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27 décembre 2019

FACE À FACE BOOK

par Philippe Grauer

Mots clés : relation, communication, critique, syndicalisme psy, SNPPsy.

Dialogue avec Pascal Aubrit auteur de

FACEBOOK LE MIRAGE D’UNE RELATION SANS CONTRAINTE

relation allégée

Avec Face-Book il s’agit souvent davantage de communication que de relation. Disons relation allégée. La relation, ça se gradue, sur l’échelle de Grauer, j’ai écrit ça quelque part (y aller voir concernant le concept d’ignorance de l’autre). Et qui a dit que la légèreté serait à prendre en mauvaise part, à la légère ? À commencer par là, vu l’insupportabilité de la légèreté de l’être, il faut y aller mollo au démarrage. Oui, mais si, entre « amis »  d’une amitié désamicalisée, ça ne décolle jamais ?

affichage de soi à l’heure du passeo

Finalement sur FB à mes yeux sans grand intérêt, j’exécuterais une sorte de figuration dite intelligente ? Ben oui, tout de même j’y vais, et même j’y suis, m’y voici me voilà, par nécessité professionnelle — ah ! bon ? — oui, pour ne pas ne pas y figurer. FB comme obligation sociale. Affichage de soi. Intéressant. J’y souffle comme sur la fleur de pissenlit, j’édite, je démultiplie, pour répandre de l’information on ne sais jamais où elle pourra atterrir, exactement comme les graines que les oiseaux sèment à tout vent par voie annale, donc avec fertilisateur intégré, ça engendre des forêts quand les conditions sont réunies, de beaux acacias mimosas en savane, des bonzaïs résistant à tout en Patagonie. Et si par quelque hasard j’y trouve une graine à cultiver à mon tour, pourquoi m’en priver ? mais le temps que ça prend, de se balader ainsi en terrain vague ! N’empêche, ce genre de balade appartient désormais aux habitudes sociales ordinaires de tout ceux qui détiennent au moins un téléphone mobile (je n’oublie pas les autres), ça représente du monde, à l’heure du passeo sur la Toile.

convictions péremptoires

À part ça ça fonctionne aussi comme collecteur (un nom pour les égouts mais pas seulement), comme sous-groupeur de personnes partageant les mêmes valeurs et opinions, qui ainsi s’auto confortent et renforcent dans leurs convictions péremptorisées. De ce point de vue l’absence de critique, de multiréférentialisme, rend la chose morbide, style la boule de neige de conneries, qui grossissant et roulant pourrait finir par aller casser quelque carreau. Le même amplifié par le même, privé de diversité, peut finir par dépérir, du point de vue de la vitalité de la pensée et de la sentience.

manipulations des réseaux sociaux

Ainsi on atteint la question de la manipulabilité des réseaux sociaux. Terrifiante puisque le FSB assisté par la maffia russe a pu ainsi entreprendre avec succès de conquérir, intoxiquer en tout cas (quand on se rend compte du faking le mal est déjà fait), l’électorat américain, au profit d’un personnage failli qu’on avait racheté, s’assurant de sa dépendance. Donc, FB comme média levier. À policer ? oui, à civiliser, lorsqu’on est en démocratie.

petits échanges entre « amis »

Revenons à nos petits échanges entre « amis ». Si par hasard un réel intérêt apparaît, alors tant mieux, un lien se tisse. Le long duquel de la réflexion peut surgir (et même peut-être de la relation — à indice positif suffisant). Autrement dit, parler, y compris pour ne pas dire grand chose, c’est déjà parler, on arrive rapidement à du Raymond Devos, parler pour ne rien dire c’est déjà quelque chose. À partir de là tout devient possible. Je me souviens de ce témoignage d’un anthropologue en Amazonie, c’était du temps où il y avait encore des gens du coin en Amazonie, des natifs. Des gens du prébolsonarien, avec leurs haches de pierre. Un jour ça a fini par arriver, on leur a procuré des haches en métal. Rentabilité bondissante. À quoi a immédiatement été utilisé le temps de défrichage de clairière gagné ? à se réunir pour bavarder, puis palabrer. Les hommes. Ceux qui avaient trouvé un nouveau truc pour s’acquitter plus vite de leur tâche. Les femmes chez nous c’était le commérage, un autre système. On parle on parle, un beau jour on en arrive à la politique et à la philosophie. Et la suite. Mais des fois ça vole bas. Se retirer. Ignorer.

des sommets de platitude

Moi j’interviens ici à cause de Pascal, que je connais, je le suis. Et du SNPPsy, que je connais, et suis aussi. Comme quoi on peut croupir dans un même fétide ou dialoguer opportunément dans la diversité. Tout dépend. Me voici à soutenir platement que FB comme tout, est meilleur et pire, à nous de l’utiliser au mieux. Vous voyez à quels sommets de banalité on est vite rendu. Éternelle question du robinet d’eau tiède.

le temps de la posture critique

Merci en tout cas de nous avoir lancés sur la piste. Empruntons la. Comme pour tout de nos jours, un inconvénient du mode FB, c’est l’immédiateté, le spontanéisme, débouchant dans un premier temps sur le manque de fond. La réflexion requiert temps et dispositif approprié. Méthode et critique. Sur FB, ça ricocherait plutôt. Façon café du commerce — et pourquoi pas un petit moment commun avec quelques autres, même inconnus, c’est tout de même pas mal chronophage comme on dit de nos jours pour dire que ça nous bouffe notre temps de vie. Pour certains, ça doit l’occuper utilement. Pour ceux qui s’ennuient ça doit pas être mal. Sur l’ennui aussi il y aurait à face-booker. Il faut aussi attirer l’attention. Certains exhibent leurs avantages. Parade sexuelle, vieux comme le monde.

FB : volatil

Pour les sérieux, les ennuyeux comme dirait Célimène, qui a pour commencer envie de s’amuser, on peut essayer d’y aller. Au cœur du sujet qui vous tient à cœur. Et si on se met à y aller, ça va durer, peut-être prendre de l’intérêt. Mais le public, comme les oiseaux dont je parlais au début, va s’envoler : FB comme lieu c’est le moment de le dire, volatil.

un sujet pour Roland Barthes 

Et pourquoi pas, précisément ? le café du commerce (quel beau mot, le commerce des hommes comme disait Rousseau), le temps de s’enfiler un café en balançant des banalités à d’autres, à nos pareils, un petit coup de complicité humaine. Le temps de partager une bribe d’irresponsabilité ? où l’on peut, ensemble, jouer, improviser, lâcher juste un truc encore irréfléchi, entre « amis » de zinc. Parler de la grève en cours, vous savez, de la retraite. La Bérésina est-elle en vue (d’autant que précisément le franchissement de la Bérésina fut un dernier fait d’armes positif de la Grande Armée. Comme quoi autant faire attention à ce qu’on dit, en toute occasion) ? Je m’imagine Roland Barthes, ce qu’il aurait aimé dire sur ce nouveau mode de communication et de socialité. Comme il n’est plus là, il reste moi — et Pascal ! — pour faire le travail. Encore une chose à faire. Arrêtez !

Au fait et si on parlait de linkedin ?


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