Actualité de Winnicott

Montpellier, le samedi 31 mars 2012

ESPACE ANALYTIQUE LANGUEDOC organise une journée de rencontres et débats sur le thème :

ACTUALITÉ DE WINNICOTT

Salle Pétrarque, 2 place Pétrarque
Espace Analytique
_ audicom@wanadoo.fr

avec la présence de la librairie Sauramps

Les pratiques de soin psychique, qu’elles soient dans les champs socio-éducatif, psychiatrique ou médical, sont aujourd’hui fortement mises à mal par les politiques de santé publique. L’uniformisation se généralise, les protocoles de “bonne conduite” et autres recommandations foisonnent, et ne se soucient plus du malade ni de sa singularité. Avec des concepts comme l’environnement suffisamment bon, la régression, le holding, le squiggle, etc., les théories de D.W. Winnicott nous incitent à penser la nécessité d’un “aménagement de la situation”, d’un ajustement constant du cadre analytique au patient comme au monde qui l’entoure.

Mais le cœur de sa théorie reste le concept d’objet transitionnel. Cette aire intermédiaire d’expérience n’est-elle pas justement de nature à permettre au sujet de surmonter l’épreuve de réalité et, plus largement, de faire une place au rêve et au fantasme ? Il nous semble en effet, aujourd’hui plus que jamais, nécessaire de créer des fictions et d’oser les partager ; bref, de continuer à penser la pratique. Ces étayages psychiques sont là pour permettre au psychanalyste, mais aussi à tous ceux qui interviennent au nom de la souffrance psychique, de résister aux approches comptables et réductrices dans le domaine du soin.

Voir aussi

Un article de Winnicott tout à fait d’actualité :

Non à la sursimplification comportementaliste

Le groupe Espace Analytique Languedoc vous propose une journée d’échanges et de débats afin d’esquisser, de reprendre ou de mettre en question nos pratiques dans la perspective de l’enseignement de Winnicott. Nous tenterons ainsi de dégager ce qui en fait l’actualité, en quoi elle peut être une théorie de référence pour les soignants, quels qu’ils soient, mais aussi un axe de résistance aux effets dévastateurs des évaluations, chiffrages, et à toutes les autres formes de désubjectivation des divers acteurs du soin.


Comité d’organisation : Claude Allione, Lydwine Alric-Thaveau, Jérôme Alric, Patrice Champoiral, Gaelle de Decker, Cosimo Santese, Carole Serrier, Hélène Sigaud

Contacts :
_ claude@allione.eu
_ l-alric@chu-montpellier.fr
_ j-alric@chu-montpellier.fr
_ Patrice.Champoiral@montpellier.unicancer.fr
_ g-de_decker@chu-montpellier.fr
_ santese.cosimo@wanadoo.fr
_ cserrier@ch-bassindethau.fr
_ helenesigaud@hotmail.fr

Autisme : l’approche psychanalytique mise hors jeu

Autisme : l’approche psychanalytique mise hors jeu

Par Catherine Vincent

Le Monde du 8 mars

non consensuelles : ouf ?

La psychanalyse a perdu le combat. Dans leurs recommandations de bonne pratique sur la prise en charge des enfants et adolescents souffrant de troubles envahissants du développement (TED) publiées jeudi 8 mars (lire ci infra), la Haute autorité de Santé (HAS) et l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (Anesm) estiment impossible de conclure à “la pertinence” des interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle, qu’elles considèrent comme “non consensuelles“.

[Image : Sans titre]

une ère nouvelle

Ce point avait fait ces dernières semaines l’objet d’une intense agitation médiatique, après la publication par Libération, le 13 février, d’un article faisant état d’une version non définitive de ce rapport. À un détail près, la position de la HAS est restée inchangée, augurant sans doute une ère nouvelle dans la prise en charge de l’autisme.

Très attendu des professionnels comme des associations de familles, ce rapport, fruit d’un travail de deux ans, a mobilisé 145 experts, et a été complété par une consultation publique à laquelle ont répondu plus de 180 organisations. Définis comme un groupe hétérogène de troubles se caractérisant tous par des altérations des interactions sociales, de la communication et du langage, les TED concernaient en 2009 une personne de moins de 20 ans sur 150, soit entre 92 000 et 107 500 jeunes. Une population à laquelle répond depuis des décennies un manque criant de diagnostic et de structures d’accueil, notamment dans le domaine éducatif.

CHANGEMENT DIPLOMATIQUE

Les recommandations de la HAS et de l’Anesm se déclinent autour d’un axe fort : “La mise en place précoce, par des professionnels formés, d’un projet personnalisé d’interventions adapté et réévalué régulièrement” pour les enfants souffrant de TED. Particulièrement préconisées “si elles sont débutées avant 4 ans et dans les trois mois suivant le diagnostic“, ces interventions seront fondées “sur une approche éducative, comportementale et développementale, en respectant des conditions de mise en œuvre ayant fait preuve de leur efficacité : utilisation d’un mode commun de communication et d’interactions avec l’enfant, équipes formées et supervisées, taux d’encadrement d’un adulte pour un enfant, rythme hebdomadaire d’au moins 20-25 heures par semaine“.

recours intensif aux méthodes éducatives et comportementales

Pour la première fois en France dans le champ de la pédopsychiatrie, un texte recommande officiellement le recours intensif aux méthodes éducatives et comportementales, dont les résultats prometteurs ont été actés de longue date dans plusieurs pays occidentaux.

Autre point essentiel : l’attention portée à la place et à la singularité de la famille et de l’enfant dans l’accompagnement. Les rapporteurs recommandent par ailleurs aux parents d’être “particulièrement prudents vis-à-vis d’interventions présentées comme permettant de supprimer complètement les manifestations des TED” : aucun traitement ne permet de guérir l’autisme, ni d’en supprimer totalement les troubles.

on n’est pas passé loin du non recommandées

Si l’approche éducative et comportementale (type ABA ou Teacch), basée sur des apprentissages répétés, fait donc désormais partie des “interventions recommandées“, il n’en va pas de même pour les approches psychanalytiques. “L’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle“, lit-on au chapitre des “Interventions globales non consensuelles“. Un changement diplomatique mais minime au regard de la version de février, qui ajoutait à l’appréciation “non consensuelles” celle de “non recommandées“.

“RÉACTIONS EXTRÊMEMENT PASSIONNELLES”

il est temps que les psychiatres se remettent en question

Face au tollé déclenché par cette version provisoire, la HAS a-t-elle tenté de ménager le milieu pédo-psychiatrique en adoucissant son propos ? “Notre objectif n’était pas d’apaiser le jeu. Nous avons pris bonne note des réactions extrêmement passionnelles qui se sont exprimées, mais nous avons décidé de ne pas modifier notre calendrier ni notre procédure“, affirme le professeur Jean-Luc Harousseau, président du collège de la HAS. Constatant que “plus de trente ans après leur introduction, ces méthodes n’ont pas fait la preuve ni de leur efficacité ni de leur absence d’efficacité“, il estime qu’il est temps que les psychiatres se remettent en question, et “acceptent une évaluation de leurs actions en fonction de critères d’efficacité sur le comportement des enfants, définis par eux et avec la coopération et l’accord des parents“.

opposition formelle au packing

Reste le packing, technique d’enveloppements humides réservés aux cas d’autisme les plus sévères, contre laquelle la plupart des associations de parents s’élèvent violemment depuis des années. Sans grande surprise, la HAS et l’Anesm, “en l’absence de données relatives à son efficacité ou à sa sécurité“, se déclarent “formellement opposées à l’utilisation de cette pratique“. A l’exception des essais cliniques autorisés et “respectant la totalité des conditions définies par le Haut Conseil de la santé publique“, dont l’un est en cours au CHRU de Lille.

Autisme: la HAS et l’Anesm opposées à la pratique du packing hors recherche

Jeudi 8 mars 2012 – 11:30

Autisme: la HAS et l’Anesm opposées à la pratique du packing hors recherche


PARIS, 8 mars 2012 (APM) – La Haute autorité de santé (HAS) et l’Agence nationale d’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (Anesm) sont “formellement opposées” à la pratique du packing chez des enfants et adolescents autistes hors protocole de recherche, ont-elles annoncé jeudi.

approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle classées “interventions globales non consensuelles“

Les deux institutions classent également les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle dans la catégorie des “interventions globales non consensuelles”, appelant les équipes les pratiquant à mener des recherches cliniques permettant de les évaluer.

La HAS et l’Anesm ont rendu publiques jeudi des recommandations de bonne pratiques sur “Autisme et autres troubles envahissants du développement: interventions éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent“. Elles mettent l’accent sur la nécessité d’élaborer un projet personnalisé d’interventions pour chaque enfant (cf APM LDPC8001).

Ces recommandations résultent d’un long processus d’élaboration de deux ans, suivant une méthode de consensus formalisé faisant appel à 145 experts et une consultation publique impliquant plus de 180 organismes (cf APM HMOEI004 et APM COOGB003). Ces recommandations avaient été demandées dans le plan autisme 2008-10 aux deux institutions, qui ont décidé de publier un document commun.

Leur appréciation est très attendue sur la question du packing et sur les approches psychanalytiques en raison de demandes d’interdiction pressantes et réitérées d’associations de parents depuis 2009. Les deux institutions avaient dû faire une mise au point mi-février à la suite de fuites dans la presse (cf APM HMPBD001).

“En l’absence de données relatives à son efficacité ou à sa sécurité, du fait des questions éthiques soulevées par cette pratique et de l’indécision des experts en raison d’une extrême divergence de leurs avis, il n’est pas possible de conclure à la pertinence d’éventuelles indications des enveloppements corporels humides (dits packing), même restreintes à un recours ultime et exceptionnel“, indique la recommandation.

“En dehors de protocoles de recherche autorisés respectant la totalité des conditions définies par le Haut conseil de la santé publique (HCSP), la HAS et l’Anesm sont formellement opposées à l’utilisation de cette pratique“.

Le HCSP, appelé à se prononcer sur “les risques éventuels liés à l’utilisation du packing“, avait estimé en février 2010 qu’il devrait être strictement protocolisé et demandait que des travaux de recherche “neurophysiologique et clinique” soient menés pour statuer sur des bases scientifiques sur la balance bénéfices/risques de cette pratique (cf APM HMNCC004).

Une étude coordonnée par le CHU de Lille et financée sur le programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) est en cours pour évaluer l’efficacité du packing chez des enfants autistes avec troubles graves du comportement. Mais, en raison des critiques contre la pratique, le nombre d’enfants recrutés est faible et sa poursuite paraît difficile, ont fait savoir ses promoteurs.

POURSUIVRE LA RECHERCHE CLINIQUE SUR LES APPROCHES PSYCHANALYTIQUES

Le jugement sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle est moins radical puisque la HAS et l’Anesm estiment qu’ils ne peuvent pas conclure en l’absence de données d’évaluation mais ne s’opposent à leur utilisation.

“L’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle“.

Dans un document d’explication, les deux agences indiquent que cette appréciation doit “inciter les équipes des centres hospitaliers universitaires et des autres organismes ayant une mission de recherche (centres de ressources autisme, universités, laboratoires de recherche, centres régionaux pour l’enfance et l’adolescence inadaptées, etc.) à développer la recherche clinique” sur ces pratiques.

SEPT PRATIQUES NON RECOMMANDÉES

En revanche, les recommandations classent sept “interventions globales” comme non recommandées, selon un accord des experts.

Il s’agit du programme Son Rise*, de la “méthode des 3i”, de la méthode Feuerstein, de la méthode Padovan ou réorganisation neurofonctionnelle, de la méthode Floortime ou Greenspan, en tant que méthode exclusive (“cette pratique peut être proposée au sein d’un projet d’interventions coordonnées” mais avec une notation de grade C correspondant à un faible niveau de preuve), la méthode Doman-Delacato et le recours au mélange gazeux dioxyde de carbone-oxygène associé à une méthode précédente.

Ce jugement s’appuie sur l’absence de données sur leur efficacité, sur le caractère exclusif de leur application et sur leur absence de fondement théorique, est-il indiqué.

Voir vers la page de la HAS Recommandations de bonne pratique HAS Anesm

Ainsi qu’au bas de la page les trois documents pdf suivants :

– Synthèse Autisme TED enfant adolescent interventions
– Recommandations Autisme TED enfant adolescent interventions
– Argumentaire Autisme TED enfant adolescent interventions

La génétique, « cause » de l’autisme ?

Par David Simard

La génétique, « cause » de l’autisme ?


Des associations de parents d’enfants autistes, des personnes autistes elles-mêmes, ainsi que des scientifiques, affirment que l’autisme est biologique. Cette affirmation s’inscrit dans le cadre d’une joute contre la psychanalyse, accusée de rendre responsables et coupables les parents, et plus spécialement les mères, de l’autisme de leurs enfants.

Cette polémique rend difficilement audibles des discours argumentés, notamment sur la question de la dimension biologique de l’autisme, considérée comme acquise. Or, rien n’est si avéré en la matière.


La question de savoir si l’autisme est biologique requiert de s’interroger sur ce qui est entendu par « est ». S’agit-il de dire que la cause unique de l’autisme, ce que l’on appelle l’étiologie, est biologique – et plus spécialement génétique ? Ou bien que dans les cas d’autistes étudiés avec l’œil du généticien, on a trouvé des marqueurs biologiques ? La nuance peut sembler subtile, voire inexistante, elle est pourtant de taille.

éléments biologiques autres que génétiques, des éléments de mode de vie, des éléments d’environnement familial

En effet, identifier des marqueurs génétiques chez des personnes diagnostiquées comme autistes ne suffit pas à établir que ces gènes sont la cause de l’autisme de ces personnes, et encore moins la cause unique. Cela peut indiquer par exemple une prédisposition supérieure par rapport à des personnes pour lesquelles on ne trouve pas ces marqueurs génétiques, mais dont le déclenchement dépendra d’éléments extérieurs à ces gènes, qui peuvent être des éléments biologiques autres que génétiques, des éléments de mode de vie, des éléments d’environnement familial.

Une synthèse sur l’état de la recherche

La question est donc celle-ci : est-il scientifiquement établi que l’autisme a pour cause unique des gènes ? Pour tenter de répondre à cette question, la lecture du livre Autisme, le gène introuvable. De la science au business, Seuil, 2012, du biologiste moléculaire et directeur de recherches émérite au CNRS Bertrand Jordan, est instructive.

Il présente en effet plusieurs avantages. Tout d’abord, eu égard à la polémique contre la psychanalyse, il n’est pas négligeable de pouvoir se référer à un biologiste, tel Bertrand Jordan, qui rejette le recours à la psychanalyse dans la prise en charge des personnes autistes. Cela permet d’éviter de le soupçonner de construire un discours sur le plan de la génétique qui ait pour fin de soutenir les approches psychanalytiques.

une très forte composante génétique

Voici le dernier commentaire de Bertand Jordan sous l’article d’Élisabeth Roudinesco [?]

“Je suis l’auteur du livre Autisme, le gène introuvable,” cité par Élisabeth Roudinesco. Elle n’a pas dû le lire bien attentivement, car j’y présente les données scientifiques qui montrent que l’autisme présente une très forte composante génétique (en gros, le fait que les vrais jumeaux sont “concordants” à 80%, c.a.d. que si l’un est autiste l’autre l’est presque toujours lui aussi, alors que les faux jumeaux ne sont concordants qu’à 10% – dans les deux cas les deux jumeaux naissent et sont élevés ensemble, mais seuls les vrais jumeaux portent exactement le même jeu de gènes).

beaucoup de gènes impliqués

Si un diagnostic génétique est actuellement impossible, c’est parce qu’il n’y a pas un seul gène, mais des dizaines et peut-être des centaines de gènes dont certains variants augmentent le risque d’autisme, c’est donc difficile à éclaircir et c’est encore plus difficile d’en tirer un test viable. Le gène de l’autisme est introuvable, non parce que l’autisme n’est pas génétique (il l’est majoritairement) mais parce qu’il y a beaucoup de gènes impliqués. J’espère que cette brève explication est claire, sinon vous pouvez toujours acheter mon livre (Ed. du Seuil, janvier 2012) :+) ! ” 




Une mère, deux enfants autistes, une bataille sans fin

Une mère, deux enfants autistes, une bataille sans fin

Par Catherine Vincent

REPORTAGE | LEMONDE | 08.03.12 | 11h50 • Mis à jour le 08.03.12 | 11h59

En Belgique, des centres spécialisés accueillent depuis des années des petits autistes français.

Lille, Envoyée spéciale – Vite, avant qu’il ne fasse une colère, elle envoie Antoine jouer dans le jardin. Promet à Matthieu qu’il pourra bientôt voir un dessin animé. Complimente Charlotte, qui dessine en silence, tente à nouveau d’apaiser Antoine, s’inquiète de Matthieu qui crie à l’étage… Le mercredi, Monique Kowalczyk est maman à temps plein. Matthieu, bientôt 7 ans, est autiste de haut niveau. Antoine, 5 ans, jumeau de Charlotte, est autiste sévère. Infirmière puéricultrice dans un hôpital de Roubaix (Nord), elle vit seule avec ses trois enfants : comme beaucoup d’autres, le handicap des garçons a fait exploser son couple.

“J’ai eu de la chance, beaucoup de chance”, répète-t-elle. Et de fait : régnerait-il une telle sérénité dans ce salon empli de jouets si elle n’avait pas tant bataillé pour que le diagnostic de trouble envahissant du développement (TED) de ses deux fils soit établi au plus vite? Antoine avait tout juste 2 ans.

Aujourd’hui, Matthieu est en cours préparatoire. Accompagné d’une auxiliaire de vie scolaire dix-huit heures par semaine, il est parmi les premiers de sa classe. Antoine, lui, se rend la semaine dans un centre éducatif spécialisé, où il a fait de grands progrès. “Quand il avait 2 ans, son contact avec notre monde ne tenait qu’à un fil, se souvient Mme Kowalczyk. Désormais, il parvient à passer une demi-journée par semaine avec des enfants ordinaires sans que cela ne tourne au drame.”

Une vraie chance, en effet. Mais aussi un épuisant parcours du combattant, que connaissent des milliers de familles.
_ L’autisme? Avant qu’il n’entre dans son foyer, la jeune infirmière n’en avait guère entendu parler. Ce handicap, à l’origine neurobiologique mal comprise, souffre en France d’un manque criant de structures de diagnostic et d’accueil. Et fait l’objet de violentes querelles théoriques, entre tenants de soins psychothérapiques et défenseurs de méthodes éducatives.

“Durant mes démarches pour obtenir un diagnostic, j’ai rencontré plusieurs pédopsychiatres, raconte Mme Kowalczyk. Au moins deux d’entre eux m’ont demandé si j’avais désiré mes enfants pendant que j’étais enceinte. Quand on demande de l’aide pour une chose si grave, on attend d’autres paroles qu’un discours culpabilisant !” Les choses traînent, les troubles augmentent.

La jeune femme se décide à emmener ses enfants à l’hôpital parisien Robert-Debré, où le diagnostic est enfin établi. Le sésame pour une prise en charge. Ou le saut dans un nouveau cauchemar. Parce qu’il faut patienter de longs mois, voire des années, avant d’avoir une place. Parce que les structures d’accueil sont multiples, parfois expérimentales, souvent antagonistes. Hôpital de jour, CMP (centre médico-psychologique), Sessad (service d’éducation et de soins spécialisés à domicile) et bien d’autres : comment s’y retrouver dans ce dédale? Le Centre ressources autisme (CRA) Nord-Pas-de-Calais, ouvert en 2006, fait ce qu’il peut pour faciliter la tâche des familles. Mais il faut avoir le cerveau bien organisé et la détermination chevillée au corps pour ne pas se décourager.

“J’AI DEMANDÉ UN SOUTIEN EN ORTHOPHONIE. ON M’A RI AU NEZ”

“Même si les choses n’évoluent jamais assez vite pour les parents, elles sont en train de s’améliorer”, tempère Olivier Masson, directeur du CRA. Il vante avec ferveur la coopération qui s’instaure peu à peu entre secteur sanitaire et secteur médico-social : “Les enfants sont repérés de plus en plus tôt, mieux orientés, et surtout, on travaille merveilleusement bien avec l’éducation nationale. Dans la région, on n’a jamais eu le moindre refus de la part des écoles”, précise Karine Vanlierde, psychologue au CRA.

En Belgique, où des centres spécialisés accueillent depuis des décennies des petits autistes français, on affirme d’ailleurs avoir moins de demandes depuis quelque temps. Preuve que quelque chose, enfin, commence à bouger de ce côté-ci de la frontière.

Mais avec quelle lenteur ! Et quel manque de cohérence ! “Dès le début, il m’a paru clair qu’Antoine avait besoin de stimulation. Je me suis renseignée sur Internet, je suis devenue membre d’une association de parents, et j’ai proposé au CMP vers lequel on m’avait orientée qu’on lui donne un soutien en orthophonie et en psychomotricité. On m’a ri au nez !”, se souvient Mme Kowalczyk. Elle retourne au CRA, découvre l’existence d’autres structures, se démène une fois de plus. Et trouve enfin pour Antoine une place au Centre du parc Barbieux, à Roubaix. Une vaste demeure de brique ceinte d’un grand jardin, qui accueillait déjà, il y a un demi-siècle, ceux qu’on appelait alors de jeunes psychotiques.

>>> Voir notre portfolio “A Roubaix, la prise en charge sur mesure des autistes”

ce n’est pourtant pas assez

“Une cinquantaine de personnes au total, dont trois temps-plein de psychologues, quatorze temps-pleins d’éducateurs, un neuropédiatre à temps partiel, une infirmière, une intervenante sociale… Ce n’est pas mal, mais ramené au nombre d’enfants, ce n’est pourtant pas assez“, détaille Claire Mouvier, directrice du centre. Celui-ci prend en charge, aux horaires scolaires, 35 autistes âgés de 4 à 20 ans. Des autistes sévères, qui n’ont pas pu intégrer l’école. Presque tous ont une déficience mentale associée, et présentent de gros problèmes de comportement.

Pour les aider à mieux vivre, on utilise tous les moyens du bord, psychanalyse exceptée : méthodes éducatives, ateliers (cuisine, menuiserie, vélo), liaison suivie avec les parents. “Le principal, c’est de chercher ce qui va le mieux fonctionner avec chaque enfant“, résume le psychologue Yves Peiffer. La plupart ont près d’eux leur “carnet de PECS” (Picture Exchange Communication System) : un classeur orné de bandes autocollantes, sur lesquels enfants et éducateurs placent et déplacent les icônes qui vont leur permettre de dialoguer. Parfois, la conversation est ponctuée de mots, parfois non. L’essentiel est de se faire comprendre.

LA MÉTHODE ABA, DES RÉSULTATS SPECTACULAIRES

“L’équipe est en relation permanente avec la famille, un bilan est établi chaque année, avec des objectifs à court, à moyen et à long terme: Antoine a toujours une vie difficile, mais au moins je sais où nous allons”, résume Mme Kowalczyk. Au point de s’être offert le luxe, il y a quelque temps, de refuser la place qui était proposée à son fils, “pour trois mois à l’essai”, au Centre Camus de Villeneuve-d’Ascq : la seule structure de la région où l’on pratique exclusivement l’approche éducative ABA (Applied Behavior Analysis, ou “analyse appliquée du comportement”).

En plein développement aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Scandinavie, en Espagne, celle-ci permet parfois à de très jeunes enfants de développer leurs capacités d’autonomie de façon spectaculaire.

que cette approche comportementaliste ait elle aussi droit de cité

Fondée sur la répétition d’apprentissages simples, la méthode ABA insiste sur le conditionnement opérant, l’obéissance et les récompenses. Très décriée par les psychanalystes, qui dénoncent une technique de “dressage”, elle reste quasiment inexistante en France. Au grand dam des familles d’autistes, qui demandent depuis vingt ans que cette approche comportementaliste ait elle aussi droit de cité.

Vinca Rivière, elle, est catégorique: “Au moins un enfant sur deux ans qui arrive ici avant l’âge de 4 ans doit en ressortir quelques années plus tard en étant autonome : son handicap restera, mais il ne se verra plus.” Docteur en analyse du comportement, elle s’est beaucoup battue pour ouvrir le Centre Camus, où 49 personnes encadrent 20 enfants à raison de 35 heures par semaine. Depuis 2008, le lieu bénéficie d’un agrément expérimental de l’Agence régionale de la santé, ce qui permet que la prise en charge (410 euros par jour) soit couverte par la Sécurité sociale. La préfiguration de ce qu’on trouvera, demain, dans toutes les régions de France? Centre ABA, structure médico-sociale, hôpital de jour…

Avouons-le : au pays de l’autisme sévère, les lieux d’accueil se ressemblent tous. Partout des enfants plus ou moins abîmés, plus ou moins fuyants. Partout des éducateurs, des psychologues, des soignants qui agissent de leur mieux. Tous ont leurs convictions propres, mais sont unanimes sur un point : améliorer la vie des enfants autistes, endiguer leur isolement, cela passe avant tout par une prise en charge individuelle et intensive. Par la prise en compte de leurs spécificités. Et parfois, par un détail tout simple. Comme pour cette jeune fille, qui présentait de tels troubles du comportement à la cantine qu’elle a failli être déscolarisée.

“En fait, elle ne supportait pas le bruit. On lui a appris à porter des bouchons d’oreille, elle est aujourd’hui au collège, avec 16 de moyenne en géographie… Sans ces bouchons d’oreille, elle aurait peut-être été traitée en hôpital psychiatrique !”, affirme Philippe Turbot, directeur à Lille d’un Sessad prenant en charge une vingtaine d’enfants, tous scolarisés à temps plein. Parmi eux, Matthieu. En deux ans, il y a appris à s’ouvrir aux autres, et à aimer l’école. Il se lève, va chercher son bulletin de CP, nous le montre fièrement. “Elève très agréable et volontaire. Continue ainsi!”, a écrit l’institutrice en lettres rondes. Pour Matthieu, le plus beau compliment qui soit.

>>> Lire aussi nos témoignages de familles “Les parents d’enfants autistes s’épuisent à chercher des solutions de prise en charge”

la famille reconstruite

La famille reconstruite

Traversée | LE MONDE DES LIVRES | 08.03.12 | 10h21

par Élisabeth Roudinesco

A la fin du XIXe siècle, au moment où Freud s’inspire de la tragédie d’Œdipe pour introduire dans la culture occidentale l’idée que le père engendre le fils qui sera son assassin, les réactionnaires, annonciateurs d’apocalypse, s’en prennent aux femmes désireuses de s’émanciper du carcan d’un ordre patriarcal répressif. Si celles-ci quittent le foyer pour travailler, si elles s’engagent en politique ou utilisent la contraception, disent-ils, alors viendra le chaos : la famille disparaîtra, l’autorité du père sera détruite, les femmes refuseront la maternité et l’espèce humaine s’éteindra.

la question de l’homoparentalité

Cette même terreur s’est répétée, cent ans plus tard, lorsque est apparue, à partir de 1980, d’abord aux États-Unis puis en Europe, la question de l’homoparentalité : ce désir des homosexuels d’entrer dans l’ordre familial. Que deux personnes du même sexe puissent devenir des parents à part entière, voilà qui renversait le paradigme de la famille dite “naturelle”, fondée sur l’accouplement charnel entre un homme et une femme.

D’où un credo récurrent : si un tel projet se réalisait, la société risquerait de se transformer en une confrérie d’individus hédonistes, semblables les uns aux autres et rebelles à tout interdit. Et malgré les changements intervenus depuis l’entrée en vigueur en France du pacs (pacte civil de solidarité, fin 1999), lequel n’ouvre pas droit pour les homosexuels à l’adoption ou à la procréation médicalement assistée, cette thèse reste présente dans les esprits de bon nombre d’intellectuels et d’élus de la République, hantés par le fantasme d’une disparition de la différence des sexes, laquelle ne serait, à leurs yeux, que le symptôme agissant d’une abolition de la famille.

l’expression d’une homophobie ordinaire

Dans un essai sur L’Homoparentalité en France, Eric Garnier, ancien président de l’Association des parents gays et lesbiens (APGL), retrace l’histoire des batailles menées depuis 1986 par les homosexuels français, avec pour toile de fond l’épidémie de sida, les injures, la bêtise. Et l’on reste confondu, aujourd’hui, à la lecture de ce que fut pendant toutes ces années l’expression d’une homophobie ordinaire, issue non pas des couches populaires, plutôt favorables à cette évolution des moeurs, mais de certaines élites en proie à la terreur d’une plongée dans la barbarie.
Voici quelques exemples de cette furia française : Christine Boutin brandissant la Bible à l’Assemblée nationale, Luc Ferry affirmant d’un air péremptoire que la famille c’est “un père et une mère” ou encore l’historien Emmanuel Leroy-Ladurie évoquant le spectre d’une fabrication de pédophiles en chaîne. Et Eric Garnier oppose à cela le courage de ceux qui osèrent d’emblée soutenir les parents homosexuels : Dominique Strauss-Kahn et Roselyne Bachelot.

la famille est désirable

Notons aussi combien furent précieux, durant cette période, les travaux de sociologues, anthropologues et historiens qui contribuèrent à éclairer l’opinion sur une question centrale : comment les homosexuels sont-ils passés, au tournant du siècle, d’un rejet de l’ordre familial à un désir de s’y intégrer ? Parmi les réponses, on retiendra l’idée que la famille est désirable et qu’une fois l’homosexualité dépénalisée, autour des années 1980, les homosexuels n’avaient plus aucune raison de disjoindre, comme ils l’avaient fait auparavant, l’amour pour le même sexe et la volonté d’avoir une descendance.

la palme revient aux psychanalystes

Par ailleurs, comme la famille est un fait universel qui témoigne du passage de la nature à la culture et qui repose sur la prohibition de l’inceste, laquelle conditionne l’échange entre des partenaires (exogamie) et la possibilité d’une filiation (descendance), rien ne s’oppose à ce que, dans des conditions historiques et scientifiques nouvelles, les partenaires soient du même sexe. Et, de même, rien ne s’oppose à ce que ces partenaires, fertiles ou infertiles, se séparent (divorcent) après avoir été unis. A cet égard, l’entrée des homosexuels dans l’ordre familial n’est pas un phénomène “contre-nature”. Elle indique au contraire que la famille, sous ses multiples aspects, a un solide avenir devant elle, qu’elle soit conjugale, recomposée, homoparentale, monoparentale ou encore adoptive : avec ou sans gestation pour autrui (GPA, mères porteuses), avec ou sans procréation médicale assistée (PMA).
Dans le genre sottisier, Éric Garnier relève que la palme revient aux psychanalystes. Au nom d’une psychologie oedipienne de bas étage, nombre d’entre eux se lancèrent dans une croisade indigne, comparant les homosexuels à des eugénistes ou à des insensés cherchant à briser la sacro-sainte “loi du père” pour engendrer des générations de psychotiques “symboliquement modifiés”.

abandonner le principe même d’une évaluation de la condition humaine

On comprend alors pourquoi Martine Gross, ancienne présidente de l’APGL, victime des quolibets des psychanalystes et auteur d’un ouvrage militant, Choisir la paternité gay, a pu soutenir l’idée de soumettre les familles homoparentales à des expertises psychologiques visant à prouver qu’elles seraient aussi “normales” que les autres. Quand on sait que les enfants d’homosexuels sont, pour la plupart, issus d’un milieu socialement privilégié et que leurs parents, soucieux de “normalité”, ont toujours fait preuve envers eux d’une attention soutenue, on peut imaginer que les résultats de ces enquêtes sont positifs. Peut-être serait-il préférable d’abandonner le principe même d’une évaluation de la condition humaine ?

parenté, construction sociale et humaine

La parenté est donc une construction sociale et humaine. Et c’est dans cette perspective que Sophie Nizard, sociologue des faits religieux et proche de Martine Gross, analyse, dans Adopter et transmettre, la question de la filiation adoptive dans le judaïsme contemporain. On sait que selon la loi rabbinique, instaurée au IIe siècle, tout enfant né d’une mère juive est considéré comme juif. Aussi la filiation adoptive n’est-elle autorisée chez les juifs que si l’enfant né d’une mère non juive est converti avant d’être adopté.

M. Meyer, un maître de la parenté

Partant de là, Sophie Nizard étudie des situations multiples qui ressemblent autant à celles des homosexuels qu’à un condensé d’histoires juives, issues de la mémoire de la Shoah. Ainsi dresse-t-elle un portrait émouvant d’un certain M. Meyer, fondateur en 1962, à Strasbourg, de l’association Le Trait d’union. Philanthrope, il se donna pour mission de sauver tous les enfants juifs en danger, allant jusqu’à convaincre des femmes de ne pas recourir à l’avortement en cas de grossesse non désirée. Grâce à son action, les enfants abandonnés, dont il transmettait l’histoire, ne souffraient d’aucune carence avant d’être adoptés. Ils avaient trouvé en lui non pas un père de substitution, mais un “maître de la parenté.” La sociologue montre aussi que la question de la ressemblance est toujours essentielle. Et, quand on les cherche on les trouve, au point que des parents s’amusent quand on affirme devant eux que leurs enfants adoptifs leur ressemblent.

déconstruire l’autorité du pater familias

“En coupant la tête du roi, disait Balzac, la Révolution a fait tomber la tête de tous les pères de famille.” Ce régicide légal contribua à l’avènement d’une société qui ne cessa, tout au long du XIXe siècle, de déconstruire l’autorité du pater familias. La famille contemporaine, égalitaire, conflictuelle et névrosée, en est l’aboutissement. Et l’on sait bien que plus jamais ne reviendra ce temps où l’on pensait que le père de droit divin était le véhicule unique de toute ressemblance psychique et charnelle. Tel est le message des études contemporaines sur la famille. N’en déplaise à ceux qui rêvent, périodiquement, et à coups d’anathèmes, d’une restauration caricaturale de l’ordre ancien.

Signalons, de Martine Gross, la parution en poche de Qu’est-ce que l’homoparentalité ?, Petite bibliothèque Payot, 250 p., 7,50 €.


Ouvrages

– Eric Garnier. L’Homoparentalité en France. La bataille des nouvelles familles, Ed. Thierry Marchaisse, 350 p., 19 €.
_ L’auteur étudie les étapes de la lutte des homosexuels pour faire reconnaître, depuis trente ans, leur droit au mariage et à la parenté. On trouvera en outre dans cet ouvrage un panorama des réactions hostiles à ces luttes, insultes et arguments insensés souvent émis par des intellectuels et des politiques. Édifiant.

– Martine Gross. Qu’est-ce que l’homoparentalité ?, Petite bibliothèque Payot, poche, 250 p., 7,50 €.

– Martine Gross. Choisir la paternité gay, Erès, 290 p., 25 €.
_ Militante et fondatrice de l’Association des parents gays et lesbiens, Martine Gross explore les motivations, les doutes et le vécu d’hommes devenus pères dans des conditions difficiles. À travers leurs récits, on découvre comment s’est constituée une communauté hors norme unie en un même désir de lier une inclination sexuelle et la volonté de fonder une famille.

– Sophie Nizard. Adopter et transmettre. Filiations adoptives dans le judaïsme contemporain, Ed. de l’EHESS, “En temps et lieux”, 238 p., 20 €.
_ À partir d’une étude serrée, l’auteur montre, à travers le phénomène de l’adoption, comment la parenté se construit autant par une quête des origines et de l’identité des parents et des enfants que, dans le cas particulier des filiations juives contemporaines, par la transmission d’une mémoire où se croisent différents récits de vie et de mort.

Extraits

“Quand l’homosexualité était synonyme de vice, de maladie, qu’il fallait soigner par tous les moyens, il était impensable pour de tels “malades” de se projeter comme des parents potentiels. Parer au plus pressé était le seul viatique: essayer de vivre, rester entre soi. Les enfants? Et si on (…) ne leur offrait que la perspective d’une vie aussi rude que la nôtre? (…) Et cette époque n’est pourtant pas bien lointaine. (…) Il faut se remémorer les mots de Diderot : “Tout ce qui est, ne peut être ni contre ni hors nature.””
_ L’Homoparentalité en France, page 47.

“Certains veulent être des parents ordinaires (…) et s’entourent de gens qui les considèrent ainsi. Ils ont constitué une famille selonla représentation traditionnelle: un couple stable avec enfants. D’autres peuvent avoir conscience de défier les valeurs hétéronormées. Pour certains, le droit à l’indifférence est l’objectif le plus urgent, pour les autres il s’agit d’être des pionniers en tant que pères gays. La plupart maintiennent un délicat équilibre entre ces attitudes.”
_ Choisir la paternité gay, page 12.

“Que sait-on des parents de naissance ? Dans de nombreux entretiens, s’élabore la construction d’une origine acceptable de l’enfant et de sa génitrice et en même temps une disqualification de la mère qui abandonne son enfant, pour pouvoir envisager la substitution. Deux situations extrêmes mettent symboliquement face à face deux femmes : l’une a un enfant qu’elle ne souhaite pas garder, l’autre désire à tout prix un enfant quelle ne peut pas “fabriquer” par la procréation. L’adoption permet une substitution de l’une par l’autre.”
_ Adopter et transmettre, page 127.

La psychanalyse doit débattre de l’autisme

La psychanalyse doit débattre de l’autisme

Propos recueillis par Jean-François Marmion

Article publié le 23/11/2011 dans le Cercle psy

En présentant les positions de plusieurs psychanalystes à propos de l’autisme, un documentaire, Le Mur, fait polémique. S’estimant piégés, trois des interviewés ont engagé une action en justice contre la réalisatrice, la journaliste Sophie Robert. Celle-ci nous livre sa version des événements.

Avant d’en venir à la polémique qu’il a suscitée, expliquez-nous pourquoi et comment vous avez conçu ce documentaire ?

Je voulais être psychanalyste, avant de m’orienter vers l’audiovisuel. Je suis fondamentalement en accord avec la démarche psychanalytique (aller voir quelqu’un pour déposer son fardeau existentiel), qui me fascine depuis de longues années : je me définis comme une anthropologue de la psychanalyse, en amateur, mais ayant accumulé pas mal de connaissances. Sachant qu’il y a une différence énorme entre son image dans le grand public et sa réalité lorsqu’elle est exprimée entre initiés, j’avais envie d’en faire un état des lieux accessible à tous. Je suis donc en contact avec Arte depuis plus d’un an pour une série de six documentaires. L’idée était de faire un voyage dans la théorie psychanalytique, fondamentalement la théorie sexuelle, qui distingue la psychanalyse des autres théories. Je ne voulais pas dresser un monument historique à la psychanalyse, mais voir ce qu’elle avait de vivant aujourd’hui. J’ai rencontré une quarantaine de psychanalystes, j’en ai filmé 27 pendant deux à trois heures chacun, ce qui a donné 60 heures de rushes. Je voulais qu’ils parlent franchement, en assumant les points de vue politiquement incorrects du discours psychanalytique. Ils ont joué le jeu, ont accepté de s’exprimer avec sincérité, et je leur en suis reconnaissante. Nos entretiens étaient très riches.

Puisque vous avez projeté toute une série de documentaires, pourquoi avoir choisi de terminer en premier celui qui porte sur l’autisme, sujet explosif ?

C’est vraiment un hasard, pas de l’opportunisme. Je ne voulais pas travailler spécifiquement sur l’autisme, mais il est considéré comme la pire des psychoses pour la psychanalyse, ce qui est vraiment une spécificité française puisque le reste du monde le définit depuis 30 ans comme un trouble neurologique, et qu’à l’étranger les patients sont diagnostiqués très tôt et pris en charge non pas en psychiatrie, mais avec des méthodes comportementales et éducatives adaptées. Il m’a paru intéressant d’extraire ce sujet pour lui consacrer un volet à part entière.

Ce film ne serait donc pas une entreprise délibérée de démolition, en tout cas de déstabilisation, de la psychanalyse ?

Je ne pense pas du tout avoir fait une entreprise de déstabilisation : c’est la psychanalyse qui se déstabilise toute seule. Si mon film est polémique, c’est à cause du discours des psychanalystes en lui-même. Ils étaient très à l’aise, très heureux d’être filmés. Mais je pense qu’ils ne se rendent pas compte de la portée de leurs propos. J’étais vraiment stupéfaite. Je pensais faire un travail beaucoup plus nuancé, or je ne me serais jamais attendue à entendre ce que j’ai entendu de la part de l’immense majorité d’entre eux. Je n’aurais pas imaginé des propos aussi haineux à l’égard de la science, par exemple, ni aussi viscéralement sexistes. Je ne pense pas qu’il existe un quelconque contexte dans lequel affirmer que l’enfant est le substitut du phallus maternel, aliéné au désir de sa mère, est un propos acceptable. J’ai recherché des psychanalystes capables de me tenir un discours différent : j’ai eu du mal à en trouver, et les personnes en question ont refusé de critiquer les positions extrémistes de leurs collègues devant la caméra.

Les psychanalystes Alexandre Stevens, Esthela Solano-Suarez et Eric Laurent se sont retournés contre vous après leurs interviews. Que demandent-ils ?

Des dommages et intérêts faramineux : 290 000 euros. Plus le remboursement des frais d’avocat, 20 000 euros pour faire publier le jugement, et 15 000 euros d’astreinte par jour après celui-ci. Et surtout l’interdiction complète du film. Ils ne contestent pas les idées exprimées, mais prétendent que j’ai escamoté les arguments qui les rendraient acceptables. Leurs propos sont pourtant tenus partout chez les psychanalystes, qui considèrent que le public n’est pas apte à entendre ce genre de discours. Je pense que si, et qu’il faut l’assumer.

Ils vous reprochent de ne pas avoir pu exercer de droit de retrait en visionnant le documentaire avant sa diffusion.

Ils m’avaient posé la question avant le tournage, et je leur avais dit non d’emblée. C’était très clair. Ce n’est absolument pas dans les usages des documentaristes, quel que soit le sujet. Sinon, on ne peut plus travailler.

Mais pour eux, contrairement à ce qui leur avait été annoncé, ce n’est pas un documentaire : c’est un film militant.

_ Le projet, encore une fois, n’était que de décrypter la psychanalyse pour le grand public. J’ai fait un film avec le matériau qu’ils m’ont donné. Les trois psychanalystes qui m’attaquent prétendent que j’ai déformé leurs propos pour rendre la psychanalyse ridicule. Cela signifie qu’ils sont convaincus d’incarner LA psychanalyse. Au lieu de dire que ce sont leurs propos à eux, leur point de vue à eux sur la psychanalyse qui est ridicule.

Les trois plaignants ont demandé que les rushes soient saisis et détruits, ce que vous avez refusé.

Ils m’ont envoyé un huissier, qui était même autorisé à se faire accompagner d’un commissaire de police pour m’interroger sur l’endroit où étaient les rushes. Ils redoutaient que je détruise les preuves que j’avais « maquillé leurs propos afin de faire une entreprise polémique contre la psychanalyse ». J’ai évidemment refusé. Mais comme je n’ai rien à cacher, j’ai transmis aux magistrats et aux trois plaignants les transcriptions écrites et vidéo de plus de la moitié des six heures d’entretiens les concernant.

Qu’est-ce qui se peut se passer pour vous maintenant ?

C’est déroutant : en France, on ne censure pas un film, mais tout peut arriver, personne ne pouvant préjuger d’une décision de justice. Je peux prouver dix mille fois qu’il n’y a aucune sortie de contexte quelconque, que ces propos ont bien été tenus et répétés, et que ces psychanalystes m’ont dit bien d’autres choses aussi choquantes, voire plus, dans d’autres domaines. Ce sont leurs convictions, et il est fondamental pour tout le monde de les connaître. Ceux qui les partagent ne sont pas choqués par mon film.

Que pensent justement du film les psychanalystes qui y ont participé mais n’ont pas porté plainte, ou d’autres encore ?

Les réactions sont contrastées. Geneviève Loison, l’analyste qui évoque la mère de l’autiste comme mère-crocodile, m’a dit plusieurs fois qu’elle était très heureuse du film, et très fière d’y avoir participé. Elle ne comprend pas du tout en quoi les parents d’autistes sont choqués. Elle assume totalement ses idées. D’autres psychanalystes que je n’ai pas interviewés mais qui ont vu le film sont d’accord avec les propos qui s’y tiennent, et considèrent qu’il n’y a pas matière à débat. Mais une autre a acheté mon film pour le diffuser à Mexico dans un congrès sur l’autisme, et alerter ses collègues pour leur dire qu’il leur faut arrêter de s’impliquer sur le sujet. D’autres encore pensent que mon film est de la propagande pour la psychanalyse, et qu’il était dangereux de laisser les intervenants s’exprimer !

Êtes-vous déçue par les dérives de la psychanalyse que vous dénoncez, ou votre intérêt demeure-t-il intact malgré tout ?

Je pense qu’elle est prisonnière de sa toute-puissance. Elle a fait un pas en avant, et deux pas en arrière. Plusieurs psychanalystes me l’ont dit hors caméra, et je suis entièrement d’accord avec eux : elle a construit des dogmes théoriques qui la protègent de ses propres découvertes, c’est-à-dire de la démarche de l’inconscient. Je suis convaincue que nous avons un inconscient, qu’il est formidable de voir quelqu’un pour parler de soi, qu’objectiver ses conflits psychiques est très important pour tout le monde… Mais je pense que la psychanalyse s’est engluée dans une logique sectaire qui lui est préjudiciable, ainsi qu’aux personnes qu’elle est censée soigner. Il n’est pas normal de ne pas pouvoir en parler. Les psychanalystes ne devraient pas avoir peur de la vérité, de débattre.

D’autres documentaires à venir dans votre série sont-ils aussi polémiques ?

Tous ! Tout est dans la même veine. Cinq psychanalystes m’ont par exemple demandé spontanément, hors caméra, d’aborder le sujet de l’homosexualité dans ma série. L’un d’eux m’a même dit : « Un patient homosexuel a intérêt à soigneusement choisir son divan, parce qu’il risque de se faire casser, laminer par son psychanalyste. » En France, on n’arrive pas à évoluer. Qu’est-ce qui se passe ? Je pensais que mon travail serait compliqué puisque les psychanalystes ne sont jamais d’accord entre eux, mais j’ai constaté que la caisse à outils appliquée à l’autisme l’est aussi dans toutes les pathologies : un schéma fondateur unique de toxicité maternelle, avec l’idée que le langage et la conscience de soi se créent en séparant l’enfant de sa mère, que l’enfant est un substitut du phallus, etc. Dans la série, j’expliquerai en détail et de façon contextualisée ces choses évoquées de manière condensée dans Le Mur. Ce titre s’est imposé à moi sur la fin. Je me suis heurtée à un mur idéologique derrière lequel les psychanalystes se sont retranchés. Mais aussi la société française, qui considère qu’il n’y a pas de débat possible sur certains sujets. On ne peut pas débattre de la psychanalyse, y compris entre psychanalystes ! Ce n’est vraiment pas l’image que j’avais de la psychanalyse. Heureusement que j’ai filmé les gens, sinon je ne l’aurais pas cru. Je peux vous assurer que la suite est du même acabit.

Vous bénéficiez d’une large solidarité, sur Internet notamment. Elle émane souvent de gens qui, contrairement à la manière dont vous vous présentez, sont foncièrement hostiles à la psychanalyse. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Depuis début septembre, date de diffusion du film, je découvre l’autre côté du mur, l’autre versant. Je suis contactée tous les jours, par mail, par téléphone, même le week-end, par des parents, ou des personnes avec autisme d’Asperger par exemple, qui me disent qu’ils sont libérés par ce film parce qu’ils ont enfin les moyens de prouver ce qu’ils ont vécu de la part de la psychanalyse. Je tombe des nues ! Il ne s’agit pas de cas isolés. Les idées sur la « toxicité maternelle » ou les dysfonctionnements de la relation mère/enfant ne relèvent pas que du symbolique ou de la recherche de contexte : elles ont des implications sanitaires concrètes dans la vie de centaines de milliers de personnes en France qui sont confrontées à ce mur et sont considérées comme coupables par définition. C’est le Moyen Age !

À force de rester dans le dogme et la toute-puissance, certains psychanalystes vont tourner le public contre l’inconscient et la démarche psychothérapique. C’est vraiment grave. En ce qui me concerne on n’étudie pas la psychanalyse pendant vingt ans, au point d’envisager d’en faire son métier, on ne prépare pas une série documentaire de fond sur la psychanalyse sans valoriser la démarche analytique. Toute la question est de savoir de quelle psychanalyse il s’agit. Ce n’est pas la démarche en soi qui pose problème, c’est la position de personnes extrémistes et dogmatiques, malheureusement majoritaires, qui se positionnent comme des références incontournables de la psyché humaine. Et je ne suis pas d’accord avec cela. Se remettre en question ne devrait jamais être vécu comme un échec.

Pourquoi j’ai porté plainte contre Sophie Robert

Pourquoi j’ai porté plainte contre Sophie Robert

Par Alexandre Stevens
_ Propos recueillis par Jean-François Marmion

Article publié le 07/03/2012

Depuis six mois, le documentaire Le Mur, de Sophie Robert, a mis le feu aux poudres dans la sphère psy : diffusé sur le site d’Autistes sans frontières, on y voyait des psychanalystes tenir des propos jugés d’un autre temps à propos des origines et de la prise en charge de l’autisme, accusant les parents d’avoir provoqué la « psychose » de leur enfant. Trois des analystes interviewés, Esther Solano-Suarez, Eric laurent et Alexandre Stevens, ont porté plainte en accusant Sophie Robert d’avoir manipulé leurs propos. La justice leur a donné raison sur ce point, interdisant à la documentariste (qui a fait appel) de continuer à présenter son film en l’état. Le Mur est désormais invisible. Nous avons déjà interviewé Sophie Robert. Pour la première fois, l’un des plaignants, Alexandre Stevens (déjà co-signataire d’une tribune libre sur notre site) revient lui aussi sur cette polémique.

Beaucoup de gens n’ont entendu parler de vous que lors de l’affaire du Mur. Pourriez-vous tout d’abord vous présenter, tout simplement ?

Je suis psychanalyste, psychiatre de formation. Je suis membre de l’École de la Cause freudienne. Comme psychanalyste, je reçois surtout des adultes, mais j’ai fondé il y a une vingtaine d’années une institution pour enfants en grandes difficultés, le Courtil, qui se trouve en Belgique, à la frontière française, en bordure de la grande métropole Lille-Roubaix-Tourcoing. Cette fondation s’est faite à partir d’un IMP (institut médicopédagogique) à l’intérieur duquel nous avons créé un groupe plus spécialisé, qui s’est ensuite étendu à l’ensemble de cet IMP. Les enfants pris en charge sont en très grande majorité français.

Comment avez-vous été sollicité par Sophie Robert ?

Elle m’a téléphoné en m’expliquant qu’elle avait eu mon nom par d’autres collègues. À partir de mon expérience dans l’institution, elle voulait m’interviewer pour un documentaire en plusieurs parties sur la psychanalyse, particulièrement pour une partie clinique qui évoquerait parmi d’autres questions l’autisme. Après un entretien préliminaire à Paris, elle m’a interviewé chez moi, à Bruxelles, dans mon cabinet, pendant trois heures environ, avec son assistant. L’entretien s’est passé sans difficultés a priori, c’est-à-dire n’a rien laissé paraître de ses intentions malveillantes.


Quand avez-vous découvert le résultat ?

Quand le film a été diffusé sur Internet. Elle m’avait dit, ainsi qu’à mes collègues, qu’elle préparait le film pour la télévision, qu’elle nous le montrerait avant, mais qu’elle n’était pas certaine d’avoir les contrats. Je n’ai rien vu venir dans les mois suivants et j’ai simplement pensé qu’elle n’avait pas eu ses contrats. Des collègues m’ont signalé que le film était visible sur le site d’Autistes sans frontières. C’est là que je l’ai découvert.

Selon Sophie Robert, elle ne s’était pas engagée à vous présenter le documentaire avant sa diffusion.

Je regrette ! Elle ne m’a pas remis d’écrit le stipulant, certes, mais elle me l’a dit : « Bien entendu, je vous le ferai voir dès qu’il sera prêt, avant sa diffusion, sans doute au premier trimestre 2012. » Je ne le lui avais d’ailleurs pas demandé.

Qu’avez-vous ressenti devant le film ?

J’ai trouvé ça scandaleux. Mes propos me sont tout de suite apparus profondément déformés. Au début du film, elle dit que les psychanalystes voient dans une mauvaise relation maternelle la cause de l’autisme. Et là, elle me donne la parole. Or je me souvenais très bien avoir précisé à plusieurs reprises dans l’interview que l’autisme n’est en rien causé par les parents. Après avoir consulté un avocat, j’ai saisi le tribunal de Lille avec mes collègues pour demander les rushes, ce que la justice nous a accordé. Sophie Robert a fait appel sur ce point, mais nous avons gagné. J’ai pu alors voir les rushes quelques jours avant la plaidoirie de notre avocat, le 8 décembre : on m’y entend tout à fait clairement dire que les parents ne sont pas la cause de l’autisme, qu’ils ne sont pas coupables, que ça n’est pas dû à eux, contrairement à la thèse du film qui dit que les psychanalystes culpabilisent les parents. À plusieurs reprises, Sophie Robert pose pourtant des questions en ce sens : « Est-ce que ça ne serait pas quand même un peu à cause de la mère ? Et dans l’utérus ? » Ça m’avait un peu surpris comme question. Elle avait essayé de me piéger pour retenir les propos les plus proches de ce qu’elle essayait de démontrer, alors que je disais explicitement le contraire. Je disais seulement qu’évidemment, si une mère est très dépressive pendant la grossesse, ça peut avoir des conséquences pour l’enfant, mais ce n’est pas automatique, ce n’est pas sûr, et cela ne produit pas nécessairement de l’autisme.

Au lieu de saisir la justice, pourquoi ne pas vous être contenté d’un débat public ou ne pas avoir demandé un droit de réponse, ou un encart exprimant votre désapprobation au début du documentaire, par exemple ?

Parce que l’affaire est vraiment très grave, et vise de façon très malveillante la psychanalyse et nous-mêmes. Elle nous accuse de culpabiliser les parents, alors que nous faisons le contraire. On ne peut laisser passer ça avec seulement une petite mise au point.

Pourquoi avez-vous porté plainte tous les trois, et pas les autres ? Certains ont-ils refusé ?

Nous sommes tous trois de l’École de la Cause freudienne, nous nous sommes concertés. Les autres ne souhaitaient visiblement pas porter plainte. Moi, je n’ai contacté personne d’autre.

Pourquoi avoir demandé 290 000 euros de dommages et intérêts, ce qui pouvait signifier la mort professionnelle de Sophie Robert ?

Il s’agissait très clairement d’obtenir l’arrêt de ce genre de manipulation. L’euro symbolique ne coûte pas grand-chose et aurait permis à Sophie Robert de refaire des opérations de ce genre. Nous voulions l’arrêter absolument.

Vous vouliez l’empêcher de réaliser d’autres documentaires ?

En utilisant mes propos de cette façon malveillante, bien sûr !

Mais n’est-ce pas gênant de demander à un juge de se prononcer sur un travail de montage ?

Pourquoi j’aurais dû trouver ça gênant ? C’est un droit de se défendre quand on est attaqué de façon si méchante.
_ Il est inhabituel qu’un juge se prononce sur le travail d’un journaliste, et dise qu’il aurait fallu monter le documentaire comme ceci ou comme cela…
_ Remarquez d’abord que Sophie Robert ne travaille pas comme journaliste mais qu’elle veut faire des documentaires. Ce qui est en cause n’est pas qu’elle ait bien ou mal fait son travail techniquement ou artistiquement, mais qu’elle déforme complètement mes propos et cherche à me faire dire par ses coupures et commentaires le contraire de ce que je pense et soutiens, et le contraire de ce que je lui ai explicitement dit.

Comprenez-vous que certains voient un acte de censure dans votre démarche et dans la décision de justice ?

La censure, c’est Sophie Robert qui l’a faite. Elle a censuré mes propos pour tenter de faire croire que j’ai dit le contraire. Ça, c’est une opération de censure, effectivement. C’est contre ça que je me suis battu.


Êtes-vous solidaire de toutes les déclarations des autres psychanalystes interviewés par Sophie Robert ?

Non, je ne suis certainement pas solidaire de tous les énoncés tels qu’on peut les entendre dans ce film. Mais sachant comment elle a déformé mes propos, je ne sais pas si ceux des autres ne sont pas profondément déformés eux aussi.

Pensez-vous néanmoins que certains propos, s’ils n’ont pas été montés de façon partisane, sont effectivement excessifs ?

Oui, ça me paraît assez clair. Mais je ne peux pas savoir s’ils n’ont pas été montés de façon partisane, en l’absence de leurs rushes. Et je peux même en douter franchement, sachant comment elle a fait son travail avec les nôtres.


Quelles sont les retombées de la polémique auprès de vos collègues sur votre lieu d’exercice, ou des familles de patients ?

Les familles ne m’en parlent pas. Mes collègues estiment qu’il s’agit en réalité d’un mouvement plus large qui vise à causer du tort à la psychanalyse, alors qu’elle s’est toujours située comme une possibilité de choix parmi d’autres pour ceux qui veulent entamer un travail pour résoudre des difficultés personnelles. Avec le rapport prochain de la Haute autorité de Santé ou le projet de loi du député Daniel Fasquelle pour interdire la prise en charge psychanalytique de l’autisme, nous voyons se dessiner une pente qui tend à imposer la méthode ABA. Cette volonté de réduire le choix pour les parents et les enfants me paraît scandaleuse.

Quand vous lisez les multiples témoignages de parents qui font part d’une souffrance sincère et souvent d’une grande colère à l’égard de la prise en charge psychanalytique de l’autisme, que ressentez-vous ?

Deux choses. Certains parents peuvent en effet avoir été profondément touchés par la difficulté du parcours de soins qu’ils ont traversé pour leur enfant, et n’ont peut-être pas trouvé l’aide qu’ils attendaient auprès des analystes auxquels ils se sont adressés. J’ignore bien sûr de quels analystes il s’agit. Je ne peux que trouver pénible leur souffrance et garder pour elle tout mon respect. Par ailleurs, il n’est pas exclu que certains parents soient manipulés. Car chez les parents que moi je rencontre, je n’entends rien de tel : ils n’attribuent pas leur souffrance à la psychanalyse, mais à l’autisme. La souffrance des parents mérite le respect… mais cela est vrai aussi quand ils choisissent la psychanalyse pour les aider.

Vous dites que certains parents peuvent être manipulés. Mais par qui ?

Certaines réactions me paraissent extrêmement excessives, spécialement des réactions de gens qui soutiennent la méthode ABA. Ces parents l’ont choisie et en sont peut-être contents. Mais l’excès de haine qui s’énonce par certains ne permet pas d’exclure qu’ils soient manipulés par des thérapeutes cognitivo-comportementaux pour éprouver une telle hostilité envers la psychanalyse.

Comment expliquez-vous qu’on trouve autant de témoignages de soutien à Sophie Robert, mais très peu de parents satisfaits que leurs enfants aient été pris en charge par des psychanalystes ?

À vrai dire nous n’avons jamais demandé aux parents de réagir. Beaucoup sont par exemple liés depuis des années à l’institution où je travaille, mais nous ne les avons jamais poussés à prendre position dans de tels débats. Ils ne s’expriment donc pas en faveur d’une thérapeutique particulière. Nous ne les manipulons pas. Ils sont cependant très satisfaits du travail fait, et ils nous l’écrivent parfois. Mais nous n’avons pas pour usage d’utiliser de cette manière leurs témoignages.

Avec du recul, n’avez-vous pas l’impression qu’en portant plainte vous avez fait de la publicité au documentaire, et marqué contre votre camp auprès de l’opinion ?

Je ne pense pas que nous ayons marqué contre notre camp. Il fallait porter plainte pour que les choses soient dites d’une façon extrêmement claire. On aurait pu se dire : « Ça passera, ce n’est pas si grave après tout… » Mais ce qui est dangereux, c’est la diffusion insidieuse, dans l’opinion, de telles choses. Ce n’est pas bon pour la psychanalyse, ni pour les gens en souffrance qui cherchent des solutions, car cela réduit leurs possibilités de choix. Je pense qu’il fallait absolument arrêter cela, au risque en effet de faire un peu de publicité au film. Mais je pense que son auteure se serait chargée de lui en faire autrement.

Sophie Robert a fait appel. Envisagez-vous que cette fois la justice puisse lui donner raison ?

Non, je ne l’envisage pas, à vrai dire. Les raisons pour lesquelles nous attaquons ne relèvent pas du tout de l’idéologie, mais visent à dénoncer une manipulation scandaleuse. Je pense que la justice continuera à le reconnaître. Je n’ai pas l’idée d’une causalité parentale, parce que la psychanalyse de Freud et de Lacan ne l’a pas. On cite souvent Bettelheim qui dit à l’occasion le contraire, mais on ne peut pas le réduire à ça, et en l’occurrence je ne suis pas d’accord du tout avec lui sur ce point. Parce que l’idée que les parents seraient coupables est fondamentalement une vieille idée de la psychologie classique : il y a un coupable. À partir de Freud, et plus nettement avec Lacan, il n’y a pas de coupable. La cause de l’autisme, c’est la réaction du sujet à on ne sait pas quoi. Le sujet se ferme, très tôt, à la naissance. C’est ce qu’on appelle un choix du sujet. Un insondable choix de l’être. Pour les parents, cette réaction de l’enfant n’est pas facile. Ils sont aussi meurtris que leur enfant. Les mettre en cause est à mon avis une grande faute.

L’expression de « choix du sujet » peut être interprétée comme désignant la responsabilité de l’enfant lui-même. Comme si le coupable, finalement, c’était lui ?
Je parle de choix du sujet pour faire entendre que l’autiste est un sujet, qu’il se trouve dans une certaine position. Mais la cause de l’autisme, quelle est-elle ? Que lui est-il arrivé ? Est-ce uniquement lui qui a réagi en se fermant au monde devant lui ? Je ne sais pas. Est-ce que c’est organique ? Je ne sais pas, jusqu’ici rien n’est confirmé, bien qu’on commence à trouver des choses depuis de nombreuses années. Même si c’est organique, ce choix concerne les réactions du jeune enfant devant ce qui lui arrive. C’est ce que j’appelle choix du sujet. Ça ne rend pas l’enfant coupable, mais ça signifie qu’il peut parler de son choix, qu’il peut essayer d’en changer dans l’axe de la parole.

Vous dites que l’origine neurologique n’a pas été absolument prouvée, mais si elle l’était, en prendriez-vous acte ?

Mais bien sûr. Je ne vois pas d’inconvénient à cela, parce que même si l’origine organique est prouvée, ces enfants ont des difficultés d’éducation, d’apprentissage, de communication, et surtout leur rapport aux autres leur apparaît parfois extrêmement étrange, difficile, compliqué. Ils ne s’en sortent pas. La dimension psychanalytique ne vise pas à modifier quelque chose d’organique, mais à permettre au sujet de réagir autrement à ce qui lui arrive. Que ce qui lui arrive soit organique ou reste indécidé, cela ne change rien au fait qu’il doive y trouver les bonnes réactions.

Vous ne vous opposez donc pas à ce que la prise en charge psychanalytique soit proposée en complément d’autres approches ? Ou bien la psychanalyse doit-elle constituer selon vous une approche exclusive ?

Nous sommes extrêmement attentifs à ce que les jeunes du Courtil puissent suivre un travail scolaire adapté, s’accrocher à certaines mesures éducatives. Ils ne sont pas en psychanalyse perpétuelle. Je ne dis pas non plus que tous les enfants autistes doivent nécessairement aller du côté de l’analyse. Je pense que c’est un choix à laisser aux parents et aussi à l’enfant, puisqu’il peut très bien, lorsqu’il n’est pas content, donner son avis en votant « avec ses pieds », si je puis dire, comme on disait des Allemands de l’Est quand ils sont partis à l’Ouest, c’est-à-dire en protestant en acte. Je suis donc très clair : je n’ai jamais été pour une approche exclusivement psychanalytique, ou l’idée que seuls les psychanalystes avaient quelque chose à faire contre l’autisme, bien au contraire. Mais il est scandaleux de vouloir ôter ce choix aux parents.

Autisme, Fasquelle – pour sortir de la défensive

Sur la proposition de loi Fasquelle pour interdire l’accompagnement psychanalytique des enfants autistes (et sur le projet d’avis HAS) :

Pour sortir de la défensive

Par François-R. Dupond Muzart


Le texte qui suit a été publié

– sur le Forum Œdipe le 15 février 2012 :

– puis dans « Lacan Quotidien » nº 158 du 17 février 2012

– et en même temps par l’ Association des psychologues freudiens sur son site

transfert de financements

Contrairement aux premiers mots de la proposition de loi Fasquelle, l’essentiel n’en est pas d’interdire la psychanalyse pour quoi que ce soit, et c’est une erreur de se montrer sur la défensive à ce propos ou de faire de la « pédagogie » lamentatoire. L’essentiel de la proposition de loi Fasquelle est de proposer le transfert de financements du budget maladie de la sécurité sociale (même si de quel budget il s’agit n’est pas précisé) sur, expressément, des activités d’« éducation » (et de communication et relatives au comportement… qui sont des objectifs de scolarité).

Il s’agit de siphonner le budget maladie de la sécurité sociale pour des activités qui relèvent du ministère de l’éducation, et du budget « dépendance » puisqu’il s’agit d’éducation spécifique pour des intéressés sujets à dépendance.

détournement du budget maladie de la sécurité sociale

Un tel pompage du budget maladie de la sécurité sociale est du vol, du détournement du budget maladie de la sécurité sociale, c’est-à-dire de nos cotisations « maladie », qui serait organisé par la loi, tout simplement.

Par conséquent, il faut être, pour cette raison même, pour l’expulsion immédiate de la psychiatrie et même de la médecine en général des enfants autistes en cette qualité, sauf s’agissant de la recherche, d’une part, et des cas extrêmes, d’autre part, tels ceux comportant des automutilations.

C’est ce que nombre de parents d’enfants autistes et leurs associations réclament, d’ailleurs. Parfait, c’est ce qu’il faut faire, pour s’assurer définitivement que pas un sou du régime maladie de la sécurité sociale n’aille à des activités d’éducation, y compris sous couvert de « comportementale ».

comment en est-on arrivé là ?

Mais par ailleurs, comment en est-on arrivé à cette haine de la psychanalyse à propos de l’autisme ?

On en est arrivé là en particulier par le détournement de la psychanalyse en préconisations d’éducation ou de non-éducation. Mais je me moque que la méthode ABA soit du « dressage ». Si les parents d’enfants autistes veulent du « dressage », eh bien qu’ils fassent du dressage. Car il est aberrant de prétendre que l’éducation en général ne comporte pas de dressage. La différence avec les vers de terre, c’est que l’éducation implique l’interaction émotionnelle avec l’éducateur, et l’échange par la parole lorsque l’enfant en devient capable. Mais même les chiens interagissent émotionnellement avec leurs « dresseurs », et communiquent avec eux, et en réalité il s’agit d’éducation, hormis cruauté de dénégation funeste par le « dresseur ». Mais bien entendu, les chiens n’ont qu’à faire ce qui leur plaît selon leurs désirs, selon certains psychanalystes. Dans ce cas, la cruauté est équivalente à celle du dresseur qui dénie la nature d’éducation même des chiens.

place de la santé mentale

Le problème, c’est que si la composante « dressage » est excessive, les parents se disqualifient émotionnellement envers leurs enfants : ce ne sont plus alors les enfants qui sont disqualifiés, ce sont les parents qui se retrouvent disqualifiés. C’est seulement là où la psychologie, la psychiatrie, la psychanalyse, peuvent (doivent) entrer en jeu, en faisant intervenir un tiers. Et là on est bien dans la « santé mentale ».

Mais en réalité, aucun dialogue n’est possible, puisque les promoteurs de la proposition Fasquelle ont montré leur vrai visage : celui de parasitisme du budget maladie de la sécurité sociale, pour des activités qu’eux-mêmes qualifient d’éducatives, y compris sous l’aspect « comportemental ». Il faut au contraire leur couper définitivement les fonds du budget maladie pour ces prétentions, et les renvoyer vers les budgets de l’État relatifs à l’éducation et à la dépendance, relevant des ministères concernés.

Nos cotisations « maladie » ne doivent pas servir à des activités d’éducation, y compris comportementale

Nos cotisations « maladie » ne doivent pas servir à des activités d’éducation, y compris comportementale ; nous devons le refuser. Nos cotisations « maladie » ne doivent servir à ce propos qu’à la prévention et la résolution des troubles de santé mentale que peuvent entraîner des méthodes intensives sur de jeunes enfants, et donc par là à faciliter le succès de ces méthodes et ainsi optimiser l’emploi par l’État des budgets de l’éducation et de la « dépendance » pour ce qui n’est que de l’éducation, y compris « comportementale », et de la réduction de la dépendance des intéressés.

Telle paraît être la véritable réponse à la proposition de loi Fasquelle.

À noter que

– Le texte ci-dessus est un extrait réécrit d’un commentaire plus détaillé, d’un autre style, sur le site du Collectif des 39 contre la Nuit sécuritaire .

On y trouve : L’on peut toujours exiger qu’un éducateur soit titré psychologue, ça ne fera toujours pas de l’éducation un soin psychologique. L’on peut toujours appâter la Sécurité sociale en faisant miroiter que l’éducation adaptée aux enfants autistes lui épargnera par la suite des coûts supérieurs, mais cela ne changera toujours pas la nature d’éducation en nature de soin médical. Il faudrait savoir : l’éducation est un principe, que l’on soit en bonne santé ou non, ou c’est un soin médical. Si c’est un principe, la Sécurité sociale n’a rien à y faire, sauf coordonner de véritables soignants avec les éducateurs, et éviter que quiconque se croie tout-puissant à cumuler les deux fonctions. M. Fasquelle propose de basculer une partie du budget de la sécurité sociale à l’éducation. Bon vent, fumiste à ce propos (par ailleurs professeur agrégé de droit… européen).

– Une suite plus “technique” est publiée sur le Forum Œdipe : pour « Réponse à un Professeur d’université lacanien », sa question : « D’un point de vue juridique, il me semble que la proposition de loi n’est guère recevable, car la rigueur juridique est-elle capable de cerner une notion aussi indéfinissable que celle de “pratique psychanalytique” ? ».

Autisme, un témoignage

Autisme, un témoignage


premier courriel

Il se trouve que Balat est très exactement le genre de professionnel de l’autisme contre lesquelles les associations de familles se battent !
non je ne peux signer cela. Et je pense qu’il est important que ceux qui le font lisent mon modeste témoignage.

[Image : Sans titre]

Balat est de ceux qui ont fait que la France a pris quarante ans de retard dans l’accompagnement des autistes et de leurs familles. Des gens inspirés par Balat m’ont demandé ce qui avait pu chez moi générer l’autisme de mon fils. J’étais déjà à terre. Accueillir un enfant différent se fait dans la douleur. Là, on m’a piétinée en me demandant comment j’avais causé cela. Je rappelle qu’Arthur a une anomalie génétique identifiée (microdélétion de shank 3 sur le chromosome 22).

J’ai refusé de leur laisser mon enfant dans une pataugeoire en attendant l’ “émergence du désir”. Nous avons choisi une éducation adaptée à son handicap, faite de supports visuels, de renforçateurs et d’Amour. De compréhension de sa manière d’appréhender notre monde.

Aujourd’hui, il est continent, il dit une trentaine de mots. Il reconnait les premières lettres de son prénom. Il est intégré dans sa classe. J’aurai du préférer l’asile psychiatrique, le poney club à vie ? car c’est ce qu’on nous proposerait.

Les gens qu’il est aujourd’hui question de défendre dans cette pétition préconisent aujourd’hui le packing, c’est-à-dire l’enveloppement des enfants nus dans des draps humides, réfrigérés à 8 degrés pour calmer les autistes. Nous sommes le seul pays au monde à pratiquer un acte sans le consentement de celui qui le subit. Je refuse le packing pour mon fils. Jamais un de ces thérapeutes ne s’approchera de mon fils. Jamais ! vous savez quoi ? tout ça parce que je suis une mère narcissique.

L’autisme est un trouble neuro-développemental et non une maladie mentale. Pas une psychose infantile, pas une dysharmonie évolutive, pas une dysfonctionnement de la relation mère-enfant mais un handicap neurologique. Le monde entier le dit, la génétique et l’imagerie le prouvent. Rien à ce jour n’a fait la preuve de l’existence de l’inconscient du moi du surmoi, du transfert, ou de ce genre de chose.

La psychanalyse est à la science ce que l’astrologie est à l’astronomie. Le monde scientifique international dénonce la France. Elle a été condamnée par le Conseil de l’Europe. Des députés dénoncent très très bien.

Or, aujourd’hui, les professionnels français sont toujours d’obédience freudo lacano machin, approche qui n’a pas fait ses preuves. Loin sans faut. Ils font des procès à ceux qui osent leur reprocher leur pratique. Ils gardent leur bisness. Les autistes et les familles souffrent et eux continuent à les tenir en otage.

deuxième courriel

J’ai répondu tout à l’heure dans l’émotion vive. Tu sais que l’autisme est quelque chose qui me touche bien au delà du raisonnable et du rationnel. Je n’aime pas écrire sans me relire et je t’ai envoyé un texte peu construit, je tiens donc à t’exposer, sans colère, ce qui me choque dans cet appel, et dans la victimisation des psychanalystes.

Pour qui ne connait pas bien la question, cet appel est très œcuménique. “Cessons-là nos querelles stupides, et attelons nous au vrai problème : les vrais moyens.” Ben voyons ! ça en France, ça marche toujours. Mais le problème est tout autre, les familles demandent aujourd’hui que les fonds dédiés à l’autisme soient affectés différemment et qu’on leur offre un choix entre deux formes de prise en charge des personnes autistes, enfant, mais aussi adulte.

monsieur Balat et ses amis ne souhaitent pas être privés de leur gagne pain. Parce qu’en cette année de cause nationale, ceux à qui on confie dans les conditions déplorables que l’on sait, les autistes veulent qu’on travaille tous dans un même sens ?

C’est impossible car nous n’avons pas la même définition de l’autisme. Dysfonctionnement de la relation à l’autre ou souci dans le cortex frontal qui engendrent des troubles de la perception ? je n’adhère pas à leur approche, et je veux qu’on m’accorde ce droit élémentaire. Ils ne peuvent travailler avec les familles car les mères sont toujours pathogènes. Ils s’en défendent aujourd’hui, mais ils ont dit les pires choses aux mamans, ont séparé des familles. Que sur le terrain, ils continuent à bousiller les gens.

je ne lutte pas contre les approches psychanalytiques. Je n’y adhère pas, mais je m’en fous, dès lors que ce n’est pas pris en charge par la sécurité sociale. Si je suis en colère, c’est parce que depuis trente ans, les familles n’ont pas d’autre choix si elles n’ont pas d’argent. Mais pire encore, depuis trente ans, ils s’évertuent à discréditer les prises en charge éducative comportementale et cognitive en les caricaturant.

Actuellement, d’autres grands professionnels, neurologues, généticiens, dénoncent la supercherie. Une proposition de loi a été déposée pour proposer que l’approche psychanalytique soit déclarée inefficace. Ces signataires vont se battre jusqu’au bout. pour ma part, je suis très en colère quand je pense aux saccages qu’ont fait ces gens là. Là où leur suffisance les à mener. Ils méritent vraiment le sort de Servier. À l’inverse, je signe des pétitions pour soutenir les gens qui font des films pour prouver la supercherie.

Voila. Ça me tient très très à cœur, et je voulais m’en expliquer.

troisième courriel

Je sais très bien que tu entends mon point de vue, mais je voudrais que tu ne te méprennes pas sur ma colère.

Pour conclure cette discussion, je tiens juste à te dire que oui, des soignants s’investissent en toute bonne foi dans l’autisme, mais que l’enfer est pavé de bonnes intention. Je suis dans la colère effectivement, mais cette colère n’est pas liée qu’à la douleur. Parce que j’ai beaucoup lu, parce que j’ai suivi beaucoup de formations, je connais aujourd’hui mieux le handicap de mon fils que beaucoup de ceux qui prétendent accompagner les autistes. Et je suis surtout très en colère parce que les enfants et les adultes comme lui ne sont pas bien traités dans ce pays.

Les familles doivent pouvoir choisir ce qui est bon pour la personne avec autisme. Ce n’est pas aux soignants de choisir pour elles. Et les familles ne veulent plus des soins d’inspiration psychanalytique qui n’ont jamais apporté le moindre résultat. Elles veulent une éducation adaptée pour leurs enfants. Parce qu’ils le valent bien.

C’est un vrai combat que les familles mènent aujourd’hui contre l’approche psychanalytique de l’autisme. Il n’est pas inspiré seulement par la douleur ou la souffrance, mais par le fait que le monde entier offre des solutions adaptées, qui fonctionnent, et que les psyKk ont pris en otage la santé mentale depuis plus de quarante ans, sans apporter aucun résultat.

Je souhaiterais vraiment que tu lises ces deux textes. je connais personnellement les deux personnes qui les signent.

premier texte (page actuellement inexistante)

second texte.

Magali, qui est elle même autiste asperger et qui a été diagnostiquée à l’âge adulte, est la maman d’un enfant de l’âge d’Arthur.

Je sais que tu fais cela en toute bonne foi, et que c’est l’humain qui t’importe. Mais quid de l’humain quand le travail n’est pas fait en toute honnêteté et au mépris des avancées scientifiques ? quand on travaille avec la personne handicapée sans collaboration avec ses parents ?

Si ton petit fils venait à perdre la vue pour une raison génétique ou neurologique quelconque, accepteras-tu qu’on te dise qu’il est urgent d’attendre qu’émerge chez lui l’envie de voir en le laissant dans un hôpital avec tout plein de gentils soignants qui sont très gentils ? Qu’il ne faut surtout pas qu’il aille à l’école et qu’on lui apprenne à lire le braille ? et qu’il faut que sa mère cherche à quel moment elle a été défaillante ? c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. parce qu’on refuse de diagnostiquer les autistes – âge moyen du diagnostic en France 6 ans, âge moyen du diagnostic en suède 16 mois ! – et de leur offrir une prise en charge adaptée.

Voir également

-* L’Autisme et la querelle des classifications nosographiques [février 2012] par Patrick Landman, précédé de “Patrick Landman : au DSM mal conçu opposons l’alternative de notre CFTMEA”, par Philippe Grauer
-* J’ai un enfant autiste, j’envisage de m’exiler [29 février 2012] par Magali Pignard
-* Pétition internationale pour l’abord clinique de l’autisme par le CLIPS (mouvance Cause freudienne) [24 février 2012]
-* Autisme, la psychanalyse (enfin) contrainte à évoluer [22 février 2012] par Serge Tisseron in Libération prédé de “Et si que la psychanalyse jouait l’ouverture ?” par Philippe Grauer
-* Ni rituel psychanalytique ni réductionnisme génétique ! Les malades méritent mieux [22 février 2012] par un Collectif
-* Autisme : c’est la psychiatrie qu’on attaque. Défendre la psychothérapie institutionnelle [22 février 2012] par Jean-François Rey
-* APPEL A UNE PLATE FORME CONSENSUELLE POUR L’ANNÉE DE L’AUTISME 2012 [21 février 2012]
-* Packing – convoqué par l’Ordre le Pr. Delion s’explique [18 février 2012] entretien Quotidien du médecin, conduit par David Bilhaut, précédé de “Pour une démarche intégrative humaniste, contre la guerre des emmurés” par Philippe Grauer
-* Alain Vanier écrit à la HAS [16 février 2012]
-* autour des enfants autistes, une bataille de bac à sable [14 février] par Laure Daussy
-* autisme – guerre ouverte contre la psychanalyse [17 février] par Catherine Vincent – Le Monde 17 février
-* autisme – quel jugement pour quelle cause ? [16 février] précédé de “Conviction peu convaincante” par Philippe Grauer
-* autisme – la HAS prend position [14 février] par AFP/PHILIPPE HUGUEN, précédé de Psychanalyse, récifs en vue, par Philippe Grauer
-* Autisme dans Libé [13 février] par ERIC FAVEREAU, précédé de “Pour une démarche intégrative“, par Philippe Grauer.
-* Autisme– les psychologues freudiens entrent dans l’arène [6 février] par InterCoPsychos N° N°327
-* Autisme – à propos du packing [6 février] par Pierre Delion
-* Autisme : Delion, packing, inquiétante comparution [6 février] par sans auteur
-* Autisme : Guy Baillon écrit au Conseil de l’Ordre [6 février] par Docteur Guy Baillon, Psychiatre des hôpitaux
-* Les batailles de l’autisme : hier et aujourd’hui [6 février] par Jacques Hochmann, précédé de “Y voir clair dans la question de l’autisme” par Philippe Grauer
-* Psychanalystes, encore un effort pour ne pas délirer sur l’autisme ni adhérer aux positions d’Edwige Antier [6 février] par Michel Rotfus, précédé de “À droite, droite !” par Philippe Grauer
-* psychanalyse et autisme : la polémique [31 janvier] par Élisabeth Roudinesco – précédée de “Résister à la bêtise de l’autre démultipliée par la sienne propre”, par Philippe Grauer
-* Autisme : la psychanalyse en procès [30 janvier]
-* autisme – appel à soutien à Pierre Delion et David Cohen [29 janvier] précédé de “Ne pas jeter l’enfant avec l’eau du soin humide”, par Philippe Grauer
-* autisme packing – Lettre ouverte des 39 par Collectif des 39 [27 janvier 2012]
-* Autisme – dossier [22 janvier]
-* Autisme – une maladie grave aux multiples visages [17 janvier] par Élisabeth Roudinesco
-* Autisme : dogmatismes en duel au tribunal de Lille [Décembre 2011] par Stéphanie Maurice
-* Autisme : les emmurés de l’indicible [Novembre 2010] par Élisabeth Roudinesco chronique Henri Rey-Flaud
-* Autisme : Les enfants de l’indicible peur [Octobre 2010]
-* L’autisme au cœur de l’humain. Approche psychanalytique [Octobre 2010]
-* Autisme — halte à la désinformation ! [Mai 2009] par Caroline Eliacheff. Précédé de “Pas l’un ou l’autre mais l’un & l’autre” par Philippe Grauer
-* Autisme — lettre ouverte aux parents d’autistes, à leurs éducateurs et soignants [Avril 2009] par Pierre DELION — introduction de Philippe Grauer
-* Autisme à nouveau [Octobre 2008] par Par Isabelle Fauvel , du Collectif InterCoPsychos de Saint-Malo, avant-propos de Philippe Grauer
-* Henri Rey-Flaud expose avec clarté les théories, approches et hypothèses sur l’énigme de l’autisme [Mai 2008] par Élisabeth Roudinesco, suivi de 8 commentaires.
-* Autisme et impasses de la médecine chroniqués au Monde des livres [Avril 2008] par Élisabeth Roudinesco, avant-propos de Philippe Grauer
-* Sandrine Bonnaire témoigne [Janvier 2008] par Éric Favereau — précédé de “Sandrine Bonnaire sans haine dit la souffrance” par Philippe Grauer
-* Sandrine Bonnaire, sa sœur, l’HP ordinaire. [Janvier 2008] par Libération