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22 janvier 2013

Bulletin de la société internationale d’histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse(Ed. Henri Roudier)

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Chers amis
Vous trouverez ci-dessous quelques informations suivies de quelques hommages à Jean-Bertrand Pontalis


Paris le 25 janvier 2013 à 21h
Espace analytique
12, rue de Bourgogne 75007

Suite des Conférences de MOUSTAPHA SAFOUAN
Le désir de l’analyste et le sophisme de la formation des psychanalystes

au CENTRE OCTAVE ET MAUD MANNONI

Tél. 0147052309
espace.analytique@wanadoo.fr
http://www.espace-analytique.org


Bruxelles le 25 janvier 2013 à 20h30
Watermael-Boisfort
Ecole Belge de Psychanalyse

Henri DE CAEVEL
Que devient l’hystérie éliminée par le DSM, pour les patient(e)s et leurs analystes
Discutant invité: Sylvain Gross

Informations à l’adresse suivante : http://www.bsp-ebp.be/fr/activites/conferences/details/69-que-devient-lhysterie-eliminee-par-le-dsm.html


Paris, le samedi 26 janvier 2013 à 14h30
Psychanalyse Actuelle

REUNION DEBAT OUVERTE A TOUS
Au 4, Place St Gerrmain des Près PARIS 75006

SUR LE THÈME DE L’INCOMPLÉTUDE
Exposé DE EMMANUEL BRASSAT
Professeur de philosophie

Il sera interpellé par IVA ANDREIS, Psychanalyste

« ….Incomplétude du sujet, du symbolique, quelles conséquences pour notre fantasmatique face à l’actuel ?
Notamment qu’est ce qu’un Père dans le contexte du couple politique-médias et le fondement du sujet de l’inconscient »

Plus d’informations sur : http://www.psychanalyseactuelle.com
Activité organisée par : maria.landau@wanadoo.fr 01 46 33 91 21 – BHDidier@yahoo.fr 06 70 43 1475 – nabilefares@mailfr.com 01 46 33 90 49 –
jeanne.adida@orange.fr 01 43 37 76 71 – moscovitz@gmail.com 01 43 25 02 11 ebrassat@noos.fr – 01 45 80 74 15


Londres le 26 janvier 2013 de 9h30 à 13h00 pm

The Institute of Psychoanalysis. Cité de Westminster, Londres W9 2EQ

Psychoanalytic Forum: Oedipus in Adolescence
Speakers:
Hannah Solemani : Understanding Adolescence: Creativity, Disturbance and the Developmental Process
Dickon Bevington : Meetings of Mind on the Street: using mentalization-based practices to support street level work with hard-to-reach youth.

Chair: Catalina Bronstein

Informations à l’adresse suivante : http://www.beyondthecouch.org.uk/events?item=141


Paris, le lundi 4 Février 2013, de 17h30 à 19h30,
Ecole nationale supérieur des Beaux-arts de Paris 14, Rue Bonaparte 75006 Paris amphi du mûrier

PSYCHANALYSE, ART ET IMAGE V
Cycle de 5 conférences sous la direction de
Alain Vanier, Professeur des universités, Directeur du CRPMS de l’Université Paris Diderot – Paris 7.

Graciela PRIETO
Coller et séparer (Schwitters et Wolman)


Marseille le lundi 4 Février 2013 de 19:30 à 22:00
Au 16 quai de Rive Neuve, au Vieux-Port au local de Francès Henderson

Le SNPPsySyndicat national des praticiens en psychothérapie relationnelle et psychanalyse, le CIFPR , l’IABFS , Métamorphose, proposent
une conférence-débat animée par Marie-Claire Dolghin, Philippe Grauer, Edmond Marc
à propos de la
Loi sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels

Informations et inscriptions à l’adresse suivante
https://www.cifpr.fr/+Les-psys-de-Marseille-le-mariage+


Paris Le samedi 9 et le dimanche 10 février 2013
ENS, 45 rue d’Ulm Salle Dussane

ACTUEL DE LA SHOAH – TÉMOIGNER DE L’IMPENSABLE

Troisième Rencontre Organisée par Psychanalyse Actuelle

SAMEDI 9 FÉVRIER 2013 A PARTIR DE 17h30
Projection du film The Memory of Justice en présence de son auteur Marcel Ophuls

DIMANCHE 10 FÉVRIER 2013 DE 9H30 A 19H
Débats et Interventions

ARGUMENT Après nos deux premiers temps d‚« Actuel de la Shoah » en mars 2001 et avril 2008, par cette 3ème rencontre nous voulons élaborer les conséquences complexes dans notre actuel de la Shoah : à ce qui, bien que nommé, ne s’inscrit pas ou mal dans la parole, séjourne en creux, à notre insu, en chacun de nous.
Etat des lieux :
On constate qu‚il existe de très nombreuses réalisations culturelles, académiques, scolaires visant à la transmission de la mémoire de la Shoah. Pourtant il y a une difficulté dans la manière d‚en transmettre aussi bien sa mémoire que son histoire.
Ces démarches illustrent l‚éventail des modes de transmission, des approches plus pathétiques aux plus descriptives, des scénarisations parfois obscènes à l‚invitation au travail par la suggestion et par l‚acceptation de son irreprésentabilité.
Cet éventail se retrouve notamment dans le cinéma avec d‚un côté certains films à succès qui visent à la vulgarisation (mais acceptent parfois pour renforcer l‚identification ou la romance, de reprendre à leur insu les points de vue induisant la fascination et l‚impudeur), et de l‚autre la pudeur de films comme celui de Marcel Ophuls ou de celui de Claude Lanzmann, qui suggèrent l‚impossible à montrer pour comprendre ce qu‚est la Shoah.
Cette identification qui cherche à tirer des larmes pose problème : qu‚en reste-t-il, dans la mesure où elle évacue la question de la responsabilité individuelle ou collective, nécessaire à la transmission de l‚Histoire de la Shoah.
A force d‚émotion et de resassement, cette question ne s‚épuise-t-elle pas dans l‚image, dans les récits, dans les écrits ou même dans les voyages en Europe de l‚Est? De telle sorte que nohttps://sites.google.com/site/psychanalyseactuel/le-regard-qui-batus voilà confrontés à des : « Je sais déjà, j‚en ai trop entendu », voire même « j‚ai déjà vu le film » alors même que ce n‚est pas le cas.

Plus d’information à l’adresse suivante : https://sites.google.com/site/psychanalyseactuel/le-regard-qui-bat


Paris le 9 février 2013 de 14h 30 à 16h 30

Association Internationale Henri Maldiney

Séminaire Maldiney : Christian Chaput, Dominique Ducard
Organisé dans le cadre de l’AIHM le séminaire est ouvert aux membres et auditeurs libres de la S.P.F.
Le séminaire a lieu au siège de la Société de Psychanalyse Freudienne 23 rue campagne première 75014 PARIS

Autour de Penser l’homme et la folie

« La maladie mentale n’est pas une aberration de la nature, mais une forme d’existence en échec ou défaillante, dont les conditions de possibilité et, par là même, le principe d’intelligibilité sont inscrits dans notre constitution à tous. »
Dans l’ouvrage intitulé Penser l’homme et la folie, Henri MALDINEY se propose de concevoir ensemble l’énigme de l’humanité et l’énigme de la « catastrophe » qui survient a certains d’entre nous.
Centré sur la compréhension de ce que peut être le séisme psychotique tant schizophrénique que mélancolique, Henri Maldiney confronte les approches de la phénoménologie, de l’analyse existentielle (Daseinanalyse), de la psychiatrie et de la psychanalyse, pour élaborer une pensée originale et inventive de « l’être ».
Aux notions de « présence » et d’ « existence », avec lesquelles est appréhendée toute situation humaine, viennent se rattacher les notions nouvelles de « transpossible » et de « transpassible ». La temporalité et le corps propre occupent une place centrale dans une réflexion anthropologique qui nous invite, en référence à la philosophie, la linguistique, l’art et l’esthétique, à nous interroger sur le propre de l’homme.

2012-2013 Lectures de Maldiney

Notre séminaire entre dans sa cinquième année et fera suite aux deux colloques organisés à l’occasion du centième anniversaire d’Henri Maldiney : Henri Maldiney : une existence philosophique à l’ENS Paris les 12 et 13 octobre 2012 ; Henri Maldiney : un siècle de philosophie, à Institut Catholique de Paris les 11 et 12 janvier 2013.
Après avoir exploré, à partir de Penser l’homme et la folie, des notions qui sont au cœur de la pensée de Maldiney : le rythme, le pathique, le pulsionnel et l’existentiel, nous sommes invités à des lectures diverses du texte philosophique, au-delà de l’ouvrage de référence, qui engagent autant ce qu’il dit, quand on essaie d’en saisir la cohérence et la portée conceptuelles, que celui qui le reçoit et y prend ce qu’il pense y découvrir et trouve à élaborer pour son compte, qu’il soit philosophe, artiste, psychanalyste ou, plus généralement, lecteur intrigué.
Les communications porteront ainsi sur différentes manières d’expérimenter le pouvoir de « résonance et d’induction » de la parole de Maldiney, soit différentes manières d’être présents à la lettre et à l’esprit du texte, constitutives du sens.

Chaque exposé sera suivi d’un commentaire et fera l’objet d’une discussion avec l’auditoire

Eliane CHIRON
Professeur des universités émérite Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Directrice du CRAV (Centre de Recherche en Arts Visuels)
Maldiney et l’art contemporain


Londres le 9 février 2013
Gustave Tuck Lecture Theatre, Wilkins Building
UCL Psychoanalysis Centre

Virtual Adolescence
The internet, social networking and video games

Programme
09.00- 12.45
Alessandra Lemma, Tavistock and Portman NHS Foundation Trust
An Order of Pure Decision: Growing up in a virtual world and the adolescent’s experience of being-in-a-body.
James Rose, The Brandon Centre
The Hour of the Stranger in an age of virtuality.
David Wood, The Fitzrovia Group Analytic Practice, London
« Walls do not a prison make… » – A Group Analyst’s Perspective on « Virtual Media
14.00 – 17.30
John Woods, Tavistock and Portman NHS Foundation Trust
Child Abuse on a Massive Scale: The harm being done by unrestricted internet pornography

Nicolas Lorenzini in collaboration with Mary Target, Anna Freud Centre and UCL Psychoanalysis Unit
Adolescent and Virtual Realities: The Mentalizing Perspective

Lionel Bailly, UCL Psychoanalysis Unit
What kind of mirror is the computer screen?

Informations à l’adresse suivante : http://www.ucl.ac.uk/psychoanalysis/events/conferences/conference-reader.php?idvar=136


Longjumeau, le mardi 12 février 2013

Au CHG de Longjumeau – 159 avenue F. Mitterrand
Salle de la Formation – Ancien Bâtiment

Université Paris-Diderot représentée par Paul-Laurent ASSOUN Linda de ZITTER, Yves LE BON
et EPS Barthélémy Durand (service du Dr Guy Dana)

Troisième journée de formation sur le thème
Psychose et institution

Matin : de 9 h 30 à 12 h 30 De l’enfant-symptôme à l’adolescent sujet
Le séparable et l’infantile : quels enjeux ?

Présidente de séance : Annie GALVAIN-KELLY ; discutante : Christine CHAUMON

Simone WIENER : Séparation symbolique ou réelle ?
Fréderic DAHAN : Quelques conséquences d’une demande indirecte.
Yann DIENER : Espace de l’enfant, espace des parents : quelle géométrie ?

Après-midi : de 14 h 00 à 16 h 30
L’hétérogène de l’adolescence

Présidente de séance : Pascale ROSENBERG ; discutante : Irène KAGANSKI
Dominique TEXIER : De l’agir à l’acte
Michel BOTBOL : De l’agir qui demande à l’agir qui détruit : l’agir pourquoi faire à l’adolescence ?
Conclusions

Toutes ces inscriptions se font auprès du secrétariat de la Formation Permanente de Paris-Diderot au 01.57.27.63.90 ou 63.96 dfp.psycho@univ-paris-diderot.fr
Ou contacter Guy Dana au 01.43.26.21.09 ou 06.80.21.16.08


Bruxelles le samedi 16 février 2013 de 14h30 à 17h30
Op Weule, 91 rue St Lambert, 1200 Bruxelles

Travail clinique avec les psychotiques
Deuxième rencontre avec Christian Chaput

A partir de cas cliniques, nous travaillerons la théorisation et la pratique. Quels sont les moments fondamentaux de la praxis, les points innovants dans la prise en charge des malades psychotiques? Comment l’utilisation des médiateurs permet-elle dans le «moment pathique» de sortir de la crise pour accéder à la parole et au désir? Du Dés-être à l’Ouverture.
Les références seront bien sûr Freud, Winnicott, Pankow, Maldiney, Binswanger et Szondi…

Informations à l’adresse suivante : http://www.bsp-ebp.be/fr/activites/travail-clinique-avec-les-psychotiques.html


PARUTIONS
Marie & Claude ALLIONE
Autisme. Donner la parole aux parents

(Ed Les liens qui libèrent)

Le débat est très vif aujourd’hui autour des soins apportés à l’autisme.
Pour ou contre la psychanalyse, pour ou contre les thérapies comportementales, pour ou contre certaines méthodes venues des États-Unis… Au-delà des idées toutes faites, ce livre donne la parole aux parents d’enfants, d’adolescents et d’adultes autistes, à tous ceux que l’on n’entend presque jamais, mais qui représentent une très large majorité. Témoignages passionnants, émouvants et presque toujours empreints d’une grande sagesse sur ce qu’ils vivent : l’annonce du
diagnostic, la culpabilisation des mères, les méthodes thérapeutiques,la scolarisation des enfants, la validité des structures de soins, les problèmes qui se posent lorsque l’enfant devient adulte.
Ce livre, loin d’opposer les formes différentes de soins et d’éducation, montre à l’inverse leur indispensable complémentarité en tenant compte de toutes les avancées et de toutes les interrogations actuelles sur cette pathologie très polymorphe.
Ce livre est préfacé par le professeur Jacques Hochmann et postfacé par le professeur Pierre Delion.

Marie Allione est psychiatre des hôpitaux et psychanalyste. Claude Allione est psychanalyste. Il est l’auteur de Espace psychique, transfert et démocratie en institution : à propos de Solstices et de La Part du rêve dans les
institutions. Ils sont tous les deux membres de l’association Espace Analytique.

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Roland GORI
La fabrique des imposteurs

(Ed Les liens qui libèrent)

L’imposteur est aujourd’hui dans nos sociétés comme un poisson dans l’eau : faire prévaloir la forme sur le fond, valoriser les moyens plutôt que les fins, se fier à l’apparence et à la réputation plutôt qu’au travail et à la probité, préférer l’audience au mérite, opter pour le pragmatisme avantageux plutôt que pour le courage de la vérité, choisir l’opportunisme de l’opinion plutôt que tenir bon sur les valeurs, pratiquer l’art de l’illusion plutôt que s’émanciper par la pensée critique, s’abandonner aux fausses sécurités des procédures plutôt que se risquer à l’amour et à la création. Voilà le milieu où prospère l’imposture !
Notre société de la norme, même travestie sous un hédonisme de masse et fardée de publicité tapageuse, fabrique des imposteurs. L’imposteur est un authentique martyr de notre environnement social, maître de l’opinion, éponge vivante des valeurs de son temps, fétichiste des modes et des formes. L’imposteur vit à crédit, au crédit de l’Autre. Sœur siamoise du conformisme, l’imposture est parmi nous. Elle emprunte la froide logique des instruments de gestion et de procédure, les combines de papier et les escroqueries des algorithmes, les usurpations de crédits, les expertises mensongères et l’hypocrisie des bons sentiments.
De cette civilisation du faux-semblant, notre démocratie de caméléons est malade, enfermée dans ses normes et propulsée dans l’enfer d’un monde qui tourne à vide. Seules l’ambition de la culture et l’audace de la liberté partagée nous permettraient de créer l’avenir.


Trois hommages à J.B Pontalis et un entretien

Sur le site http://bibliobs.nouvelobs.com)

Jean d’Ormesson: «La mort de Pontalis me fait beaucoup de peine»

«Jean-Bertrand était probablement l’un de mes plus vieux amis. J’étais à l’Ecole Normale Supérieure avec lui et Jean Laplanche. Nous préparions l’agrégation de philosophie tous les trois. Ils étaient évidemment beaucoup plus forts que moi. Mais ils me traitaient avec beaucoup d’indulgence…

Nous avons vécu ensemble ce moment épique: je ne sais plus du tout comment nous nous étions débrouillés, mais nous avions invité Edith Piaf à chanter pour nous. Pas devant les élèves de l’Ecole Normale, mais dans notre turne ! Claude Lefort était également avec nous. Ce jour-là, Edith Piaf a chanté pour nous quatre.

Pontalis, Laplanche et Lefort étaient trotskistes, mais nous étions très proches. J’ai donc été déchiré lors de la rupture entre Laplanche et Pontalis, quelques années après la sortie de leur «Vocabulaire de la psychanalyse» [en 1967]. Ce fut un épisode très douloureux.

Jean-Bertrand avait un frère écrivain, Jean-François, dont on attendait toujours le grand roman. Il s’enfermait au Ritz pour écrire, rien n’est jamais venu. Mais Jean-Bertrand, lui, en plus de ses qualités d’éditeur et de psychanalyste, avait un vrai talent d’écrivain ! J’ai donc été très heureux que l’Académie lui donne son grand prix de littérature en 2011. Il faut absolument lire le livre où il racontait les rêves de ses patients, c’était épatant. C’était «le Dormeur éveillé».

On ne se voyait pas très souvent, mais j’avais beaucoup de tendresse pour lui. J’ai beaucoup de peine… Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu des controverses politiques avec lui, mais surtout des conversations littéraires passionnantes. Et puis, nous aimions évoquer notre jeunesse commune. Beaucoup s’en vont. Jean Laplanche l’an passé, Jean-Bertrand aujourd’hui. On reste un peu seul.»

Propos recueillis par Grégoire Leménager

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Jacques Drillon : Pontalis, prince du rêve

Voilà que la mort nous a pris Pontalis. Elle ne se refuse rien. Il était le meilleur parmi les bons, le plus fin parmi les intelligents, le plus clairvoyant et le plus libre. Le plus doué aussi, sans emphase ni vanité, pourtant. Et enthousiaste, et rieur, et charmant…

Etait-ce d’avoir vu passer toute l’humanité dans son cabinet d’analyste? Il semblait pouvoir tout comprendre, tout admettre. En parlant de choses et d’autres avec lui à la terrasse d’un bistrot, les larmes vous montaient aux yeux, sans prévenir, sans raison. Il y a des gens comme cela. Ils font remonter de vieilles émotions oubliées. Rien ne leur échappe, ils voient tout, ne vous jugent jamais. On fait comme on peut, voilà ce qu’il pensait. Et rien de sentimental, là-dedans, rien de pleurnicheur ! Il détestait l’effusion facile, se fâchait quand on faisait l’enfant. Le genre d’homme qu’on aurait aimé avoir pour père, en somme.

Il était de ces rares êtres qui font l’unanimité, et savent prendre ce que les autres ont de meilleur en eux: l’amour, l’intelligence, le talent. Le garçon de courses de Gallimard dans l’escalier, le prix Nobel qu’on croisait en sortant de son bureau, il s’en faisait aimer. Même dans le milieu analytique, c’est dire, on avait pour lui respect, affection. Affaire de fantaisie, de drôlerie, d’à-propos. Pas d’effort à faire, pour lui: une aptitude.

Voici une carte postale de lui. Un fusain d’Odilon Redon qui s’appelle «Prince du rêve» (c’est tout lui, ça): l’écriture est absolument minuscule (il écrivait au Rotring?), et même il est impossible d’écrire plus petit. Un peu penchée à droite, fine et délicate. Chaque lettre est détachée, posée à côté de la suivante comme s’il avait voulu être clair avant tout, ne rien laisser à deviner. Une sorte de politesse intellectuelle. Le mystère, oui, mais pas l’obscurité. Politesse? Elégance, plutôt.

Il était un éditeur parfait: il lisait les manuscrits comme peu savent le faire, très affirmatif sur le détail, mais se contentant, quant à l’essentiel, de discrètes suggestions qui bouleversaient tout… Il avait lu tous les livres, avait tout retenu, il pouvait critiquer… Pour lui, les livres étaient des preuves, des indices, des dossiers. Les livres étaient dans sa pensée comme le sang dans les veines. Ni livres ni sang ne coulent plus, à présent.

Jacques Drillon

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Elisabeth Roudinesco : «Pontalis voyait Freud d’abord comme un écrivain»

BibliObs Connaissiez-vous J.-B. Pontalis ?

Elisabeth Roudinesco On connaît tous Pontalis. Je l’ai longuement interviewé pour «l’Histoire de la psychanalyse». Il avait donné un très beau témoignage dans mon film sur Lacan, réalisé par Elisabeth Kapnist, «la Psychanalyse réinventée», en 2001. Je l’ai vu il y a à peine un mois. Il me disait qu’il allait bien. Je suis sous le choc.

Quelle place occupait-il dans le milieu analytique ?

Sa première qualité, c’était sa grande intelligence. Il a été un freudien ouvert, avec un style très lisible. C’est un héritier de l’œuvre de Lacan, mais sans dogmatisme. Il a joué un rôle très important avec son célèbre «Vocabulaire de la psychanalyse», co-écrit avec Jean Laplanche et qui reste excellent. En tant qu’éditeur, on lui doit de très bonnes traductions de Freud. Tout le monde l’appréciait, même ceux qui auraient pu ne pas l’aimer, parce qu’il n’était pas sectaire. Il est maintenant certain que, depuis quelques années, il se consacrait exclusivement à ses romans, et avait délaissé l’œuvre de Freud, après l’avoir très bien servie. Il considérait que son travail était accompli.

Il a été analysé par Lacan, puis a suivi sa propre voie. Quelle était la spécificité de sa pratique psychanalytique ?

Il a été analysé par Lacan à la meilleure période, dans les années 1950. Puis, effectivement, il s’est détaché. Il a eu cette fameuse phrase, expliquant que Lacan, c’est formidable à condition qu’il n’y ait pas de lacaniens. Il a abordé la psychanalyse de manière très personnelle, très littéraire, comme sa lecture des textes de Freud. Il était entouré d’amis, mais il n’était pas, contrairement à Laplanche, un homme de collectif. Ils n’étaient d’ailleurs plus en bon termes.

«Littéraire, comme sa lecture des textes de Freud»: que voulez-vous dire ?

Son Freud n’est pas le mien. Le Freud historique, ancré dans Vienne, avec sa vie privée, ne l’intéressait pas beaucoup. Pontalis aimait ce que Freud aimait en littérature. Il a beaucoup écrit sur ses goûts. Il le considérait comme un grand penseur, bien entendu. Mais au fond, il le voyait plus comme un écrivain et un styliste.

Quel héritage laisse-t-il ?

Ce n’est pas un homme qui aimait avoir des disciples. Il y a des gens qu’il a beaucoup marqués, mais il n’y a pas de «pontalisiens». Lorsque nous discutions, il disait penser que la psychanalyse telle qu’il l’a connue allait disparaître. Que si les psys ne produisaient plus rien, ça allait disparaître. J’ai du mal à le contredire, je le pense aussi. Aujourd’hui, c’est une affaire de cliniciens, qui n’ont plus cette culture littéraire commune à notre génération. Pour les jeunes, Pontalis, c’est un peu loin.

Que retenez-vous de son œuvre ?

Ces dernières années, il était devenu exclusivement écrivain, et avait fondé « l’Un et l’autre », où il publiait de la littérature. En ce qui concerne la psychanalyse, il aimait les petits livres, les petits essais. Il me reprochait, avec humour, de faire des gros livres. Le «Vocabulaire» était resté pour lui un souvenir paradoxal. Il n’a jamais voulu le refondre. Le livre a été traduit en trente langues, tout le milieu parle du «Laplanche et Pontalis», mais il a occulté le reste de son travail, qui n’a pas connu le même rayonnement. Alors que, précisément, ses «petits livres» sont tout à fait remarquables. Il en va de même pour Laplanche, qui avait quant à lui une œuvre massive. C’est assez symptomatique de la situation de l’école française, qui est très peu traduite, sans doute parce que Lacan a occupé la place. Ce qu’on retient d’abord, hormis le «Vocabulaire», c’est sa collection chez Gallimard, «Connaissance de l’inconscient». C’est bien simple : il n’y a pas mieux, dans la qualité de ce qui a été publié comme dans la quantité. Il ne s’est jamais trompé. Et puis il a fondé la «Nouvelle revue de psychanalyse».

Quelle a été l’importance de cette revue ?

Là aussi, il n’y avait pas mieux. J’ai gardé chez moi toute la collection. L’idée était de traiter des thèmes de manière transversale et de convoquer à la fois des psychanalystes, souvent étrangers (Pontalis a beaucoup défendu l’école anglaise, autour de Donald Winnicott), et des gens qui n’étaient pas psychanalystes. Des écrivains notamment, comme Perec. Il a arrêté la revue en 1994, parce qu’il considérait qu’il n’y avait plus de bons auteurs.

Quel souvenir marquant vous a-t-il laissé ?

Il avait un don extraordinaire pour imiter Lacan. Comme André Green, sauf que Green le faisait avec une pointe de méchanceté. Pontalis l’imitait avec tendresse et humour

Propos recueillis par David Caviglioli

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Parlez-nous d’amour, M. Pontalis

Un grand entretien avec J.-B. Pontalis où il est question de bisexualité, du sentiment amoureux, de jouissance de la femme, d’idéalisation, de dépucelage et de hasard. Réponses d’un grand psychanalyste, qui avait consacré un beau livre à «Elles»

Le Nouvel Observateur Quand on tombe amoureux, on commence une histoire?

J.-B. Pontalis Je pense que oui. J’aime bien ce verbe tomber amoureux, moins fort pourtant qu’en anglais, où l’on tombe dans l’amour. C’est une chute. On est très heureux alors, mais aussi très inquiet. Que m’arrive-t-il, que va-t-il m’arriver? Où tombe-t-on? Ou plutôt d’où tombe-t-on? On tombe de soi, hors de soi, et on tombe dans l’autre. Jusqu’à l’aliénation, comme Swann, qui tombe dans la jalousie, l’inquiétude, le trouble permanent, la quête, l’enquête: l’être aimé devient totalement insaisissable, l’«être de fuite», comme dit Proust. Ou alors c’est la part autre de soi qui s’exprime… Un de mes personnages se met ainsi à épier la femme qu’il aime, à la soupçonner, à la suivre comme un détective… C’est un autre que vous qui se révèle en vous. Comme lorsqu’on écrit: on ne savait pas qu’on savait cela, on le découvre.

Pour vous, pourtant, parler d’amour, c’est en faire l’éloge.

Un éloge de la différence – de la différence sexuelle. L’autre est vraiment l’autre. Et qui peut découvrir ce qu’on a d’autre en soi, sa propre féminité, peut-être. Un des grands apports de la psychanalyse, c’est de maintenir l’idée de la bisexualité psychique tout en affirmant la différence des sexes. On est bisexué et anatomiquement différent de l’autre sexe. L’anatomie, c’est le destin!

Quand on tombe amoureux, on s’approche de la bête ou on s’en écarte?

On s’en écarte. D’ailleurs le sexuel n’est pas forcément en jeu à ce moment-là. Et inversement: s’il vous prend l’envie irrépressible de coucher avec une fille, vous ne tombez pas amoureux pour autant.

Votre livre est très masculin. Il pourrait s’appeler aussi «Nous».

Nous, avec elles, contre elles, etc. Je ne peux pas prendre le point de vue d’une femme. Mais c’est justement l’un des thèmes du livre: l’homme n’a pas accès à la jouissance de la femme. Au mystère des mystères.

C’est la fameuse enquête de Breton: comment pouvez-vous être sûr qu’elle a joui?

Exactement. Il y a bien quelques signes «objectifs», des contractions vaginales, que sais-je?, qui peuvent d’ailleurs être hystériques, mais ce qu’elle éprouve est laissé à notre imagination. On dit toujours que c’est plus localisé chez l’homme, et plus général chez la femme, mais c’est vague. La jouissance féminine est irreprésentable, donc inimaginable, d’une certaine façon. Que veut la femme? demande Freud, qui avait l’air pourtant de le savoir un peu.

Mais que demande l’homme? Pour moi, la différence vient de la mère. Un petit garçon a du mal à relier la mère et la femme. On tente d’expliquer les choses, on parle des corps, du désir, de la jalousie à l’égard du père, mais c’est une manière d’organiser notre ignorance. La question sans réponse est: à quoi rêvent nos mères? Comme quand le Narrateur regarde Albertine dormir et s’interroge: comment avoir accès à sa pensée, à son désir? Où la mènent-ils? Voilà l’insaisissable: la part féminine de la mère.

Le temps passant, est-ce que l’aptitude à aimer se racornit comme le reste?

La libido peut s’affaiblir, mais elle se déplace ailleurs, sur d’autres terrains, le travail, la création, le pouvoir, car l’une des grandes découvertes de Freud, c’est que la libido n’est pas seulement liée au sexe. On est amoureux à tout âge. Le reste ne suit pas nécessairement… Valéry disait qu’un vieillard amoureux est «sans queue ni tête». Mais il n’en tombe pas moins amoureux.

Pourquoi tombe-t-on amoureux de celle-ci et pas de celle-là?

C’est une question impossible, et qu’on se pose plus souvent pour les autres! Qu’est-ce qu’il lui trouve? Elle est pas terrible! Et lui, seul à pouvoir y répondre, a le jugement faussé par son amour. Cela dit, vous pouvez très bien n’être pas aveuglé par l’amour, voir les défauts de l’objet aimé, d’en voir que les autres ignorent, et l’aimer en dépit de ses défauts, même à cause d’eux. Je suis le seul à savoir ça, je l’ai découvert, j’aime ça. Il n’y a pas d’aveuglement, mais de la surestimation et, plus loin, de l’idéalisation: c’est alors la dame du troubadour. L’amour devient chaste.

L’amour précède ou suit l’aveuglement?

Dans l’«Anatomie de la mélancolie», Robert Burton dit: «L’amant est obsédé par elle: son doux visage, ses yeux, ses actions, ses gestes, ses mains, ses pieds, ses paroles, sa hauteur, sa largeur, sa profondeur et toutes ses autres dimensions sont ainsi revues, mesurées, enregistrées par l’astrolabe de ses fantasmes.»

Ce mot m’avait frappé. Il y aurait en nous un appareil qui oriente notre traversée. Si donc je ne puis répondre à la question «qu’est-ce qu’il lui trouve?», c’est que je n’ai pas accès à cet astrolabe de ses fantasmes. Je n’ai pas vraiment accès au mien non plus. Le choix n’est pas vraiment volontaire, et il n’est même pas fixé: il est mobile, comme nos fantasmes.

Et pourquoi la langue française n’emploie qu’un verbe pour aimer sa femme, la bière, sa patrie?

C’est Eros, c’est-à-dire tout ce qui crée des liens. Pas forcément sexuels: le lien avec l’objet aimé, les enfants, les proches, les liens sociaux, le lien avec son pays, son village…

Pourquoi doit-on chercher à plaire?

On ne plaît pas, on attire – l’aimantation dont parle Burton. Autrement dit, on cherche à faire sortir l’autre hors de soi. Comme un acteur. Je ne dis pas qu’on fait semblant. Ce n’est pas artificiel, délibéré. Mais c’est le principe.

Nous sommes inégaux devant la capacité d’aimer, de jouir, de souffrir?

Oui, bien sûr, comme nous sommes inégaux devant la capacité à rêver.

Quand on aime, on est un ou deux?

Cette fusion est souvent illusoire. Comme dit Woody Allen: «Quelle nuit d’amour extraordinaire! Nous ne faisions qu’un: moi.» On veut se fondre dans l’autre, pourvu que ce soit à son propre bénéfice. En tout cas, ce n’est pas bon d’avoir été trop aimé, d’en être trop sûr. Freud disait qu’il était tellement sûr d’être aimé par sa mère que ça l’a rendu conquérant pour la vie. En même temps, cela peut être paralysant. A trop combler sa mère, on est paralysé avec les autres.

Ce qu’il y a de bien dans l’amour, c’est qu’il n’est jamais comblant. Les femmes croient parfois qu’elles peuvent être comblées. Avec cette idée de creux rempli. Peut-être le sont-elles pendant la grossesse? On en voit qui sont dans un état d’épanouissement total. Mais l’amour, la sexualité ont toujours quelque chose d’inachevé. Freud dit encore: il y a dans la pulsion quelque chose qui résiste à la pleine satisfaction. Pas à la satisfaction, mais à la pleine satisfaction.

Quand on n’a pas encore fait l’amour, on est vierge ou puceau?

Un garçon est puceau, une fille est vierge. C’est peut-être à cause de Marie. Vierge, c’est un choix. Tandis que puceau, c’est une fatalité. La fierté du dépucelé… Je suis quelqu’un, je ne suis plus n’importe qui.

A propos, qu’est-ce que c’est «aller trop loin»?

C’est avoir la crainte que tout ne redevienne banal. J’ai éprouvé plusieurs fois ce désir de laisser les choses en l’état, d’être chaste. De peur que tout ne s’écroule.

Vous avez des mots terribles pour l’amant qui se plaint.

C’est la plainte du malade, mais pas du grand malade, plutôt de l’hypocondriaque, j’ai mal ici, j’ai mal là. Le monde est injuste, pourquoi ne m’aime-t-elle pas, elle me trompe, elle est insaisissable. C’est du narcissisme: cela ne veut pas dire «pourquoi ne m’aime-t-elle pas comme elle le devrait!», mais «comme je le mérite!». Alors qu’elle a du goût pour ce con! La colère, dans ce cas, rattrape beaucoup de choses… C’est mieux.

On peut tomber amoureux d’une personne qui vous fait du bien ou qui vous fait du mal. On ne sait pas pourquoi la pièce tombe de tel ou tel côté.

C’est vrai. L’amour vous tombe dessus indépendamment de tout projet, de toute visée. C’est comme une traversée: soleil ou tempête? Parfois même un seul objet aimé donne les deux résultats: seul celui qui fait souffrir pourrait vous guérir de votre souffrance. Le remède est dans le mal. De même le «je t’aime» signifie aussi qu’on jette son emprise sur quelqu’un. Tu es ma proie. C’est aussi bien une déclaration d’amour qu’une déclaration de guerre.

Propos recueillis par Jacques Drillon

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