État d’exception en psychiatrie : la démocratie enchaînée

Communiqué

Le 14 mai 2011,

À l’appel du Collectif des 39, associé avec de nombreuses organisations, une manifestation s’est tenue devant le Sénat le mardi 10 mai 2011 où était débattu le projet de loi relatif à la “protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques”

Plusieurs centaines de professionnels, patients, familles, artistes, citoyens, mais aussi des représentants de partis politiques et de syndicats ont crié leur opposition déterminée à la mise en œuvre d’une loi qui porte gravement atteinte à la dignité et à la liberté des personnes et qui dénature le concept même de soin.

soins sans consentement ad libitum

Chacun doit se sentir concerné car si cette loi est appliquée, qui sait si, demain, l’enfant dit “hyperactif“, la personne déprimée, l’adolescent en souffrance ne pourront pas, eux aussi, se voir contraints à des “soins sans consentement“, et cela d’autant plus facilement qu’ils auront lieu en dehors de l’hôpital, pour des raisons à la fois sécuritaires et économiques.

La possibilité pour chaque “soigné” de se déplacer librement se verra strictement encadrée par un “protocole de soins” – renommé programme de soins mais toujours décidé en Conseil d’État – qui fixera les lieux, le contenu et la périodicité des rendez-vous médicaux avec la menace de se voir hospitalisé si un élément du protocole n’est pas strictement appliqué.

une loi qui empêche la relation de confiance

Cette loi empêche donc activement l’instauration d’une relation de confiance, élément pourtant central du soin en psychiatrie et risque de pousser les patients à des actes désespérés plutôt que de les en protéger.

Qui peut croire que cette loi va dans le sens des “droits et d’une meilleure protection des personnes” alors qu’elle détruit toute possibilité de soins ?

Qui peut croire que les familles seront entendues dans leur demande d’aide alors que les patients seront mis en danger et fragilisés par cette loi ?

C’est la raison pour laquelle des sénateurs de la Commission des affaires sociales, tous bords politiques confondus ont demandé dans un premier temps le retrait des “soins” sans consentement en ambulatoire. Mais dans l’hémicycle, les centristes n’ont pas mis leurs actes en accord avec leurs déclarations.

Cette loi qui est en passe d’être votée, puisqu’elle repassera en deuxième lecture le 18 mai à l’Assemblée Nationale et le 16 juin au Sénat, est une loi contre les soins, contre les patients, contre les familles, contre les citoyens, contre les soignants.

C’est une loi qui détruit cette psychiatrie que nous voulons hospitalière pour la folie.

C’est une loi qui va dans le sens de la révision générale des politiques publiques (RGPP) et des ravages qu’elle cause (non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, désengagement de l’État dans le domaine de la protection sociale etc…).

C’est une loi qui entérine la destruction du travail de secteur.

C’est pourtant une loi cohérente et “responsable” pour nos gouvernants, excluant les plus démunis d’entre nous, ceux qui “ne rapportent rien”, ceux qui “coûtent trop chers”.

Nous n’en sommes plus à une “déraison d’État” mais à l’application méthodique d’un plan qui économise et qui place 500 000 malades mentaux en otages d’un plan de rationnement et d’une campagne électorale douteuse. Pour cela tous les moyens sont bons : énonciation de contre-vérités, pressions exercées sur les représentants syndicaux, sur les représentants élus etc.

L’application de ce projet de loi a d’ores et déjà commencé avec l’instauration de dispositifs Justice/ARS/médecins chefs de pôle/directeurs d’hôpitaux au nom du “réalisme”. C’est bafouer le principe même de la loi que de l’appliquer avant même qu’elle soit votée!

Le collectif des 39 refuse de participer à l’installation de ces dispositifs, construits avant même que la loi ne soit votée, et vous invite à faire de même.

recul des fondements même du pacte républicain

Nous restons mobilisés, patients, familles, professionnels, syndicats, partis politiques, avec l’appui de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme pour exiger que ce texte ne puisse s’appliquer car il signe un recul sans précédent des libertés démocratiques et des fondements même du pacte républicain.

Le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire

. 1 Collectifs de patients, mouvement contre la politique de la peur, syndicats, tous les partis politiques de gauche, Ligue des Droits de l’Homme, Syndicat de la Magistrature, Sud santé sociaux, syndicats de psychiatres publics, qui appelaient aussi à une grève largement suivie dans les hôpitaux psychiatriques

Georges Mauco (1899-1988) : un psychanalyste au service de Vichy. De l’antisémitisme à la psychopédagogie

Élisabeth Roudinesco, L’Infini, 51, automne 1995.

Georges Mauco (1899-1988) : un psychanalyste au service de Vichy. De l’antisémitisme à la psychopédagogie.


1 – JEUNESSE PARISIENNE

inspiration nazie

Si Georges Mauco reste peu connu dans l’histoire du mouvement psychanalytique français, il y joua néanmoins un rôle important qui mérite aujourd’hui d’être éclairé. Psychanalyste, pédagogue et démographe, il se fit remarquer en 1932 par une thèse sur les problèmes de l’immigration (1). Pendant l’Occupation il participa aux travaux de la revue L’Ethnie française dirigée par Georges Montandon et à la Libération, masquant son passé d’adepte du racisme et de l’antisémitisme, il réussit à se faire nommer par le général de Gaulle secrétaire du Haut comité de la population et de la famille, ce qui lui permit à la fois de poursuivre ses activités de démographe et de créer les premiers centres français de psychopédagogie d’inspiration freudienne, destinés à la réintégration des enfants atteints de troubles scolaires. Par son action, il fut ainsi parfaitement intégré au mouvement freudien français comme membre de la Société française de psychanalyse (SFP), entre 1953 et 1963, puis de l’Association psychanalytique de France (APF) jusqu’à sa mort.
Georges Mauco fut le seul psychanalyste français à avoir eu des activités collaborationnistes. Non seulement il rédigea des textes d’inspiration nazie, mais il témoigna contre le “danger juif” en août 1941 devant la Cour suprême de justice à Riom. À cet égard, son itinéraire est fort différent de celui de René Laforgue bien qu’il ait été son analysant et son disciple, et qu’il soit resté son ami.


Laforgue : Collaboration manquée

On sait que dans son ensemble, le mouvement freudien français n’opta ni pour la Collaboration ni pour la Résistance. Si Paul Schiff fut le seul authentique résistant de l’année 1940, René Laforgue fut le seul, entre 1940 et 1942, à tenter de convaincre les nazis, et notamment Matthias Heinrich Göring, de créer à Paris un institut de psychothérapie “aryanisé” sur le modèle de celui de Berlin. Il échoua, n’ayant pas à leurs yeux les qualités requises pour une telle entreprise. Membre de la Ligue contre l’antisémitisme, Laforgue n’avait jamais publié le moindre texte suspect. L’histoire de son collaborationnisme se résuma donc, comme j’ai eu l’occasion de le montrer, à une histoire tragique et abjecte de “collaboration manquée” dont il se sentit coupable toute sa vie et qui fit de lui une personnage “maudit”, accusé à tort par ses adversaires, adulé par ses épigones(2).

Rien de tel dans l’itinéraire de Georges Mauco qui fut un notable de la psychanalyse. Célèbre en son temps, publié par les meilleures maisons d’édition, reconnu par ses pairs comme un humaniste il n’eut jamais de remords. La plupart de ses collègues ignoraient ses activités passées et ses écrits antisémites pourtant accessibles. D’autres préférèrent les ignorer.

un démographe raciste célinien

L’ascension sociale de Mauco, ses opinions, son enfance nous sont connus par les souvenirs qu’il publia en 1982 dans son autobiographie et par un entretien inédit accordé à Jean-Pierre Bourgeron un an auparavant(3). Quant à ses activités de démographe raciste, elles furent analysées pour la première fois par Patrick Weil, en 1991, dans un livre intitulé La France et ses étrangers qui retrace l’aventure politique de l’immigration entre 1938 et 1991 (4).

Bien que les souvenirs de Georges Mauco soient reconstruits de manière apologétique, ils sont révélateurs des obsessions du personnage, de ses pensées, de sa sexualité, de ses actes. Né à Paris le 16 avril 1899, il est le fils d’un garçon de café qui s’enrichira ultérieurement en devenant propriétaire de bistrot. De ces années d’enfance, l’auteur garde un souvenir qui le marquera toute sa vie : “Un jour, comme je remontais le petit déjeuner, je vis ma grand- mère assise sur la chaise, une cuvette entre les jambes pour se laver. La vue du noir de son sexe me frappa ainsi que notre gêne mutuelle. Ma grand-mère avait été habituée à cette vie misérable(5).”

Placé à la campagne chez un ouvrier agricole, avec sa sœur et son frère, il y apprend le culte des racines terriennes et en retire une solide détestation des bourgeois, des riches et des classes dominantes. Il décrit un univers célinien dans lequel il se vit comme un marginal appartenant au peuple des damnés. Nul doute que ce sentiment d’exclusion jouera un rôle majeur dans l’intérêt qu’il portera plus tard aux étrangers, aux immigrés, aux inadaptés.

Révolté contre les possédants, il rêve néanmoins de s’intégrer à la classe honnie, et quand son père achète un café à la porte Maillot, il est fier de fréquenter l’école communale de Neuilly. Le déclenchement de la Grande Guerre l’empêche de poursuivre ses études. Il passe alors un concours qui lui permet d’accéder à un poste de “classeur émargeur” au ministère des Finances. En 1918, il est mobilisé puis affecté comme soldat de première classe à l’armée d’Orient d’où il reviendra maréchal des logis en décembre 1920.

Pendant trois ans, les images d’un Orient colonial, sorti tout droit des romans de Pierre Loti forment la toile de fond d’un parcours initiatique dont se nourrit le jeune homme en quête d’aventures. Il a le goût des bordels, des prostituées, des marchés arabes, turcs et arméniens. Par l’exotisme, il adhère à la notion de hiérarchie des races et des mentalités. Entre 1924 et 1929, il ne cesse de voyager en Allemagne, en Russie, en Espagne, en Égypte, en Syrie, toujours à la recherche des “différences”.

À Paris, il passe une licence d’histoire après avoir suivi les cours de Jérôme Carcopino à la Sorbonne, puis il obtient un poste de répétiteur à l’école primaire supérieure Jean Baptiste Say. En 1924, il est maître interne à l’École normale des instituteurs de la Seine. Parallèlement, il commence une analyse avec René Laforgue, s’initie au freudisme et aux travaux de René Spitz et de Lucien Lévy-Bruhl. Le 31 août 1930, lors d’une visite où il accompagne Laforgue à Karlsbad, il fait la connaissance de Sigmund Freud qui aurait ce jour-là prononcé ces mots : “L’avenir de la psychanalyse est dans l’éducation, car mieux vaut prévenir que guérir(6).”

2 – PSYCHANALYSTE ET DÉMOGRAPHE

Vers 1933, Georges Mauco pratique la psychanalyse en suivant un contrôle avec Marc Schlumberger. Ainsi est-il intégré dès cette époque au groupe laforguien de la SPP. Il y fera la connaissance d’Alain Cuny, de Françoise Marette (future Dolto) et des représentants de la première et de la deuxième génération psychanalytique française.

Mais c’est d’abord comme démographe qu’il se rend célèbre en 1932 par la publication de la thèse de doctorat qu’il a soutenu avec le géographe Albert Demangeon : Les étrangers en France, leur rôle dans l’activité économique. Comme le souligne Patrick Weil, sa démarche est celle d’un nationaliste qui prône la nécessité d’une immigration de famille jeunes “pour fournir à long terme à la France l’apport de population dont elle a besoin (7).”


hiérarchie des ethnies, préjugé racial

L’ancien soldat des armées d’Orient est un chaud partisan de l’assimilation. Cependant, ses thèses s’appuient sur une conception de la hiérarchie des ethnies qui relève d’un préjugé racial. Mauco, en effet, défend la supériorité de certaines ethnies sur d’autres et soutient qu’une partie des étrangers sont d’emblée inassimilables: les Asiatiques, les Africains, les Levantins. Au bas de l’échelle, il situe les Arabes puis remonte vers les Belges et les Suisses – c’est-à-dire les francophones – en passant par les Grecs, les Arméniens, les Polonais, les Espagnols, les Italiens. Le vocabulaire utilisé est celui des stéréotypes constitués à la fin du XIXéme siècle. L’auteur parle d’”atavisme” slave, d’”impulsivité” italienne et de “dangers” pour la race : “Parmi la diversité des races étrangères en France, il est des éléments (…) asiatiques, africains, levantins même dont l’assimilation n’est pas possible et, au surplus, très souvent physiquement et moralement indésirable. L’échec de nombreux mariages mixtes en est une vérification. Ces immigrés portent en eux, dans leur coutumes, dans leur tournure d’esprit, des goûts, des passions et le poids d’habitudes séculaires qui contredisent l’orientation profonde de notre civilisation.” En guise de conclusion, il ajoute : “Non moins pernicieuse est la déliquescence morale de certains Levantins, Arméniens, Grecs, Juifs et autres “métèques” trafiquants et négociants. L’influence des étrangers au point de vue intellectuel, encore que difficilement discernable, apparaît surtout comme s’opposant à la raison, à l’esprit de finesse, à la prudence et au sens de la mesure qui caractérisent le Français(8).”

Très favorable au livre, la presse d’extrême droite en retient la thèse du préjugé xénophobe et inégalitariste. L’hebdomadaire Candide décerne un prix à l’auteur et Lucien Descaves s’appuie sur lui pour appeler à “ une méfiance accrue de l’invasion étrangère(9).”

L’ouvrage est également salué pour son caractère “pionnier” par la presse de gauche et par les spécialistes de la démographie, soucieux en ces années de crise économique et de haine des étrangers de définir les liens entre immigration et identité nationale. Gérard Noiriel explique les raisons de ce succès : il s’agit de la “première grande thèse non juridique consacrée explicitement à l’immigration (10).” En réalité, à cette époque, l’immigration est prise comme objet d’étude, non pas par les sociologues de l’école de Durkheim, qui auraient pu construire la notion d’assimilation hors de tout préjugé racial, mais par les tenants de la doctrine dite des “origines” qui mettent en avant la race et l’hérédité, selon une perspective issue à la fois de Maurice Barrès, de Georges Vacher de Lapouge, de Gustave Le Bon et de Pierre Vidal de La Blache.

Dans cette nébuleuse, Noiriel distingue trois courants. Le premier est représenté par l’anthropologie physique où l’on retrouve les partisans de l’eugénisme. Le deuxième est celui de la démographie proprement dite, où l’immigration est abordée par la question de la natalité et de la dépopulation. Enfin, le troisième, auquel se rattache Mauco, s’inspire de la géographie : il étudie les migrations comme fait humain à partir d’enquêtes de terrain.

En 1932, Georges Mauco doit son succès à l’emploi d’un outillage technique et novateur qui lui permet de faire passer ses thèses racistes par le biais de statistiques et d’études de terrain indiscutables. Aussi l’ouvrage deviendra-t-il une référence majeure pour les démographes qui auront tendance à négliger son contenu doctrinal.

À cette date, l’auteur ne fait pas entrer les Juifs dans une catégorie particulière de race, d’espèce ou d’ethnie. Il parle de “Juifs roumains”, “Juifs grecs”, “Juifs polonais” et, à propos des Juifs en général (français ou étrangers), il emploie tantôt le mot “Juif” tantôt le vocable “Israélite” sans distinguer les deux termes.

“problème juif”

Cinq ans plus tard, dans un mémoire sur l’assimilation des étrangers en France, rédigé pour la Société des nations, il évoque pour la première fois un “problème juif” : “La plupart des étrangers qui se pressent dans les activités artisanales, commerciales et libérales, écrit-il, sont des Israélites. Cette orientation de l’activité juive repose d’ailleurs sur de réelles qualités intellectuelles qui rendent précisément plus efficace cette concurrence. Il faut y ajouter une grande souplesse, une persévérante habileté et le bénéfice de la remarquable solidarité qui lie les Israélites entre eux et qui leur facilite l’ascension sociale(11).” Afin d’éviter le danger de cette “ influence juive”, Mauco préconise d’envoyer ces “Israélites” à la campagne pour qu’ils aient des activités agricoles et manuelles. Ne furent-ils pas autrefois un “peuple de pasteurs” ?

Par cette identification d’une activité juive spécifiquement intellectuelle, Mauco passe du préjugé racial aux thèses de l’antisémitisme telles qu’elles se développent en Europe après l’avènement du nazisme. Dans ces domaines de la démographie et de l’immigration, de l’anthropologie et de l’ethnologie, de la médecine et de la psychiatrie, deux voies s’opposent : l’une s’attache à l’idée d’origine et distingue une hiérarchie à l’intérieur de laquelle le Juif devient le mal absolu, l’autre se défait de toute référence à l’origine pour admettre l’existence d’une pluralité des cultures. Les représentants du premier courant acceptent les thèses nazies, le différentialisme et l’eugénisme, les seconds luttent en faveur d’un culturalisme et d’un égalitarisme appuyés sur l’universalisme.

dépistage

Si, pour les adeptes du racisme, le Juif ne relève pas d’une “race” identifiable, il n’en est que plus dangereux. Ennemi intérieur et impossible à reconnaître, il est capable, par son invisibilité même, de dévorer sa victime – la race dite “aryenne” – tel un microbe ou un vampire. Pour s’en débarrasser, il faut inventer des critères d’identification scientifiques et donc définir une ethnie, une morphologie, une anthropologie, voire même un psychisme typiquement juifs. Une fois le dépistage mis en œuvre, on peut envisager plusieurs formes d’éradication du mal : la mort lente par enfermement (le ghetto, puis les camps), ou par expulsion (la déportation vers de nouvelles terres) et enfin l’extermination pure et simple.
En 1937, Mauco s’en tient, pour les Juifs, à des critères de reconnaissance ethnique – la sociabilité intellectuelle des réseaux israélites – et à des solutions de type colonial – l’implantation de légions juives dans les campagnes. Ces “solutions” sont d’ailleurs défendues par de nombreux spécialistes de l’immigration.

Quelques mois après avoir exposé ses idées, il est nommé expert pour ces questions par Philippe Serre, sous-secrétaire d’État dans le deuxième gouvernement de Léon Blum. Belle occasion pour lui de mettre en œuvre son double programme d’assimilation des étrangers non juifs (“adaptables”) et d’implantation dans les campagnes des Juifs inassimilables (étrangers). Il n’y parviendra pas. Le projet de Serre est rejeté par les trois ministères concernés : Affaires étrangères, Intérieur, Travail.

Mobilisé en 1939, il rentre à Paris en août 1940 et reprend ses fonctions de professeur à l’école Jean-Baptiste Say. C’est probablement vers cette époque qu’il commence à fréquenter l’École d’anthropologie de Georges Montandon. Toutefois, dans son autobiographie, il affirme qu’il fut d’emblée hostile au régime de Vichy et qu’il refusa de se rendre au procès de Riom, malgré l’ordre qu’il avait reçu d’y être entendu comme expert démographe à propos de “l’afflux des immigrés en France(12).”

3 -LA DÉNONCIATION DE “L’ETHNIE JUIVE”

La décision d’instruire un tel procès est prise par les dirigeants de Vichy en 1940. Il s’agit alors de convaincre les Français des méfaits de la démocratie parlementaire en rendant ses représentants responsables de la défaite militaire. Contre le Front populaire, symbole de toutes les turpitudes, la Révolution nationale doit apparaître comme seule capable d’épurer la nation de ses éléments malfaisants : les étrangers, les Juifs, les communistes. Toutefois, les notables de Vichy refusent d’obéir à l’occupant qui réclame que la France soit jugée coupable du déclenchement de la guerre. Aussi préfèrent-ils suspendre le procès, alors même qu’au banc des accusés, Léon Blum et Edouard Daladier parviennent avec brio à se transformer en accusateurs. En avril 1942, l’affaire tourne à la mascarade (13).

témoignage de Riom

Sans doute Mauco invoque-t-il des raisons de santé pour ne pas se rendre à Riom ? Cela ne l’empêche pas, contrairement à ce qu’il affirme, de déposer sous serment, lors d’une commission rogatoire du 5 août 1941, devant le juge d’instruction de la Cour suprême. Ses arguments sont sans ambiguïté. Il utilise admirablement ses études de terrain et ses statistiques d’avant-guerre pour expliquer au juge, dans une langue neutre et technique, que la présence sur le territoire français des étrangers, et plus précisément des Juifs, fut et reste l’une des causes majeures de la défaite de 1940.

Voici quelques extraits de ce témoignage dans lequel il s’en prend aux Juifs allemands réfugiés, qu’il rend non seulement responsables de n’avoir pas informé les autorités françaises des dangers de la puissance allemande, mais coupables d’avoir contribué à démoraliser le peuple et la nation : “Pour les israélites, leur nombre, leur puissance financière, leur activité intellectuelle et la solidarité qui les liait aux israélites français, leur nombre dans les postes de direction leur permettaient une activité politique juive.”

les réfugiés israélites corrompent la France

“Ils pratiquaient une politique internationale au service de laquelle ils s’efforçaient de mettre les pays d’accueil. Les réfugiés israélites ont notamment travaillé à présenter une image altérée par leurs passions des pays qui les avaient éliminés. Ils ont beaucoup contribué à tromper l’opinion et les autorités françaises sur la véritable puissance de l’Allemagne. Prenant aisément leurs désirs pour des réalités, ils niaient la force allemande, n’en retenant que les faiblesses ou les tares. C’est à travers eux et à travers la multitude des espions et des agents doubles qu’ils entraînèrent avec eux que les services d’information ou de renseignements ont vu, déformées, les réalités extérieures.”

“La démoralisation de ces éléments gagnaient non seulement les activités urbaines dont ils s’emparaient, mais par l’exemple, la corruption, les mariages mixtes malheureux, par l’influence intellectuelle (notamment dans les professions libérales et artistiques), une partie de l’opinion française.”

névrose juive

“(…) La névrose juive, avec son hérédité de persécution, alourdie par les événements actuels, se réveillait par contact chez les israélites français et leur faisait perdre en partie le bénéfice des qualités qu’ils avaient pu acquérir (…).”
“Particulièrement doués par leur habileté et leur souple ingéniosité, beaucoup de ses réfugiés parvenaient aisément, dans une France libérale où la puissance de l’argent et de l’intellectualisme l’emportaient sur le caractère et la force virile.”
“Leur aptitude à la compilation du savoir (professions libérales) et de l’argent leur permettait d’affluer dans les sphères dirigeantes de la nation. Par là, leur influence était très supérieure à celles des milliers d’ouvriers étrangers se livrant, aux champs et aux chantiers, à un travail productif mais silencieux. Par contre, leur francisation restait superficielle, faute d’avoir vécu les travaux et les soucis du peuple, faute notamment d’avoir senti, au contact de la terre et des paysans, l’atavisme français
(14).”

Dans son autobiographie de 1982, Georges Mauco nie toute participation aux travaux de la revue L’Ethnie française, dirigée par le professeur Georges Montandon. Son récit est embrouillé. Il prétend avoir fait remettre par un tiers au professeur un texte sur l’immigration dont celui aurait tiré un “article nettement raciste.”(15)

En réalité, c’est de son plein gré que Mauco collabore à L’Ethnie française. Il y publie non pas un texte déformé par les soins du professeur, mais deux articles semblables à la déposition de Riom. L’un paraît en mars 1942 sous le titre “L’immigration étrangère en France et le problème des réfugiés”, et l’autre en janvier 1943 avec pour thème : “La situation démographique de la France”.(16)

Montandon : l’antisémitisme le plus extrême

Né à Neuchâtel en 1878, Georges Montandon(1“) fut d’abord médecin, spécialiste des maladies tropicales, avant de devenir anthropologue et adepte des théories raciales du père Wilhelm Schmidt. Rappelons que ce dernier, figure de proue de l’École anthropologique viennoise, occupa entre 1927 et 1939 la fonction de directeur du Musée pontifical d’ethnologie du Latran à Rome et participa à une virulente campagne contre la psychanalyse, accusant Freud de vouloir détruire la famille chrétienne.

Africaniste, Montandon est nommé par Louis Marin en 1933 professeur à la Chaire d’ethnologie de l’École d’anthropologie, fondée autrefois par Paul Broca. Il en devient le titulaire deux ans plus tard. C’est à cette date qu’il crée L’Ethnie française et passe du racisme à l’antisémitisme le plus extrême. Il combat ses “rivaux” du Musée de l’homme, Paul Rivet, Marcel Mauss, Lucien Lévy-Bruhl, tous engagés dans la lutte contre le fascisme et contre les dérives racistes de l’anthropologie (17).

amputation de l’extrémité nasale

Montandon défend l’idée qu’il n’y a pas de “race juive” mais une “ethnie juive”, identifiable par des critères physiques et psychologiques. En mai 1938, il préconise la mise à l’index du Juif, la création d’un “État israélite” et l’exécution des Juifs qui ne se soumettraient pas à la règle de préservation de la race aryenne. Pour les femmes, il songe à la défiguration par amputation de l’extrémité nasale.

En novembre 1940, un mois après l’entrée en vigueur de la loi de Vichy portant statut des Juifs, il publie, en tant que médecin et professeur, le fascicule tristement célèbre : Comment reconnaître le Juif ? (18), véritable condensé de toutes les thèses dites “scientifiques” sur la prétendue identification du “type juif” : lèvres charnues, nez proéminent, teint basané, allure négroïde. Du point de vue psychologique, le Juif est qualifié de rapace, sournois, vil, menteur, vorace et beaucoup plus dangereux que le nègre, “stupide” et “non civilisé”. Il est l’ennemi intérieur et invisible. Seule la “science” peut le discerner et le détruire.

Xavier Vallat

À l’automne 1941, lorsque Xavier Vallat(2“), Commissaire général aux questions juives, décide de délivrer des certificats d’appartenance et de non appartenance à la race juive, il fait appel au professeur et lui offre d’être attaché à son service en qualité d’expert ethnologue. Montandon accepte. Pendant toute la durée de l’Occupation, il signe les expertises nécessaires à la délivrance des fameux certificats, tout en poursuivant ses activités “scientifiques” : il donne des cours, forme des élèves et dirige sa revue, désormais financée par l’Institut allemand de Paris. Il participera avec la S.S. à la déportation des Juifs et à la “solution finale”.

Une saisissante évocation de ce personnage se trouve dans la première séquence du film de Joseph Losey, Monsieur Klein, tourné en 1976. On y voit pendant quelques minutes un médecin ordinaire en blouse blanche exerçant son art. Il regarde, il mesure, il examine, tantôt avec ses mains, tantôt avec des instruments. Devant lui, une femme muette et entièrement nue obéit à ses ordres. Elle marche, elle se tourne, elle se laisse observer, elle écoute en silence le diagnostic que l’homme de science dicte à une infirmière et elle comprend qu’on ne lui délivrera pas le certificat. Dans le couloir, elle retrouve son mari qui vient de subir le même examen. Ils se pressent l’un contre l’autre et se parlent sans rien se raconter. La langue n’a pas de mots pour dire une telle abjection. Et cette scène innommable, Joseph Losey la montre au spectateur sans commentaire.

Tel est l’homme avec lequel collabore Georges Mauco à Paris. Quand il publie ses articles dans L’Ethnie française, aux côtés d’Armand Bernardini, Henry Coston et Gérard Mauger, il s’adjoint son titre de secrétaire général de l’Union internationale pour l’étude scientifique des problèmes de la population.

Montandon est issu de la bourgeoisie. Médecin et homme de science, il est devenu un théoricien de l’extermination, hanté jusqu’au délire par le thème du complot juif. Son engagement est sans retour. Il sera exécuté par des résistants en 1944 devant ses enfants et petits-enfants.

un Montandon en version “douce”

Mauco, lui, est un pragmatiste, sorti du rang et capable de survivre à toutes les situations, par opportunisme. Par manque de courage. Il hait le Juif parce que le Juif est à ses yeux doté de tous les dons qu’il rêve d’acquérir et qu’il transforme en “tares”: intellectualité, aisance sociale, savoir-faire financier, etc. Au plus profond de lui-même, Mauco envie ce qu’il croit être l’identité juive. Aussi se veut-il, paternellement, le protecteur des Juifs : un grand assimilateur, un Montandon en version “douce”.

Une anecdote racontée par lui-même témoigne de cette envie et de cette volonté protectrice. En 194O, il reçoit la visite de fonctionnaires allemands : “Au moment de partir, écrit-il, l’un des Allemands, voyant dans mon bureau le buste de Freud, me demanda d’un ton inquisiteur qui c’était. Me souvenant que les nazis avaient brûlé les ouvrages de Freud, je lui répondis que c’était mon grand-père(19).”

Dès 1940, Mauco est parfaitement au courant du sort réservé par les nazis aux ouvrages de Freud. Il sait qu’en Allemagne le mot “psychanalyse” a été conservé sous couvert d’une “psychothérapie aryanisée”, tandis que le nom et les concepts du père fondateur ont été bannis du vocabulaire officiel. Il sait aussi que dans tous les pays d’Europe ravagés par la peste brune, les disciples de Freud ont été contraints à l’exil. En 1938, il a d’ailleurs été invité par Marie Bonaparte à intervenir en faveur d’un couple de réfugiés menacés d’expulsion.

préserver les enfants juifs d’une lourde hérédité

C’est pourquoi en 1942, dans le premier article qu’il rédige pour L’Ethnie française, il prend soin de ne pas citer le nom de Freud, alors même qu’il prétend s’appuyer sur la psychanalyse pour expliquer la “névrose juive” et affirmer qu’il y a urgence à séparer les enfants juifs de leurs parents afin de les préserver d’une lourde hérédité : “Une semblable altération du caractère – que nous retrouvons chez le Juif – est grave, car elle est le produit non seulement de l’éducation et du milieu sur l’individu, mais en partie de l’hérédité. La psychologie moderne – et spécialement la psychanalyse – a montré que ces traits, transmis avec l’influence des parents dès les premières années de l’enfant, modifiaient l’inconscient même du sujet et ne pouvaient être résorbés qu’après plusieurs générations soumises à des conditions satisfaisantes et échappant complètement à l’influence du milieu héréditaire(20).”

Par certains côtés, le programme de Mauco complète celui de Montandon. Non seulement le Juif est identifiable par sa morphologie et sa “psychologie”, mais il l’est aussi par son inconscient. Il y a donc un “inconscient juif”, transmissible au point d’influer de façon pernicieuse sur la descendance. On voit ici l’utilisation perverse que fait Mauco du dernier ouvrage de Freud : L’Homme Moïse et la religion monothéiste.

4 – UN NOTABLE DE LA PSYCHOPÉDAGOGIE

À la Libération, Georges Mauco échappe à l’épuration. Spécialiste reconnu de la démographie, il réussit à trouver une place de fonctionnaire. En 1945, le général de Gaulle met en œuvre une politique de natalité et de repeuplement en créant un Haut comité de la population et de la famille, dont le secrétaire général n’est autre en effet que l’ancien collaborateur de Montandon. En 1981, il exposera à Jean-Pierre Bourgeron les véritables motifs de la confiance que lui accorda le Général : ”Je lui ai dit il y a une chose qu’on pourrait faire : la guerre a causé beaucoup de souffrance pour beaucoup d’enfants et surtout d’enfants handicapés – et brusquement, je le sens qui se raidit – les enfants handicapés ont besoin d’une écoute car même si l’enfant est désagréable, a des défauts, a des difficultés, c’est qu’il rencontre une souffrance, une résistance et si l’on veut comprendre et écouter ce que veut dire son trouble, son symptôme, alors on peut l’aider beaucoup. Et vraiment c’est un autre visage que j’avais devant moi. Les yeux s’humectaient, s’humanisaient. Il cessait de se situer entre Jeanne d’Arc et Clemenceau. Il n’était plus la France, il était Charles de Gaulle. Vous savez pourquoi ? C’était sa fille infirme. Moi, je ne le savais pas encore, mais j’étais soufflé. Il m’avait écouté froidement sur toutes les mesures à prendre pour la famille et brusquement une chaleur. Par la suite, il m’a toujours soutenu.”

Charles de Gaulle soutient Georges Mauco quand celui-ci décide de créer, en avril 1946, la première consultation psychopédagogique de France, dans le cadre du lycée Claude Bernard. La deuxième s’ouvrira à Strasbourg. L’aventure des centres Claude Bernard, s’inspire des expériences menées en Suisse. Elle a pour objectif d’agir sur l’inadaptation scolaire par des interventions thérapeutiques, hors de tout contexte hospitalier, médical ou psychiatrique.

mutation muette

À partir de cette date, Mauco devient un “autre personnage”. Soucieux d’effacer son passé, il poursuit son activité de démographe dans un cadre politique mais ne publie plus aucun texte sur les étrangers comparables à ceux de l’avant-guerre. L’ancien collaborateur de Montandon s’occupe désormais de psychologie et d’affectivité. Philanthrope éclairé, il a pour dessein, écrit Georges Schopp, “la prise en compte dans l’univers éducatif du souci de l’affectif ignoré jusque-là au seul profit du cognitif(21).”

À ses débuts, l’aventure mobilise tous ceux qui s’intéressent en France à l’expansion de la psychanalyse d’enfant, de la psychologie clinique et donc de la psychanalyse dite “profane” (c’est-à-dire pratiquée par des non-médecins). Dans l’entourage immédiat de Mauco, se retrouvent ses amis du divan de Laforgue : André Berge, Françoise Dolto, Juliette Favez-Boutonier. Daniel Lagache, créateur en 1947 de la licence de psychologie et chef de file à la SPP du courant libéral et universitaire, lui apporte également son soutien.

Au fil des années, deux générations de psychanalystes et de psychologues apprendront leur métier de thérapeutes sous la houlette de ce fonctionnaire affable sans jamais soupçonner qu’il avait été autrefois un antisémite notoire, comme en témoigne aujourd’hui Didier Anzieu : ”Votre lettre m’apporte une information que j’ignorais et qui me stupéfie. Il est vrai que je n’ai connu Mauco que vers 1950. Nous avons lui et moi créé ensemble le syndicat des psychologues psychanalystes qui nous a aidés à parer les menaces de la part de l’Ordre des médecins. Il a également fondé le premier centre psychopédagogique où j’ai effectué le meilleur de ma formation clinique et je lui en garde une grande reconnaissance. Je l’ai perdu de vue quand il a pris sa retraite et que le syndicat est tombé en jachère. J’ai beaucoup apprécié l’homme public mais je n’ai jamais cherché ni réussi à percer la carapace qui cachait l’homme privé. Rien ne perçait de son passé, de ses opinions politiques anciennes, de sa vie amoureuse(22).”

préjugé différentialiste

L’intérêt de Mauco pour la psychologie et la psychanalyse de l’enfant ne date pas de l’après-guerre. Dès 1936, il publie dans la Revue française de psychanalyse deux articles au long desquels il examine les théories de Freud, Piaget, Wallon (23). En apparence, il n’y a rien de commun, à cette époque, entre le Mauco démographe et le Mauco freudien averti. La langue, le vocabulaire, les concepts sont différents d’un domaine à l’autre. Pourtant, un lien existe. Mauco identifie l’enfant à un étranger qu’il faut assimiler à la société des adultes. À ses yeux, il y a un peuple des enfants, une ethnie de l’enfance comme il y a des catégories d’étrangers. C’est donc à partir du même préjugé différentialiste qu’il peut passer du racisme à l’antisémitisme pour se convertir ensuite à une psychopédagogie “freudienne” parfaitement honorable.

du différentialisme au culturalisme

À partir de 1946, ce différentialisme se transforme progressivement en un culturalisme. Dans tous les ouvrages qu’il consacre pendant trente ans à la vulgarisation d’une pédagogie psychanalytique, Mauco se veut le protecteur des minorités opprimées par l’ordre médical, par l’autorité patriarcale par le système impérialiste.

En 1950, il est à la pointe du combat, aux côtés de ses amis progressistes, lorsque Margaret Clark-Williams, collaboratrice du Centre Claude Bernard, est traînée devant les tribunaux pour exercice illégal de la médecine. L’affaire embrase le milieu psychanalytique où s’opposent partisans et adversaires de l’analyse laïque. Entre 1954 et 1967, Mauco sera encore l’initiateur, avec Didier Anzieu et de nombreux psychanalystes, d’un projet de syndicat visant à défendre la pratique profane contre l’Ordre des Médecins.

En 1956, atteint d’une leucémie, il est hospitalisé pour un long séjour. Certain de mourir, il se dit prêt à assumer son destin, renonce à son traitement à la cortisone et aux rayons X et s’évade à la montagne. Il en revient miraculeusement guéri : ”Ma guérison fut attribuée à l’altitude qui accroît le nombre des globules rouges du sang, ce qui apparaît nettement chez les Indiens de la Cordillère des Andes(24).” Emu par la détresse des malades qu’il a croisé à l’hôpital, il publie dans L’Express le récit de sa descente aux enfers, présenté par le journal comme un “document exceptionnel” en raison de “la personnalité de son auteur” qui “livre avec toute l’autorité que lui confère ses fonctions et sa réputation un témoignage terrible(25).” Dans le style du mélodrame, Mauco dénonce pêle-mêle les grands bourgeois du savoir médical, patrons, internes, externes, pour mieux s’identifier, lui l’homme du peuple, aux miséreux et surtout aux Algériens encore plus exploités que les autres.

En mai 1968, il évolue vers le gauchisme en prenant parti, encore dans L’Express, pour la révolte estudiantine. Il lance alors un vibrant appel au dialogue entre pères et fils, seul capable selon lui de réduire les excès de l’autoritarisme patriarcal (26). La même année, il publie, dans une collection dirigée par André Berge, un ouvrage qui sera couronné par l’Académie française, Psychanalyse et éducation, dans lequel il prône, au nom de Freud, la nécessité de l’émancipation des femmes, du contrôle des naissances, de la liberté sexuelle et de l’abolition des tabous propres aux sociétés occidentales (27).

Enfin, en 1975, dans un livre consacré à l’évolution de la psychopédagogie, il sympathise avec le maoïsme autogestionnaire en lançant des imprécations contre l’école et la famille “bastions les plus forts des valeurs de la société patriarcale et hiérarchisée, où l’enfant est “colonisé” et où la femme est infériorisée. Les détenteurs de l’autorité patriarcale à tous les échelons : rois et féodaux, patrons et capitalistes, maîtres et pères de famille, ont eu tendance à sacraliser leur pouvoir en exploitant l’angoisse inconsciente œdipienne (…). C’est à un changement total qu’il nous faut parvenir aujourd’hui pour pouvoir remplacer l’école actuelle, isolée de la vie sociale, par une école active et autogestionnaire. L’autogestion pédagogique devant supplanter, voir supprimer comme en Chine, l’énorme administration centralisée de l’Éducation Nationale. Ainsi seulement pourra-t-on permettre une intégration de l’école dans la vie sociale, école où l’enfant serait reconnu comme personne à part entière(28).”

racines bien françaises

La haine de Mauco pour les Juifs s’exprime aussi bien quand il voue aux gémonies les riches et les intellectuels que lorsqu’il cherche à envoyer les “Israélites” à la campagne pour leur apprendre les travaux des champs et les exhorter à se construire des “racines” bien françaises. Elle s’exprime tout autant dans l’acharnement qu’il met à vouloir détruire l’identité juive, soit en invoquant le principe d’assimilation, soit en prononçant des anathèmes contre le “peuple élu” jugé responsable de l’antisémitisme.

antisémite moderne

À cet égard, il est bien le prototype de l’antisémite moderne du XXe siècle. De la haine de classe à la haine des élites, puis de l’antisémitisme à l’antisionisme, Mauco utilise la découverte freudienne contre elle-même, en valorisant l’affect contre l’intellectualité et le culte des minorités contre l’universalité, au point de retourner un préjugé racial en une défense de l’Arabe contre le Juif, de l’Enfant contre l’Adulte, du Colonisé contre le Civilisé et finalement du tiers-mondisme contre l’impérialisme occidental. Cette permanence d’un antisémitisme viscéral s’exprime à toutes les pages de son autobiographie de 1982 où il explique combien il est l’ami des Juifs, où il comptabilise ses amis juifs, gaullistes, résistants, communistes, où il prétend détenir, grâce à la psychanalyse, les clefs d’une psychologie du Juif et où il s’apitoie sur le sort des malheureuses victimes de l’épuration, persécutées à tort par des “Juifs mal informés”.

Voici un échantillon de ce discours : “Lors de ma venue dans ces régions (Israël) après 1945, je devais y constater le réveil des guerres de religion médiévales avec la création de l’État d’Israël. Et je devais rapidement être partagé d’une part entre l’admiration pour les réalisations du sionisme et la chaleur humaine d’une ethnie se construisant une patrie, et d’autre part les souffrances de milliers de Palestiniens chassés de leurs terres. D’autant que personne en Europe ne parlait de ces femmes, de ces enfants et de ces vieillards entassés dans des camps sans espoirs de libération. Et j’éprouvais encore plus de regrets d’entendre des rabbins de la foi évoquant le pionnier du sionisme, Theodore Herzl affirmant que l’état juif devait préserver sa pureté fondée sur la race. J’y percevais la douloureuse conséquence des persécutions nazies qui avait fait régresser vers un racisme mystique cette ethnie juive qui avait fourni les plus grands esprits à l’humanité.”

Voici encore de quelle manière il commente le récit fait par Robert Debré de sa découverte des camps de concentration : “Comme chez tous les Juifs, la découverte de l’horreur des camps nazis déchaîna la haine, mais il eut la force de la maîtriser et par suite de désapprouver les abus du sionisme”.

Voici enfin le commentaire qu’il donne du dernier livre qu’il consacra en 1977 à la question des étrangers, et pour lequel il obtint une préface de Philippe Serre : “Je m’y efforçais d’approfondir le problème du racisme non seulement chez le raciste, mais aussi chez sa victime. Et ici l’étude des deux racismes les plus virulents en France contre les Arabes et les Juifs fit apparaître l’influence pesante des croyances religieuses sur le comportement humain, croyance mystique figeant les sociétés dans des traditions de soumission passive. Juifs et Arabes se croyant soumis à la volonté d’un dieu sans visage évoquant l’image patriarcale angoissante. Chez les Juifs, la loi impitoyable du Talion prévalant sur le pardon. Ils s’y soumettent d’autant plus volontiers qu’ils se croient le “peuple élu” de Dieu et différents des autres. D’où un certain racisme contre les “goys”, les “autres” ressentis comme impurs, d’où l’interdiction des mariages mixtes et l’obligation d’une nourriture pure, favorisant aussi inconsciemment l’antisémitisme(29).”

victimes inconsciemment responsables des sévices endurés

On aura compris que pour le dernier Mauco des années quatre-vingt, les victimes du racisme sont responsables inconsciemment des sévices que leur font subir leurs bourreaux, que les Juifs sont plus racistes que les racistes parce qu’ils se prennent pour le peuple élu, et qu’enfin le monothéisme est la pire des religions puisque l’image absente du père y est plus implacable que dans le paganisme. Notre homme finira par rejeter le judéo-christianisme pour se tourner vers l’Inde où il découvrira de sympathiques déesses mères susceptibles de rendre moins culpabilisante la sexualité et de valoriser les symboles d’un phallus mêlé au vagin.

5 – ÉPILOGUE

mieux m’observer de face et de profil

J’ai rencontré Georges Mauco le 8 octobre 1982. Je venais de lire son autobiographie et de publier le premier volume de l’Histoire de la psychanalyse en France. Je poursuivais mon travail en recherchant les preuves d’une éventuelle collaboration de René Laforgue. Quand je fus assise devant lui, il me dévisagea longuement tournant sa chaise afin de mieux m’observer de face et de profil. Comme je manifestai mon étonnement, il me demanda d’où venaient mes parents. Je lui expliquai que des deux côtés de la généalogie, mes ancêtres et leurs descendants étaient les héritiers d’une longue lignée de Juifs intellectuels, assimilés, déjudaïsés, athées et n’ayant aucune sympathie particulière pour le sionisme. Il exulta.

donneur de leçon

D’un air complice, il me conseilla d’aider mes corréligionnaires, qui se prenaient encore pour le peuple élu, à abandonner leurs prétentions et à ne point mépriser les “autres”. Il me raconta que le pauvre Laforgue avait été la victime des Juifs de la Société psychanalytique de Paris. Par la suite, il m’envoya des documents qui prouvaient sa “bonne foi” : il avait toujours été, disait-il, le protecteur des persécutés, juifs et non-juifs, et il entendait le montrer en exhibant des lettres de Marie Bonaparte ou de Charles de Gaulle et en invoquant son amitié avec le démographe Adolphe Landry qui avait refusé de voter les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Mauco se présentait comme un irréprochable bienfaiteur de l’humanité :”Il faudrait que vous preniez conscience, m’écrivit-il, que votre fougue combattive puise en partie dans la haine qui normalement habite les victimes du nazisme. Et notamment les Juifs français, complètement assimilés, ayant même combattu dans l’armée française en 1914-18, et parfois non-croyants, oubliant presque leur origine et qui brusquement se virent rejetés(30).” Ainsi donc avais-je droit à des “interprétations” sur “mon cas” et sur celui de mon père, engagé volontaire dans la Grande Guerre.

Il avait réussi à obtenir de Françoise Dolto une préface à son autobiographie où elle soulignait les qualités morales de cet homme exceptionnel qui “avait su résister à la barbarie nazie” : “Cette vie d’homme humblement et magnifiquement remplie, écrivait-elle, tout entière dédiée à la dignité humaine ou négligée dont notre devoir de citoyen est de reconnaître et de valoriser à tout âge mais dont les organisateurs de vie collective, de vie administrative, oublient l’importance, cette vie de Georges Mauco a quelque chose d’exemplaire. Ce livre, j’ai été honorée qu’il m’ait demandé de le préfacer(31).”

repérer les signifiants de l’antisémitisme

Quand je demandai à Françoise Dolto pourquoi elle avait préfacé un tel livre, doutant qu’elle l’ait vraiment lu, elle me répondit qu’on ne pouvait pas suspecter Mauco d’antisémitisme. Elle n’avait rien vu, ni avant-guerre ni pendant l’Occupation. Issue de la grande bourgeoisie parisienne d’Action française, elle avait rompu avec l’antisémitisme de sa famille. Elle partageait avec Mauco l’idée qu’il existait une ethnie de l’enfance, un peuple des enfants et elle se voulait comme lui “psychopédagogue”. Jamais il n’y eut chez elle la moindre trace d’antisémitisme ou de préjugé inégalitariste. Pourtant, elle ne savait pas repérer les signifiants de l’antisémitisme. D’où son aveuglement. Je lui lus certains passages de l’ouvrage, et elle reconnut que peut-être elle avait pu se tromper ou être trompée. En tout cas, elle ne savait rien de la collaboration avec Montandon.

Juliette Favez-Boutonier savait que Mauco avait rédigé des articles pour L’Ethnie française mais elle disait ne pas attacher une grande d’importance à ce détail. Elle pensait d’ailleurs que Montandon, avec ses absurdes théories, était bien incapable de différencier un Juif d’un non-Juif. Du coup, grâce à ses stupides expertises, de nombreux Juifs avaient pu échapper à la Gestapo en obtenant le fameux certificat de non appartenance. Elle trouvait que j’étais un peu “obsédée” par la “question juive”.

Comme Mauco n’avait joué un rôle dans l’histoire de la psychanalyse que par le biais de la psychopédagogie et de la psychanalyse d’enfant, je laissai tomber l’enquête à son sujet pour noter simplement le caractère “judéophobe” du groupe formé autour de lui.

juifs persécuteurs

En 1987, Alain de Mijolla m’attaqua à propos de la manière dont j’avais exhumé la collaboration manquée de René Laforgue. À l’appui de sa thèse, il cita une lettre que Mauco lui avait adressé en janvier 1983 et dans laquelle il critiquait le premier volume de mon histoire. Mijolla ne s’aperçut pas que ladite lettre était antisémite. En voici des extraits : “la source de cette hostilité (à Laforgue) puisait en partie dans le fait que la Société de Psychanalyse (la SPP) demandant son “épuration” était surtout formée de Juifs particulièrement hostiles aux “collaborateurs”, ou jugés comme tels, et que ceux-ci étaient très favorables au communisme etc...(32).” Autrement dit, pour Mauco, seuls des Juifs peuvent se sentir assez persécutés pour demander des comptes à de prétendus collaborateurs. Et il ajoutait que ces Juifs n’avaient abandonné le communisme que quand Staline eut exécuté des médecins juifs.

Georges Mauco mourut le 18 mai 1988 à l’âge de quatre-vingt-neuf ans.
Patrick Weil fut le premier à dénoncer clairement le caractère raciste des thèses du Mauco démographe depuis 1932. Après la publication de son livre, il m’apporta les articles de L’Ethnie française et le procès-verbal du témoignage de Riom en insistant pour que je consacre un article à l’itinéraire de l’homme et de son œuvre dans l’histoire française de la psychanalyse. Qu’il soit ici remercié(33).

ÉLISABETH ROUDINESCO


NOTES

(1) – Georges Mauco, Les Etrangers en France. Leur rôle dans la vie économique, Paris, Armand Colin, 1932.

(2) – Voir Elisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France, volume 2, Paris, Fayard, 1994.

(3) – Georges Mauco, Vécu, 1899-1982, Paris, Emile Paul, 1982. Et “Entretien”, 1981, archives JPB.

(4) – Patrick Weil, La France et ses étrangers, Paris, Calmann-Lévy, 1991.

(5) – Vécu, op.cit, p. 23.

(6) – Mauco situe la visite en 1932, mais il s’agit certainement de la visite faite le 31 août 193O. Voir Sigmund Freud, Chronique la plus brève 1929-1939, annoté et présenté par Michael Molnar, Paris, Albin Michel, 1992.

(7) – La France et ses étrangers, op. cit., p.34-35.

(8) – Les Etrangers en France, op. cit., p. 35 et 588.

(9) – Vécu, op. cit., p.73. Michael R. Marrus et Robert Paxton remarquent en 1981 que les “incursions occasionnelles” de Mauco dans les “brûmes racistes” montrent qu’un tel langage était accepté dans les années trente. Voir Vichy et les Juifs, Paris, Calmann-Lévy, 1981, p.59.

(10) – Gérard Noiriel, Le Creuset français, Paris, Seuil, 1988, p. 36-37.

(11) – Georges Mauco, Mémoire sur l’assimilation des étrangers en France, Conférence permanente des Hautes études internationales, Xe section, Paris 28 juin – 3 juillet, 1937, p. 77.

(12) – Vécu, op. cit., p. 1O4.

(13) – Voir Henri Michel, Le Procès de Riom, Paris, Albin Michel, 1979.

(14) – Procès-verbal de la déposition de Georges Mauco, transmis par Patrick Weil avec l’autorisation de Jean Favier, Archives nationales, A.N. 2W – 66.

(15) – Vécu, op. cit., p. 1O6.

(16) – L’Ethnie française, 6, mars 1942, et 7, janvier 1943.

(17) – Voir Marc Knobel, “Georges Montandon et l’Ecole d’anthropologie de Paris. Etudes sur les types raciaux, juifs et négroïdes, 193O-1945”, Colloque de la Maison des sciences de l’homme, Racismes et ethnologies européennes, 18 mars 1988.

(18) – Georges Montandon, Comment reconnaître le Juif, Paris, Nouvelles éditions françaises, 1941.

(19) – Vécu, op. cit., p. 1O6.

(20) – L’Ethnie française, 6, op. cit., p.12.

(21) – Georges Schopp, “L’affaire Clark-Williams ou la question de l’analyse laïque en France”, Revue internationale d’histoire de la psychanalyse, 3, Paris, PUF, 199O, p. 2O3.

(22) – Lettre de Didier Anzieu à Elisabeth Roudinesco du 8 décembre 1994.

(23) – Georges Mauco, “La Psychologie de l’enfant d’après Freud et Piaget”, Revue française de psychanalyse, 3 et 4, t. 9, 1936. Repris ensuite sous deux titres différents, d’abord en 1938 puis en 197O : L’Inconscient et la psychologie de l’enfant, Paris, PUF. Notons que Mauco republie souvent les mêmes ouvrages ou des ouvrages presqu’identiques sous des titres différents et chez des éditeurs différents. D’où son abondante production.

(24) – Vécu, op. cit., p. 176.
(25) – Ibid., p. 247.

(26) – Ibid., p. 246.

(27) – Georges Mauco, Psychanalyse et éducation, Paris, Flammarion, collection Champs, 1993.

(28) – Georges Mauco, L’Evolution de la psychopédagogie, Toulouse, Pragma/Privat, 1975, p. 16-17.

(29) – Vécu, op. cit., p. 190, 127, 172. L‘ouvrage Les Etrangers en France et le problème du racisme fut publié à compte d’auteur à La Pensée universelle en 1977.

(30) – Lettre de Georges Mauco à Elisabeth Roudinesco du 12 octobre 1982.

(31) – Ibid, p. 13.

(32) – Alain de Mijolla, “La psychanalyse et les psychanalystes en France entre 1939 et 1945”, Revue internationale d’histoire de la psychanalyse, 1, PUF, 1988, p. 215.

(33) – Patrick Weil prépare un article sur les thèses du Mauco démographe : “Racisme et discriminations dans la politique française de l’immigration 1938-1946/1974-1994”, à paraître en 1995 dans la revue XXe Siècle.

  • 1 En juillet 1940, celui qui se promettait d’écrire L’Ethnie Juive ou Ethnie putain, devient directeur de la revue L’Ethnie française, financée par l’Institut allemand de Paris, puis par le Commissaire aux questions juives, Darquier de Pellepoix. Il y publie des articles sur l’« ethnie juive ». En novembre 1940 paraît aux Nouvelles éditions françaises son ouvrage Comment reconnaître le Juif ? premier volume de la collection « Les Juifs en France ». Ses travaux aideront à la mise en place de l’exposition Le Juif et la France.
  • 2 Xavier Joseph Vallat, né le 23 décembre 1891 à Villedieu (Vaucluse) et décédé le 6 janvier 1972 à Annonay (Ardèche), est un avocat, journaliste et homme politique français. Vice-président du groupe parlementaire de la Fédération républicaine (droite) dans les années 1930, son nom reste attaché à l’antisémitisme d’État du gouvernement de Vichy. Wikipédia.

SNP – Titre de psychothérapeute, complément à l’information d’avril 2011

Tous les professionnels des locataires des autres côtés du Carré psy, en particulier ici les psychologues, s’activent et se positionnent. Le SNP qui vient d’obtenir une lettre de créance de la part du bon docteur Accoyer, en redemande. Dans la foire d’empoigne où chacun tire à hue et à dia sur la couverture que la psychiatrie a tiré largement à soi, chacun y va de sa revendication. Le fameux univers impitoyable – et peut-être pitoyable – de ce psycho-Dallas feuilletonne et cartonne. Il vise essentiellement la pratique hospitalière, enjeu de toutes les passions corporatistes et rêves de monopole.

{{Il est exact que la loi n’a absolument pas créé la profession de psychothérapeute (notre programme des années 80), mais en fait celle de psychopraticien relationnel, référée par les quatre institutions historiques regroupées dans le cadre du GLPR. Elles ne sont en aucune manière hors la loi. Et le débat sur l’identité musulmane – pardon nationale ! mais non : psychothérapique – n’a pas encore mis à bas d’un coup de gueule les principes de la République. Ne pas s’affoler aux premières vociférations psycho-populistes.

Nous autres psychopraticiens relationnels exerçant en libéral surveillons avec attention ces mouvements divers, attentifs à nous tenir hors de joutes qui ne nous concernent pas a priori. Mais le climat est détestable. À se remémorer le dialogue de ces juifs soviétiques devisant sur la Place Rouge au lendemain du match Dynamo de Moscou contre Spartak de Prague, Spartak ayant gagné par deux-zéro :” Tu crois que c’est bon pour nous ça?”

Quelle époque !

Philippe Grauer


Chers collègues,

Titre de psychothérapeute, complément à l’information d’avril 2011

pas de profession psychothérapeute

La loi n’a absolument pas créé une nouvelle profession de psychothérapeute, comme Dominique Thouvenin, Docteur en droit, l’a précisé dans l’étude sur la profession de psychologue que le SNP lui avait commandé. Pour autant, Madame Thouvenin nous a aussi fait remarquer, lors des échanges que nous avons eus par la suite avec elle, que le titre de psychothérapeute étant maintenant protégé, il pourrait y avoir, à partir de cette loi, des attaques contre ceux qui pratiqueraient la psychothérapie sans avoir le titre de psychothérapeute. C’est pour cela que le recours en Conseil d’État est particulièrement important et pour cela aussi que, parallèlement, nous avons continué d’essayer d’obtenir une circulaire (texte certes plus faible qu’un décret mais pas inutile comme B. Accoyer nous l’a confirmé) qui rappelle la légitimité des psychologues à pratiquer la psychothérapie nonobstant la loi sur l’usage du titre de psychothérapeute. Notre récente rencontre avec B. Accoyer nous a permis de continuer à développer cette argumentation indispensable : les psychologues sont légitimes à pratiquer la psychothérapie. Le communiqué que nous avons publié après cette audience et la copie de la lettre de Bernard Accoyer à Xavier Bertrand qui se trouvent aussi sur le site du SNP, explicitent clairement ce point.

Nous avons aussi rappelé un certain principe de précaution car le syndicat professionnel qu’est le SNP a également pour mission de prévenir ses adhérents des conséquences que pourrait avoir la non-inscription sur la liste des psychothérapeutes et sur la limitation dans le temps de la « clause du grand-père ». Il n’était en effet pas question que des adhérents puissent ensuite nous reprocher de ne pas les avoir prévenus, cela était de notre responsabilité.

pratique de la psychothérapie en institution

Nous avons, dans la liste des points qui pouvaient conduire à un certain principe de précaution cité les exigences d’ assureurs en omettant de préciser qu’il ne s’agit pas de ceux, marginaux, qui pourraient prendre en charge tout ou partie des honoraires du psychologue pour le compte du patient mais bien de ceux qui assurent le psychologue en responsabilité civile professionnelle et qui, pour certains, exigent pour couvrir la pratique de la psychothérapie que le psychologue apporte la preuve de son inscription sur la liste des psychothérapeutes.

La position du SNP peut ainsi paraître tenir de celle de l’équilibriste. Elle est pourtant nécessaire : le syndicat est, d’une part, engagé dans une position politique qu’il continue de tenir et, d’autre part, il prévient ses adhérents des nouvelles conditions d’une loi et de son décret qui sont, bel et bien, en vigueur, malgré notre opposition et le recours que nous avons déposé avec l’intention de le gagner, même si l’issue ne peut être connue d’avance.

psychologue psychothérapeute ou psychodramatiste

Ce positionnement politique et réaliste du SNP, a été arrêté en BN et en CSN, pour faire face à une situation totalement paradoxale induite par ce décret qui revient à proposer au psychologue qui pratique la psychothérapie, s’il veut simplement dire qu’il est psychologue psychothérapeute, de refaire une formation qui est celle qu’il a déjà !

Le titre de psychologue nous suffit mais nous comprenons aussi que certains, s’appuyant sur le fait que la psychothérapie est incluse dans leur pratique de psychologue, souhaitent pouvoir se dire psychologue psychothérapeute comme d’autres se disent psychologue psychanalyste ou psychologue psychodramatiste, etc.

Ah si nous avions un ordre des psychologues, à nous le monopole !

Nous savons, par ailleurs, et l’étude de Dominique Thouvenin nous l’a confirmé, que sans instance ordinale nous ne défendrons jamais complètement le titre de psychologue puisqu’il demeure seulement à demi protégé. Le témoignage de Rose-Marie Charest présidente de l’ordre professionnel des psychologues du Québec au sujet de l’adoption d’une loi sur les psychothérapeutes au Québec est d’ailleurs édifiant à ce sujet. Elle nous a expliqué comment, suite à un accord entre l’ordre des psychologues et les psychiatres, les autorisations d’exercice de la psychothérapie pour les ni-ni sont au Québec confiées à l’ordre des psychologues.

Ce combat pour une instance ordinale est primordial et nous devons tout faire pour montrer tous les aspects positifs d’une telle instance et pour proposer la mise en place d’une organisation collégiale qui recueille les suffrages des collègues.

Paris, le 6 mai 2011, Le Bureau national du SNP.

Syndicat National des Psychologues

40 rue Pascal – Porte G

75013 PARIS

www.psychologues.org

Titre de psychothérapeute : “pourquoi je ferai la demande”

Instantanés de l’InterCoPsychos – N°308

lundi 9 mai 2011


À son tour, Vincent Benoist témoigne de sa position à propos de l’inscription sur la liste des psychothérapeutes. Il fait état de son expérience avec l’inscription sur la liste ADELI.

Jean-François Cottes


“
On a donc témoigné, dans les Forums, dans la presse, de notre solidarité avec les psys au sens large, y compris avec les ni-ni. C’est une position qui a fait débat chez les collègues extérieurs à l’École. Mais le résultat est là, la psychanalyse a été reconnue officiellement comme une pratique distincte de la psychothérapie, par ailleurs, les commissions qui décerneront le titre de psychothérapeute incluront deux psychanalystes sur les six membres titulaires (cf. texte de J.-C. Maleval).”

La Cause prend la parole. Nous avons obtenu gain… de Cause, adieu ni-nis, rangeons-nous dans le nouveau cadre ordonnateur du champ psy – attention, différence significative avec le Carré psy ! – en manifestant notre réticence juste pour dire que nous avons dit, et que nous voulons pas laisser tout de même le champ (psy ?) libre aux TCC ni à la psychiatrie.

Fort heureusement nos psychopraticiens relationnels n’ont pas à pâtir de ces états d’âme institutionnels qui sont le lot de nos malheureux (mais triomphants) collègues psychanalystes psychologues. En tant que libéraux, point de répertoire ADELI.

Savourons (provisoirement ?) la différence entre nos deux professions, psychologues vs. psychoninis.

En attendant, nous éprouvons de notre côté du Carré psy les mêmes réticences, amplifiées, envers ce titre de psychothérapeute paramédical, et ne se décideront à y aller que ceux qui estiment pouvoir un jour pâtir de ne pas l’avoir demandé. Soyons comme eux, soyons prudents. Notez qu’on peut aussi l’obtenir et ne pas ensuite l’exhiber.

Philippe Grauer


Pourquoi je ferai la demande

Par Vincent Benoist

Du collectif d’Angers

Les questions qui se posent actuellement sur le fait de faire ou pas la démarche pour demander le titre de psychothérapeute quand on est orienté par la psychanalyse et donc a priori pas intéressé pour porter ce titre – surtout quand on ne l’a jamais revendiqué jusque-là –, me rappellent les questions qui se sont posées lors de la mise en place du fichier ADELI.

À cette époque, on entendait dire ici ou là que cette inscription, sans être obligatoire, était fortement recommandée pour les psychologues travaillant en libéral, sans qu’on sache précisément en quoi cet enregistrement purement formel des diplômes universitaires par cette instance de « veille et sécurité sanitaire » était décisif pour notre exercice. Je me souviens l’avoir fait en renâclant, en 2003, parce que je ne voyais pas en quoi cette certification « sanitaire » pouvait d’une façon ou d’une autre valider un diplôme que j’avais déjà.

c’est bien mais ça ne suffit pas

Or il me semble que cette invitation, quoiqu’elle fût plus soft, était en même temps déjà tout à fait révélatrice de ce désir insidieux des instances gouvernementales de contrôler le champ « psy ». Comme si la DDASS avait pu refuser de valider ces diplômes tout à fait officiels ? C’était juste une façon de formuler la chose suivante : vous êtes psychologue, formé par l’Université, c’est bien mais ça ne suffit pas, il faut que vos diplômes soient en plus validés par nous… Désagréable et énigmatique !

Mais je l’ai fait, j’ai eu mon numéro ADELI et je me suis demandé pendant longtemps à quoi ça pouvait bien servir (ça n’a jamais été demandé pour s’inscrire à la rubrique « psychologue » dans l’annuaire des télécoms, par exemple). Or il me semble que, les années passant, c’est devenu dans certains cas un label nécessaire. C’est-à-dire que, au fur et à mesure que s’écoulait le temps depuis la mise en place du fichier, ce numéro a fini par faire partie du paysage.

Ainsi, l’an dernier, alors que j’étais en période probatoire pour obtenir mon inscription sur la liste des experts agréés par la cour d’appel d’Angers, après avoir déjà effectué une bonne cinquantaine d’expertises et témoigné lors d’un procès d’Assises, j’ai reçu un mail du Tribunal me demandant expressément de produire mon n° ADELI. L’explication était sibylline : « vous comprenez, on s’est rendu compte après coup que tel expert ne l’avait pas… ». Je l’ai produit immédiatement, et ça a été fini. Je n’en ai plus entendu parler. J’ai obtenu depuis mon inscription après examen par un jury composé de magistrats de mon travail durant cette première année. Il faut noter que, pour que ma demande fut agréée de rentrer en période probatoire, j’avais dû produire un C.V., un extrait de casier judiciaire ainsi que mes diplômes universitaires et mon dossier avait été étudié pendant un an. A quoi donc pouvait bien leur servir ce numéro ? Pourtant, c’est ainsi : je ne l’avais pas, je ne pouvais plus prétendre à faire partie des experts agréés.

Jacques-Alain Miller nous a convaincus

Le rapport que je fais avec le titre de psychothérapeute est le suivant : il me semble que lorsque J.-A. Miller nous a convaincu de nous intéresser de près à la chose, il a tranché en faveur de la participation des psychanalystes à un débat qui ne les concernait pas directement sauf à voir, dans cette régulation du titre de psychothérapeute, une tentative déguisée des instances gouvernementales de contrôler le champ « psy » dans son ensemble. Il a été convaincant.

On a donc témoigné, dans les Forums, dans la presse, de notre solidarité avec les psys au sens large, y compris avec les ni-ni. C’est une position qui a fait débat chez les collègues extérieurs à l’École. Mais le résultat est là, la psychanalyse a été reconnue officiellement comme une pratique distincte de la psychothérapie, par ailleurs, les commissions qui décerneront le titre de psychothérapeute incluront deux psychanalystes sur les six membres titulaires (cf. texte de J.-C. Maleval).

ce qui peut sembler une nouvelle profession

Les conditions d’exercice des psychologues sont pourtant de fait rendues plus difficiles, pas tellement sans doute pour ceux qui sont déjà en poste ou pour ceux qui vont pouvoir faire valoir la clause du grand-père que pour ceux qui vont devoir chercher du travail dans des institutions dont les directeurs vont être encore plus déboussolés par l’apparition de ce qui peut sembler une nouvelle profession. Les psychiatres, eux, sont, préservés de cette inquisition, apparemment… Rappelons quand même qu’ils ne sont pas à l’abri des réglementations ubuesques et que leurs conditions d’exercice actuelles ne sont pas exemptes de diktats. Il suffit d’aller lire sur internet l’introduction du « plan autisme 2008-2010 » pour comprendre que – pour ce qui concerne les TED –, la psychiatrie n’a pas la cote, tandis que les psychologues formés aux « pédagogies structurées », oui. Or il n’y a aucune raison que les comportementalistes ou les cognitivistes obtiennent l’exclusivité de l’exercice thérapeutique aux yeux du grand public ou aux yeux de toutes de tous ces organismes qui peuvent faire appel aux psys sans bien comprendre de quoi il s’agit.

Voilà pourquoi je vais faire la demande pour obtenir le titre de psychothérapeute, même si je ne m’inscrirai certainement jamais sous cette rubrique de ma propre initiative.

Angers, le 08/05/2011

Titre de psychothérapeute – attention date limite

Attention !

Initialement mis en ligne le 26 04 2011


Patients-limites avec Jean-Michel Fourcade, date limite avec les CRI et CRA, et quoi encore !

{Cette annonce s’adresse à tous ceux qui trouveraient leur intérêt à solliciter leur inscription sur la liste régionale des psychothérapeutes (titre réservé depuis le 1er juillet 2010), pourvu qu’ils en remplissent les conditions.

PHG


La date limite de transmission de votre dossier d’expérience professionnelle, si vous souhaitez le transmettre et vous présenter devant la CRI de l'{Agence régionale de santé dont vous dépendez fait question.

23 mai ou 30 juin ?

Notre collègue Geneviève Mattei, ancienne avocate au Conseil d’État, nous alerte et nous l’en remercions. Rappelons que Geneviève a été partenaire de notre Journée d’Étude du 22/01/11 et qu’elle nous a apportés les éclairages juridiques dont nous avions besoin.

Selon son avis et son expérience d’ancienne juriste, le report de la date de réception du dossier de demande d’homologation au 30 juin 2011, annoncée par certaines ARS et reprise par certaines Associations professionnelles, en tant que date anniversaire de la mise en application du décret ne serait pas valable en droit car il faut impérativement un décret pour modifier une telle date.
Or, à ce jour, nul nouveau décret n’est paru.

De plus, un défaut d’envoi dans les délais légaux pourrait vous être préjudiciable dans le cas d’un recours auprès du tribunal administratif, si votre dossier avait fait l’avis d’un avis négatif de la CRI.

En conséquence, nous vous recommandons d’adresser votre dossier avant le 23 mai, date anniversaire de la publication du décret au Journal Officiel.
En cas de difficultés, consultez l’ARS de votre région, si toutefois vous obtenez une réponse. Nous avons toujours du mal, à titre institutionnel à les joindre.

Bon courage à ceux qui veulent tenter cette aventure.

Prenez bien soin de vérifier si la Commission qui statuera sur votre dossier est conforme au cahier des charges : deux médecins, deux psychologues et deux psychanalystes.

Sinon, vous êtes fondés à remettre en cause leur décision, si elle vous était défavorable.

Merci de pensez à nous avertir de vos démarches et de la constitution de la CRI qui statuera sur votre dossier ainsi que des réponses que vous aurez reçues. Ce sera précieux pour tous les collègues concernés.

Nous sommes aussi là pour vous aider et vous conseiller, si nécessaire.

Bien cordialement à vous. A bientôt.

Arlette Gastine.
Vice-Présidente de l’Affop.

Psychothérapeute (dossier du titre de –)

Instantanés de l’InterCoPsychos – N°306

Samedi 7 mai 2011


Commentaire du texte de Jean-Claude Maleval

Par Philippe Grauer


Le professeur Maleval
avait marqué par le passé sa sympathie pour les ci-devant psychothérapeutes, psychothérapeutes relationnels en réalité, qui, n’en déplaise, ne seront pas réduits à devenir comme il s’interroge coaches ou conseils mais bel et bien comme il ne peut l’ignorer psychopraticiens relationnels, sous la garantie morale et professionnelle des organismes et institutions réunies dans le cadre du GLPR. Jean-Claude Maleval rappelle que certains ne peuvent toujours pas “encadrer” les psychothérapeutes, si souvent qualifiés par eux d’ “auto-proclamés“. Il nous désigne comme “la famille la plus étendue du champ psy(1“) par le nombre}”, puis évoque de façon équivoque le monde des voyantes, magnétiseurs et guérisseurs, pour finir par suggérer en citant à propos Freud que ça va comme ça, que la loi ne doit jamais se jouer trop serrée sauf à devenir contre-productive. Nous entendons ici l’écho de l’ancienne alliance, le son du bon sens et de son propre intérêt bien compris.

Bien entendu les psychanalystes par sa plume ne se plaignent guère du sort qui leur est fait par la loi, bien entendu les psychopraticiens relationnels dépouillés du titre qu’ils avaient créé, honoré et protégé durant près d’un demi siècle, voient d’un œil critique progresser la médicalisation des choses du psychisme, et les psychanalystes quoiqu’en dise notre confrère s’engouffrer dans le psychothérapeutisme et le paramédicalisme. Bien difficile ensuite à désolidariser de ce qu’il désigne comme la psychothérapie autoritaire.

À part cela l’exercice de validation de la mise en application de la loi auquel nous assistons passe inévitablement par la reconnaissance de la sagesse du grand leader de la Cause dont la pensée a prévalu, la mise en relief du bénéfice empoché de la reconnaissance d’un Master de psychanalyse et le constat de “l’hommage posthume” à Lacan dont il n’était pas question de faire ici l’économie de l’évocation du nom.

la psychanalyse résorbée dans la psychothérapie par ses psychologues mêmes ?

Lorsque Jean-Claude Maleval écrit que “la loi française actuelle ne résorbe pas la psychanalyse dans la psychothérapie“, il n’émet qu’une demie vérité. La hâte au portillon du titre de psychothérapeute des membres de plusieurs associations de psychanalystes laisse là-dessus planer quelque doute. N’oublions pas que les psychanalystes en question sont des psychologues et que le cumul des affichages professionnels crée des imbrogios semblables ou pires que les précédents. Cela permet peut-être de rendre compte du malaise à graphier les psys (voyez l’usage des guillemets et du non accord au pluriel), vocable qui réunit tout en un au moins trois catégories de praticiens de “la” psychothérapie. La psychothérapie entendue comme terme générique, en toute confusion ne saurait distinguer les psychothérapies sans inconscient ni relation au sens où c’est celle-ci qui soigne, notamment les thérapies (sans psycho-) cognitivistes, de
la psychothérapie relationnelle et de la psychanalyse, nécessitant de la part de ses professionnels ce qu’il nomme fort justement “l’expérience de mutation subjective,” permettant seule le déroulement spécifique d’une dynamique de la subjectivation(2“)

Mais comme il faut bien entendu pour préserver l’identité psychanalytique se distinguer de la psychothérapie, adieu les distinctions et oubliés les encombrants cousins proches de la psychothérapie relationnelle. Oubliée mais “pas-toute”, pas tout à fait, notre catégorie professionnelle, puisque Jean-Claude Maleval n’oublie pas de nous mentionner au passage lorsqu’il mentionne la “révolte (des) psychothérapeutes (dans l’acception désormais obsolète du terme).”

Triangle 1950 ou Carré du XXIième siècle ?

Il suffit de compléter par la déclinaison de notre identité, pour récupérer la bonne forme du Carré psy, dans le cadre de laquelle nous jouissons de notre exacte place, aux côtés des psychanalystes. Place non bâtarde au sens où nous serions des rejetons marginaux du tronc psychanalytique. Comme avec la généalogie humaine l’affaire est plus complexe et les origines psys plus buissonnantes qu’issues d’un tronc unique masquant si l’on peut dire la forêt. Place non bâtarde donc mais pleine et entière, à laquelle la loi actuelle, en retard d’un demi siècle mais bien à l’heure de la médicalisation de l’existence, ne laisse que l’espace des ténèbres extérieures, extérieures à l’antique triangle (à présent régi par la psychiatrie, c’est là que réside l’innovation) psychiatrie psychologie psychanalyse qui dessinait le monde psy d’avant notre arrivée, le monde psy des années 50-60. Il est vrai qu’un triangle n’a pas 4 côtés et que selon qu’on regarde le monde à trois ou quatre dimensions, si l’on peut dire, la figure change radicalement. Il serait temps que nos collègues opèrent la bascule, vivent résolument avec leur temps et acceptent de se rendre compte que nous sommes maintenant quatre à table.

redéploiement

Le vaste débat dans le monde des psys va se poursuivre, et il se terminera par la reconnaissance et confirmation pleine et entière de notre profession, à partir de celle de nos noms, institutions et qualités propres. Les décennies qui viennent verront se redéployer les forces et entités diverses dans la cadre de référence du Carré psy. Nos psychopraticiens relationnels sauront imposer leur réalité institutionnelle à l’opinion, qui la souhaite et accueille, et aux collègues, relevant d’organisations rongées par le ver du corporatisme. Un corporatisme, propre en particulier au malaise identitaire dans la fonction publique, qui, cumulé au dogmatisme d’École, nous réserve certainement encore des surprises, mais cette maladie devra finalement reculer devant notre détermination, les avancées de la recherche en sciences humaines cliniques où nous occupons toute notre place, et les légitimes besoins du public.

En attendant, prenez connaissance des thèses issues du monde de la Cause freudienne, ravie d’avoir empoché le bénéfice de ses forums et de sa courageuse action politique du temps de l’alliance de la Coordination psy, bénéfice confirmé à l’occasion du prévisible décrochage d’avec les ex psychothérapeutes.

Le GLPR nous voit désormais réunis entre nous, déterminés, et c’est à partir de lui que notre action concertée protège dorénavant notre profession rebaptisée et consolidée par nos diplômes et titres spécifiques. Qu’aura en définitive mis en place la loi pour les temps à venir ? Quel avenir réserve-t-elle réellement à la psychanalyse ? Nous œuvrerons à bien maintenir la nôtre de place, et à ne jamais nous écarter de la ligne consistant à rappeler que les tenants du processus de subjectivation restent objectivement proches et se distinguent ensemble du champ de ceux du Chiffre, de la médicalisation et du cognitivo-positivisme.

cf. également le texte de Vincent Benoist. }}


Voici une nouvelle pièce à verser au dossier du titre de psychothérapeute.

Le Professeur de Psychopathologie (Rennes 2) Jean-Claude Maleval nous donne son analyse mesurée et circonstanciée de la législation sur le titre de psychothérapeute.

Il fait valoir le trajet accompli depuis la première intention manifestée par le législateur en octobre 2003 qui ambitionnait, il convient de s’en souvenir, rien moins que de légiférer sur la pratique de la psychothérapie.

Il fait aussi l’état des lieux précis de la situation pour les psychanalystes et pour les psychologues, notamment cliniciens.

Jean-François Cottes


Le compromis du 20 mai 2010

Par Jean-Claude Maleval

Président du MUPP

Les indications de Jacques-Alain Miller ont prévalu

Le décret du 20 Mai 2010 est un compromis opéré par le Ministère de la Santé entre les intérêts des professions du champ psy et une volonté politique de prendre en charge la santé mentale. Sa promulgation apaise le public et les politiques, elle satisfait les psychiatres, pour lesquels rien ne change, elle révolte les psychothérapeutes (dans l’acception désormais obsolète du terme), elle mécontente les psychologues cliniciens, qui attendent les résultats d’un recours en Conseil d’État, quant aux psychanalystes, on peut constater, toutes Écoles confondues, qu’ils ne s’en plaignent guère. Dans l’ensemble ils y agréent sans enthousiasme. Pourquoi ? Parce que la nouvelle loi présente un certain nombre de points positifs les concernant. En fait, la rédaction du décret porte une marque prépondérante : celle des indications données par Jacques-Alain Miller au Ministère de la santé. Il est manifeste que celles-ci ont prévalu sur les autres. Celles du SIUERPP (Le Séminaire inter-Universitaire européen d’enseignement et de recherche en psychopathologie et psychanalyse (SIUERPP), fondé en 2001, par Pierre Fédida, à la présidence duquel lui ont succédé Roland Gori, puis Alain Abelhauser) et du MUPP Mouvement Universitaire pour la Psychanalyse, (3“) pas très éloignées, sont elles aussi parvenues à se faire entendre (Le Nouvel Âne, septembre 2008, 9).

hommage posthume à Lacan

Ce ne fut pas en vain que des milliers de « psy » (4“) se réunirent lors de plusieurs forums tenus à Paris, entre 2004 et 2009, à l’initiative de Jacques-Alain Miller et du magazine Le Nouvel Âne, pour protester contre une législation inspirée de l’amendement Accoyer. Un Ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, s’y fit même applaudir, le 5 février 2005, en affirmant que “la souffrance psychique n’est ni évaluable, ni mesurable”, et en faisant retirer le rapport de l’Inserm sur l’évaluation des psychothérapies du site internet du Ministère de la Santé. L’hommage rendu à Jacques Lacan dans son allocution n’est pas anecdotique. En effet, l’écho considérable des forums, amplifié par la publication du Nouvel Âne, est parvenu jusque dans les ministères, si bien que la législation française s’est infléchie jusqu’à rendre un hommage posthume à l’enseignement de Jacques Lacan, en maintenant une nette différence entre psychanalyse et psychothérapie, et en ne cédant pas sur le principe de l’analyse profane. Il convient tout particulièrement d’être reconnaissant à Jacques-Alain Miller d’être parvenu à faire saisir la pertinence de ces thèses à des politiques embarrassés par la complexité du problème, bien en peine de s’orienter dans la cacophonie des opinions des spécialistes, et fortement tentés dans un premier temps par des solutions sommaires.

Premier gain capital obtenu dès l’article 52 de la Loi du 9 août 2004 : la psychanalyse, après un siècle d’existence, se trouve pour la première fois reconnue par la législation française comme une discipline spécifique. Le décret confirme l’article 52. Ces deux textes indiquent nettement qu’un psychanalyste peut ne pas être psychothérapeute. La loi, soulignait Milner, dans le débat sur l’évaluation,permet tout ce qu’elle n’interdit pas expressément. La loi française actuelle ne résorbe pas la psychanalyse dans la psychothérapie. C’est un acquis considérable. Unique en Europe et peut-être même dans le monde. Second gain majeur.

des psychanalystes dans les CRA, le bonheur !

Le troisième aspect positif, inhérent au décret, réside dans le fait que les commissions d’agrément aux formations de psychothérapeutes(5“) n’ont pas été livrées aux évaluateurs patentés de la Haute autorité de santé. Une formule très originale a été inventée pour l’occasion : des commissions composées de six membres dont deux psychanalystes. Là encore une place majeure et nouvelle est faite à cette profession. Jamais auparavant des psychanalystes n’avaient intégrés en tant que tels des commissions officielles chargées de délivrer des diplômes ou d’agréer des formations.

Deux Masters de psychanalyse

Quatrième point positif, le Master de psychanalyse est accrédité comme diplôme permettant l’accès à la formation de psychothérapeute. Si les psychanalystes en formation, non encore “annuairisés”, devaient en passer à l’avenir par la case psychothérapeute, le statut des ni-ni (ni médecin, ni psychologue) serait ainsi préservé, dans la droite ligne de ce que Freud n’a cessé de défendre. Rappelons que le Master de psychanalyse le plus connu est celui de Paris 8 délivré par un département de psychanalyse, fondé par Lacan, dont Jacques-Alain Miller fut longtemps le directeur. (Il en existe un seul autre en France, celui de Montpellier 3, fondé par H. Rey-Flaud). Il faut rappeler que les Masters de psychanalyse peuvent contribuer à la formation des psychanalystes, mais qu’ils ne sauraient former des psychanalystes.

Cinquième acquis : la formation des psychanalystes n’est pas encadrée par la Loi, elle est laissée à la responsabilité des psychanalystes eux-mêmes. La loi accepte d’entériner celle-ci à la faveur de l’annuairisation attestée par le président de l’association. Dès lors, en ce qui concerne la psychanalyse, la nouvelle loi française s’avère conforme pour l’essentiel aux préconisations formulée par Freud quand il se prononçait à cet égard pour “une politique du laisser-faire“.

Ces cinq points cumulés semblent témoigner d’une confiance assez remarquable faite aux psychanalystes. La promulgation d’une loi qui respecte la spécificité de la psychanalyse dans le contexte d’une opinion publique plutôt favorable au dénigrement de celle-ci mérite d’être soulignée.

psychanalyste-psychothérapeute

Quelques aspects négatifs subsistent cependant dans la législation, qui pourraient par la suite s’avérer lourds de conséquences. Nul ne conteste que la formation des psychanalystes soit plus longue et plus complexe que celle des psychothérapeutes, or la loi demande au psychanalyste une formation complémentaire pour devenir psychothérapeute ! De surcroît il n’est pas exigé du psychothérapeute l’expérience de mutation subjective inhérente à la formation du psychanalyste. Il est paradoxal que la loi suggère que le psychanalyste–psychothérapeute serait plus compétent que le simple psychanalyste.

D’autre part, du point de vue du psychologue clinicien, la lecture des textes législatifs apparaît assez différente, beaucoup plus critique. Pour devenir psychothérapeute, il est demandé au psychologue clinicien une formation complémentaire de 150 heures en psychopathologie clinique, plus un stage de 2 mois, or sa formation à l’Université comporte déjà un nombre d’heures bien supérieur, et suppose des études plus approfondies en ce domaine, tandis qu’il a déjà dû effectuer plus de 5 mois de stages. La lutte des syndicats de psychologues contre cette disposition apparaît parfaitement légitime. M. Accoyer le reconnaît dans une lettre en date du 20 avril 2011 adressée au Ministre de la Santé. Au terme de plusieurs années de débat, il considère que la loi ne doit pas viser les « professionnels reconnus », il faut en déduire que son projet final cherche surtout à encadrer les psychothérapeutes, si souvent qualifiés par lui d’ “auto-proclamés“.

les actuels psychothérapeutes

Autre faiblesse de la loi : elle ne prend guère en compte la situation des actuels psychothérapeutes, qui constituent pourtant la famille la plus importante du champ psy par le nombre. Ceux qui ne parviendront pas à bénéficier de la clause du grand-père seront incités à contourner la loi, soit en déclarant faire du coaching, ou du conseil, voire en créant de nouvelles associations de psychanalystes. Une extension de la loi résoudrait-elle le problème ? Il faudrait alors se préoccuper des voyantes, des magnétiseurs et de diverses sortes de guérisseurs. La tâche du législateur risque d’être sans fin, sauf à verser dans un totalitarisme pire que ce à quoi il cherche à remédier.

faut-il déposer une demande ?

Après ces précisions, essayons maintenant de répondre à la question que beaucoup se posent : faut-il déposer une demande pour obtenir le titre de psychothérapeute auprès de l’Agence régionale de santé locale ? Cela afin bénéficier de la clause du grand-père pour les cliniciens qui possèdent plus de cinq ans “de pratique de la psychothérapie” ?

En ce qui concerne les psychanalystes, il me semble que l’attitude la plus appropriée consiste à souligner ce qui dans la loi n’est qu’implicite, à savoir qu’ils ne sont pas des psychothérapeutes. Par conséquent la démarche d’inscription sur le registre de ces derniers me paraît politiquement contre-productive. Reste le problème de la définition du psychanalyste : celui-ci doit être “annuairisé” pour exister légalement ? Or la loi ne précise pas la nature de “l’enregistrement régulier dans un annuaire d’association de psychanalystes”. Qu’est-ce qu’un annuaire de cet ordre ? Nul doute que celui d’une association reconnue d’utilité publique comme l’ECF entre dans ce cadre. En revanche, les annuaires des association locales de praticiens seront-ils considérés comme des annuaires d’associations de psychanalystes ? En outre quelle est l’extension de la notion d’association de psychanalystes ? L’association jungienne de “psychothérapie analytique” est-elle une association de psychanalyse ? La société française de psychanalyse adlérienne membre de l’International Society of Individual Psychology en est-elle une ? Il semble que tout cela soit laissé à l’appréciation des commissions régionales. Elles établiront sans doute une jurisprudence sur ce point dans les mois qui viennent.

Pour les psychologues cliniciens, et pour les ni-ni, il s’avère que de nombreux directeurs d’établissements publics et privés exigent maintenant la garantie du titre de psychothérapeute. Dès lors, pour ceux qui peuvent attester de cinq ans de pratique de la psychothérapie, il semble de leur intérêt de faire jouer la clause du grand-père et donc de déposer une demande (avant le 20 mai 2011).

Pour ceux qui ne possèdent pas cinq ans de pratique, mais un diplôme de médecine, de psychologie ou de psychanalyse, il leur faudra suivre 150 à 400 heures d’enseignements de psychopathologie clinique, et un stage de 2 à 5 mois dispensés par des formations qui seront sans doute bientôt mises en place (par qui ?) s’ils souhaitent obtenir le titre de psychothérapeute.

filtre poreux

Aucune illusion à se faire, en n’intégrant pas l’essentiel, à savoir la nécessité d’une expérience de mutation subjective comme principale garantie contre les dérives de la suggestion armée d’un savoir psychologique, la législation française n’instaure qu’un filtre poreux à l’exercice de la psychothérapie autoritaire. Elle procède à un habile tour de passe-passe en prétendant garantir une formation à la psychothérapie alors qu’elle n’exige que quelques études de psychopathologie. Dès lors, non sans raison, certains considèrent que c’est la pire des lois ; certes, à condition de préciser, excepté toutes les autres.

la loi n’a pas atteint son but

Il est indubitable que la loi n’atteint pas son but. Faut-il le déplorer ? La subsistance de vides juridiques n’est-elle pas nécessaire à la prise en compte sociale de la dimension inconsciente de l’humain ? Plutôt que de prôner le durcissement de la législation, ne vaut-il pas mieux entendre Freud quand il met en garde contre “un excès d’ordonnances et d’interdictions” ? “Cet excès, affirme-t-il, nuit à l’autorité de la loi. C’est un fait d’observation : là où il n’existe que peu d’interdictions, elles sont soigneusement respectées ; là où à chaque pas on se heurte à des interdictions, on éprouve bel et bien la tentation de passer outre.”

Rennes, le 3/05/2011

  • 1 Une fois en public, lors d’un rassemblement commun organisé par les psychothérapeutes relationnels, Jacques-Alain Miller a repris le terme de {Carré psy. Il convient de parler de champ psy si l’on veut rester dans l’espace régi par le triangle traditionnel des trois psys historiques, d’avant la survenue de la psychologie humaniste américaine et l’émergence de la psychothérapie relationnelle, qui fait passer de trois à quatre le nombre de protagonistes de base dudit champ psy, fondant le concept de Carré psy.
  • 2 Cela sans oublier que le seul cumul d’une formation de psychologue clinicien et d’une psychanalyse et/ou d’une psychothérapie relationnelle conséquente ne suffit pas. Nos Écoles agréées Affop exigent pour qualifier un psychopraticien relationnel cinq années de formation (2000 heures) spécifique. On peut imaginer des passerelles et des équivalences, mais pas n’importe comment. C’est précisément cela que la “bande des Trois” – à présent sous domination médicale, a toujours refusé. Elle a organisé et cartographié le territoire psy de telle façon que son quatrième terme soit exclu du bénéfice d’une conjonction Université-École (notamment par le biais de la Validation des acquis de l’expérience). Sinon, pourquoi ne pas avoir proposé dans la loi aux psychopraticiens relationnels d’effectuer leur cursus en psychopathologie aux côtés des psychologues cliniciens ? Il ne faut en rien reconnaître l’autre, désigné au mépris (corporatiste) sous la figure du charlatan (imaginaire médical) et de l’autoproclamé (volonté de méconnaissance de nos institutions réelles et de leur travail de fondation professionnelle).
  • 3 Fondé en 2003, par François Ansermet, Jacques-Alain Miller et Jean-Claude Maleval.
  • 4 Nous conservons la graphie originale, qui dit “psy” pour psys.
  • 5 Les commissions d’agrément en question sont habilitées à agréer les formations à la psychopathologie hors les murs de l’université, car la loi est formelle l’université ne doit pas avoir le monopole. Bien entendu on peut présenter son dossier, lorsqu’on est une école, quitte à se voir refuser l’agrément. Ainsi tout se passe sur le mode légal.

Sur le décret concernant les psychothérapeutes

Problématique de l’application de la loi vue par une organisation de psychologues psychanalystes

Nos ex alliés les psychologues freudiens (Cause freudienne, architecture Jacques-Alain Miller) publient une excellente analyse des grandes manœuvres en cours à propos de la revendication du nouveau titre de psychothérapeute. Seuls parmi les organisations de psychologues et psychanalystes, ils constatent au passage qu’aucun psychothérapeute ne siège dans les commissions chargées de valider les demandes à jouir du titre de psychothérapeute.

On lira attentivement à quoi ressemble la loi pour un psychologue psychanalyste. Notre métier de psychopraticiens relationnels exercé en libéral est quelque peu différent. Certains d’entre nous munis de la double casquette et désireux de protéger ce statut jouiront des délices administratifs et autres attachés à ce privilège. Les autres auront l’allure plus libre, dégagés des soucis de paramédicalisation, incertains seulement des réponses peut-être diverses selon les régions, qui seront fournies à leurs demandes grand-parentales au cas où ils seraient conduits à les formuler.

Nous ne disons rien ici des demandes d’homologation d’Écoles, il est encore un peu tôt pour en dire quelque chose.

Philippe Grauer


Michel Grollier est Maître de conférences et directeur du département de psychologie de l’UFR de Sciences humaines de l’université de Rennes II. Il nous donne une lecture très informée à la fois synthétique et détaillée de la question de l’application du décret sur les psychothérapeutes. C’est une lecture de l’intérieur du processus, la première que je lis, puisqu’il fait partie d’une des commissions.

Grâce à lui on y voit plus clair sur la clause du grand-père, sur la CRI et sur la CRA, mais aussi sur les enjeux de la question.

En outre cet avis autorisé, s’il en est, nous est donné sur un ton qui arrive à rendre plaisant le parcours de ces arcanes administratives. Une performance.

Jean-François Cottes


Ou : ça va être coton


Par Michel Grollier

Directeur du département de psychologie de l’UFR Sciences Humaines (Rennes II)

Cette histoire de psychothérapeute provoque des mouvements divers, parfois étranges, et fait sortir du bois pas mal de monde !

La dernière lettre ouverte aux psychologues pratiquant la psychothérapie faite par l’association psychologues aujourd’hui en Maine et Loire, paru dans le journal des psychologue et diffusé largement dans le champ universitaire, est typique : beaucoup de confusions, quelques erreurs, et la revendication d’une formation à la psychothérapie encadrée par le monde médical…

Elle montre l’ambivalence d’une profession, qui, avec le signifiant clinique, pensait se mettre à l’écart. J’ai longtemps travaillé comme psychologue dans le champ psychiatrique, avant de participer à la formation universitaire des psychologues. Et bien j’aurais du mal à définir cette profession, même si je considère qu’elle a su rendre un service conséquent à notre société… J’ai de même participé aux différentes réunions entre universitaires et syndicats, notamment à Paris en décembre, et je peux dire que les avis sont pour le moins dispersés…

Il est clair que l’éthique d’une pratique clinique exige une formation, formation qu’un grand nombre a trouvée auprès d’une association ou école de psychanalyse. Enfin, un grand nombre, je ne peux l’affirmer.

Deux évènements

Actuellement donc, suite aux différents textes, deux évènements se profilent.

Une période transitoire de un an (à partir du décret de Mai 2010), pendant laquelle les professionnels ayant une formation en psychopathologie (mais pas obligatoirement de titre ou diplôme, à l’appréciation des commissions) et surtout une expérience d’au moins cinq ans dans le champ de la santé ou du social (voire en libéral) peuvent demander le titre a une commission ad hoc constitué par les ARS (les candidats seront essentiellement des psychologues, mais parfois des médecins ou des titulaires d’un des masters de psychanalyse – Paris 8, Paul Valéry Montpellier 3, voire des psychothérapeutes qui auront bien du mal à se faire adouber par les commissions). Ils obtiendront le droit d’être inscrit sur le registre national des psychothérapeutes.

Habilitation des instituts de formation

L’autre événement est la mise en place des commissions ARS devant statuer sur les demandes d’habilitation des instituts de formation de psychothérapeute. Attention, il ne s’agit pas de formation à la psychothérapie mais de la formation de psychothérapeute, de ceux qui porteront le titre et pourront s’inscrire sur le registre national des psychothérapeutes.

En effet le texte ne légifère pas sur la pratique psychothérapeutique mais sur le titre de psychothérapeute, qui pour l’instant n’a pas d’exercice réservé (ne serait-ce que parce que les psychiatres ont droit de fait à cet exercice).

Le problème qui se posera d’ici quelques années (le temps que les premières promotions de psychothérapeute arrivent sur le marché du travail) concernera les profils de postes que pourront proposer les institutions à vocation thérapeutiques (CMP, CMPP, etc.). Dans quelle mesure les directeurs préfèreront des psychothérapeutes en titre à des psychologues (notamment), connaissant la pression du public sur les éventuelles conditions de moyens dont doivent se doter les institutions pour garantir leur offre de soin ?

Enfin, dans quelle mesure les nouveaux diplômés (en l’état actuel, ceux qui ont moins de cinq années de diplôme) souhaiteront faire cette formation complémentaire pour tenter d’assurer leur recherche d’emploi? Sachant que certains pourront bénéficier d’une réduction sur l’enseignement en fournissant une liste d’enseignement en psychopathologie validé à l’université. Mais sans oublier que la plupart des formations proposées seront payante, et relativement chère (cf. les formations dans d’autres pays, en Italie par exemple!).

Le gouvernement supposait que les universités, médecine ou psychologie, prendraient en charge en grande partie ces instituts. Je peux dire, contrairement à ce que certains affirment, que peu de département ou UFR de psychologie envisagent cela. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas, mais cela va à l’encontre de la position historique de ces départements et UFR vis-à-vis de l’acte thérapeutique et son enseignement.

De même si quelques UFR de médecine envisagent ces instituts, cela reste pour l’instant réduit. En fait, tout le monde s’observe, guettant qui partira le premier ! Il existe l’exemple de l’École pratique des hautes études en psychopathologies (EPHEP de Paris). Cet institut privé, dont le doyen est Charles Melman, et qui est soutenu par l’ALI (Association lacanienne internationale) se dit prêt pour demander l’agrément, et se présente comme une possible référence. Cela nous donne déjà une idée du prix, 1000 euros par an sur deux ans pour les étudiants, et 1500 par an pour les professionnels. Donc de deux mille à Trois mille euros pour l’instant. Mais sachez que cela pourra être plus cher, allez voir pour cela les sites de nos collègues italiens !

Dernier point, comment les ARS constituent les commissions ? Eh bien d’abord en s’adressant préférentiellement à des universitaires ! Chacune des commissions comprend six membres titulaires et six membres suppléants.

La CRA

Pour la commission régionale d’agrément des instituts, elle est composée de six personnalités qualifiées titulaires et de six personnalités qualifiées suppléantes.

Ces personnalités sont nommées pour trois ans par le directeur général de l’agence régionale de santé qui les choisit en raison de leurs compétences dans les domaines de la formation et de leur expérience professionnelle dans le champ de la psychiatrie, de la psychanalyse ou de la psychopathologie clinique, sans qu’aucune des trois catégories de professionnels mentionnées au cinquième alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée ne soit majoritaire au sein de la commission.

Parmi ces personnalités, siègent deux professeurs des universités spécialisés en psychiatrie, psychologie ou psychanalyse.

Le directeur général de l’agence régionale de santé désigne le président de la commission.

Le mandat des membres de la commission est renouvelable une fois.

La consultation des membres de la commission peut intervenir par tout moyen approprié permettant leur identification et leur participation effective à une délibération collégiale, satisfaisant à des caractéristiques techniques permettant leur transmission continue et simultanée et garantissant la confidentialité des votes lorsque le scrutin est secret.

Je peux dire qu’en Ille et Vilaine, j’ai été sollicité en tant que psychologue, psychanalyste et surtout directeur du département de psychologie. Cela m’a permis d’orienter l’ARS vers le professeur Jean Claude Maleval, qui a aussi accepté, et a proposé le professeur Laurent Ottavi, qui a aussi accepté (il fallait deux professeur en psychopathologie). Enfin un autre collègue, psychiatre, psychanalyste a aussi été contacté en tant que responsable de l’association locale des psychiatres. Nous sommes donc quatre titulaires de cette commission à nous connaître un peu, mais je pense que les deux autres titulaires ne seront pas non plus des inconnus. Et nous sommes aussi suppléants dans la commission d’inscription. De fait l’ARS de notre région s’est rabattue sur les signifiants institutionnels basiques, université et associations professionnelles.

La CRI

Pour la commission régionale d’inscription, qui doit traiter dans un premier temps les demandes transitoires, elle comprend six personnalités qualifiées titulaires et six personnalités suppléantes, appartenant à l’une des trois catégories mentionnées au cinquième alinéa de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée, et nommées par le directeur général de l’agence régionale de santé qui les choisit en raison de leurs compétences dans les domaines de la formation et de leur expérience professionnelle dans le champ de la psychiatrie, de la psychanalyse ou de la psychopathologie clinique, sans qu’aucune de ces trois catégories de professionnels ne soit majoritaire au sein de la commission. Ses membres sont nommés pour une durée de trois ans renouvelable une fois.

Les frais de déplacement et de séjour de ses membres sont pris en charge dans les conditions prévues par la réglementation applicable aux fonctionnaires de l’Etat.

La commission s’assure que les formations précédemment validées par le professionnel et son expérience professionnelle peuvent être admises en équivalence de la formation minimale prévue à l’article 1er et, le cas échéant, du diplôme prévu à l’article 6. Elle définit, si nécessaire, la nature et la durée de la formation complémentaire nécessaire à l’inscription sur le registre des psychothérapeutes.

Le professionnel est entendu par la commission s’il en formule le souhait au moment du dépôt de son dossier ou à la demande de la commission.

La consultation des membres de la commission peut intervenir par tout moyen approprié permettant leur identification et leur participation effective à une délibération collégiale, dans les mêmes conditions que celles prévues à l’article 10.

Je rappelle les trois catégories professionnelles concernées pour constituer la commission : psychiatrie, psychanalyse, psychopathologie clinique… Aucun psychothérapeute donc pour l’instant dans ces commissions ! [C’est nous qui soulignons. Note du Cifp] Et les professionnels sont censés être pressentis en raison de leurs compétences dans les domaines de la formation (d’où la présence massive d’universitaires) et de leur expérience professionnelle dans le champ de la psychiatrie, de la psychanalyse ou de la psychopathologie clinique. Vous comprendrez pourquoi les responsables des ARS, qui sont des administratifs, se rabattent sur les institutions basiques que sont les universités ou les associations professionnelles avec lesquelles elles négocient habituellement ! Je ne connais pas encore le détail de la composition de cette commission dans notre région, mais je pense que les mêmes critères ont prévalu.

un changement dont nous ne pouvons anticiper les conséquences

En fait nous sommes à l’orée d’un changement dont nous ne pouvons anticiper les conséquences. Cela dépendra des acteurs, professionnels, politiques et économiques, puisque les enjeux sont aussi de cet ordre. Mais cela prendra quelques années. À nous de définir une position politique qui puisse servir de point d’appui aux décisions de chacun.

Petit plus !

En supplément je vous fournis le tableau des dérogations qui concernent les heures pédagogiques et les stages dans les instituts de formation :

Étant donné qu’il faut un doctorat en médecine, un master en psychologie ou en psychanalyse la plupart des candidats bénéficient d’une dispense.

La base est un minimum de 400 heures de cours et cinq mois de stage (temps plein), cela correspond, pour donner une idée, à une année universitaire et demie, minimum. Reste à savoir que cette base est destinée à ceux qui ne bénéficient pas de dérogations. Donc ceux qui ont un master mention ou spécialité psychanalyse sans être inscrit comme analyste, ou ceux qui ont un master de psychologie sans le titre de psychologue (n’ayant pas la licence de psychologie donc).

Les psychiatres sont donc totalement dispensés.

Les psychologues ayant une formation en psychopathologie clinique : 150 heures de cours minimum et deux mois de stages (TP), donc environ une année universitaire

Les médecins 200 heures de cours et deux mois de stage (TP), idem.

Les psychanalystes régulièrement inscrit dans des annuaires professionnels, 200 heures de cours et deux mois de stage (TP), idem.

Les psychologues sans formation en psychopathologie clinique, 300 heures de cours et cinq mois de stage (TP) donc environ deux années universitaire.

Dérogations

Ces dérogations s’articulant sur les quatre grands axes d’enseignements qui sont :

– Développement, fonctionnement et processus psychique (100 h).

– Critères de discernement des grandes pathologies psychiatriques (100 h).

– Théories se rapportant à la psychopathologie (100 h).

– Principales approches utilisées en psychothérapie (100 h).

Sachant que la dérogation peut scinder des thèmes, par exemple pour les psychologues ayant une formation en psychopathologie clinique, il est demandé : cinquante heures sur les critères, cinquante heures sur les théories et cinquante heures sur les approches !

Cela va être coton de mettre en place des promotions et de conserver une apparente unité à tout ça !!!

Psychologues freudiens : pratique aux CMPP menacée

Nous avons combattu côte à côte, du temps de la Coordination psy, des années durant avec les psychologues freudiens (affiliés à la Cause freudienne) contre la loi Accoyer. Nous restons intéressés par leur combat sur le lieu de leur travail, en institution hospitalière et hospitalo pédagogique. Ce document permet de mieux comprendre leur spécificité et le sens de leur combat pour une pratique restée inspirée par la psychanalyse dans les institutions de secteur.

Nos psychopraticiens relationnels travaillent différemment et en cabinet privé pour la plupart. Ceux qui y ont accès peuvent demander le bénéfice du titre de psychothérapeute, qui leur permet de continuer un travail en institution.

{On comprend mieux, si on rapporte ce texte à la figure du Carré psy, la nature de la diversité de nos professions, clairement distinctes.

Nous restons attentifs à la militance pour une pratique humaniste fondée sur le principe de la dynamique de subjectivation, qu’ils conduisent sur leur terrain propre, et solidaires de leur lutte, le Carré psy souffrant dans son ensemble dès qu’il est menacé sur un de ses côtés, n’importe lequel. }

Philippe Grauer


jeudi 28 avril 2011

Voici donc le trois-centième Instantanés .

C’est un appel à la mobilisation contre l’entreprise en cours de la normalisation des CMPP. Nous le devons à Frédérique Bouvet. Dès le jeudi 4 mars 2004 la question des CMPP avait fait l’objet de l’Instantanés n°5.

C’est aussi un appel en faveur du maintien de la possibilité pour les équipes de chaque CMPP de déterminer son orientation de travail et les modalités de sa mise en oeuvre.

On se souvient que l’orientation psychanalytique a été présente quand, dans l’immédiat après-guerre, les CMPP ont été portés sur les fonts baptismaux. Elle y reste largement représentée aujourd’hui. Jusqu’à quand ?

Vous pourrez lire une introduction par Frédérique et un texte émanant du CMPP de Laval (Mayenne).

Jean-François Cottes


Appel à la mobilisation

Par Frédérique Bouvet

Jusqu’en 2003, les CMPP – Centres médico psycho pédagogiques – étaient représentés par trois associations qui constituaient la Fédération des associations nationales des CMPP. En 2004, l’association des CMPP territoriaux est venue rejoindre la Fédération. En 2009, ces associations ont décidé de créer une association unique, la FDCMPP (fédération des CMPP). Fin 2010, un mail provenant de la FDCMPP a été adressé dans les CMPP indiquant qu’il paraissait « important qu’une réflexion soit menée dans les CMPP au sujet de l’Annexe 32 », Annexe qui régit les CMPP. Y étaient joints, le texte de l’Annexe 32 ainsi que celui réalisé par la commission Annexe 32 de la FDCMPP. Il était aussi indiqué que chaque CMPP pouvait travailler seul ou en groupe régional s’il était constitué. Cette réflexion devait s’appuyer sur un travail en groupe régional ou interrégional.

Contactant des collègues travaillant dans d’autres CMPP, nous avons constaté que si le mail était bien parvenu, il était resté pour la plupart dans les bureaux des directeurs administratifs qui bien souvent font partie de l’Éducation nationale. Ce que propose la commission Annexe 32 est choquant : standardisation des CMPP, « Pratiques validées par la communauté scientifique » et les CMPP comme « centre de ressources » notamment pour l’Éducation nationale.

En févier 2011, la FDCMPP a rencontré Madame Montchamp, Secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la cohésion sociale pour lui demander la réécriture de l’Annexe 32. Le CMPP de Laval a donc écrit un texte à ce sujet et l’a transmis à la déléguée régionale de la FDCMPP.

Si les ARS – Agences régionales de la Santé – se demandent ce qui différencie les CMPP des CMP (Centre Médico-psychologique), pour autant les CMPP doivent-ils devenir « Centres de ressources » pour l’Éducation nationale ? Les postes détachés de l’Éducation nationale dans les CMPP sont remis en question pour des raisons budgétaires en témoigne la pétition de la FDCMPP cette semaine. Ces postes sont à défendre comme tous ceux des praticiens travaillant dans un CMPP. Pour rappel, tous les CMPP n’accueillent pas non plus du personnel de l’Éducation nationale. L’Annexe 32 est très précise sur ce point-là.

Il est urgent de se mobiliser.

Le plus simple est d’envoyer les écrits à chaque représentant régional de la FDCMPP qui sont bien connus des directeurs des CMPP.


Réflexions au sujet d’une « probable réécriture » de l’Annexe 32

Les travaux d’une commission « Annexe 32 » de la FDCMPP nous sont parvenus, et, après une lecture attentive du travail réalisé par celle-ci, nous souhaitons lui adresser quelques remarques.

Avant tout, nous nous demandons ce qui, pour la commission et la FDCMPP, rend « probable » une réécriture prochaine de l’Annexe 32. Celle-ci encadre le fonctionnement des CMPP, et le fait qu’elle n’ait pas été modifiée jusqu’alors nous paraît démontrer sa pertinence.

Nous souhaiterions également savoir qui participe à cette commission, afin de transmettre à ses membres nos préoccupations, le document qui nous est parvenu n’étant pas signé.


Quatre points cruciaux ont particulièrement retenu notre attention : ils remettent nettement en question l’efficacité de l’annexe 32 : celle-ci permet que, si tous les CMPP sont régis par l’Annexe 32, chaque CMPP ait son fonctionnement propre, sous responsabilité médicale. Le texte actuel est assez souple pour que le fonctionnement des CMPP ne soit pas fixé à un modèle standard.

– Premièrement

Les points 5 et 6, concernant la composition d’une équipe de CMPP, ne tiennent pas compte des spécificités et de la pluralité des choix institutionnels : ainsi tous les CMPP ne souhaitent pas faire appel à des psychopédagogues, par exemple. Quant à la codirection médicale, pédagogique et administrative, elle est actuellement une possibilité offerte par l’Annexe 32, mais non une obligation : les CMPP qui le souhaitent, conservent une direction médicale, qui assume également la direction administrative, sans nécessairement faire institutionnellement le choix d’une codirection, médicale d’une part, et pédagogique et administrative, d’autre part. Il y a sur ce point une diversité des pratiques qui n’est pas prise en compte dans les travaux de la commission.

– Deuxième point

vous notez, aux points 4 et 5, la diversité des orientations théoriques. Nous constatons également qu’il n’y a pas de CMPP standard, et que chaque CMPP a la responsabilité de décider de son orientation théorique. L’Annexe 32 permet cela, et garantit cette « ouverture à la diversité des champs théoriques et des pratiques » que la commission appelle de ses vœux. Pourtant, cette même commission préconise que les pratiques soient « validées par la communauté scientifique ».

Nous pensons que c’est un leurre de croire que les pratiques cliniques puissent être validées par « une communauté scientifique ». Il y a des précédents, quant à ce à quoi peut mener une telle croyance : l’INSERM a publié en février 2004, un rapport intitulé « Psychothérapies, trois approches évaluées », présenté comme un ouvrage d’expertise collective, scientifique. Or, les méthodes de validation des pratiques utilisées par « la communauté scientifique » ont été dénoncées, et le rapport, retiré.

La neutralité de l’Annexe 32 est précieuse : elle permet la diversité des orientations théoriques, en faisant appel à la responsabilité des praticiens, et non à une standardisation des pratiques par « la communauté scientifique ».

– Troisièmement

La commission note au point 7 : « Historiquement, les CMPP sont nés du pari qu’un travail articulant soins et apprentissages scolaires est possible (…) Cet intérêt est toujours d’actualité et est même réactivé avec la loi du 11 février 2005 et l’accompagnement en milieu ordinaire des élèves en situation de handicap ou à besoins spécifiques ». C’est effectivement essentiellement l’école qui adresse des enfants, des adolescents au CMPP, souvent pour des difficultés d’apprentissages scolaires, ou bien de comportement. Nous souhaitons insister, comme le fait d’ailleurs la commission en préambule, sur le libre accès au CMPP. Nous rappelons également que les consultants ont la possibilité de choisir le praticien qu’ils souhaitent rencontrer. Cela conditionne directement notre pratique : en effet, si c’est à la demande de l’école que nous recevons des enfants, des adolescents et leurs familles, ce n’est pas la demande scolaire que nous traitons, mais celle du sujet, qui témoigne à chaque fois différemment de ce qu’il rencontre comme difficulté, dans son lien social, dans son rapport aux apprentissages, dans sa famille, dans le plus singulier du rapport à lui-même.

– Quatrièmement

« (…) Le projet du CMPP articulé autour des pôles médico-psychologiques et psychopédagogiques peut prétendre à une double orientation de son travail : l’une centrée sur l’enfant sous forme de soins en cure ambulatoire telle que décrit dans les points précédents. L’autre où le CMPP doit pouvoir être considéré comme un centre de ressources en particulier pour l’éducation nationale : travail avec les équipes et ateliers relais, participation à la formation continue des personnels de l’éducation nationale, des AVS, participation à la formation initiale de professionnels en particulier en accueillant des stagiaires, aide ponctuelle aux équipes en crises, conduites de groupe d’analyse de la pratique, organisation de groupes de réflexions, de Séminaires, de journée d’études etc. Que ce soit à propos d’un travail centré sur l’enfant ou dans son rôle de centre de ressources, le CMPP travaille en réseau avec ses partenaires, en particulier l’éducation nationale (dans le cadre si possible de conventions) mais aussi avec ceux des champs du social, du médico-social, du sanitaire, de la prévention et de la protection de la jeunesse. »

Tous les CMPP ne peuvent être considérés comme un centre de ressources pour l’éducation nationale qui a déjà ses professionnels : enseignants, psychologues scolaires, rééducateurs etc. Les CMPP ne sont pas là pour pallier aux manques des autres institutions. C’est à chaque CMPP de déterminer à la fois son orientation de travail et s’il souhaite ou non passer des conventions avec l’éducation nationale. Cette dernière n’est pas non plus, le seul partenaire des CMPP. Être partenaire ne signifie pas être prestataire de services.

Il est nécessaire que chaque CMPP garde sa spécificité, sa liberté afin de pouvoir continuer à réfléchir sur les patients accueillis, sur les missions du CMPP, sa place dans la cité et le nouveau qu’il rencontre.

Pour conclure momentanément, chaque CMPP doit pouvoir déterminer les modalités d’accueil et de « prises en charges » des enfants, des adolescents.

Février 2011

Pour le CMPP de Laval (53)

Frédérique Bouvet

Sébastien Disdet

Psychologues

Psychiatrie – Non au projet de loi sécuritaire

[Image : Sans titre]

http://collectifpsychiatrie.fr

& ici-même :

http://www.cifpr.fr/+psychiatrie-familles-obliger-en+

http://www.cifpr.fr/+Le-pouvoir-soignant-dans-tous-ses+

http://www.cifpr.fr/+psychiatrie-meeting-national+

http://www.cifpr.fr/+Psychiatrie-deraison-d-Etat+

http://www.cifpr.fr/+psychiatrie-troubles-mentaux+

http://www.cifpr.fr/+Reforme-de-la-psychiatrie-ou-se+

Le 10 mai

Toutes et tous devant le Sénat

Pour obtenir le retrait du projet de loi sécuritaire

Le projet de loi sécuritaire visant la psychiatrie sera débattu au Sénat le 10 mai

Nous devons imposer son rejet !
Nous pouvons obtenir son retrait !

Depuis son annonce, l’opposition à ce projet ne cesse de s’amplifier. Grâce à votre mobilisation avec les 39 contre la nuit sécuritaire, la plupart des syndicats de personnels et de psychiatres, les syndicats de magistrats, ont exprimé leur refus de cette loi ainsi que l’ensemble des partis et groupes parlementaires d’opposition. Un certain nombre de sénateurs du Centre ou de l’UMP ont également exprimé leur réticence à soutenir ce texte.

Nous avons été reçus par la présidente de la Commission des affaires sociales qui nous a également exprimé son extrême réticence devant ce projet de loi et son accord avec quasiment toutes nos objections .

L’avis défavorable de la très officielle Commission nationale consultative des Droits de l’Homme va dans le même sens : cette loi est inutile, dangereuse, ségrégative.

Après le succès des mobilisations du 15 mars devant l’Assemblée Nationale et du 9 avril devant la statue de Pinel, une nouvelle journée d’action est prévue le 10 mai
.

Cette journée sera décisive: tous devant le sénat le 10 Mai

Son succès dépendra de votre engagement.

Le 10 mai, par votre mobilisation, vous pouvez, nous pouvons obtenir le retrait de ce projet de loi ! diffusez cet appel autour de vous.


Cela fait longtemps que nous accueillons sur notre site la campagne des 39. En soulignant que “les psychiatres” ça ne veut pas dire grand chose, il s’agit plutôt avec les 39 de psychiatres psychanalystes. Nombreux furent ceux parmi eux – à l’exception notable des psychiatres de la Cause freudienne – qui n’ont pas levé le petit doigt lorsque s’est ouverte la chasse aux charlatans visant à nous éliminer puis à profiter de la situation pour déloger la psychanalyse.


Nous nous sommes toujours portés solidaires de leur juste mouvement, mieux vaut tard que jamais. Le Carré psy ne saurait encaisser de mauvais coups en aucun de ses côtés sans que cela retentisse sur le reste de sa structure, donc aussi sur nous, psychopraticiens relationnels, puis sur ceux qui s’adressent à nous en définitive. Ensuite il est légitime de refuser l’inhumaine confusion entre autorité sécuritaire préfectorale et autorité médicale, avec dernier mot à la préfecture, cela s’appelle sécuritarisme et conduit à la mise en danger de la citoyenneté, envers les plus faibles pour commencer, comme toujours, envers ceux qui ont le plus besoin de protection et de soin, les malades mentaux.

Philippe Grauer

Hôpital, Éducation nationale : “rentabilité” non rentable !

Positivisme, religion du Chiffre, évaluation, idéologie de la gestion appliquée à la société et l’État.

“La santé est un coût non “pilotable” et non quantifiable“(voir ci infra note 1), comme l’éducation. À l’École comme à l’hôpital, lieux d’accueil, de relation et d’humanité par définition, l’idéologie scientiste, gestionnariste, la religion du Chiffre et la pratique de l’Évaluation (avec majuscules car il s’agit d’entités métaphysiques, quasi divinités qu’on nous propose d’idolâtrer), déshumanisent le tissu institutionnel humain autour de nous, remplacé à l’occasion par un corset sécuritaire comme avec la nouvelle loi sur la psychiatrie. Le tout dans l’oubli – eh oui, l’oubli est une activité à part entière – de la psychanalyse et de la psychothérapie relationnelle fondée sur la psychologie humaniste. On trouve trace de tout cela ramassé journalistiquement dans le billet de Sophie Peters. Marx n’est pas si loin, si les références qui fâchent ne sont jamais nommées – il ne faut pas non plus faire trop culturel, on est à Tribune : ni Marx donc ni Freud ni Abraham Maslow. Lissé, limité, cela se présente comme une méditation morale. Pour approfondir on lira le Raisons de la colère de Vincent de Gaulejac, auteur dont on peut trouver ici même trace d’une communication récente. Sur les ravages de l’évaluationisme on se reportera utilement à Élisabeth Roudinesco dans Le patient, le thérapeute et l’État.

Philippe Grauer


Par Sophie Peters

Les services publics sont désormais minés par cette nouvelle religion du chiffre. Or leur raison d’être est de produire des richesses et non du profit.

Après avoir mis l’hôpital sous la toise de la rentabilité, c’est bientôt l’Éducation nationale qui se verra octroyer une prime aux résultats. Les chefs d’établissement seront récompensés en fonction des performances de l’établissement et de l’application des orientations politiques. “Un système éducatif moderne est un système qui cherche à améliorer ses performances a expliqué le ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel à la radio, comme cela existe dans l’immense majorité des entreprises de notre pays.” Depuis plusieurs années, le service public opère un virage serré vers les modes d’organisation du privé sur la base d’un seul et même critère : la rentabilité et son corollaire, l’évaluation. Les dégâts humains qui ne sont apparus pour l’instant que sporadiquement, et comme sans réel hasard dans les ex-entreprises publiques passées à la moulinette du management anglo-saxon, risquent de se propager au corps social. “Ce qui fait un bon professeur, c’est l’amour du savoir et de la transmission. À considérer l’être humain comme une ressource, on l’épuise. On ne peut plus transmettre si la performance occupe le terrain. Monétiser le dévouement, c’est méconnaître l’essence de l’engagement de l’individu enseignant ou soignant. Il vaudrait mieux leur faciliter leurs conditions de travail plutôt que de leur donner une carotte”, tempête Michela Marzano, philosophe, professeur des universités à Paris Descartes et auteure du Contrat de défiance.

En route, il a été oublié le fossé psychosociologique qui sépare ces deux mondes au détriment des personnes qui y travaillent. Introduire une idéologie du profit et du business dans des organisations rigides dont le but n’a jamais été de gagner de l’argent risque à terme de dévoyer leur but. La gestion du travail et la politique du chiffre entraînent la démobilisation, le découragement et la passivité de salariés désireux de s’investir dans ce qu’ils font, d’agir en conscience et de rendre service à autrui. Le docteur Davor Komplita (1“)
, psychiatre spécialiste de la souffrance au travail, constate que la pression de ce résultat mise sur ces personnels génère ce qu’il appelle “la fraude loyale et l’obéissance déloyale”. “La plupart sont amenés à désobéir avec les procédures pour que cela marche ou à obéir jusqu’à l’absurde en appliquant les règles à l’extrême. Lorsque vous dégradez la loyauté, vous amenez les professeurs à ne plus faire de sortie de classe. C’est une sorte de corruption sans corrupteurs.”

Ce système, nous l’avons emprunté aux États-Unis où l’entreprise et le travail sont vécus comme des opportunités. En France, le monde du travail est un microcosme de la société où se jouent des rapports de force sociaux et politiques. L’idéologie managériale est un tissu de faux amis. Aux États-Unis on a des convictions, en France des missions. D’où l’importance, chez nous, cruciale, des valeurs dans le travail. Moralité : l’équation entre contribution et rétribution doit être remise en question. “Le management des entreprises a servi de brouillon à un système où bientôt toutes les activités seront calibrées comme dans des machines, c’est une invasion conceptuelle qui repose sur une aliénation culturelle du chiffre”, estime le Dr Komplita.

Les services publics sont désormais minés par cette nouvelle religion du chiffre. Or leur raison d’être est de produire des richesses et non du profit. “La marchandisation des fruits du travail détruit les valeurs implicites du travail. Car quand je travaille, je me construis et j’y laisse une part de mon existence”, relève le psychiatre. À l’inverse, s’il s’agit de créer de la richesse, on entre dans une autre dimension : celle de la beauté, du service rendu et des règles de métier de la “bien facture”. Mais le travail est une œuvre d’émancipation à condition qu’il soit reconnu par la société et les pairs. S’il est déterminé par la statistique, sa valeur est alors niée tout comme la valeur de vie, au risque d’amener les gens à faire du mauvais travail. “Aucun problème ne peut être résolu sans changer le niveau de conscience qui l’a engendré”, disait Einstein. Pour résoudre les conséquences complexes du monde que nous avons créé, il faut changer le niveau de conscience. Renoncer à la rentabilité pour embrasser la richesse.

La Tribune.fr – 15/04/2011

  • 1 La souffrance au travail, donnée humaine ou économique ? On rencontre toujours des patrons de bonne volonté, comme au XIXème siècle les chrétiens sociaux, pour humaniser l’inhumain :”La santé est un coût non “pilotable” et non quantifiable”. Immense problème. Qu’on en juge par cet article. PHG

    Le Temps.
    Psycho vendredi 8 mai 2009

    La santé psychique au travail, enjeu central pour les entreprises

    Par Marion Moussadek

    La crise mine le moral des employés. Des experts en RH et en politique de santé se sont réunis à Genève pour débattre de nouvelles approches. Le Centre suisse d’électronique et de microtechnique est cité en exemple

    Monsieur “Dumont” est cloué au lit. Une grippe l’empêche d’aller travailler. Un mauvais moment à passer pour cet ingénieur senior. Mais un rayon de soleil lui rend momentanément le sourire: il vient de recevoir des fleurs pour la première fois de sa vie. Le bouquet a été envoyé par son employeur, le Centre suisse d’électronique et de microtechnique de Neuchâtel (CSEM), auquel il est dévoué depuis des années. Le CSEM lui souhaite un prompt rétablissement et Monsieur Dumont en est encore ému.

    La politique de ressources humaines du CSEM est avant-gardiste: une partie du département est dédiée au bien-être de ses employés. La société a présenté ses actions lors d’un séminaire intitulé «Pour une approche systémique de la santé en entreprise», organisé à Genève par l’Association suisse des cadres, le 29 avril dernier.

    Le bouquet de fleurs en cas de maladie, comme la boîte de chocolats envoyée à chaque anniversaire ne sont que deux des mesures bienveillantes à l’égard des collaborateurs, destinées à soigner leur moral et à les fidéliser. Les 400 employés issus de 30 pays ont également un horaire taillé sur mesure: un temps complet peut, par exemple, être effectué en quatre jours de 8h à 20h. On compte 16% de temps partiel chez les hommes et plus de 61% chez les femmes. Les collaborateurs répartissent leur temps de travail à leur convenance depuis l’essai pilote de «job sharing» concluant de 2003. Ils peuvent aussi travailler à distance sur demande (télétravail).

    Résultat: le taux d’absentéisme a plongé à 1, 2% contre 5% auparavant et le taux de rotation après un congé maternité est de… 0%. Les efforts pionniers du CSEM ne sont pas passés inaperçus: lauréat du Prix suisse de l’éthique en 2005, il a également reçu le Prix de l’équité en 2008.

    A la tête de cette politique d’ouverture, Anne-Marie Van Rampaey, épaulée par sa direction: «Les entreprises prennent des risques chaque jour, sauf pour satisfaire leurs employés. C’est insensé, quand on y pense!» Et de prêcher par l’exemple: «Nous avons un ingénieur spécialisé qui habite à Carouge (GE) et fait les allers-retours jusqu’à Neuchâtel tous les jours depuis de nombreuses années. Nous avions peur de le perdre, car son savoir-faire est difficilement remplaçable. Nous avons mis en place un jour de télétravail sur mesure pour lui, après avoir informatiquement sécurisé son logement. Ainsi, un jour par semaine, il prend le petit déjeuner avec sa famille et sa femme est ravie.»

    Politique exemplaire

    Tous les intervenants du séminaire – experts en ressources humaines, psychiatres, formateurs en entreprise – et le public, composé essentiellement de conseillers RH, se sont accordés à dire que cette politique était exemplaire. Et d’autant plus nécessaire que le contexte actuel rend impérieux le besoin de chouchouter les collaborateurs.

    C’est notamment l’opinion de Davor Komplita, psychiatre spécialiste en santé au travail: «C’est en entreprise que les besoins en psychiatrie deviennent les plus aigus. Depuis la crise financière, les peurs et les souffrances au travail ne prennent-elles pas l’aspect d’une «psychose collective»? En deux ans, mon attitude face à l’arrêt maladie a changé. Avant, je considérais qu’arrêter un patient n’allait pas le guérir. Aujourd’hui, c’est le travail qui le rend malade. Dans ce cas, je prescris un arrêt maladie. J’estime que 30% de mes consultations à Genève sont liées à des catastrophes personnelles sur le lieu de travail, alors qu’avant, j’écoutais surtout des histoires de couple.»

    Fabien de Geuser, professeur à l’Ecole supérieure de commerce de Paris, cite un exemple issu de la crise économique et financière actuelle: «Jérôme Kerviel (ndlr: le trader à l’origine de la plus grosse perte jamais enregistrée de l’histoire de la Société Générale) n’avait quasiment pas pris de vacances depuis cinq ans, sans que son patron s’en inquiète. Sa capacité maximale de charge mentale était évidemment dépassée et ses supérieurs avaient alors failli en termes de respect de sa santé.»

    Philippe Aigroz, conseiller RH en politique de santé et entreprise, renchérit: «Les employés ont peur de perdre leur emploi. Plutôt que de prendre le risque d’un arrêt de travail, ils repoussent le rendez-vous chez le médecin. C’est la négation de leur état réel. On tire toujours plus sur la corde et, quand on craque, les conséquences sont d’autant plus graves.»

    Difficilement quantifiable

    Si la crise accentue le besoin de suivi de la santé mentale des collaborateurs, elle étouffe aussi sa mise en place. L’une des raisons de la rareté des politiques de santé? Le retour sur investissement est difficilement quantifiable: «Quand on pense santé, on pense de manière négative, en termes de coûts des primes, de l’absentéisme, des accidents. Mais on oublie les coûts indirects et cachés, comme la démotivation ou les remplacements» des collaborateurs, analyse Fabien de Geuser. Le professeur reconnaît qu’intégrer la santé dans un outil de comptabilité traditionnelle est difficile: «La santé est un coût non «pilotable» et non quantifiable. Pourtant, c’est un enjeu moral de taille: le risque d’accident de travail dans les bureaux n’est plus physique mais psychique.

    Pour le Dr Komplita, c’est une évidence: «Dans la mesure où le lieu de travail est devenu la quintessence de la société actuelle, les rapports humains y sont extrêmement complexes et potentiellement sources de graves conflits.» La question était sur toutes les lèvres: comment convaincre le top management de la nécessité d’une politique de santé , surtout en cette période de crise où la direction a d’autres chats à fouetter?

    Convaincre la direction

    Quelques pistes ont été données pour que de tels projets passent la rampe. Plusieurs experts proposent de scinder le département des ressources humaines en deux entités, l’une chargée des tâches traditionnelles administratives (gestion des salaires, etc.), l’autre spécialisée dans le suivi moral des employés, dès lors que la taille de l’entreprise est telle que «plus personne ne connaît tout le monde». C’est ce que le Dr Komplita appelle «le management des relations humaines» et que Fabien de Geuser nomme «le management du capital humain». Philippe Aigroz préconise, lui, un audit de santé pas seulement physique, mais psychique «pour identifier comment se sent le collaborateur au sein de l’entreprise».

    Anne-Marie Van Rampaey applique, elle, une charte éthique instaurée par le directeur général, où «les règles du jeu sont définies, et où le respect mutuel tient une grande place». A noter notamment la mise en place de congés spéciaux: le collaborateur bénéficie d’un congé payé de trois jours sans devoir le justifier. Cela peut intervenir pour aider un parent malade, ou même lors de la mort d’un animal domestique. D’ailleurs, «seules 788 heures ont été ainsi perdues l’année dernière, soit moins de deux heures par employé, c’est négligeable», estime la DRH. Le contrat repose donc sur la confiance réciproque. Une valeur d’autant plus nécessaire en ces temps où l’employé est anxieux et déstabilisé.

    La fondation Promotion Santé Suisse a décerné mardi à Berne un label de qualité baptisé «Friendly Work Space» à neuf entreprises. Elles se voient distinguées pour leurs investissements en faveur de la santé de leurs collaborateurs. Parmi les lauréates figurent quatre sociétés appartenant à La Poste. Migros se distingue avec trois sociétés. L’Institut de médecine du travail de Baden et la caisse maladie Swica ont également reçu la distinction. En tout, 51 028 collaborateurs sont concernés. (ATS)