Évaluation à la britannique — psychothérapeutes et psychanalystes solidaires contre le cauchemar

Un document de Grande-Bretagne

Présentation de la SIHPP

Nous avons publié dans le numéro précédent un document dû à diverses associations  de Grande-Bretagne. Il nous paraissait urgent de le donner dans sa version originale. Quelques explications nous semblent les bienvenues.

Vous trouverez donc  ci-joint :

– Une présentation du texte due à Élisabeth Roudinesco

– Le document  en anglais, déjà publié

– Une traduction en français que nous devons à la gentillesse de Mmes Paola Costa et Carmen Hernandez


Un véritable cauchemar

{{Le remède est pire que le mal (1“)

Le texte que nous vous présentons ici semble tout droit sorti d’un véritable cauchemar. On y parle de la psychothérapie – c’est-à-dire aussi de la psychanalyse, bien qu’elle ne soit pas directement nommée – et de la manière dont les évaluateurs et autres agents de la normalisation sécuritaire se sont arrogés le droit de contrôler l’incontrôlable au gré d’une argumentation imparable. Il s’agit en effet de protéger le public de tous les charlatans possibles qui sont sensés polluer les sociétés démocratiques. Autant dire qu’il s’agit de protéger le sujet contre lui-même sans jamais lui demander le moindre avis. Au vu de cette horreur qui nous attend – et dont les psychanalystes n’ont pas encore pris la mesure en France -, on ne peut s’empêcher de penser que le remède au mal est pire que le mal.

Évaluateurs charlatanesques

Car les arguments invoqués par les évaluateurs sont tout aussi charlatanesques que les dérives qu’ils prétendent dénoncer. Si demain nous avons le choix entre la froide technologie prônée par des comités anonymes d’experts parlant en patagon, et les médecines dites “naturelles” des sectes et autres représentants de l’obscurantisme, on peut se demander ce qu’il adviendra des patients et des praticiens, quand on sait que les névroses, psychoses et autres troubles psychiques sont en progression constante dans nos sociétés, abreuvées pourtant de thérapies et de médicaments divers. Peut-être y a-t-il d’ailleurs un lien à établir entre la volonté normalisatrice des comités de santé et la progression du malheur social et psychique dans un monde voué désormais à un projet de rentabilité dont on ne cesse de constater l’échec?


Psychothérapeutes de toutes tendances alliés aux psychanalystes de toutes obédiences

On comprend alors pourquoi, en Grande Bretagne, les psychothérapeutes de toutes tendances se sont alliés avec les psychanalystes de toutes obédiences, à l’exception de ceux de British Psychoanalytic Society (BPS) — dont hélas le déclin est proclamé ouvertement par ses propres adhérents  — afin de s’opposer à ce projet ubuesque mis en oeuvre par le HPC. Fondé en 2001 par l’Ordre des professions de santé, cet organisme, qui réunit toutes sortes de professions, s’est donné pour tâche de protéger le public de tous les dangers liés aux professions paramédicales, en établissant des normes qui ne correspondent à aucune réalité.

S’opposer au délire du Grand Évaluateur

Et pourtant, toutes ces professions —  des diététiciens aux prothésistes en passant par les ergothérapeutes, les orthophonistes et la physiothérapeutes —  ont adhéré à ses principes qui n’ont pour objectif que d’édicter des règles suicidaires à leur encontre. Comme si, pour sortir de la pensée magique par le scientisme, elles préféraient se mettre sous la houlette du Grand Évaluateur plutôt que de penser réellement à la manière de s’opposer à ce délire.

Elisabeth Roudinesco


}}

Cher collègue,

Le Health Professions Council (HPC) vient de publier son (2“)

Bien que ce travail de réglementation des thérapies par la parole se déroule depuis trois ans, ces normes surprendront bien des thérapeutes et des counsellors. Elles relèvent davantage des procédures médicales que des thérapies, et seront méconnaissables pour de nombreux praticiens. Car elles semblent s’appliquer plutôt à une équipe chirurgicale préparant un patient à une opération qu’à la relation ouverte par une thérapie basée sur la parole. Ces normes édictent que les praticiens devraient :

– savoir comment faire fonctionner les équipements et minimiser le risque d’infection ;

– savoir sélectionner les techniques appropriées de gestion , de contrôle, de réduction et d’élimination des risques ;

– avoir une connaissance de la santé, des maladies, des troubles et des dysfonctionnements ;

– être capable d’évaluer et de mettre en œuvre des plans d’intervention utilisant des mesures dont le résultat est reconnu ;

– savoir utiliser un équipement de protection ;

– savoir formuler et délivrer des plans et des stratégies adaptés aux besoins de santé et de protection sociale ;

– comprendre les principes du contrôle de qualité et de sûreté et mener les audits en conséquence ;

– garder une trace efficace de l’audit, participer à des procédures d’audit et travailler dans le sens d’une amélioration permanente ;

– être capable de formuler des plans appropriés et spécifiques de management , comprenant la fixation de délais ;

– faire preuve d’une approche logique et systématique dans la résolution des problèmes et être en mesure d’engager la résolution des problèmes techniques ;

– observer et enregistrer les réactions des clients ;

– montrer des compétences efficaces et appropriées dans la communication des informations, des conseils, et des instrucions ;

– comprendre la nécessité de faire participer usagers et soignants à la planification et l’évaluation des diagnostics, des traitements et des interventions répondant à leurs besoins et objectifs ;

– comprendre l’importance de rester en bonne santé ;

– savoir comment répondre aux besoins du client.


L’hénaurme HPC

Une critique détaillée de ces normes est jointe à ce courriel (*), avec une réponse au rapport du Groupe de Liaison Professionnel du HPC «  Projet de normalisation des compétences concernant la psychothérapie et le counselling  ».. Accepter les normes HPC menace les thérapies par la parole du même sort que celui qu’ont connu d’autres professions : la pratique devient une simple technique de gestion des risques, ayant comme principale préoccupation l’évitement des litiges ou des réclamations au lieu du travail entrepris avec le client. Ces réclamations seraient d’autant plus probables vu la définition de « l’utilisateur des services » donnée par le HPC : celle-ci , en ne se limitant pas seulement au client mais à « tous ceux concernés par les services rendus à une personne régulièrement inscrite », y compris les membres de la famille et le conjoint, encourage ainsi les plaintes de tiers.

Perversion des valeurs

Les thérapeutes, selon le modèle HPC, seraient ainsi obligés d’agir exactement en suivant des méthodes qu’ils conseilleraient à leurs clients de fuir : la soumission plutôt que le questionnement d’une autorité intériorisée, la conformité aux attentes socialement acceptées plutôt que l’encouragement à la créativité et la singularité, visées traditionnellement par les thérapies. Alors que le système de valeurs proposé par les thérapies par la parole repose sur l’émancipation des jugements moraux sociaux, il devrait ainsi se conformer exactement à ces jugements moraux. Ce ne sera plus la psychothérapie telle que nous la connaissons.

Médicalisation des psychothérapies

Toutes les formations dans le domaine relevant de l’HPC, seront tenues de respecter les normes de compétence ; et l’audition des plaintes comme l’aptitude à la pratique se réfèrereont à ces normes. Outre le problème évident que pose cette médicalisation des thérapies par la parole, les thérapeutes du futur, dans un tel climat, ne pourront que se sentir perpétuellement sous le regard d’un juge ; l’espace privé de la thérapie devient une scène habitée par un juge intérieur ou un examinateur. Les conséquences de cette situation sur la pratique thérapeutique ne peuvent être sous-estimées ; il ya là comme une ironie lorsqu’on sait que de nombreuses descriptions traditionnelles de la psychothérapie la définissent comme un effort de libération de l’observateur-juge intériorisé, souvent à la racine du mal-être du client.

Une approche radicalement inadaptée au champ de la pratique de la psychothérapie

Alors que nous soutenons sans réserve les codes de déontologie et l’idée de la responsabilité du praticien, nous pensons que l’approche du HPC n’est pas adaptée à notre champ. Aussi nous vous demandons instamment, si cette réglementation doit être instaurée, d’adopter avec nous une position de principe de non-conformité. Si thérapeutes et counsellors sont assez nombreux à ne pas s’enregistrer auprès du HPC, le gouvernement se rendra compte de l’erreur énorme ainsi commise, et nous ne devrons peut-être pas faire face à un si sombre avenir.

Arbours Association, Association for Group and Individual Psychotherapy, Association of Independent Psychotherapists, Centre for Freudian Analysis and research, The College of Psychoanalysts-UK, The Guild of Psychotherapists, Philadelphia Association, The Site for Contemporary Psychoanalysis.ysts-UK


Le texte en anglais s’affiche sur notre précédent article Psychofolies P1H1.
Voir aussi deux textes plus subtantiels sur le site du Snppsy

  • 1 Les intertitres sont de la Rédaction
  • 2 Projet de normalisation des compétences de la psychothérapie et du counselling->http://www.hpc-uk.org/aboutus/consultations/index.asp?id=93

Chiffrolâtrie : où est donc passé “l’indice de développement humain” ?

La révolution de la “juste mesure”

par Caroline Fourest

Pour l’instant le concept d’indice de développement humain constitue un bel objet qui réchauffe le cœur et la raison et promet une autre politique, celle du renforcement du lien social, celle qui mobilise l’Appel des appels cher à Roland Gori. La réalité quotidienne lui tourne le dos. C’est comme le beau discours que Roselyne Bachelot était venue nous prononcer lors d’un colloque organisé par Jacques-Alain Miller dans les locaux du ministère, la ministre partit applaudie mettre en œuvre au Sénat la liquidation des valeurs auxquelles elle venait vertueusement d’exprimer son attachement indéfectible.

Il nous appartient à nous, praticiens humanistes du lien et de la relation, de nous occuper de la réalisation concrète, en politique professionnelle et au sein même de nos séances, des valeurs dont les pouvoirs publics de temps à autre protestent de l’imprescriptibilité.

À l’heure de l’injuste mesure d’une loi Accoyer nous spoliant de notre nom même au bénéfice d’une thérapie du Chiffre et de la mesure de ce qui ne se mesure pas, nous saurons faire valoir une politique de la juste mesure, celle de l’humanité des êtres humains. Une politique de l’exercice non entravé et de la transmission de notre profession de praticiens en psychothérapie relationnelle, garante sur le terrain de la préservation de la qualité de l’intersubjectivité et du lien humain et social.

Philippe Grauer


Le prérapport Stiglitz mérite d’être salué à sa “juste mesure “, c’est-à-dire avec enthousiasme. Une autre mesure de la performance économique permet d’espérer un autre monde, où la productivité et le produit intérieur brut ne seront plus l’alpha et l’oméga du modèle à suivre, mais une donnée parmi d’autres : la qualité de vie, les services publics, l’impact sur l’environnement, les critères sociaux… Cette révision, des économistes progressistes la rêvent depuis des décennies.

En 1990, le Programme des Nations unies pour le développement adopte l'” indice pour le développement humain “, qui intègre le niveau de vie, de santé et d’éducation. D’après ce classement, les Etats-Unis ne sont plus en tête mais en quinzième place. L’Islande et la Norvège deviennent des modèles à suivre. La révolution de la mesure est en marche… Mais il manque encore une prise de conscience mondiale : la crise financière.

Personne ne la soupçonne lorsque Nicolas Sarkozy annonce vouloir réunir la crème des économistes d’avant-garde pour réfléchir à la mesure de la performance économique, en janvier 2008. La crise va donner une tout autre ampleur à cette initiative. Nicolas Sarkozy parle de “révolution”, promet d’en finir avec la “religion du chiffre“, s’engage à mettre les conclusions de ces économistes au programme de “toutes les organisations internationales”. Il propose à ses partenaires européens de “donner l’exemple”. C’est là que le test commence. Car un homme se dresse sur le chemin de cette belle ambition… le président français.

Comme Nicolas Sarkozy, le président français a une passion pour les statistiques, mais quantitatives et au service de la productivité : “Travailler plus pour gagner plus.” Ministre de l’intérieur, il supprime la police de proximité : pas assez rentable du point de vue du “taux d’élucidation des affaires”. Incités par des primes au “résultat”, les policiers multiplient les affaires faciles (contrôles d’identité, arrestations de prostituées…) au détriment d’enquêtes longues, sans résultat immédiat. Bilan ? La tension entre jeunes et policiers augmente, et le “taux de violence sur les personnes” s’envole.

Devenu président, le même homme fixe un objectif chiffré en matière de reconduits à la frontière, sans tenir compte de la réalité, ni du cas par cas. Moralité, son ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, ne pense plus à l’intégration qu’en termes de chiffres : un seul militant UMP mangeur de porc et buveur de bière par région ! Au- delà, c’est un “problème”… Les ministres sont censés être notés. Mais la statistique ne doit pas “intégrer” les bons critères, car le ministre de l’intérieur est toujours bien coté.

En matière de santé publique, le président français a voulu noter et récompenser les hôpitaux en fonction de leur taux de mortalité… Ce qui incite à se méfier des patients un peu trop mourants. Dans la recherche, il faut remplir son quota de publications, au lieu de chercher. Les services publics sont en voie d’être privatisés ou affaiblis par des suppressions de postes massives. Encore un objectif chiffré. Grâce à de nouvelles méthodes managériales fondées sur le rendement, on “travaille plus pour se suicider plus” à France Télécom…

L’Appel des appels, un collectif réunissant les professionnels de tous ces secteurs, supplie d’arrêter cette vision chiffrée, qui conduit à la “destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social“. De fait, le bilan est sans appel. La France régresse au classement fondé sur l‘indice de développement humain.

“Nous avons construit une religion du chiffre. Nous nous y sommes enfermés. Nous commençons à percevoir l’énormité des conséquences de cet enfermement” : cette phrase n’émane pas de l’Appel des appels. Elle a été prononcée par Nicolas Sarkozy au moment du prérapport Stiglitz, au sujet de la crise financière…

Si cet homme parvient à convaincre le président français, alors oui, un autre monde est possible.

Est-ce ainsi que les hommes vivent à l’hôpital psychiatrique ?

Annette Lamielle, psychologue clinicienne, fut étudiante chez nous. Elle nous adresse ce texte, pas mal écrit. Devrions-nous instituer un concours national pour deviner de quel établissement il s’agit ? Asile pas mort.

Certains nous demandent parfois en quoi consiste la différence entre la psychothérapie relationnelle et la psychiatrie, nous les renvoyons au Carré psy. Ils ignorent souvent que cette dernière connaît la misère. En voici une image. Que vaut-il mieux, lorsque la maladie mentale s’attaque à nous, être hébergé en HP, où l’on renforce massivement la contention — c’est-à-dire qu’on vous attache —, et apparemment la crasse ; se retrouver au mitard, qui lui se trouve dans les prisons, où l’on a de fortes chances d’atterrir si l’on est givré, ou crècher sur une bouche de chaleur de nos rues, où une autre partie des clients naturels de la psychiatrie se traîne dans l’abjection. Tout cela en plein XXI ème siècle d’une démocratie avancée, comme cela se dit de la pourriture des faisans.

En cette période de chômage ils sont des centaines de milliers à chercher un job. Job lui, se balade un peu partout, devenu fou.

Il existe également des HP propres, cela ne veut pas dire humains pour autant, rien n’est garanti si le pire n’est pas certain. C’est bien connu mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et dingue.

Merci Annette pour ce témoignage. Si d’autres ont vécu des expériences psys quelque peu atypiques, après vérification nous nous ferons un plaisir de les publier.

Philippe Grauer


Un monde étrange

« Nom de nom, y’a personne là-dedans, c’est le vrai bordel ! » s’exclame Monsieur Martineau. Le vieil homme presque aveugle traîne les pieds dans ses savates éculées. Il tend les bras, cherchant à toucher quelque chose ou quelqu’un, mais il ne trouve que le vide. Personne ne bouge. Olivier, dans sa chambre, hurle en tapant la porte de ses poings. Ses deux voisins ont quitté les lieux et attendent dans le couloir que cessent les voix que le jeune homme entend. Madame Leroux sort des toilettes en petite tenue, un long morceau de papier w.c. entre les fesses. Elle fonce droit sur Marguerite qui a pris sa place à la table et la menace de sa main levée. Penchée ainsi, elle ressemble à une araignée avec ses membres amaigris. Sa tête est horrible. Son maquillage outrancier sur la peau vieillie par l’âge ,épouvante les jeunes femmes, leur présentant ainsi un miroir de ce qu’elles craignent de devenir.

Mais où est-on ici ? Dans quel cul de basse-fosse vivent ces gens ? La saleté règne partout. Est-on vraiment dans un service hospitalier? Les femmes de ménage sont absentes pendant le week-end et les murs des toilettes sont maculés d’excréments, une large flaque liquide s’étale jusque dans le couloir. Madeleine est arrivé hier soir. Sans l’avertir on l’a brutalement changé de service. Elle est désigné ce matin pour « voir » la psychiatre.

Madeleine hurle sa colère d’être traitée comme un pion qu’on déplace. Madame D. incapable de supporter cela, prends sa pile de dossiers se lève et s’en va ainsi que les infirmiers qu’elle entrainent hors du bureau. Incapable de créer une relation thérapeutique, elle fuit.

Un jeune infirmier stagiaire est arrivé ce matin. Quelle différence avec le service de rééducation fonctionnelle tout neuf qu’il vient de quitter ! Dans quel monde étrange vient-il de débarquer ? Pour les malades c’est un peu le struggle for life et pour les infirmiers c’est un travail devenu routinier. Que peut-on faire dans un service de psychiatrie à part la préparation et la distribution des médicaments matin midi et soir ? Le jeune stagiaire se demande ce qu’il fiche-là. Il se sent impuissant devant la lourdeur du service et l’indifférence routinière de ses collègues.
Cet après-midi, comme d’habitude les patients attendent, attendent, attendent, attendent l’heure du repas, le bon de sortie signé par la psychiatre ou une improbable visite de leur famille.

Les repas sont infects ; le jeune stagiaire s’étonne de voir que le personnel infirmier prend ses repas à part: ainsi ils ne voient pas les violence verbales ou physiques qui finissent en pugilat. Les tables sont mises par les malades, la vaisselle et le nettoyage du réfectoire aussi : c’est thérapeutique dit-on ! La sécurité des patients ne semble pas assurée. Pendant la nuit les soignés se baladent partout. Les sorties et les appels téléphoniques dépendent du bon vouloir des infirmiers. En principe ce service est ouvert, mais en fait une large banderole déclare que « suite à des fugues répétées d’un patient, une fermeture provisoire a été décidée ». Mais comme on le sait le provisoire a tendance à durer.

Ce soir, tout va mal: le personnel infirmier décide d’annuler la réunion avec le psychologue car « il sont en sous effectifs » et le psy est en vacances. La grogne s’installe. Pendant le dîner, Jimmy, un jeune homme impulsif, balance son dessert par la fenêtre du réfectoire. À l’extérieur des dizaines de paires d’yeux luminescents sortent de l’ombre des buissons. Est-ce une manifestation des âmes errantes ou de l’inconscient ? Ce ne sont que les cris de dispute des chats à demi sauvages ; coups de griffes et coups de crocs pour attraper les meilleurs morceaux. On se croirait dans un zoo inversé où ce sont les hommes qui sont enfermés et ont perdu leur liberté.

Le froid étreint le jeune stagiaire quand il sort du service surchauffé. Avant de prendre son vélo, il vomit contre le mur de l’hôpital.

Psychofolies : P1H1 chez les psys britanniques

Psychanalogie nous communique cette information, que nous répercutons ici. Nous avions déjà publié à ce propos une alerte de lacaniens allemands, au mois d’aoüt semble-t-il.

Allez, un peu d’anglais pour vous préparer à votre prochain séjour à Londres pour Noël ! Nous tâcherons de vous traduire et commenter ces hauts cris que poussent nos collègues britanniques pris à la gorge par la même folie évaluationiste gestionnaire cognitiviste. Tout aussi inquiétant que le H1NI, le psycho-haine-1, nommons-le P1H1, menace de faire des ravages dans le monde entier.

Pour s’immuniser recourir à une psychothérapie relationnelle ou psychanalyse, ou au simple bon sens à titre de traitement de terrain.

Voici donc ce que s’écrient nos collègues. On consultera utilement à titre complémentaire l’article paru sur snppsy.com

dernière minute

{{Cliquez pour la traduction, réalisée par les soins de la SIHPP

Philippe Grauer }}


Dear Colleague,

The Health Professions Council have now published their Draft Standards of Proficiency for Psychotherapy and Counselling.
http://www.hpc-uk.org/aboutus/consultations/index.asp?id=93
= http://tinyurl.com/mqpjjg
Although they have been working on the proposed regulation of the talking therapies for the last three years, the Standards will surprise many therapists and counsellors. They apply more to medical processes than to therapies, and will be unrecognisable to many practitioners. Indeed, they seem to apply more to a surgical team preparing a patient for an operation than to the open-ended relationship-based work of a talking therapy. The Standards dictate that practitioners should:

– know how to operate equipment and minimise the risk of infection.
– know how to select appropriate hazard control and risk management, reduction or elimination techniques.
– have a knowledge of health, disease, disorder and dysfunction.
– be able to evaluate and implement intervention plans using recognised outcome measures.
– know how to use protective equipment.
– know how to formulate and deliver plans and strategies for meeting health and social care needs.
– understand the principles of quality control and quality assurance and conduct audits correspondingly.
– maintain an effective audit trail, participate in audit procedures and work towards continued improvement.
– be able to formulate specific and appropriate management plans including the setting of timescales.
– demonstrate a logical and systematic approach to problem solving and be able to initiate problem solving techniques.
– observe and record client’s responses.
– be able to demonstrate effective and appropriate skills in communicating information, advice and instruction.
– understand the need to engage service users and carers in planning and evaluating the diagnostics, treatment and interventions to meet their needs and goals.
– understand the importance of maintaining their own health.
– know how to meet the needs of the client.

A detailed critique of the Standards is attached to this email, together with a response to the HPC Professional Liaison Group’s Report on the proposed regulation of psychotherapy and counselling. Accepting the HPC Standards threatens the talking therapies with the same fate that has met other professions: practice simply becomes a technique of risk management, with the prime concern less the work undertaken with the client than the avoidance of litigation or complaint. Complaints, indeed, would be much more likely given the definition given by HPC of a ‘service user’: this no longer simply refers to the client, but to “anyone who is affected by the services of a registrant”, including a client’s relatives or spouse, thus encouraging third party complaints.

Therapists, on the HPC model, would be obliged to act in exactly the ways they may be encouraging their clients to escape from: submission to rather than questioning of internalised authority, and a conformity to socially-agreed expectations, rather then the fostering of creativity and uniqueness that therapies have traditionally aimed at. Whereas the system of values that the talking therapies have always offered was freed from the moral judgements of social authorities, it is now made to conform to exactly these moral judgements. It will no longer be psychotherapy as we know it.

All trainings in the field will, according to HPC, be obliged to meet the Standards of Proficiency, and the hearing of complaints and fitness to practice cases will use the Standards as a benchmark. Aside from the obvious problem of medicalising the talking therapies, the therapists of the future, in such a climate, may feel they are perpetually under a judgmental gaze, the private space of the therapy becoming the stage for an internalised judge or examiner. The consequences of this on therapeutic practice cannot be underestimated, and there is an irony here that many traditional descriptions of psychotherapy define it as the effort to find freedom from the internalised observer-judge that may be at the root of the client’s unhappiness.

While we unreservedly support codes of ethics and practice that ensure the practitioner’s accountability, we do not believe that HPC’s approach is suited to our field and so urge you, should HPC regulation take place, to adopt with us a position of principled non-compliance. If enough therapists and counsellors do not register with HPC, Government will realise the enormous mistake it is making, and our field may not face such a grim future.

Arbours Association
Association for Group and Individual Psychotherapy
Association of Independent Psychotherapists
Centre for Freudian Analysis and Research
The College of Psychoanalysts-UK
The Guild of Psychotherapists
Philadelphia Association
The Site for Contemporary Psychoanalysis

Rencontre au Monde avec Élisabeth Roudinesco

à propos de son dernier ouvrage

Retour sur la question juive, Albin Michel, 2009, à paraître le 14 octobre.

Samedi 3 octobre 18h 30

Auditorium du journal Le Monde

80 boulevard Auguste Blanqui

75013 Paris

L’enfant violent : de quoi parle-t-on ?

Sciences humlaines.com

Mensuel spécial n°208 — octobre 2009 — 5.80 euros. On peut se le procurer en ligne pour 4 €.

Une excellente livraison.

Consulter le sommaire complet

On y lira également de Luc Boltanski : “Ce dont les gens sont capables”, une réflexion post bourdieusienne qui ménage sa place à l’individu créateur.

Psychanalyse & philosophie

Centre international d’étude de la philosophie française  contemporaine — CIEPFC

dirigé par Alain Badiou

Madame

Élisabeth Roudinesco

poursuivra cette année

2009-2010

son Séminaire d’HISTOIRE DE LA PSYCHANALYSE

sous l’intitulé

Psychanalyse et philosophie


Les cours se dérouleront salle des Résistants au 45 rue d’Ulm dans les locaux de l’École Normale de 18h à 20h les mardis suivants :

17 novembre — séance inaugurale

5 et 19 janvier

2 et 16 février

16 et 30 mars

13  avril

11 mai

25 juin


Le séminaire HISTOIRE DE LA PSYCHANALYSE est  inclus dans :

ÉCOLE DOCTORALE  382-EESS Economie, espaces, sociétés, civilisations

UFR DE GEOGRAPHIE, HISTOIRE, SCIENCES DE LA SOCIÉTÉ (GHSS)
               
UNIVERSITÉ DE PARIS VII-DENIS DIDEROT.

Musiques de chambre

Michelle Perrot, Histoires de chambres, Seuil 

De Louis XIV à Jean Genet, l’historienne Michelle Perrot consacre un essai subtil et érudit au coeur du logis, où se jouent les moments essentiels de la vie — naissance, sommeil, amour, maladie et mort.

“Tout le malheur des hommes, disait Pascal, vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.” C’est de cette pensée forte que s’est inspirée Michelle Perrot, grande historienne des femmes et de la vie privée, pour écrire cet essai subtil et érudit, qui a l’avantage de se lire comme un roman, peuplé de personnages venus de tous horizons — des rois, des pauvres, des écrivains, des mystiques, des victimes, des suicidaires, des amants, des enfants, des agonisants —, et de mettre en scène l’essentiel de la vie humaine. Car tous les chemins du monde mènent à une chambre : sommeil, amour, sexe, naissance, maladie, mort.

Théâtre de l’existence, la chambre est le logis des hommes par excellence, au point que ceux qui n’en ont pas, comme aujourd’hui les sans-domicile-fixe, sont d’abord des exclus de la vie : ils n’ont pas la liberté pascalienne de choisir d’y demeurer ou de la fuir.

Plutôt que d’organiser un ouvrage collectif qui s’appellerait, par exemple, Histoire de la chambre, de l’Antiquité à nos jours, Michelle Perrot a préféré écrire une Histoire de chambres, ce qui lui permet de décliner le mot dans toutes ses acceptions, subjectives et objectives, sans prétendre à une impossible exhaustivité. Et si elle regrette de n’avoir visité « ni les cabanes de bergers, ni les turnes de normaliens, ni les loges de concierges », elle n’hésite pas à dire l’amour qu’elle porte aux chambres : à toutes les chambres, « foisonnantes ou énigmatiques, pleines de cicatrices ou de murmures étouffés ». C’est donc à écouter des « musiques de chambre » qu’elle convie le lecteur en le promenant de la chambre de Louis XIV à Versailles — haut lieu de la souveraineté monarchique, mais dépotoir des turpitudes du corps royal, partagé entre vice et vertu — à la chambre des dames, où se croisent servantes, courtisanes, femmes entretenues ou bourgeoises, puis à la chambre d’hôtel, où se déploient les amours fugitives, et enfin à la chambre de l’enfant, véritable réceptacle de l’évolution de l’ordre familial.

Car la conquête fut rude entre une époque ancienne où l’enfant n’était qu’un patrimoine fragile, promis chaque seconde à la mort, et soumis successivement à trois figures d’autorité — nourrice, mère, père —, et l’époque moderne, dominée par des psychopédagogues soucieux d’éveiller le tout-petit par un décor approprié : « Robinson, Vitamine, Punk Rock, Marie-Antoinette, pour les petites filles (…) », ou encore : « chambre saine et écologique, à l’usage de parents “bio” », à la recherche d’un sol dépourvu de polluants que bébé puisse “lécher ou manger”.

Parmi les plus belles pages de cet ouvrage aux tonalités multiples, on retiendra celles consacrées à des écrivains ou à leurs personnages : Arthur Young, Marcel Proust, Oblomov, Jean Genet. Connu de tous les historiens, Arthur Young (1741-1820), agronome anglais, s’est rendu célèbre pour avoir réalisé, dans ses Voyages en France, une sorte de reportage sur la situation de l’hôtellerie à la veille de la Révolution de 1789. Décrivant avec minutie la misère française, ce disciple d’Adam Smith annonce l’avènement d’une catastrophe liée, selon lui, au désastre de l’habitat français : saleté, vermine, mauvaises odeurs, manque d’eau, crachats et, surtout, chambres inhabitables, encombrées de lits. Mais il retient que le génie français a su généraliser le bidet, présent dans chaque chambre “aussi universellement qu’un bassin pour se laver les mains, trait de propreté personnelle”.

Hanté par la terreur du bruit et habitué à vivre à l’envers de ses contemporains — dormant le jour et écrivant la nuit —, Proust avait fait tapisser de liège les murs de sa chambre. Et c’est en ce lieu nocturne qu’il rédigea A la recherche du temps perdu, qui s’ouvrait sur la phrase la plus fameuse de toute la littérature : « Longtemps je me suis couché de bonne heure. » Vivant au lit et ne se couchant jamais, il ne cessa de mettre en scène, dans son oeuvre, l’angoisse de la chambre nouvelle. Et quand il quittait la sienne, c’était pour habiter dans des chambres d’hôtel ou pour y séjourner la nuit et se livrer, avec des prostitués, à des actes de sodomie et de sadomasochisme.

Héros du célèbre roman d’Ivan Gontcharov (1812-1891), Oblomov passait sa vie couché, cultivant scepticisme et dérision. Aussi sa chambre, seul lieu habitable à ses yeux, faisait-elle office de bureau et de salon. Servi par un unique domestique, il séjournait au beau milieu des restes de repas, des encriers vides et des livres qu’il ne refermait jamais, par paresse. Il mourut enterré dans son lit et sans bruit : sa chambre, de longue date, était devenue son tombeau.

Quant à Jean Genet, dont Michelle Perrot donne un portrait superbe — qui contraste avec le torrent d’injures dont l’écrivain a été affublé par des commentateurs peu scrupuleux —, il séjourna, sa vie durant, dans des chambres d’hôtel, attiré, tel un mystique, par ce qu’il haïssait le plus : la cellule. Ainsi répétait-il, en refusant la douceur d’une chambre à soi, la violence psychique liée à un abandon primordial. Enfant de l’Assistance publique, il avait été placé dans une famille nourricière, puis incarcéré, comme voleur et fugueur, à la colonie pénitentiaire de Mettray. Atteint d’un cancer de la gorge, il mourut en 1986, âgé de 76 ans, dans un banal hôtel des Gobelins : « Jean Genet, vie et mort à l’hôtel », tel fut, selon Michelle Perrot, le destin d’un des plus grands dramaturges de la seconde moitié du siècle.

« La chambre, conclut Michelle Perrot, est un objet limite dont l’opacité déjoue les curiosités du chercheur comme celles du pouvoir. » On ne saurait mieux dire. Aussi faut-il souhaiter longue vie — en chambre et ailleurs — à cette Histoire de chambres . Puisse-t-elle devenir le livre de chevet de ceux qui, enivrés par le pouvoir et le culte d’eux-mêmes, ont oublié le sage précepte de Pascal.

Elisabeth Roudinesco

Baston antinazi, Bastards de BD, le génie de Tarentino subvertit nos stéréotypes historiques

Que vient faire ce film dans la rubrique Actualité de la psychothérapie relationnelle et de la psychanalyse ? il suscite des textes qui s’occupent du statut de la violence ultime, et de la question de la contre-violence. Il traite de la question des valeurs et du principe psycho politique qu’on trouve au fondement du fascisme — système qui n’a pas disparu avec la seconde guerre mondiale, et dont la rumination finira, à force de travail d’intégration, par permettre de vivre après Auschwitz, ce qui ne constitue point insulte insoutenable à ceux à qui la vie, leur volonté de puissance, précisément, fut arrachée mais fidélité à leur vie par nous indéfiniment reprise et relayée symboliquement, par un immense et incessant travail. Ce travail de penser l’inconcevable et d’en tirer morale nous revient en particulier, en tant que partie constituante de notre clinique.

Cela relève de la clinique collective, et les artistes qui s’y attaquent manifestent ainsi la vitalité de la sensibilité de l’époque au cheminement d’horreur qu’il s’agit de baliser pour ne pas, à son tour devenir fou ou {inhumain trop inhumain. Il en va ainsi du {Reader (qui eut tellement gagné à être tourné en allemand).

Il en va de même de cette histoire imaginaire de bâtards comme on dit dans les banlieues, justiciers alimentant notre goût de la vengeance, du sang, du ravage et de la mort, porté sur le ton de la farce dans le camp même des terroristes d’État du nazisme, celui-là même dont parle le Saint Augustin témoignant de son plaisir à assister aux gladiatoreries, celui-là même dont les Bienveillantes nous a raffraîchi récemment la mémoire par une méditation sur le corps rapporté au cadavre comme lieu de jouissance fasciste.

La contre terreur, en dehors du fait qu’elle s’inscrit en nous comme pôle fantasmatique antagonique vital, éthiquement ne vaut pas un clou. On n’est jamais fondé en droit à couper en morceaux son semblable, ou ce quon estime son dissemblable, histoire de l’impressionner et si on le fait on entre soi-même dans la spirale des horreurs de la guerre, voir Un roi sans divertissement. Cela dit la plaisanterie volontairement hénaurme nous convie à repenser nos poncifs sur la seconde guerre mondiale et de ce point de vue le côté conte BD moral décalé contribue à nous faire toucher du doigt autrement l’éternelle question des affreux et des recyclés. On se souvient de la publicité que Eric von Stroheim, ce géant du cinéma, s’était trouvé à force jouer les horribles : l’homme que vous aimerez haîr. L’ambivalence est partout dans ce film, rendez-vous vous êtes cernés. Par un grand réalisateur.

Quant au texte de Ayn Rand que nous propose Jacques Martin-Berne, pourquoi pas, sauf à remarquer que le terme mystique désigne ici un certain type de folie, contigüe au nihilisme, au demeurant politisée. Rien à voir avec ces moments très particuliers où nous pouvons faire l’expérience soudain de notre relation à l’ensemble de l’univers.

Cela dit voici donc deux textes bien différents qui viennent en écho au film de Tarentino, qui ne doit pas nous faire oublier le Vorleser, devenu le Reader quelle idée d’anglosaxonniser ce titre, qui explore la question de la nuit du facisme, de l’ombre qu’elle continue de porter sur nous, du travail d’élaboration auquel elle nous convoque régulièrement, et plus avant la question de la morale et de la philosophie (lisez le livre) au cœur de la relation d’aide.

Philippe Grauer
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La critique de Télérama sur le film Inglorious Basterds est très bonne.  J’ai lu depuis mon premier mél du 19 août  beaucoup de critiques anglaises, allemandes et italiennes . J’ai l’impression de savoir déjà par cœur cette œuvre. Trop de publicité , de vidéos et de trailers ? Je vous  le confirmerai après avoir vu ce film.

Je voudrais appeler votre attention sur une autre oeuvre uchronique: Le complot contre l’Amérique de Philip Roth. Ce roman(2004) qui récrit l’histoire d’une façon imaginaire et révèle le nazisme de Charles Lindbergh ou de Henry Ford incline à respecter le film uchronique et onirique de Tarentino. On peut aimer ou détester ce cinéaste qui nous présente la violence extrême dont est capable l’être humain.  D’après la critique de Jacques Morice et les films que j’ai vus, Tarentino me semble être un homme qui règle ses comptes avec la folie et la boucherie du monde comme un rêveur en plein cauchemar, l’inconscient marqué par des horreurs refoulées qui reviennent au conscient.  Si Freud était encore vivant ses films seraient dans L’Interprétation des rêves et ses Considérations sur la guerre.

J’aurais apprécié que  Lindbergh et Henry Ford se fassent scalper virtuellement par le commando Juif du film. Ce n’est pas un fantasme morbide de ma part. Dans le film les nazis sont scalpés.

Reste à connaître l’opinion de nos amis juifs. La vie est belle de Moretti avait suscité des douleurs chez tous les Juifs du monde. (Ce qui ne m’empêche pas d’aimer aussi les Palestiniens. Je ne déteste que l’extrémisme qui tue.)

J’ajoute que les films historiques ou uchroniques sur l’époque nazie occupent fort bien l’actualité à nouveau. Un nouveau film L’armée du crime de Robert Guédiguian décrit le groupe de Missak Manouchian qui lui a vraiment existé. Cet ensemble d‚hommes courageux faisait des attentats contre les nazis. Ainsi le film de Tarentino reprend très justement ce thème à sa façon.

Il ne faut jamais oublier les camps d’extermination où Juifs, Tziganes, malades mentaux, homosexuels, dissidents politiques, prisonniers de droit commun et prisonniers de guerre furent assassinés sauvagement. Le Nazisme est marqué par la cruauté de ses actes.

Il ne faut plus jamais laisser des dictateurs prendre le pouvoir.

Très cordialement.

Jacques Martin-Berne


Extraits de La révolte d’Atlas (Atlas shrugged), 1956, par Ayn Rand.

Tout dictateur est un mystique et tout mystique est un dictateur en puissance. Un mystique demande ardemment l’obéissance des hommes, pas leur accord. Il veut les voir renier leurs consciences devant ses affirmations, ses ordres, ses souhaits et ses caprices; de même qu’il renie la sienne devant les leurs. Il veut traiter avec les hommes par la foi et la force, il ne trouve aucune satisfaction dans leur consentement s’il doit l’obtenir par la raison et l’exposé des faits. La raison est l’ennemi qu’il redoute, quoiqu’il lui accorde peu de crédit. La raison, pour lui, est un moyen de tromperie ; il croit que les hommes possèdent un pouvoir plus puissant que la raison, et que seule leur croyance sans cause ou leur obéissance forcée peut lui apporter la sécurité, la preuve qu’il a su pallier son absence de don mystique. Il est avide de commander, pas de convaincre : convaincre exige de reconnaître l’indépendance d’autrui et de se soumettre à l’absolu de la réalité objective. Ce qu’il recherche est un pouvoir sur la réalité et sur le moyen qu’ont les hommes de la percevoir, leur intelligence. Il cherche le pouvoir d’interposer sa volonté entre l’existence et la conscience, comme si, en acceptant de falsifier la réalité comme il leur ordonne de le faire, les hommes pouvaient en fait la créer.

Dans le domaine matériel, le mystique est un parasite qui exproprie les gens des richesses qu’ils ont créées ; de même, dans le domaine spirituel, le mystique pille les idées créées par les autres. Il se ravale ainsi en dessous du rang de l’aliéné qui projette sa propre déformation de la réalité, en devenant un parasite de l’aliénation qui se nourrit de la distorsion imaginée par d‚autres.

Il n’y a qu’un état qui satisfasse les désirs d’infini, de non causalité et de non identité du mystique : la mort. Peu importe la source inintelligible de ses sentiments incommunicables: quiconque rejette la réalité rejette l’existence; et les sentiments qui l’animent sont une haine contre toutes les valeurs qui constituent la vie humaine, et un désir avide de tout ce qui la détruit. Un mystique se délecte du spectacle de la souffrance, de la pauvreté, du servage et de la terreur. Tout cela lui procure une sensation de triomphe, la certitude qu’il a vaincu la réalité rationnelle. Mais il n’existe aucune autre réalité.Peu importe quel bien-être il prétend servir, que ce soit celui de Dieu ou de ce monstre informe qu’il appelle Le Peuple, peu importe à quelle dimension surnaturelle il se réfère : dans les faits, sur terre, son idéal concret est la mort, son désir est de tuer, sa seule satisfaction est de faire souffrir.

La foi des mystiques n’a jamais abouti à rien d’autre qu’à la destruction, comme vous pouvez le constater autour de vous une fois de plus. Et si les ravages occasionnés par leurs actes ne les ont pas incités à s’interroger sur leurs doctrines, s’ils prétendent être animés par l’amour alors qu‚ils empilent des montagnes de cadavres, c’est parce que la vérité de leurs intentions est encore pire que l’excuse obscène que vous leur trouvez, selon laquelle ces horreurs sont au service de nobles fins. La vérité est que ces horreurs sont leurs fins.

Vous qui êtes assez égarés pour croire que vous pourriez vous accommoder d’un dictateur mystique, que vous pourriez lui agréer en obéissant à ses ordres, sachez qu’il n’y a pas moyen de le satisfaire ; si vous obéissez, il inversera ses ordres ; il cherche l’obéissance pour l’obéissance et la destruction pour la destruction. Vous qui êtes assez poltrons pour croire que vous pouvez vous entendre avec un mystique en offrant vos biens à sa rapacité, sachez qu’il n‚y a pas moyen de le corrompre car le pot-de-vin qu’il veut, c’est votre vie, aussi rapidement que vous serez disposés à la lui donner ; et que le monstre qu’il cherche lui-même à soudoyer est ce néant enfoui dans son âme, qui le pousse à tuer pour lui éviter d’apprendre que la mort qu’il désire est la sienne.

Ayn Rand

Rentrée en perspective

Nazisme au cinéma, fantasmes et vérité

De quoi parle-t-on actuellement, qui nous concerne ? de cinéma, avec deux films sur le nazisme, The Reader, à voir absolument — quel dommage qu’il ne soit pas parlant allemand, et à lire (Bernhardt Schlink, Le liseur), une profondeur en finesse, une puissance dans la lente remontée vers l’humanité, dans la difficile mais exemplaire sortie de l’horreur nazie. Une étincelante méditation sur la relation d’aide et ses limites. Du côté de Tarentartino les Basterds, reprise du thème des tueurs sympathiques sans folle originalité. À Violence violence accrue, à chevaucher la pulsion à cru nous voici à même la jouissance. Autres temps autres mœurs ? Malraux dans l’Espoir abordait la question éthique en montrant l’étonnement des fascistes prisonniers de ne pas se voir infliger la cruauté qu’eux auraient déployée. La mutilation par la croix gammée fut d’ailleurs une pratique des nazis. Il faut réfléchir à ce qu’on montre, et aux inconvénients majeurs des petits plaisirs qu’on a tellement envie parfois de ne pas se refuser.

Le décret est prêt, nous aussi

Le décret est prêt, les organisations responsables des institutions historiques de la psychothérapie relationnelle en sont à envoyer leur lettre de mise au point à leur ministre, pour marquer une fois de plus que notre discipline ne saurait se voir malmenée par les pouvoirs publics, alors que nous sommes en présence d’un édifice institutionnel, privé certes, comme celui de la psychanalyse à tout prendre, d’un fait de société massif dont il serait imprudent et finalement peu politique d’ignorer l’incontournabilité.

Bonnes Écoles

Quand nous disons le décret prêt, nous parlons des cartons du Ministère, car si la loi a bel et bien passé, le décret est loin de se voir publier, le débat a le temps de rebondir. Nous voici de notre côté également prêts. Prêts à lutter pied à pied pour soutenir notre cause et celle des bonnes Écoles qui transmettent avec sérieux des contenus, des programmes, une éthique, relatifs à une longue et riche histoire, qui s’enracine dans le surgissement dès les années 50, déjà en protestation contre le comportementalisme renommé cognitivisme, de la psychologie humaniste américaine, à la jonction avec le renouveau philosophique d’inspiration française de l’immédiat après guerre, qui est tout sauf farfelue, n’en déplaise à l’inculture vraie ou affectée de certains.

Une profession de la maturité

Nous reviendrons sur ces sujets. Notre École conduit cette année comme traditionnellement son séminaire multiréférentiel de Rentrée dans la bonne ambiance d’un travail clinique divers et se voulant de qualité. Marseille s’apprête à voir démarrer sa première promotion. Les perspectives sourient. Nous poursuivons notre chemin. Dans tous les sens du termes nous représentons une profession d’âge mûr, dont les praticiens ayant déjà suffisamment vécu et travaillé sur eux, sont véritablement à même d’inspirer légitimement confiance.

De quoi se sentir rassuré

Qui choisit de recourir à ces professionnels qui ont consacré des années payées de leur poche à acquérir théorie, méthodologie et savoir-faire, sur le socle d’une vie déjà bien engagée affectivement et professionnellement par ailleurs, ne place pas sa confiance inconsidérément. Quand on pense de plus au luxe de précautions institutionnelles, éthiques et pratiques dont leur pratique sagement s’entoure, on peut tout de même se sentir rassuré.

Praticiens de l’autonomisation

Découlant de cela, nos étudiants sont d’authentiques praticiens de l’autonomisation, le contraire systématiquement de l’art de capter des pratiques sectaires. Ni le public ni les personnes intéressées à venir se former dans nos écoles n’y sont indifférents. Alors, envisager de nous renommer et de nous réclamer de la pratique exclusive de la psychothérapie relationnelle et multiréférentielle nous ferait plutôt, à la réflexion, plaisir.

Une solution élégante

Bonne Rentrée à tous et bienvenue à ceux qui cherchent de notre côté une solution élégante et sérieuse à leur reconversion dans le domaine de la psychothérapie par la relation.