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2 août 2022

UKRAINE : NON AUX ASSIMILATIONS FORCÉES DES ENFANTS

par Philippe Grauer

non aux meurtres d’âmes d’enfants

mobilisation

Nos pédopsychiatres en France se mobilisent sur la question de la maltraitance d’État des enfants par les Russes en Ukraine. Prenons en de la graine.

kidnapping de masse

La Tribune du Monde, signée entre autre par nos collègues pédopsychiatres Bernard Golse et Pierre Lévy-Soussan, rappelle :

«  Le kidnapping de masse d’enfants, dans un conflit armé, et leur instrumentalisation comme objets dont on dispose, au gré des « lois » autocratiques, conduisent à la destruction radicale de leur passé, de leurs fondations psychiques. Une destruction, que l’on peut qualifier de meurtre d’âme, qui marquera à jamais leur destin. »

obligation éthique psy

Il faut prendre connaissance de cette Tribune — parue dans Le Monde de ce 1er août 2022. Il devient urgent de prendre parti et sous toutes formes possibles élever la voix pour mettre fin au massacre des innocents en cours. Nous autres psys savons le prix d’un meurtre d’âme. Cela nous oblige impérativement à élever la voix, pour ne pas devenir, par nonchalance, complice de l’horreur en cours.

la guerre en Ukraine se déroule en vous-même

Plus tard ne dites pas je suis resté dans mon confortable (le confort comme ennemi de la démocratie) coin à ne rien dire ni faire. La guerre en Ukraine se déroule en vous-même. Relisez le Sartre de L’existentialisme est un humanisme. Décidez-vous entre lâcheté ordinaire et prise de responsabilité. Les chemins de la liberté passent par chez vous, et les innocents ont besoin que votre voix se fasse entendre pour préserver leur imprescriptible identité, et du coup votre propre intégrité éthique et citoyenne.

dire non est toujours utile

Ne vous méprenez pas. Les tyrans sont très attentifs aux réactions à leurs forfaits. Le néo stalinisme n’ira jamais plus loin qu’au point où notre détermination saura l’arrêter dans son criminel cheminement.

crime de masse en cours

Au retour des camps apparut la résolution Plus jamais ça. La capacité d’infliger l’horreur à ses semblables caractérise l’espèce humaine, pour des raisons anthropologiques, genre meilleur/pire,  que nous ne ferons ici que mentionner. On ne saurait parler improprement  de génocide, entreprise radicale de meurtre par assassinat global de masse. L’opération en cours, de déportation de masse de milliers voir de centaines de milliers d’enfants à destination du célèbre extrême orient soviétique, à fin d’effacement de l’identité d’origine, est monstrueuse, et qualifiable de crime contre l’humanité. Ainsi quand cela redevient nécessaire, en prenant ses responsabilités, il faut trouver le courage lucide de s’opposer aux incendiaires qui s’en prennent au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, au droit d’existence nationale et étatique, au droit des enfants de rester dans leur famille, localisée comme elle l’entend, en sécurité. On touche ici au domaine du droit humain de base.

pour qui sonne à nouveau le glas ?

Le témoignage de l’ambassadeur de Chine à Paris interviewé récemment sur LCI, parlant de la population de Formose, qui nécessite une rééducation, fournit une autre clé pour comprendre que les régime totalitaires, ignorant pas principe la démocratie et l’opinion des gens, continuent de penser en terme d’"éducation" de force (entendre propagande et contrainte, pouvant aller jusqu’à la ouigourdisaition) le façonnement du consensus de soumission à leur régime de terreur. Ainsi en va-t-il des programmes de reprise en main russificatrice des populations scolaires dans les territoires ukrainiens en voie d’annexion. Pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale le spectre d’un néosoviétisme manipulateur des consciences apparaît, nimbé d’un cynisme d’extrême droite tranquille, se profile à nos portes. Il en résulte pour nos valeurs humanistes le déclenchement de l’alarme.

pour quoi nous combattons

La Bête, à ne pas confondre avec les bêtes, qui n’ont rien à voir avec la cruauté humaine, se manifeste périodiquement comme Bête d’État, frappant d’indignation et d’impuissance ce qui demeure de civilisé alentour, et à des degrés divers au sein même du groupe gouverné à l’enseigne de la terreur. Requérant les hommes de bonne volonté, pour utiliser une expression consacrée incluant les femmes, de reprendre les armes pour gagner une guerre juste, la violence même de la guerre suspendant (avec mesure, en cas de légitime défense) le Tu ne tueras point de façon paradoxale et tragique. Faire la guerre et barrage à l’agresseur qui ne comprend que la violence, faute de quoi l’iniquité s’empare de la conduite des affaires du monde humain, conduit à l’usage résolu de la force contre l’État qui en abuse. Eisenhower visitant les camps s’exclame si nous ne savions pas pourquoi nous combattons ou l’avions oublié, maintenant nous le savons. N’oublions jamais nos buts de guerre. Usage de la force des armes disions-nous, certes, mais conjointement de la force d’âme.

la stratégie du pervers

Évidemment, l’Histoire peut toujours se voir opposée aux protagonistes d’une guerre juste, un tu ne t’es pas regardé. Mais cette neutralisation perverse, ingénieuse et souvent fondée, aux mains de l’agresseur ne fait qu’ajouter le vicieux au méchant, cherchant à décontenancer ceux qui trouvent le courage de s’opposer à son inhumanité en marche.

le difficile travail d’intégration du soviétisme

L’Union soviétique, au sortir d’une cruelle guerre civile, a dérivé en dictature indéfinie, substituant la propagande à la conviction, administrant une terreur systématique. Le régime fondé sur une méfiance d’État devenue systémique, liquida son potentiel démocratique, dérivant en totalitarisme, camps[1], police politique terroriste et crimes de masse à l’appui. Le nazisme sut s’en inspirer. Dans les deux cas la figure de l’autre déshumanisé devenant objet d’extermination féroce. Il faut du temps pour intégrer d’aussi gigantesques secousses. L’Allemagne a pris son temps (et notre argent, en l’occurrence bien placé) pour se refaire en plus d’un demi siècle une santé éthique et démocratique collective. Le valeureux travail d’ouverture démocratique impulsé par Gorbatchev dans un empire au bord du précipice n’aura duré que deux ans, celui entamé par Mémorial, significativement interdit de nos jours par Poutine le massacreur de la Tchétchénie (une colonie tsariste), est loin d’être achevé. L’Histoire connaît des avancées, des blocages, des régressions, des répétitions. Nous faisons face à l’un de ses reculs.

varsovisation des territoires, filtration purificatrice

De la Tchétchénie (où sont nés les sinistres camps de filtration, sur le modèle de ce qui s’est organisé à Katyn) à Alep, la méthode consistant à transformer une grande ville avec son riche héritage culturel, en gigantesque terrain de football, populations traitées à l’avenant, rappelant le sort de Varsovie 1944, la méthode consistant à pratiquer envers le mauvais autre le principe de la barbarie généralisée, sans état d’âme puisque sans âme, s’est réinstallée chez les gouvernants de la Fédération de Russie.

dévastation systématique du territoire de l’autre

Il en résulte une guerre d’agression européenne coûteuse en dizaines, bientôt centaines, de milliers de combattants et civils, sans compter les migrations en masse et déportations, se comptant par millions, avec pour ligne directrice la dévastation systématique de l’infrastructure économique et culturelle de l’autre ukrainien auquel jusqu’à son nom est refusé, avec pour corolaire l’installation de la menace contre la démocratie où qu’elle se trouve.

anéantissement identitaire, géno-maltraitance, géno criminalité

Un cortège d’horreurs ressuscite dans les zones occupées des pratiques comme l’enlèvement d’enfants et la déportation de masse de millions de personnes, auxquelles leur identité nationale est déniée. Le spectre du génocide réapparaît. Certes on n’extermine pas systématiquement. on se contentera d’enlever, déporter, redresser, orpheliniser, adopter sous contrainte. Ainsi, à peine remis des assimilations forcées australienne puis canadienne, à l’encontre des enfants des populations autochtones, sans oublier les pratiques franquistes puis argentines bien entendu (nous mettons hors concours le nazisme), appliquées aux adoptions, nous voici confrontés à nouveau au crime de masse s’en prenant frontalement au droit de l’enfant.

psys et intellectuels contre la purification totalitaire

C’est ici que nous, psychopraticiens relationnels et psychanalystes, avons plus particulièrement le devoir de protester. Qui se tait consent. Ne touchez pas aux enfants ! halte à la logique suppressive de l’identité de l’autre. Déporter des enfants ukrainiens et les « russifier », c’est amputer l’avenir de l’Ukraine, titre la Tribune signée par un collectif d’intellectuels et de pédopsychiatres. Qui dénonce : « la purification totalitaire visant à l’extinction d’un groupe humain est en marche. » Le projet frôle la mentalité génocidaire mais reste plutôt d’ordre colonialiste, mention crime contre l’humanité. N’empêche, ce genre de forfait n’a besoin pour se poursuivre que de notre silence. Refusons le lui avec force.

au nihilisme russe opposer notre détermination vitale

Poursuivons la lecture : « L’opération spéciale de Vladimir Poutine est de fait une tentative d’annihilation de l’Ukraine : la négation du passé de ce pays – ses traditions culturelles –, et de son présent – sa légitimité étatique – se poursuit dans le projet d’effacement de sa culture et de sa langue par la russification forcée des enfants déportés. » Gogol au secours ! relisons Vassili Grossman : « Ce qui se jouait, c’était le sort des Kalmouks, des Tatars de Crimée, des Tchétchènes et des Balkares exilés, sur ordre de Staline, en Sibérie et au Kazakhstan, ayant perdu le droit de se souvenir de leur histoire, d’enseigner à leurs enfants dans leur langue maternelle […], Жизнь и судьба, Vie et destin, autorisé seulement sous Gorbatchev. À l’actuelle résurgence d’un rouge sang mal éteint aux préoccupants reflets bruns, ajoutez le redoutable nihilisme russe, philosophie séculaire du désespoir, suivant son cours, et réfléchissez. À la culture et administration de la mort et de la chosification de l’autre, nous savons professionnellement combien il est vital de s’opposer.

impératif moral contre le crime en cours

Le même texte rappelle « la Convention de 1948, explicite dans son article premier : « Les parties contractantes confirment que le génocide, qu’il soit commis en temps de paix ou en temps de guerre, est un crime du droit des gens, qu’elles s’engagent à prévenir et à punir. » Énoncé après la seconde guerre mondiale, ce principe, au-delà de sa valeur juridique, a valeur de prévention et d’impératif moral. »

vous reprendrez bien un peu d’enfant ukrainien « dénazifié » ?

Je me joins, en la nuançant côté génocide, à cette protestation des signataires de cette Tribune dans Le Monde (en date du 01/08/2022) qu’il serait heureux de pouvoir se procurer. Sous mes yeux chaque soir à l’écran j’assiste en cassant la croûte au spectacle de la cruauté néo soviétique, à laquelle tout est permis vu son armement atomique. Le néo soviétisme en cours, pour lequel la solution au problème des nationalités comme du temps de Staline transite par l’utilisation massive des chemins de fer, ne doit pas passer avec les fruits du dessert. Ne serait-ce qu’au seul vu de l’outrage à l’enfance, secteur clé de notre pratique, la question de protester contre l’antihumaniste méthode Poutine mérite que nous la considérions sérieusement. Démarquons-nous des monstres et des ténèbres, et donnons corps à notre refus du principe de déshumanisation en marche là-bas, là ici, au cœur de nous-mêmes.

[1] Invention au demeurant britannique, lors de la guerre des Boers.


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