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17 février 2012

autisme – guerre ouverte contre la psychanalyse Catherine Vincent – Le Monde 17 février

Commentaire à venir. On mesure à la quantité d’articles produits l’émoi du milieu et du monde politique.

Notre dossier sur la question de l’autisme

-* Packing – convoqué par l’Ordre le Pr. Delion s’explique [18 février 2012] entretien Quotidien du médecin, conduit par David Bilhaut, précédé de « Pour une démarche intégrative humaniste, contre la guerre des emmurés » par Philippe Grauer
-* autour des enfants autistes, une bataille de bac à sable [14 février] par Laure Daussy
-* autisme – guerre ouverte contre la psychanalyse [17 février] par Catherine Vincent – Le Monde 17 février
-* autisme – quel jugement pour quelle cause ? [16 février] précédé de « Conviction peu convaincante » par Philippe Grauer
-* autisme – la HAS prend position [14 février] par AFP/PHILIPPE HUGUEN, précédé de Psychanalyse, récifs en vue, par Philippe Grauer
-* Autisme dans Libé [13 février] par ERIC FAVEREAU, précédé de « Pour une démarche intégrative« , par Philippe Grauer.
-* Autisme– les psychologues freudiens entrent dans l’arène [6 février] par InterCoPsychos N° N°327
-* Autisme – à propos du packing [6 février] par Pierre Delion
-* Autisme : Delion, packing, inquiétante comparution [6 février] par sans auteur
-* Autisme : Guy Baillon écrit au Conseil de l’Ordre [6 février] par Docteur Guy Baillon, Psychiatre des hôpitaux
-* Les batailles de l’autisme : hier et aujourd’hui [6 février] par Jacques Hochmann, précédé de « Y voir clair dans la question de l’autisme » par Philippe Grauer
-* Psychanalystes, encore un effort pour ne pas délirer sur l’autisme ni adhérer aux positions d’Edwige Antier [6 février] par Michel Rotfus, précédé de « À droite, droite ! » par Philippe Grauer
-* psychanalyse et autisme : la polémique [31 janvier] par Élisabeth Roudinesco – précédée de « Résister à la bêtise de l’autre démultipliée par la sienne propre », par Philippe Grauer
-* Autisme : la psychanalyse en procès [30 janvier]
-* autisme – appel à soutien à Pierre Delion et David Cohen [29 janvier] précédé de « Ne pas jeter l’enfant avec l’eau du soin humide », par Philippe Grauer
-* Autisme – dossier [22 janvier]
-* Autisme – une maladie grave aux multiples visages [17 janvier] par Élisabeth Roudinesco
-* Autisme : dogmatismes en duel au tribunal de Lille [Décembre 2011] par Stéphanie Maurice
-* Autisme : les emmurés de l’indicible [Novembre 2010] par Élisabeth Roudinesco chronique Henri Rey-Flaud
-* Autisme : Les enfants de l’indicible peur [Octobre 2010]
-* L’autisme au cœur de l’humain. Approche psychanalytique [Octobre 2010]
-* Autisme — halte à la désinformation ! [Mai 2009] par Caroline Eliacheff. Précédé de « Pas l’un ou l’autre mais l’un & l’autre » par Philippe Grauer
-* Autisme — lettre ouverte aux parents d’autistes, à leurs éducateurs et soignants [Avril 2009] par Pierre DELION — introduction de Philippe Grauer
-* Autisme à nouveau [Octobre 2008] par Par Isabelle Fauvel , du Collectif InterCoPsychos de Saint-Malo, avant-propos de Philippe Grauer
-* Henri Rey-Flaud expose avec clarté les théories, approches et hypothèses sur l’énigme de l’autisme [Mai 2008] par Élisabeth Roudinesco, suivi de 8 commentaires.
-* Autisme et impasses de la médecine chroniqués au Monde des livres [Avril 2008] par Élisabeth Roudinesco, avant-propos de Philippe Grauer
-* Sandrine Bonnaire témoigne [Janvier 2008] par Éric Favereau — précédé de « Sandrine Bonnaire sans haine dit la souffrance » par Philippe Grauer
-* Sandrine Bonnaire, sa sœur, l’HP ordinaire. [Janvier 2008] par Libération


Catherine Vincent – Le Monde 17 février

Le Monde, 17 février 2012

Par Catherine Vincent

Guerre ouverte contre la psychanalyse dans le traitement de l’autisme
Dans le douloureux casse-tête qu’est le traitement de l’autisme, la hache de guerre contre la psychanalyse est à nouveau déterrée. Et ceux qui la brandissent ne sont plus seulement des associations de parents militants.

La Haute Autorité de santé (HAS), qui doit rendre publiques, le 6 mars prochain, des recommandations très attendues de bonnes pratiques sur l’autisme chez l’enfant et l’adolescent, s’apprête à classer cette approche thérapeutique au rayon des « interventions globales non recommandées ou non consensuelles ». Plus qu’un désaveu : une condamnation.

C’est un article de Libération, publié lundi 13 février et faisant état d’une version non définitive de ce rapport, qui a mis le feu aux poudres. « L’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques, ni sur la psychothérapie institutionnelle« , peut-on lire dans cette version provisoire.

Dans un communiqué publié le jour même, la HAS regrette « que les phrases citées se révèlent hors contexte ou inexactes au regard de la version actuelle du document ». Interrogée par Le Monde, elle précisait, jeudi 15 février, ne pas vouloir s’exprimer plus avant sur le sujet.

La plus haute instance sanitaire française infléchira-t-elle sa position d’ici la fin du mois, comme le lui demandent de nombreux professionnels de la santé? Si tel n’est pas le cas, il est à craindre que cette exclusion de principe ne mette à terre le fragile consensus qui s’ébauche, depuis quelques années, entre les différents professionnels tentant de soulager cette terrible maladie.

TENTATIVE DE MISE AU BAN

La mèche avait été allumée il y a quelques semaines à l’Assemblée nationale. Le 20 janvier, le député du Pas-de-Calais (UMP) Daniel Fasquelle déposait une proposition de loi visant « l’arrêt des pratiques psychanalytiques dans l’accompagnement des personnes autistes », au profit exclusif des méthodes éducatives et comportementales, provoquant un tollé parmi les psychiatres. Lesquels étaient soutenus par l’Union nationale des associations de parents de personnes handicapées mentales et de leurs amis (Unapei), qui estime qu' »interdire une forme d’accompagnement ne sert à rien ».

Comment en est-on arrivé à ce degré de violence? A la tentative de mise au ban de toute une communauté de cliniciens dans la prise en charge d’une maladie pourtant porteuse de tant de souffrances mentales? Pour comprendre la virulence de la croisade actuelle, il faut retourner un demi-siècle en arrière. A l’époque où l’autisme était considéré comme une psychose infantile provenant, selon la théorie du psychanalyste Bruno Bettelheim, d’une mauvaise relation de la mère à son nouveau-né.

Une hypothèse qui a culpabilisé des générations de parents, et que la science estime aujourd’hui largement dépassée : désormais intégré parmi les troubles envahissants du développement (TED) dans la classification internationale des maladies mentales, l’autisme met en jeu, probablement dès la vie fœtale, un mauvais fonctionnement des circuits neuronaux.

Parallèlement à cette avancée des connaissances, les enfants atteints de ce lourd handicap ont progressivement bénéficié, en Europe comme en Amérique, de thérapies d’orientation comportementaliste. Sans faire de miracles – car on ne guérit pas de l’autisme –, celles-ci permettent souvent d’améliorer le pronostic et l’intégration sociale. Or la France, de ce point de vue, accuse un net retard.

Plus globalement, les capacités d’accueil des enfants atteints de TED y restent notoirement insuffisantes. Le secteur pédo-psychiatrique étant le seul fondé à proposer une prise en charge remboursée par l’assurance-maladie, il a cristallisé la rancœur des parents, pour qui l’accompagnement de leur enfant s’apparente souvent à un douloureux parcours du combattant.

La psychanalyse ayant longtemps régné en maître sur la psychiatrie et sur la prise en charge de l’autisme, la tentation était donc grande, pour nombre d’associations, d’accuser cette discipline de tous les maux. De lui reprocher de continuer à culpabiliser les parents, et de freiner la mise en œuvre des thérapies comportementales. Des reproches partiellement fondés: la culture psychanalytique reste vivace en France, et certains praticiens continuent de s’élever violemment contre la répétition d’apprentissages simples sur laquelle sont basés les méthodes Teacch ou ABA, qu’ils qualifient de « dressage ».

Faut-il pour autant ranimer les conflits ? Les porter sur le devant de la scène politique? « Il est urgent de rétablir les équilibres, de privilégier une approche moins hospitalo-centrée et plus axée sur le projet de vie et la citoyenneté, pondère Marie-Anne Montchamp, secrétaire d’État auprès de la ministre des solidarités et de la cohésion sociale. Mais on a besoin de la psychiatrie, de la neuropsychiatrie, et je n’exclus pas l’intérêt de la psychanalyse. Car quand un enfant autiste arrive dans une famille, tout explose. »

Si le temps de la toute-puissance psychanalytique a vécu, et si la plupart des médecins préconisent désormais une prise en charge éducative et pédagogique, ils rappellent aussi qu’aucun spécialiste n’est mieux placé qu’un pédopsychiatre pour prendre en considération les singularités dont souffrent les enfants autistes: difficultés à comprendre l’autre, à ressentir de l’empathie, à prendre conscience d’eux-mêmes et de leur corps.

La Haute Autorité de la santé entendra-t-elle cet argument ? « Mon principal souci dans cette histoire, c’est que les choses s’apaisent. Que ce soit pour les professionnels ou pour les parents, le climat actuel est extrêmement malsain. Personne n’y gagne, à commencer par les personnes autistes », déplore le professeur Claude Bursztejn, psychiatre et président de l’Association nationale des centres de ressources autisme.

Alors que les recommandations de la HAS se dirigeaient « vers des consensus acceptables pour une grande partie des professionnels, la radicalisation actuelle des positions risque fort, si elles sont maintenues, de les rendre inacceptables par les équipes de pédopsychiatrie, estime-t-il. On peut toujours faire des recommandations, mais encore faut-il que les professionnels du terrain puissent se les approprier ». Déclaré Grande cause nationale 2012, l’autisme mérite plus d’égards et de progrès que de règlements de comptes.

autisme : la technique du « packing », enjeu d’un violent conflit

| 16.02.12 | 11h07 • Mis à jour le 16.02.12 | 12h17

Lille, Envoyée spéciale –

Florian s’est déshabillé de lui-même. En maillot de bain dans la petite salle, il est venu s’allonger sur le lit. Céline et Yann, les psychologues qui sont avec lui, entourent doucement ses jambes d’un linge blanc. Puis tout le corps, tête exceptée. Florian, attentif, se laisse emmailloter et recouvrir de couvertures. Les deux thérapeutes s’assoient près de lui, un de chaque côté. Dans la demi-heure suivante, ce grand garçon de 10 ans, diagnostiqué autiste profond, va rire, dialoguer, rire encore, dans un moment d’intense communication et de détente. Au Centre médico-psychologique pour enfants et adolescents du CHRU de Lille, nous venons, cet après-midi de janvier, d’assister à une séance de « packing ». Et cela n’a vraiment rien à voir avec une séance de torture.

Le packing ? Une technique d' »enveloppements humides » réservée aux cas d’autisme les plus sévères, avec automutilation répétée. Pratiquée par plusieurs dizaines d’équipes en France, elle consiste à envelopper le patient dans des serviettes humides et froides (10 à 15°), puis à induire un réchauffement rapide. Pour ses défenseurs, les séances permettent de lutter contre les « angoisses de morcellement » et facilitent la relation thérapeutique. Pour ses détracteurs, dont les plus virulents sont l’association de parents Vaincre l’autisme, il s’agit d’un « acte de torture ». Le symbole maléfique de la prise en charge psychiatrique de l’autisme. La bête à abattre.


« HARCÈLEMENT PROFESSIONNEL »

« Je me sens remis en cause, calomnié, disqualifié. Pour ma pratique vis-à-vis des enfants que je soigne et de leurs parents, c’est terrible. » Le professeur Pierre Delion, chef du service de pédopsychiatrie au CHRU de Lille et premier promoteur du packing en France, s’estime victime d’un « harcèlement professionnel ». Reconnu par ses pairs pour son humanisme et son esprit d’ouverture, ce spécialiste de l’autisme devait comparaître, jeudi 16 février, devant le conseil départemental du Nord de l’ordre des médecins, suite à une plainte déposée contre lui par Vaincre l’autisme pour manquement à l’éthique médicale. Une plainte similaire a été déposée à l’encontre du professeur David Cohen, chef du service de psychiatrie enfants et adolescents de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris).

Leur délit ? Pratiquer le packing quand ils l’estiment nécessaire. Et soutenir le principe d’une recherche scientifique portant sur l’efficacité de cette méthode, menée depuis 2008 dans le cadre d’un programme hospitalier de recherche clinique national (PHRC). Un comité de soutien s’est constitué pour défendre les deux hommes, sous la forme d’une « lettre ouverte au conseil de l’ordre des médecins et aux familles de personnes autistes ». Mise en ligne il y a quelques semaines, elle a réuni à ce jour plusieurs milliers de signatures de professionnels de la santé.

Révélateur paroxystique du conflit qui oppose les associations de parents au pouvoir médical, le packing va-t-il être jeté avec l’eau de la tempête ? Son efficacité thérapeutique, il est vrai, n’a jamais été prouvée autrement que de façon empirique. C’était précisément l’objet de l’essai clinique lancé en 2008, que le Pr Delion affirme avoir appelé de ses vœux pendant de nombreuses années. Mais cette recherche est devenue, de fait, irréalisable.

« Depuis son lancement, il y a eu une telle publicité contre cette technique qu’un certain nombre de collègues et de parents ont refusé d’y participer. On est donc au point mort », se désole le Pr Delion, qui rappelle que « l’alternative à cette technique, ce sont les neuroleptiques à très fortes doses ». Dans l’épreuve, il trouve un élément de consolation : « Aucun des parents des enfants sur lesquels j’ai pratiqué ces approches intégratives ne fait partie de cette vendetta. C’est la seule chose qui me réconforte. »

Catherine Vincent

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