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19 juillet 2012

Pour le packing. In Memoriam. Par Alain Gillis

Une agression intégriste contre le psychocorporel


par Philippe Grauer

Le packing, méthode d’enveloppement humide (1), n’est pas interdit en soi. Alain Gillis rend compte de son bon usage à l’hôpital avec les autistes, dans un cadre sérieusement tenu et préparé. Les psychopraticiens relationnels en libéral formés au psychocorporel peuvent y recourir quand les bonnes conditions sont réunies. C’est comme pour tout, il faut savoir y faire, discerner les indications, travailler avec la finesse nécessaire, bref, bien savoir son métier, et être encadré par une institution historique représentative. La moindre des choses, c’est même pour cela que nous protégeons le titre de psychopraticien relationnel®.

L’entreprise de propagande idéologique d’un autre âge – malheureusement le style rétro semble convenir à certains cognitivistes enragés – contre la psychiatrie psychanalytique notamment dans le traitement de l’autisme, a élu le packing, technique psychocorporelle donc ne relevant pas de la psychanalyse notons-le, comme mauvais objet absolu, l’assimilant à des séances de torture.

torture ?

Il est constant que la psychiatrie peut s’apparenter à l’occasion à de la torture, soit dans le fantasme, soit hélas dans la réalité. On peut estimer démagogique de la part de tenants de méthodes elles-mêmes musclées de mobiliser une telle réthorique, visant à produire un effet. On peut prendre la liberté de penser qu’un sain débat scientifique vaut toujours mieux que des discours enflammés, et qu’à l’Inquisition mieux vaut substituer la démarche d’enquête.

Tant pour les professionnels que pour l’opinion on peut préférer recourir aux sources et témoignages sûrs plutôt qu’aux manipulations affectives pour se faire une opinion sur la question du packing, inopinément exposé aux feux de projecteurs dont la couleur du parti-pris fausse le véritable aspect.

témoignage d’un praticien

Alain Gillis propose le témoignage d’un praticien du packing en hôpital. Le maintien ferme, cette désignation nous paraît préférable, c’est comme tout ça s’apprend. Les psychocorporéistes entraînés y recourent parfois sans drap ni mouillure, selon la capacité physique de maintien du ou des praticiens, et leur capacité à maintenir sans jamais blesser, tout en restant en relation positive permanente avec la personne qui se débat, ceux qui connaissent l’aïkido peuvent s’en faire une idée. Cela n’est pas toujours facile avec certains autistes capables par exemple inopinément de vous mordre cruellement, et cela explique la méthodologie plus complexe de l’enveloppement humide. Dans tous les cas, cela mobilise plus de soi, plus d’attention humaine soutenue, et soutenante, que de vous enfermer seul dans une chambre de confinement, et pourquoi pas de vous attacher. Petit détail, cela coûte plus cher au départ.

On peut utiliser l’eau, cela se fait depuis la plus haute antiquité, et se montrer bénéfique – toujours dans un cadre de relation humaine soutenue soutenante. Enfin le drap qu’on va mouiller présente l’avantage de vous gainer, et faire sentir contenu de partout, avec effet thermique bénéfique, ce qui enfin contient et rassure. Exécuté à la barbare ce serait du mauvais traitement, aux deux sens du terme, mais un praticien expérimenté – en fait un petit groupe car cela se fait à plusieurs, ça n’a rien à voir avec les équipes des commissariats de Assad !

l’intérêt du psychocorporel

L’intérêt de cette méthode, puisque à présent la voici désignée à l’attention du public, c’est tout l’intérêt du psychocorporel. À certains moments, le langage seul ne sert à rien, et la psychanalyse, seule méthode psychique connue à l’hôpital qui, avec l’université, ignore les immenses acquis de la psychologie humaniste et à présent de la psychothérapie relationnelle – quel dommage ! a trouvé dans le maintien ferme un complément et une source d’inspiration clinique, méthodologique et théorique de grande valeur. Voyez ce qu’en disait il y a plus de trente ans Roger Gentis(2), venant de faire l’expérience entre autre de l’analyse bioénergétique.

nous ne sommes pas les seuls

Alors, quand Alain Gillis se réfère à « la phénoménologie (Merleau Ponty) afin de guider notre pratique, basée sur le commentaire attentif des expériences, sensorielles et intellectuelles, intéressant l’Espace, le Temps, et la reconnaissance d’Autrui, » la « phéno » de certains assez nombreux de nos actuels gestaltistes tout occupés à axer leur pratique sur Heidegger(3), on se satisfait de constater que nous ne sommes pas les seuls à occuper le terrain de la recherche et de l’innovation, et que certains psychiatres travaillent dans la même direction que notre discipline, ça fait toujours plaisir. Il ne leur reste plus que la reconnaissance de (bon) voisinage, ça viendra bien un jour.

En attendant, très logiquement les tenants des TTC exclusifs s’en prennent à la fois à la psychanalyse et au psychocorporel, c’est-à-dire scientifiquement parlant à nous. Ils attaquent en même temps les deux disciplines de la dynamique de subjectivation. Visant ce qu’ils estimaient se présenter comme le « maillon faible », ils ont obtenu tout de même l’interdiction de la pratique psychocorporelle du maintien ferme à l’hôpital (sauf chez le Pr. Dellion, il suffit de tester jusqu’où on ne peut pas aller trop loin). Le mélange d’intégrisme et de politique est mauvais pour la santé, psychique et citoyenne.

Voir aussi

autisme


Dans mon livre L’autisme attrapé par le corps sous-titré le holding thérapeutique et les packs, on peut prendre connaissance de façon précise des éléments cliniques et théoriques qui avaient permis l’établissement de nos pratiques.

Ce livre sera bientôt vendu sous blister et sous le manteau, étant donné son caractère « troublant »

Alain Gillis


Par Alain Gillis

09 Mars 2012

Pendant plus de quinze années j’ai pratiqué le packing avec les enfants présentant des troubles autistiques. Avant cela, je faisais avec les parents des séances de holding thérapeutique. Il s’agissait d’étreintes qui se distinguaient des câlins ordinaires dans la mesure où c’était la mère et non l’enfant qui décidait de la fin de l’étreinte. Les anglo-saxons appellent ça des Holdings et les allemands le maintien ferme.

L’efficacité était assez régulière ; on retrouvait un calme et un attachement qui était absent de la relation parents-enfants, parfois depuis fort longtemps. Surtout, on pouvait constater que les enfants étaient demandeurs et que les parents s’appropriaient rapidement cette technique qu’ils pouvaient utiliser chez eux pour passer les moments critiques et pour éviter toute dérive violente.

Il fallait toutefois que les parents comprennent le sens de cette étreinte, ni régression, ni punition, mais une expérience des limites en même temps que de l’attachement et l’éprouvé d’une sécurité.

[Image : Sans titre]

Comme nous n’avions pas tout à fait les moyens, dans un IME , de pratiquer cette méthode qui demandait une intense préparation avec les parents et qui mobilisait beaucoup de monde, nous en sommes venus à pratiquer le packing. Nous enveloppions l’enfant dans des draps mouillés mais tièdes, et bientôt, précisément, à température du corps. Ce qui importait c’était le fait que l’enfant soit contenu et que dans cette situation il soit amené à ressentir plus consciemment son existence… à s’incarner.

Les choses se déroulaient de façon simple et sans aucune dramatisation.

Un repérage théorique était nécessaire, un schème de référence fut d’abord emprunté à l‘Esquisse pour une psychologie scientifique (Freud ) et puis à la Phénoménologie (Merleau Ponty) afin de guider notre pratique, basée sur le commentaire attentif des expériences, sensorielles et intellectuelles, intéressant l’Espace, le Temps, et la reconnaissance d’Autrui.

Très vite, pour les enfants et pour les soignants, il s’avéra que les packs avaient une vertu d’éveil et de reconnaissance réciproque. Et l’ambiance devint remarquablement calme.

Aucun miracle, mais beaucoup, beaucoup d’améliorations. Nous ne validions pas… Jamais. L’idée ne nous en serait pas venue, puisque nous faisions notre travail et que tout le monde s’en trouvait satisfait, les enfants, les parents, les soignants (tout de même, je publiais).

Désormais il faudra faire comme novoizinzeuropéens : utiliser plus généreusement le risperdal et la ritaline, dont l’efficacité est horriblement certaine… et le cognitivo-comportementalisme sera appliqué, comme on l’a toujours fait, sans le savoir.

Fin de l’histoire.

PS. Ils ont oublié d’interdire les holdings.

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