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19 octobre 2013

le tchador, une parure comme les autres ?

du vent dans les voiles

par Philippe Grauer

En Iran ça commence avec le voile, ça finit par la lapidation. Cette charmante écharpe très tendance en terre obscurantiste d’oppression de la femme a trouvé une psychanalyste pour en défendre les couleurs. La psychanalyse a déjà trempé dans suffisamment de mauvaises causes dont celle relative à la stigmatisation des homosexuels durant plus d’un demi siècle, dont, comme le rappelle Michael Randolph ici même si peu de monde semble s’occuper pour en faire l’inventaire critique, pour ne pas trouver le moyen d’aggraver son cas avec des prises de position porteuses de honte à présent du côté des femmes.

ne pas céder un pouce du précieux terrain républicain aux poussées obscurantistes

De puissantes forces rétrogrades exercent leur pression jusque dans notre pays pour le faire revenir en arrière sur le terrain conquis et acquis croyait-on définitivement de la distinction entre le politique et le religieux et la prévention de l’empiètement du second sur le premier. Il importe de ne pas céder un pouce de ce précieux terrain républicain aux tentatives de banaliser et naturaliser l’oppression si élégante des femmes respectueuses d’un ordre moyenâgeux. Respecter l’immense traumatisme vestimentaire (ça commence par là) que des millions d’entre elles se mobilisent pour secouer ou empêcher qu’il regagne du terrain ? comme en Turquie où se rabat son couvercle de plomb sur leur tête. La psychanalyse serait mieux inspirée de se mettre du côté de celles qui au XXIème siècle, n’en déplaise à notre psychanalyste néo culturaliste, luttent pour se délivrer de cette terrible parure qui courbe leur nuque sous le poids d’un passé qui passe de moins en moins.

doublement inadmissible

Les femmes tunisiennes en lutte contre la reféodalisation de la condition féminine dans leur pays apprécieront modérément cet intempestif psychanalytique soutien à des principes qui pour être vestimentaires n’en pèsent pas moins pour autant leur pesant d’ultra conservatisme. Ne laissons jamais passer le doublement inadmissible, d’une prise de position rétrograde, de la part d’une institution psy qui devrait être au service de la libération, jamais de l’oppression, même (et surtout ?) « culturelle ».


une parure comme les autres


Communiqué de la présidente de la SIHPP

Je vous signale la parution dans Madame Figaro de cette semaine (p.114-115) d’un entretien avec la psychanalyste Gohar Homayounpour. Elle y répète de façon très claire ce qu’elle affirme déjà dans son livre Une psychanalyste à Téhéran, (Bayard). Le tchador, dit-elle, est un signe culturel, une parure comme les autres, «une écharpe» : «La femme iranienne est la même que la femme française ou anglaise». Au nom du respect des différences culturelles, Gohar Homayounpour explique qu’il faut se soumettre aux lois des pays où l’on pratique la psychanalyse : «Le port du voile ne transforme pas le psychisme des femmes. Où que vous viviez, vous respectez la loi. En Iran, elle impose de porter une écharpe sur la tête. Je porte une écharpe, mes patientes aussi. Mais ce n’est pas le traumatisme de leur vie. Sous des cultures différentes, les souffrances sont les mêmes partout. Elle ont pour nom solitude, deuil, trahison, amour introuvable.» Et encore : «On ne va pas chez le psy parce qu’on n’aime pas François Hollande, Vladimir Poutine ou Hassan Rohani.»

apologie du voile islamique

Cette apologie du voile islamique au nom de la différence des cultures est d’autant plus intolérable que Gohar Homayounpour ne dit pas un mot des autres souffrances des femmes iraniennes, mises à mort, battues, violées et lapidées, contraintes de porter, non pas une «écharpe», mais le stigmate d’un obscurantisme qu’elles ne cessent de combattre. Avec de tels propos, Gohar Homayounpour condamne la lutte des femmes iraniennes pour leur émancipation, donnant ainsi une image désastreuse de la psychanalyse qui est une avancée de la civilisation sur la barbarie.

Au moment où nous sommes très nombreux à soutenir les principes de la laïcité – qui vont de pair avec la défense d’une psychanalyse laïque – et notamment le combat de Natalia Baleato, fondatrice de la crèche Baby-Loup, je tiens à rappeler combien sont inacceptables les propos de Gohar Homayounpour.

Comment le voile est tombée sur la crèche

Et je vous engage à lire l’excellent livre de notre amie et collègue Caroline Eliacheff, Comment le voile est tombée sur la crèche (Albin Michel, en librairie début novembre). Cet ouvrage dénonce fort bien ce que peut être l’emprise des différentes formes de voiles islamiques sur le corps des femmes. Rien à voir avec des «écharpes,» ni avec une quelconque parure culturelle.