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Glossairede la psychothérapie

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RANK-ROGERS

Otto Rank : le chaînon manquant ?

Enfant chéri de Freud, psychanalyste du traumatisme ontologique de la séparation, en cela précurseur de la révolution kleinienne, ayant évolué vers une psychothérapie de la rencontre dialogale, avec pour base la temporalité de l’ici et maintenant, expression dont il est le père fondateur, et la capacité d’inventer sa vie à mesure, faisant de celle-ci une œuvre d’art — concept de créativité à la clé, Rogers le fait venir transmettre par conférences dans l’institution qu’il dirige, et se nourrit et constitue de cet héritage de psychanalyste mutant.

Y a-t-il continuité ou conversion, ce terme qu’affectionne Robert Misrahi ? il y a bien un moment où ça bascule, où ça disrupte comme le dit l’américanisme de ce mot promis à un brupte avenir car il comporte la racine de rupture et pointe vers la fracture des sociologues — jusque là nous jouissions du retournement, plus hégélien, et de la précise précieuse  métanoïa, celle qui métamorphose. Alors chaînon ou goutte d’eau ayant provoqué le débordement du vase de la psychothérapie, donc changement ou renversement de vase ? Rogers ayant refusé le divan américain (joli titre pour un film ou une thèse), nous opterons pour la conversion du passage à autre chose. Pour le franchissement du Rubicon, 1942 — de toute façon le tournant du siècle (là où ça a… basculé) de la psychanalyse à une psychothérapie existentielle, qui 20 ans après prendra le nom de psychologie* humaniste américaine, à partir de Rogers et Maslow.

Dérive des continents, constitution d’un archipel, comme lors de surgissements au-dessus d’un point chaud, la psychothérapie centrée sur la relation aura vu l’émergence successive de la psychothérapie originelle (Bernheim) puis d’une école originale à partir du concept d’inconscient, la psychanalyse, puis environ un demi siècle plus tard, un nouveau champ psychothérapique, buissonnant à partir du concept de croissance (Growth Movement).

Les deux subcontinents donnant naissance à deux empires épistémologiques, distincts mais puissamment voisins, fondés sur le principe relationnel décliné de façon différente, face à l’empire central de la psychiatrie avec son satellite la psychologie, rattachés à une épistémologie médico scientiste.

Difficile de discerner les lignes de forces dans un enchevêtrement style « forêt vierge » qui fait que chacun se rattache du mieux qu’il peut à sa branche pour ne pas se confondre. Et pourtant nous avons la responsabilité d’organiser la représentation du champ psy global, le faisant passer de l’embrouillamini au statut d’objet complexe, en évitant autant que possible l’organisation à partir de schémas dogmatiques idéologiques conduisant à des combats institutionnels à partir d’une ligne de front scientisme/humanisme.

22 mai 2020


* la psychothérapie de Bernheim, de l’École de Nancy, s’est en dix ans effacée, onomatistement parlant, devant le terme psychanalyse, princesse puis « discipline reine » de la psychothérapie, à mission civilisatrice de la psychiatrie et de la psychologie, ayant substitué comme les souverains son prénom au nom ; une seconde fois elle s’est indéfiniment confondue avec la psychologie — humaniste certes mais psychologie tout de même (sauf le Mouvement du potentiel humain ?), jusqu’à éclore entre la défense et illustration des principes et du nom par le SNPPsy et la déclaration d’indépendance professionnelle des méthodes-écoles à Strasbourg (1990), sous le vocable de psychothérapie enfin s’arrachant de la psychologie et de la psychiatrie. Acharnées comme on sait à la récupérer, décolonisation inachevée — la psychothérapie comme Irlande.

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