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8 juin 2010

Psychothérapie : « la loi crée une fausse sécurité » Roland Gori, commenté par Philippe Grauer

Roland Gori, commenté par Philippe Grauer

Interview conduite par ERIC FAVEREAU


« Escrocs et charlatans »

« Cette loi, qui nous avait été vendue pour mettre un terme aux escrocs ou aux charlatans, crée une fausse sécurité » : Roland Gori n’est pas si naïf que ce que Éric Favereau nous laisse accroire. Il sait bien que cette loi — qui aurait été vendue, comme la fiancée ? la métaphore du journaliste a quasi valeur de lapsus — visait au résultat actuel, via la démolition de la psychanalyse qui y prêta la main de façon suicidaire, à quelques exceptions près. Dont Roland Gori honnête homme baillonné par la situation, qui osa tout de même lancer lors d’une des grandes réunions au Ministère qu’il était conscient que cette opération comportait un indice élevé de cynisme en nous spoliant de notre titre sous un faux motif, et que nous étions les malheureux grands perdants de cette vaste manœuvre universitaro politique.

Le titre volé

Cela dit le titre volé, comme la fameuse lettre, donne lieu à un imbroglio institutionnel admirable, et Roland Gori a raison de parler d’abus et d’imposture. En toute logique il faudrait resituer cette imposture dans le cadre de l’imposture plus générale ayant consisté à nous spolier au lieu de nous associer à la recherche d’un juste équilibre commun, du type Marchand ou Gouteyron, ou encore du premier Xavier Bertrand chaussant les bottes de Douste-Blazy nous ayant reconnus publiquement. Las, les psychologues ont ruiné ce possible équilibre, ils ne sont pas près d’en souffler mot. Ce méfait tû endosse pratiquement le statut de secret de famille, source de ravages s’il en fut, ce que ne saurait ignorer le fin clinicien Roland Gori, un de ceux nous le rappelons qui ont eu le courage de l’éventer un instant publiquement.

Larrons en foire puis en dispute

Ironie de l’Histoire, nous voici, comme dirait une ex candidate à la présidence de la République empruntant une formule choc à l’Analyse transactionnelle, une des provinces de la Charlatanerie, perdants perdants. Avec cette petite différence que l’ironie pousse le bouchon d’un cran supplémentaire et que nous ne nous en tirerons peut-être pas si mal, alors que les deux tenants du titre, larrons en dispute, ne font pas de bien à l’objet dérobé, devenu objet de discorde en voie de dégradation.

Déni général

Ah si, une dernière chose : il ne viendrait pas à l’idée d’Éric Favereau de nous demander à nous ce que nous pensons de cette affaire. Déni général : nous voici médiatiquement portés disparus, non seulement perdants mais perdus. De vue. Pfffuit le Carré psy et la psychothérapie relationnelle ! On est bien peu de chose. Mais bien vivants, vivaces même, et résolus. Reste à voir la tête à venir de celui à qui sera répondu « Les morts que vous tuez se portent assez bien(1)} ».

Philippe Grauer


Questions à Roland Gori professeur de psychologie clinique

Professeur de psychologie clinique à l’université de Marseille, Roland Gori a été de toutes les étapes de la loi réglementant le titre de psychothérapeute, dont les décrets sont récemment parus.

Au bout de onze ans d’attente, enfin une bonne nouvelle ?

C’est une très mauvaise nouvelle. Car ces décrets débordent le cadre de la loi. Il s’agissait de définir qui a droit au titre de psychothérapeute. L’annexe du décret, en définissant les formations nécessaires, établit une hiérarchie des professionnels. Avec ce décret, les médecins psychiatres peuvent automatiquement se définir comme psychothérapeutes. Ce sont les seuls. Même les psychologues cliniciens ou les psychanalystes doivent avoir des formations complémentaires. Ce choix est un abus ou une imposture.

Comment l’analysez-vous ?

C’est une régression, le retour le plus bête du pouvoir médical. Cette loi, qui nous avait été vendue pour mettre un terme aux escrocs ou aux charlatans, crée une fausse sécurité. Ce n’est pas un diplôme qui protège, mais une compétence.

Libération 06 07 2010