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Glossairede la psychothérapie

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Expérience

EXPÉRIENCE, éléments pour une entrée à venir

Cette entrée est l’esquisse d’une entrée à venir, notes livrées en l’état à l’intention des étudiants dans le cadre d’un cours sur le cycle de l’expérience en gestalt-thérapie (avril 2020). Les redites sont destinées à disparaitre, d’autres éléments s’ajouteront. Il manque notamment l’analyse de Politique de l’expérience (Laing), du Perls Hefferline Goodman, Gestalt Therapy, Exitement and Growth in the Human Personnality), et de quelques autres sources majeures. PHG


*Expériencier, expérientiation : attesté nulle part sauf ici même, expérientiel oui. Experiencing (Rogers)

Cf. également : https://fr.wiktionary.org/wiki/exp%C3%A9rience

Cf. Expérience in Barus-Michel et al, Vocabulaire de la psychosociologie, Toulouse, Érès, 2002, 590 p.- Cf. pp. 128-133, tout particulièrement p.129, dont s’inspirent les deux §§ suivants.

Deux approches épistémologiques, l’expérimental — l’expérience comme un fait observé / l’expérientiel : l’expérience comme un fait vécu.

1) EXPÉRIENCE-1 / SCIENCE : expérience et méthode expérimentale

Dispositif à règles strictes et protocole standard, cadre des sciences objectives ou exactes. Hypothèse d’une loi (souvent initialement expérience de pensée), que l’observation d’un phénomène doit pouvoir confirmer. Modèle quasi expérimental (sciences naturelles, physique, astronomie) : observation, mesures effectives, comparaison. Objectivité : un autre chercheur doit pouvoir retrouver la même chose par les mêmes moyens. Lieu d’élection le laboratoire.

2) EXPÉRIENCE-2 /CONSCIENCE : expérientiation, vécu, méthode expérientielle

réalité vécue par une personne (psychosociologie). Lexicalement on parle aussi en termes d’expérience. Signification concrète et personnelle de ce qui est vécu (éprouvé, ressenti, pensé, remémoré, imaginé) par un individu. Expérience 2 peut se déployer collectivement, en psychothérapie groupale.

Mode organismique (cf. Goldstein) et holistique de la connaissance. « C’est tout l’organisme qui fait l’expérience de quelque chose qu’il s’agisse d’un sentiment intime autant que d’une situation sociale donnée[2] ; c’est ce que le sujet lui-même ressent et éprouve l’observateur peut connaître de l’extérieur ou à distance. À la limite l’expérience n’est pas entièrement communicable ou observable de l’extérieur (qui peut savoir ce que signifie pour moi boire du thé ?). Au mieux c’est par des habiletés personnelles et interpersonnelles que le psychosociologue entendra, comprendra et interprétera l’expérience de l’autre. »

3) expérience dialogale

Ce qui précède nous conduit tout droit au concept de et à la méthodologie du dialogue, impliquant la conjonction processuelle, dynamique, de deux (ou plus) expériences. Dont l’émergence de sens (interprétation tentative — l’interprétation dont parle l’article étant un concept psychanalytique, il existe un commerce existentiel qui ne négocie pas des interprétations, en tout cas pas uniquement) résulte de la confrontation d’une lecture double, relation conduisant à prise de conscience & communication, i.e. experiencing, l’expérientiation rogerienne.

4) co-présence

Envisager également l’expérience de la relation dans le moment et le fait même de la coprésence. Deux (au moins 2 plus précisément) simultanément proches dans une conjonction spatio-temporelle (lien et nœud relationnel), engendrant une expérience processuelle, dynamique, commune appelée Rencontre[3]). Si celle-ci est de type transférentiel, la personne peut finir par s’en rendre un tout petit peu compte — il faut prendre également bien entendu en compte l’aveuglement lui-même, lorsqu’il se présente massivement.

5) proposer une expérience (méthode)

Exemple de psychothérapie interactive qu’on peut nommer méthode active en psychothérapie, en se référant à Ferenczi (pas seulement, penser à Jung).

Qui peut conduire à la posture irresponsable du point de vue d’une théorisation demeurées absente ou irresponsable, qu’on trouve dans l’éclectisme de l’anonyme boîte à outils.

Par ce moyen on emprunte d’autres voies que l’association libre, simplement parce que la psychothérapie est multiple et complexe, quel que soit l’appareil psychique et la méthodologie de base considérés.

Cf. l’article de Thibaud Zuppinger : http://www.nonfiction.fr/article-4388-p1-raison_et_experience__la_raison_de_lexperience.htm


Claude Romano, Au cœur de la raison, la phénoménologie, Paris, Gallimard, 2010, 1141 p.

Résumé : Dans cette « somme » philosophique détaillée et argumentée, Claude Romano prend à bras le corps à la fois les problèmes phénoménologiques (analyse des structures immanentes de l’expérience) et la phénoménologie elle-même, afin d’en tirer une monographie, qui, malgré quelques défaillances (l’absence de la dimension éthique), offre une  synthèse convaincante qui  réinterroge les fondements de la phénoménologie.

— Vivre une expérience — inoubliable de préférence, dans l’univers de la publicité, éprouver le plaisir que procure le produit vanté : essayer la [nom de modèle de voiture].

— Traverser une expérience est plus ancien : épreuve aéprouver. À travers, via (situation médiatrice), une succession d’expériences probatoires le héros du récit se qualifie.

— Tenter l’expérience de quelque chose : essayer. Essaye voir de pousser un cri, même minime. Non, je ne l’ai jamais fait, j’ai beau essayer je n’y parviens pas. Communique avec le concept de choix et de décision (Sartre).

— « Se mettre en expérience » chez Stendhal, pour se mette à l’épreuve : mettre à l’épreuve

(http://www.cnrtl.fr/definition/exp%C3%A9rience)

— je n’ai pas l’expérience de Dieu (idem) : rencontre psychocorporelle intime (état modifié de conscience, extase) avec une entité imaginaire en rapport avec le monde comme totalité. Attention, l’entité est toujours imaginaire, Dieu (coefficient d’existence variable) étant par nature inatteignable.

— conjoindre, connecter, le sentiment d’exister avec l’ensemble imaginé de l’existant, appelé univers, totalité de ce qui est (pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?).

— j’en ferai l’expérience (cesser de boire) demain : j’essaierai, essayer constitue un bon équivalent verbal.


étym : essai, épreuve, tentative.

En effet : essaye voir de…

http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/affart.exe?19;s=785497410;?b=0;

—> Expérience et pragmatisme américain. Le savoir par l’expérience, au sens qu’on éprouve personnellement ce qu’on apprend par mise en place d’un dispositif de construction d’objets de savoir. Cf. Dewey.


Merleau-Ponty (j’ai égaré la référence d’origine et ignore dans les §§ qui suivent ce qui est de moi et de quelqu’un d’autre).

Dans Phénoménologie de la perception, Merleau-Ponty (1962) critique l’idée que les théories scientifiques soient capables d’engendrer une représentation complète de notre expérience du monde. Il n’est pas par principe opposé aux représentations scientifiques de l’expérience, 7 mais il soutient que la science en soi est un dérivatif et est secondaire à ce qu’il appelle l’expérience pré-objective (c’est-à-dire notre expérience du monde comme il se présente déjà lui-même à nous). Dans notre présence quotidienne au monde, nous ne faisons pas l’expérience de nous-mêmes comme des êtres transcendantaux [relevant d’une réalité d’un autre ordre que celui de l’univers constatable] ou des consciences pures désincarnées détachées du monde. Nous faisons simplement face à ce qui est présent devant nous et nous l’appréhendons [immanence]. Ce sens de l’engagement pratique du monde est fondamental pour Heidegger et Merleau-Ponty. C’est la raison pour laquelle, Merleau-Ponty soutient que le point de départ de toute représentation d’une expérience doit être l’expérience elle-même.

Matthews (2002) signale que ceci signifie mettre de côté une conception scientifique de la phénoménologie en faveur d’une description de l’être-au-monde. Avant tout, Heidegger et Merleau-Ponty étaient tous les deux préoccupés par la description de l’expérience et non par l’explication scientifique de celle-ci. C’est la raison pour laquelle, la réduction phénoménologique signifie mettre de côté explications et théories scientifiques. L’activité humaine de la recherche scientifique est elle-même le produit de l’expérience et de l’histoire humaine. Elle comprend une manière très particulière de rencontrer le monde, qui dépouille les valeurs de la façon dont nous « voyons » les mondes naturel et humain. Nous faisons cela par le biais de toutes les techniques que nous utilisons pour débarrasser la science de « partialités ». Le langage de la science se passe de descriptions de valeurs, mais notre orientation au monde avec valeurs attachées est primaire et fondatrice. C’est à partir de ce contexte que nous avons élaboré la voie de la compréhension scientifique, néanmoins, et malgré cela, la science est souvent présentée comme quelque chose qui nous donne une vue du monde « tel qu’il est réellement ». L’ironie du réductionnisme biologique en psychologie et en psychiatrie est que c’est essentiellement une tentative de se déplacer dans l’autre direction : d’utiliser un langage « dé-valué » des sciences physiques pour expliquer le monde à valeurs attachées de l’expérience humaine duquel elles ont surgi en premier lieu. Les représentations scientifiques de l’expérience humaine ne se tiennent pas hors de cette expérience. Elles sont créées par elle.

Qu’est-ce qu’une représentation du monde[4]

Pour Merleau-Ponty, la philosophie phénoménologique signifie regarder le monde d’un regard neuf. Nous sommes tellement accoutumés à une vision scientifique du monde, de nos corps et de nous-mêmes, que nous la tenons pour évidente, comme une représentation fondatrice et véridique de la réalité. C’est un point de vue objectif, qui voit le monde et tout ce qu’il contient, y compris les autres, comme des objets existant dans le monde hors de nous-mêmes. Son objectivité est perçue comme libre de valeurs. Merleau-Ponty n’est pas opposé à cette perspective, mais il conteste l’idée qu’elle nous offre une vision complète de la réalité. Ceci parce qu’elle obscurcit le fait fondamental que notre vision de la réalité nous est déjà donnée par le biais de notre existence, notre être-au-monde. L’une des conséquences importantes en est que notre expérience du monde n’en est pas une qui puisse être simplement captée par la représentation mentale de la réalité extérieure comme un schéma cognitif ou un processus informatif, créée en agissant sur les données du sens. Nous ne pouvons saisir l’expérience humaine comme si c’était simplement une question d’avoir des pensées « vraies » à propos du monde.

Vérité de la science / de la conscience. Deux ordres de réalité

La position de Merleau-Ponty sur la perception est radicalement différente. Il soutient que si nous mettons de côté les représentations scientifique et empirique et nous efforçons de voir le monde non pas comme la science nous l’aurait fait voir, mais comme nous en faisons l’expérience en fait, alors nous nous rendrons compte que le concept de « sensation » est trompeur et n’a que peu de relation avec quoi que ce soit dont nous faisons l’expérience. Matthews signale (2002, 50) que c’est parce que le cartésianisme force les sensations dans des positions précaires quelque part entre les domaines subjectif et objectif. Elles doivent être objectives dans le sens où elles sont liées à une voie causale vers les objets du monde externe. Dans le même temps, elles doivent faire partie de mon expérience subjective si elles doivent naturellement être une partie de moi-même. Ainsi, la confusion nait-elle du dualisme, qui s’efforce de fondre la subjectivité de l’expérience personnelle et la perspective empirique ou scientifique selon laquelle les sensations font également partie du monde objectif.

Le monde tel que nous en faisons l’expérience ne consiste pas en une myriade de sensations autonomes, comme l’objectivisme de la science voudrait nous le faire croire, au contraire il nous est présenté (habituellement) comme un tout cohérent et significatif (une forme : configuration, entité structurée, pattern, gestalt, Gestalt) en situation (champ en terminologie lewinienne). En outre, nous sommes physiquement présents dans le monde par nos corps, et nous nous tenons dans une relation encore plus intime avec le monde que si nous étions de pures consciences désincarnées. Nos corps nous placent dans un temps et un espace spécifiques et notre expérience du monde et notre relation à lui se situent dans une culture et une histoire spécifiques. C’est la raison pour laquelle, Merleau-Ponty nous invite à accepter les réalités contextuelles de l’expérience humaine. Il désigne notre corporétié en situation par le concept de chair.


Notes adjacentes

PHG / Romano

Expérience

L’expérience est encadrée. En quoi consiste le cadre de l’expérience ?

Qu’est que l’expérience d’autrui, l’expérience relationnelle ? L’expérience de soi à plusieurs, soi groupal (à partir de trois), soi à deux. Danger, ouverture, sécurité. Soi seul à seul en relation avec les instances internes.

Mais qu’est-ce d’abord qu’expérience ? Faire une expérience, faire l’expérience de, expérimenter (science), expériencier.

L’expérience comme déroulement, comme temporelle. L’évaluation des qualités de l’instant. Le cadrage des qualités formelles (début d’une pensée gestaltiste), le soubassement dès a priori de l’expérience.

Qu’est-ce que percevoir et en quoi consisterait une « perception inconsciente « ? Perception et prise de conscience.

Un son sans durée ça existe dans un univers à deux dimensions. Dans un univers à quatre dimensions nous ignorons ce que serait une « hyper mélodie ». Dans notre univers un son sans durée est impensable, ne peut exister.

Finalement le cadre a priori (Kant) c’est l’infrastructure mathématique formelle de l’expérience.


TLF (extraits) :

  1. PHILOS. Connaissance acquise soit par les sens, soit par l’intelligence, soit par les deux, et s’opposant à la connaissance innée impliquée par la nature de l’esprit. Il [Brunschvicg] n’oppose pas objectivité à subjectivité, et rend au contraire solidaires esprit et expérience (RUYER, Esq. philos. struct., 1930, p. 278) :
  2. L’incroyant, disais-je, raisonne de la manière suivante : « je suis dans des conditions normales d’expérience, et pourtant je n’ai pas l’expérience de Dieu; mais cette expérience, si elle est réelle, doit être objective, c’est-à-dire appartenir à tout être normal; ce n’est pas le cas; donc ce n’est pas une expérience réelle ».

MARCEL, Journal, 1919, p. 221.

Rem. Sans être une connaissance innée, l’expérience peut, dans certains domaines, être une appréhension immédiate de réalités considérées comme évidentes. Il y a quelque chose de plus singulier encore dans le sens de la vue, c’est que nous avons l’expérience irrécusable que la sensation visuelle nous trompe quelquefois complètement (DESTUTT DE TR., Idéol., 1801, p. 127).

  1. [L’expérience est un fait observé]
  2. Épreuve destinée à vérifier une hypothèse ou à étudier des phénomènes.
  3. a) Observation de faits naturels. Si l’univers est infini, nous ne saurions en avoir jamais la preuve par l’observation et l’expérience, lesquelles ne pourront jamais atteindre que le fini (E. BOREL, Paradoxes infini, 1946, p. 8).
  4. b) Observation de faits provoqués.

[1] Jacqueline Barus-Michel, Eugène Enriquez, André Lévy, éd., Vocabulaire de psychosociologie. Références et positions, Ramonville, Érès, 2002, 590 p.

[2] L’expérience implique que la connaissance passe par le corps, pulsions, sentiments, sensations, etc. ; en chinois corps/connaissance.

[3] Attention le 2 précède le 1. La conjonction est première, à partir de laquelle le N°2 (bébé) s’individualise [on parle alors d’individuation, terme qu’affectionne Jung mais dont il n’est pas l’inventeur]. La dyade précède la monade (Leibniz), l’être à deux précède l’être (seul) au monde de l’égologie (cartésienne) : Am Anfang war die Beziehung (Buber) : au commencement était la relation.

[4] Christian Berner, Qu’est-ce qu’une conception du monde ? Paris, Vrin, 2006, 128 p.-

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