière.

Nicolas Guérin. L’idéologie du déclin et la psychanalyse

Le succès récent d’un courant de critique sociale se revendiquant de la psychanalyse lacanienne appelle et ressuscite un réexamen des rapports entre idéologie et psychanalyse. Il s’agit donc d’interroger les “raisons” de ce succès en retraçant notamment l’histoire de ce courant et la généalogie de ses notions principales afin d’en tirer ensuite les conséquences, tant sur le plan de l’épistémologie, de son degré de congruence à l’enseignement de Lacan et de la politique de la psychanalyse.

Après-midi 14h30-18h

Président de séance : Michel Plon

Sylvain Gross. Crise du sujet ou sujet de crise

Le sujet, divisé constitutivement par un signifiant qui le représente auprès d’un autre signifiant dans la chaîne, est toujours en crise. Comment l’idéologie d’une époque le marque-t-elle par les maîtres-mots qui la caractérisent ? Les crises que le sujet présente sont-elles coordonnées à celles du signifiant-maître qui ordonne la jouissance de l’objet ?

Jean-Pierre Lebrun. A propos « des conséquences graves pour la pensée analytique »

Le malentendu est de structure : il ne devrait donc pas trop nous étonner. Serait-il aussi à l’œuvre dans ce qui se présente comme une dénonciation des « conséquences graves pour la pensée analytique » ? C’est ce que nous essayerons de préciser.

Claude Léger. Les transparents

S’il est un trait qui distingue notre civilisation contemporaine, c’est bien l’idéologie de la prévention des risques : en découle une pratique généralisée de la surveillance et de l’évaluation. Celle-ci suppose la transparence des individus, dont le postulat est l’inter-subjectivité, laquelle transforme déjà, au moins pour certains, l’expérience analytique en une technique psycho-éducative.

Conclusion des débats : Erik Porge


92 bis, bd Montparnasse. Paris
9h30-12h30 14h30-18h
Entrée : 50 euros
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SOMMAIRE DU N ° 22 Éditorial

Franck Chaumon, Sujet de l’inconscient, subjectivité politique

Erik Porge, Un sujet sans subjectivité

Patrick Faugeras, Politique du sujet

Thierry Longé, Parcours de la Sehnsucht dans l’œuvre de Freud : au commencement

Christian Fierens, Le dire du pastout

Rodrigo Toscano, Lacan avec Sade : objet a et jouissances sadique et masochiste

Simone Wiener, De vains secrets

Lectures

Emmanuel Brassat, Alain de Libera, Archéologie du sujet

Christine Chaumon, Henri Rey-Flaud, L’enfant qui s’est arrêté au seuil du langage

Michel Plon, Fernand Cambon, De quoi est fait l’inconscient

Erik Porge, Philippe Porret, La Chine de la psychanalyse

Dominique Simonney, Nestor A. Braunstein, Depuis Freud, après Lacan

Philippe Porret, Fernand Deligny, L’arachnéen et autres textes

Daniel Koren, François Perrier, La Chaussée d’Antin

L’Appel des appels sur France-culture

Du côté de L’APPEL DES APPELS


En cliquant sur l’hyperlien ci-dessus vous trouverez tous les communiqués ainsi qu’un certain nombre d’interventions.


Roland Gori fait campagne. Sorti de l’université où il a combattu vaillamment pour ses valeurs, issues de la psychanalyse et du processus de subjectivation, celles de notre psychothérapie relationnelle que dans la mesure de ses moyens et d’une conjoncture difficile dans une situation dominée par les haines corporatistes terriblement emmêlées dans de complexes enjeux de pouvoir et équilibre de forces institutionnelles, il a toujours appuyées, ce respecté professeur émérite prend à présent son bâton de pèlerin pour cheminer dans l’univers du politique.

L’idée de fédérer les Appels qui de toutes parts s’élèvent au cœur de la société civile pour maintenir l’humanisme contre le managerisme et le règne des arpenteurs du cerveau qui croient tenir l’âme au filet à papillon de leurs protocoles et de leurs images du cerveau, cette idée tisse la trame de ce qui aura en définitive raison de réformes humanicides au sens où c’est la dimension humaine de tout qui se trouve par elles traquée, truquée.

L’honnête homme Roland Gori s’est attelé à une tâche que nous approuvons, car elle participe de cette fédération des bonnes volontés humanistes et de la protestation qui de partout s’élève, et réunissant tous ceux qui sont résolus à résister au cauchemar d’avoir en tout à faire du Chiffre, et particulièrement dans les domaines où l’homme mesure de toute chose ne saurait se mesurer qu’à lui-même, finira par bloquer la machine à verrouiller la dimension humaine de l’humanité, pour lui subsituer un monde débarrassé du DSM, de ses produits idéologiques dérivés et du cauchemar obscurantiste de la normalisation des conduites sous hégémonie cognitiviste.

Prenez connaissance de sa profession de foi et de son appel à l’union contre l’asservissement volontaire au nom d’un système de mesure démesurée que l’on cherche à vous convaincre de vous appliquer vous à vous-même. Réfléchissez, faites-vous une opinion, voyez à quoi vous entendez donner votre appui. La psychothérapie relationnelle comporte un certain degré de militance, d’engagement à tout le moins, nous voici revenus aux années Sartre – Camus, modifées Lévinas, pour promouvoir et soutenir les valeurs qui sont les siennes et qu’elle partage avec nombre de disciplines relevant des sciences humaines cliniques. Roland Gori a raison, ça n’est qu’unis que nous parviendrons à tenir tête à l’entreprise de décervellement en cours, à l’idéologie de prétendre faire succéder à l’homme nouveau des totalitarismes passés un inconsistant homo mecanicus et neuronicus, medicalus molierens, un homo sapiens nolens, chef de l’entreprise de sa vie s’épuisant à tenter d’en tenir les comptes, ignorant l’inconscient, le souci, le rapport à l’autre, l’interprétation ou la quête de sens.

Notre École se range du côté de l’Appel des appels, face à la tentative de démantèlement de notre profession, dont l’aboutissement n’est pas pour demain, si l’on considère la capacité de résistance à la nuisance évaluationniste de nos étudiants, de nos institutions solidaires, si l’on considère leur résolution à soutenir notre projet d’une psychothérapie reposant sur le principe de subjectivation, vigoureuse, sérieuse et indépendante.

Philippe Grauer


Entretien d’Antoine Mercier avec Roland Gori

Vous trouverez ci-dessous la transcription de l’entretien de France-Culture du mercredi 22 juillet 2009, d’Antoine Mercier avec Roland Gori, Professeur de psychopathologie à l’Université d’Aix-Marseille-I, à la diligence de la SIHPP, dont on trouve régulièrement le Bulletin sur notre site.

Antoine Mercier : D’autres regards sur la crise, toute cette semaine, dans le cadre de ces XXIVe Rencontres de Pétrarque sur le thème Après la crise quelle(s) révolution(s) ? Roland Gori, bonjour !

Roland Gori : Bonjour !

Une civilisation qui fait faillite

Antoine Mercier : Donc, vous êtes effectivement, psychanalyste, professeur de psychopathologie clinique à l’université d’Aix-Marseille et j’allais dire, surtout, pour ce qui nous concerne, l’initiateur du fameux Appel des appels qui a rencontré un grand succès cette année à l’occasion de cette crise. Je voudrais juste citer la première phrase, pour remettre cet Appel des appels dans son contexte : “ Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information, de la culture, attirons l’attention des Pouvoirs publics et de l’opinion sur les conséquences sociales désastreuses des réformes hâtivement mises en place ces derniers temps. ” Voilà le début de cet appel qui a rencontré, je le disais, beaucoup d’échos, à un certain moment. Où en est-on aujourd’hui, j’allais dire… peut-être, quelques mois après le lancement de cet Appel, Roland Gori ?

Roland Gori : Alors, on en est au constat d’une urgence de communiquer, de dire et d’analyser, tout en prenant du temps. C’est un peu un paradoxe, mais finalement l’Appel des appels est né du cœur des métiers de l’humain, du Bien public, de l’espace public, qui ont considéré que, du cœur de leurs métiers, ils pouvaient révéler une dimension du politique. Je dis bien du politique et non pas de la politique, c’est-à-dire selon la manière dont on conçoit le soin, selon la manière dont on conçoit la justice, selon la manière dont on conçoit l’information, selon la manière dont on conçoit l’éducation etc., il est évident que c’est tout une conception de l’homme qui se révèle. Or, depuis plusieurs années nous assistions à l’émergence de nombreuses pétitions : Pas de zéro de conduite, La nuit sécuritaire, Sauvons l’hôpital, Sauvons la recherche, Sauvons l’Université. On n’arrête pas d’essayer de sauver, ce qui montre bien qu’effectivement, n’est-ce-pas, nous sommes dans une civilisation qui fait faillite au moment même de son triomphe, comme disait René Char et…

Antoine Mercier : Alors, ce qui est intéressant, là dedans, effectivement, c’est la transversalité. Ça a cristallisé à ce niveau-là. Donc, qu’est-ce qui est commun dans tout ça ? Soulignez bien ce qui nous…

Vivre au ras du comportement

Roland Gori : Alors, ce qui est commun, si vous voulez, que nous prenions la réforme de la justice, la réforme de l’hôpital, la réforme des Universités, la réforme, n’est-ce-pas, du soin, ce qui est commun, c’est finalement qu’on nous demande de nous normaliser en incorporant des valeurs qui donnent l’image d’un homme économique, rationnel, performant, qui doit réagir immédiatement, qui doit accepter d’être dans la contingence, dans une espèce d’idéalisation de l’immanence, qui doit essentiellement, pourrait-on dire, vivre au ras du comportement, au ras du comportement performant. Alors, si vous voulez, ce qui est frappant c’est ça, c’est-à-dire que quel que soit le secteur d’activité…

Antoine Mercier : Alors, prenons l’exemple, par exemple de votre domaine, la psychologie en général.

Roland Gori : Si on prend l’exemple de la psychologie, de la psychanalyse, de la médecine, pour aller très vite, quand par exemple, on ne parle plus de patient mais on parle de client, c’est pas seulement, si vous voulez, un changement de mot. C’est un changement du concept même de soigner et ce changement du concept même de soigner c’est un changement même, si vous voulez, de civilisation. Puisque finalement, la valeur d’une société se mesure à la manière dont elle traite les plus vulnérables de ses membres. Donc, à partir du moment où, pourrait-on dire, quelqu’un en souffrance est considéré comme un consommateur de soins, est considéré comme un client, c’est quand même tout le rapport civilisationnel à la vulnérabilité qui change.

Une politique des marques

Quand vous prenez par exemple, l’Université, — puisque je suis universitaire et que je connais bien les questions de recherche, n’est-ce pas —, quand finalement ça n’est plus la qualité d’un article ou la qualité d’un livre qui se trouve évaluée mais en quelque sorte la marque de la revue dans laquelle il est publié, on est bien dans une politique des marques, on est bien dans toute une conception si vous voulez, de l’humain, qui est quand même très éloignée des fondamentaux justement, de la démocratie, de la République et de l’héritage, il faut quand même le dire, du Comité national de la Résistance, c’est-à-dire que quand par exemple, on considère pour prendre l’exemple de la Sécurité sociale, n’est-ce pas, la Sécurité sociale est née de la Libération, est née de la Résistance, est née d’une conception de la solidarité nationale, quand on n’est plus sur le thème de la solidarité mais sur le thème d’une pensée du risque assurentiel individualisé, il y a bien quelque chose qui change, qui est pas seulement lié au soin ou à la prise en charge sociale.

Antoine Mercier : Alors on peut dire, malaise, Malaise dans la civilisation , on peut dire crise, c’est vraiment le cœur de notre sujet. Encore un petit détour : chaque société a les pathologies qu’elle mérite…

Roland Gori : Oui.

Antoine Mercier : Est-ce que vous pouvez dire un mot de cette phrase que vous avez dite il y a quelques temps ?

Roland Gori : Oui, alors, effectivement, si vous voulez, chaque société a pourrait-on dire, la psychiatrie qu’elle mérite, et chaque psychiatrie a la pathologie qu’elle mérite — je vais très vite —, ce qui n’est pas du tout rassurant pour la nôtre, de société.

Antoine Mercier : Alors, expliquez-nous…

Une politique systématique d’évaluation au sens de mesure technique

Roland Gori : Alors en deux mots, si vous voulez, il est évident par exemple qu’à l’heure actuelle, on a tendance à rechercher dans les vulnérabilités génétiques ou dans les dysfonctionnements neurocognitifs, les troubles du comportement des enfants. Par exemple, l’hyperactivité, le trouble de l’attention ou encore le trouble des conduites ou encore, si vous voulez, au niveau des adultes, l’addiction, la dépression, etc. Bon…

Antoine Mercier : Pourquoi ? Parce que ça rassure ça, d’avoir des faits objectifs qui permettent d’expliquer les situations ?

Roland Gori : Non… enfin… ça rassure… c’est pire que ça, si j’ose dire. C’est-à-dire que ça disculpe le social de la part qui est la sienne, dans la constitution des symptômes. Puisque, si vous voulez, si vous avez une vulnérabilité génétique qui pousse vers le suicide, si vous avez une vulnérabilité génétique qui pousse si vous voulez vers les troubles oppositionnels de provocation, à partir de ce moment-là, vous ne tenez plus compte du contexte et de l’histoire, aussi bien de l’histoire individuelle que de l’histoire collective. Donc, il faut bien voir que je ne crois pas à l’Immaculée conception des savoirs. Ils émergent de la niche écologique d’une culture et d’une civilisation, ce qui ne veut pas dire encore une fois qu’il n’y a pas de part génétique dans la détermination de nos comportements, qu’il n’y a pas de dysfonctionnements neurocognitifs, ce n’est pas ça. Ça veut dire simplement que nous préférons mettre en avant ces savoirs plutôt que d’autres, comme ceux par exemple de la psychanalyse ou de la phénoménologie, parce que cela est idéologiquement plus correct.

Antoine Mercier : Et on revient sur votre opposition, notamment, à cette politique systématique d’évaluation au sens de mesure technique.

Roland Gori : Oui, alors, il faut bien voir qu’effectivement le dispositif de servitude à l’heure actuelle, la normalisation des pratiques professionnelles à l’heure actuelle, elle se fait au nom d’une évaluation, au nom d’une évaluation généralisée, comme si avant, il n’y avait pas d’évaluation. Bien sûr qu’il y avait des examens, il y avait des jurys, il y avait de toute façon des commissions qui se réunissaient pour le recrutement des universitaires ou leur promotion.

Dictature des indicateurs quantitatifs et des chiffres

Antoine Mercier : Donc, on a changé le mode…

Roland Gori : On a changé le mode, c’est-à-dire que le mot de signification qui a été vidé de sa signification pour, finalement, en reprendre une autre…

Antoine Mercier : Le mot évaluation.

Roland Gori : Oui, c’est le mot et bien sûr la procédure c’est-à-dire que avant, par exemple, pour aller très vite, l’évaluation qu’est-ce que c’était ? C’était donner une valeur après en avoir parlé avec d’autres, d’un acte, d’un produit, d’un article, d’une recherche. L’évaluation, maintenant, c’est la mesure d’un écart à un standard, et un standard qui nous vient, il faut bien le dire quand même, du monde anglo-saxon, c’est-à-dire que quand on parle par exemple de communication dans des revues internationales, ça veut dire une publication dans des revues états-Uniennes. 98% des revues indexées, si vous voulez, dans les bases de données bien cotées, c’est-à-dire les bonnes marques, sont d’origine états-Uniennes. Donc, c’est une façon de nous amener à incorporer la pensée culturelle, sociale, civilisationnelle des États-Unis.

Antoine Mercier : Alors, on va reparler de tout ça dans notre conversation pour le bonus Internet mais, un tout petit mot encore, on a quelques secondes, sur ce que vous avez appelé la crise de la parole parce que ça, c’est aussi central dans la crise que nous connaissons : crise de confiance, crise dans la parole, dans la fonction de la parole. En quelques secondes si c’est possible.

Roland Gori : En quelques mots ça va être très difficile mais on va quand même essayer. Et si vous voulez, il est évident qu’à l’heure actuelle, on est quand même on va dire, dans un fétichisme des chiffres, un fétichisme des indicateurs, comme si la qualité de quelque chose était une propriété émergente du nombre ou du chiffre. On est dans une civilisation numérique. Bon, alors, il y a des aspects très positifs, il ne s’agit pas bien évidemment de revenir en arrière, on n’est pas nostalgiques ou ringards, ce n’est pas le problème.

Ça veut dire simplement, si vous voulez, que quand même, les fondements même par exemple, de notre démocratie s’établissent sur la distribution d’une parole où la… pourrait-on dire, l’autorité, provient de la capacité de convaincre c’est-à-dire de convaincre par des arguments à la fois logiques et rhétoriques et non pas de contraindre. Vous savez que pour les Grecs, n’est-ce-pas, pour la démocratie grecque, en quelque sorte, contraindre sans convaincre était une forme de barbarie. On peut se demander si aujourd’hui, avec en quelque sorte la dictature des indicateurs quantitatifs et des chiffres, qui se sont d’ailleurs révélés faux, c’est-à-dire qui, quand même relèvent de l’imposture…

Barbarie light

Antoine Mercier : C’est ça la faille…

Roland Gori : Voilà… si nous ne sommes pas dans une forme nouvelle, light, de barbarie.

Antoine Mercier : Voilà ! Merci beaucoup Roland Gori, on vous retrouvera donc ce soir dans la Cour Soulages du Rectorat Montpellier, vous serez en compagnie de Jean-François Copé, Alain Gérard Slama et Alain Krivine, qui n’ont que le prénom de commun… On va poursuivre donc notre conversation pour le site Internet et demain on recevra Olivier Mongin, qui est le directeur de la revue Esprit.

[…]

Antoine Mercier : D’autres regards sur la crise, on poursuit notre conversation avec Roland Gori, pour le site Internet de France Culture. Roland Gori, j’aimerais bien qu’on reprenne le problème, j’allais dire, par le haut. On a parlé tout à l’heure de L’Appel des appels, on pourra revenir sur ce que ça devient, la stratégie que ça occasionne […interruption suite à un problème technique de sonorisation…] pour voir où tout cela peut aller parce qu’il y a la critique, le temps de la critique et peut-être aussi le temps de la construction. Mais je voudrais reprendre la question par le haut de cette crise, qui nous occupe aujourd’hui, et vous aviez dit il y a quelques temps qu’il y avait un problème au niveau de la temporalité des choses et même vous avez parlé de “mépris de la temporalité“, comme symptôme ou comme manifestation de la crise d’aujourd’hui. Est-ce que vous pouvez développer ce point qui me paraît évidemment central ?

Roland Gori : Alors, je crois que nous sommes dans une civilisation qui a tendance à idéaliser l’immanence, c’est-à-dire l’instant. Je vais peut-être prendre volontairement l’exemple, me risquer sur l’espace de votre métier, le journalisme. Au niveau du journalisme – je ne parle pas de France culture, bien évidemment…

Antoine Mercier : Naturellement !

Roland Gori : Bien sûr ! Le journalisme est quand même à l’heure actuelle dans une culture du fait divers qui a tendance à produire d’ailleurs une politique à partir des faits divers, c’est-à-dire c’est un peu comme si nous ne nous donnions pas la perspective de l’histoire, de la tradition et de la temporalité. Alors, je crois que ce rapport au temps c’est aussi, nous le savons, un rapport ontologique, un rapport à l’être, c’est une façon aussi de désavouer que nous sommes à la fois des êtres mortels, que nous avons à assumer quelque chose de notre rapport à la mort, nous avons à assumer également notre rapport à l’histoire et que notre vie est pourrait-on dire, une histoire qui ne cesse de se construire et finalement d’assumer un héritage sans testament, pour plagier René Char.

Je crois que nous sommes davantage aujourd’hui, et ça fait le lien un peu avec la question de la marque, avec la question de la mode, avec la question, si vous voulez, des réactivités immédiates, nous sommes dans une culture d’un nouveau capitalisme qui insiste davantage sur la réactivité immédiate, sur l’instant, sur la consommation. Nous ne cessons d’être dans des existences qui se consomment elles-mêmes. Lacan disait d’ailleurs que le capitalisme se consume en se consommant et je crois qu’il y a là vraiment une parole très vraie.

Alors même que ces valeurs ont fait la preuve de leur échec

Antoine Mercier : Alors, on a évacué toutes ces grandes questions métaphysiques finalement. Pourquoi ? Comment on en est arrivé là, au niveau idéologique même ? Comment le système, que vous décrivez, a pris le pas sur l’ontologie ?

Roland Gori : C’est vraiment très difficile, en quelques minutes, d’essayer de tracer le parcours qui nous a amenés si vous voulez, à cette étape. Mais je crois qu’incontestablement nous sommes, si vous voulez, dans une étape d’une civilisation de l’homme économique et tout à l’heure vous parliez de l’Appel des appels… L’Appel des appels, c’est finalement un mouvement d’opposition social et culturel qui proteste, quand des professionnels se voient imposés des réformes qui visent à décomposer et à recomposer leur métier au nom de valeurs d’un homme économique, d’un homme calculateur, d’un homme performant, d’un homme mesuré sur ses prestations, sur ses performances, alors même que ces valeurs ont fait la preuve de leur échec et de leur toxicité sur le marché même qui les a générés, c’est-à-dire le marché financier.

Antoine Mercier : C’est pour ça que la crise a ouvert finalement cette perspective de protestation, parce que c’était un échec du système lui-même, là où il devait précisément apporter le progrès.

Crise éthique

Roland Gori : Alors, il est évident, si vous voulez, de mon point de vue en tout cas, que cette crise économique n’est pas seulement une crise économique, n’est pas seulement une crise financière, une crise économique, une crise sociale, c’est aussi une crise politique et c’est aussi une crise éthique, c’est-à-dire que finalement, les valeurs au nom desquelles on a demandé à des individus, à des populations, d’accepter de souffrir, se sont révélées, si vous voulez, fallacieuses. Elles se sont révélées finalement, toxiques.

Donc, je crois que… et alors, c’est d’ailleurs ce qui est absolument terrible, si vous reprenez les choses du point de vue justement de la gestion politique de la crise aujourd’hui, ce qui est absolument surprenant, c’est que nous entendons une parole politique qui ne montre pas ce qu’elle dit, c’est-à-dire qui, par exemple, va pouvoir se référer aux valeurs du Comité national de la Résistance et en même temps démanteler les services publics, ou en même temps transformer par exemple, la Sécurité sociale ou l’hôpital dont je parlais, si vous voulez, tout à l’heure.

Donc, je crois que c’est vraiment une crise idéologique, au sens que les prescriptions sociales qui étaient faites s’avèrent non légitimes, non fondées et je crois que les gens réagissent par rapport à cela et qu’on ne peut plus leur demander de souffrir en leur disant demain ça sera mieux et on n’a pas le choix puisqu’on risque d’avoir un avenir sans lendemain si j’ose dire et on s’aperçoit également que le système qui demande des sacrifices était totalement fallacieux.

Antoine Mercier : Alors, ce système qui demandait des sacrifices, et qui en même temps était vécu comme quelque chose qui s’imposait, comme une nature. Il y avait une naturalisation du système et c’est de ça dont on sort aussi avec la crise sans doute ?


Roland Gori
: Alors, il y a cette tendance et là, on revient à cette question du savoir en quelque sorte électif, choisi dans nos civilisations. Pourquoi est-ce qu’on s’intéresse davantage à la génétique ou à la neurobiologie etc. ? C’est sans doute pour, effectivement, nous faire croire que nos comportements sociaux sont naturels, c’est-à-dire… je ne dis pas qu’il n’y a pas une détermination biologique, génétique ou autre de nos comportements, je dis simplement que si on insiste uniquement sur le relief génétique ou sur le relief neurobiologique, on a tendance à minorer, à euphémiser les parts sociales, les parts culturelles, les parts subjectives des ces comportements. Donc, si vous voulez, effectivement, ce qui est absolument surprenant, c’est qu’on a tendance à l’heure actuelle, par exemple, avec la neuro-économie, avec le neuromarketing, à considérer que le cerveau fonctionne comme un marché économique. Et donc du même coup, le marché économique pourrait-on dire, pourrait être le prolongement, si vous voulez, de notre fonctionnement cérébral…

Antoine Mercier : C’est vrai pour Patrick Le Lay, ça simplement, c’est ça ?

Totalitarisme soft

Roland Gori : Alors, pour Patrick Le Lay, ben alors là, on revient à l’histoire de l’information. On pourrait considérer que, finalement, le boulot du journaliste c’est finalement de vendre du temps de cerveau disponible à Coca Cola, et vous vous rendez bien compte que c’est pas seulement, n’est-ce-pas, c’est pas seulement le problème du journalisme, c’est en quelque sorte, le problème du rapport à la pensée, dont le journaliste est en quelque sorte, un acteur principal dans une civilisation au sein de laquelle l’opinion est un objet du gouvernement, privilégié.

Antoine Mercier : Rapport à la pensée parce qu’on peut parler peut-être aussi de crise de la pensée, car ce système que vous décrivez, il ressemble quand même évidemment, sans faire de parallèle, à quelque chose qui ressemble à un totalitarisme soft, on va dire…


Roland Gori
: Alors, c’est une forme de totalitarisme soft, dès lors qu’on ne tient pas compte… c’est un totalitarisme d’ailleurs dès qu’on ne tient pas compte du reste, ou de quelque chose qui serait hétérogène. C’est juste une passerelle, mais par exemple, la manière dont on accueille dans une civilisation l’étrange ou l’étranger, est quand même révélateur si vous voulez, de quelque chose qui est le rapport justement, si vous voulez, à la différence, le rapport à l’autre. Nous sommes dans une civilisation qui désavoue l’autre, pas seulement d’ailleurs, l’autre étranger, mais l’autre tout court, puisque de toute façon, quand, par exemple on fait porter à des enfants de moins de 3 ans, la charge génétique de leur colère, de leurs troubles des conduites, il va de soi que l’on ne tient pas compte des effets que l’environnement peut avoir dans la création de ce trouble. Donc, voilà, mais je ne sais pas si j’ai répondu à votre question…

Si, peut-être rajouter […] Crise de la pensée que, en tout cas, une civilisation qui, depuis 30 ans essaie de nous initier socialement et culturellement, à une haine de la pensée au profit des faits immédiats comme si les faits pouvaient venir d’eux-mêmes sans une construction, c’est-à-dire, on a quasiment, ça c’est vraiment, on va dire, en germe, dans la modernité, mais alors, ça arrive massivement bien sûr depuis 30 ans, c’est un peu comme si on avait droit à des faits qui soient ventriloques, qui parleraient d’eux-mêmes et ça c’est très vrai par exemple dans le domaine de la psychiatrie ou dans le domaine de la psychologie. On a l’impression qu’on oublie que la manière dont on peut décrire par exemple, les souffrances psychiques et sociales, eh bien, sont, pourrait-on dire, le résultat d’une construction qui est une construction à la fois épistémologique et politique.

Antoine Mercier : Alors, j’aimerais bien qu’on revienne maintenant, à L’Appel des appels, puisque c’est évidemment ce qui est en cours. Ça a été lancé, c’était à quel moment ?

Roland Gori : Ça a été lancé en janvier.

Antoine Mercier : Janvier, c’est ça, donc, on est maintenant plus de 6 mois après avec un écho considérable qui s’est manifesté cette année et c’est là où on a vu que votre prévision, enfin, en tout cas, votre idée générale, était pertinente puisqu’elle a permis de rassembler tous ces professionnels que vous décriviez tout à l’heure : professionnels du soin, du travail social, éducation, justice, information, culture. Qu’est-ce qu’il y a de commun dans tous ces secteurs qui se sont retrouvés dans votre diagnostic ?

Roland Gori : C’est, notamment, les conséquences des réformes désastreuses, qui ont été mises en place, mais qui, encore une fois, ne sont que les symptômes d’une civilisation…

Antoine Mercier : Ce n’est pas Sarkozy qui est le problème, c’est ça ?

On normalise des professionnels afin qu’eux-mêmes normalisent des individus

Roland Gori : Non, non, non… C’est, on va dire… On peut dire que chaque société a le leader d’opinion qu’elle mérite, qu’on l’approuve ou qu’on ne l’approuve pas, c’est comme ça… c’est-à-dire, c’est bien parce qu’on s’étaient habitués… Voyez, pour moi, un gouvernement ou un Président de la République, il est autant acteur opérateur d’une civilisation qu’un des effets, un des symptômes. Donc, en quelque sorte, n’est-ce pas, si vous voulez, ça n’est pas le problème lié encore une fois à un Président ou à un gouvernement, ce n’est pas ça le problème. Je crois que l’Appel des appels, c’est le constat, encore une fois, qu’on normalise des professionnels afin qu’eux-mêmes normalisent des individus et des populations pour leur faire incorporer des valeurs comme les valeurs par exemple, de performance, comme des valeurs…

Antoine Mercier : Alors, qu’est-ce que vous avez… parce que là, allons dans le détail… Qu’est-ce que vous avez contre la notion de performance ? Après tout, ou même d’évaluation, qu’est-ce que ça… ça s’oppose à quoi ? Une autre vision que vous avez, vous, de l’humain ?

Roland Gori : Non… La notion de performance… Encore une fois, une notion de performance mesurée comme elle est mesurée, on s’aperçoit qu’elle peut être contreproductive. On peut dire que la crise financière, il y avait des agences de notation et ces agences de notation, eh ben finalement, elles ont cautionné, elles ont cautionné si vous voulez, le désastre qui se préparait. Donc, ça veut bien dire que le caractère commensurable des indicateurs ne donne pas pour autant leur validité. Je crois que c’est un point important, on le retrouve dans le domaine de la recherche, je l’ai déjà dit, dans le domaine de l’Université, on le retrouve dans le domaine du soin. Je vais prendre un exemple concret, qui est un exemple, si vous voulez d’un article des professeurs Dreyfus, Grimaldi et du docteur Marie-José Del Volgo, qui va paraître dans l’ouvrage de L’ Appel des appels , qu’on va faire paraître à la rentrée, chez Fayard, qui est coordonné par Barbara Cassin, Christian Laval et moi.

Cet exemple est le suivant : Si vous prenez, par exemple, la performance au sens d’une tarification de l’activité de quelque chose de très instrumental, vous avez un patient diabétique qui arrive avec une artérite et le risque d’un membre inférieur qui se gangrène, donc, ou bien vous tentez de « sauver » – entre guillemets – ce membre, ou bien vous l’amputez. Du point de vue, pourrait-on dire du soin, il va de soi que dans la vocation même du médecin, il vaut mieux tout faire pour sauver, n’est-ce pas, le membre, même si on y passe du temps et même si techniquement parlant c’est plus compliqué.

C’est plus rentable d’amputer.

Du point de vue si vous voulez, du pôle de production de l’hôpital, c’est plus rentable de l’amputer. C’est-à-dire que la notion de performance, c’est en quelque sorte, si vous voulez, le découpage de nos vies et de nos actes, en termes de séquences techniques qui sont, pourrait-on dire, avec une plus ou moins grande valeur financière. Et je crois que quand vous prenez le rapport Larcher ou le rapport Valenciennes sur le mode, sur la réforme du mode de gouvernance à l’hôpital, la notion du manager, de patron, la notion de production de soins, la notion d’une éthique entrepreneuriale – c’est dans les textes mêmes –, eh bien, vous voyez bien que là, nous avons en quelque sorte une conception de la performance qui se fait aux dépends de l’humain et la réaction des praticiens et des professionnels de l’Appel des appels, c’est de dire « nous ne voulons pas être instrumentalisés pour, finalement, voir nos métiers recomposés selon des finalités qui ne sont pas celles-là mêmes qui les ont fondés, comme le soin, l’éducation, la justice, etc . »

Antoine Mercier : Alors… Beaucoup de succès mais aujourd’hui, alors, parce qu’on essaie de se resituer… dans l’été, certes, c’est l’été donc les vacances, mais on a quand même le sentiment que ce qui avait démarré dans les premiers mois de l’année, qui avait été très fort au niveau de la réflexion ou de l’émulation, est un petit peu retombé, comme s’il y avait une reprise en main, en tout cas, bon, le G20 etc. « on fait quelque chose, rassurez-vous et ça va repartir ». Est-ce que vous n’êtes pas inquiet pour l’avenir de ce mouvement ?

Roland Gori : Alors. Non, je ne suis pas inquiet. Simplement, vous voyez combien nous sommes colonisés par une novlangue qui nous amène à penser en termes de résultats. La culture des résultats, nous l’avons même dans l’opposition sociale et politique, parce qu’en gros vous me dites : là ça retombe. Non, ça se poursuit dans la durée. Nous ne sommes pas dans une culture du résultat immédiat. Bon, alors bien sûr, au 104, en janvier on avait 1000 personnes. Bien sûr, à Montreuil en mars on avait 1000 personnes, à La friche de la belle de mai à Marseille on avait 1000 personnes…

Antoine Mercier : Et même à Montpellier…

Ça transforme nos métiers en dispositifs de servitude

Roland Gori : À Montpellier on avait 350 personnes etc. Mais on ne va pas tomber dans le fétichisme du chiffre, alors même que c’est justement, si vous voulez, ce fétichisme-là qu’on dénonce. Simplement, se créent des comités locaux. Un numéro de Cassandre sur l’Appel des appels a fait état d’un certain nombre déjà de débuts d’analyse. Je vous ai annoncé un ouvrage chez Fayard à la rentrée. Nous travaillons dans la durée. Des comités locaux se mettent en place, une association s’est créée et nous voulons nous donner le temps de la réflexion puisque nous considérons qu’au sein même de nos métiers c’est ce que l’on tend, essentiellement, n’est-ce pas, à mettre en cause, c’est-à-dire qu’on nous laisse le temps. On nous demande de justifier ce que l’on fait parce qu’il faut bien quand même le dire, nous sommes dans un système très sécuritaire, un système qui s’intéresse non seulement à la performance, mais à la visibilité de la performance et à sa traçabilité et ça c’est le problème essentiel, parce que ça transforme nos métiers en dispositifs de servitude et c’est ce à quoi l’Appel des appels veut faire objection.

Antoine Mercier : Alors là, vous faites objection, vous êtes dans une position critique. À un moment donné va se poser la question peut-être de tracer des pistes, des propositions, non ? Il n’en est pas question du tout ou est-ce que c’est encore de l’utilitaire ? [Rires]

Roland Gori : Alors c’est de l’utilitaire. [Rires] C’est de l’utilitaire, mais il va de soi que nous nous constituons aussi comme un observatoire citoyen de ce qui se passe et en particulier dans l’espace public, puisque je vous l’ai dit et je le répète, ce qui m’a frappé dans l’histoire de l’Appel des appels c’est d’abord que finalement les mots qui ont surgi ont su de nous ce qu’on ne savait pas d’eux si j’ose dire, puisque ça a eu un effet…

Antoine Mercier : Ça a dépassé un peu…

Roland Gori : Ça a dépassé totalement, bien évidemment, nos attentes et que, d’autre part, si vous voulez, on veut être dans un temps également, de laboratoire, d’analyse, d’idées, et nous avons eu des rencontres avec des représentants syndicaux, nous avons des invitations sur les médias, vous connaissez, puisque vous avez bien voulu m’inviter, bon, nous avons des dialogues avec les politiques lorsque nous avons été invités c’est-à-dire que nous pensons que nous n’avons pas à nous substituer ni aux formations politiques, ni aux formations syndicales, que nous pouvons finalement leur faire part de l’analyse du vécu de professionnels, qui ne sont pas directement branchés sur la production et qui participent à la construction d’un espace public. Et ce qui nous a frappés, c’est ça : c’est essentiellement le besoin de témoignage, le besoin de partage, le besoin d’analyse et puis le besoin de fraternité.

Souvenez-vous quand même de La Boétie, n’est-ce pas, son Discours sur la servitude volontaire . Qu’est-ce qui peut faire objection à la servitude volontaire ? C’est justement l’amitié, ce qui est l’autre nom de l’amour. C’est la fraternité. Il y a véritablement, si vous voulez, un besoin dans notre pays, – et ça, je pense que les hommes politiques quel que soit leur bord, pourraient s’en réjouir –, il y a un besoin de se réapproprier collectivement l’espace public qui avait été pourrait-on dire occupé par une pure gestion administrative, technique et comptable jusqu’à ces derniers mois.

Antoine Mercier : Merci beaucoup – on reste là-dessus – Roland Gori, d’avoir accepté notre invitation. Donc, je rappelle qu’est paru en poche votre livre qui s’appelait La santé totalitaire, Roland Gori, Marie-José Del Volgo.

Essai sur la médicalisation de l’existence, donc c’est chez Gallimard Champs Essais… Flammarion, pardon, Champs Essais. Merci beaucoup, encore une fois d’avoir accepté notre invitation.

Roland Gori : Merci.


Émission diffusée mercredi 22 juillet 2009. Transcription de l’entretien par Maryse Legrand, psychologue clinicienne.