Région PACA — Un séminaire d’analyse bioénergétique

RÉCUPÉRER NOS FORCES DE VIE

Voici une définition simplifiée de la vie psychique, quasi populaire, soucieuse d’informer ceux que cela pourrait concerner de l’intérêt pour eux. Dans le style Potentiel humain. La métaphore de la blessure façon infirmière pour parler du traumatisme est moins métaphorique qu’il y paraît puisque en matière de psychocorporel et d’héritage reichien, le corps c’est l’âme. Il s’agit de débloquer (d’où le concept de blocage) ce qui peut faire de nous des coincés par la cuirasse somatique enkystant les blessures, une cuirasse structurant notre rapport au monde et notre mode relationnel, que l’on peut avoir tout intérêt à revisiter. Précisément en Analyse bioénergétique une théorisation du développement et de ses accidents de parcours engendre une psychopathologie originale, selon le moment de constitution de la structure cuirassée.

C’est à partir de ce soubassement théorique que les forces de vie renvoient au concept d’énergie, qui communique avec la pulsion freudienne et la pensée de Reich puis Lowen, sans oublier Winnicott puis d’autres contemporains fort intéressants (à quoi si l’on veut on peut conjoindre du Milton Erikson, un modèle différent, attention à l’éclectisme). Efficace quand bien conduit, tempéré avec la modération clinique qui s’impose.

Évidemment, tout cela est bien plus complexe que l’annonce nunuche proposée, à la manière des années héroïques Développement personnel (bien-être) et non psychothérapie (souffrance). On dira que ça lui donne un cachet “à l’ancienne” mais on ne se méprendra pas, en l’occurrence l’animation est de qualité et de bon niveau.

L’eriksonnisme s’y voit au détour de l’annonce subordonné à l’analyse bioénergétique : implicite, une formule intégrative ?

Philippe Grauer


Week-end d’Analyse bioénergétique

27-28 NOVEMBRE 2010

à LORGUES — 83510

Psychothérapie & séminaire de préformation à l’Analyse bioénergétique

Anciennes blessures souffrances actuelles

“…Tous, nous avons soufferts de blessures au cours de notre vie et en général, toutes les blessures cicatrisent si on les laisse cicatriser, mais parfois ces blessures nous font peur. Alors, nous les couvrons pour ne pas les voir et nous croyons que de cette façon, tout est arrangé. Et pour un moment nous nous sentons tranquilles.

Mais les blessures restent ouvertes en attendant d’être soignées. Parfois, ce sont des blessures grandes et profondes, d’autres fois, petites mais nombreuses ! Alors que certaines blessures commencent à se fermer, il y en a qui s’enkystent, d’autres peuvent se forment par-dessus et même parfois s’infecter.

Le problème quand on garde les blessures ouvertes, c’est qu’elles continuent à faire mal. Elles continuent à nous miner. Nous perdons alors de la force et de l’énergie, et nous affaiblissons.” (Térésa Roblès)

Résolution et force de vie

Les blessures de l’âme, les blessures du corps, les blessures du cœur, les blessures des émotions peuvent cicatriser ! Pour commencer ou continuer ces processus de cicatrisation, il suffit que nous en ayons l’intention ou le désir. Notre part de force de vie fait le reste.

Inscription

Groupe limité à 12 personnes. Il sera annulé si le nombre de participants est inférieur à 6.

Date limite d’inscription : 20 novembre 2010

Désistement : en cas d’annulation de votre part, dans un délai inférieur à quinze jours les arrhes versées ne seront pas remboursées.

Lieu

Le CADE — Centre d’animation de développement et d’échanges.
La Basse-Maure, 83510 Lorgues (1“).

Type de travail

À l’appui de l’approche psychocorporelle, des outils d’analyse et de médiation, de l’hypnose ericksonienne et des relations interpersonnelles dans le groupe, les praticiennes se proposent de vous accompagner pour récupérer ces forces de vies bloquées.

Personnes concernées

– Cette session se propose aux personnes intéressés par la poursuite d’un travail personnel.

– Elle s’adresse aussi aux pré-professionnels curieux d’entreprendre la Formation de psychothérapeute en Analyse bioénergétique. Ce séminaire aura pour eux valeur de stage de préformation.

Inscription

S’adresser à l’Institut d’analyse bioénergétique France sud

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Animatrices

Anne Maslov : Psychopraticienne de la Relation, Analyste bioénergéticienne

Martine Vigier : Psychopraticienne de la Relation, Analyste bioénergéticienne, formée à la pratique de l’hypnose ericksonienne.

  • 1 Au cœur de la Provence, entre Méditerranée et Verdon, le hameau de la Basse Maure a plusieurs centaines d’années et appartient à la même famille depuis le XVIIème siècle. En cours de restauration depuis une cinquantaine d’années, il connaît de nouvelles activités.

    Qui prennent place dans le cadre de la SARL CADE, Centre d’animation de développement et d’échanges.

    Jean EMERAT, ingénieur agricole, animateur de formation-consultant, retraité

    Marie-Josée EMERAT, infirmière retraitée

    André Levesque, ancien directeur de sociétés d’études, retraité

    – y restaurent le hameau de la Basse-Maure
    – accueillent et animent des séjours et des séminaires
    – hébergent l’association CERS — Centre d’études et de recherche sociologiques.

Les Parerga de Michel Onfray.

Mais qu’est-ce que le Nouvel Obs est allé faire dans cette galère ? à billet, contre-billet. Voici l’indignation du professeur Rotfus, encore un ! qui a abandonné un instant son travail aux pompes funèbres de la culture pour exprimer, que voulez-vous, son indignation. Nous la publions, c’est pas pour le provocateur c’est pour Benoît Peeters et Derrida. Quand même, pour parler comme Queneau, faut pas pousser.

PHG


Dans la rubrique « LIVRE » page 114 du dernier numéro du Nouvel Observateur Michel Onfray commet un de ces articles dont il a désormais le secret, et qui est supposé faire référence à la biographie de Benoît Peeters sur Derrida[1]. Je ne comprends pas ce texte violent et insultant de Michel Onfray. Qu’est-ce en effet que cette manière de chroniquer non pas la Biographie de Derrida – excellente, d’ailleurs, je suis en train de la lire –, mais les Carnets du biographe, petit texte annexé à celle-ci ?

Le rédacteur responsable de la rubrique livre du Nouvel Obs annonce en chapeau : Polémique. Où est la “polémique”? Il n’y a pas de polémique mais, comme on en a l’habitude désormais avec Onfray, des insultes, et des invectives dans un article rempli d’erreurs et de falsifications rédigé à la va vite sur un ton vengeur et insupportable. Des exemples ? “Le voilà (Derrida) à son tour aux mains d’un biographe, Benoit Peeters, exactement comme nous serons tous à la merci d’un employé des pompes funébres”. Mon Dieu, Onfray gardien de la mémoire de Derrida ! On aura tout vu ! Pitié pour Derrida !

Mais heureusement, Michel Onfray donne ici une leçon de biographie de haute école, lui qui ne cesse de proclamer qu’elle est la “clé majeure de sa philosophie”. Qui est Benoît Peeters selon Onfray? Dans un alinéa aussi obscur que mystérieux, on doit comprendre qu’il est du côté de “l’académisme des professeurs”, dogmatique de l’orthodoxie structuraliste qui a “théorisé cette haine de l’auteur”». Benoit Peeters professeur ? structuraliste ? haineux ?

Quelques lignes plus loin à l’inverse, horresco referens, l’indignité de Benoît Peeters est dévoilée : “Voilà un homme connu pour une biographie d’Hergé, des collaborations dans des BD, et pour être un spécialiste de Tintin – autant de titres de noblesse philosophique bien sûr –”. L’horrible traître est mis à jour. Cet individu qui prétend avoir la dignité d’un biographe de philosophe – et il faut en savoir quelque chose de la philosophie pour cela ! – n’est qu’un infâme tintinophile, pour ne pas dire tintinomane.

Je connais l’œuvre de Benoît Peeters qui m’accompagne et m’enchante depuis longtemps avec son complice, le dessinateurs scénariste et architecte visionnaire François Schuiten. C’est un universitaire titulaire d’une HDR (habilitation à diriger des recherches, diplôme de l’enseignement supérieur le plus élevés en France), qui fut élève de Roland Barthes, diplômé de l’École pratique des hautes études, auteur consacré, passionné par le nouveau roman, passionné par le cinéma et l’image, polyvalent talentueux. Si vous ne les connaissez pas, découvrez toute affaire cessante les 9 volumes qui depuis 1982, composent l’univers des Cités obscures !

Voilà un homme qui devrait convenir à Onfray, hors des carrières universitaires et des dogmatismes qu’il dénonce, un créateur, un arpenteur des chemins transversaux, un visionnaire. Au lieu de quoi, il le couvre de crachats. Il doit y avoir beaucoup de brouillard et de confusion dans la tête d’Onfray, lui qui dans une très pâle et lointaine imitation de Schopenhauer et de Kierkegaard voue aux Gémonies la philosophie des professeurs[2].

Décidément, dans chacun de ses Parerga, Paralipomena, et Apostilles, [3] outre ses désormais habituelles âneries, Onfray a le talent de s’aliéner tous ceux à qui il s’adresse, et tous ceux qui s’intéressent aux sujets dont ils parlent. Pour s’en tenir aux plus récents, citons, les journalistes qu’il ne cesse d’invectiver, les espérantistes qui y perdent leur latin, les praticiens des langues régionales, les historiens de la Révolution française et de l’assassinat de Marat par Charlotte Corday, les croyants des grandes religions monothéistes tenues pour responsables d’Hiroshima et d’Auschwitz, les amis des Lumières et de Kant devenu responsable de la Solution finale selon Eichmann, les millions d’amis de la psychanalyse freudienne. Et désormais les amis de Tintin, d’Urbicande et de Benoît Peeters.

Allons, Onfray, au travail ! faites nous vite cette psychanalyse non freudienne, reicho-sartro-politzero-derridienne, qui va river son clou à la “parapsychologie freudienne”, dépêchez-vous de former de nouveaux thérapeutes non-freudiens et devenez en le premier patient en thérapie au long cours, gratuite si vous le voulez. Mais de grâce, allez soigner votre paranoïa galopante et vos accès de bouffonnerie obscène. Prenez votre temps sur ce divan improbable. Ça nous fera des vacances, et l’air redeviendra un peu plus pur et plus respirable.


Michel Rotfus, professeur de philosophie au lycée international Honoré de Balzac, Paris 17éme.


[1] Derrida, par Benoît Peeters. Flammarion. Grandes biographies. 2010.

[2] Eux s’en prenaient aux “calibans intellectuels”, “hâbleurs”, “gonfleurs de vents (Windbeutel)”. Schopenhauer. Le Monde comme volonté et représentation. Préface à la seconde édition. Ou encore : Le fondement de la morale, §6. Parerga et Paralipomena , 11 (1), A, 111 ; J, 5, p.45 ; 5 mai-28 juin 1854 et Pap., 11 (1), A, 183 ; J., 5, p. 74, 28 juin-16 aout 1854).

[3] Parerga : nom masculin pluriel pluriel de parergon (mot grec) addendums, éléments ajoutés à une œuvre. Paralipomène : (adjectif singulier invariant en genre) relatif à un ouvrage précédent du même auteur. Apostille : addendum en marge ou au bas d’un écrit (type post sciptum). Le terme vient du bas-latin postilla : note, explication.

Collectif des 39 : nouveau site

Le nouveau site du Collectif des 39

Le voilà, il est tout nouveau, tout beau, le nouveau site.

Depuis le début de l’aventure du mouvement des 39, nous avions su qu’il fallait un outil d’information et de diffusion de nos réflexions, des textes des Forums des 39.

Depuis l’Appel contre la nuit sécuritaire, qui en quelques trois semaines après le discours de Nicolas Sarkosy à Antony, avait su réunir plus de 20 000 signataires, fait majeur et inédit en France sur les questions touchant à la psychiatrie, à la place de la Folie, nous nous sommes saisis de l’outil internet.

La première tentative a permis de faire connaître nos orientations, nos valeurs pour une psychiatrie humaine, pour une hospitalité pour la folie.

Grâce au magnifique travail de Pascal Hérard, nous passons aujourd’hui à une autre étape.

Voici donc le nouveau site. Plus lisible, plus facilement consultable. Cet outil devra être un espace de discussion, nos fameux Forums, à Montreuil, à Villejuif, à Reims, à Montpellier, à Ville Evrard, à Uzés, dans les régions, vont ainsi se dédoubler de micros forums, de base, d’échanges, de disputes.

À chacun de s’en saisir pour que cet outil devienne une Agora transformatrice des pratiques actuelles, un espace de résistance, d’invention et de création.

Les Nouveaux cahiers pour la folie, l’édition Contes de la Folie Ordinaire dans Médiapart, sont autant de relais, de mise en forme de nos révoltes, de nos analyses, de nos constructions.

Le nouveau site du Collectif des 39, devrait nous permettre d’amplifier notre audience, de stimuler les débats, de favoriser « la dispute », autant de lieux de rencontres et de confrontations, mais aussi d’espace de recherche et d’innovation.

Après cette panne de la pensée des années 90 – 2000, ce creux, ce vide qu’ont entretenu les menées scientistes, cet appauvrissement par le projet de destruction de la politique de secteur, de la psychiatrie elle-même, armons-nous pour penser l’avenir, construire une nouvelle espérance pour la place de la folie dans la Cité, inventer des pratiques dans lesquels les patients, les familles, les professionnels, les citoyens se saisissent de la parole.

Reprenons à notre compte, faisons vivre cette belle formule : La psychiatrie doit être faite et défaite par tous !.

Paul Machto

Autisme : Les enfants de l’indicible peur

PARUTIONS

À la presque veille du 23 ème Colloque SIHPP de Lyon, du Samedi 27 Novembre 2010 sur le sujet, voici que paraît :

Henri Rey-Flaud, Les enfants de l’indicible peur.
Nouveau regard sur l’autisme
, Aubier, Paris, Collection La Psychanalyse prise au mot.


Une approche qui contribue à une intelligence du cœur de l’énigme de cette folie si difficile à penser, qui nous bouleverse et interroge, moins à éradiquer ou dresser dans des programmes durs style c’est pour ton bien davantage propres à conformiser en surface qu’a s’efforcer d’entendre.

L’affaire reste difficile et multifactorielle, rien ne doit être négligé, surtout pas l’approche en profondeur de la personne et de la relation, de la personne-relation-langage, une relation sous terreur, plombée d’angoisse si l’on peut dire originale de forme.

Philippe Grauer


Ce livre met en lumière un visage inconnu de l’enfant autiste. Si cet enfant n’est jamais entré dans le « monde des gens », c’est qu’il a été frappé d’une indicible peur devant son étrangeté et médusé par sa beauté. Cette révélation rend la figure du petit garçon ou de la petite fille hors du temps et hors d’atteinte tout à coup moins énigmatique.

C’est non seulement cette rencontre manquée avec l’Autre que Henri Rey-Flaud nous fait découvrir, mais encore les stratégies savantes mises en œuvre par l’enfant pour ne pas être submergé par le réel, ni emporté par la dynamique du langage : ainsi Sarah accrochée à son coquillage-fétiche ou Antonio maniant son miroir, lieu de sa disparition et de sa renaissance. Que ces défenses soient insuffisantes à contenir sa peur, c’est ce dont témoigne la façon qu’il a de murer son regard, sa voix et son corps. Une rétention, quelquefois totale, difficile à soutenir pour les parents. Mais la forteresse dans laquelle il se replie n’est pas vide : un guetteur veille en permanence, attentif à l’Autre redouté et, on ne le sait pas, souvent attendu. Son visage « partagé par le milieu », selon la formule d’un patient, un oeil tourné vers l’intérieur et l’autre vers le monde, exprime cette contradiction. Le lien subtil ainsi maintenu avec la communauté des hommes montre que de telles conduites de retrait ne sont pas l’effet d’une incapacité mais d’un refus résolu qui invalide la mise en cause brutale des parents, avancée par les premiers spécialistes.

L’enfant autiste présente une figure inédite du « non-agir » promu par les sagesses orientales, qui détermine son rapport paradoxal à la « normalité » et montre que la guérison, dans son cas, signifie rompre le charme, lever l’enchantement qui le tient prisonnier.

Psychologue clinicien et temps FIR

Où l’on distingue clairement que nos professions sont autant voisines que différentes.

PHG

De : frdm : francois-r. dupond muzart
Objet : [psychanalogie] Temps FIR Formulations juridiques + Communique SNP
Date : 28 octobre 2010 10:14:53 HAEC


Je me décide finalement à faire cette tronche de psy sur le psychologue clinicien car aucun collègue à ce jour ne s’y est attelé d’une part, et d’autre part, car nous pouvons être plusieurs a exprimer un ressenti forcément différent puisque personnel sur notre activité professionnelle.

Qu’est-ce qu’un psychologue clinicien ?

Voilà la question posée. La réponse, elle, me semble difficile car changeante. En effet, après quelques années de pratiques, certaines certitudes sont tombées et d’autres tomberont vraisemblablement dans quelques années. Je dirais que le psychologue clinicien doit peut-être d’abord accepter la castration… Je veux dire par la, que sans cesse nous avançons dans notre cheminement, et sans cesse le sentiment d’en savoir moins apparaît. Je repense alors à cette citation de Goethe : ” Wer nichts weißt, aber weißt, daß er nichts weißt, weißt viel mehr als der, der nicht weißt, daß er nichts weißt. ” autrement dit : ” celui qui sait qu’il ne sait rien, sait déjà beaucoup plus de choses, que celui qui ne sait rien, et qui ne le sait pas. “

En effet, sortant de la fac j’aurais pu écrire des pages et des pages sur l’inconscient, l’hystérie, la névrose d’angoisse, la paranoïa, etc.. Aujourd’hui je sens que ce n’est pas si simple qu’il y a autre chose mais quoi ? Peut-être la clinique justement ! ! ! Le clinicien est avant tout un psychologue qui va à la rencontre de l’autre en se servant du filtre de son propre appareil psychique. Eh bien c’est la que ça se complique cette histoire, car il faut comprendre l’autre à travers le prisme de sa propre psyché. D’où l’intérêt, voir l’obligation morale, de se ” connaître ” un tant soit peu, du moins dans l’orientation psychanalytique qu’est la mienne.

Le psychologue clinicien est là, présent, suffisamment mais pas trop, dans un savant mélange dont la recette est sans cesse à retrouver et à réinventer. Car le psychologue clinicien, s’il n’a plus toutes ses certitudes, n’en reste pas moins un chercheur, et parfois même un trouveur …Il trouve ce qui justement va permettre la rencontre, ou tout au moins une rencontre avec l’autre. Il trouve le cadre le mieux approprié car le cadre est sans cesse à réinventer. Certes nous avons des classiques, mais il nous faut trouver le médium qui permette d’appréhender l’autre. Parfois la disposition du lieu, parfois l’utilisation du dessin ou d’un jeu. C’est en ce sens que le clinicien est un trouveur. Pour cela il se sert de ses connaissances mais aussi de son sixième sens qu’il a développé au fur et à mesure de ses stages : l’intuition. A savoir après si cette intuitions ne serait pas ce que certains appellent le transfert, mais c’est là une autre histoire… L’exercice du clinicien dans une institution, outre la relation clinique (littéralement au chevet du malade) est aussi une relation d’équipe. Là où cela se complique, c’est que ce psychologue clinicien est échappant, pas dans le mode hiérarchique classique. Dans la fonction publique hospitalière, il est cadre A (cadre supérieur) mais il ne donne pas d’ordre…et n’en reçoit pas . cela peut être perturbant parfois dans un mode de fonctionnement habituellement très hiérarchisé.

Alors, il doit, tant bien que mal, tenter de résister, suffisamment mais pas trop, aux aspirations d’un côté et de l’autre. Il se donne parfois comme objectif de faire du lien entre les soignants et de poser des questions que seul un psy peut bien se poser. Je repense à ce que Jean-Bernard Chappelier (un professeur de psychologie clinique de l’université de Poitiers) nous avait dit une fois. il racontait avec l’aisance de la narration qu’est la sienne que les gens admiraient un convoi avec des chevaux, des habits superbes, une prestance remarquable ; un carrosse remarquablement sculptée. La foule ne voyait que ça. Et le psychologue, lui, aurait remarqué ce à quoi personne ne prêtait attention : les déjections des chevaux que laissait ce cortège derrière lui .

Je vais maintenant aborder deux facettes que je connais bien puisque les pratiquant, le psychologue clinicien au sein d’un centre hospitalier, et en exercice libéral.

Le psychologue clinicien au sein de la FPH bénéficie d’un tiers temps nommé temps FIR (Circulaire DH/FH3/92 n°23 du 23 juin 1992 ). Ce temps est un temps de Formation Information Recherche qui correspond a 1/3 du temps de travail effectif soit 11h30 environ de temps FIR et 24h30 de temps de travail ” classique ” pour un emploi a temps plein de 35h00.

Que nous dit cette circulaire concernant ce 1/3 temps FIR ?

” Le psychologue se doit d’actualiser sa formation sur les évolutions des méthodes et connaissances. Toutes facilités doivent lui être données pour permettre cette formation et. notamment, pour rendre possible le suivi d’enseignements ou de formations, le cas échéant à l’extérieur de l’établissement.

Aux termes des alinéas 3 et 4 de l’article 2 du décret du 31 Janvier 1991 précité, et pour assumer sa démarche professionnelle propre, pour élaborer, réaliser et évaluer de façon continue son action, le psychologue effectue une démarche personnelle qui comprend les éléments suivants :

– travail d’évaluation prenant en compte sa propre dimension personnelle, effectué par évaluation mutuelle ou par toute autre méthode spécifique.

– actualisation de ses connaissances concernant l’évolution des méthodes et l’information scientifique.

– participation, impulsion, réalisation et communication de travaux de recherche.

En outre, il peut, le cas échéant, participer et collaborer à des actions de formation, notamment auprès des personnels des établissements visés à l’article 2 du titre IV et auprès des écoles ou centres de formation qui y sont rattachés.

Il peut également être chargé de l’accueil d’étudiants en psychologie effectuant un stage hospitalier. “

Autrement dit, le texte étant très clair, le psychologue utilise ce temps pour actualiser ses connaissances (lectures, internet, colloques, etc..) et éventuellement travail de supervision, formations, accueil de stagiaires, etc…

Le salaire est dérisoire au niveau de la FPH, mais l’avantage est de pouvoir bénéficier de ce tiers temps d’une part, et d’autre part de travailler en équipe pluridisciplinaire, ce qui, de par nos différences, est riche d’enseignements mutuels.

De plus, il y a aussi le plaisir républicain de faire partie de la fonction publique et d’offrir nos prestations gratuitement aux patients.

L’exercice libéral présente comme avantage une autonomie totale ( si je veux travailler le dimanche et le soir jusqu’à 21h30 il n’y a aucun problème). L’inconvénient étant ce manque de travail en équipe, même si un travail en réseau est possible.

Les demandes sont également variées, de la personne qui a mûrement réfléchi sa démarche, à celle qui prend rendez-vous après avoir vu votre plaque…

Je trouve que l’activité mixte est excellente et à préserver, car elle permet de pouvoir avoir à la fois un travail d’équipe, et une diversité professionnelle, et qu’elle permet au clinicien de se ressourcer dans un lieu ou dans l’autre.

S.NICOLAS


Psychologues FPH Circulaire 4 mai 2010 “Temps FIR” :

Ci-dessous communiqué SNP,
mais d’abord :

Réponse à une question reçue, dont :
Ébauches de formulation des “demandes” de mise en œuvre du temps FIR

« Quelles peuvent être les actions juridiques possibles si la Direction ne veut pas au moins surseoir à l’application de cette circulaire ? »
Les actions juridiques possibles se résument à présenter des requêtes devant le tribunal administratif; dans lesquelles des décisions de la direction seront attaquées pour violation du décret de 1991. Dans un tel contentieux, il faut être soi-même irréprochable : par exemple, avoir motivé une “demande de temps Fir” directement par rapport au décret, donc en indiquant la nature de la « nécessité (pour) l’élaboration, la réalisation et l’évaluation de leur action (des psychologues)”.
Décret, art. 2, 3e alinéa : « Ils [les psychologues] entreprennent, suscitent ou participent à tous travaux, recherches ou formations que nécessitent l’élaboration, la réalisation et l’évaluation de leur action. ».
Donc par exemple il faudrait rédiger ainsi — le principe est de reprendre littéralement les termes du décret, et les termes consacrés d'”exécution de dispositions”, ainsi que ceux d'”articulation (entre elles) des nécessités de service” (par opposition aux termes de la circulaire qui soumet le temps Fir aux nécessités de service, comme si le temps Fir n’était pas une nécessité de service) :
— Évidemment il s’agit ci-dessous d'”ébauches” de formulations qu’il faudrait soumettre à d’autres juristes… et à votre propre sagacité.
Évidemment ne surtout pas viser/citer la circulaire dans ces “demandes” !
(ou alors par la formule évasive “en considération de ceux des termes de la circulaire du (…) non contraires au décret du (…)”.)
1. « En exécution de l’alinéa 3 de l’article 2 du décret du… 1991 ainsi rédigé : «…», j’entreprends par nécessité de service de participer à une formation… pour la réalisation de l’action que vous m’avez confiée de… (ou : pour l’évaluation de l’action que vous m’avez confiée de…). Je vous prie de me faire savoir si d’autres nécessités de service à votre connaissance méritent d’être articulées avec cette exécution des dispositions impératives précitées du décret.».
2. S’agissant d’un contractuel… qui n’a pas froid aux yeux : « En considération de l’alinéa 3 de l’article 2 du décret du (…) rédigé comme suit (…), j’entreprends de… En effet, je ne peux me dispenser des devoirs d’entreprendre des psychologues ordonnés par les dispositions précitées s’agissant des psychologues titulaires de la fonction publique qui sont chargés des mêmes actions. Les psychologues non titulaires ne sauraient échapper, même avec votre autorisation, à ces devoirs d’entreprendre d’une importance telle qu’ils sont expressément imposés par les dispositions précitées par nécessité de service que ces dispositions constatent. Je vous prie de m’indiquer si vous avez cause d’opposition à cette exécution de mes devoirs de service, à défaut de laquelle la réalisation des actions qui me sont confiées serait non conforme aux nécessités de service constatées par les dispositions impératives précitées. ».
— Évidemment il s’agit de préconstituer pour les juridictions le moyen (argument) juridique d’obstruction à la réalisation des fonctions de psychologue, que ce soit en exécution ou en considération du décret décrivant ces fonctions dans les établissements publics FPH.

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http://www.psychologues.org/modules/news/article.php?storyid=714
= http://goo.gl/JIpE

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SNP Communiqué | le 27/10/2010

COMMUNIQUÉ de la Commission nationale FPH | 24 octobre 2010

Circulaire du 4 mai 2010 : Halte à la psychologie à deux vitesses

La Circulaire DGOS/RH4/2010/142 du 4 mai 2010 relative à la situation des psychologues dans la FPH, publiée le 15 septembre 2010 au JO et envoyée à tous les directeurs d’établissements a jeté le trouble dans toutes les institutions. Le courrier adressé dès la rentrée par la commission nationale du SNP à la DGOS est encore actuellement sans réponse. Toutes les organisations syndicales ont dénoncé l’inégalité de traitement entre titulaires et contractuels concernant l’exercice de la fonction FIR. Certaines directions ont annoncé leur intention d’appliquer les aspects positifs de la circulaire, mais d’autres celle de « supprimer le FIR » aux contractuels.

À l’intention de tous les psychologues de statut FPH, la commission nationale FPH tient à donner les indications suivantes

Sur le recrutement, le temps de travail et la relation hiérarchique :

La circulaire du 4 mai 2010 rappelle des éléments de la loi qui ne sont pas souvent respectés par les directions, à savoir :

1°) Tout poste vacant à temps complet doit être occupé par un fonctionnaire (article 3 de la loi 83-634 dite titre premier). Sur ce point la circulaire de mai 2010 encourage les établissements géographiquement proches à regrouper des postes à temps non complet pour en faire des postes à temps complet, à plus forte raison donc par déduction, quand les temps non complets se situent dans le même établissement. Ceci veut dire que les psychologues ont dans cette circulaire un argument écrit pour s’opposer à la division des postes devenus vacants en deux ou trois postes de contractuels.
2°) Conformément au décret du 2002-9, il est rappelé que les psychologues ont la possibilité d’opter pour un régime de décompte en jours (le décret prévoit dans ce cas, 208 jours de travail par an et 20 jours de RTT). Cette disposition a été jusque là, très rarement reconnue par les Directions.
3°) La relation hiérarchique des psychologues est référée au Directeur de l’établissement. C’est fondamental pour les psychologues eu égard aux effets (et parfois abus) de l’organisation en pôles (nouvelle gouvernance et loi HPST). Même en cas de délégation de signature à un des responsables du pôle, pour la gestion du personnel l’autorité de recours reste donc pour les psychologues, le directeur de l’Etablissement.

Ajoutons dans ce registre que, concernant les CDI, le dernier texte en date les place également sous l’autorité du directeur (article 1er du Décret nº 2010-1153 du 29 septembre 2010 portant application de l’article 65-1 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière).

Sur le rendre compte du temps passé pour la fonction FIR :
La position du SNP a toujours été la suivante : c’est l’activité globale du psychologue dont il doit être rendu compte. (cf extrait de la résolution adoptée par le SNP le 20 mars 2010 : « Du fait de son appartenance à une profession autonome et de sa position de cadre expert, le psychologue propose lui-même un support écrit pour son évaluation annuelle. Il le fait sous forme de rapport d’activité qui comprend l’ensemble des missions qu’il assume (telles que cliniques, institutionnelles, recherche, formation, information…) ».
Sur la fonction FIR elle même :
Pour les contractuels, celle-ci n’est pas refusée dans la circulaire mais franchement découragée car soumise aux conditions contractuelles locales. Pour les titulaires, il est également indiqué que la fonction FIR reste dépendante des nécessités de service. Ceci introduit pour les titulaires une remise en cause possible des termes de leur statut, et pour les contractuels une inégalité de traitement avec les titulaires. Dans les deux cas, il s’agit d’une remise en cause des conditions de travail des psychologues et de la qualité du service rendu aux usagers par les psychologues travaillant en FPH.

Outre les démarches syndicales en cours auprès de la DGOS, la commission nationale FPH propose à tous les actions suivantes :
1°) Faire régresser dans chaque établissement le taux de précarité (actuellement 50% pour les psychologues contre 13% pour les autres professions) par l’exigence du recensement et de la mise au concours de tous les postes dit « vacants » : — postes de titulaires non occupés (les mises en disponibilité en font partie) — postes de contractuels (hors remplacement d’agents indisponibles) à 100% occupés ou non, y compris par regroupement des postes à 50%.
2°) Prendre contact avec les directeurs des ARS qui sont prévus pour être responsables des jurys de concours dans le décret à paraitre (Instruction DGOS/RH1 n° 2010-228 du 11 juin 2010 relative à la répartition des missions relatives à la formation initiale et à l’exercice des professionnels de santé et de certaines missions relevant de la fonction publique hospitalière, dans le cadre des agences régionales de santé et des directions régionales de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale) afin que les critères retenus soient à même de régler une bonne fois pour toutes la question de la précarité des psychologues en FPH.
3°) Associer les rendre compte du FIR à ceux de l’activité clinique, dans des rapports d’activité annuels, car les deux fonctions sont indissociables.
4°) Exiger la référence au décret statutaire 91-129 dans les visas de tous les contrats de psychologue, CDD ou CDI.
5°) Lutter contre tous les abus au décret statutaire et à la circulaire par des démarches de groupe (collège ou unité) et des recours dits administratifs. Le SNP peut vous aider dans vos démarches individuelles et collectives.

Dany Descamps secrétaire de la commission
Marie-Claude Cathelineau, Michèle Coquillard, Jacqueline Maillard, Senja Stirn, Marie-Odile Rucine, membres de la commission

Cinéma et psychiatrie, regards croisés

AFRET
ASSOCIATION FORMATION RECHERCHE EDOUARD TOULOUSE

MARSEILLE — 4 NOVEMBRE 2010 Théâtre de l’Astronef

Pourquoi une journée psychiatrie et cinéma ?

Sans doute parce qu’il y a une affinité entre le langage cinématographique et les productions de l’inconscient et du délire.

Comme le dit Jean Claude Polack dans son livre « L’obscur objet du cinéma » :

« Le cinéma (…) semble être l’art le plus apte à chercher du côté de l’insu, de l’innommable et de l’obscur la matière sensible et chaotique du désir.

De plus, notre hôpital, s’est depuis de nombreuses années engagé avec les patients dans des réalisations cinématographiques présentées au festival de Lorquin.
Cette année un des films a reçu un prix.

C’est pourquoi nous avons souhaité explorer les regards croisés de ces deux domaines : Psychiatrie et Cinéma.

• Regards des patients à la fois réalisateurs et acteurs
• Regard du public au travers de productions cinématographiques sur la psychiatrie, les soignants, la folie.
• Regard des professionnels du cinéma sur l’univers de la psychiatrie

Cette journée initie une collaboration entre l’AFRET et le CENTRE NATIONAL AUDIOVISUEL DE LORQUIN représenté par le Dr Alain BOUVAREL qui sera présent tout au long de cette journée.

Elle initie aussi un partenariat avec le cinéma L’ALHAMBRA représenté par M. BENEDETTO, qui nous propose de poursuivre cette journée en soirée avec la projection d’un film « COPACABANA » dont Isabelle Huppert et sa fille sont les artistes principales.

Journée du 4 novembre 2010
PSYCHIATRIE ET CINEMA REGARDS CROISES

8 h 45 Accueil /Petit déjeuner
9 h15 – 9 h30 Ouverture de la journée
• M. Gilles MOULLEC, Directeur, CH Edouard Toulouse
• Dr Michèle DANAN, présidente de l’AFRET
• Mme Marie Josée PAHIN, psychologue, vice présidente de l’AFRET

9 h 30 – 10 h 30 « L’hôpital fait son cinéma »
Alain Bouvarel (réalisateur et président du Centre National Audiovisuel de Lorquin : CNASM) Présentera le film « Etre ou ne pas Etre » primé au festival de Lorquin 2010, ainsi qu’une sélection d’extraits de son choix.

10 h 30 – 11 h 00 Table ronde (Dr QUILICHINI, PH, CH Edouard Toulouse, Dr BOUVAREL, CH Lorquin, M. BENEDETTO responsable du Cinéma l’Alhambra à Marseille, Un représentant de la commission des usagers, les Réalisateurs ayant participé aux Ateliers Vidéo de l’hôpital Edouard Toulouse, Pôle 13G12, Pôle 13G13, Pôle 13G16)
Discussion avec la salle coordonnée par le Dr Marianne HODGKINSON,
Chef de Pôle 13g16.

11 h 00 – 12 h 00 « Le psychiatre dans les films »
Montage d’extraits de films mettant en scène des psychiatres réalisé par
le Dr Bertrand GARNIER, PH, Hôpital Sainte Anne et Marc HABI ,PH, Association l’Elan Retrouvé, Paris

12 h 00 – 12 h 30 Table ronde (L’Equipe Parisienne, Dr Jean Pierre BAUCHERON, Chef de Pôle 13G11, Dr BOUVAREL, M. BENEDETTO, Un représentant de la commission des usagers, les Représentants des Ateliers Vidéo de l’hôpital Edouard Toulouse, Pôle 13G12, Pôle 13G13, Pôle 13G16)

12 h 30 – 13 h 00 Apéritif

13 h 00 Repas au self pour les inscrits

14 h 00 – 14 h 30 Point sur la matinée et annonce des ateliers de l’après-midi par le Dr Alain BOUVAREL et le Dr Yvon DUBOIS

14 h 30 – 16 h 30 « Le CH Edouard Toulouse fait son cinéma » :
Présentation de deux films par les Ateliers Vidéo :
L’Echappée et A Corps Perdu, en présence des réalisateurs : Séverine MATHIEU et Régis SAUDER, et des acteurs.

17 H 00 RENDEZ-VOUS A L’ALHAMBRA : APERITIF OFFERT PAR L’AFRET
18 h 00 Projection du film « COPACABANA » suivi d’un débat animé par M.BENEDETTO,( responsable du Cinéma l’Alhambra).

Les contes, une école de sagesse

La Librairie Prado Paradis accueille

Marie – Claire Dolghin-Loyer

Vendredi 19 novembre 2010 à 17 H 30

pour une présentation et un échange –débat

autour de son dernier livre :

Les contes, une école de sagesse

Dès notre toute petite enfance, nous sommes sensibles aux contes et aux récits légendaires qui enchantent la vie et que rien ne nous fait oublier. Que sont-ils pour qu’ils aient sur notre esprit un tel impact ? Pour que, non contents d’enchanter les heures joyeuses, ils aient à nous apprendre tant de choses sur la conduite de la vie ? Ils émanent de la tradition orale, transmis fidèlement et aussi patiemment remaniés par des générations de conteurs qui, de tout temps, ont raconté à leurs peuples ce qu’il en était de la destinée humaine, de son passé, de son avenir. Ils expriment la sagesse de l’inconscient et parlent au plus intime de nous–même.

Médecin et psychothérapeute, Marie-Claire Dolghin-Loyer partage son temps entre la relation thérapeutique, l’écriture et l’animation de conférences. Elle est l’auteur d’un premier livre sur la psychologie jungienne,

Les saisons de l’âme parue chez Dervy poche.


Cette soirée sera suivie d’un apéritif *- dédicace

en présence de Marie- Claire Dolghin-Loyer,

organisé par l’association Attitude Provence

au sein de l’Espace Raphaël

36, rue Raphaël – 13 008 Marseille à partir de 19 H 30.

*Apéritif offert sur réservation au 06 09 18 51 32

Santé mentale et folie en France : demandez le programme

Vive le cerveau !

Depuis une génération, la psychothérapie du sujet perd du terrain. La folie, maladie du cerveau ou trouble génétique, devient affaire de médicaments. Nous n’avons plus de conscience ou d’inconscient. Comme rétorquait le médecin de Molière auquel son interlocuteur rappelait que le cœur se situait à gauche et non à droite mais nous avons changé tout cela. Finie la conscience et ses méandres existentiels, vive le cerveau et ses circonvolutions ! Vive la science positiviste. Au soin succède le traitement. La personne redevient objet.

Biocratie

Cela fait les affaires des laboratoires, un complot mondial médico-pharmaceutique nous guette ? Pas la peine de pousser jusque là. L’idéologie mondialiste suffit à impulser le système. La biocratie en marche, les problèmes sociaux se voient médicalisés. La misère devenue misère psychique sera traitée comme maladie. Gestion post moderne. De quoi devenir dingues. On les répartira entre la prison assistée par camisole chimique, et l’hôpital pour les crises, un hôpital qui gagne en brutalité, les services sociaux assurant le suivi. Le reste restera dans la rue. Les “nobles” s’en tirant un peu mieux.

Mécanisation

Face à cette déshumanisation en marche, de tous côtés du Carré psy s’élèvent les protestations. La psychothérapie relationnelle y prend sa part. Confinés au domaine libéral par les dispositions de la loi Accoyer, nous n’avons pas affaire à la folie en institution, que nous redirigeons vers la psychiatrie, mais plutôt aux patients limites et autres pathologies “de ville”, dont les porteurs requièrent une écoute qualifiée. Nos méthodes, utilisant, à côté de la psychanalyse, l’émotionnel, le psychocorporel, le groupe, peuvent s’avérer bien utiles. Il est de notre devoir de professionnels de repenser notre activité de cabinet dans le cadre plus vaste d’une politique de santé mentale en marche vers la mécanisation des âmes et la criminalisation de la folie.

Penser la folie

Il est de notre devoir d’être conscient des enjeux d’une politique qui refuse de penser la folie comme une catégorie anthropologique et non comme simple accident du cerveau. Il faut à l’hôpital des équipes nombreuses, bien formées (y compris à nos méthodes, que l’université se plait à ignorer), une pensée et une recherche vivantes et dynamiques. L’exact contraire de ce qui se prépare sous nos yeux, et à quoi, solidaires avec nos collègues clairvoyants, résister.

Détail

Un détail. Le texte de Patrick Coupechoux pourrait laisser entendre que Pétain procéda à l’extermination des fous. C’est inexact. En France ils ne sont morts que de faim, comme un peu partout. Pas comme à Saint Alban où les fous pas si bêtes conduits par Tosquellas et son équipe sont allé travailler la terre aux environs, ce qui les a sauvés deux fois. Autres temps autres mœurs. À nous de renouer avec les bonnes.

Philippe Grauer




Article de Patrick Coupechoux paru dans la revue Empan n°76.

Abandon, négation, criminalisation, telle est aujourd’hui la situation de la folie en France. Une situation qui cache une réalité préoccupante : la négation du sujet au profit d’un individu du marché adaptable, performant et seul comptable de sa destinée.

Police gendarmerie, chiens, hélicoptère : alerte, on sécurise

Le 20 février 2009, deux jeunes patients, hospitalisés sous contrainte, ont quitté sans autorisation l’hôpital psychiatrique de Saint-Avé, près de Vannes. Le Préfet du Morbihan a alors décrété un véritable état de siège : il a fait déployer les forces de la police et de la gendarmerie, des maîtres chiens d’une société privée de gardiennage ont pénétré dans l’hôpital, on a même eu recours à un hélicoptère de la sécurité civile. Le tout relayé par des médias domestiqués parlant à l’envie des “dangereux évadés”. Des experts en sécurité du ministère de la santé, le directeur de cabinet du Préfet, un colonel de gendarmerie, la DDASS… se sont alors succédé auprès de la direction de l’hôpital. En moins de 48 heures, les volets ont été fermés, les poignées des fenêtres ont été sciées, les grillages rehaussés. Le directeur – dans le cadre de la politique gouvernementale de sécurisation des hôpitaux psychiatriques – a demandé un budget exceptionnel de 342 887 € afin d’investir dans des barreaux, des fumoirs sécurisés, des barrières infrarouge, des bracelets électroniques et de nouveaux vigiles. Finalement, les deux “fuyards” ont été retrouvés et depuis, ils sont sortis de l’hôpital, les mesures de contrainte qui les visaient n’étant – comme c’est souvent le cas – que temporaires.

Criminalisation de la maladie mentale

À qui veut-on faire croire qu’un tel déploiement de force était justifié ? Du point de vue du risque présenté réellement par ces patients, à personne. En fait, l’objectif était ailleurs : démontrer que les malades mentaux sont forcément dangereux et montrer à la population inquiète que l’on s’en occupe. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si cet événement a eu lieu quelques semaines après le discours de Nicolas Sarkozy à Antony, dans la banlieue parisienne. Jamais peut-être depuis l’occupation – à l’époque où il fallait éliminer les fous parce qu’ils étaient responsables de la dégénérescence de la race – le plus haut personnage de l’État n’avait à ce point stigmatisé la maladie mentale. Pour lui, les choses sont claires : les fous sont dangereux et son obligation de résultats est de tout faire pour en protéger la société. Par delà l’aspect politicien de la démarche présidentielle – le discours a eu lieu quelques jours après le meurtre d’un jeune homme à Grenoble – c’est bien d’un tournant politique dont il s’agit : on assiste à une véritable entreprise de criminalisation de la maladie mentale et à un retour, qui ne se cache même plus – l’utilisation de plus en plus massive de chambres d’isolement est là pour en témoigner – à l’enfermement. Une criminalisation orchestrée cette fois au plus haut sommet de l’État, ce qui n’est pas rien.

Négation de la folie

Si ce discours marque un tournant, il n’indique pas tout à fait une rupture. Il constitue plutôt une accélération violente, mais logique, d’une politique mise en œuvre depuis une trentaine d’années, visant à mettre en pièce la psychiatrie du sujet, touche par touche, réforme après réforme. Une politique qui a conduit à l’abandon d’un nombre de plus en plus important de malades, en prison, dans la rue, dans les hôpitaux, où le soin se résume trop souvent à la prise de médicaments, dans les familles qui ne savent plus que faire… Mais plus profondément, l’on a assisté à une véritable négation de la folie. Celle-ci n’existe plus dans le discours public – médiatique, politique, intellectuel – et il est illusoire de chercher une seule référence à elle dans les nombreux rapports remis depuis 20 ans aux ministres de la santé successifs. Sur le fond, cette négation se nourrit de la domination outrageuse de la psychiatrie biologique qui considère la folie comme une maladie du cerveau ou un trouble d’origine génétique. Cette conception fait les bonnes affaires des laboratoires pharmaceutiques – puisque les médicaments constituent le plus souvent l’essentiel du “traitement” – et des marchands de thérapies “rapides et efficaces”. Mais elle a surtout pour conséquence « d’objectiver » le patient qui n’est dès lors plus un sujet, mais un cerveau qu’il faut scanner, un patrimoine génétique qu’il faut décrypter. Cela permet de renvoyer la solution dans les bras de la “science” et de ne plus s’embarrasser du soin réel : pourquoi dépenser de l’argent en effet, pour des gens dont le problème sera un jour ou l’autre résolu par la recherche ? En attendant, le social n’aura qu’à s’en occuper.

Récupérables, chroniques et tarés

De ce point de vue, le terme de “handicap psychique“, officialisé par la loi de 2005, ne doit rien au hasard. La folie n’est plus un possible, une manière d’être, de l’humanité, mais un handicap, un déficit, que l’on peut mesurer par rapport à une normalité sociale, en réalité celle du marché. De fait, on va donc constituer une échelle, sur laquelle on pourra évaluer la capacité du handicapé à s’insérer – c’est-à-dire à être utile pour le système. Pour mieux le comprendre, il suffit de se référer à la définition du handicap de l’OMS, qui en décline trois modalités : la déficience désigne les atteintes de l’organisme,l’incapacité correspond à la réduction de certaines grandes fonctions du corps, le désavantage enregistre le retentissement global des incapacités sur la vie sociale des individus. Une définition qui prend comme référence unique la possibilité de réinsertion, mais qui surtout pousse au tri des personnes en fonction de cet objectif. Ainsi en haut de l’échelle pourront se trouver ceux qui ont la possibilité et le courage individuel de s’en sortir, en bas, ceux qui ne le peuvent pas et qui sont voués à l’abandon voire à l’exclusion. Nous ne sommes pas loin de la conception d’un Édouard Toulouse qui d’un côté créé, avant la guerre, le premier service ouvert de psychiatrie à Sainte-Anne – l’hôpital Henri Rousselle – pour ceux qu’il considère comme récupérables, et qui de l’autre prône la biocratie, milite pour l’enfermement et la stérilisation des chroniques et des tarés.

Un simple handicap psychique

La folie a donc disparu au profit du handicap psychique, ce qui permet au passage, de la renvoyer plus aisément dans les bras du social. Quant à la psychiatrie – trop liée historiquement à la folie – elle doit céder la place à un nouveau “paradigme“, la “santé mentale“. Ce concept est en fait très perturbant : les “désaliénistes” de la libération ne l’employaient-ils pas ? N’était-ce pas le sens de la fameuse définition de la nouvelle psychiatrie de Lucien Bonnafé : “le désaliéniste, disait-il, est celui qui, ayant jeté aux ordures le froc de l’aliéniste, se présente sur la place publique en disant : qu’y a-t-il pour votre service ?” ? Et il est vrai que l’on a du mal à imaginer un psychiatre faisant le tri à l’entrée de son cabinet entre les “vrais” psychotiques et les autres. Il y a pourtant une différence fondamentale entre les deux époques : celle de Lucien Bonnafé se préoccupait de la place des fous dans la cité, celle d’aujourd’hui nie jusqu’à leur existence – même en criminalisant la maladie mentale, ce qui est une autre façon de la nier.

Souffrance psychique de masse

En fait, la santé mentale est un concept qu’a récupéré le système – celui du capitalisme néolibéral puisqu’il faut bien le nommer – pour faire face à une problématique nouvelle, celle de la souffrance psychique de masse. Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher quelques instants sur ce qui se passe aujourd’hui dans les entreprises, où les exigences de rentabilité, de compétition, de financiarisation, poussent les hommes et les femmes, esseulés et mis en concurrence, dans les bras des thérapeutes ou parfois au suicide. Selon le Bureau international du travail, les problèmes liés au mal être au travail représentent aujourd’hui 3 % du PIB des pays industrialisés. Face à ce phénomène préoccupant – il coûte cher et pourrait à la longue gripper la machine – le système a une attitude ambiguë. Il doit bien sûr y faire face, afin que le fonctionnement social ne soit pas remis en cause, mais en même temps il s’en satisfait : une personne sous antidépresseurs, noyée dans ses problèmes, ne s’interroge pas spontanément sur les causes de son malheur. Au contraire, elle a tendance à les personnaliser, à les intérioriser. Les praticiens qui reçoivent les patients dans les consultations de souffrance au travail sont tous d’accord sur ce point : il s’agit d’abord pour eux de déculpabiliser les gens qui viennent les voir. Faire face et éviter la prise de conscience, tel est le dilemme dans lequel le système se trouve et sa réponse, pour une part spontanée, pour une part très pensée, réside dans l’individualisation et dans la médicalisation des problèmes sociaux.

Sarkozy à Onfray : “J’inclinerais, pour ma part, à penser qu’on naît pédophile”

En d’autres termes, si vous souffrez au travail, c’est parce que vous êtes très impliqué – et c’est bien – alors on va mettre en scène médecins et psychologues pour vous aider, on va vous apprendre à faire la différence entre le mauvais et le bon stress – celui que l’on doit “gérer” pour mieux le mettre au service de l’entreprise. Si vous êtes chômeur de longue durée, c’est probablement parce que vous faites partie des “plus fragiles” — peu importe si votre entreprise a été délocalisée et s’il n’y a pas de travail dans votre région — vous devriez peut-être consulter. De là à dire que la pauvreté est une maladie, dans la tradition hygiéniste, il n’y a qu’un pas. De là à penser que les gènes sont responsables de tout – vision scientiste dominante aidant – il n’y a également qu’un pas que franchit allègrement Nicolas Sarkozy. On se souvient de ce dialogue avec Michel Onfray (1“) pour la revue Philosophie, au cours duquel le Président avait déclaré : “J’inclinerais, pour ma part, à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions pas soigner cette pathologie.“

Un nouveau mode de gestion des individus.

Les consultations des psychiatres, des psychologues, des médecins généralistes – premiers prescripteurs de psychotropes – sont donc pleines de ces gens qui n’en peuvent plus et qui n’ont comme ultime recours que la médecine et la psy. En fait, cette médicalisation n’est pas qu’un pis-aller, la réponse spontanée à un risque imminent. Elle constitue tout un système fondé sur une conception de la médecine fondée désormais sur la prévention – la machine économique et sociale doit tourner à plein rendement, il vaut donc mieux prévenir que guérir – et sur la personne qui doit être actrice de sa santé, comptable de ses actes dans ce domaine également. Et des “experts” – bien loin du “colloque singulier” entre le médecin et son patient – sont là pour l’y aider : il ne faudra pas qu’elle fume, il ne faudra pas qu’elle boive, elle devra faire du sport et manger cinq fruits et légumes par jour et si elle est obèse, ce n’est pas parce qu’elle est pauvre et gavée de “mal bouffe” industrielle, mais c’est parce qu’elle ne sait pas “gérer” sa “surcharge pondérale” et par là même sa vie. Il n’est qu’à voir la différence de traitement réservée aux fumeurs – montrés du doigt comme responsables individuels de leur futur cancer du poumon – et aux victimes de l’amiante qui se battent depuis des années pour faire reconnaître la responsabilité de leurs employeurs et donc du système. On sait qu’entre chaque version du fameux DSM, le manuel mondial de la psychiatrie, élaboré par l’association des psychiatres américains, des dizaines de “pathologies” nouvelles font leur apparition. En d’autres termes, pour les besoins des industries pharmaceutiques et des compagnies d’assurance, le DSM contribue à faire d’un nombre croissant d’événements de la vie, des pathologies qu’il faut traiter. Nous avons affaire là à des “inventeurs de maladie” selon l’expression du journaliste allemand Jörg Blech[1]. Le DSM, c’est en quelque sorte la médicalisation de l’existence inscrite dans le marbre. En réalité, il s’agit pour le système, d’avoir la main mise sur l’individu, jusque dans son être intime.

Les fous n’intéressent plus la santé mentale

Dès lors, si l’on s’interroge sur la “santé mentale” en termes “positifs”, on tourne en rond parce qu’il est quasiment impossible de définir avec précision ce que recouvre ce fameux concept qui ressemble à un fourre-tout. Mais si l’on considère que la “santé mentale” est avant tout un mode de gestion des individus dans un contexte de crise profonde du système – en particulier dans sa dimension humaine – on comprend mieux pourquoi elle a pris tant d’importance au cours de ces dernières années. La santé mentale, ce n’est pas la quête du fameux “bien être” dont on nous parle tant, c’est à la fois la réponse au “mal être” généralisé dont on commence à peine de parler, et la réponse à l’exigence toujours plus tyrannique de performance et de compétitivité (comme le dit le sociologue Alain Ehrenberg, nous vivons dans une “société du dopage”). On pourrait évidemment se poser la question : pourquoi la santé mentale met-elle de côté les fous ? Un premier élément de réponse est fourni par un homme puissant de la psychiatrie officielle en France, Philippe Cléry-Melin. Dans un rapport qu’il a rédigé en 2003 au ministère de la santé[2], il indiquait que les pouvoirs publics ne pourraient pas – pour des raisons financières – s’occuper à la fois du psychotique et de la mère de famille déprimée et qu’ils devraient choisir cette dernière. Il est vrai que la souffrance psychique de masse constitue un problème beaucoup plus brûlant politiquement que le sort de quelques centaines de milliers de psychotiques.

deux psychiatries : l’une pour les nobles et l’autre pour les ignobles

En fait, la psychiatrie coûte cher parce qu’elle repose sur la présence humaine des équipes. Ce qui est insupportable au système qui considère les malades mentaux comme des inutiles définitifs, c’est-à-dire qui ne pourront jamais être récupérés pour la machine économique. Autrement dit, la psychiatrie – lorsqu’elle s’occupe de la folie – ne constitue pas, à ses yeux, un investissement. On a ainsi supprimé des milliers de lits mais on n’a pas donné les moyens suffisants pour mettre en place des structures décentralisées. On remet en cause le secteur au profit d’un système à deux temps, l’hôpital pour gérer la crise et le médico-social – et de plus en plus le social et la charité – pour faire face à la chronicité, d’où les ruptures de soin et l’abandon. On impose aux équipes, qui n’en peuvent plus, les règles de management de l’entreprise, et on les empêche ainsi de faire leur métier – ce qui constitue une façon de les soumettre en réduisant le plus possible le travail vivant, et de remettre en cause par là même la psychiatrie du sujet. Le choix de M. Cléry-Melin et de ses amis est donc managérial et financier. Il l’est d’autant plus que cette conception ouvre un boulevard à la “psychiatrie business”, dont M. Cléry-Melin est l’un des tenants les plus heureux – il est propriétaire de six cliniques réservées à ces Français qui « sont prêts à payer pour leur santé », comme il dit, c’est-à-dire les plus riches. Il existe donc désormais ce que Pierre Bailly-Salin, l’une des figures du désaliénisme, appelait “deux psychiatries : l’une pour les nobles et l’autre pour les ignobles.”

La folie comme laboratoire

Mais si l’on pousse plus avant l’analyse, on se rend compte que la folie doit disparaître parce qu’elle dérange. Elle a certes toujours perturbé, c’est du moins de cette façon qu’elle a souvent été perçue. Mais comme toujours, le traitement qu’on lui réserve constitue un symptôme du fonctionnement social dans ce qu’il a de plus profond et de plus caché. Or à quoi assistons-nous aujourd’hui ? À la mise en place d’une dictature douce – mais combien efficace – du marché tel qu’il existe de nos jours. Le marché qui demande à l’individu non pas de transformer le monde dans lequel il vit, mais de s’y “adapter” en permanence. Par là même, le système est en train de constituer un modèle d’individu, un “homme économique”, adaptable à l’infini, autoconstruit, autonome, performant, mobile, flexible, seul comptable de ses succès et de ses échecs – et que l’on peut donc exclure – consommateur et producteur. Un individu capable de “gérer sa vie” comme une entreprise ou comme un capital, enserré dans des relations marchandes et contractuelles — c’est le “gagnant/gagnant” de Ségolène Royal — avec les autres qui n’existent que pour satisfaire ses besoins et sa jouissance. Un individu qui ne serait plus un sujet, mais une “ressource humaine”. D’où la déshumanisation préoccupante à laquelle on assiste dans les entreprises et dans la société toute entière.

Sujet, “ressource humaine” ou rebut ?

La folie ne peut pas entrer dans ce schéma totalitaire. D’abord parce que le fou ne peut se passer d’une relation réelle, authentique, il ne peut se plier à la relation marchande et contractuelle dominante. Même si on cherche à l’y forcer : lui aussi doit avoir un “projet de sortie” à peine entré, parfois délirant, dans une institution psychiatrique, lui aussi doit être considéré comme un citoyen souffrant, acteur de son traitement, lui aussi doit à tout prix se “réinsérer” le plus vite possible… (et l’on compte pour cela sur les médicaments – les laboratoires se frottent les mains – et sur les thérapies comportementales). Mais la plupart du temps, cela ne marche pas, alors on l’abandonne, on le nie, on le criminalise, on va ainsi jusqu’à lui dénier sa qualité d’être humain, on le force à ne plus être fou. Il devient un problème qu’il faut gérer, neutraliser. On l’enferme de nouveau. Au fond, l’enjeu est de taille : la folie montre en permanence, à ceux qui veulent bien encore s’intéresser à elle, que l’individu, c’est autre chose qu’une ressource humaine évaluée, ramenée à des chiffres, des courbes et des “indicateurs”. Qu’il y a en lui une irréductible part de mystère, d’intime, d’inattendu (ce n’est pas un hasard si pendant l’occupation, dans l’asile de Saint-Alban, les surréalistes ont contribué à l’invention de la nouvelle psychiatrie) qui échappe à la terrifiante “transparence” néolibérale. Et c’est pour cela qu’il faut la faire disparaître. Mais derrière le fou, il y a l’humain. En d’autres termes, la folie constitue une sorte de laboratoire : si l’on cherche à la réduire, c’est parce que l’on veut réduire le sujet, le domestiquer, le faire disparaître. S’attaquer au fou, c’est s’attaquer à l’homme. Il est temps de refaire l’éloge de la folie.

Patrick Coupechoux, lundi 18 octobre 2010 — paru dans la revue Empan n°76.


[1] Jörg Blech, Les inventeurs de maladie, Actes Sud. 2005.

[2] Plan d’action pour le développement de la psychiatrie et la promotion de la santé mentale, 2003.

  • 1 Eh oui, cette rencontre n’est pas de hasard.

Un Monde sans fous ? ou les dérives de la psychiatrie

Projection-débats

Un Monde sans fous ? ou les dérives de la psychiatrie

De toute façon, retournée à la neurologie, la psychiatrie agonise. L’ensemble des professionnels œuvrant dans le cadre du Carré psy, au nombre desquels bien entendu, ceux qui côtoient au quotidien ce vers quoi est en voie de régresser la pratique psychiatrique, et les citoyens conscients des enjeux de civilisation et de qualité du savoir vivre ensemble, se soucient de la dangerosité des projets législatifs actuels. Venez vous en informer, profiter du film et débattre.

Philippe Grauer

Équitable Café

Au moment où le gouvernement s’apprête à réformer la psychiatrie au profit d’une nouvelle politique de Santé mentale, quelle place notre société réserve-t-elle encore à la maladie mentale ? Et que signifie l’émergence d’un idéal de Santé mentale pour tous ? Que prévoit la future réforme de l’État : une psychiatrie sécuritaire à ses ordres ?

Avec Philippe Borrel, réalisateur, Dr Alain Abrieu psychiatre de secteur, chef de pôle au Centre Hospitalier Édouard Toulouse, Marseille, & vice-président de l’Union syndicale de la psychiatrie et Marianne Hodgkinson, psychiatre de Secteur, chef de Service et responsable de Pôle au Centre hospitalier Édouard Toulouse, coordonnateur de la Fédération de sociothérapie intersectorielle d’établissement, et Annie Segal, psychologue clinicienne, docteur en psychopathologie.

La folie déborde dans les rues et en prison. Faute d’avoir trouvé une prise en charge adéquate dans les services d’une psychiatrie publique en crise profonde, les malades psychotiques chroniques se retrouvent de plus en plus exclus de notre société. Philippe Borrel dans son film va à la rencontre de ceux qui vivent cette folie, les patients, le personnel soignant mais aussi les spécialistes qui pensent la folie (…). On découvre les nouvelles technologies de la neuropsychiatrie, et ça fait peur.

67 mn, 2009

Projection débat mercredi 20 octobre — 19:30.

Derrida à l’affût de l’imprévisible

Le Monde du 8 octobre 2010


Trois voyelles marquent la pensée française du XXème siècle, le E escamoté de La disparition, l’impondérable a lacanien, le A de la différ{ance} de Derrida, Jacques Derrida l’inventeur de la déconstruction, qui continue sa course comme concept majeur de notre époque. Élisabeth Roudinesco, co-autrice avec ce dernier de De quoi demain sera-t-il fait(1“),
nous rapporte ici en peu de signes l’essentiel de l’excellent travail de Benoît Peeters sur l’un de nos plus grands philosophes. L’espace lui manquant elle n’a pas eu le loisir de signaler que l’iconographie de l’ouvrage est particulièrement riche et attachante.

Philippe Grauer


Élisabeth Roudinesco

Benoît Peeters, Derrida , Flammarion, coll. «Grandes biographies», 735 pages, 27 €.


S’agissant d’un philosophe de l’envergure de Jacques Derrida, dont l’œuvre immense — une soixantaine de volumes, sans compter les séminaires encore inédits — est traduite et commentée dans le monde entier, Benoît Peeters a choisi, à juste titre, de traiter, non pas la genèse ou le contenu de cette œuvre, mais la vie de l’homme qui en est l’auteur : son enfance, sa famille, ses relations avec les femmes, ses amitiés, sa séduction, ses réseaux, ses angoisses, ses goûts littéraires, vestimentaires et culinaires, son enseignement et son itinéraire politique. En bref, il a rédigé une excellente biographie dans le plus pur style de la tradition anglo-saxonne. Il est le premier à avoir eu accès aux archives du philosophe, déposées à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC) et à la Langson Library de l’Université d’Irvine en Californie et il s’est entretenu avec une centaine de témoins essentiels.

Aussi a-t-il reconstruit avec la distance nécessaire les étapes d’une vie qui ont conduit un jeune Juif laïc, né en 1930 à El Biar, sur les hauteurs d’Alger, puis exclu de son lycée en octobre 1942 par le régime de Vichy, à se rendre à Paris en 1949 pour poursuivre ses études au lycée Louis le Grand et à entrer ensuite à l’École normale supérieure (ENS).

En 1966, après s’être initié à l’œuvre de Husserl, Derrida participe au fameux symposium sur le structuralisme, organisé par l’Université Johns Hopkins de Baltimore où se retrouvent Roland Barthes, Jean Pierre Vernant, Jean Hyppolite, René Girard, Jacques Lacan. Un moment fécond de l’histoire culturelle franco-américaine. Un an plus tard, il rencontre Paul de Man, théoricien moderniste de la critique littéraire, qui lui ouvre les portes de certaines universités américaines. Très vite, et notamment avec la publication de De la grammatologie (Minuit, 1967) et de L’écriture et la différance (Seuil, 1967), il recueille un succès considérable, devenant, dix ans plus tard le contemporain de deux brillantes générations d’intellectuels avec lesquels il ne cessera de dialoguer : Emmanuel Lévinas, Maurice Blanchot, Jean Genet, Michel Foucault, Pierre Bourdieu, Louis Althusser, Gilles Deleuze, Jean-François Lyotard, etc…

Au fil des années, il s’engage dans un travail intense de recherches, d’enseignement et de publications. En 1983, il fonde avec d’autres le Collège international de philosophie puis il intègre l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Mais, à mesure que sa notoriété s’amplifie et que se déverse dans l’opinion publique française, à partir de 1986, une critique virulente du marxisme, du structuralisme et d’un certain idéal de subversion de l’ordre établi — c’est-à-dire de ce qu’on appelle à tort la «pensée 68» —, il est de plus en plus attaqué au point d’apparaître, dans les médias, comme le contraire de ce qu’il est. Détesté, il ne pourra jamais être élu au Collège de France.

Derrida a toujours été un social-démocrate, anticolonialiste, féministe, hostile à la peine de mort, héritier des Lumières, attaché à l’École républicaine, admirateur de De Gaulle et de Nelson Mandela. Et pourtant, à partir de 1987-88, comme le souligne Peeters, il est traité de nihiliste anti-démocrate, adepte de deux théoriciens nazis — Carl Schmitt et Martin Heidegger — dont il a commenté les œuvres puis d’ultra-gauchiste pour avoir publié Spectres de Marx (Galilée, 1993), ouvrage majeur consacré à la notion même de Révolution. De nazi enfin, pour avoir pris, en 1987, la défense maladroite de son ami de Man, dont le passé d’ancien collaborateur d’un journal antisémite belge a été révélé à titre posthume.

Toutes ces sottises sont ici mises en évidence grâce à l’enquête de Peeters qui dévoile les multiples facettes de ce philosophe passionné, grand voyageur mais redoutant les transports aériens, inventeur d’une nouvelle écriture de la philosophie dont il voulait déplacer les frontières. D’où un intérêt porté à toutes les disciplines — littérature, droit, psychanalyse — à toutes les situations sociales — les exclus, les homosexuels, les minorités — et à tous les combats contre les souffrances et les discriminations : racisme, antisémitisme, cruauté envers les animaux.

Derrida fit scandale, non pas parce qu’il était un fanatique sectaire, mais parce qu’il restait à l’affût, rationnellement, de “ce qui arrive” : l’imprévisible, les marges, les extrêmes, la dissémination. Telle est la signification des deux termes qu’il popularisa dans son enseignement : la déconstruction, processus visant à défaire un système de pensée hégémonique et à résister à la tyrannie de l’Un (ou de l’Unité) pour mieux avancer vers l’avenir en étant fidèle et infidèle à un héritage; La différance (avec un a), permettant de penser un universel de l’altérité sans cultiver le différencialisme.

Lui-même se regardait comme un Juif arabe, français et européen, habité par la philosophie grecque, aussi intransigeant envers “les politiques des ennemis d’Israël” que “devant une politique israélienne qui met en danger le salut et l’image de ceux qu’elle est censée représenter.” (p.623).

Parmi les moments les plus forts de cette biographie, on trouvera d’une part le récit de La nuit de Prague (1981), épisode inouï au cours duquel Derrida fut accusé par les autorités tchèques d’être un trafiquant de drogue; et, de l’autre, celui du discours tenu à l’Université de Jérusalem, le 25 mai 2003. Alors qu’il se sait atteint d’une tumeur maligne du pancréas et que mourir lui est intolérable, il prononce un vibrant réquisitoire en faveur des Palestiniens auquel Dominique de Villepin, ministre des affaires étrangères, répond par ces mots : “Jacques Derrida, vous redonnez densité aux mots les plus forts et les plus simples de l’Humanité (…) Démarche éminemment créatrice et libératrice. Défaire sans jamais détruire pour aller plus loin.” (p.637). On ne saurait mieux dire.

Au début du mois d’octobre 2004, quelques jours avant sa mort, il apprend qu’il peut recevoir le prix Nobel de littérature. Terrible et dernière cruauté pour ce philosophe qui se tenait aux frontières des institutions académiques sans jamais les contester : “Ils veulent me le donner, dit-il, parce qu’ils savent que je vais mourir.»”p.658)

À lire également : Benoît Peeters, Trois ans avec Derrida. Les carnets d’un biographe, Flammarion, 247p., 18 €.


Extraits

Le caractère

“Excessif et entier, Derrida l’est aussi dans ses relations, dans ses emballements comme dans ses ressentiments. Sa gentillesse, sa disponibilité, son écoute amicale ont parfois pour revers de brusques et intenses colères. Il suffit d’un désaccord ou d’une indélicatesse pour tomber en disgrâce dans le camp des ennemis (…) Dans ces cas là, il peut se montrer dur et implacable jusqu’à l’injustice.” (p.511).

Les femmes

“Les années passant, il préfère de plus en plus la compagnie des femmes à celle des hommes et pensent d’ailleurs que ce sont elles qui l’ont le mieux lu. Il n’empêche : quelle que soit son alliance théorique avec les féministes, Derrida aime les femmes qui affirment leur féminité et l’assument sans hystérie. Une femme qui ne l’attire pas physiquement a beaucoup de mal à l’intéresser quelles que soient ses qualités intellectuelles.” (p.516)

La maison de Ris-Orangis

“Dans ce lieu que Derrida retrouve avec plaisir après chaque voyage, il y a des bibliothèques et des bureaux partout (…). Ici, les lettres accumulées depuis son arrivée en Métropole. Là, les ouvrages de philosophie dont beaucoup sont en lambeaux à force d’avoir été lus et annotés. Dans une autre pièce, les livres reçus, dédicacés. Dans la cage d’escalier, les collections. Et à part, la «littérature bien aimée». Après des années passées dans son «sublime», ce petit grenier où il ne pouvait se tenir debout, il s’installera dans la véranda, y ajoutant sur le tard une très grande bibliothèque. Si Derrida a besoin d’espace, c’est parce qu’il conserve tout : ses anciens ordinateurs, les thèses, mémoires et autres papers d’étudiants accumulés pendant quarante années durant, mais aussi les documents les plus insignifiants. Dans le jardin de Ris-Orangis, il y a aussi le cimetière de tous les chats de sa vie, et de tous les arbres de Noël qu’il y a transplantés. La trace pour lui n’est pas seulement un concept philosophique, c’est une réalité de chaque instant.” (p.518-519)

  • 1 Paris, Fayard, Galilée, 2001, 315 p.-