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28 novembre 2015

le cabinet du psy comme chambre d’écho et lieu de réparation par Jean-Marc Hélary, précédé de « le cabinet comme chambre d’écho et lieu de réparation », par Philippe Grauer

le cabinet comme chambre d’écho et lieu de réparation

par Philippe Grauer

Comme la France a vécu en paix relativement longtemps, après la guerre d’Algérie qui ravagea – en dehors de l’Algérie martyrisée par nos soins dont nous continuons de parler si peu ici en France – toute une jeunesse, voici que les armes crépitent à nouveau chez nous et qu’un crime de type fasciste tente de nous matraquer d’abord puis de nous diviser, avec comme contre-coup de promouvoir un réflexe ultra nationaliste propice à la propagation de la haine, le tout au service d’une stratégie d’asservissement de notre nation et de désintégration de nos valeurs. Bref voici qu’une entité d’aspect étatico-religieux à l’idéologie raide comme un cadavre, prend pour cible un pays européen qui pratique la chose qu’elle a le plus en horreur, la mixité des populations, des cultures, des genres et des sexes, bref qui pratique le mélange, le plaisir de vivre ensemble et d’écouter de la musique.

Face à ces prétentions grotesques soutenues par le crime de masse, le réflexe unitaire bleu blanc rouge, bougies, fleurs et déclaration de non haine a jusqu’à présent bien fonctionné. Prenons garde que le parti de la peur ne nous sorte des prochaines urnes des figures de haine, de refus de l’autre, de fermeture sécuritaire d’extrême droite décomplexée. La peur n’est pas l’émotion de base fondamentale comme le soutient notre confrère, elles le sont toutes, et se chiffrent au nombre de huit, à jeu égal, on ne s’affole pas. Mais quand on a eu chaud – et peur ! il est bon de vidanger les circuits psychiques congestionnés et inflammés.

Cela s’effectue spontanément. Le mécanisme de déchocage passe par le récit réitéré de l’événement, auprès de quelqu’un qui l’écoute volontiers, empathiquement, patiemment. Pas seulement. Nous autres psychopraticiens relationnels pouvons y ajouter quelque chose de notre professionnalisme. Mais ça commence en amont, avec nos proches et toute personne capable de suffisamment d’écoute.

Voici donc le premier témoignage qui nous parvient d’un collègue travaillant en libéral dans le 10ème. Précieux car nous sommes des milliers à nous trouver aux premières loges de cette vague émotionnelle, de ce choc collectif asséné à notre peuple, à notre patrie, qui du coup se souvient de ses trois couleurs et le chante en Marseillaise retrouvée (avec le bémol à la clé de la réticence au versement du sang impur). Son témoignage manifeste que nous sommes proches de l’événement, et que nous contribuons à en prendre le soin-souci qui est le nôtre.

Jean-Marc Hélary nous rappelle la dimension politique – il parle de fascisme – et culturelle de l’événement, dans le moment qu’il dit comment se traite dans son cabinet la souffrance et le trauma des personnes frappées selon les différents cercles concentriques de l’onde de choc des meurtres commis. Il nous rappelle que nous sommes impliqués sur le terrain même de notre pratique au quotidien. Que dans le silence du havre que constitue une séance, nous participons humainement et professionnellement à sa prise en charge.

Merci à lui d’avoir pris le soin, le premier à notre connaissance, des nôtres, de témoigner de notre présence sur le terrain de la réhumanisation des victimes.


par Jean-Marc Hélary, précédé de « le cabinet comme chambre d’écho et lieu de réparation », par Philippe Grauer

quand le cabinet du psy se transforme en cellule de soutien psychologique post attentats

vendredi 20 novembre 2015

{par Jean-Marc Helary
psychothérapeute/analyste membre titulaire du SNPPsy }
dans le 10ème arrondissement de Paris

un cabinet de psy exerçant en ville en libéral

Depuis lundi mon cabinet de fait s’est transformé en équivalent de cellule de soutien psychologique post attentat, et ce en restant un cabinet de psy exerçant en ville en libéral. En tant que psychothérapeute exerçant dans le 10ème, je reçois un certain nombre de personnes qui habitent dans cet arrondissement et, parmi elles, un bon nombre habite dans les quartiers concernés et/ou fréquente ces lieux visés par les fusillades.

par effraction

Ainsi brusquement le quotidien pour une majorité de tout un chacun qui consulte a basculé à sa manière sur une autre scène que la scène ordinaire. Et de fait, je me suis retrouvé convoqué à recevoir ces effets traumatiques et j’y ai consenti de tout mon être. Certes chacun selon sa situation : géographique, relationnelle, le déroulement de son histoire, peut à un moment ou à un autre basculer sur la scène de la souffrance à vif. En ce moment c’est toute une population qui rencontre l’horreur d’abord inqualifiable de ces tueries. Et on voit des personnes qui, habituellement quoiqu’il en soit des difficultés qu’elles peuvent rencontrer, expérimentent, par moment, une certaine douceur de vivre notamment dans les lieux conviviaux, dont ces terrasses de café, cette salle de spectacles. Et voilà que l’horreur entre par effraction dans la vie de chacun, faisant passer momentanément au second plan, des problématiques individuelles.

Chacun et chacune vit cette horreur à l’échelle de la place qu’il occupe sur les cercles concentriques dessinés par l’onde de choc. D’abord au plus près du centre de l’horreur ceux qui se trouvaient dans les lieux concernés, puis ceux qui ont été témoins ou qui sont arrivés sur les lieux juste après la tuerie.

cauchemar en temps réel

Ceux qui appartiennent au cercle des proches des personnes touchées, et qui pour la plupart quand ils étaient informés, se sont fait un sang d’encre en temps réel ou décalé concernant l’état de leur proches : morts ou vifs, blessés délaissés, en attente interminable de secours ou pris en charge, toutes questions qui assaillent les membres du cercle des proches : conjoint, parents, enfants, amis etc. Tous ces êtres en émoi ont vécu à leur niveau un cauchemar pour nombre d’entre eux en temps réel !

traverser l’onde de choc d’une telle violence

Ainsi une nouvelle personne me contacte, elle a perdu son conjoint au Batacla