psychiatrie : meeting national poétique & politique

Collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire

Samedi 9 avril de 14:00 à 18:00

UN POUR TOUS TOUS CONTRAINTS

Devant la statue de Pinel

47 Bld de l’hôpital 75013 Paris


police de la folie

Nous avons déjà dit ce que nous pensions des psychiatres tard venus(1“) au combat contre les contempteurs de la psychanalyse et de la psychothérapie relationnelle, ce qui aboutit à contraindre les “charlatans” à changer de nom de baptème, passant de psychothérapeutes à psychopraticiens relationnels.

Cela dit ils ont en l’occurence parfaitement raison et nous nous associons à leur cause car le Carré psy reste solidaire. Ce qui attaque la folie et ce qui reste de psychiatrie humaniste, quoi qu’il en soit de son état de délabrement idéologique et de son renfermement dans la neurologie, s’en prend au Carré psy comme structure complexe, s’en prend en définitive à l’ensemble des citoyens patients et des professionnels du psychisme. Une loi qui confond folie et dangerosité en privilégiant déraisonnablement ce dernier aspect nous atteint par ricochet, nous, praticiens en psychothérapie relationnelle.

Dans un pays raisonnable on ne flique pas les fous, ni les assigne à de nouvelles formes d’asile à domicile, on s’occupe essentiellement de leur apporter les soins les plus humains possibles. Le dispositif sécuritariste en train de se mettre en place, substituant une police de la folie à la pratique du soin psychiatrique qui plus que jamais nécessite un travail à visage humain, est politiquement et cliniquement malsain.

Philippe Grauer


folie : meeting national poétique & politique

SAMEDI 9 Avril de 14:00 à 18:00

Devant la statue Pinel (en face de l’hôpital la Salpêtrière)

Tous au rassemblement meeting des 39 !

pour le retrait du projet de loi


Votre présence à tous est très importante à un moment où notre combat, en franchissant la barrière médiatique, commence à ébranler les plus indécis voire les plus convaincus.

De part et d’autre nous proviennent des informations faisant état de la gêne, de l’embarras voire du désarroi qui touchent ceux qui ont osé promulguer une telle infamie ou qui se trouvent en position de décider ou de voter

L’assemblée nationale a voté. Le projet est maintenant entre les mains des sénateurs. Ceux-ci ne se cachent pas : ils peuvent dire que cette loi n’est pas bonne, qu’elle est inutile, qu’elle ne peut pas se faire contre les soignants, contre les patients ou contre les familles dont beaucoup se rendent compte maintenant de son côté mystificateur.

Les sénateurs vont tenter d’amender cette loi.

Nous ne nous en contenterons pas ! c’est le projet de lois dans son ensemble qu’il faut retirer.

Il est possible d’ y arriver.

Samedi, soyons le plus nombreux possible

– pour montrer notre détermination

– pour prendre la parole

– pour écouter les nombreux représentants des syndicats de soignants, d’associations, de partis politiques, de députés, de sénateurs, des familles, des soignés.

– pour apprécier les poètes, acteurs de théâtre, musiciens, danseurs qui viendront au nom du monde de la culture dire combien la folie est inhérente à la condition humaine.

Tous à ce meeting politico poétique !

Les 39


police sanitaire

1793 – Jean-Baptiste Pussin, un ancien patient nommé surveillant et sa femme Marguerite ont amené Philippe Pinel, médecin-chef de Bicêtre, à retirer les entraves et les chaînes aux aliénés.

2011 – l’Assemblée Nationale vote une surveillance et un contrôle à domicile des personnes malades sous camisole chimique. Avec ce parti-pris de la répression, les bracelets électroniques suivront. Deux siècles après, les chaînes sont de retour.

Le projet de loi instaurant des « soins » sans consentement y compris en ambulatoire a été adopté à l’Assemblée Nationale et doit être examiné au Sénat. Nous devons amener les Sénateurs dans un sursaut républicain à bloquer cette loi.

Le collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire appelle à une large mobilisation pour faire barrage à cette loi honteuse qui transforme les soignants en police sanitaire et qui enlève leur humanité aux personnes malades.

une hospitalité pour la folie

La Folie n’appartient pas à la psychiatrie, l’Art parle d’elle, s’adresse à elle. C’est naturellement que de nombreux collectifs d’artistes, de peintres, de comédiens, de musiciens se joignent au collectif des 39 pour défendre l’humanité des personnes malades. Le combat pour une hospitalité pour la folie doit se mener aussi sur le terrain culturel et artistique. La folie est indissociable de l’humain, elle est fait de culture.

Tout au long de ce Meeting Politique et Poétique les prises de paroles et les performances artistiques se succéderont.

Des patients, des familles, soignants, syndicats, politiques, philosophes, magistrats, membres du collectif des 39 et d’autres collectifs ou associations.

Des musiciens : Ens’batucada et fanfare Aïouentounos du Collectif La Blanchisserie

Des comédiens : Atelier Théâtre de la clinique de la Borde, Githec

Des plasticiens : Stéphane Gatti pour la parole errante, le collectif Pouch’d

Et d’autres encore…

Tous sont engagés dans le mouvement d’une hospitalité pour la folie.

Contre cette déraison d’État, le Collectif des 39 a déjà recueilli 25 000 signatures


Rendez-vous autour de la statue de Pinel le

SAMEDI 9 AVRIL DE 14:00 à 18:00

Devant l’hôpital de la Pitié-Salpétrière

47 Bld de l’hôpital 75013 Paris

  • 1 Exception faite des psychiatres freudiens, en relation avec l’École de la Cause freudienne, durant la période de la Coordination psy, jusqu’en 2010.

Psychiatrie : une loi absurde & inapplicable

“La loi sur la psychiatrie est absurde, incohérente et inapplicable !”

LEMONDE.FR | 28.03.11 | 09h48 • Mis à jour le 28.03.11 | 10h19

Les États généraux de la psychiatrie datent de l’année du 3ème amendement Accoyer. Nos psychiatres n’ont pas trop protesté, sauf les freudiens de la Cause freudienne(1“), contre l’attaque en règle contre les psychothérapeutes, visant par ricochet les psychanalystes, dénonçant les pseudo charlatans populistiquement amalgamés aux professionnels reconnus par leurs organisations responsables, au bénéfice de l’opération devant aboutir à remettre les clés du Carré psy aux … psychiatres. Ignorant volontairement alors que la psychiatrie elle-même était en train de sombrer dans la neurologie.

Et voici comment de division corporatiste en manipulation corporatiste on en est arrivé là. Maintenant on proteste, maintenant qu’on s’est laissé affaiblir. Tout cela est bien dommage, il faudra reconstruire tout ce qui est en train d’être détruit. Un bémol : le texte voté est inapplicable. Consolation sans grande valeur républicaine.

En attendant nous joignons notre protestation aux analyses légitimes d’une loi indigne. Que le Président de la République soit soupe au lait est politiquement fâcheux et ne contribue pas à sa crédibilité. Qu’une Assemblée toute entière suive la ligne de pente émotionnelle sans davantage réfléchir après ample consultation des professionnels concernés inquiète davantage. Le sécuritarisme poursuivrait une marche forcée vers on ne sait quels précipices que cela ne serait pas différent. Cela ne devrait pas en tout cas être indifférent à l’opinion. Les deux psychiatres et la psychologue qui tirent ici la sonnette d’alarme ont mille fois raison de le faire. Il faut bloquer cette loi sinon il faudra l’abroger au plus vite.

Les intertitres sont de la Rédaction.

Philippe Grauer


transformation démente

Les députés ont adopté en première lecture dans la nuit du 16 mars, le projet de loi “relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge“. Le vote solennel du projet a eu lieu mardi 22 mars, avant d’être envoyé au Sénat pour examen. Mais, il n’y aura pas de seconde lecture.

Le gouvernement ayant choisi la procédure accélérée, le texte, même éventuellement modifié par les sénateurs, pourra être adopté selon la première lecture de l’Assemblée nationale ! Pourtant ce projet de loi provoque un basculement radical de la pratique psychiatrie, une transformation démente et inquiétante de la psychiatrie !

Les équipes soignantes vont être transformées par cette loi en une “police sanitaire psychiatrique” dont le rôle va être réduit à “surveiller, contrôler, injecter” !

émotion & précipitation > manipulation

Cette loi a été voulue par le président de la République réagissant dans l’émotion et la précipitation au meurtre d’un étudiant par un malade. Cette loi devrait concerner les personnes actuellement sous contrainte, c’est à dire 70 000 personnes sur les 300 000 hospitalisées. Mais elle est organisée à partir des situations en hospitalisation d’office, c’est à dire 10 000 personnes ! Elle a pour socle, le présupposé totalement erroné sur le plan scientifique, énoncé par le président en décembre 2008 : “Tous les malades mentaux sont potentiellement dangereux, potentiellement criminels !”

Ainsi l’ensemble des personnes soignées en psychiatrie, celles qui choisissent librement de se soigner, c’est à dire 80 % des malades hospitalisés, mais aussi les trois millions de personnes ayant consulté et traités pour un trouble psychique vont se retrouver confrontés “par contamination” aux mêmes a priori, aux mêmes préjugés, aux mêmes risques, et tomber potentiellement dans les “soins sans consentement“.

populisme

Ce message terrible, ravageant, faisant appel aux peurs ancestrales de la folie, désigne à la vindicte populaire ces personnes, amplifie la peur de l’autre, renforce la stigmatisation. La loi vient l’instituer de façon insupportable, indigne !

Les 23 000 signataires de l’Appel lancé par le Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire : “Réforme de la psychiatrie : une déraison d’État“, la totalité des syndicats de psychiatres – fait inédit – le syndicat national des psychologues, les syndicats de personnels soignants, des associations de psychanalystes, des associations de patients, des associations de familles, le Syndicat de la magistrature, plusieurs centaines de manifestants mardi 15 mars devant l’assemblée, rien n’y a fait !

La psychiatrie est pourtant dans un état catastrophique depuis plus de dix ans. Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté vient de rendre public un rapport accablant sur la situation dans les hôpitaux psychiatriques. Sa conclusion, la psychiatrie est un monde caché, “et dans ce monde-là, ce n’est pas tant la loi, quelle qu’elle soit qui est en cause, mais la réalité des pratiques” !

DÉRIVES

Depuis deux ans qu’il s’est constitué, le Collectif des 39 dénonce la dérive des pratiques, des situations de maltraitance des malades, la banalisation des contentions, l’abandon des familles à leur désarroi. Les États généraux de la psychiatrie en juin 2003 avaient déjà réclamé vingt-deux mesures d’urgence pour tenter de lutter contre le péril menaçant l’ensemble de la psychiatrie !

indifférence au sort des malades

Cette situation n’est en rien dû à la mauvaise volonté des soignants, à une indifférence au sort des malades et des familles. Elle est le résultat de plusieurs éléments : conception de la maladie mentale qui s’est imposée avec le scientisme dominant des dernières années, formation indigente des psychiatres réduite aux seuls traitements médicamenteux, absence quasi-totale d’une formation digne de ce nom pour les infirmiers, laminage des esprits par l’idéologie de l’hôpital-entreprise, de la gestion bureaucratique parachevée par la récente loi Hôpital, patients, santé, territoires, à la pénurie organisée, enfin absence de budget spécifique pour la psychiatrie.

Aux arguments étayés de toute la profession, tous statuts confondus, dénonçant une loi sécuritaire mais revendiquant l’urgence d’une loi sanitaire, aux appels au secours d’associations de patients, aux rejets par de nombreuses associations régionales des de familles de malades, le rapporteur du projet de loi n’a opposé qu’arrogance, falsification, mystification, ignorance. Falsification, lorsqu’il déclare que la loi va permettre de sauver les quatre mille personnes qui se suicident chaque année ! Mystification, quand il proclame que les 30 000 à 60 000 personnes sans domicile fixe qui souffrent de troubles mentaux, abandonnées par leur famille,vont pouvoir être prises en charge ! Ignorance de la pratique psychiatrique, quand il déclare que les patients qui dénient leur pathologie vont être enfin traitées grâce à ce dispositif !

De plus, avec ce projet de loi, force reste au préfet. La disqualification des professionnels est totale, la suspicion à leur égard comme à l’égard des magistrats est entérinée par le texte.

exact inverse

Pire, dans leur aveuglement politique, dans leur méconnaissance de la clinique psychiatrique la plus élémentaire, les députés de la majorité n’ont pas pris la mesure du plus grave : cette loi, si elle est adoptée, va aboutir à l’exacte inverse de ce à quoi elle prétend répondre : la sécurité et la prévention des passages à l’acte dangereux.

En effet, les personnes les plus perturbées, les plus en souffrance, sont aux prises avec une méfiance extrême, voire des sentiments de persécution, des sentiments d’être surveillés, épiés. Ces personnes lorsqu’elles sauront qu’elles seront dénoncées par leur psychiatre, leurs soignants au directeur de l’hôpital et au préfet, en cas de refus ou d’opposition aux soins et risquant un retour forcée à l’hôpital, vont tout faire pour échapper, pour se sauver. Et c’est dans un tel contexte, que des individus ayant le sentiment d’être cernés, pourchassés, forcés, risquent de basculer dans des passages à l’acte les plus graves…

monstruosité

La psychiatrie, dans une perspective thérapeutique, ne peut travailler qu’en favorisant la confiance, l’instauration d’une relation rassurante, le tissage d’un lien avec une personne malade. C’est dans ce cadre, et uniquement dans ce cadre, que nous pouvons imposer une contrainte parfois nécessaire, que la psychiatrie peut prétendre être thérapeutique.

Mesdames, messieurs les parlementaires, prenez conscience de l’immense responsabilité que vous prenez, de l’absurdité de ce dispositif législatif, de cette monstruosité qui est en train de se créer !

Paul Machto, psychiatre des hôpitaux, Marie Cathelineau, psychologue, Hervé Bokobza, psychiatre, pour le Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire

  • 1 De l’époque, maintenant ils se sont retirés du commun combat de la Coordination psy.

Un pour tous, tous contraints !

Ecoutez le morceau Nuit Sécuritaire


La loi passe, que le Sénat puisse encore la modifier, la procédure accélérée – une procédure bien commode aux mauvais coups, limitant singulièrement les perspectives. Les psychiatres en relation avec la psychanalyse mesurent leur faiblesse dans un univers où le monde psy a changé de bases idéologiques et politiques, et où la psychiatrie s’engloutit dans la neurologie. Si l’on veut faire front, il faut le faire ensemble, et non se réjouir lâchement du projet d’élimination des ex psychothérapeutes, au nom de la pureté d’une psychanalyse elle-même en perte de vitesse.

Cela devra servir de leçon à tous. Un pour tous tous pour un et non tous contre un comme ce fut le cas quand l’un en question c’était nous. Nous avons changé de nom, on ne change pas de nom de baptème aussi facilement que cela, notre défaite relative c’est aussi celle de nos amis psychiatres psychanalystes aveuglés par le corporatisme.

Ex psychothérapeutes nous voici psychopraticiens relationnels, nous survivrons, et ferons même beaucoup mieux que cela. Préservons ce qui reste de sain an sein du Carré psy. Dont l’unité d’action et de combat pour l’humanisme contre un univers d’hommes machines d’un autre âge qui revient très fort, pour la défense d’une citoyenneté intelligente, qui ne place pas la folie là où certains se plaisent à situer les Roms.

Philippe Grauer


Il a suffi d’une journée de débat pour statuer sur le sort réservé à la folie. Il n’est plus question d’accueil pour les patients en souffrance psychique. Quelle place dans notre société leur donne cette Loi ?

Les députés de la majorité ont validé la vieille représentation populaire, l’image du fou errant et dangereux. Ils ont oublié la souffrance et privilégié la dangerosité. Ils viennent par leur vote de semer les graines de milliers de futurs malades en errance.

Cette Loi prétend répondre à la demande des familles, mais elle se focalise sur la peur du fou. Elle fait d’événements dramatiques, l’ordinaire de la folie.

Les maladies psychiques sont très souvent longues, les crises sont comme dans toute vie, des moments ponctuels. L’état de crise, de délire grave, voire dangereux est loin, très loin d’être un état permanent.

rendre impossible toute thérapeutique

La Loi se focalise sur la crise, un pic dans l’intensité des symptômes dans le déroulement de la vie d’un sujet.
Elle prend des dispositions qui vont transformer, ou plutôt rendre impossible toute thérapeutique.

Or, la crise doit être désamorcée en amont. La thérapeutique est justement là pour travailler à en diminuer (le nombre,) la fréquence, l’intensité. Ce sont avant tout des états de souffrances psychiques, d’angoisse extrême pour la personne qui les vit. L’administration d’un médicament a des vertus- et aussi des effets secondaires importants. Il n’a pas de pouvoirs magiques.

Cette Loi ne s’occupe pas du soin. En réalité, elle instaure une psychiatrie de la seringue, une psychiatrie de la surveillance, qui répondra à l’urgence, mais pas au quotidien d’une vie dans la cité pour une personne malade.

le soin nécessite une présence

La psychiatrie est une spécialité médicale spécifique par la place donnée à la qualité de la relation avec le patient, et son entourage dans la réussite du soin. Le soin nécessite une présence, une disponibilité auprès des familles et des patients, au quotidien et dans un climat de confiance. La disponibilité doit être continue et humaine. Cela implique des moyens sanitaires, sociaux, médico-sociaux.

Seul un tel réseau cohérent permet d’accueillir les patients et leurs familles.

Si des patients sont seuls dans la rue, si des familles n’ont personne pour les aider, c’est que ce réseau de soin n’a pas de moyens suffisants ( en personnel, en formation, en temps).

inutile

Pour le fortifier, il n’est pas besoin d’un nouveau cadre juridique, cette Loi est donc inutile. Pire, elle est contreproductive car elle ne s’appuie en rien sur la réalité clinique du soin en psychiatrie. La technologie et l’informatisation ne peuvent remédier aux carences de moyens. À un problème grave, la solution apportée est totalement erronée.

L’urgence avec laquelle ce projet de Loi est validé -sans deuxième lecture à l’Assemblée Nationale- révèle l’importance idéologique, démagogique que le gouvernement lui donne. L’hospitalité pour la Folie est véritablement le cadet de ses soucis. La contrainte est instaurée comme principe de soin. Les soignants sont mis dans l’obligation d’exercer une surveillance et un contrôle sur les patients.

On échange la possibilité d’une relation soignante contre l’assurance d’une méfiance réciproque.

Ne sommes-nous pas légitimés à craindre que les patients se cachent des soignants, qu’ils dissimulent leur angoisse le plus longtemps possible ?

une conception humaniste de la folie

Ne sommes-nous pas légitimes de dénoncer la fonte des moyens d’accueil ambulatoire ?

Tout le monde sait que pour s’approcher de l’intimité de quelqu’un, il faut gagner sa confiance. Cela demande du temps, de la continuité, de la disponibilité, mais surtout une formation spécifique (qui soit adéquate avec) sous-tendue par une conception humaniste de la folie.

La stigmatisation et la peur ne répondent à aucune de ces obligations

Après des années d’abandon, la psychiatrie est dans un état catastrophique. Toutes les catégories de professionnels luttent pour donner un accueil humain, des soins. Les nombreuses réformes successives ont déjà beaucoup réduit leurs marges de manoeuvres. De nombreux lieux ont repris les couleurs sombres du grand renfermement. L’usage des contentions se banalise. La contrainte devient par la Loi un mode de traitement de l’humain, au mépris de toute connaissance clinique. Le soin psychique mérite mieux.

Il y a plus de 200 ans Jean-Baptiste Pussin a libéré les fous de leurs chaînes. Philippe Pinel a accompagné son geste et a ouvert une nouvelle voie pour la psychiatrie. Qu’en est-il aujourd’hui ?

continuons la mobilisation

La journée de mobilisation du 15 mars lancée par le collectif des 39 a donné lieu à un rassemblement inédit des syndicats et associations de citoyens, de patients et de familles. Nous continuons la mobilisation. Une nouvelle réunion à notre initiative s’est déroulée ce vendredi 25 mars, avec l’ensemble des organisations syndicales et associatives opposées à cette Loi. Cette réunion a confirmé l’organisation du rassemblement du 09 avril devant la statue de Pinel. Nous vous communiquerons dans les prochains jours le programme de cet événement.

Le collectif des 39 soutien l’appel à la manifestation du 2 avril lancé par le mouvement de défense de l’hôpital public.

Le rôle politique de la psychanalyse : de l’individu à la société

Conférence Women Work & l’Olivaint : Élisabeth Roudinesco

Mercredi 30 mars, 19:00 – 21:30

Lieu Amphi Erignac

13 rue de l’Université, Paris, France


L’association Women Work en partenariat avec la Conférence Olivaint ont le plaisir de vous présenter Élisabeth Roudinesco, universitaire et auteur de nombreux ouvrages tels que

– Histoire de la psychanalyse en France, 2.Vol, Jacques Lacan, pochothèque, 2009.-

– La part obscure de nous-mêmes. Une histoire des pervers, Albin Michel, 2007.-

– Retour sur la question juive, Albin Michel, 2009.-

– Théroigne de Méricourt, Albin Michel, 2010.-

Ce moment de rencontre prendra la forme d’un débat avec la salle sur le thème :

Le rôle politique de la psychanalyse : de l’individu à la société

Nous pourrons ainsi naviguer à travers des problématique diverses au gré de vos inspirations :

– Les femmes psychanalystes

– La transformation de la famille

– Identité sexuelle et droit

– Gestation pour autrui

– Sexualité féminine

– Transsexualisme

– et bien plus encore ! C’est vous qui décidez.

Pour faire la différence et aborder les thèmes sur lesquels vous vous posez toujours des questions sans jamais avoir une réponse, rendez-vous le 30 mars en Erignac pour cet évènement WW et Olivaint.

Le débat sera suivi par une séance de dédicaces et un cocktail.

psychiatrie et police : l’IPPP

Contestée, l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris assure remplir une mission médicale

REPORTAGE

C’est un couloir, méticuleusement propre, couleur hôpital. A droite, l’administration, à gauche, dix chambres spartiates, meublées d’un seul un lit au carré. L’infirmerie psychiatrique de la Préfecture de police de Paris (IPPP) a ouvert ses portes, lundi 21 mars, toutes affaires cessantes, après un avis définitif du contrôleur général des lieux de privation de libertés, Jean-Marie Delarue, qui recommande sa fermeture.

Le docteur Eric Mairesse ne comprend pas. Il a été nommé médecin chef de l’IPPP le 14 juillet 2009, le lendemain débarquaient quatre contrôleurs. Leur avis, après le long cheminement administratif d’usage, a été publié dimanche au Journal officiel. ” Le rapport est en deux parties, constate le psychiatre, passablement crispé. Sur la visite, il n’y a rien de spécial, deux trois choses à revoir. Le reste est un réquisitoire, pour qui c’est la structure même qui pose problème. “

C’est un bon résumé. L’infirmerie psychiatrique, fondée en 1872, est un lieu unique en France que la Préfecture tient soigneusement à l’écart des regards extérieurs, et les journalistes qui ont pu y mettre les pieds se comptent sur les doigts d’une main. Toute personne qui provoque un trouble à l’ordre public, menace sa sécurité ou celle d’autrui à Paris intra-muros ou autour des aéroports est envoyée par les commissariats à l’IPPP en observation. Le ” présumé malade “, déshabillé, lavé et en pyjama, est placé en observation pour une durée curieusement comparable à une garde à vue, vingt-quatre heures renouvelables. Il est ensuite hospitalisé d’office par le préfet dans un hôpital psychiatrique, à la demande d’un tiers, par sa famille ou simplement remis dehors – ou à la police s’il a commis un délit.

Même processus à Paris dans les services psychiatriques d’urgence ; en région, c’est en revanche le maire et non le préfet qui signe les hospitalisations d’office. A Paris, l’IPPP, sous la seule tutelle de la -Préfecture de police, abat le gros du travail, et délivre les neuf dixièmes des certificats d’hospitalisation d’office, systématiquement suivies par le préfet de police.

En 2010, 1 879 personnes y ont été conduites (contre 2 061 l’année précédente). Et 41, 6 % d’entre elles ont été hospitalisées d’office, 9,7 % à la demande d’un tiers – les familles sont systématiquement recherchées et prévenues, 10,23 % sont hospitalisées avec leur accord. 12,2 % sont ressorties librement, mais 23,1 % ont été reprises en charge par les services de police. C’est dire que, à l’IPPP, on a une chance sur dix d’en ressortir, 2 sur 10 de retourner au commissariat, 8 sur 10 d’être hospitalisé.

Le docteur Mairesse estime que le système fonctionne bien. ” Nous accueillons en moyenne cinq personnes par jour, c’est une structure riche, nous avons le temps, les moyens, j’en profite pour faire le travail le plus pertinent possible. ” Il en veut pour preuve que le taux d’hospitalisations d’office est de 40 % à Paris, contre 60 en région.

” Je n’ai pas deux blouses ” M. Delarue ne dit pas le contraire, et salue ” la conscience professionnelle ” des personnels. Ils sont d’ailleurs nombreux : 30 médecins à temps partiel, 3 infirmiers et 3 surveillants en permanence jour et nuit, un luxe inouï en psychiatrie. Mais ” l’infirmerie psychiatrique ne dispose d’aucune autonomie, constate le contrôleur, elle est un service d’une des directions de la Préfecture (…) A supposer que les médecins qui y exercent ne soient pas sous l’autorité hiérarchique de la Préfecture de la police de Paris, ils sont rémunérés par elle, les conditions matérielles de leurs fonctions et la gestion de leur carrière en dépendent. L’établissement n’a donc rien à voir avec un centre hospitalier. “

L’IPPP ” entretient le doute sur la distance entre considérations d’ordre public et considérations médicales, soutient M. Delarue. Pourquoi l’appréciation compétente d’une situation pathologique a-t-elle des liens avec une institution de police ? ” Il recommande au gouvernement ” le transfert des moyens ” de l’IPPP aux hôpitaux.

” Notre responsabilité médicale est pleine et entière, répond le docteur Mairesse. Aucun d’entre nous n’a besoin de la Préfecture de police pour faire carrière. Nous travaillons tous par ailleurs avec la même déontologie. Je n’ai pas deux blouses. ” Mais il a deux adresses Internet, dont une au ministère de l’intérieur.

Franck Johannès


Un documentaire poignant sur le quotidien des prisons

Pour la première fois, une équipe de télévision a pu accompagner le contrôleur général des lieux de privation de liberté. A l’ombre de la République, de la réalisatrice Stéphane Mercurio, est un documentaire diffusé mercredi 23 mars à 20 h 50 sur Canal+. On y suit en silence les contrôleurs, qui mesurent la taille des cellules, épluchent les registres et parlent paisiblement aux détenus, toujours surpris d’être traités en adultes. L’équipe est passée à la maison d’arrêt des femmes de Versailles, juste après la découverte des privautés du directeur avec deux détenues. Puis à l’hôpital psychiatrique de la Navarre, à Evreux, où les patients regrettent la prison. On erre dans le glacial centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse, pour finir à Saint-Martin-de-Ré, où les détenus racontent sans fard la réclusion à perpétuité. Un reportage, rare, sobre et douloureux.

Psychiatrie : un État qui préfère punir que guérir

Bon Dieu, comme c’est bien écrit et bien senti ! puissante indignation. Une telle prose contre la campagne Accoyer-Vasseur (un fameux psychiatre !) en 2004 contre nous traînés dans la boue, traités de commis charcutiers reconvertis en trois semaines dans la casse des honnêtes ménages à coups de faux souvenirs induits, une telle vigueur de la part des psychologues complices avant de se retrouver dupes, et des psychanalystes (souvent aussi psychiatres)(1“) négociant leur passe-droit contre nihil obstat au problématique projet de liquidation de notre psychothérapie relationnelle, et les difficultés actuelles de la psychiatrie seraient – qui sait ? – moindres. Ils ont été tous divisés pour règner, et voici le règne arrive, mais pas le leur.

Il a fabuleusement raison Daniel Zagury, et nous le soutenons de toute notre faiblesse, celle qui fait notre force. Lisez ce texte superbe, soutenez-en la teneur et n’oubliez rien du fait que les psychiatres sont aussi en position de régenter et soumettre les psychologues et le nouveau titre de psychothérapeute. N’oubliez pas qu’ils sont nombreux ceux qui préfèrent mépriser plutôt qu’estimer leurs tout aussi éthiques et compétents qu’eux collègues, dans le champ de leur épistémè et légitimité. & cependant, c’est vraiment nécessaire, soutenez leur juste combat contre un État-gendarme cruel envers les plus faibles, à la recherche de lampistes-émissaires à dénoncer pour couvrir son irresponsabilité à lui.

Notre commun Carré psy est solidaire, et l’actuel attentat contre la folie nous concerne tous, par répercussion. Il ne faut pas que cette loi passe.

Philippe Grauer


La loi sur la psychiatrie est l’indice d’un État qui préfère punir que guérir

Une logique répressive en quête de responsables, voici la nature du projet

sanitaire pour les entrées et sécuritaire pour les sorties

Le projet de loi relatif aux ” droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques ” provoque à juste titre la colère et l’indignation des associations professionnelles. On dénonce la création d’un casier judiciaire psychiatrique ou d’une garde à vue psychiatrique. On pointe la dimension exclusivement sécuritaire du projet de loi, dont le vocabulaire et la logique relèvent plus du ministère de l’intérieur que de celui de la santé. Ce n’est pas tout à fait vrai. C’est pire : il est sanitaire pour les entrées et sécuritaire pour les sorties, ce qui rendra un peu plus infernale la situation sur le terrain, en engorgeant les unités d’hospitalisation temps plein et en entravant la réalisation des soins urgents, notamment pour les malades susceptibles de commettre un acte violent.

État-gendarme

On critique l’absence de moyens qui rend ce projet irréalisable et la mauvaise foi de ceux qui feignent de l’ignorer. Tout cela est exact mais ces objections sont singulièrement naïves : comme si le projet du législateur était d’adopter une loi effective ! Il y a belle lurette que les lois ne sont plus faites pour être appliquées ou pour améliorer la situation de ceux qui auront à en subir les effets, mais pour afficher la force de l’état-gendarme.

En un mot, pour comprendre le contexte de ce projet de loi, il faut surmonter l’indignation, prendre la mesure d’un certain nombre de bouleversements et de changements de paradigme. On se donne alors une chance de saisir ce qu’il peut y avoir de commun entre des phénomènes apparemment aussi divers que la souffrance au travail, avec son lot de suicides, la plainte diffuse de corps professionnels comme les policiers, les enseignants, les chercheurs, les magistrats, les médecins hospitaliers… ou la recherche systématique de boucs émissaires.

cruauté

Il est d’usage d’opposer l’État-providence à l’État-gendarme et de reléguer le premier à un passé révolu. Mais l’on n’a pas suffisamment pris la mesure des effets psychiques qui ont accompagné la façon dont s’est opérée cette mutation dans notre pays : c’est une chose de ne plus se sentir protégé par une instance bienveillante ; c’en est une autre de vivre dans toute leur cruauté les attaques de ce qui exerçait autrefois une fonction tutélaire. C’est ce retournement malveillant qui est au cœur d’un grand nombre de souffrances diffuses : le sujet ne se sent plus seulement ” lâché “, mais se sent attaqué violemment par l’État, qui se défausse sur lui. Pourquoi ?

C’est que les politiques doivent résoudre une équation singulièrement complexe : concilier le maintien, voire l’accroissement des attentes, la pression des lobbies associatifs et la diminution des moyens, sans déclencher la colère populaire avec ses conséquences électorales.

solutions perverses

Force est de constater qu’il y a également des solutions perverses. Elles ne sont pas réductibles au mensonge. Elles reposent sur les mêmes mécanismes que ceux que l’on décrit dans la clinique des perversions et de la perversité : le déni ; le clivage ; la projection (on chasse le lampiste et on choisit le bouc émissaire, généralement parmi les plus vulnérables) ; le défi (on fustige tout argument critique) ; l’inversion des valeurs (les plus démunis deviennent les plus dangereux) ; la fuite en avant (tel un vulgaire escroc empêtré dans la course folle de sa cavalerie, l’État vole de loi inappliquée en loi inapplicable)…

honnêtes serviteurs désignés comme fauteurs de trouble

En bout de course, ce sont les acteurs de terrain qui se voient désignés comme étant à l’origine du mal et qui en portent le poids. Qui dira la douleur de ceux qui ont choisi de donner un sens collectif à leur engagement et qui se voient, au coup par coup, au petit malheur la malchance, désignés à la foule comme fauteurs de troubles à l’ordre public ; de ceux qui se débattent pour sauver ce qui peut l’être ? Policiers, magistrats, fonctionnaires de justice, enseignants, chercheurs, médecins hospitaliers… ils se reconnaîtront.

bureaucratie managériale

Mais là encore, pour bien saisir ces changements, il faut prendre la mesure de deux bouleversements de nos représentations. C’est sur eux que s’appuie la solution politique perverse : aujourd’hui, la question n’est plus ” Que faire ? ” mais ” a qui imputer ? “. Il ne s’agit plus tant de construire ensemble que de savoir qui est responsable des dysfonctionnements.

La bureaucratie managériale en est l’agent. Elle s’infiltre partout et nous commande ce qui doit être et comment faire plus avec moins. On réglemente. On établit des procédures. On impute. On communique. Mais il n’est pas certain que l’on construise ensemble l’avenir du pays.

nouvelle figure de la peur

Le second bouleversement est la désuétude de l’éthique de la responsabilité, qu’il ne faut surtout pas confondre avec la recherche permanente d’un responsable. Cette dernière relève d’une logique d’adjudant en quête de bidasse chargé de corvée. Comme Michel Foucault l’avait clairement pressenti, on a glissé du paradigme du sujet responsable (ou irresponsable s’il est malade) à celui de l’individu dangereux porteur de risques. Malade ou non, il est la nouvelle figure de la peur.

Le vrai responsable, celui à qui il convient d’imputer l’origine du crime, ce n’est donc plus celui qui l’a commis, mais le juge qui l’a libéré, le psychiatre qui a décidé de sa sortie de l’hôpital, ou l’agent de probation qui ne l’a pas suffisamment surveillé… Il suffit de réfléchir quelques secondes pour mesurer combien ce nouveau regard qui déresponsabilise l’auteur pour surresponsabiliser celui qui l’encadre est lourd de conséquences, puisque l’homme criminel n’est plus sujet de ses actes, transférant sur les acteurs du champ social l’opprobre de son geste.

c’est aux plus faibles qu’il convient de s’attaquer

On reconnaît la rhétorique habituelle de notre président : il n’y a pas de fatalisme ; il y a bien un responsable ; il faudra payer ; c’est la règle… Après le musulman, le Rom, c’est le tour du fou dangereux. C’est à lui d’incarner cette peur dont l’État sécuritaire a besoin pour s’auto-affirmer. Tous les pervers le savent : c’est aux plus faibles qu’il convient de s’attaquer si l’on veut être certain du résultat.

affligeant, misérable

Dès lors, on comprendra que tous les arguments sensés, tous les développements sur notre histoire prestigieuse, nos valeurs de civilisation, soient de peu de poids. Au contraire, ils renforcent la détermination de ceux auxquels ces critiques s’adressent. Cette loi en discussion, si elle est votée, ne sera que le dernier avatar, affligeant, misérable, d’un système original qui avait fait ses preuves pendant près de deux siècles.

imposé contre le consentement de la profession

Elle sera appelée à être abrogée, pour ouvrir la voie à une judiciarisation des hospitalisations, comme dans tous les pays de développement comparable au nôtre. Les historiens se demanderont à quoi avait bien pu servir cet intermède législatif imposé contre le consentement de la profession. À des facteurs exclusivement conjoncturels. À pas grand-chose au regard des enjeux fondamentaux que sont, pour toute société, la façon dont elle traite les plus démunis de ses citoyens et l’équilibre fragile et délicat entre la nécessité de soins et le respect des libertés individuelles. C’est ce “pas grand-chose” qui semble caractériser la période que nous traversons.

La ” philosophie ” qui sous-tend l’ensemble de ce projet de loi est nauséabonde. Il faut le refuser.

Daniel Zagury, Psychiatre, médecin-chef au Centre psychiatrique du Bois-de-Bondy (Seine-Saint-Denis), expert auprès des tribunaux.

© Le Monde

  • 1 On sait qu’il y eut en psychanalyse l’heureuse exception de la Cause freudienne (qui abandonna la nôtre en 2009, les meilleurs causes ont une fin) et d’Élisabeth Roudinesco, appuyée par quelques uns dont Roland Gori.

Relation au corps, corps en relation

Séminaire groupal d’analyse bioénergétique dans la Drôme

Expérience de groupe clinique de psychothérapie psychocorporelle inspiré par l’analyse bioénergétique (néo reichienne) d’inspiration lowennienne. Pour ceux qui veulent faire la démarche, et ceux qui voudraient, par la suite, apprendre.

Notre École attire l’attention de tous ceux qui verraient de l’intérêt à notre branche psychocorporelle sur le fait qu’il faut impérativement avoir expériencié soi-même la chose en situation si l’on veut un jour passer à l’apprentissage proprement dit du métier de psychopraticien relationnel, en l’occurrence multiréférentiel. Pour passer à l’apprentissage il faut commencer par y passer soi-même. C’est précisément ce qui nous distingue de nos tout nouveaux tout savants psychothérapeutes d’État, qui eux, ayant la science universitaire infuse, sont au-dessus de tout cela, leur savoir devant leur tenir lieu de savoir faire et de savoir faire être. Deux professions différentes : il faut de tout pour faire un monde.

Alors, saisissez l’occasion. Elle a déjà en fait commencé, mais recommence, on peut s’inscrire sans avoir fréquenté les séminaires précédents. Ceux du Cifp qui connaissent déjà ont bien apprécié. et ils ont raison, les deux animatrices font du bon travail psychocorporel de base.

Philippe Grauer


on se contracte rétracte et tout s’arrange

“Tous, nous avons souffert de blessures au cours de notre vie. Beaucoup de nos blessures cicatrisent, mais certaines nous font peur. Alors, nous les couvrons pour ne pas les voir, nous nous contractons et nous pouvons croire que de cette façon, tout est arrangé. Et pour un temps nous nous sentons tranquilles. Mais nous nous mouvons dans une cuirasse plus ou moins rigidifiée qui nous fait souffrir car notre potentiel énergétique, notre vitalité en sont fortement diminués. Notre capacité aux sensations, aux mouvements, à l’action, ainsi qu’aux sentiments et par conséquent à la relation et au plaisir dans la vie s’en trouvent entravés.

mouvement, émotion, expérienciation

Par le travail corporel, la mise en mouvement, la prise de conscience émotionnelle et la verbalisation de l’expérience vécue dans le travail avec les psychopraticiens relationnels, l’intégration de cette triple dimension corps/esprit/émotions, constituante de l’être d’une personne, peut s’effectuer.

globalité : tensions musculaires & élaboration

L’analyse bioénergétique est une méthode psychothérapique qui concerne la compréhension de l’unité corps esprit de la personne, qu’elle considère dans sa globalité corporelle, émotionnelle, psychologique et symbolique. Elle allie un travail sur le corps et ses tensions musculaires à un travail d’élaboration psychique.

À l’appui de l’approche psychocorporelle, des outils d’analyse et de médiation, de l’hypnose ericksonienne et des relations interpersonnelles dans le groupe, les praticiennes se proposent de vous accompagner pour dégager, libérer, vos forces de vies jusque là psychocorporellement en vous bloquées.

psychothérapie personnelle en parallèle

Cette session est proposée prioritairement aux personnes inscrites dans une démarche de psychothérapie, ou ayant suivi déjà un processus psycothérapique. L’inscription n’est définitive qu’après accord donné par l’une des deux psychothérapeutes.


animation

Les deux animatrices se réfèrent toutes deux à l’IABFS, avec laquelle le Cifp entretient un rapport de partenariat de formation.

Cathy Fernier – praticienne psychocorporelle, analyste bioénergéticienne. Certifiée sophrologue.

10 rue Pisançon 13001 Marseille

06 74 92 18 28

Martine Vigier – praticienne psychocorporelle, analyste bioénergéticienne certifiée. Praticienne en hypnose ericksonienne.

42 bis avenue de Montbrison 42160 Andrézieux Bouthéon

06 60 82 75 37

Hopital : vive le service public !

Patient ou client ? tout est là et bien là. Traduisons par citoyen ou client. La clientélisation de la santé est un désastre. Stoppons la au plus vite. Tahar ben Jelloun nous livre à la faveur de son expérience, un précieux témoignage. Cessons d’américaniser au mauvais sens du terme, une pratique et une institution exemplaires, héritages du Front populaire et du programme du CNR issu rappelons-le de l’élan d’après guerre, vous savez la guerre de libération des peuples, de la Bête. Celle-ci se déguise à présent en gestionnaire, agent d’un capitalisme pillard cynique et cinoque de ne se voir point solidement cadré (dans notre métier nous savons ce que cadre veut dire, et Loi) et civilisé par un politique qu’il n’aurait pas corrompu, idéologiquement parlant, entre temps.

Les collègues qui appellent clients les personnes qui recourent à eux devraient réfléchir aux connotations du terme dans notre langue. Il est vrai que patient ça fait médical et que là non plus c’est pas terrible. Il faudra un jour revenir sur cette languissante question : nous ne disposons pas de nom approprié pour désigner les “démarcheurs”, ceux qui entreprennent une démarche. Le syndicat avait tenté consultant, sans compter que consultation n’est pas séance, consultant désigne en français le professionnel dans le domaine du Conseil ou de l’expertise. On n’en sort pas. Nous allons avoir bientôt psychopratiquants : de mal en pis. Mais revenons à nos moutons hospitaliers.

Mais nous les citoyens ne sommes pas achetables, nous psychopraticiens relationnels non plus, ni la classe politique en tant que telle, surtout si nous exerçons notre perpétuelle pression. La pression pour la démocratie qui se défait chaque fois qu’on oublie tant soit peu de la nourrir de nos luttes, de notre désir d’humanité.

Philippe Grauer


Quand on me demande ce que j’apprécie le plus en France en dehors des châteaux de la Loire, du Mont-Saint-Michel, de sa gastronomie et des subtilités de la langue de Racine, je dis : son système social.

Je viens de faire un petit séjour dans un grand hôpital à Paris. Le service public est formidable. J’ai été un patient heureux, bien soigné, bien traité. Cela n’a rien à voir avec le fait qu’on soit connu. Je peux attester que tout le monde est traité sur le même pied d’égalité. Pas de discrimination, pas la moindre grimace qui serait du racisme, pas de favoritisme ni de passe-droit. J’ai passé assez d’heures dans divers services, dans des salles d’attente où j’observais les uns et les autres pour pouvoir affirmer que l’hôpital public français est un lieu où la devise de la République prend tout son sens. On pourra y ajouter aussi : compétence et solidarité.

Au début, je notais le nombre de Maghrébins, puis des Africains, puis des Français de souche qui attendaient leur tour pour consulter. J’ai vite cessé ce comptage ridicule. Il n’y avait là que des patients, des personnes âgées, des jeunes, des bourgeois, des ouvriers, des chômeurs. Aucune différence n’est faite entre les uns et les autres.

Les Français ont cette chance que beaucoup de peuples nous envient. La civilisation d’une société se mesure par l’importance qu’on accorde à la santé de ses citoyens quels que soient leur âge, leur religion, leur couleur de peau.

Le personnel soignant dans son ensemble – médecins, infirmiers, aides-soignants – est humain. Par là, je veux dire qu’il n’est pas blasé ni cynique. A chacun, il donne le temps qu’il faut pour s’enquérir de son état, de ses inquiétudes, de son moral. Soigner les autres, c’est réparer le corps, mais aussi apporter au malade une empathie, une compréhension qui ont un effet bénéfique et réparateur sur l’état physique et moral du patient.

Soigner est une vocation, parfois une passion, pas un moyen pour s’enrichir ou pour entretenir son narcissisme. Il existe bien sûr des mandarins, des professeurs de grand talent qui ont aussi un grand ego, mais, à partir du moment où ils enfilent leur blouse et qu’ils travaillent, cet aspect s’évanouit et s’éloigne.

Si je témoigne aujourd’hui sur le service public, c’est parce qu’il est menacé. J’ai lu un peu partout des articles qui tirent la sonnette d’alarme. On veut casser ce système qui fait l’honneur de ce pays, qui est donné en exemple dans le monde, on veut petit à petit privilégier le secteur privé, celui de la médecine payante et rentable. La consigne qui a été donnée est simple : il faut considérer le patient comme un client, donc il faut qu’il soit rentable ; pour cela, on ferme les dispensaires se trouvant en dehors des grandes villes, des maternités, on supprime des lits dans les grands hôpitaux, on fait des économies sur tout. A plus long terme, on finira par assassiner l’hôpital du service public.

Je n’invente rien. Tout cela agite les médecins de l’Assistance publique, les élus et les patients. Mireille Faugère, ancienne responsable du marketing à la SNCF, a été nommée directrice de l’Assistance publique de Paris avec pour mission de réorganiser tout cela. Sa mission est de faire de chaque patient un client devant ” préférer ” ses hôpitaux, dont la rentabilisation sera assurée par une politique de suppression de milliers d’emplois soignants, par la fermeture de services prestigieux jugés non rentables, comme la chirurgie cardiaque de l’hôpital Henri-Mondor, alors que, parallèlement, on engloutit des sommes pharaoniques en vidant l’Hôtel-Dieu de ses services cliniques pour y abriter une administration pléthorique, ou dans un système d’information conçu pour la gestion administrative et non pour le soin des patients et la recherche clinique.

Quand on parle de Martine Aubry, on évoque systématiquement les 35 heures, qui – il est vrai – ont compromis le bon fonctionnement de l’hôpital en l’absence d’embauches compensatoires. Mais on oublie de rappeler que c’est elle qui a instauré en France la Sécurité sociale universelle. Des chômeurs en fin de droits se retrouvaient sans soins parce qu’ils ne cotisaient plus. Des immigrés, entrés légalement en France puis devenus des sans- papiers à cause de la crise, perdaient leurs droits aux soins. Mme Aubry a réglé cette situation inhumaine.

Aujourd’hui, une certaine droite, plus attachée au libéralisme en économie qu’à l’humain, pousse le gouvernement à rendre le service public obsolète, donnant ainsi aux marchands de la santé et des assurances privées toute possibilité pour exercer et alléger ainsi la facture de la Sécurité sociale. Mme Faugère a déjà instauré des ” chambres payantes ” (45 euros la nuit) et d’autres non payantes. On commence avec des petites économies pour atteindre d’autres, plus conséquentes. Son rôle est de rentabiliser un service inestimable. C’est aberrant. Un patient n’est pas un client, c’est une personne fragilisée, là parce qu’il est en danger, qui se livre à la médecine parce qu’il s’agit de son corps et de son âme. Ce n’est pas une marchandise ni un dossier anonyme.

Je ne rentrerai pas dans une polémique avec cette dame ; le personnel du service public est assez mobilisé. Mais je voudrais juste lui demander de faire un petit effort d’imagination et de se projeter dans une dizaine d’années : un jour, elle aurait, comme tout être humain, besoin de passer par l’hôpital public. Ce jour-là, si tous ses objectifs ont été réalisés, je ne pense pas qu’elle sera aussi satisfaite ni aussi apaisée que je le suis en ce moment.

La médecine du futur, celle qui se déploie beaucoup en privé, fait la part belle aux gadgets importés du pays où le patient n’est accepté que si sa carte de crédit est bien provisionnée. L’exception française doit faire de la résistance, car tout ce qui est importé d’Amérique n’est pas forcément bon et valable pour tous.

Tahar Ben Jelloun

Ecrivain et poète, il est membre de l’Académie Goncourt depuis 2008. Il a reçu le prix Goncourt pour ” La Nuit sacrée ” (Points Seuil) en 1987.

Il a publié ” Le Racisme expliqué à ma fille ” (Seuil, 1997). Dernier livre paru, ” Au pays “, chez Gallimard (2009).

Philosophie, psychothérapie – quand une catastrophe passe l’entendement

Une catastrophe monstre

Réflexion sur le mal, sa nature, son ampleur, sa magnification pourrait-on dire, en événement naturel. La philosophie ne cesse de s’interroger sur la question du mal, où éthique, angoisse et élaboration post-traumatique conduisent un difficile dialogue. Nous y reviendrons, mais mettons déjà ce texte à la disposition de vos méditations, à propos de la réaction à la catastrophe.

Nul doute que les deux philosophes du Cifp songeront à s’emparer du sujet, mais d’ici là chacun peut entamer pour soi ce nécessaire travail. Jean-Jacques Rousseau (et Voltaire !), Hannah Arendt, Günther Anders, à quoi il faudra nécessairement introduire Freud, sans omettre la question du travail cathartique. Beau programme en perspective.

Philippe Grauer


En 1958, le philosophe allemand Günther Anders (1902-1992) se rendit à Hiroshima et à Nagasaki pour participer au 4e congrès international contre les bombes atomiques et les bombes à hydrogène. Il tint pendant tout ce temps un journal. Après de nombreux échanges avec les survivants de la catastrophe, il note ceci : “La constance qu’ils mettent à ne pas parler des coupables, à taire que l’événement a été causé par des hommes ; à ne pas nourrir le moindre ressentiment, bien qu’ils aient été les victimes du plus grand des crimes – c’en est trop pour moi, cela passe l’entendement.” Et il ajoute : “De la catastrophe, ils parlent constamment comme d’un tremblement de terre, comme d’un astéroïde ou d’un tsunami.”

A peu près en même temps que Hannah Arendt (1906-1975), sa condisciple, qui fut aussi sa femme, Anders tentait d’identifier un nouveau régime du mal. Arendt parlait d’Auschwitz, Anders d’Hiroshima. Arendt avait diagnostiqué l’infirmité psychologique d’Eichmann comme un “manque d’imagination“. Anders montrait que ce n’est pas l’infirmité d’un homme en particulier, c’est celle de tous les hommes lorsque leur capacité de faire, qui inclut leur capacité de détruire, devient disproportionnée à la condition humaine.

Alors le mal s’autonomise par rapport aux intentions de ceux qui le commettent. Anders et Arendt pointaient ce scandale qu’un mal immense peut être causé par une absence complète de malignité ; qu’une responsabilité monstrueuse puisse aller de pair avec une absence totale de méchanceté. Nos catégories morales sont impuissantes à décrire et juger le mal lorsqu’il dépasse l’inconcevable. Il faut se résoudre à dire alors qu’“un grand crime est une offense contre la nature, de sorte que la terre elle-même crie vengeance ; que le mal viole l’harmonie naturelle que seul le châtiment peut rétablir” .

Shoah : raz-de-marée

Le fait que les juifs d’Europe aient substitué au mot holocauste celui de Shoah, qui signifie catastrophe naturelle et, singulièrement, raz de marée, tsunami, atteste cette tentation de naturaliser le mal lorsque les hommes deviennent incapables de penser cela même dont ils sont victimes. Voici que la tragédie qui frappe le Japon semble inverser les termes de cette analyse et qu’un véritable tsunami, une onde on ne peut plus matérielle, vient réveiller le tigre nucléaire. Certes, il s’agit d’un tigre en cage : un réacteur électronucléaire n’est pas une bombe atomique. Il en est en un sens la négation puisqu’il consiste à brider une réaction en chaîne qu’il a lui même provoquée. Cependant, dans l’imaginaire, la dénégation affirme cela même qu’elle nie. Dans la réalité, et nous y sommes, il arrive que le tigre s’échappe de sa cage.

Au Japon plus qu’ailleurs, le lien entre le nucléaire militaire et le nucléaire civil est dans tous les esprits. On rapporte les propos du premier ministre Naoto Kan : ” Je considère que la situation actuelle, avec le séisme, le tsunami et les centrales nucléaires, est d’une certaine manière la plus grave crise en soixante-cinq ans, depuis la seconde guerre mondiale.” Il y a soixante-cinq ans, il n’y avait pas de centrales nucléaires, mais deux bombes atomiques avaient déjà été lancées sur des civils. En prononçant le mot nucléaire, c’est à cela sans doute que pensait le premier ministre.

C’est comme si la Nature se dressait face à l’Homme et lui disait, du haut de ses rouleaux déferlants de vingt mètres : “Tu as voulu dissimuler le mal qui t’habite en l’assimilant à ma violence. Mais ma violence est pure, en deçà de tes catégories de bien et de mal. Je te punis en prenant au mot l’assimilation que tu as faite entre tes instruments de mort et ma force immaculée. Péris donc par le tsunami !”

Tandis que les destructions humaines et matérielles s’accroissent chaque jour, une grande partie du drame actuel se joue sur la scène des symboles et de l’imaginaire. Parmi les régions qui furent les premières à être évacuées figurent les îles Mariannes. Le nom de l’une d’entre elles, Tinian, évoque pour ceux qui se souviennent le lieu d’où décollèrent, au petit matin du 6 août 1945, les B29 qui allaient pulvériser Hiroshima en cendres radioactives suivis, trois jours plus tard, par la flottille qui allait faire de même à Nagasaki. Comme si la vague géante venait se venger de ces minuscules territoires qui avaient eu le tort d’abriter le feu sacré.

inextricablement trois types de catastrophes

La tragédie japonaise a ceci de fascinant qu’elle mêle inextricablement trois types de catastrophes que l’analyse traditionnelle distingue soigneusement : la catastrophe naturelle, la catastrophe industrielle et technologique, la catastrophe morale. Ou encore le tsunami, Tchernobyl et Hiroshima. Cette indifférenciation, dont j’ai tenté de comprendre la genèse dans mes ouvrages de ces dernières années, résulte de deux mouvements en sens inverse qui viennent se heurter aujourd’hui dans l’archipel nippon.

Le plus récent, contemporain des horreurs du siècle précédent, est la naturalisation du mal extrême dont j’ai parlé en citant deux de ses plus grands théoriciens, Hannah Arendt et Günther Anders. Pour parler de l’autre, il faut remonter au premier grand tsunami de l’histoire de la philosophie occidentale, celui qui suivit le tremblement de terre de Lisbonne, le jour de la Toussaint de l’an 1755.

Des interprétations rivales qui tentèrent de donner sens à un événement qui frappa le monde de stupeur, celle qui devait l’emporter fut celle de Rousseau dans sa réponse à Voltaire. Non, ce n’est pas Dieu qui punit les hommes pour leurs péchés, oui, on peut trouver une explication humaine, quasi scientifique, en termes d’enchaînement de causes et d’effets. C’est dans L’Émile, en 1762, que Rousseau allait tirer la leçon du désastre : ” Homme ne cherche plus l’auteur du mal : cet auteur c’est toi-même. Il n’existe point d’autre mal que celui que tu fais ou que tu souffres, et l’un et l’autre te vient de toi. “

Que Rousseau ait gagné est évident dans la manière dont le monde a réagi à deux des plus grandes catastrophes naturelles de ces dernières années : le cyclone Katrina et le tsunami asiatique de Noël 2004. C’est leur statut de catastrophe naturelle qui a été mis en doute. ” A man-made disaster ” (une catastrophe due à l’homme) titrait le New York Times à propos du premier ; la même chose avait été dite à propos du second avec de bonnes raisons. Si les récifs de corail et les mangroves côtières de Thaïlande n’avaient pas été impitoyablement détruits par l’urbanisation, le tourisme, l’aquaculture et le réchauffement climatique, ils auraient pu freiner l’avancée de la vague meurtrière et réduire significativement l’ampleur du désastre.

Quant à La Nouvelle-Orléans, on apprit que les jetées qui la protégeaient n’avaient pas été entretenues depuis de nombreuses années et que les gardes nationaux de Louisiane étaient absents parce qu’ils avaient été réquisitionnés en Irak. Et d’abord, qui avait eu l’idée saugrenue de construire cette ville dans un endroit aussi exposé ? On entend déjà dire que jamais le Japon n’aurait dû développer le nucléaire civil, puisque sa géographie le condamnait à le faire dans des zones sismiques exposées aux tsunamis. Bref, c’est l’homme, seulement l’homme, qui est responsable, sinon coupable, des malheurs qui l’accablent.

Entre les catastrophes morales et les catastrophes naturelles se trouvent les catastrophes technologiques et industrielles. Contrairement aux secondes, les hommes en sont de toute évidence responsables mais, contrairement aux premières, c’est parce qu’ils veulent faire le bien qu’ils produisent le mal. Ivan Illich appelait contre-productivité ce retournement tragique. Il affirmait que les plus grandes menaces viennent aujourd’hui moins des méchants que des industriels du bien.

On doit moins redouter les mauvaises intentions que les entreprises qui, comme l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA), se donnent pour mission d’assurer ” la paix, la santé et la prospérité dans le monde entier “. Les antinucléaires qui se croient tenus pour mener leur combat de dépeindre leurs ennemis de la façon la plus noire ne comprennent pas qu’ils affaiblissent ainsi leur critique. Il est beaucoup plus grave que les opérateurs des méga-machines qui nous menacent soient des gens compétents et honnêtes. Ils ne peuvent comprendre qu’on s’en prenne à eux. J’ai réservé pour la fin la catastrophe la plus monstrueuse et la plus grotesque : la catastrophe économique et financière. Qu’est-ce que le marché mondialisé sinon une grosse bête stupide et sans nerfs, qui s’affole au moindre bruit et réalise cela même qu’elle anticipe avec terreur. Le monstre s’est déjà emparé du Japon. Il le connaît bien.

A la fin des années 1980, la capitalisation boursière nippone représentait la moitié de la capitalisation boursière mondiale. On en vint à croire que le pays du Soleil-Levant allait régner sur toute la planète. Le monstre ne le permit pas et il fallut deux décennies à sa victime pour redresser la tête. Aujourd’hui, il sent que l’industrie nucléaire, qui est peut-être la seule au monde à ne pouvoir se relever d’une catastrophe majeure, vacille sur ses bases. Il ne lâchera pas prise.

Jean-Pierre Dupuy

Philosophe

Professeur à l’université Stanford, Jean-Pierre Dupuy est également président du comité d’éthique et de déontologie de la Haute Autorité de sûreté nucléaire. Il a publié au Seuil : Pour un catastrophisme éclairé, 2002 ; Petite métaphysique des tsunamis, 2005 ; Retour de Tchernobyl. Journal d’un homme en colère, 2006).

© Le Monde

Alerte sur la multiplication des enfermements psychiatriques

Sur décision de préfets, des personnes restent hospitalisées bien qu’elles ne nécessitent plus de soins


Le Monde répercute à son tour après Libération le rapport Delarue. C’est pourtant au mépris de ses constats et analyses que l’Assemblée nationale a voté la loi que réclamait le gouvernement pour maintenir en “détention psychiatrique” sur ordre du préfet qui il voudra, à savoir de qui il souhaitera ne pas redouter de dangereuses (pour lui d’abord) retombées : on n’est jamais c’est bien connu trop prudent et un enfermé vaut mieux que deux tu courras après.

Les psychiatres jusque là surtout préoccupés de faire main basse sur le maximum de surface du Carré psy, se préoccupent légitimement, dans le cadre de l’appel des 39, de lutter contre la résistible ascension du contrôlitaire. Nous les appuyons sans réserve dans ce combat pour une tout autre conception de la folie, des tâches des professionnels du psychisme… et de la citoyenneté.

Philippe Grauer


En psychiatrie, les pratiques d’enfermement se multiplient, s’alarme Jean-Marie Delarue, le contrôleur général des lieux de privation de liberté dans un avis qui devait être publié au Journal officiel dimanche 20 mars et qu’a révélé Libération vendredi.

Il y écrit que les risques de trouble à l’ordre public ne doivent pas conduire à ” un accroissement préoccupant ” de la présence dans les hôpitaux de personnes dont la maladie n’exige plus qu’elles soient privées de liberté.

C’est au gré d’une quarantaine de visites inopinées dans des établissements de santé et à la lecture de courriers de malades ou de leurs familles, qu’il a pu constater ces atteintes à la liberté des personnes ou à leur droit à l’accès aux soins.

Tout d’abord, il relève que, dans les hôpitaux psychiatriques, de plus en plus de portes sont fermées à clé. Une logique d’enfermement qui a des conséquences au-delà des malades placés là sans consentement. En effet peuvent aussi s’y trouver des patients hospitalisés librement, qui ne doivent donc pas être privées du droit d’aller et venir. En outre, leur ” enfermement ne s’est accompagné d’aucune procédure particulière : il est la seule conséquence du choix du responsable de l’unité “.

maintenir à l’hôpital des personnes dont l’état, attesté par les médecins, ne justifie pas qu’elles y soient maintenues contre leur gré

M. Delarue s’est intéressé à l’hospitalisation d’office, une mesure qui permet au préfet de demander, sur la base d’un certificat médical, un internement en cas de trouble grave à l’ordre public ou de risque d’atteinte à la sûreté des personnes. Il a constaté que, désormais, il est moins tenu compte des avis des psychiatres quand ceux-ci estiment que le patient, soigné, peut quitter l’hôpital. Les sorties d’essai qu’ils demandent aux préfets sont plus difficiles à obtenir et les sorties définitives plus aléatoires. Ce qui revient à ” maintenir à l’hôpital des personnes dont l’état, attesté par les médecins, ne justifie pas qu’elles y soient maintenues contre leur gré “, écrit-il.

Il faut dire que, depuis 2008 et le meurtre d’un étudiant par un malade à Grenoble, le gouvernement a décidé de mettre l’accent sur la sécurité dans les hôpitaux psychiatriques. Des moyens ont été accordés, et en janvier 2010, une circulaire a invité les préfets à davantage de vigilance dans les sorties. Ce qui est constaté là est l’impact de ce virage sécuritaire.

Dans son avis, M. Delarue souligne aussi qu’en cas d’hospitalisation d’office la personne n’est pas toujours correctement informée de ses droits en matière de contestation. Enfin, il constate que l’envoi des détenus à l’hôpital quand leur santé le nécessite est rendu plus difficile par crainte d’une évasion. En plus, ils y sont en général, et même si leur état ne le justifie pas, placés en chambre d’isolement. Ils ne peuvent alors bénéficier des thérapies collectives.

Vote le 22 mars

Un tel avis ne pourra que réjouir les psychiatres. S’il n’est pas dans l’habitude du contrôleur de prendre part aux débats sur les textes de loi, son alerte tombe à pic pour entretenir celui sur la réforme de l’hospitalisation sans consentement, qui suscite une vive hostilité. Ce projet de loi doit être soumis au vote solennel des députés mardi 22 mars. Alors que les soins sous contrainte étaient jusque-là cantonnés à l’hôpital, il prévoit de les étendre en ville.

Dans le contexte actuel, les psychiatres craignent des dérives.

Laetitia Clavreul


Encadré :

Pour une fermeture de l’infirmerie psychiatrique à Paris

Dans une recommandation à paraître au Journal officiel, le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, juge injustifié le maintien de l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris (IPPP). Cette structure accueille, avant orientation, des personnes atteintes de troubles mentaux dans le cadre d’un placement provisoire d’urgence, décidé par le préfet de police ou un commissaire. Or, ailleurs en France, ces mêmes personnes sont directement prises en charge par les hôpitaux. En outre, les établissements parisiens aussi en accueillent. Lors d’une visite à l’improviste à l’IPPP, M. Delarue a constaté que les dispositions sur le droit des personnes accueillies en hôpital ” ne s’y appliquent pas ” et qu'” aucune autorité de santé n’est compétente ” pour y vérifier les soins dispensés.