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28 mai 2012

Autisme: un scandale français Franck Ramus – propos recueillis par Hervé Ratel

QUAND CELUI QUI LE DIT L’EST LUI-MÊME

par Philippe Grauer

Bref commentaire. Sinon que qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son – étant préférable qu’elle sonne l’heure exacte.

Première remarque

Pondérez. Dans ce conflit il y en a pour tout le monde, du scandale. Consulter ici même Autisme : un courrier embarrassant pour un centre toujours cité en exemple et par ailleurs notre dossier autisme.

Deuxième remarque

« Pourtant, à entendre certains parents, sur le terrain, la culpabilisation est toujours de mise et rien n’a changé [lire des témoignages]. Les psychanalystes ont beau jurer que leurs théories et leurs pratiques thérapeutiques ont évolué, on peut douter qu’il en soit vraiment ainsi. »

Comment établir la véracité d’une proposition généralisatrice : « les psychanalystes jurent que ». Là où il faudrait une enquête scientifiquement bien conduite, on nous dispense humeur et rumeur.

efficace donc évaluée

Troisième remarque

Voici un donc qui opère un raccourci falsificateur. Encore faudrait-il savoir ce qu’évaluer veut dire pour les uns et les autres, pour les scientistes et pour les humanistes. Le donc de Franck Ramus renvoie à un système de présuppositions qui risque de ne pas tomber d’équerre avec celui d’un praticien qui œuvre à partir de la dynamique de subjectivation. Il y aurait un donc-1 et un donc-2 que ça ne m’étonnerait pas. Certes la question de l’évaluation ne saurait être éludée, ni celle de l’évaluation de l’évaluation et des évaluateurs. Touchant aux maladies de l’âme, le système de mesure proposé par le scientisme n’est pas à la hauteur de son ambition. Il faut en la matière convenir de la complexité de la tâche. Tout n’est pas si simple Monsieur le ssscientifique ami du KOllectif. Épinglez donc. Si la critique ne se fait pas entendre on sombre dans l’autosatisfaction et finit par dire et faire des bêtises, cela s’est produit. Convenez toutefois qu’il convient de discerner et rester mesuré – concernant la mesure cela va de soi –, car ce qu’on appelle communément l’excès inverse ne vaut pas mieux que celui qu’il s’efforce de contrarier.

kolossal

Quatrième remarque

En effet cet article se réfère au KOllectif pour une psychiatrie et une psychologie basées sur des preuves scientifiques, dans les rangs duquel on retrouve des noms connus, comme celui d’un certain Benesteau dont le grand œuvre « travail de recherche kolossal » – le chroniqueur a toutefois remplacé le k par un c – déjà consacré aux « Mensonges freudiens, » avait fait date à l’extrême droite en son temps.

La bataille de l’autisme en voit de toutes les couleurs idéologiques de ce côté-là. Pour qui cherche à s’informer, il est sage de naviguer de tous bords avant de se faire une opinion qu’en l’occurrence il serait avisé de ne se point faire tranchée. Certains ont du pouvoir mais pas d’audience et ne sont pas toujours recommandables. Attention où l’on peut se trouver inopinément conduit à mettre les pieds.


Franck Ramus – propos recueillis par Hervé Ratel

Autisme: un scandale français

Créé le 29-03-2012 à 11h16 par Sciences et Avenir

Dans son numéro 782 d’avril 2012, Sciences et Avenir enquête sur le retard français dans la prise en charge de l’autisme et le rôle joué par la psychanalyse. Décryptage de ce dossier avec Franck Ramus, directeur de recherches au CNRS.


Au centre Albert Camus pour jeunes autistes de Villeneuve d’Ascq, en France. ( BAZIZ CHIBANE/SIPA)


Mots-clés
: autisme, psychanalyse, psychothérapie, langage, Santé

Sur le même sujet dans S & A :
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Propos recueillis par Hervé Ratel


Que la France ait déclaré l’autisme Grande cause nationale 2012 ne peut suffire à dissimuler le fait que notre pays traite bien mal les personnes porteuses de ce handicap. En cause, un diagnostic et une prise en charge confiés en majorité à des psychanalystes, alors que partout ailleurs dans le monde ce sont des professionnels formés aux méthodes comportementales et éducatives qui s’en occupent. Une exception française que la Haute autorité de Santé (HAS) a critiquée dans son dernier rapport.

Le numéro d’avril (n°782) de Sciences et Avenir consacre une enquête de six pages à ce scandale sanitaire, décryptage avec Franck Ramus, directeur de recherches au CNRS, au Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique de l’École normale supérieure, pour Sciences et Avenir.fr.


S&A: La psychanalyse reste-t-elle fortement ancrée en France ?

[Image : Sans titre]

Franck Ramus : Je mène des recherches sur les causes de certains troubles du développement de l’enfant: dyslexie, trouble du langage, et autisme. A ce titre, je suis au contact de médecins, de psychologues, de parents et d’associations de parents, et tous les retours que j’ai de la réalité sur le terrain confirment que la psychanalyse est encore très dominante en France. Bien sûr, la réalité n’est pas d’un seul bloc, elle est plus contrastée. Les psychanalystes, en tout cas ceux qui s’expriment le plus sur la question, jurent que les vieilles hypothèses n’ont plus cours. Celles-ci, s’appuyant sur la mise en cause des parents, et tout particulièrement de la mère, dans la maladie de leur enfant, ont été abandonnées depuis des décennies par tous les chercheurs et scientifiques pour qui l’autisme est un trouble neurodéveloppemental à forte composante génétique. Pourtant, à entendre certains parents, sur le terrain, la culpabilisation est toujours de mise et rien n’a changé [lire des témoignages]. Les psychanalystes ont beau jurer que leurs théories et leurs pratiques thérapeutiques ont évolué, on peut douter qu’il en soit vraiment ainsi.


S&A: Qu’est-il reproché à la psychanalyse ?

Franck Ramus : En tant que chercheur, je suis évidemment un partisan de l’évaluation scientifique et je ne reconnais que les thérapies dont l’efficacité a été prouvée. En clair, la médecine fondée sur des preuves voir le manifeste du [KOllectif du 7 janvier, ndlr]. Il est nécessaire qu’un débat ait lieu sur le fond. Certains psychanalystes semblent ouverts à une évaluation de leurs pratiques. La CIPPA –Coordination internationale entre psychothérapeutes psychanalystes s’occupant de personnes avec autisme–, par exemple, affiche une position d’ouverture dans le paysage psychanalytique. Je lui ai envoyé une série de questions précises sur les théories et les pratiques psychanalytiques dans le but de clarifier ses positions, et j’espère que cet esprit d’ouverture se traduira en actes et qu’elle y répondra. Mais d’autres psychanalystes s’opposent farouchement à toute évaluation scientifique de leurs pratiques thérapeutiques [1]. Difficile, dans ce cas, de juger de leur efficacité. Difficile aussi de ne pas soupçonner que cette rhétorique anti-évaluation ne soit qu’une tentative de dissimuler des pratiques tout simplement médiocres.

{S&A: L’autisme est-il le seul trouble du développement concerné ?

Franck Ramus } : Il n’y a pas que les autistes à souffrir de cette situation. Les enfants avec des troubles spécifiques des apprentissages (par exemple dyslexiques) et leurs familles, ont été victimes des mêmes pratiques et des mêmes théories psychanalytiques [2] : Mère trop distante ou trop fusionnelle, absence de « désir de parler ». Bien sûr, depuis le rapport Ringard en 2000 sur l’enfant dysphasique et dyslexique et la création de centres référents pour les troubles du langage, les bonnes pratiques se sont diffusées. Toutefois, on observe encore des dérives et notamment dans certains centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) où les enfants sont souvent pris en charge selon une grille de lecture uniquement psychanalytique, où aucun diagnostic n’est posé ni aucune rééducation proposée. C’est encore un énorme gâchis alors que la dyslexie concerne 5% de la population. Comme pour l’autisme, l’origine est neurodéveloppementale avec une composante génétique estimée à 50% et la psychanalyse n’a aucune compétence pour s’en occuper. Lorsque l’enfant présente aussi des troubles psychologiques (ce qui n’est pas rare), une prise en charge psychothérapique peut être indiquée, mais il faut que celle-ci soit efficace, donc évaluée.

Plus généralement, il y a lieu d’élargir le débat à toutes les autres pathologies mal traitées (pour ne pas dire maltraitées) par la psychanalyse. Je pense aux personnes souffrant de dépression, de trouble anxieux ou de trouble obsessionnel compulsif, dont le seul parcours de soin se résume trop souvent au divan du psychanalyste, ou d’un autre professionnel aux pratiques inspirées majoritairement par la psychanalyse. Ou encore aux personnes souffrant d’un trouble bipolaire qui ne sont correctement diagnostiquées que 8 ans en moyenne après l’apparition des premiers symptômes [3]. Ces retards au diagnostic ont des conséquences dramatiques sur la vie de ces personnes.

Autisme, un scandale français: une enquête à lire dans le numéro d’avril 2012, en kiosque ce jeudi 28 mars.


S&A : D’un autre côté il est reconnu que les prescriptions de psychotropes sont trop importantes en France…

Franck Ramus : Les psychanalystes clament souvent qu’ils sont la seule alternative aux psychotropes. C’est faux. D’une part, les psychiatres psychanalystes en prescrivent autant que les autres. D’autre part, s’il est vrai que les Français détiennent le record de la consommation de psychotropes, c’est précisément parce que l’offre de soins de psychothérapies efficaces est indigente en France. Les psychotropes sont prescrits majoritairement par des médecins généralistes insuffisamment formés à ce sujet et ayant peu d’alternatives valables à proposer. Mais des psychothérapies efficaces et validées scientifiquement existent [4], il faut que les professionnels s’y forment.

Psychanalystes ou pas, les psychiatres et les psychologues obéissent à leurs codes de déontologie respectifs [5]. L’un comme l’autre exige l’actualisation régulière des connaissances et l’adoption de pratiques thérapeutiques validées scientifiquement. Il est essentiel qu’ils s’y conforment, et qu’ils adoptent donc tous sans réserve le principe de la médecine fondée sur des preuves. Quant aux psychanalystes qui n’ont aucun diplôme universitaire pertinent, ils ne devraient tout simplement pas être autorisés à traiter des personnes malades.

propos recueillis par Hervé Ratel
Sciences et Avenir.fr 29/03/12


c’est arrivé près de chez nous

par Hervé Ratel

Si la mainmise de la psychanalyse dans le traitement de l’autisme est très forte en France, elle n’a pas totalement disparu hors de nos frontières. La Belgique est souvent vantée comme une terre d’accueil pour les autistes et leurs parents. Certains n’hésitent pas à s’y exiler pour faire profiter leurs enfants d’une intégration en milieu scolaire ordinaire encore trop peu répandue en France. Pourtant «c’est loin d’être un eldorado, témoigne Cindy Fontaine, maman belge d’un garçon de 7 ans 1/2 autiste. Moi aussi, j’ai eu droit dans mon pays aux discours culpabilisants de la part des psychologues psychanalystes !»

L’ironie de l’histoire veut que ce soit auprès de parents français que Cindy a trouvé des spécialistes qui ont pu poser un diagnostic correct pour son enfant. «À cause de la situation française atypique, la communauté des parents est très forte sur internet, via les forums constitués par les associations de familles. C’est la solidarité des mamans françaises qui m’a aidé.» Et Cindy de confesser que lorsqu’elle se retrouve désormais confrontée à une difficulté avec son enfant, elle ne va pas demander conseil à des professionnels. Elle connecte son ordinateur à internet et se tourne vers la communauté de mamans à laquelle elle appartient désormais.
En Suisse, la situation n’est guère plus brillante. Alma (elle a souhaité conserver l’anonymat), chercheuse en neurosciences, s’est heurtée à de grosses difficultés quand elle a fait le tour des psychiatres de sa région à la recherche de personnes autistes afin de les inclure dans une étude scientifique : «Je n’en trouvais aucun car tous les psychiatres que je rencontrais ne savaient pas les diagnostiquer en tant qu’autistes et leur collaient des étiquettes psychanalytiques telles que «dysharmonie psychotique évolutive» qui ne correspondent absolument à rien dans la classification médicale internationale !». Là encore, son salut est venu des associations de parents qui ont pu la faire entrer en contact avec des autistes.


[1] Voir par exemple http://www.collectifpsychiatrie.fr/

[2] Voir le site de la Fédération française des Dys http://www.ffdys.com/a-la-une/evenementiel/la-psychanalyse-les-dys-et-lautisme.htm

[3] Source: http://www.bmsfrance.fr/Zoom-sur-Les-troubles-bipolaires.html.

[4] « Psychothérapie, trois approches évaluées ». Editions Inserm, 2004.
http://www.inserm.fr/content/download/7356/56523/version/1/file/psychotherapie%5B1%5D.pdf

[5] Code de déontologie médicale: http://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/codedeont_1.pdf

& : Code de déontologie des psychologues: http://ufr-pse.univ-provence.fr/pdf/codedeontologie.pdf

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