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8 octobre 2019

MIVILUDES — SERVICE ANTI DÉRIVES SECTAIRES, RECONVERTI ANTI RADICALISME à propos de l’article d’Élise Vincent & Samuel Laurent — Le Monde 1er octobre 2019

par Philippe Grauer

Mots clés : sectes, dérive sectaire, exopratiques pseudo psys, psychothérapie relationnelle, occultisme, ésotérisme, anthroposophie, écoles Rudolf Steiner, Rabbi, colibris, scientologie,

MIVILUDES : FUITE ET FIN

par Philippe Grauer

On apprend que  » Par décision de l’exécutif, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) sera rattachée au ministère de l’intérieur, avec des moyens diminués. »

une institution utile, à l’occasion elle-même douteuse

La Miviludes quitte le service du Premier ministre, plie bagages, se relocalise au Ministère de l’intérieur pour se recentrer sur le radicalisme. Nous ne regretterons pas cette institution devenue sectaire elle-même à l’occasion, dénonçant sans discernement la gestalt-thérapie et d’autres systèmes psychothérapiques scientifiquement et éthiquement corrects, au même titre que la scientologie, quel manque de discernement ! — même quand on leur explique. On comprend qu’il y ait lieu de veiller aux dérives sectaires fondées sur la mise en place de systèmes à emprise. Mais on comprend moins bien comment un groupement d’experts non élus tout puissant puisse discriminer sans contre-poids une méthode psychothérapique sérieuse, sur le fondement d’une enquête insuffisante.

l’anthroposophie dans le colimateur

Ces derniers temps, vu le côté école de la chose (les écoles Rudolph Steiner), la Miviludes s’en était pris à l’anthroposophie inspiratrice masquée des colibris de Pierre Rabbi, tout de même infiniment moins dangereuse que les lobbys agro-alimentaires destructeurs de nos sols, empoisonneurs publics responsables de la désertification des campagnes européennes de leurs oiseaux et insectes, sans compter les dommages à grande échelle sur la santé publique. S’agissant d’une « pratique fructueuse sur la base d’une théorie douteuse », appliquée au domaine de la médecine (en particulier en Allemagne) comme de l’éducation, on peut se préoccuper. Mais on mesure ici la violence que peut produire l’estampillage, « l’effet secte », une fois déclaré par une autorité de surveillance de la République, envers une idéologie spiritualiste à fondement humaniste qui ne fonctionne pas sur l’emprise, mais dont on affiche le danger d’une possibilité d’emprise. Étonnant cas de figure, à l’instar de certains jungiens préférant avancer non déclarés pour éviter un étiquetage alors qu’il n’y a aucun mal à être jungien, Rabbi dissimule son lien avec l’anthroposophie. C’est ainsi qu’une ministre put se voir pointée du doigt comme pas nette, dans une polémique qui ne l’était peut-être pas davantage. On a connu le même genre d’attaque pas trop franche, entre les deux guerres puis sous Pétain, avec la franc maçonnerie (qui elle, véritable laboratoire de la République sous la IIIème, était haïe en tant que républicaine, là c’était parfaitement clair).

Délicat art de la surveillance, s’exerçant aux limites, prenant parfois de façon inquiétante elle-même l’air… douteux. Rappelons en tout cas la doctrine de l’ex Miviludes : « «Le système juridique français ne s’intéresse pas aux sectes, aux croyances, aux doctrines ou aux modes de pensées en tant que tels. Il s’intéresse aux dérives sectaires». Avouons que parfois ça a comme un peu dérivé, et que le reclassement – déclassement de la Miviludes, de ce point de vue ne nous dérange nullement.

Pour en savoir plus on consultera avec profit à ce sujet l’enquête de Libération.

mise en cause de méthodes respectables

Il y eut d’abord la MILS, présidée par le socialiste Alain Vivien, auteur de Les sectes en France, La Documentation française, 1985. Cette officine gouvernementale dépendait directement du Premier ministre. Le SNPPsy la soutint officiellement. Après sa droitisation du temps de Fenech, elle connut sa période médicaliste conservatrice avec le socialiste Blisko, pourfendeur de méthodes psychothérapiques non seulement respectables mais véritablement d’utilité publique. Pourtant, à considérer le rapport auprès de l’Assemblée nationale, on se dit qu’il y a lieu de surveiller l’impressionnant foisonnement d’organismes susceptibles de tourner à la dérive sectaire dans notre pays. Mais précisément en une matière aussi délicate à manier dans un État de droit, il est requis d’éviter de manier la stigmatisation mal adressée, quand ce n’est pas l’opération de gendarmerie au grand complet contre des urluberlus inoffensifs.

c’est celui qui le dit qui l’est

Bref, si l’institution de surveillance des dérives dérive elle-même, où va-t-on comme ça ? On continua de s’interroger sur ce pouvoir autocratique dont il valait mieux éviter de déclencher la susceptibilité, car si vous touchiez à ça, vous risquiez fort de tomber sous le couperet de « c’est celui qui le dit qui l’est ». Au demeurant, les véritables organisations dangereuses comme la scientologie bénéficièrent régulièrement de l’impuissance de la Miviludes.

volet policier antiradicaliste

Bon, désormais ce service de surveillance de l’occulte sujet à dérive va à présent s’occuper principalement du sectarisme criminel, sous un ministère de tutelle bien différent. Des trois volets, éducation, judiciare, formation, ne conserver que la police est regrettable, soutiennent ceux qui demandent qu’on leur rende leur Milivudes. Nous verrons concernant les questions relatives au danger représenté par des systèmes susceptibles d’emprise comment les choses vont désormais évoluer. Nous n’avons, côté psy, subi que des amalgames regrettables, à la marge, n’étant bien entendu pas cœur de cible. Étant par nature  non concernés, nous ne regrettons pas de ne plus risquer de nous voir indument confondus. Pour le reste, les phénomènes d’emprise, nous savons aider à s’en remettre. Ce qui au demeurant n’est pas toujours facile.

secteur autoréglementé auto surveillé

En ce qui nous concerne il reviendra désormais aux institutions historiquement responsables de la psychothérapie relationnelle (parler seulement en termes de psychopraticien sans plus ne suffit pas. convenons clairement de parler de psychopraticien relationnel), de veiller, comme elles l’ont toujours fait jusqu’à présent de leur côté, à ce que dans son domaine raison soit toujours gardée et confusion écartée. Car le péril de dérive sectaire reste possible, et ceux qui ont connu les ravages de ce genre d’emprise savent, pour en être revenus, souvent en recourant à une saine psychothérapie relationnelle (psychanalyse incluse), l’étendue du dommage que cela peut représenter.

Pour sa modeste part le glossaire qu’entretien notre site s’efforce de contribuer à pareille tâche, en cernant les mots et les concepts de telle façon que la terminologie, puis à sa suite la pratique, risquent le moins possible d’alimenter quelque dérive que ce soit.

Enfin le dernier ouvrage de l’ami Yves Lefebvre, L’éthique relationnelle en psychothérapie, rappelons-le, est de nature sur la question de l’anti dérapage moral, à 1000 lieues de toute confusion sectaire, à contribuer à la santé du champ disciplinaire qui est le nôtre.


à propos de l’article d’Élise Vincent & Samuel Laurent — Le Monde 1er octobre 2019

La lutte contre les sectes dissoute dans celle contre la radicalisation

par Élise Vincent et Samuel Laurent, Le Monde du 1er octobre 2019. Temps de Lecture 3 min.

Par décision de l’exécutif, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) sera rattachée au ministère de l’intérieur, avec des moyens diminués.

« Ce n’est pas une réorganisation, c’est une disparition. » L’ancien député du Rhône Georges Fenech, ex président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) de 2008 à 2012, ne décolère pas.

Selon le ministère de l’intérieur, qui a confirmé, mardi 1er octobre, une information de France Inter, la Miviludes, jusqu’ici directement gérée par Matignon, va en effet être absorbée par la Place Beauvau, d’ici au début de 2020. Un rapprochement qui marque un changement d’époque, et le primat accordé à la lutte contre la radicalisation djihadiste plutôt qu’à l’emprise sectaire dans un contexte budgétaire serré.

Créée en 2002 dans l’« unanimité politique », rappelle M. Fenech, la Mission a pour rôle de surveiller, coordonner, former et informer autour des mouvements et dérives sectaires. Un travail multiple et pluriel, qui impliquait « un maillage territorial » complet, avec un correspondant Miviludes dans chaque préfecture, rappelle son ancien président, qui voit dans la réorganisation décidée par le gouvernement une décision « irresponsable ».

A Matignon, on justifie ce choix par la nécessité de « moderniser l’organisation administrative pour tenir compte des évolutions les plus récentes », en premier lieu la question de la radicalisation djihadiste. Les services du premier ministre renvoient également aux critiques de la Cour des comptes. Dans un rapport publié en mai 2017, la juridiction s’interrogeait déjà sur « le positionnement institutionnel de la Miviludes, dont le caractère opérationnel pourrait être renforcé par un rattachement au ministre de l’intérieur ».

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« On n’aura plus que le volet policier »

Une erreur, estiment les associations qui travaillent avec cet organisme. Charline Delporte, présidente du Centre national d’accompagnement familial face à l’emprise sectaire (Cafes), fustige un recentrage qui laisse de côté la pluralité de la Miviludes : « On avait le volet éducation, le volet judiciaire, le volet formation, et là on n’aura plus que le volet policier, ce n’est pas possible. » Elle promet une mobilisation nationale : « La Miviludes doit vivre ! »

Les acteurs de la lutte antisectes étaient déjà inquiets du fait que le précédent président de la Miviludes, Serge Blisko, n’ait pas été remplacé à l’issue de son départ, en octobre 2018. Ils sont aujourd’hui nombreux à s’interroger sur l’influence d’un « lobby » au sein de la haute administration, favorable notamment à l’anthroposophie – courant philosophique et éducatif porté par l’Autrichien Rudolf Steiner au début du XXe siècle, à la base notamment de l’agriculture biodynamique –, accusé par la Miviludes d’être un objet de dérives sectaires. En 2018, la Mission a perdu un procès au tribunal administratif contre une association de médecins anthroposophiques. Elle a fait appel.

L’absorption de la Miviludes par le ministère de l’intérieur s’inscrit en tout cas dans le cadre d’une réflexion plus large sur la politique à mener en matière de prévention des nouvelles formes de radicalité. La Miviludes continuera de travailler avec le comité interministériel de la prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), l’organisme chargé de ces politiques en France. Le CIPDR a toutefois perdu sa chef durant l’été, Muriel Domenach. En poste depuis trois ans, cette diplomate de formation a été nommée ambassadrice de la France auprès de l’OTAN.

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Le CIPDR en quête d’un nouveau numéro un

Depuis, le CIPDR est un peu en jachère. Il est à la fois dépendant d’une feuille de route sur la prévention de la délinquance promise par Matignon depuis avril et suspendu à la nomination d’un nouveau numéro un. Une désignation sensible pour l’exécutif. Selon le profil choisi, l’approche des sujets radicalisation, délinquance et lutte contre les sectes, pourrait s’avérer très différente. Deux pistes étaient en réflexion ces dernières semaines : celle d’un profil plutôt issu de la société civile, ou à l’opposé venant du monde préfectoral.

La première hypothèse poursuivrait l’approche très « sociale » de ces questions, notamment ancrée sur le contre-discours, les liens avec le monde associatif, les élus, et la sensibilisation de nombreux corps de métier (santé, éducation nationale, etc.) ; mais la seconde hypothèse, plus sécuritaire et centrée sur la lutte contre l’islam radical, pourrait l’emporter.

Selon nos informations, un nom revient souvent ces derniers temps, et fait consensus chez les spécialistes du sujet : celui du préfet Frédéric Rose, actuellement chargé de mission au cabinet du secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’intérieur, Laurent Nunez.

  1. Rose, fin connaisseur de la matière, est particulièrement chargé du dossier des « quartiers de reconquête républicaine » au cabinet de M. Nunez. Un dossier lié au déploiement de la police de sécurité du quotidien. Ce portefeuille recouvre notamment la coordination des « plans » de lutte contre la radicalisation à l’échelle nationale.

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Un sujet sur lequel le ministère de l’intérieur communique peu, mais qui consiste, en substance, à lutter contre les dérives salafistes, notamment en travaillant de façon très opérationnelle avec la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ou l’unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat).

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