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6 février 2012

Autisme : Guy Baillon écrit au Conseil de l’Ordre Docteur Guy Baillon, Psychiatre des hôpitaux

Encore un témoignage en appui à Pierre Delion. & n’oubliez pas de signer la pétition.

Docteur Guy Baillon, psychiatre des hôpitaux.
_ Auteur de deux ouvrages récents expliquant les raisons de cette incompréhension entre société et psychiatrie tout en précisant les progrès réalisés et les espoirs, où s’inscrit le rôle positif de Pierre Delion au milieu d’une cohorte reconnue de praticiens de valeur.
Les usagers au secours de la psychiatrie”, Erès, 2009
Quel accueil pour la folie, champs social, 2011
– voir également dans Les contes de la folie ordinaire de la revue Médiapart en 2010 et 2011, dont un commentaire sur son dernier livre en juin.


Docteur Guy Baillon, Psychiatre des hôpitaux

Docteur Guy Baillon
Psychiatre des hôpitaux

samedi 14 janvier 2012

Au Conseil de l’ordre des médecins du Nord.

Chers confrères,

L’attaque dont fait l’objet le professeur Pierre Delion par l’association Vaincre l’autisme est pour moi la cause d’une double tristesse. Il faut que cette attaque cesse dans les plus brefs délais, mais il faut comprendre quelles en sont les principales origines.

Tout d’abord, je tiens à affirmer ma profonde compassion pour les familles ayant des enfants souffrant de troubles psychiques graves comme l’autisme. C’est cette compassion qui m’a accompagné tout au long de ma carrière
Parti en retraite il y a 10 ans, je me bats depuis auprès des usagers de la psychiatrie et des familles pour attirer l’attention de tous les acteurs de la santé mentale pour qu’ils puissent intégrer parmi leurs partenaires pour défendre une psychiatrie de qualité, les associations de familles comme l’UNAFAM et les associations d’usagers comme la FNAPSY, familles et usagers en association ont en effet des compétences complémentaires d’une grande richesse pour que les soignants mènent à leur terme la compréhension et le traitement des troubles psychiques graves.

Je témoigne que le professeur Pierre Delion, non seulement, mène le même combat que nous tous depuis 30 ans (et nous l’admirons beaucoup pour sa pertinence), mais il est aussi parmi nous l’un des acteurs essentiels de ce combat contre l’autisme; c’est ainsi qu’après des années d’observations il a tenu à appliquer dans certains cas les plus difficiles de l’autisme la méthode dite du “packing” car elle est à la fois l’une des plus inoffensives et l’une des plus efficaces.
J’en témoigne personnellement ayant pratiqué le packing en tant qu’interne en psychiatrie, puis en tant que chef de service dans le 93 à Ville-Evrard depuis 1972 avec notre équipe de secteur pour quelques patients autistes (pour les autres patients son effet est dérisoire, puisqu’elle se limite l’application de draps mouillés sur le corps ; chacun de vous peut l’essayer chez lui , il conviendra à quel point c’est anodin).

Pourquoi un traitement aussi simple a-t-il entraîné une telle violence chez certaines familles ?

Parce que la folie fait peur, parce que la psychiatrie fait peur, et que l’une et l’autre sont entourées d’une incompréhension majeure par l’ensemble de la société, entraînant une véritable stigmatisation contre l’une et l’autre.
Mais quand une famille a parmi ses enfants l’un d’entre eux présentant des troubles autistiques, elle ne comprend pas ce qui lui arrive et a souvent comme premier interlocuteur des personnes non compétentes qui ont aussi peur qu’elle, ce qui augmente incompréhension et peur.

Au passage cette attitude d’incompréhension, est la même que celle qui a conduit le Président de la République à déclarer à la télévision, le 2 décembre 2008, qu’il fallait désigner les schizophrènes comme de futurs criminels, et il a fait promulguer la loi du 5 juillet 2011 qui impose comme seul traitement aux troubles psychiques graves l’enfermement et les traitements biologiques, annulant ainsi 50 années de progrès.

Dans les deux cas c’est la même défiance vis-à-vis de la psychiatrie qui est promue. Au contraire la folie peut et doit être expliquée et comprise; la société doit apprendre qu’elle évolue favorablement lorsqu’elle est accompagnée d’un travail psychothérapique réalisé par des soignants suffisamment formés et suffisamment nombreux, comme peu à peu la France a pu depuis 50 ans le faire dans le cadre de la psychiatrie de secteur.

Les troubles autistiques sont les troubles les plus graves et les plus difficiles à comprendre. Leurs origines restent encore obscures, mais il est certain qu’ils sont la résultante de causes multiples à la fois organiques, physiologiques, environnementales, psychologiques ; ils doivent donc bénéficier d’un apport harmonieux, cohérent des différents traitements en rapport avec la multiplicité de ses causes.

Ce qui semble avoir impressionné quelques familles c’est le fait que cette maladie si complexe puisse être modifiée dans quelques cas par une thérapie aussi anodine que le packing ; en réalité ce traitement n’a d’effet que parce qu’il est réalisé par un groupe de quelques soignants qui, pendant l’heure de son déroulement, va l’accompagner par un échange verbal psychothérapique. Ce contraste entre la gravité du trouble et l’aspect anodin de ce traitement est insupportable pour les familles, qui ne perçoivent pas que ce traitement est toujours associé à d’autres apports éducatifs, biologiques et psychothérapiques. Mais affirmer, comme le fait cette association, sous l’influence de quelques familles que ce traitement est une “torture” est en réalité un propos clairement “délirant”, qu’il faut reconnaitre comme tel.

parole des soignants, contre celle de quelques familles ?

Nous rencontrons ici la difficulté centrale du rapport entre la folie et la psychiatrie et sa compréhension par la société : certaines personnes qui ont un comportement cohérent prenant en compte les règles de la société, peuvent en même temps tenir un propos délirant, Alors, parole contre parole ? Parole des soignants, contre celle de quelques familles? C’est le choix fait par le gouvernement en acceptant sans discuter le propos de l’association Vaincre l’autisme (et en faisant le récent Plan pour l’autisme), alors qu’il s’agit en tout état de cause ici de faire la part dans la réalité entre ce qui est reconnu par l’ensemble du corps psychiatrique comme connaissance d’un trouble et de ses traitements, et un propos délirant, même s’il a comme origine une douleur insupportable et authentique. Un patient, une famille peuvent à la fois avoir un propos cohérent sur la société, et tenir un propos délirant.

Il est donc nécessaire qu’une autorité spécifique et lucide écoute la douleur des familles concernées, la partage, qu’elle soutienne les familles, mais elle ne doit pas se laisser entraîner à condamner et poursuivre les soignants quand ils utilisent des traitements simples, pour la seule raison qu’on ne comprend pas leur effet, alors que l’on sait qu’ils sont totalement anodins. Ceci surtout alors que dans le cas précis du packing des enquêtes scientifiques ont déjà montré clairement l’absence de danger.

Le Professeur Pierre Delion doit recevoir tout l’appui qu’il mérite de la part de l’Ordre des médecins, et de plus, il doit être félicité pour son courage, sa rigueur et sa compétence dans l’ensemble de son œuvre.

Rappel : Le texte de soutien à Pierre Delion et David Cohen se trouve à l’adresse suivante

http://www.autismeuneapprocheplurielle.org/phpPetitions/index.php?petition=3

l’avez-vous signé ?

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