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10 octobre 2006

Décret : le SNPPsy répond à la troisième proposition ministérielle d’écriture du décret d’application Ph Grauer

Ph Grauer

SNPPsy — Psychothérapeutes relationnels & psychanalystes

Lundi 9 octobre 2006

À Monsieur Bernard BASSET,
Sous-directeur à la direction Santé et société
du Ministère de la Santé et de la Solidarité

Résumé : nous refusons totalement la dernière version du projet de décret. Celle-ci ne correspond en rien au contenu de nos discussions, aux multiples rapports que nous vous avons adressés, ni aux engagements successifs pris par les ministres à notre égard. Il est encore temps de ne pas lancer une machine aussi dangereuse.

Monsieur,

Nous recevons le troisième projet de décret d’application pour l’article 52 de la loi n° 806-2004 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique concernant l’utilisation du titre légal de psychothérapeute, dont nous vous remercions.

Comme le ministre Xavier Bertrand était venu en personne soutenir un projet faisant suite au rejet massif du précédent vôtre, nous lui avons écrit pour finir après mûre réflexion que nous acceptions sa parole donnée. Nous avons accompli ce geste en dépit du caractère aporétique persistant de l’article 52 dont aucun habillage ne pourrait dissimuler la boiterie, en dépit des réserves que nos militants formulaient à l’idée de laisser l’État se mêler des affaires de l’inconscient et de la psyché, afin de répondre à sa demande, puisqu’il faisait un pas vers nous, de pacifier le territoire conflictuel de notre commun Carré psy (1).

Ça n’était pas la peine de nous donner tant de mal. De si longues négociations pour conduire de A à A’, et instituer un cursus de psychopathologue qui croit pouvoir corseter des professions qu’on ne pourra jamais enfermer dans un corporatisme d’État. Nous voici donc à peu de choses près revenus à la case départ.

Nous n’entendons point nous épuiser indéfiniment à tourner en rond pour constater au bout du compte ce que nous savions au démarrage, que les psychologues « scientifiques » professeurs d’université alliés à une médecine organiciste hégémoniste, n’en veulent qu’au titre que nous avons bel et bien créé, et bien servi, pour eux s’en servir, et nous en déloger.

Nous protestons que nos organismes titularisants devraient simplement, en toute justice et égalité de traitement, se voir reconnus à l’instar des sociétés reconnues de psychanalyse, et nos praticiens jouir des mêmes privilèges, sous couvert de la même dénomination générique de psychothérapeute, sorte de moule à quatre compartiments. Le texte de l’article 52 n’y conduisait pas par voie royale. On pouvait imaginer des aménagements, que les propositions du ministre Xavier Bertrand semblaient près de concrétiser. Nous marquons notre profond désaccord avec des propositions d’écriture qui reviennent largement en arrière.

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Voici quoi qu’il en soit quelques remarques sur le texte proposé.

a) la contradiction entre les alinéas 3 et 4 de cet article de la loi reçoit un traitement différent (on ne stipule plus l’obligation universelle de formation — alinéa 4), mais n’est toujours pas traitée. On se souvient en effet que l’alinéa 3 prévoit une inscription de droit pour trois catégories de personnes visées par la loi, alors que le 4 prévoit une formation pour toutes les catégories.

b) la question de la constitution de nouvelles institutions de psychanalyse reste évidemment problématique, le premier tribunal venu pouvant désavouer tout ce bel édifice. Par ailleurs, pour prévenir l’effet pervers, il faut évidemment se garder de nous exclure du cadre proposé.

c) le retrait de toute disposition de type clause du grand-père augmente exagérément le caractère discriminatoire de la loi. Sa radicalité ne laisse pas d’être inquiétante. Tenter de criminaliser environs 7500 praticiens et de désemparer le nombre considérable de ceux qui se satisfont de recourir à eux, c’est beaucoup pour un seul décret. Par ailleurs il est constant que toute nouvelle réglementation professionnelle comporte toujours une période intermédiaire avec absorption du stock existant comme disent les gestionnaires.

d) l’absence de mention de lieux de formation extra universitaires va dans le même sens. La psychothérapie relationnelle, justement évoquée aux côtés de la psychanalyse par le ministre Douste-Blazy devant le forum des psys, puis escamotée dans les textes qui suivirent, est définitivement exclue du décret d’application. Cette ignorance facilite fâcheusement les confusions.

Et puis, il vaut toujours mieux faire face à la réalité que l’ignorer. Aucun autre pays du monde moderne, exceptés les pays à vérité révélée, ne refuse actuellement une psychothérapie à plusieurs visages (les quatre du Carré psy), gérée en bonne entente institutionnelle avec les structures universitaires par ceux qui connaissent et transmettent le mieux les disciplines de la psychothérapie relationnelle, les écoles privées agréées par la profession elle-même. En vous adressant à nous vous manifestez que vous n’ignorez pas cela. Le paradoxe de nous reconnaître et ignorer en même temps, on peut parier qu’il se retournera en définitive contre ses auteurs.

e) les 1000 heures remplaçant le master de psychologie clinique vont dans le même sens, de ne reconnaître comme professionnels du psychisme que trois catégories sur quatre (encore que les trois premières n’y soient pas soumises — tandis que la quatrième n’aura pas les moyens de s’y soumettre, on nage dans le paradoxe), en contraignant les représentants de la quatrième à endosser une double formation. Les précédentes dispositions pratiquaient l’ouverture, celles-ci la fermeture. Nous ne saurions que nous y opposer, au nom du bon sens, de l’équité, et de la reconnaissance du fait flagrant de notre existence.

f) les médecins et psychologues non cliniciens (cf. notre article (a)) n’ont aucune justification à se prévaloir du titre de psychothérapeute, sinon que cette extension le vide de sens. Nous insistons sur l’iniquité consistant à attribuer un titre de psychothérapeute à des praticiens qui ne le demandent pas et n’en n’ont pas la formation. En second lieu il y aurait là tromperie majeure vis-à-vis d’un public que l’on prétend défendre et protéger : deuxième non-sens évident de cette rédaction, le public pensera s’adresser à des psychothérapeutes qui n’en sont pas !

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Il se dégage de tout cela que les praticiens de notre profession n’apprécient pas de voir travestie leur honorabilité, confisqué leur nom, et de se voir contraints d’en changer. Nous vous demandons d’éviter le faux-pas par lequel se trouve agressée injustement et inconsidérément une profession tout entière et l’ensemble de sa patientèle. Dans une telle affaire, surseoir serait sage. Il est encore temps de suspendre un texte qui n’est pas de nature à pacifier la zone qu’il se propose de circonscrire. Votre nouvelle rédaction nous semble promise à l’effondrement au premier défi légal à venir. Une maladresse d’anthologie nous paraît marquer le désordre qu’elle introduit dans un ensemble de corps professionnels qui n’avait pas besoin de cela. Nous vous engageons à ne pas y persister.

Comme chacun sait, les quatre grandes classes de professionnels du psychisme sont utiles et nécessaires, leur travail complémentaire et leur utilité publique égale. Les véritables besoins du public et la complexité de la matière psy requièrent qu’aucun interdit majeur ne vienne frapper l’un des protagonistes du Carré psy. Primum non nocere. Un remède pire que le mal n’est pas ce dont a besoin la psychothérapie du XXI ème siècle, ce dont ont besoin aujourd’hui les Français.

Nous vous prions de croire à toute notre considération.

Philippe Grauer
Président