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6 mai 2006

Notules Ph Grauer

Ph Grauer

LAURENT LE VAGUERÈSE : Nous pouvons nous attendre à au moins encore une nouvelle version en perspective. Il semblerait qu’une autre version soit sur le point d’être concoctée. D’après nos informations le 17 mai une ultime version devrait sortir.

Cette pétition a rassemblé beaucoup de monde et la décision de remettre un peu les choses à plat et de proposer la deuxième version que nous connaissons lui doit quelque chose.

Je ne parle aucunement au nom des 2700 qui ont signé l’Appel. J’y ai mis un terme à la parution du nouveau texte. Ainsi un premier temps se clôt autour de la suppression de ce premier avant-projet.

Je ne conçois pas mon rôle comme de porte-parole, mais simplement de faire circuler l’information entre les psychanalystes d’abord, et tous ceux qui sont concernés par la souffrance psychique. Chacun de son côté ne peut se contenter de défendre nos petits intérêts corporatistes, les enjeux s’avèrent infiniment plus vastes. Nous avons affaire à un débat de société. Si bien que la question de savoir si Xavier Bertrand sera encore là d’ici quinze jours n’importe pas excessivement. De façon plus générale, un changement de majorité aurait-t-il des effets ? notre expérience passée nous laisse circonspects.

Que ce soit un gouvernement ou un autre, nous devrons réaffirmer certaines choses. je me souviens de la loi Kouchner, une des plus grosses catastrophes de la période. Or Monsieur Kouchner est bien vu par les sondages. Quant à perspective de la politique Sarkozi, il convient de ne pas se tromper là non plus, quant aux dangers qu’elle comporte.
Je vais dire deux mots de ce que je pense avant cette rencontre. Je suis pour l’abrogation. L’article 52 s’il ne tenait qu’à moi je mettrais une croix dessus. C’est à mes yeux ce qu’il y a de plus souhaitable. Est-ce possible ? disposons-nous des éléments qui nous permettent d’en venir à l’abrogation de la loi ?

C’est qu’il faut se représenter qu’il y aura encore tout un parcours après l’adoption du projet. J’ai appris au cours de cette crise beaucoup de choses sur les arcanes de la vie législative. Intéressant en soi.
Si l’on étudie bien les textes présentés, quoi qu’on en dise l’État dira pour finir quelles sont les associations psychanalytiques qui sont reconnues, voici donc que la loi valide les associations psychanalytiques.

Qui va composer la délégation qui décidera ? l’État devra faire un choix au second niveau, mais c’est toujours lui qui décide. Ce n’est pas l’avis du Groupe de contact, lieu comme on sait de débat, sans vote. Ils soutiennent le contraire. Cela représente à mes yeux un vrai danger, signalant une vraie crise d’identité de la psychanalyse. Une crise qui traîne depuis vingt ans, et les analystes n’ont pas fait un pas pour résoudre cette question identitaire, installés dans la fausse tranquillité et la fausse certitude, d’un entre nous qu’on commence à payer cher. Assisterons-nous à une prise de conscience ? nous verrons.

Selon Jean-Michel Lucas, le gouvernement aurait pour objectif de sauver la psychanalyse. J’en doute.

(une femme dans l’assistance) : j’y étais, avec lui chez Francis Brunelle, il a plus précisément parlé de renaissance de la psychanalyse.

LV : l’enterrement en tout cas est sûr, car cela commence par cette étape, la suivante, comme on sait, la renaissance n’est pas toujours assurée.

Si nous ne pouvons pas nous défaire de cette loi, que faire ? peut-on faire de bons décrets sur de mauvaises lois ? la version passée (à la trappe) définissait clairement un nouveau métier et le champ du savoir
150 heures et 4 mois. Un certain nombre de gens, dont René Major soutenu par Dupont-Muzard, s’en félicitent : la voici vidée de son contenu, et ce truc de psychothérapeute à la portée de tous. J’avais notons-le annoncé cette version comme la plus probable : « passez nous voir et on vous la donne », à ma surprise ce n’est pas ce qui fut proposé d’abord.
De ce fait, on peut entrer dans cette logique. Il est clair que c’est une manière de transformer cette loi en usine à gaz.

Pour ceux qui avaient défendu une vision sécuritaire du titre, comme Accoyer, aujourd’hui dépassé, c’est une claque. Heureusement Accoyer est occupé ailleurs (dans le sillage de Sarkozi). Ça fait évidemment équivaloir le titre avec la formation de psychologue (5 ans) et de psychiatre (11 ans). ()

Je vous propose de commencer par Roland Gori, Michèle Clément, J-J Xandreau, puis PHG, Danièle Lévy, Luis Solano (ECF), chacun porte-parole d’associations fortes. Nos débat sont importants pour définir une position. Vos interventions seront publiables sur Œdipe si vous nous les communiquez.

Encore une fois il ne s’agit pas de simples enjeux d’affichage sur plaque d’un titre, mais plus largement, des luttes à venir que nous aurons à mener en commun.

MICHÈLE CLÉMENT (SNP) : nous travaillons sur la question depuis un moment. Nous avons vu arriver le 7 avril un nouveau projet de décret, singulièrement revu à la baisse. Nous avons protesté, Brunelle a alors dit qu’il serait procédé à un nouveau tour. Le mécontentement est énorme, très peu d’associations soutiennent ce texte. Nous avons pour notre part rédigé un nouveau décret qui semblait donner des garanties aux usagers.

Pour nous la formation ne peut se faire qu’à l’université. C’est comme on sait un lieu de formation reconnu, on y apprend encore à penser. Nous estimons qu’après la fac, on fait tous un travail personnel si on veut exercer la psychothérapie, on va tous dans des écoles de psychanalyse. Nous voulons une formation de haut niveau. Bac + 5, pas moins de 520 h de stage. Que le régime soit le même pour tout le monde, il n’y a pas de raison qu’il y ait des gens au rabais ou sous-qualifiés. Psychanalyse ou autre chose cela se fait après l’université.

Nous ne sommes pas psychanalystes, mais psychologues () pluralistes.
La rédaction du décret concernant les médecins est loufoque. D’ailleurs les médecins généralistes n’en veulent pas, déjà surchargés, avec une formation en tout et pour tout de 60 heures à la psychothérapie. Nous demandons pour notre part qu’ils soient soumis à l’obligation d’un DES de psychiatrie pour pouvoir prétendre au titre.
Les psychanalystes ça les concerne.

— SNP et FFPP ?

MC : la FFPP est a priori sur notre position, d’après ce que j’ai entendu de Roger Lécuyer. Il s’agit de 5000 et non 3000 comme il disait psychologues par an, dont beaucoup au chômage. Remettre en plus sur le marché des personnes de moindre qualification ! il faut vraiment débattre de la formation et du sérieux des cursus.

Nous avons été reçus par Brunelle, qui prenait note, très courtoisement. Effectivement à ses yeux la formation devait être universitaire. Nous avons mentionné le rassemblement du 17 mai à 13:00 à l’Assemblée nationale. Il a dit ne pas être au courant. De toute façon le projet de décret serait prêt avant.

LV : quels problèmes les psychologues ont eu à affronter ces dernières années ?

MC : la profession existe depuis pas très longtemps, il s’agit d’une profession jeune aux contours imprécis. Comportant beaucoup de champs d’activité. Nés dans le champ de la santé, on nous répertorie au ministère de la Santé, et paramédicalise volontiers. Pas question pour nous, profession des sciences humaines, de nous y laisser lister. Et nous n’avons pas à être prescrits de quoi que ce soit. Notre code de déontologie nous l’avons écrit, mais il n’est pas légalisé. Si c’était le cas, existerait une instance de régulation de ce code. On parle d’Ordre, cette expression ne convient pas, mais il faudrait une instance de régulation à la profession de psychologue.

LV : votre rencontre avec Brunelle ?

MC : avec Philippe Grosbois nous avons été très bien reçus. La prochaine réécriture va nous donner (). Ça ne suffira pas, ils ne sauraient se dédire de la version précédente.

ROLAND GORI : comme il s’agit aujourd’hui davantage d’une réunion de travail, je vais réagir à ce qui vient d’être dit. J’ai petit déjeuné hier avec Francis Brunelle. Je lui ai dit qu’en tant que président du Siueerpp, nous nous réjouissions que la psychanalyse soit reconnue dans sa laïcité. L’État ne peut pas garantir l’acte analytique c’est plutôt l’acte qui garantit celui qui s’en réclame.

1) Ça pose un problème citoyen. Pourquoi on distinguerait des associations loi 1901, psychothérapeutes et psychanalystes, une discrimination qui établit les uns et les autres dans un rapport de forces politique et dans une tradition.

2) Ce cadeau fait aux psychanalystes peut se retourner contre la psychanalyse. Puisqu’il faut trois ou quatre personnes pour constituer une association de psychanalystes, on voit ce qui pourrait arriver, à moins qu’on n’établisse une instance ordinale des psychanalystes. Je n’y suis pas favorable, après en avoir un moment caressé l’idée par le passé. À l’heure actuelle dans le cadre de la philosophie d’une évaluation généralisée des actes et des conduites, j’y suis opposé.
L’article instaurant les de droit : pourquoi ne pas demander plus aux médecins comme on ferait aux psychologues non cliniciens ? je suis content en tant que président du Siueerpp de n’avoir pas à m’en mêler puisque les enseignants appartiennent à toutes les associations.

3) Puis je voudrais évoquer le point de René Major, mélancolique, qu’est-ce que c’est bien que ce soit si misérable ! nous ne pouvons pas accepter cela. Il n’y a déjà pas assez de formation à la psychopathologie. Entendons-nous, il ne saurait s’agir pour nous de prétendre dispenser une formation à la psychothérapie. Psychothérapie est un terme polysémique, que chacun entend à sa manière (cela dépend du corpus praxique et théorique de référence). Quels sont les grands malentendus sur cette loi : elle pose des exigences qu’on peut comprendre en termes d’actes professionnels, psychiatrique ou psychologique, ces actes ont une dimension psychothérapique par ses effets. Mais nos savoirs ne se déploient pas dans la même région que le savoir de l’inconscient. Parce qu’on est psychiatre ou psychologue, ce qu’on pratique n’est pas psychothérapique de ce fait.

C’est vrai que le 8 octobre, treize malheureux députés dont une députée socialiste (L’anesthésiste Martine Génisson — ça ne s’invente pas, note du rédacteur — qui l’a votée dans la ligne Kouchner) on voté cette malheureuse loi. C’est vrai que la loi Kouchner fait du malade un acteur consumériste. Mais ça a changé. Parce qu’il y a eu un débat, et qu’on a vu au sein du PS comme du PC des sénateurs et députés prendre position. Jack Ralite, dont on a pu apprécier les envolées, J.-P. Sueur, et beaucoup d’autres, sont intervenus dans le bon sens. J’en ai reparlé avec Brunelle. L’histoire de la validation scientifique peut revenir à tout moment. Il est fait état de l’infiltration par les sectes de tout, pas seulement des professionnels du psychisme. C’est demandé par Cottraux, mais en pointillé par d’autres associations, on peut très bien dans une philosophie d’évaluation généralisée, de traçabilité — nous risquons de nous voir véritablement suivis à la trace, voir réapparaître ce danger.
Et puis dans le Figaro un article récent parle de la porosité des experts ayant promu le DSM 3 & 4, on le savait déjà mais maintenant c’est établi, aux laboratoires pharmaceutiques. Le fait est démontré par des recherches récentes.

En tout état de cause la position du Siueerpp claire. La bouteille est à demi pleine ou à demi vide. L’article 8 tombé, c’est bon, le cahier des charges allégé, c’est bon, verre à moitié plein. `

Ce qui ne veut pas dire que ça ne produit pas des effets négatifs en ce qui concerne les psychologues, mais pas uniquement. Il y aura ensuite les simples décrets, puis les circulaires. Les préservés du décret ne le seront absolument pas par la suite. Il n’y aura pas de parité entre les différentes classes instituées. Qu’on ne s’y méprenne pas, du point de vue de la psychopathologie, les différences seront maintenues. Le 7 octobre, on pouvait mesurer sans arrêt la confusion entre psychothérapie et psychopathologie chez le juriste. Et pourquoi ne demanderait-on pas un master de psychopathologie ? ()

Je pense que dans une civilisation de l’évaluation généralisée, on peut au sein des partis de gauche faire bouger les choses.

J’ai évoqué hier, le Pas de zéro de conduite. Le ministre pense qu’il faut un grand débat m’a-t-il été répondu. Bréchot veut bien un débat mais d’une manière médicale. Dans l’ordre d’une médicalisation de l’existence, organisant la confusion avec le corps professionnel des médecins. Or on peut tenir un discours médical en étant psychologue ou psychanalyste.

• il y a une différence entre les deux avant-projets. Là les de droit sont de droit. Par contre ça crée le pataquès du côté de la formation en psychopathologie, dans le champ du savoir psychopathologique. Le minimum pour nous, c’est bien sûr le master de psychopathologie. Là-dessus Brunelle m’a dit, c’est acquis.

LV : ils nous disent toujours exactement ce qu’on voulait entendre. Comme nous constatons cela depuis des mois, on devrait commencer à s’interroger, et se dire, il s’agit peut-être d’une technique. Et puis, il peut y avoir une colonisation subreptice sous l’item psychopathologie.
Pour le titre nous voulons un niveau master, c’est bien ça que vous avez soutenu ?
Dans cette affaire on en vient à créer un ordre je ne suis pas d’accord. Que proposes-tu ?

RG : la position du Siueerpp vous l’avez. Nous nous montrons inquiets toutefois de l’article 7. Ensuite ce que je viens d’annoncer moi ce n’est pas le Siueerpp qui le dit, nous n’avons pas eu le temps de nous réunir. Je vous entretiens seulement de ma rencontre avec Brunelle. Qui m’a dit Xavier Bertrand est d’accord. Comme certains d’entre nous je suis divisé. D’une division redoublée vu ma situation (). À titre personnel en tout cas je trouve aberrante l’idée d’un conseil de l’Ordre des psychanalystes.

RG : () à MC . il y a une agence de l’évaluation de la recherche en université. Vous connaissez le projet de fusionner masters de recherche et professionnel. Problème majeur : arracher la validation scientifique des décrets, ajouter le mot clinique à neuropsychologie, à psychologie du développement, etc. Puis après application de l’évaluation scientifique sous le modèle anglo-saxon, nous finirons par ne plus exister d’ici quatre à huit ans.

JJ XANBEAU, SNPP et fédération français des psychiatres privés. S’agissant de l’articulation psychiatrie et politique, jetons un regard sur l’évolution du métier en psychiatrie et de la commande sociale dans ce domaine. Il existe une demande d’évaluation objectivable et d’atomisation des pratiques.

Disons-le, la psychiatrie, rien dans sa formation en tant que telle ne constitue une formation à la psychothérapie en tant que métier à part, mais elle y prédispose.

Ce qu’on voit se développer, c’est un système qui remplace une sorte de responsabilité politique par une volonté de maîtrise technique. Soigner la violence sociale avec des biotechnologies par exemple. La dimension relationnelle se voit ainsi remplacée par schémas bijectifs et tautologiques, qui aplatissent sur une chaîne de déductions depuis le psychique jusqu’au social et au politique (). Le problème posé par ce décret conduit à cette réflexion.

Nous craignons pour nous et pour tous les autres, le règne d’une sous-traitance généralisée. Les psychiatres agiraient alors comme ingénieurs en neuroscience, comme aiguilleurs qui auraient la charge de découper en tranches quelqu’un pour définir un désordre biologique et laisser à d’autres les autres aspect du traitement.
La difficulté c’est qu’on n’est plus face de modèles complexes mais de modèles où chacun va intervenir dans une application de protocoles sériés. Il s’agit en somme de faire entrer la créativité des pratiques dans un cadre protocolaire généralisé. Se pose simplement la question du découpage en vue de sous-traitance. La psychothérapie définie comme un métier à part et une technique, qui se supporte d’un savoir établi, on lui dirait : »— Rendez-en compte », et une fois la chose écrite vous la constituez en protocole. Nous assistons à un epolitique de protocolisation généralisée des pratiques. Le citoyen usager se voit opposé à l’accueil d’une parole tragique. Le point de vue consumériste renvoyant l’acte médical à un acte industriel comme un autre. Et que la scientificité de l’affaire aboutisse au moindre coût. Ne pas perdre de vue que ce qui est pertinent et adapté socialement c’est ce qui coûte le moins cher. 11 ans pour le psychiatre, 5 pour le psychologue clinicien, c’est beaucoup : aller au moins cher. Il ne s’agit pas seulement d’une volonté des gouvernants, mais d’une forte demande sociale, d’assurance qualité, que ça marche vite, pas trop cher, et qu’on soit assuré des résultats.

LV : () et un mot sur la problématique des la formation des psychiatres.

JJX : on ne peut pas ignorer les difficultés légales de ces différents métiers, le problème de l’accessibilité aux soins, nous voici sous la dépendance des généralistes. Je rappelle ce qui avait été dit à propos de la psychothérapie par les États généraux. Fournir une psychothérapie ne relève pas d’un métier mais d’une fonction, par des praticiens disposant d’une solide formation en psychopathologie, ne pouvant se suffire d’aucune technique standardisée. Je rappelle l’importance à nos yeux de la formation en psychopathologie et de l’inter-formation dans des groupes de pairs. Nous nous inscrivons contre une définition de normes transformant la clinique en une pratique anonyme, sans prise en compte de la part du tragique & d’énigme, supposant le libre choix du praticien. La psychiatrie ne saurait se réduire ainsi à une référence théorique isolée.

LV : je rajoute que la formation des psychiatres est essentielle à mes yeux. Je suis psychanalyste et également psychiatre. Je suis extrêmement inquiet du fait que les psychiatres ne sont plus formés cliniquement. Nous assistons à la mise en place d’une machine à former des psychiatres tels que nous n’en voulons pas. Il s’agit d’un enjeu fondamental, la machine infernale en route, à terme, c’est ces psychiatres-là que vous rencontrerez. Cela pourra présenter des incidences fondamentales, sans que personne ne semble s’en soucier.

RG : s’il n’y a pas d’enseignement de recherche ça veut dire que la formation universitaire en psychologie constitue un territoire d’exception, que l’on essaye d’homogénéiser (). Comment pallier à la pénurie des psychiatres devenus coordinateurs de soin, administrateurs de la précarité sociale et psychique ?

— du côté des psychologues un autre monstre guette, ne l’oublions pas, c’est la question du cognitivisme. On voit de plus en plus d’enseignants dans cette orientation, sous prétexte de développer enseignements petite enfance par exemple. Nos collègues ont maintenant des référentiels extrêmement éloignés des nôtres quand ils nous arrivent, au point que nous devons prendre le temps de les remettre à niveau.

LV : ainsi lors d’une des écoutes téléphoniques sur Œdipe, une psychologue me demande « comment je peux lire Freud ? » elle ne connaissait littéralement pas.

Vérant : je salue les étudiants qui sont ici. C’est que les psychologues en train de se faire former, ils seront dans la ligne, et dans les bonnes pratiques, pour ceux d’entre eux qui ne seront pas chômeurs ().

XTINE DÉROBY, collectif des psychologues de la CGT. Nous demandons l’abrogation. Il y aura un revirement en troisième position. Le premier avant-projet, travaillé par la DGS, le deuxième, plus politique. Il nous montre l’intention finale. Reconnaître les de droit pour les faire taire. La suite, une formation à moindre coût. Brunelle nous a dit oui c’est très clair les psychologues et les psychothérapeutes seront en concurrence. Et les psychothérapies seront prescrites, puisque il ne sera bien entendu pas question de donner l’autonomie d’exercice à des sous-formés. Les psychologues ont pour mission de « promouvoir l’autonomie de la personne » selon les voies qu’ils déterminent. Cela ne cadre pas avec ce schéma.

LV : dans votre perspective, ce texte ouvre sur un cadre de prescription ?

JJX : nous refusons cette situation de prescription, qui ferait de la psychothérapie un sous produit qui ne garantirait pas la liberté des praticiens, mais répondrait par contre au souhait de maîtriser les coûts.

MC : nous préconisons l’accès direct au psychologue. Sans intermédiaire. Nous ne sommes pas financés sur des fonds médicaux, cotés en K auparavant. Comment payer les psychologues ? des forfaits, d’autres formules sont à l’étude, permettant d’éviter de passer par la sécurité sociale.

RG : on ne va pas régler tous les problèmes référents à Santé mentale à partir de l’article 52. Il vient cet article dans une niche écologique, où la pratique se dégrade en techniques. Les psychologues gênent dans ce cadre. Sommes-nous dans un rapport politique suffisant pour demander l’abrogation, ou négocier dans ce cadre ?
Quand j’ai été interpellé par le rapport Vernant, j’ai vu qu’il adoptait la position hors de question d’un accès direct à des psychologues qui viendraient remplacer des psychiatres.

MME VÉRANT (?) : sur le site du gouvernement, il y avait ce texte, j’ignore s’il y figure toujours : »professionnels de santé acteurs de santé, les aides soignantes, ambulanciers … et les psychologues ».

PHILIPPE GROSBOIS : Brunelle nous a dit je vais le retirer.

V : suffit-il de le retirer, comme le rapport Inserm, pour qu’il ne prenne jamais effet ?

SOLANO (ECF) : considérons plus généralement la question de la définition des psychothérapies. Certaines psychothérapies sont certainement parfaitement à prescription. Prescrire le signifiant maître à celui qui souffre, pourquoi pas ? la position du psychiatre est-elle la même que celle du psychanalyste ?

BENOÎT ** : côté abrogation, pas d’espoir à avoir. Cela étant () JP Sueur soutenant la version Gouteyron de l’amendement Accoyer ().
Nous avons rencontré Brunelle — pas du tout je le précise à notre demande. Il nous a dit que le ministre entérinait la distinction entre psychothérapie et psychanalyse. Que l’État n’avait pas vocation à légiférer sur la psychanalyse. Que c’était à la psychanalyse de s’organiser pour faire valoir ses modes de formation. Façon habile de faire redescendre le débat.

LV : oui il y a un problème d’identité, de la psychanalyse. Mais cela laisse sans réponse ma thèse que l’État devra valider qui fait partie de la psychanalyse, donc résoudre à la place des analystes la question de l’identité de la psychanalyse.

— il s’agit bien toujours d’un titre, du fait que psychologues ou psychiatres ou psychanalystes utiliseraient ce titre. Une démarche volontaire, la Résistance facile, ne rien solliciter.

— demain les hôpitaux n’embaucheront que des psychothérapeutes (…) et seront entérinées les écoles de psychanalystes existant au moment du vote de la loi.

— qu’est devenu le rapport Koveiss (Cléry-Melin) ? travaillant dans les services de PMI, je m’intéresse à ce désir de faire des administrateurs de protocoles. Lorsqu’il est arrivé jusqu’à nous, les collègues psychologues ne se sont pas levés pour dire non. Au Québec, les gens ont des cartes de visite pour lesquels sont inscrits les symptômes dont ils sont spécialistes. Je croyais fuir cette horreur, et ça me rattrape ici !

LV : le rapport Koveiss, c’est un rapport sur l’état de la psychiatrie comme on en voit tous les ans.

ALICE CREFF : (collectif étudiants Rennes 2 pour défendre l’enseignement de la psychanalyse à l’université). Nous informons les étudiants (), lahnon.org. premier projet accentuait défaut 52. 1600 signataires contre. D’où coordination nationale des étudiants. ().[suit ne longue communication lue, d’excellent niveau, qui sera sans doute éditée sur Œdipe intercalée ici même]

ANDRÉ SIROTA : à propos du numerus closus, la FFPP et Roger Lécuyer, au nom d’une harmonisation européenne, ont voulu agir sur les quotas. Il y a des effets de système à connaître. Si nous suprimons 80 ou même seulement 70 % des étudiants en DESS que va-t-il se passer ? ils vont s’orienter en clinique psychopathologique. Résultat logique : il plus aucun étudiant dans les autres disciplines. On va trouver de un à dix étudiants dans les sous disciplines hors psychopathologie, et voici la liquidation de la psychologie.

AC : effectivement nous connaissons la question des quotas : « les cohortes des étudiants de patho » disent les TCC.

LV : vous avez posé une quantité de problèmes pertinents. Je voudrais saluer la qualité de votre intervention. Et relever la question des incidences. On a tous évolué sur la question de l’article 52. Ça a obligé toute une partie des professionnels à s’interroger. De ce point de vue c’est positif. Comme vous l’avez dit chacun s’est inquiété au fur et à mesure de l’avancée des conséquences. Petit à petit un décalage s’opère à mesure que les choix se déterminent plus concrètement. Au début, ça ne m’intéressait pas. À mesure, nous avons été de plus en plus concrètement inquiets. On n’est pas au bout du chemin, si on n’arrive pas à mettre un terme à cet article 52, la logique politique qui est derrière se déclinera sous des formes différentes. C’est pour ça que je suis dubitatif sur les années à venir. La logique des administratifs du ministère on va la retrouver sous tous nos pas. Là on est partis pour des années de combat. On est dans une logique d’affrontement pendant des années.

PHILIPPE GRAUER (SNPPsy). D’abord je voudrais dire que je ne représente en rien la psychothérapie, terme générique polysémique qui signifie facilement tout et son contraire, plus le reste, mais la psychothérapie relationnelle, dans le cadre conceptuel de ce que j’appelle le Carré psy, sur la surface duquel se joue en même temps complexité et confusion.

Comme tout le monde le sait, nous formons dans nos écoles des psychothérapeutes relationnels en cinq ans et plus (c’est la « condition nécessaire »), en petit nombre, de bonne qualité pour ce qui concerne ceux dont je suis ici pour répondre. Nous ne sommes donc en aucun cas confondables avec la masse du Great Unwashed, nébuleuse indéterminée ne nous concernant pas, dans laquelle la terminologie psychothérapie générique tend à nous dissoudre, dont je parle dans un article récent.

Cela dit je suis fondamentalement abrogationniste. À chaque fois qu’une catégorie se voit satisfaite c’est une autre qui ne l’est pas, la loi 52 est structurellement aporétique. Que Brunelle dise à chacun sa vérité n’est pas étonnant, cela procède de la réalité du système lui-même, dont l’incohérence de nature se révèle ainsi.

Dans un tel cadre, s’il ne bouge plus, nous ne nous opposons pas à l’état 2 proposé, tout en maintenant notre position de fond en faveur de l’abrogation. Mais on nous annonce déjà un état 3, sans compter les décrets annexes à venir. Nous avons affaire en réalité à une question liant épistémologie et politique, à une tendance au fascisme mou dans les démocraties contemporaines, et la lutte est partie pour durer. Il se trouve que les psys se situent en un point sensible de cette lutte, c’est notre danger et notre chance d’héroïsme historique.

En tout cas, Accoyer puis plus récemment Basset ont beaucoup fait pour fédérer notre cause et nous unir. Le fait que nous soyons ici ensemble cet après-midi en témoigne. Le débat national politique s’est effectué trop vite, et n’a pu produire une bonne loi (si tant est qu’il en fallût une). Le SNPPsy réclame depuis des années une rencontre de tous les professionnels du psychisme, pour se connaître et reconnaître mutuellement, et penser ensemble le champ complexe de nos pratiques, théories, épistémologies, visées politiques, le champ de notre coopération. Jusqu’ici le règne du mépris, et beaucoup de corporatisme de toutes parts l’a empêché. À présent nous voici enfin réunis, nous pouvons nous en réjouir.

En tout état de cause, nous sommes solidaires des psychologues en lutte contre la concurrence de possibles sous-psys. Nous rappelons toutefois que la condition seulement complémentaire dite suffisante, une poignée d’heures, personne de bon sens ne saurait la réputer suffisante à se dire psychothérapeute.

Je me souviens avoir répondu à Ph. Grosbois que non, nous n’avions pas constitué une nouvelle société de psychanalyse, & à Roland Gori que nous ne formions pas des légions de psychothérapeutes relationnels, procédant trop soigneusement pour cela, mais qu’il était assuré que nos étudiants, des personnes en reconversion pour la plupart, étaient déterminées à entreprendre leurs études chez nous, qui transmettions l’objet de leur désir, selon des méthodes isomorphes à leur objet, et point en psychologie, qui représentait autre chose à leurs yeux, dont ils ne voulaient pas, qu’ils ne désiraient pas acquérir. Cela dit, si en certains lieux universitaires la haine dont nous sommes l’objet fait place à une juste cordialité, la coopération peut devenir fructueuse, comme cela se fit en son temps avec Max Pagès à Paris 7.

J’en omets, j’y reviendrai dans les prochains jours

SOLENA : () nous avons obtenu également l’abandon des scientifiquement validés. L’ECF avait souhaité aussi que la clause du grand-père élargie à tous ceux qui étaient déclarés comme psychothérapeutes. L’important c’était que chacun soit toujours libre de constituer une association de psychanalyste. Aucun diplôme ne pourra garantir la pratique dans le domaine de la réalité psychique notre matière à nous tous. Nous ne décernons pas pour notre part de titre de psychothérapeute. Nous nous méfions du pouvoir discrétionnaire que peut avoir l’université, et aussi à qui elle pourrait déléguer cette formation.
Maintenant, ça a été dit par tous, ce monsieur Accoyer nous a réveillés d’un sommeil profond, nous a rendus conscients que cette idéologie québecquoise s’était insidieusement installée en France et Europe, dans le monde entier depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Nous n’avons pas vu venir le coup et avons continué à l’ignorer. Ça va être long. Nous n’avons pas vu venir la chose, nous nous sommes laissés endormir. Il s’agit d’une lutte constante de toute façon, contre cette tendance à niveler par le bas. En Argentine, mon pays, la même lutte a cours. La seule façon que nous avons de sauver cette non pratique qui a affaire avec cet objet non scientifisisable, c’est de lutter.

LV : dans l’état actuel de l’art 52, ça revient à ça, malgré l’apparence. « De droit, psychothérapeutes », revient à faire que l’université délivre un titre de psychothérapeute. Nous sommes d’accord pour dire que l’université n’a pas à former des psychothérapeutes et ne valide qu’un savoir. Notre génération a toujours été formée en double. Sauf que maintenant l’art 52 ça donne ça, l’université délivre des titres de psychothérapeute.

RG qu’on le veuille ou non, il existe déjà des diplômes [des DU] de psychothérapie (… essentiellement cognitive et comportementale). Nous avons convenu, nous, de ne pas leur emboîter le pas, certains disaient il faut sortir nos projets, former aux soins psychiques. Et ça concerne uniquement les psychanalystes. Il s’agit d’une tendance générale, à Louvain, par exemple, il existe une formation à la psychothérapie.

LV : dans l’état actuel du 52, on s’installe, à travers les trois catégories repérées, on délivre en fin de compte un diplôme de psychothérapeute !

— la façon de penser le psychisme est en train de se transformer. Au bout du compte pour l’instant l’université forme des psychologues dans une dimension poly référentielle. Au bout d’un moment peu importera puisqu’à terme on sait ce qu’il faut faire pour quelqu’un et quel que soit l’opérateur ça marchera quand même.

LV : je dis qu’il n’est pas possible de soutenir cette position sans détruire l’art 52. L’université me délivre de fait un titre de psychothérapeute.

DANIÈLE LÉVY : je vais essayer de faire l’éloge de l’art 52. Nous avons passé l’après-midi à se faire peur, s’effarer. Je remarque que toutes les propositions à tout moment pouvaient se renverser en leur contraire, ainsi que les alliances. On constate ainsi l’existence d’un point étrange. Depuis au moins cinq ans qu’on y réfléchit, nous avons énormément avancé et en même temps les caractéristiques de ce point sont toujours les mêmes. On a envie de partir. Alors on ne part pas.
L’avant-projet dresse une liste des personnes habilités à faire usage du titre de psychothérapeute. Ni une profession, ni un titre. Il distingue, parmi les officiers ou sous-officiers de santé. Il impose la chose obligatoire, une formation en psychopathologie. Vasseur à la dernière concertation, enfin entendu, a précisé que l’histoire de la formation en psychopathologie c’était le seul garde-fou qu’on avait pu trouver, pour maintenir les charlatans à l’écart (quelqu’un qui se prétend et n’a pas fait ce qu’il fallait pour le devenir).
Tout le monde devrait y passer (à formation en psychopathologie), les psychanalystes aussi.

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à PHG : j’estime les psychothérapeutes relationnels mais ils ne sont pas psychanalystes.

PHG : en effet. Les deux disciplines demeurent distinctes mais fonctionnent sur une base épistémologique commune.

DL : j’en doute.

PHG : il y a des différences, mais un socle commun, subjectivité vs. scientisme pour faire bref. L’important, c’est la mise en route du dialogue. Comment se parler si on n’est qu’Un ? la reconnaissance de l’autre a ses mérites dans nos pratiques. La génération qui vient devra conduire ce dialogue, que nous entreprenons ici.