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Glossairede la psychothérapie

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spiritualité

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– Daniel Ramirez, PENSER LE TAO, un petit détour par la Chine antique

Quand Alexander Lowen parle de la grâce comme le mouvement juste et libre du bébé ou, récupéré, du danseur, on repère que le langage du corps reprend à son compte un lexique théologique. Ce qui fait qu’un imbécile à qui je ne ferai pas l’honneur de le nommer s’est cru autorisé à s’ériger en dénonciateur de l’analyse bioénergétique comme secte puisque spiritualiste. Bergson aurait apprécié. Les repères entre spiritualité, religion, pratiques méditatives, transe, hypnose ont besoin de se trouver strictement définis et les limites nettement marquées pour éviter tout dérapage en ces glissants terrains. Nous entamons ici cette nécessaire élaboration.

Comte-Sponville(1) distingue entre (la mise en termes est de nous) :

penser l’infini (métaphysique) / expériencier l’infini (mystique)

« Nous sommes des êtres finis ouverts sur l’infini … des êtres relatifs ouverts sur l’absolu. Cette ouverture c’est l’esprit même. La métaphysique consiste à le penser ; la spiritualité à l’expérimenter, à l’exercer, à la vivre. » Il poursuit que la spiritualité contient la religion mais non l’inverse. Que notre finitude nous invite à penser l’infini et à nous situer par rapport à lui, sans nécessité de sa transcendance ou personnalisation en Dieu. Puis il en définit les termes :

absolu = Tout

Si absolu égale ce qui existe indépendamment de toute condition, de toute relation (!) et de tout point de vue, on peut l’appeler le Tout avec majuscule pour signifier que c’est le tout total de chez Total, to pan (Épicure), summa summarum (Lucrèce), Nature (Spinoza), phusis (le cosmos désigne le monde organisé par le logos). Il aborde ensuite la question de l’exercice mystique.

le mystique goûte à l’être

La métaphysique pense l’être (il y a quelque chose et non rien), nous sommes dans le domaine de la philosophie, de l’éthique, de la sagesse. Le mystique dans son expérience spiritualiste éprouve psychocorporellement, expériencie l’être (et par là échappe à la religion, qui se méfie à juste titre de lui). La pratique mystique consiste à savourer le goût d’être et/ou de l’être. Entraînement intensif obligatoire, ascèse, état modifié de conscience, extase, sentiment d’appartenance à l’univers, co-présence moi monde, relation aux choses, pratique de la poésie.

éprouver d’être soi au monde

Expériencier renvoie à s’éprouver en situation c’est-à-dire sentir-penser sa relation au réel, la deviner (intuition, acuité perceptive des qualités sensibles de la situation conjointes à un éveil de l’intelligence créatrice) un pas de plus que comprendre, articuler comprendre et éprouver – à la limite de l’ineffable (d’où le passage au poétique). C’est le moment de l’invention de la vérité. Pour y parvenir mieux vaut être en effet en état de grâce (de liberté juste. On peut entendre ce terme philosophiquement sans devoir par là recourir à de la pensée religieuse), dans un moment rare de liberté rationnelle, éthique et esthétique, de contemplation, au nœud de la vérité et du sujet à l’instant où il s’en pénètre et étonne (pensée affectée) intensément. Cela n’arrive pas sur commande mais surgit. De telles expériences bouleversent et fertilisent(2). Voir à ce sujet Jean-Pierre Lalloz (site consulté le 3 janvier 2013).

religion souvent mais pas toujours

Attention, variante religieuse avec Christiane Singer. « Nous sommes des reflets de la divinité. Qu’est-ce que j’ai laissé passer à travers moi, après avoir écarté mes « qualités » pour que passe quelque chose de plus grand que nous, ce par quoi ma vie a livré passage voilà ce qui en fait le prix.

Les grandes religions écartent l’émerveillement la rencontre avec ce qui habite tout. Les séismes salvateurs de l’expérience mystique. La différence entre les expériences de l’instant et le vrai toucher. Ré-entrer dans la braise de l’expérience du moment. Sensation d’infini toujours (ewig, ewig, ewig) de commencement en commencement, ce saisissement de l’instant. »

L’autrice, remarquable dans sa spécialité, dans ce début d’interview émet de façon exemplaire deux messages en un. Elle prône « l’émerveillement de la rencontre avec ce qui habite tout » : l’être, voici la mystique (a-religieuse). Qui arrive quatre lignes après ceci : « Nous sommes les reflets de la divinité. » Emballé c’est pesé, mal posé mal pesé. Mystification, dans les paquets de mystique nous découvrons des kilos d’héroïne divine. Difficile à disjoindre ! par bonheur les deux poudres, également blanches, n’ont pas le même goût.

se laisser ravir

Le mélange est parfois agréable, quand on ne sait plus où on en est et que l’injonction sonne juste :« Qu’est-ce que je pourrais faire encore pour aider ce monde comme il va ? » En effet, Christiane Singer, grande âme quiétiste, peut nous ravir, là n’est pas la question. La question est, fonder la spiritualité sur la divinité est-il nécessaire à l’exercice spirituel (tiens, Loyola ! on ne s’en sortira donc jamais ?) ?

immortalité de l’âme

En tout cas pas avec Michel Fromaget ! Encore un qui s’en prend à Descartes (avec qui s’inaugurent les Lumières) et à son paradigme bassement dualiste(3). Ah ! L’erreur de Descartes ! C’est que Fromaget nourrit l’ambitieux projet de réformer l’anthropologie en replaçant au cœur des sciences humaines une « compréhension ternaire de l’homme complet, » qui nous libère de l’anthropologie dualiste pensée-matière qui nous a dépossédés de notre âme. L’acceptation de cette anthropologie en 3 D nous dit Thierry Jolif qui présente cet auteur conduit ipso facto à reconsidérer l’immortalité de l’âme, une immortalité à double entrée tout de même, pas n’importe quoi. Pourquoi pas, mais pourquoi tout aussi bien ? Fromaget dans Naître et mourir nous invite à pratiquer « l’ascension épistémologique nécessaire au retour de l’âme vers l’Esprit ?« , et à muer notre mort en naissance selon l’antique scénario. Tudieu ! on devrait pouvoir se livrer à la spiritualité sans devoir emprunter cet ascenseur.

religion

Nous reviendrons sur cette entrée, que nous posons là en attendant. Il importe de distinguer la mystique de la religion nous venons de l’aborder. Il faudra aussi distinguer religion et religion – à base i ou à base e ?

relier

Benveniste dans un article célèbre relègue l’étymologie classique religio > religare : relier, au rayon des fausses étymologies. Dans ce système étymologique ancien ce qui relie, tout lien supposément religieux à la base de toute société la rendrait religieuse par principe. Va comme un gant à « l’Europe chrétienne » comme à l’islam, communautés de croyants (en Dieu, verticalité) reliés par là entre eux (à l’horizontale) Les reliés de cette première étymologie sont en communion avec l’au-delà – foi – et entre eux.

relire

Le célèbre linguiste établit que religio vient bien plutôt de relegere, relire, recueillir (un texte, constituer un recueil). Ce qu’on recueille et conserve par transmission c’est un enseignement (Thora), un savoir (Veda), une récitation (Coran), une loi (Dharma), des paroles qui prescrivent (Décalogue). Le lien se tisse alors du passé au présent se fait transmission. Le mot clé sera fidélité, au passé compris comme civilisation. Cette religion-là est laïcisable. Nous y reviendrons.

un univers autorisant des témoins

Une position matérialiste peut soutenir que nous existons dans un univers qui permet (vraisemblablement en de nombreux lieux) l’évolution et la survenue d’êtres vivants, puis dotés de systèmes nerveux leur conférant la capacité d’apprécier les qualités sensibles de l’environnement par rapport à leurs intérêts vitaux (le système émotionnel, la plus grande invention de la nature dit Plutchik, depuis l’ADN), puis de conscience puis de conscience de conscience, ce qui en fait des témoins et sujets acteurs. Ensuite viennent la loi, la morale et la sagesse, cela porte un très beau nom femme Narcès, cela s’appelle la civilisation. Encore elle.

Si l’on interroge la mystique, la pratique de la relation à l’être, on arrive à la méditation, de là on va tout droit à la transe (puis à la danse puis à la transe en danse comme le remarque Prévert), au psychocorporel : penser à travers sentir et rêver et réciproquement.

méditation

La pratique de la méditation fut certainement historiquement parlant mêlée, comme nous le montre Ellenberger, aux toutes premières pratiques à la fois médicales, religieuses et spirituelles. Souvent accompagnées d’ingestion initiatiques (plutôt collectives) de produits psychotropes parfois psychotiseurs dans le cadre de protocoles sévères sous la bonne garde et ferme conduite d’un ou plusieurs spécialistes. On comprend tout de suite où résident et en quoi consistent les racines de notre psychothérapie en particulier relationnelle et de la psychanalyse. On saisit à quoi la méditation pour donner naissance à la psychothérapie a eu à emprunter, comme, grâce à l’action des Lumières, de quoi elle eut à se dégager pour se laïciser. Toujours la préoccupation laïque – toujours les Lumières.

Psychothérapie transpersonnelle : psy & spi

Les limites souvent floues entre spiritualité et religion se doublent d’une frontière poreuse entre psychothérapie et spiritualité. De grands noms s’y trouvent mêlés, Jung, Assagioli, Maslow, et la ligne pourrait s’allonger jusqu’à constituer un §. Le débat reste passionné, les enjeux épistémologiques et méthodologiques sont importants. À l’horizon le sulfureux angélique New Age, que des mal informés confondent avec le Développement personnel puis ce dernier avec la psychothérapie, on regarde d’où on part on s’éberlue de voir où c’est capable d’arriver. En tout cas tout ouvrage sur la question nécessite position critique soin et vigilance intellectuelle.

En attendant que nous ayons complété cette entrée on pourra consulter
– BLIN Bernadette, CHAVAS Brigitte. Manuel de psychothérapie transpersonnelle, Préface de Stanislas GROF. Paris, Interédition, 2011, 321 p.-
– Alain Houziaux, Jacqueline Costa-Lascoux, Ivan Levaï, Paul Lombard, Existe-t-il une spiritualité sans Dieu ? (site référencé le 3 janvier 2013).

méditation bis

De nos jours certains psychiatres tout tondus tout gentils tout gourous proposent aux psychotiques des pratiques méditatives comme supplément d’âme à des méthodes qui en manquent plutôt. Détournement ou retournement ? Nous avons apporté notre sensibilité à ce genre de pratique il y a une quarantaine d’années, ça a permis de tenter de nous discréditer en nous confondant avec des sectateurs du New Age, et maintenant les mêmes se muent en sages méditateurs. La seule méditation autorisée serait-elle dorénavant psychiatrique ? Toujours la question de la technique. Entre les mains de qui et pour servir à quoi ?


Entrée créée fin décembre-3 janvier 2013 – modifié le ……
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