Freud : enfin libre

Tombé dans le domaine public comme le dit Libération (1“) sous la plume de Frédérique Roussel dont vous trouverez ici l’article du 2 janvier en pdf, Freud est moins mort que nos neuropsys de tous poils le proclament volontiers, donnant davantage de crédit à la réalité de leur désir et à la force d’une résistance à la psychanalyse qui n’en démord pas en France, 70 ans après la mort du héros fondateur, qu’à celle de ce qui est devenu du bon sens en sciences humaines.

Achetons et lisons Freud, ne nous préoccupons pas des chamailleries interminables des gardiens du temple dont chacun s’est trouvé une porte à garder dans son propre style. Avec Freud mettons-nous à penser, et à nous faire plaisir car c’est un bon écrivain, tout cela n’a jamais fait de mal à personne. Et puisque nos mentors nous indiquent chacun la meilleure façon de marcher, comme dans la chanson considérons que la meilleure c’est encore la nôtre, à chacun sa libre allure comme nous le conseille Montaigne.

La psychothérapie relationnelle compte d’évidence comme une héritière et prolongatrice de l’œuvre de Freud, même paradoxalement quand elle dévie, contredit et innove. Quand elle invente et crée la psychologie humaniste américaine des années 60 elle ne fait que suivre l’exemple d’un chercheur profondément honnête qui ne s’est jamais arrêté de remettre en question ses découvertes, de les renouveler et approfondir. Il serait cependant incorrect de situer la psychothérapie relationnelle comme un simple courant freudien. Fleuve puissant elle est allé creuser son lit ailleurs, tout en maintenant des bras connexes, mais nous coulons bien dans la même large vallée, celle du processus de subjectivation.

Nos adversaires le savent qui s’en prennent tantôt à l’une tantôt à l’autre de nos deux disciplines, en vue de tenter de ramener les flots de la liberté humaine dans leurs canaux TCC à fond plat conduisant à des réservoirs médicalisés enfin prévisibles. Freud nous donne l’exemple d’une discipline toujours rebelle, en cela nous saurons inspirer notre créativité et double héritage de son exemple.

Dans la situation actuelle nos Écoles constituent une référence incontournable du développement d’une pensée et clinique impensables sans la puissance du génie de Freud. Notre Cifp qui fait toute sa part à la transmission d’une œuvre qui aura marqué le XXème siècle, y conjoignant des disciplines rigoureuses et innovatrices, maintenant au titre de la multiréférentialité le débat et la tension théorique et clinique nécessaires, y tient sa partie honorablement, et s’associe avec joie à l’événement de l’année Freud.

Philippe Grauer

[Document : Freud, une lecture pour tous.]

  • 1 Qui annonce des publications qui n’auront pas lieu. Nul n’est à l’abri de l’erreur.

Le titre de psychothérapeute et la loi Bachelot

Le titre de psychothérapeute et la loi Bachelot

Cet article de Marie-Noëlle Godet bien documenté datant de la fin de l’été 2009 analyse les tensions et conflits qui continuent de jouer actuellement, produisant l’actuel silence et gel. Bien entendu l’autrice ne ménage pas sa place à notre psychothérapie relationnelle. Entre les lignes on comprend que ce qui intéresse et menace la psychanalyse nous concerne a fortiori. Dans le grand remaniement en cours notre psychothérapie relationnelle risque de changer de nom, pas forcément de poste. On se reportera utilement pour achever de se faire une idée sur l’état des lieux et les perspectives de la psychothérapie relationnelle et de ses Écoles, au Rapport moral et politique proposé à la dernière AG du Snppsy ici même.

Nos écoles poursuivent leur travail de formation et de transmission. Dans le paysage en voie de recomposition nous conservons toute notre place, les futurs neuropsychothérapeutes travaillant en psychopathologues DSM à partir d’autres bases épistémologiques et méthodologiques, celles de la santé mentale scientiste “durable”, celle paramédicale du fastpsy et du handicap consolidé par médicaments.

De tout cela on peut conclure que l’affaire et l’aventure se poursuivent et que notre profession qui n’en est pas une mais qui en voisine une qui pourrait en devenir une tout en ne l’étant absolument pas, foi de ministère ! poursuit sa trajectoire institutionnalisante propre. Cela se joue sur des décennies, on reste calme. Les noms et désignations changent, de toutes parts, retenons cela. La mutation de la psychiatrie rapatriant au neurologis à l’enseigne de la {santé mentale l’ensemble du champ médicalisé neuroscientistisé se poursuit, provoquant en cascade une redistribution des niches sur le territoire du carré psy, qui perdure.

Philippe Grauer}

PS : nous disposons d’informations nous permettant de penser que notre changement de nom n’est pas pour demain, non plus que le bridage de nos Écoles agréées. Cf. à ce sujet notre éditorial en date du 6 janvier 2010. On ne peut que se réjouir de voir la psychothérapie relationnelle maintenue en l’état.


La croisade entreprise par Bernanrd Accoyer depuis 1999 qui a débouché sur un amendement éponyme en octobre 2003 aboutissant au vote de la loi du 9 août 2004 sur le titre de psychothérapeute semblait toucher à sa fin. Plus d’une demi-douzaine de projets de décret différemment contestés par les associations de professionnels concernés ou par le Conseil d’État n’ont pas vu le jour. Le dernier en date du 22 octobre 2008 rétablissait une exigence de niveau master, comme pré requis indispensable pour accéder à la formation de psychopathologie nécessaire à l’obtention du titre de psychothérapeute, mais l’introduction explicite du niveau master n’étant pas recevable par le Conseil d’État sans modifier la loi, elle sera remaniée au printemps 2009.

L’article 52 de la loi du 9 août 2004 devient l’article 91 de la loi du 24 juin 2009

Un amendement proposé par le gouvernement dans le cadre de la loi sur la réforme de l’hôpital : « Hôpital, patients, santé et territoires », a donc été adopté par l’Assemblée nationale le 5 mars 2009 modifiant les troisième et quatrième alinéas de l’article 52 de la loi du 9 août 2004 (cf. tableau ci-après). Cet amendement vient donner force de loi à une loi dont les projets de décret n’avaient pas eu la force de dépasser les objections du Conseil d’État. Il traduit les vicissitudes rencontrées à l’occasion de cette législation et annonce la parution imminente du futur décret. Entre temps, il connaîtra d’autres remaniements lors de sa discussion au Sénat, jusqu’à sa version définitive, après examen en CMP (Commission Mixte Paritaire), votée le 24 juin (article 91 de « la petite loi » HPST) et qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celle adoptée par L’Assemblée nationale le 5 mars dernier.

Quatre alinéas donc viennent se substituer aux alinéas 3 et 4 de l’article 52 de la loi du 9 août 2004. Les modifications apportées par cet amendement ne se réduisent pas à l’exigence d’un niveau master. La catégorie des professionnels « de droit » c’est-à-dire, les médecins, les psychologues, les psychanalystes « régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations », bien que toujours mentionnée, se retrouve confondue avec « l’ensemble des professionnels [i] souhaitant s’inscrire au registre national de psychothérapeutes ». Par voie de conséquence, l’exigence d’un niveau master dont la spécialité est la psychologie ou la psychanalyse (il n’existe à ce jour qu’un seul master dont la spécialité est la psychanalyse, celui de Paris 8) ou d’un doctorat donnant droit d’exercer la médecine, constitue un pré requis opposable à tous ceux qui souhaitent obtenir le titre de psychothérapeute, y compris aux médecins, psychologues, psychanalystes, assortie de dispenses partielles ou totales pour la formation en psychopathologie, dispenses dont l’édiction appartient au décret à venir et arrêtés subséquents.

Exit les de droit

On se souvient que cette catégorie « de droit » avait suscité bien des remous dans les rangs des psychothérapeutes qui s’estimaient lésés de ne pas en faire partie. S’agirait-il de ménager leur susceptibilité et de leur conférer une place de choix dans le nouveau dispositif de soins amorcé de longue date ?

Il y avait belle lurette qu’on ne croyait plus aux affirmations réitérées selon lesquelles il ne s’agissait que de la création d’un titre qui ne déboucherait pas sur une nouvelle profession. « Ce texte ne concerne que l’usage du titre de psychothérapeute, mais pour autant il ne crée pas une profession nouvelle qui se substituerait à celle de psychologue. … Des professions sont réglementées avec des statuts particuliers … Nous avons fait en sorte de ne pas excéder la loi. » C’est Bernanrd Basset, sous directeur de la DGS qui s’exprime ainsi le 10 janvier 2006.

Des emplois dans la fonction publique

Aujourd’hui, inséré dans une loi sur l’hôpital, cet amendement vient répondre indirectement à une question posée et restée en suspens le 7 avril 2006, au cours d’une rencontre au ministère de la Santé avec les associations de professionnels concernés, en vue de la rédaction des décrets d’application : « l’usage du titre donnera-t-il lieu à des emplois dans la fonction publique » ? Et pas seulement publique d’ailleurs.

Ces derniers remaniements législatifs autour de l’article 52 s’éclairent de leur confrontation aux rapports de psychiatrie nombreux qui se sont succédés depuis 2001 jusqu’au dernier rapport parlementaire fait au nom de l’OPEPS — Office parlementaire d’évaluation des politiques de santé.

Rapport Milon : restructuration en profondeur des métiers de la santé mentale

La psychiatrie en France : de la stigmatisation à la médecine de pointe , publié le 3 juin 2009, dit rapport A. Milon, du nom du rapporteur de la loi Bachelot au Sénat. Le passage de la psychiatrie à la santé mentale s’est accompagné d’une refonte de toutes les professions de santé et la loi sur le titre de psychothérapeute telle que modifié en 2009 en est un des édifices.

Les psychologues et le titre de psychothérapeute 2009 ; l’apparition d’une nouvelle profession, la disparition d’une autre.

Les psychologues et leur fonction se trouvent en ligne de mire des restructurations en cours des métiers de la santé mentale.

– Le Plan psychiatrie et santé mentale (2005-2008) fait référence à une possible co-tutelle Éducation nationale/ ministère de la Santé dans la formation des psychologues. Quant aux psychothérapies, elles feront l’objet de certifications au même titre que n’importe quel traitement médical.

– Le rapport Cléry-Melin estime que les formations universitaires des psychologues « souffrent souvent d’une formation trop mono référencée à la psychanalyse ». Il appréhende les psychothérapies comme « des techniques standardisées, appuyées sur des bases scientifiques structurées dans le temps et permettant d’obtenir des résultats ».

– Le rapport Cressard adopté par le Conseil national de l’ordre des médecins en juillet 2004 et dont les recommandations n’avaient pas encore eu le temps d’irriguer la loi du 9 août préconise que les psychothérapies pratiquées par les psychologues le soient sur prescription médicale. Il parle de « psychologie médicale ».

– La fiche métier du répertoire des psychologues de la fonction publique hospitalière publiée en novembre 2004 a supprimé la psychanalyse de la rubrique « connaissances associées ». Selon la nouvelle fiche publiée en décembre 2008 , l’activité de psychothérapie qui figurait précédemment a disparu de la rubrique des activités des psychologues hospitaliers. Alors, si l’on a biffé la mention devenue inutile de « psychothérapie » des activités jusqu’alors dévolues aux psychologues, on peut s’attendre à la voir affectée …aux futurs psychothérapeutes.

– Le rapport Couty qui a inspiré la loi Bachelot avait préparé le terrain en insistant sur la nécessaire délégation de tâches. Il conditionne la compétence déléguée au psychologue au fait « qu’ils auraient volontairement opté pour un éventuel statut de professionnels de santé ». Il leur est reproché de privilégier les orientations qu’ils revendiquent au détriment d’autres techniques de soin que celles auxquelles ils se réfèrent. Toujours selon le même rapport, Les psychologues consacreraient du temps de travail à « des recherches jamais identifiées ». Il s’agit d’une allusion au temps FIR ( Formation Information Recherche). « Leur singulier statut » devrait se trouver écorné par l’arrivée d’un nouveau corps de métier nettement moins regardant, prompt à pratiquer les thérapies qui se prêtent à l’évaluation au même titre qu’un traitement médical et ne nécessitant pas le temps de réflexion et de formation alloué aux psychologues.

Médicalisation

On voit bien le glissement de terrain qui a conduit les psychologues à dénoncer, à maintes reprises le risque d’une médicalisation de leur pratique…et de leur formation. Ils ne se doutaient pas que le titre de psychologue [iii] serait peut-être réservé à la pratique libérale. En effet, s’ils souhaitent continuer l’exercice de la psychothérapie en institution, ils pourront le faire, mais en qualité de psychothérapeute dont le statut à venir, sculpté par toute une série de rapports de santé mentale relèvera d’une tout autre conception des enjeux cliniques.

Quels établissements seront habilités à dispenser la formation en psychopathologie ? Si l’on se fie aux critiques émises par les rapports officiels sur l’orientation, la formation des psychologues et le souhait de les voir réintégrer le giron médical, on peut supposer que les établissements agréés le seront en vertu de leur adossement à la faculté de médecine [v].

L’évolution annoncée, du métier de psychologue et cristallisée dans les textes n’est qu’un aperçu de la restructuration en profondeur des métiers de la santé mentale. Le rapport Milon synthétise bien des propositions déjà en germe dans les rapports précédents. Il préconise de favoriser :

– La formation initiale et continue des généralistes en matière de psychiatrie, « une formation continue centrée sur la pose de diagnostic et la psychothérapie ».

– « La mise en place de protocoles innovants permettant la délégation de tâches et une répartition de rôles plus efficaces entre médecins, psychologues cliniciens et infirmiers sous le contrôle de la Haute autorité en santé — HAS.

– Une définition stable de la profession de psychothérapeute. « Le fait que seuls les médecins puissent prescrire des médicaments remboursés est de moins en moins compris par la population ».

Dans le giron de la neuropsychiatrie

Quant aux raisons pour lesquelles on a pu déplorer la scission de la psychiatrie d’avec la neurologie en 1968 ou l’abandon de la spécialité des infirmiers psychiatriques en 1992, ne nous y trompons pas, elles diffèrent de celles qui sont invoquées aujourd’hui dans ce rapport par le ministère de la Santé, en faveur de leur rétablissement.

À présent, c’est en vertu de la révolution qu’ont connue les neurosciences et l’imagerie médicale qu’on envisagerait sans déplaisir un retour de la psychiatrie – définie dans le rapport comme spécialité médicale à part entière – dans le giron de la neuropsychiatrie. Un consensus existe pour que soit créée une spécialisation en psychiatrie de niveau master après le diplôme commun d’infirmier d’État ; faut-il vraiment s’en réjouir ? Il semble que le retour de cette spécialisation soit moins souhaité pour renforcer les structures soignantes de l’hôpital que pour soutenir une pratique plus libérale dans le cadre de la mise en place des groupements locaux pour la santé mentale.

Le décret d’application de la loi sur le titre de psychothérapeute est très attendu dans ce rapport. On voit bien l’articulation avec une redistribution dans la prise en charge de la souffrance psychique entre les différents acteurs.

Que vient donc faire cet article sur le titre de psychothérapeute dans une loi dont le préambule sur les missions des établissements de santé en vigueur dans le Code de la santé publique s’est vu amputé de la mention « prise en compte des aspects psychologiques des patients »… ? Les sénateurs et médecins N. About et A. Milon, membres de la CMP ont considéré qu’elle relevait des missions du médecin non de celles d’un hôpital. Certes, si les psychologues ne pratiquent plus la psychothérapie, si les psychothérapeutes article 52 travaillent sur prescription médicale, si le médecin généraliste s’occupe aussi des troubles psychiatriques, alors il ne resterait plus à l’hôpital que la prise en charge des maladies, pas des malades et il peut même l’afficher noir sur blanc par élision « des aspects psychologiques des patients ».

La psychanalyse et le titre de psychothérapeute 2009

De la psychanalyse, dans les 357 pages du rapport Milon il ne sera pas question. Le sénateur G. Barbier a tenté d’évoquer « la reconnaissance des disciplines voisines non médicalisées , telles que la psychologie ou la psychanalyse », mais Le professeur M. Leboyer l’en a vite dissuadé : « les maladies psychiques doivent être traitées comme les autres maladies ».

Si la demande de soin psychique doit relever du modèle du soin médical, la liberté qui restera aux psychanalystes non médecins en institution risque de se réduire au choix obligatoire d’une seule possibilité, celle d’opter pour un statut de psychothérapeute, à l’instar des psychologues. Si tel est le cas à l’avenir, on imagine la nature de la clinique qu’il leur sera loisible d’entreprendre, qui plus est dans un hôpital qui n’a plus pour mission de se soucier « des aspects psychologiques des patients ». Qu’en est-il alors de l’argument souvent soutenu par ceux qui se sont présentés à la table des négociations ministérielles selon lequel la mention de la psychanalyse dans la loi allait la préserver d’une confusion avec le conglomérat des psychothérapies ?

La culture de l’évaluation qui a envahi tout le champ social ne nous incline pas à imaginer que la mention des psychanalystes dans la loi ait pour mission de concéder à la psychanalyse dans la cité une place hors du champ tracé par ce discours. [vii]

Selon quels critères les associations seront-elles définies ? On a souvent évoqué le risque nominaliste pour désigner la crainte avérée de voir les psychothérapeutes se découvrir subitement une vocation de psychanalyste afin d’échapper aux exigences requises pour l’obtention du titre de psychothérapeute. Aujourd’hui, la tentation devient caduque avec la nouvelle version de la loi, mais le processus est enclenché et les débats qui ont secoué « le carré psy » laisseront sans doute des traces.

Le contexte des enjeux politiques contemporains aurait pu rendre les psychanalystes qui se sont présentés à la table des négociations plus circonspects. Ils ont sans doute fait fausse route quand ils ont cru bon d’accepter l’inscription de la psychanalyse dans la loi au nom d’un quelconque lien avec la psychothérapie.

Alors, la psychanalyse, toujours ailleurs comme le préconisait Freud ou ailleurs… en voie de redressement réglementaire, puisque la voilà nommée pour la première fois en France dans une loi de santé publique ?

Nettement plus monoréférencé au cognitivisme

Ailleurs, en tout cas pas à l’université où le nombre d’UFR de psychologie clinique orientée par la psychanalyse diminue au profit d’un enseignement nettement plus mono référencé au cognitivisme. Alors, ailleurs… dans les associations de psychanalyse qui sont maintenant ailleurs…nommées dans une loi de santé publique ? Seraient-elles en passe de devenir des organismes de formation et la psychanalyse une pratique du passé si, comme le disait le Manifeste pour la psychanalyse : « Les mesures juridiques et réglementaires l’ont contrainte à délaisser son contenu de vérité et à s’exiler dans le rôle d’un rouage de la gestion sociale ». ?

On se souvient des différentes controverses qui ont secoué la corporation freudienne depuis l’amendement Accoyer entre les partisans d’une négociation avec le ministère, les tenants d’un retrait pur et simple de l’amendement et/ou ceux, nombreux qui se sont associés au {Manifeste pour la psychanalyse } né du refus de toute implication dans la réglementation de la psychanalyse sous couvert de celle des psychothérapies. On ne peut que s’étonner aujourd’hui du silence — y compris sur le forum de ce site — qui a entouré les derniers remaniements législatifs comparé au foisonnement des prises de position quotidiennes qui l’ont alimenté, puis se sont taries depuis l’alerte rouge lancée par l’Assemblée générale de Sauvons la clinique, réunie le 5 juillet 2008 à propos du cahier des charges relatif à l’avant dernier projet de décret de juin 2008.

Depuis ? Depuis, des mouvements tels que l’appel des 39 engagé dans la défense d’une psychiatrie torturée par l’amplification du virage sécuritaire et l’Appel des appels, cette mobilisation transversale lancée à l’initiative de psychanalystes ont absorbé une bonne partie de la contestation.

Ils nous ont fait momentanément oublier que les pouvoirs publics avaient de la suite dans les idées et que les psychothérapeutes article 52 que l’on croyait assoupis avec le spectre des dérives sectaires allaient refaire surface à l’occasion de la sortie en mai dernier du rapport de la MIVILUDES — Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, et des propos de son président Georges Fenech : « Aujourd’hui les psychothérapies sont au cœur de nos préoccupations car l’offre de soins explose. Les gens qui souhaitent se tourner vers un psychothérapeute ne savent pas comment faire le bon choix. Or la mouvance sectaire investit largement le champ de la santé.» Dans les débats au Sénat, on renouera avec cette thématique et le procès de l’église de scientologie vient à point nommé redonner de la vigueur à une argumentation dont on avait perdu l’habitude depuis un certain temps au profit d’une argumentation de santé publique plus vaste qui replacera l’amendement dans un cadre logique d’application des rapports de santé mentale et toujours avec cette idée qu’un niveau élevé de formation garantirait les compétences psychothérapeutiques.

Bienvenue aux psychothérapeutes d’État

Bernard Accoyer nous avait prévenus : « jamais je n’abandonnerai cette cause ». Il a tenu parole, son entourage aussi. Bienvenue aux psychothérapeutes d’État, habilités à dispenser les psychothérapies qui auront à n’en pas douter la faveur de la HAS et la conformité aux modes d’accréditation aujourd’hui en vigueur dans les institutions de soin sur fond de PMSI — Programme de médicalisation des systèmes d’information , tarification à l’activité et démarche qualité.

Le rapport Milon annonce pour bientôt des états généraux de…la santé mentale, (ceux de la psychanalyse qui devaient se tenir en juillet 2006 à Bruxelles en ont été annulés). Avec la santé mentale, on est entré dans l’ère de la post psychiatrie et de la post psychanalyse au profit de lasanté.durable@gouv.fr (ne cliquez pas sur ce lien purement ironique, vous n’y trouverez que l’écho d’un mensonge prémonitoire).

À suivre…


PS : Ce 2 juillet, le Conseil constitutionnel a fait l’objet d’une saisine de la part de parlementaires socialistes et apparentés pour inconstitutionnalité relative à la loi Bachelot. L’article 91 qui nous intéresse ici serait visé au nom d’un respect du principe d’égalité de traitement entre les professionnels concernés car « aucun dispositif n’est prévu permettant d’accéder au titre de psychothérapeute sur la base d’une formation en psychothérapie. » Et l’on voit ressurgir le serpent de mer d’une formation à la psychothérapie qui avait donné lieu à tant de débats antérieurs. Il faut dire que depuis des mois les associations de psychothérapeutes multipliaient les démarches auprès des pouvoirs publics, pour faire droit à leurs revendications et l’on n’a pas de mal à reconnaître dans le texte de la saisine du Conseil constitutionnel la prise en compte de certaines d’entre elles.

Cette saisine, selon toute vraisemblance irrecevable (1“) traduit une fois de plus les risques encourus par la psychanalyse à figurer dans une loi relative au titre de psychothérapeute. À présent que le terme de psychanalyse a fait son entrée dans une loi réglementant la psychothérapie, elle se retrouve aspirée par la psychothérapie par le truchement de la psychothérapie d’inspiration analytique, mais elle risque d’expirer, prise entre le désir de soutenir son extraterritorialité et celui de ne pouvoir subsister qu’associée à la psychothérapie, comme c’est le cas dans bien des pays européens.

Marie-Noëlle Godet


– GODET Marie-Noëlle. Des psychothérapeutes d’État à l’État thérapeute. Paris, l’Harmattan, 2009, 127 p.-.

– ROUDINESCO Élisabeth. Le patient, le psychothérapeute et l’État. Paris, Fayard, 2004, 179 p.-


Évolution de la loi du 9 août 2004 sur le titre de psychothérapeute

9 août 2004 article 52

5 mars 2009 à l’AN Article 22 septies

5 juin 2009 au Sénat Article 22 septies

24 juin 2009 Article 91 adopté dans « la petite loi » HPST

I. L’usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes.

I. L’usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes.

I. L’usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes.

I. L’usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes.

II. L’inscription est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l’État dans le département de leur résidence professionnelle. Elle est tenue à jour, mise à la disposition du public et publiée régulièrement. Cette liste mentionne les formations suivies par le professionnel. En cas de transfert de la résidence professionnelle dans un autre département, une nouvelle inscription est obligatoire. La même obligation s’impose aux personnes qui, après deux ans d’interruption, veulent à nouveau faire usage du titre de psychothérapeute.

II. L’inscription est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l’État dans le département de leur résidence professionnelle. Elle est tenue à jour, mise à la disposition du public et publiée régulièrement. Cette liste mentionne les formations suivies par le professionnel. En cas de transfert de la résidence professionnelle dans un autre département, une nouvelle inscription est obligatoire. La même obligation s’impose aux personnes qui, après deux ans d’interruption, veulent à nouveau faire usage du titre de psychothérapeute.

II. L’inscription est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l’État dans le département de leur résidence professionnelle. Elle est tenue à jour, mise à la disposition du public et publiée régulièrement. Cette liste mentionne les formations suivies par le professionnel. En cas de transfert de la résidence professionnelle dans un autre département, une nouvelle inscription est obligatoire. La même obligation s’impose aux personnes qui, après deux ans d’interruption, veulent à nouveau faire usage du titre de psychothérapeute.

II. L’inscription est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l’État dans le département de leur résidence professionnelle. Elle est tenue à jour, mise à la disposition du public et publiée régulièrement. Cette liste mentionne les formations suivies par le professionnel. En cas de transfert de la résidence professionnelle dans un autre département, une nouvelle inscription est obligatoire. La même obligation s’impose aux personnes qui, après deux ans d’interruption, veulent à nouveau faire usage du titre de psychothérapeute.

III. L’inscription sur la liste visée à l’alinéa précédent est de droit pour les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations.

III. Un décret en Conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théorique et pratique en psychopathologie clinique que doivent remplir l’ensemble des professionnels souhaitant s’inscrire au registre national des psychothérapeutes. Il définit les conditions dans lesquelles les ministères chargés de la santé et de l’enseignement supérieur agréent les établissements autorisés à délivrer cette formation.

III. Un décret en Conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théorique et pratique en psychopathologie clinique que doivent remplir les professionnels1 souhaitant s’inscrire au registre national des psychothérapeutes. Il définit les conditions dans lesquelles les ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur agréent les établissements autorisés à délivrer cette formation.

III. Un décret en Conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théorique et pratique en psychopathologie clinique que doivent remplir les professionnels souhaitant s’inscrire au registre national des psychothérapeutes. Il définit les conditions dans lesquelles les ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur agréent les établissements autorisés à délivrer cette formation.

IV. Un décret en conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théoriques et pratiques en psychopathologie clinique que doivent remplir les personnes visées au deuxième et troisième alinéa.»

IV. L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d’un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse.

IV. L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d’un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse. Le diplôme de niveau master peut être délivré par un établissement d’enseignement supérieur dans le cadre de la validation des acquis de l’expérience.

IV. L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d’un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse. (Suppression)

V. Le décret en Conseil d’État définit les conditions dans lesquelles les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations peuvent bénéficier d’une dispense totale ou partielle pour la formation en psychopathologie clinique.

V. Le décret en Conseil d’État définit les conditions dans lesquelles les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations peuvent bénéficier d’une dispense totale ou partielle pour la formation en psychopathologie clinique.

V. Le décret en Conseil d’État définit les conditions dans lesquelles les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations peuvent bénéficier d’une dispense totale ou partielle pour la formation en psychopathologie clinique.

VI. Le décret en Conseil d’État précise également les dispositions transitoires dont pourront bénéficier les professionnels justifiant d’au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie à la date de publication du décret.

VI. Le décret en Conseil d’État précise également les dispositions transitoires dont pourront bénéficier les professionnels justifiant d’au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie à la date de publication du décret.

VI. Le décret en Conseil d’État précise également les dispositions transitoires dont pourront bénéficier les professionnels justifiant d’au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie à la date de publication du décret.
[viii]

i

Le 4 mai 2009, dans la version adoptée par la Commission des affaires sociales du Sénat, l’expression « l’ensemble des » a été supprimée et remplacée par « les professionnels souhaitant… ».
[i]

ii

iii
[iii]

iv
Le titre de psychologue suppose l’obtention préalable d’une licence de psychologie pour accéder au master. Selon loi amendée en 2009, tout titulaire d’une licence littéraire ou scientifique pourra accéder au master mention psychologie ou psychanalyse et de ce fait postuler à la formation demandée pour l’obtention du nouveau titre de psychothérapeute.

v
[v]

vi
F. R. Dupont Muzart, « L’ article 52 de la loi du 9 août 2004 modifié en 2009 : un triomphe de l’ Académie de médecine et du Conseil national de l’ordre des médecins sur les psychologues quant au titre de psychothérapeute , et dès lors quant aux psychothérapies dans le système de santé ? ».

vii
Par ailleurs, si l’exigence de pré requis à la formation de psychopathologie est opposable à tous les professionnels y compris aux « psychanalystes régulièrement… », que vient faire alors la reconnaissance d’appartenance à des associations de psychanalystes qui demeure dans l’article 52 versus 2009 ? S’agit-il de la trace malencontreusement laissée par des années de négociations entre le ministère de la Santé et les professionnels concernés au rang desquels figuraient un certain nombre de psychanalystes qui n’ont pas toujours été les derniers à accepter une telle inscription ? La loi porterait-elle les stigmates des divergences officielles entre psychanalystes qui n’auraient peut-être jamais vu le jour si la réglementation ne les avait poussés à cultiver leurs différends dans les couloirs des ministères au détriment de ce qui fait la spécificité de la psychanalyse profane ?

viii

  • 1 En effet elle fut rejetée.PHG

Pour une psychothérapie humaniste intégrative

Statutory Regulation >  

La justice américaine propose plusieurs scénarii à Roman Polanski

On se souvient de la réaction d’une de nos étudiantes, Sabine Sprich, à partir de quoi nous avions constitué un petit dossier concernant cette affaire qui inivitait à réfléchir sur l’articulation conduite criminelle, justice, médias. Voici que nous parvient un éventail de scénarii qui propose plusieurs versions d’épilogues correspondant à la fois au désir de l’intéressée de tourner cette page de sa jeunesse, précédemment tout de même indemnisée par le coupable, et au souci d’en finir avec un imbrogilo juridique devenu juridico poliitico médiatique, qui laisserait le dernier mot à une justice pacificatrice.

Cela fait un peu conte de Noël eh bien, va pour le conte de Noël, que le mal et la persécution connaissent cette fois un juste terme !

Philippe Grauer


Le cinéaste pourrait être jugé en son absence, et condamné sans incarcération supplémentaire

Les trois juges de la cour d’appel du deuxième district de l’Etat de Californie ont refusé, lundi 21 décembre à Los Angeles, le classement de la plainte pour relations sexuelles avec une mineure datant de 1977, demandé par les avocats américains de Roman Polanski en décembre 2008.

Mais dans leur décision unanime de 70 pages, les juges Laurie Zelon, Dennis Perluss et Fred Woods proposent plusieurs scénarios de libération au cinéaste. Parmi lesquels une condamnation en son absence qui n’inclurait pas de prison ferme, et conclurait l’une des plus longues sagas dans l’histoire de la justice californienne : ” Polanski pourrait demander à être jugé in absentia, et nous sommes persuadés que le tribunal peut trouver une condamnation sans incarcération supplémentaire. “

La cour d’appel suggère aussi que Roman Polanski, arrêté le 26 septembre à Zurich (Suisse), incarcéré puis remis en liberté surveillée dans son chalet de Gstaad, accepte son extradition et revienne en Californie pour faire valoir ses droits à la justice : ” Nous faisons grand cas des très sérieuses allégations de manquements à l’éthique du juge et du procureur qui ont été présentées, et nous préconisons aux parties concernées de mener une enquête et de répondre à ces plaintes. “

Pour les trois juges, une audience devant le juge du comté de Los Angeles Peter Espinoza permettrait d’évaluer les allégations de manquements à l’éthique professionnelle dans l’instruction du dossier visant le juge chargé de l’affaire à l’époque, Laurence Rittenband : ” Nous exhortons tous les participants à placer l’intégrité du système judiciaire au-dessus du désir de punir un individu, que ce soit pour son délit initial ou sa fuite. “

Recours sans retour

Sous réserve que Polanski en fasse la demande écrite, son sort pourrait donc revenir devant le juge Espinoza, qui avait refusé de classer la plainte le 7 mai, arguant de la règle du fugitive disentitlement (qui prive un fugitif d’un recours sans retour).

Aujourd’hui, une instance supérieure lui suggère de prononcer une condamnation en l’absence du prévenu, et l’invite à libérer Roman Polanski, en ne le condamnant qu’au temps de prison déjà accompli.

Une telle décision pourrait donc annuler la procédure d’extradition en cours en Suisse, et représenterait, pour le réalisateur de Chinatown, fugitif depuis 1978, la possibilité de rentrer, libre, aux Etats-Unis.

Le Monde, Claudine Mulard, Los Angeles Correspondante.

Lessive anglo-saxonnisée à 98,5 % en psychologie

Respect de la diversité des approches dans la formation des psychologues…
Suite


Le combat de titans SIUEERPP vs. AERÈS, en dehors des cercles initiés tout le monde s’en fout. Simplement les psychologues subissent ce qu’ils ont couvert voire organisé par manœuvres de couloirs et corridors ministériels depuis des décennies, au nom du scientisme et de la scientistique (on dit TCC), l’évaluation selon des critères qui n’ont rien à voir avec l’activité et la production scientifique, de recherche et clinique, de la psychologie clinique — comme on sait l’appellation universitaire du courant de pensée psychanalytique. Autrement dit les attaques contre la psychanalyse se poursuivent au sein de l’université, dépourvues ni de virulence ni de persévérance évaluativistes, la pseudo mathématisation des faits d’âme poursuivant sa folle entreprise.

L’université reprise en main, cela signifie que des experts d’une certaine école et idéologie, agissant dans le cadre d’une Agence, sont envoyés inspecter et évaluer les universitaires et à leur tour — on adore cette expression chez certains politiciens — les faire passer sous les caudines fourches qui ratiboisent toute psychodiversité.

Ça n’est pas d’hier que nous plaidons pour cette dernière, de quelque côté du Carré psy qu’on se trouve. Nous ne sommes concernés qu’indirectement par cette guerre d’usure des évaluateurs hyperchiffreurs contre la pensée vivante et le lent travail de déchiffrement dans le domaine psy. Mais nous le sommes car le Carré psy tout ce qui s’y passe sur un de ses côtés infléchit l’ensemble de sa surface, car le combat pour la diversité, l’humanisme, la liberté aux différentes écoles de développer leur recherche, tout cela reste solidaire et nous concerne.

Tant que nos écoles resteront à l’abri de ce genre de tracasserie administrative meurtrière, elles pourront respirer de leur côté, sans subir la menace de Revizors venus les sonder au noms de principes qui n’ont rien à voir avec leur pratique, épistémologie et méthodologie. Si cela doit se payer d’un changement de nom, ça peut valoir le coup. Cela ne nous empêchera pas d’appuyer dans leur combat les psychologues freudiens en butte à l’inquisitorial désir d’hégémonie des comportementalistes cognitivistes.

Voir également à ce sujet l’article du Pr. Maleval, qui rappelle que la psychanalyse ne se transmet pas à l’université mais dans des écoles extra universitaires d’un modèle voisin du nôtre.

Philippe Grauer


Le SNP — Syndicat national des psychologues] soutenant le SIUEERPP (syndicat des psychologues universitaires en charge de psychopathologie ) [publie] ci-après son communiqué :

— COMMUNIQUÉ du SIUEERPP —
http://www.siueerpp.org/

Une liste de revues (dont 98,5 % ne sont pas de langue française), devant servir de référence aux prochaines expertises des Équipes de Recherche en psychologie, a été diffusée par l’AERES en octobre dernier.

Le SIUEERPP en a demandé le retrait, ainsi que la suspension de toute expertise menée sur cette base. Il a aussi demandé à ses membres de s’abstenir de participer aux comités de visite organisés dans ces conditions, ou de recevoir ceux-ci.

Pourtant les responsables de l’évaluation de la psychologie à l’AERES — alors même que quatre experts successivement pressentis pour participer au comité de visite des laboratoires de l’université de Toulouse-Le Mirail se sont récusés, et que quatre autres pressentis pour participer au comité de visite de Lyon 2 se sont également récusés — maintiennent, dans la plus grande précipitation et improvisation, au mépris de toute concertation, et en faisant usage de toutes les formes de pression possibles, ces visites.

Le SIUEERPP constate que les conditions nécessaires au bon déroulement de ces évaluations ne sont pas réunies. Qu’elles aient lieu néanmoins relève d’un passage en force dépourvu de toute justification rationnelle dans un pays comme le nôtre, ne laissant aux collègues actuellement concernés d’autres choix que celui de s’y soumettre.

Il demande donc instamment, et une fois de plus, que les critères de ces évaluations soient au plus vite reconsidérés, en concertation étroite avec la communauté scientifique concernée, faute de quoi celle-ci ne pourra qu’engager les procédures de recours qui s’imposent face à de telles visites, menées au mépris même des règles d’égalité, d’impartialité et de compétence dont celles-ci prétendent pourtant relever.

Le Bureau du SIUEERPP

Mariages gris pensée brune psychothérapie responsable

Le Monde, 9 déc 2009

Entre temps, le mot mariage est devenu le mot-clé d’une tout autre problématique. à ce sujet on pourra consulter notre dossier sur le mariage pour tous.

“Mariages gris” et matins bruns

Encore un recul des libertés individuelles

Comment alimenter sans fin le ” problème de l’immigration “. A force, la mise en scène des expulsions risque de rencontrer l’indifférence, même si la rétention d’enfants et le renvoi vers des pays en guerre permettent encore l’affichage spectaculaire d’une détermination. Quant au démantèlement de la ” jungle ” de Calais, le renouveler trop souvent trahirait l’inefficacité d’une telle mesure. Sans doute le ” grand débat ” sur l’identité nationale permet-il d’entretenir l’attention médiatique, mais on commence à remarquer le manque d’enthousiasme dans les préfectures. C’est le moment choisi par Eric Besson pour lancer une campagne contre les ” mariages gris “.

À la différence des ” mariages blancs “, où les conjoints s’entendent pour détourner la finalité du mariage, ce seraient des ” mariages de complaisance conclus lorsqu’un des deux époux est sincère et est trompé par l’autre “, soit des ” escroqueries sentimentales à but migratoire “. Or, relève le ministre, les ” mariages gris ” ne font l’objet d’aucune qualification juridique particulière. Sans doute – mais ils n’en sont pas moins déjà réprimés par la loi. Depuis la loi de 2003 sur l’immigration, renforcée par la loi de 2006 relative au contrôle de la validité des mariages, détourner la finalité du mariage est un délit, puni de cinq ans de prison et de 15 000 euros d’amende.

Pourquoi donc cette campagne ? Par compassion pour les ” victimes “, dit-on ; surtout, il s’agirait d’une ” filière d’immigration “. Or le ministre ne dispose d’aucun chiffre. Il s’alarme pourtant : ” 80 % des cas d’annulation de mariage concernent des mariages mixtes. ” Les ” mariages gris ” en font-ils partie ? Alors, il n’est pas besoin de changer la loi. Sinon, pourquoi citer ce pourcentage ?

Le ministre omet en outre de rappeler les chiffres absolus : en 2004, 745 annulations en France, dont 395 mariages de complaisance – pour 88 123 mariages binationaux célébrés la même année, soit un pourcentage infime. Enfin, les demandes d’annulation émanent d’ordinaire du procureur : si les mariages binationaux y sont surreprésentés, c’est qu’ils sont déjà surcontrôlés.

Pour faire du chiffre en multipliant les témoignages qui accréditent l’existence de ce ” problème “, l’Association nationale des victimes de l’insécurité (ANVI), surtout connue jusqu’alors pour son apologie de la ” répression ” et sa dénonciation du ” racisme anti-Blancs “, propose sur son site une lettre type adressée au ministre : ” J’attire votre attention sur l’escroquerie sentimentale dont j’ai été victime pour avoir cru à la sincérité des sentiments amoureux simulés par le ressortissant étranger que j’ai épousé(e) en toute confiance, et qui en fait ne m’a épousé(e) qu’à des fins migratoires. ” Différentes catégories de victimes sont prévues : ” ayant une bonne situation sociale “, ” fragilisé car en recherche d’affection “, etc. Il n’empêche, le scénario est toujours le même : ” Après avoir obtenu son titre de séjour de dix ans, ou sa carte provisoire, mon conjoint s’est montré sous son véritable jour. “

Claude Greff, députée UMP chargée du dossier, s’indigne : ” En cas de mariage annulé, l’escroc reste français ! ” Or c’est faux : l’annulation pour fraude entraîne le retrait de la nationalité française. D’ailleurs, le mariage n’ouvre pas si facilement les portes du séjour et moins encore de la nationalité. Le droit automatique à la carte de dix ans n’existe plus pour les conjoints de Français, condamnés à la précarité juridique ; c’est seulement après trois ans que le conjoint étranger en situation irrégulière cesse d’être exposé à la reconduite à la frontière. Enfin, il faut, aujourd’hui, quatre ou cinq ans de mariage pour acquérir la nationalité française.

Pendant toutes ces années, les étrangers ” gris ” seraient-ils des ” agents dormants ” ? Font-ils des enfants pour endormir leur ” victime ” française et tromper la vigilance de l’administration ? Claude Greff le suggère et déplore que le fraudeur ne soit pas ” déchu de son autorité parentale “. En cas de divorce binational, la loi donnera-t-elle demain au conjoint français le pouvoir de plaider ” l’escroquerie sentimentale ” pour garder seul les enfants ? Une telle ” préférence nationale ” ne manquerait pas d’être jugée discriminatoire par la Cour européenne des droits de l’homme…

Loin de se déclarer hostile aux unions binationales, le ministre se félicite du ” métissage de notre nation ” ; c’est justement pourquoi ” la défense du mariage mixte, qui enrichit notre société, doit aller de pair avec la lutte contre le mariage de complaisance, qui en est l’une des plaies “. Le ministre se veut rassurant, préconisant ” des mesures préventives autant qu’on le pourra, sinon répressives “. La bureaucratie des experts en amour sonde donc les reins et les coeurs pour discerner entre vrais et faux mariages – a posteriori, mais aussi a priori.

Or la loi organise déjà la vérification de la sincérité du mariage, et de la réalité de la communauté de vie, avant la célébration des unions, avant la transcription des mariages célébrés à l’étranger, avant la délivrance d’un visa pour la France, avant la première délivrance d’un titre de séjour, et par la suite tous les ans lors du renouvellement du titre de séjour temporaire, avant l’obtention d’une carte de dix ans, avant l’acquisition de la nationalité française… A tout moment, la découverte d’une fraude entraîne le retrait des droits acquis.

Selon Eric Besson, en matière de ” mariages mixtes “, ” notre nation est généreuse “. Autant reconnaître que l’immigration de droit n’est plus vraiment un droit : aussi la dit-on désormais ” subie “, plutôt que ” légale “. Pour décourager les mariages binationaux, sans nier le droit de se marier, garanti par la Constitution et par la Convention européenne des droits de l’homme, il suffit ensuite de présumer qu’ils sont faux. On voit ainsi se multiplier les contrôles, les tracasseries et les embûches sur la route des mariages binationaux. La campagne contre les ” mariages gris ” est donc une étape de plus dans le recul des libertés.

Si l’Etat empêche des femmes d’épouser les hommes qu’elles aiment, ce serait pour leur bien. Or à en croire Nicolas Sarkozy, justifiant en 2007 la création du ministère de l’immigration et de l’identité nationale, ” en France, les femmes sont libres ” et, en particulier, ” libres de se marier “. A condition d’être françaises, et d’épouser un Français ? Qu’en est-il de cette liberté pour les femmes étrangères, mais aussi pour les femmes d’étrangers ? Aujourd’hui, la police de l’amour fait intrusion dans l’intimité des couples binationaux, jusque dans le lit conjugal ; il paraît que c’est pour prévenir toute ” atteinte à l’institution républicaine du mariage “. Les ” mariages gris ” de M. Besson promettent donc des matins bruns ; mais c’est au nom de la République.

Eric Fassin, sociologue, Ecole normale supérieure, membre de Cette France-là ;

Nicolas Ferran, juriste, coordinateur des Amoureux au ban public ;

Serge Slama, juriste, université d’Evry-Val d’Essonne, membre du Gisti.

© Le Monde

Des craintes ? non, un combat !

SNP : Des craintes ? Non, un combat !

le 7/12/2009

Éditorial du Nº 209 de Psychologues & Psychologies

Des craintes ? Non, un combat !

Faire respecter l’indépendance inhérente à l’exercice de notre profession et militer pour la mise en place d’un ordre professionnel des psychologues : deux résolutions phares largement approuvées lors de notre congrès, à Lyon en juin dernier.

D’autres psychologues militent contre un ordre professionnel au côté du Giredep. Voient-ils que cette opposition mène tout droit à une certification européenne, « le système Europsy », piloté par le Cofradec ? Inviter au refus de l’ordre professionnel fait vraisemblablement partie d’une stratégie chez ceux qui souhaitent la mise en place d’une « certification européenne ». Là où l’ordre professionnel pourra instaurer un cadre de référence à notre exercice, un cadre à même de défendre la pluralité des pratiques, la certification serait le plus petit commun multiple des psychologues d’Europe, véritables Furculae Caudinae construites sur des référentiels forcément normatifs comme ceux de toutes les certifications mondialisantes, réductrices de nos pratiques et risquant, en particulier, d’amoindrir la place de la clinique au profit de pratiques plus aisément quantifiables et modélisables. Ne nous privons pas de relire Claude Lévi-Strauss…

Refuser l’ordre professionnel semble être aussi, un refus de la mise au pas. Spécialistes de l’écoute du sujet nous ne pourrions nous laisser mettre en ordre ! N’est-ce pas là se gargariser de mots, croyant ainsi mettre à l’abri de tout ordonnancement le sujet désirant. Garder cette position, tel un Kant aux mains propres mais qui n’aurait plus de mains, nous met en danger : un tel refus d’organisation de la profession, nous priverait des moyens de défense nécessaires pour faire entendre notre indépendance.

Pensez-vous que la créativité des architectes ait été amoindrie par leur ordre professionnel ? Ne voyez-vous pas que les professions possédant un ordre professionnel résistent mieux à l’instrumentalisation de leurs pratiques ?

Commentaire à venir


Traditionnellement, les centrales syndicales sont contre les ordres professionnels qu’elles assimilent aux corporatismes anciens. S’appuyer sur cet état de fait pour laisser entendre que tous les psychologues qui adhèrent à une confédération syndicale sont contre un ordre n’est pas loin du fallacieux. Dans de nombreux pays les psychologues sont organisés en ordre professionnel sans que ce corporatisme des temps anciens n’y perdure plus qu’en France. Les ordres professionnels ne sont plus des opposants des organisations syndicales.

D’autres objecteront que les infirmiers sont massivement opposés à un ordre et que nous devrions les suivre. Cette opposition est compréhensible pour une profession massivement organisée autour des prescriptions médicales et d’un rôle propre soigneusement délimité par un décret de compétences, profession, de surcroît, inscrite dans les professions encadrées par le ministère de la santé.

Psychologue est une profession libérale, quel qu’en soit le mode d’exercice, salarié, agent public ou travailleur indépendant. C’est pour cela que nous avons besoin d’un ordre professionnel afin de faire respecter, sur la base de celui-ci, notre indépendance inhérente à l’exercice de notre profession. Sinon, la certification européenne tiendra lieu de cadre à notre exercice et, pis encore, celui-ci sera réduit à des listes de tâches à accomplir sous prescription ou sur ordre…

Une journée sur la formation professionnelle et le système EuroPsy, est organisée fin janvier sur Paris. J’invite tous ceux qui souhaitent que notre profession garde cette indépendance indispensable à son exercice à y participer.

Résistons aux sirènes qui diabolisent l’ordre professionnel, indispensable à la structuration de notre profession et à sa reconnaissance !

Jacques Borgy

Secrétaire général

Roland Gori à Bruxelles — l’humanité de l’homme passe à la trappe au profit de son utilité économique

JOURNAL DES JOURNÉES
lundi 7 décembre 2009
N° 67


Ça n’est pas seulement la place de la psychanalyse qui est en cause, c’est celle de l’ensemble des disciplines axées sur le processus de subjectivation, puisqu’aussi bien on n’a plus besoin de sujet. Reste comme disait Rochefort les sujets d’insatisfaction, que rameute dans le domaine des prestations cliniques notamment, et plus largement dans le secteur qu’on pourrait en effet appeler civilisation et citoyenneté, Roland Gori muni de son nouveau bâton de pélerin.

Je me méfierais de la formulation “La psychanalyse est en difficulté parce que le pouvoir, qui a besoin de praticiens de la psychothérapie, fait des choix.”. En ce sens que praticiens de la psychothérapie, qui dans le texte s’entend, de la thérapie cognitiviste, pourrait laisser penser que nous serions choisis contre la psychanalyse. On sait que c’est tout le contraire. On a commencé par nous bouc-émissariser en charlatans, pour atteindre la psychanalyse, visée en même temps que nous. D’où il ressort que l’expression psychothérapie relationnelle et rien d’autre, trouve là toute son importance. Ça n’est pas le moment d’ajouter à la confusion ambiante.

Cela dit cet excellent compte-rendu donne une idée de l’étendue du désastre, de la mobilisation aussi, qui doit s’effectuer en profondeur — c’est ainsi, l’étendue pour le désastre, la profondeur pour ceux qui se sentent responsables de limiter la casse —, la mobilisation qui ne l’emportera qu’à condition que le maximum de personnes aient bien compris de quoi il retournait et quels mécanismes étaient en jeu. Visiblement Roland Gori analyse bien, on peut s’appuyer sur son discours, nous n’y manquons pas et continuerons dans ce sens, dans ce bon sens.

Merci au Journal des Journées pour ce remarquable compte-rendu.

PS : contre-sens, Jacques-Alain Miller analysait à la suite de l’article sa différence entre lui et Roland Gori comme celle qui démarque Jean qui pleure de Jean qui rit. Je n’avais pas lu ce commentaire, qui ajoute une note critique mais ne ruine pas l’article de Monique Liart. Pan sur le bec comme on dit au Canard. L’organisateur des forums y opposait sa gaîté à la “mélancolie” supposée de la psychanalyse. J’aurais tendance à articuler les deux termes, c’est là que mon histoire et ma conviction multiréférentielle montrent le bout de mon oreille… de petit âne.

Philippe Grauer


Monique Liart

Roland Gori à Bruxelles

Roland Gori était l’invité de Jean-Pierre Lebrun et de Patrick De Neuter au local de l’AFP ce vendredi 4 décembre [2009], dans le contexte de la FABEP (Fédération des associations belges de psychanalyse). Il a donné l’historique de son mouvement, L’appel des appels, et marqué son désir que celui-ci devienne européen.

Roland Gori a montré que les problèmes de la législation de la psychothérapie et du recul de l’enseignement de la psychanalyse à l’université au profit du cognitivisme ne sont que des symptômes d’un problème de société beaucoup plus vaste : nous nous avançons vers une société de plus en plus déshumanisante, où l’humanité de l’homme passe à la trappe au profit de son utilité économique. L’accroissement des plus-values est la seule norme qui régit notre société néo-libérale. La psychanalyse va être évaluée non plus pour des raisons idéologiques, comme elle l’a toujours été, mais pour les non services rendus au cognitivisme. Le savoir dans cette société est pollué par des intérêts économiques et sociaux (le concept d'”hyperactivité” est produit par la ritaline et non l’inverse).

Roland Gori a beaucoup insisté sur le fait que le concept d’évaluation avait changé de sens au cours de ces dernières années. Ce n’est plus une manière de rendre des comptes, ce qui est un devoir inscrit dans les droits de l’homme. C’est devenu la mesure d’un écart à des standards définis par des accords politiques, lesquels reposent toujours sur des intérêts économiques très importants. On a donc gardé le même mot, mais le contenu a changé !

Comment se fait-il qu’aujourd’hui ce que demande le pouvoir, c’est de transformer l’homme en instrument, en homo economicus ? Ce ne sont pas seulement les professions de la santé mentale qui se plaignent d’un climat de santé totalitaire, les autres professions se plaignent aussi. Nous assistons à un changement de paysage éthique : on ne forme plus la réflexivité des sujets, on transforme les travailleurs en “amuseurs”. C’est la civilisation du fait divers, de l’homogène. Du côté de la culture, c’est le désastre. On liquide la culture comme valeur de la société : elle doit simplement divertir. Il faut surtout ne plus penser : c’est le symptôme moderne. L’individu est transformé en entreprise micro-libérale, il n’est qu’un consommateur de jouissance sur le marché.

Le malheur qui arrive à la psychanalyse, ce n’est pas qu’elle ait échoué – même si la psychanalyse est responsable en partie de son déclin –, c’est que la place de la psychanalyse est en train de disparaître de la culture et de la civilisation. Il a donc fallu trouver une psychologie qui soit compatible avec les valeurs de la société : le cognitivisme remplit admirablement cette place. La psychanalyse est en difficulté parce que le pouvoir, qui a besoin de praticiens de la psychothérapie, fait des choix. Notre ton mélancolique ne plaît pas à une civilisation hypomaniaque. Chaque société a la pathologie qu’elle mérite et la thérapeutique qui va avec.

L’évaluation aujourd’hui n’est plus la même que dans les années 80. C’est devenu un dispositif de conformisation, c’est une mise en esclavage social. Il faut habituer les individus à se négocier sur le marché social comme une marchandise. Nous sommes arrivés à ce que Camus décrivait dans L’homme révolté. Les experts sont les scribes de notre servitude.

Roland Gori donne comme exemple la politique de publication dans les universités : le fond de l’article importe peu, ce qui compte c’est la marque de la revue, c’est-à-dire le fait qu’elle soit fort consultée. Autre exemple : les soins palliatifs sont évalués en fonction de la manière dont on va comptabiliser les actes médicaux. Les actes médicaux se trouvent donc en opposition avec la comptabilité et on ne prend pas du tout en compte les besoins du patient.

Le plus incompréhensible est encore le fait que l’idéal de l’homo economicus ne soit pas du tout économiquement rentable ! Cet idéal vise avant tout à atteindre une conformité sociale qui permet aux individus d’adhérer à une aliénation lui permettant une fuite totale de ses responsabilités. On n’évalue pas la qualité d’un homme, on évalue sa conformité aux standards établis par des marchés internationaux qui supposent de gros moyens financiers. On produit donc un individu qui “fonctionne”. L’évaluation n’est rien d’autre qu’un dispositif d’aliénation sociale : visser les individus à une position de soumission sociale, peu importe les résultats obtenus.

Roland Gori a créé son mouvement L’appel des appels qu’il désire élargir. Il faut créer du collectif, dit-il. Il faut arriver sur la scène européenne.

ÉVALUATION — Le SIUEERPP écrit à l’AERES : ça c’est du français post-moderne !

Nos collègues psychologues et le SIUEERPP ont bien du mal, avec le rouleau compresseur et normalisateur de l’évaluation (à quand un ministère de l’Évaluation et du Chiffre ? il faudrait confier ça à Allègre) qui persévère dans la réduction via le fameux Impact Factor, un prédateur redoutable de la psychodiversité, enfin ce qu’il en reste, pas grand chose vu qu’auparavant déjà elle ne brillait pas d’un éclat remarqué à l’Université française, un réducteur de têtes donc dans les UFR de psychologie, au détriment de tout ce qui peut toucher aux disciplines consacrées au processus de subjectivation, ce qu’on appelle là-bas la psychologie clinique.

Nous nous réjouissons de n’avoir pas à pâtir désormais de ces aberration ministérielles établissant par-dessus votre tête votre caractère de scientificité, pour tout dire mettant en place les éléments d’un système de science officielle.

Modestes psychopraticiens relationnels, nous pourrons en paix nous l’espérons, vaquer à nos pratiques et recherches en dehors des prescriptions officielles de scientificité, en réalité de scientistique, grand bien nous fasse, ainsi qu’à ceux qui recourront à notre secteur devenu secteur libre, au demeurant rigoureux dans le cadre de ses critères et valeurs scientifiques, épistémologiques et éthiques propres.

Philippe Grauer


Courrier du Siueerpp au directeur de l’Aéres, décembre 2009

Monsieur le Professeur Jean-François Dhainaut
Directeur de l’AERES

Monsieur le Directeur,

L’Agence d’Évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur a rendu publique, le 14 octobre dernier, la liste des revues qu’elle considère présenter, dans le domaine « psychologie / éthologie / ergonomie », les critères scientifiques requis.

Vous n’êtes certainement pas sans connaître les réactions que la liste de même facture et reposant sur des critères identiques, publiée l’an dernier, avait provoquées dans notre communauté scientifique. Il ne peut qu’en aller de même cette année, tant cette liste (fondée sur les « critères d’impact ») comporte de risques de stérilisation de la pensée et de la recherche, d’appauvrissement de la diversité des publications et de leurs supports, de réduction dramatique des orientations sous-disciplinaires à un seul paradigme étroit. Nous vous faisons grâce ici de l’argumentaire détaillé que mérite la question, mais tenons à votre disposition un véritable dossier de textes et de publications présentant ces arguments.

Il nous paraît important de vous faire savoir que le Séminaire inter-universitaire d’enseignement et de recherche en psychopathologie et psychanalyse [association qui regroupe actuellement plus de 200 Maîtres de conférences et Professeurs des Universités en psychopathologie clinique (soit la majorité des enseignants-chercheurs français dans ce domaine)] condamne fermement tant le processus conduisant, sans aucune concertation de la communauté scientifique concernée, à produire de telles listes, que l’utilisation qui peut en être faite ensuite à des fins d’expertise.

C’est pourquoi le SIUEERPP, qui prône une évaluation avant tout fondée, précisément, sur les avis, les pratiques et les objectifs de la communauté scientifique concernée, sollicite de votre part la possibilité de faire entendre ses arguments et ses propositions alternatives, que ce soit à travers un entretien, ou à travers une réunion qui permette de remettre à plat ces procédures évaluatives, singulièrement peu adaptées aux champs disciplinaires qu’elles abordent.

Vous remerciant d’avance de l’attention que vous voudrez bien nous accorder, nous vous prions, Monsieur le directeur, d’agréer l’expression de nos pensées les plus respectueuses.

Alain Abelhauser, Professeur des Universités, Président du SIUEERPP

Roland Gori, Professeur des Universités émérite, Président d’honneur du SIUEERPP

Mohammed Ham, Professeur des Universités, Secrétaire Général du SIUEERPP

Copies à :

Madame Valérie Pécresse
Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

Monsieur le Professeur Pierre-Louis Fagniez
Conseiller au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

Monsieur le Professeur Patrick Hetzel
Directeur de la DGES

Madame le Professeur Annie Vinter
Conseillère à l’AERES

Écoles de psychanalyse et de psychothérapie

Ce communiqué de 2007, F-R Dupont-Musard nous le recommunique en rappelant que sa teneur : “Au nom d’une prétendue ouverture les équipes de recherche exclusivement référées à l’approche cognitiviste seraient légitimes, tandis que celles référées à la psychanalyse se verraient imposer d’autres perspectives” se trouvait confirmée par sa propre recherche sur les rapports de l’Aeres diffusée par lui en octobre 2009.

Le fait est qu’on ne saurait “penser essentiellement la formation des cliniciens dans le cadre de l’université, sans mentionner celle des Écoles de psychanalyse, et encore moins celle des psychothérapeutes“, sans dénaturer la profession de ceux qu’on s’apprête à revêtir du titre de psychothérapeute NN, suffisamment pour que l’envie nous prenne de nous démarquer de ce nom dont nous avions la paternité (1“). Le fait est qu’on s’oriente vers des Écoles de psychanalyse, comme cela se pratique dans d’autres pays, aux côtés de celles de psychothérapie relationnelle, et que ce nouveau système de transmission finira bien par s’officialiser, comme dirait Corneille, en dépit de l’envie. Il reste constant que côté “inventions offensives” notre mouvance et nos écoles agréées ne sont pas en reste.

La liquidation de la clinique dans les institutions de soins (noter le s pluriel qui démarque cette discipline de la nôtre où l’on prend soin, au singulier à tous les sens du terme, de soi) contre quoi s’est élevé le Sauvons la clinique puis l’Appel des appels relayant la protestation plus largement, répartirait celle-ci de notre côté, sauf que l’affaire est loin d’être si simple et continue d’engager notre devoir de solidarité.

Philippe Grauer}}


MUPP Communiqué juin 2007 :

Avec les Écoles, passer à l’offensive


Chasse à l’approche psychanalytique

La chasse à l’approche psychanalytique dans les enseignements de psychologie semble en passe de s’accentuer. Une pétition inspirée du Livre noir et des approches anglo-saxonnes (« The petition ») veut faire croire que cette approche posséderait un « monopole de formation » qu’il s’agirait de tempérer par une diversification des enseignements. Elle passe sous silence que l’orientation cognitiviste est largement dominante dans les enseignements de psychologie dispensés par les universités françaises. Les auteurs (anonymes) de cette pétition veulent ignorer que certaines d’entre elles sont déjà parvenues à bannir toute référence à la psychanalyse, tandis que d’autres s’appliquent avec insistance à y parvenir. Rares sont les lieux universitaires où l’enseignement de la psychologie clinique échappe encore à la chappe scientiste qui appréhende la singularité du sujet comme une scorie déplorable.

Des critères de scientificité inaptes à saisir la spécificité du processus de subjectivation

Derrière un apparent souci de diversification des enseignements transparaît une volonté d’éradiquer tout ce qui subsiste de référence à la psychanalyse. En témoigne le souhait de soumettre les travaux des psychologues cliniciens aux « mêmes critères d’évaluation » que ceux utilisés en un autre domaine : « celui de la productivité scientifique ». La spécificité épistémologique des études cliniques est balayée sans être interrogée. Même les approches Rogériennes, ou familiales, pourtant mentionnées dans « The petition », ne sauraient longtemps trouver place à l’Université, si elles devaient se soumettre à des critères scientifiques d’évaluation, inaptes à saisir leur spécificité. Au nom d’une prétendue ouverture les équipes de recherche exclusivement référées à l’approche cognitiviste seraient légitimes, tandis que celles référées à la psychanalyse se verraient imposer d’autres perspectives ! Bref chacun aura compris que derrière un apparent souci d’équilibre se cache une volonté totalitaire de subordonner toute approche des phénomènes humains au discours de la science(2“).

Liquidation de la clinique dans les institutions de soins

Dans ce contexte, le « Manifeste pour les pratiques et formations cliniques » établit un constat de liquidation en cours de la clinique dans les institutions de soins et de formations auquel nous souscrivons. Cependant, il s’agit d’un texte rédigé dans une perspective universitaro-centriste, qui pense essentiellement la formation des cliniciens dans le cadre de l’université, sans mentionner celle des Écoles de psychanalyse, et encore moins celle des psychothérapeutes. De tels silences portent en germe des conceptions qui pourraient s’avérer fort divergentes de celles du MUPP quant à la formation des psychanalystes.

Un savoir issu d’une expérience de mutation subjective

Le MUPP tient ferme sur le fait que la formation des psychanalystes s’effectue en-dehors de l’Université, non pas en raison d’un accident de l’histoire, auquel il pourrait être remédié, mais pour des raisons qui tiennent à la psychanalyse elle-même. Le savoir spécifique du psychanalyste n’est pas une connaissance intellectuelle, qui puisse s’acquérir par l’étude, mais un savoir issu d’une expérience de mutation subjective, qui ne peut advenir que de l’expérience d’une cure.

Difficile dans ces conditions d’associer le MUPP aux bonnes intentions du Manifeste pour les pratiques et les formations cliniques.

Plutôt parier sur les Écoles pour les « inventions offensives »

Il prône de passer à l’invention offensive. L’intention est excellente, mais suffit-il pour cela de se rassembler à nouveau ? Actuellement, les seules inventions offensives porteuses d’avenir pour la psychanalyse paraissent être les créations d’institutions nouvelles, indépendantes de l’État (…). Or les universitaires s’avèrent souvent entravés par leurs fonctions pour s’investir dans de telles « inventions offensives ». On sait que leur pratique privée les a déjà trop souvent conduit à abandonner les universités aux cognitivistes en n’y étant pas assez présents. Au mieux ils défendent pied à pied la prise en compte de la singularité du sujet dans leurs enseignements et dans la formation des psychologues, c’est déjà beaucoup d’énergie. Ce combat reste indispensable, mais il semble qu’il faille plutôt parier sur les Écoles pour les « inventions offensives » : leurs membres paraissent en de meilleures conditions pour s’y investir.

Pr. Jean-Claude MALEVAL
Président du MUPP
Mouvement universitaire pour la psychanalyse

[1] « Discours de la science » est une expression lacanienne.

  • 1 S’agissant de ce que l’on a appelé dans les années 80 les {{Nouvelles thérapies , ancêtres issues de la psychologie humaniste qui allaient devenir notre actuelle psychothérapie relationnnelle . Le terme générique remonte comme on sait au XIXème siècle.
  • 2 « Discours de la science » est une expression lacanienne (note de l’auteur).