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13 avril 2020

JEAN-MICHEL FOURCADE S’ÉTEINT & RESTE BRILLANT AU FIRMAMENT DE LA PSYCHOTHÉRAPIE HUMANISTE ET RELATIONNELLE

par Philippe Grauer

une grande figure

Une grande figure disparaît physiquement et s’élève désormais au niveau de personnalité majeure de l’histoire du Mouvement du Potentiel humain, de la psychologie humaniste et de la psychothérapie relationnelle.

homme de culture et de dialogue

Fondateur infatigable il nous laisse la psychanalyse intégrative et la SFPI qui en est issue. Auteur respecté de l’ouvrage Les organisations limites, fruit de sa thèse soutenue avec son maître Max Pagès, et co-auteur avec Vincent Lenhardt des Bio-scénarios, « synthèse de l’Analyse transactionnelle et de la bioénergie » (Interéditions 1981, réédité en 2007), transmetteur de talent à la NFL, ultime rebond institutionnel du CDPH cofondé en 1972 avec Dominique Colleter, Tan Nguyen et Philippe Grauer, il laisse le souvenir d’un didacticien universellement apprécié.

intégrativiste convaincu

Intégrativiste convaincu il a toujours conjoint dans sa pratique et son enseignement le principe de la nécessaire conjonction à ses yeux de la psychanalyse et de ce qui allait devenir grâce sa pensée (collaborative avec Philippe Grauer) la psychothérapie relationnelle.


Un des grands leaders de la psychothérapie humaniste puis, dans le cadre de la psychothérapie relationnelle, co-« inventée » puis constamment soutenue par lui et moi juste avant la fin du siècle précédent (1997-2000), de sa psychanalyse intégrative (2011), s’est éteint cette nuit à 5 heures du matin. Né à Dax, qu’il aimait beaucoup, le 3 mai 1943, inéteignable comme personnalité marquante de la psychothérapie et de la psychanalyse (il fut analysé par Lucien Kokh), à laquelle, membre de la SIHPP, il demeura fidèle, il restera une des références majeures du mouvement des Nouvelles Thérapies, qu’il a puissamment contribué à diffuser en France et en Europe.

Organisateur émérite du 5ème congrès de Paris de l’Association européenne de psychologie humaniste, qui réunit plus de 1 000 participants en 1981, sous le haut patronnage du Président de la République, il avait présidé à l’organisation en août 1972 du premier rassemblement officiel à Nice de ce qui allait devenir le mois suivant le CDPH. Co-fondateur de la FFRAPIM en 1978, il co-fonda l’AFFOP, par scission de la FFdP, à la cofondation de laquelle par le SNPPsy et le PysG il avait participé en 1996, AFFOP dont il fut le premier et troisième président, en 1999. Homme de principe et de fidélité à la foi révolutionnaire qui l’animait, il aura combattu jusqu’à ses dernières forces, donnant ultimement à la NFL qu’il avait fondée, et à l’AFFOP qu’il avait co-fondée, toute son énergie de reste. Fondateur de la SFPI, Société française de psychanalyse intégrative, en 2011, il est resté jusqu’au bout attaché à l’idée intégrative, fondamentale à ses yeux. Il a contribué à soutenir, illustrer, diffuser, protéger, sans relâche la profession de psychothérapeute, rebaptisée psychothérapie et psychopratique relationnelle, à l’issue de la honteuse confiscation du vocable psychothérapeute* en France par la médecine et les psychanalystes-psychologues opportunistes, à qui cette manœuvre n’aura pas porté chance.

Tous ceux qui ont eu le privilège de travailler avec lui, à commencer par son syndicat, le SNPPsy, dont il fut longtemps une personnalité dirigeante, peuvent en être fiers. Il est mort vaillamment, tenant tête à un cancer avec une fortitude exemplaire. Honneur et longue vie posthume à l’un de nos plus remarquables fondateurs et militants.


* Devenu titre d’exercice professionnel, réservé aux psychologues, à l’exclusion des praticiens qui avaient fondé et illustré ce vocable en l’autoréglementant de façon responsable sous l’égide du SNPPsy. Il n’y a qu’en France que les véritables psychothérapeutes, interdits de leur nom, doivent s’appeler psychopraticiens relationnels.


Voir également sur le Bulletin de la SIHPP : Disparition de Jean-Michel Fourcade, par Élisabeth Roudinesco


QUELQUES RÉSONANCES

• Jean-Pierre Klein parle de Jean-Michel Fourcade

Nous ne résistons pas au plaisir d’enrichir cette page du très beau texte de Jean-Pierre Klein à lui consacré, qui le décrit avec une acuité et une finesse et une… intelligence, remarquables.

« Avec Jean-Michel, on se trouvait d’emblée en intelligence et ce terme renvoie tant à sa finesse clinique et conceptuelle qu’à son intelligence de cœur.

Son érudition concernait non seulement tout le champ du psychisme humain, toutes les approches thérapeutiques qu’il réunissait sous le terme d’humanisme comme il a auguré un colloque qui nous a tous marqués  par son ouverture loin des chapelles qui se disputaient le terrain de la thérapie.

On voyait que ses expériences en Californie, son intérêt pour la philosophie et le changement social étendaient le champ restreint français d’alors. C’était comme une fenêtre ouverte qui nous permettait de respirer enfin. Ses références étaient du côté d’Edgar Morin et de Max Pagès et l’épistémologie de la complexité. Elles englobaient l’analyse transactionnelle et la bioénergie, ainsi que les T-groups.

Il se réclamait psychothérapeute multiréférentiel et intégratif, à la fois en surplomb et engagé.

Engagé, militant de a thérapie, oui, aventureux élargissant les frontières de la psychanalyse vers les thérapies des personnalités limites, es bio-scénarios, la psychothérapie dans sa richesse polysémique reconnue au-delà des diplômes et il avait défini au plus près et au plus exigeant les conditions pour ce titre et cette pratique que nous avons défendue auprès  d’Accoyer avec les résultats que l’on sait. C’est alors qu’il a eu recours à cette évidence, parlant de “relationnel“, le psychothérapeute et le patient se trouvant dans  une approche moins hiérarchisée que ce qui se pratiquait dans des sphères fermées jalouses de leurs références à un Maître. Alors que lui se méfiait ouvertement des illusions de la toute-puissance.

Maître, il l’était avec le sourire, de plain-pied avec tous, y compris ses élèves, et il avait l’art de vous faire sentir intelligent –je reviens sur le mot- à son contact.

C’était un fin clinicien et l’on était tranquille de lui envoyer des patients dont on savait qu’il allait les accompagner non seulement dans une fréquentation enfin réconciliée de soi-même mais aussi dans une ouverture d’esprit qu’il transmettait sur son modèle.

Amateur de bonne chair, amateur d’art — les cimaises de la Nouvelle faculté libre était régulièrement offertes à des plasticiens de talent —, il était aussi  critique  investiguant sur Cézanne ou sur le Michel-Ange du Tondo Doni.

Je me souviens de son rire, de son appétence de vie. C’était un homme de goût, d’amitié, qui savait boire, manger et rire et parler dans la tradition philosophique des banquets où l’on trinque aussi les esprits. »

Photos de Luc Facchetti. Soirée de débat durant la bataille pour le maintien de la psychothérapie relationnelle, ici avec le sénateur Jean-Pierre Sueur.

Jean-Pierre Klein (www.inecat.org)

• Michael Randolph, un de la grosse douzaine de mousquetaires du SNPPsy qui  édifia notre psychothérapie relationnelle

Depuis 1979 lorsque je l’ai rencontré à une conférence de psychologie humaniste à Genève jusqu’à il y a deux ans lorsque je l’ai vu pour la dernière fois, j’ai énormément apprécié comment nous avons pu causer, réfléchir, rire, cuisiner, condamner, faire l’éloge de, planifier et soupirer ensemble. Il était en plus un structurant, une personne d’affaires, un négociateur, un contractuel, un diplomate. Sans exagération aucune dans son style il fut un maçon franc et compétent de l’architecture de la psychothérapie française ainsi que d’une humanisme éveillé et pragmatique, tout en rejetant les maçonneries représentatives des mondes psychanalytiques, psycho-sociaux et universitaires.

Il reconnaissait toujours les autres dans leurs points forts et leurs points faibles et restait ferme dans les tempêtes internes et externes que nous avons connues mais fluide lorsqu’il s’agissait de venir vers les autres et de synthétiser des alliages professionnels. A Man for all Seasons on aurait dit en anglais. Au développement de notre profession il fallait une cheville ouvrière, ce fut Jean-Michel Fourcade.


Photos de Luc Facchetti. Dans son cabinet rue Beauregard, puis soirée de concertation stratégique durant la bataille pour la défense de la psychothérapie relationnelle, avec Philippe Grauer et le sénateur Jean-Pierre Sueur.

 

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