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3 octobre 2012

Neurosciences et psychothérapie par Michel Delbrouck – précédé par « Le diable et le bon dieu » par Philippe Grauer

LE DIABLE ET LE BON DIEU

par Philippe Grauer

Intégratif angélique

Pour Michel Delbrouck tout baigne, « pas d’opposition entre les diverses conceptions », les divers modèles auxquels peut recourir le psychothérapeute intégratif, qui passe de l’un à l’autre en les échelonnant en niveaux complémentaires. Heureux homme du Mieux être, réussissant avec un sourire élastique la synthèse d’un « portail des professionnels de la psychothérapie, du développement personnel et des techniques complémentaires de santé. »

l’hétérogène pourrait gêner

Il est vrai que nos modèles et théories présentent des aspects complémentaires qui peuvent réjouir le cœur du praticien soucieux d’ouverture. Le modèle lisse qu’on nous propose ici permettant un passage fluide entre un modèle et son opposé, voir son contradictoire, enchante. Évanouis les antagonismes. L’ennui c’est le désenchantement, bien connu des philosophes depuis l’annonce fracassante de la mort de Dieu. Le multiple ne se déploie pas dans une harmonie digne de Leibniz. Nous vivons dans un siècle éclaté et la psychothérapie relationnelle est moins angélique que certains aimeraient le souhaiter. L’hétérogène ça existe, ça insiste et ça résiste, avec des lignes de continuité aux frontières. Existe-t-il un passeport européen pour circuler entre ces territoires différents, parfois irréductibles ? où de toute façon s’arrête cette « Europe » de rêve ? quel globish y parlera-t-on ?

ne pas confondre parapluies et parasols

Une première indication. Le site annonciateur de la bonne parole du Dr. Debrouck conjoint tranquillement psychothérapie et développement personnel, le domaine qui s’occupe de la souffrance et celui responsable du bien-être. Une telle innocente confusion abolit gentiment la limite légitimant et distinguant le psychothérapique de l’hédonisme. Les dispensateurs de bonheur ont bien le droit d’exister, mais pas sous le parapluie de notre discipline. Gare à la désorientation.

multiréférentiel diabolique

Notre concept de multiréférentialité réveille de cette somnolence de la vigilance théorique et clinique. L’angélisme du bon Dr. Delbrouck s’y voit appareillé à un diabolisme qui réintroduit la dimension critique. Le complexe n’est pas simplifiable et un peu de juste disputatio réveille. Qu’elle soit conduite dans la modération ne doit pas en émousser le tranchant. Le conflit théorique dénié voire oblitéré (dénégation ou déni), comment serait conduite une telle psychothérapie gentiment unifiée, où tous les systèmes marchent la main dans la main, au mieux du confort d’un praticien somnambule ?

géométrie de caoutchouc

De plus, le programme en sept niveaux qu’on nous propose est inengageable dans un cursus : trop c’est trop. Trois matières de base, déterminer lesquelles, le reste en sous-dominantes avec options, au total pas plus de cinq maxi, en 2000 heures. Et encore l’auteur a-t-il oublié la systémique (par contre avec Baudoin on touche en prime à la spiritualité, non cataloguée officiellement) ! Si l’on fait tout c’est du saupoudrage, rien de consistant ne saurait en résulter. Évidemment, si tout se joncte bord à bord, un peu de tout suffira. Mais ça n’est pas le cas et un peu de tout équivaut à beaucoup de rien. Vous me direz, l’essentiel de l’univers c’est du vide, oui mais comme on dit en gestalt un vide fertile. La posture méthodologique et clinique est rapidement irréductible entre pour ne prendre qu’un exemple psychanalyse et psychologie analytique jungienne. Comment aborder un rêve ? en restant à la surface des choses comme dirait La Palice on ne va pas au fond, mais quand c’est du fond qu’il s’agit ? D’ailleurs Charles Delbrouck se réfère à Charles Baudoin, une variété particulière de la doctrine jungienne, rien que ça déjà pose problème. Et que dire du hiatus gestalt psychanalyse ? même chose avec l’analyse bioénergétique. Certes un espace intégratif est envisageable avec cette dernière mais ça n’est pas gagné d’avance. Et tout procède ainsi. Faute de quoi on quitte le socle de l’intégratif pour entrer dans l’improbable indifférence de la compatibilité universelle de l’éclectisme, rejoignant sans le dire ni le savoir l’univers anomique d’une géométrie de caoutchouc dont parle une pièce qu’on peut voir avec grand plaisir actuellement à Paris.

au risque de l’autre

Un coup vertébré un coup pieuvre un coup insecte, avec Ovide on pouvait passer d’un forme à l’autre sans problème. Merveilleux monde antique ignorant de Darwin (quoique Aristote). Nous livrons ce texte à votre réflexion. Comment apprendre une discipline au risque de l’autre ? Ne craignez pas de mettre à la lecture de ce qui va suivre un peu du sel de l’agressivité de la pensée critique. La polémique peut aider chaque partie à progresser. C’est dans cet esprit que nous l’entendons en tout cas. Chacun pourrait y gagner en santé et acuité.


par Michel Delbrouck – précédé par « Le diable et le bon dieu » par Philippe Grauer

NEUROSCIENCES ET PSYCHOTHÉRAPIE

par le Dr. Michel Delbrouck

Les neurosciences ouvrent de nouvelles pistes thérapeutiques.
Comment un psychothérapeute peut-il les utiliser ?
Analogie, complémentarité et congruence possible entre d’une part les neurosciences et d’autre part la psychanalyse freudienne, la psychanalyse de la relation d’objet, la théorie de l’attachement, la psychiatrie infantile et la gestalt.
Cet article vient en illustration du colloque Neurosciences & Psychothérapie (1) qui se déroulera le 11 octobre prochain à Bruxelles (Voir info).

Il y a une quinzaine d’années, prévalait un scientisme opposé à la conception psychanalytique, qui voulait expliquer tout le psychisme à partir de la chimie du cerveau et des neurotransmetteurs. Aujourd’hui, il y a un consensus, au moins parmi les personnes éclairées, pour reconnaître que l’être humain est un objet complexe, constitué au moins autant par son milieu culturel et langagier, par son environnement social et familial, que par son substrat organique.

coopération entre plusieurs niveaux

Cette position suscite de nouvelles questions épistémologiques. Faudrait-il créer une nouvelle discipline comme la neuropsychanalyse qui pourrait prendre à son compte le double éclairage ? Ou a contrario, une coopération entre plusieurs niveaux et domaines de recherche et de thérapeutique ne serait-elle pas plus appropriée ou chacun et chacune garderait ses spécificités et ses compétences propres tout en apprenant à collaborer et à s’intéresser aux découvertes et à la pensée de l’autre. Car, il persiste un danger de dilution à vouloir tout amalgamer.

Que recouvre le terme de neurosciences ?

ll représente le vaste ensemble des disciplines scientifiques étudiant le système nerveux. Si nous abordons la question de l’ontogenèse psychique de l’être humain, nous pouvons affirmer que la naissance physique et la naissance psychique ne sont pas indépendantes mais ne sont pas non plus superposables. Par ailleurs, il semblerait y avoir beaucoup plus de continuité entre la vie intra-utérine et la toute petite enfance que la coupure de la naissance ne le laisserait supposer.

Les conceptions des théories psychanalytiques classiques, des théories des relations d’objet, de la théorie de l’attachement et l’apport des neurosciences ne s’opposent en aucune façon.

Il existe une progression conjointe de l’enfant à travers ces différents angles de lecture de la même réalité, l’enfant être humain qui devient peu à peu adulte et entame au fil de sa vie, la poursuite de son développement physique et psychique.

Le « nourrisson clinique des psychanalystes » nous dit Daniel Stern, doit être distingué du « nourrisson de l’observation des pédiatres et des psychiatres infantiles. » lire la suite en cliquant ici même.

Michel Delbrouck est médecin, psychothérapeute à orientation psychanalytique, gestalt-thérapeute, formateur et enseignant de la psychopathologie, superviseur. Il est aussi vice-président de la Société balint belge et de la Société belge de gestalt, membre associé de l’Institut international de psychanalyse et de psychothérapie Charles Beaudouin (Genève), membre de la Commission d’éthique de l’Association belge de psychothérapie.
Auteur de Le burn-out du soignant et de Psychopathologie, manuel à l’usage du médecin et du psychothérapeute, Ed De Boeck.
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