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27 février 2011

Comment choisir son psy ? Philippe Brenot

Philippe Brenot

Surplace depuis deux ans

Elodie : Bonjour, je suis suivie par une psychiatre depuis deux ans pour cause de dépression. Mais je ne m’en sors pas. Je fais du surplace depuis deux ans. Lors de mes séances avec ma psychiatre, elle ne me pose aucune question sur mon passé, et je n’ai entamé aucune psychothérapie. Elle me prescrit des antidépresseurs de l’efficacité desquels je doute, car j’ai toujours des angoisses et des insomnies malgré les somnifères. Je souhaiterais savoir si le rôle d’un psychiatre est de prescrire seulement des médicaments et de ne pas faire de thérapie (par manque de temps, je suppose). Merci de me répondre.

La question d’Élodie est pertinente, mais malheureusement trop fréquente, car nombreuses et nombreux sont ceux qui errent dans un « parcours psy » avec des médecins ou des thérapeutes trop « variables ».

Pour répondre à cette question, il faut tout d’abord préciser quelques notions, que l’on connaît bien aujourd’hui, que j’ai récemment rappelées dans un livre intitulé Psy, mode d’emploi, sous-titré non sans une pointe d’acidité : « Pour les hommes et les femmes en difficulté de vie… et même les thérapeutes ! » En effet de nombreux thérapeutes méconnaissent, ou ne connaissent pas, les règles essentielles des psychothérapies et les connaissances actuelles en matière de psychologie et de psychiatrie. Je ne me place en aucune manière en donneur de leçons, mais les errances des patients dans des parcours psy difficiles sont trop fréquentes.

PSY ET PSY

Il faut déjà distinguer « psy » et « psy », ce terme recouvrant aujourd’hui plusieurs réalités : d’une part, le psychologue, qui est un professionnel spécialisé dans la connaissance du psychisme, son fonctionnement, son évaluation et ses approches thérapeutiques. Il a suivi une longue formation universitaire, il est qualifié dans sa discipline, et, la plupart des psychologues cliniciens sont formés à une méthode psychothérapique, psychanalytique, comportementale ou cognitive. Le psychologue n’est pas médecin, il ne prescrit pas de médicaments.

D’autre part, le psychiatre est un médecin, qui a suivi la formation de médecine générale puis s’est spécialisé dans la connaissance du psychisme et des maladies mentales. C’est une formation universitaire longue qui lui donne une expérience clinique auprès de ses patients. La plupart des médecins psychiatres ont été formés à un mode psychothérapique ou à la psychanalyse. Le psychiatre fait un diagnostic psychiatrique, prescrit des médicaments si nécessaire et accompagne son patient par une psychothérapie appropriée. Il oriente donc le patient vers des traitements, des thérapies ou le plus souvent l’association des deux.

Le psychanalyste, enfin, pratique la psychanalyse. Il a été formé au sein d’une école de psychanalyse par une cure personnelle puis une analyse didactique. C’est une formation longue et exigeante, que suivent beaucoup de psychologues et de psychiatres.
Psychothérapeute n’est pas un titre, c’est plutôt le qualificatif d’un professionnel qui exerce la psychothérapie. En France, pour l’instant, il n’existe pas de réel contrôle de la formation des psychothérapeutes (cela commence à être mis en place), ce qui fait que tout un chacun peut se dire psychothérapeute.

QU’EST CE QUE J’AI ?

L’une des grandes difficultés dans le domaine psy est qu’un diagnostic est rarement fait en raison de la demande précise des patients: « je désire faire une psychothérapie » ; « je veux un traitement » ; « je suis dépressif (ve) » ; « j’ai des crises d’angoisse »… Or, le diagnostic est toujours important, car une part des difficultés personnelles, bien qu’elles aient en général toujours une origine psychologique, peuvent être le signe d’une phase biologique secondaire. C’est le cas de l’épisode dépressif, qui est une réalité biologique méconnue, car l’état de mal-être premier s’est progressivement dégradé et le fonctionnement cérébral n’est plus le même. Cette phase doit être soignée par des médicament appropriés, suffisamment longtemps et donc par un psychiatre. Mais ce diagnostic n’est pas toujours facile à faire. Ce n’est pas parce qu’une personne se dit en dépression qu’elle est dépressive. Le diagnostic de l’épisode dépressif reste donc à faire par un médecin psychiatre. En fonction de cela, il peut instaurer un traitement qui résout la plupart du temps l’épisode. Un travail psychothérapique est en général nécessaire pour permettre de dépasser la crise et de ne pas se retrouver dans les mêmes conditions qui ont amené la décompensation dépressive. Ces deux approches sont complémentaires et peuvent être réalisées par le même psychiatre psychothérapeute. Le travail d’analyse est un peu différent, il ne se fait pas dans une période de crise aiguë, c’est plutôt un travail de réflexion et de connaissance personnelle. Ce n’est pas une démarche réellement médicale.

L’ALLIANCE THÉRAPEUTIQUE

Toutes ces précisions répondent en partie à la question d’Elodie, à qui il faut rappeler encore deux points particulier :

1 – Le silence « total » d’un thérapeute a peu de justifications. Sans que la thérapie soit un échange « de café du Commerce », la réserve du thérapeute permettant au patient d’exprimer son ressenti, il sera tout de même guidé par les réflexions en retour qui lui permettront d’élaborer progressivement sa pensée.

2 – Il est enfin important pour le patient d’oser dire ce qu’il ressent à son thérapeute, notamment s’il ne se trouve pas bien dans les séances, s’il ne comprend pas la démarche psychothérapique. Un remarquable travail comparatif des différents modes de psychothérapies a été fait il y a une dizaine d’années aux États-Unis afin de comprendre quel mode psychothérapique était plus efficace et menait à une issue favorable. En réalité, aucun type particulier de psychothérapie ne s’est révélé être meilleur qu’un autre. Le seul critère de réussite que l’on ait trouvé est que, quelle que soit la méthode, le patient ait senti qu' »il se passait quelque chose » dans les deux ou trois premières séances. C’est ce que l’on appelle l’alliance thérapeutique, qui s’instaure très vite entre le patient et le thérapeute. Si vous n’êtes pas à l’aise avec votre thérapeute, que cela dure, et que vous n’arrivez pas à en parler, il faut réfléchir à la poursuite ou non de ce travail.


BRENOT Philippe. Psy, mode d’emploi. Éditions l’Eprit du temps, PUF, 2007.-
Le Monde.fr