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Carré Psy

Les gens vont voir quelqu’un ou se rendent chez leur psy. Sans préciser. D’abord un psychiatre, même en ville, c’est pour les fous ! les malades quoi. Un psychologue, beaucoup travaillent en psychiatrie de secteur, pareil. Les psychanalystes, psychiatres ou psychologues ça fait mélange. Enfin psychothérapeute, plus tendance tout de même, davantage peut-être pour les normaux, mais le mien m’a dit qu’il était… psychologue et j’ai une amie qui va chez un praticien qui fait de la ***(nom d’une méthode), parce ça va mal dans sa vie.

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Voici un schéma qui permet de s’orienter dans le monde des psys, les répartissant entre deux superfamilles, psychiatres et psychologues, titre d’État d’exercice de psychothérapeute, psychopraticiens relationnels, titre alternatif professionnel d’exercice de psychopraticien – relationnel®, certifié, ou agréé – et psychanalystes, exerçant à titre de psychothérapeute (soit psychologues soit psychiatres coucou les revoilà). Un bon dessin valant mieux qu’un long discours, voyez vous- même. La figure peut se compliquer par combinaisons, nous verrons cela plus tard.

Cliquez chaque intitulé

 

L’alliance objective des deux côtés de droite — psychanalyse et psychothérapie relationnelle, apparaît clairement.

– Le triangle ocre de la subjectivation et du procès qu’ils constituent se distingue en bas à droite.

– Le triangle vert objectiviste se donne à lire en haut à gauche.

– La diagonale du transfert sépare les deux zones épistémologiquement distinctes.

– La zone verte recouvre désormais l’aire du récent titre d’exercice de psychothérapeute. Les psychanalystes qui par ailleurs sont soit psychologues soit psychiatres dans leur immense majorité, ont directement accès à ce titre. Les ex psychothérapeutes exerçant sur le côté marqué psychothérapie relationnelle le feront désormais sous le titre de psychopraticiens relationnels®(1), couverts par l’autorité morale des syndicats et fédérations regroupés sous le nom de GLPRGroupe de liaison de la psychothérapie relationnelle.

– Le Carré psy figure les quatre protagonistes de base de la configuration globale psy. Tout le reste est subdivision, articulation complexe, créativité, dénaturation, recomposition, jusqu’au cumul plus ou moins légitime. On peut imaginer que chaque côté engendre un carré également, ici ramené aux proportions d’une barre colorée, et concevoir que chaque protagoniste institutionnel voie à l’occasion son carré latéral comme le central et lise midi au cadran qui surmonte sa seule porte.

– La clarification graphique dont nous proposons ici l’esquisse est d’autant plus nécessaire que les deux champs disciplinaires en charge du procès de subjectivation constituant le triangle du transfert, représentent des professions cumulables et que de nombreux praticiens du triangle scientifique finissent parfois par s’y perdre, à force de cumuls et semi-cumuls.

– Côté triangle vert de l’objectivation, les deux professions diplômées universitaires ont tendance à s’exonérer de tout ou partie de la compétence cumulée, l’autoproclamation, accusation qui fusa volontiers dans le milieu au moment de la bataille des charlatans, y fait figure de symptôme d’angoisse professionnelle de légitimation.

– L’adoption du dernier amendement Accoyer au Sénat, une fois admis son décret d’application, met fin à cette perspective. La configuration du Carré demeure. Un praticien en psychothérapie relationnelle pourrait accéder au titre officiel d’exercice (par le fait qui n’est plus générique) de psychothérapeute, à condition de double cursus complet : dix ans d’études (mesures transitoires pour les grands-parents) : cas de figure pratiquement exclu, il s’agira bien de deux familles distinctes, paramédicale vs. non médicale.

La réciproque n’est pas prévue par la loi. Principe de confiscation juridique de nom (attention psychothérapeute n’a jamais jusqu’à présent été un titre mais un nom de métier) par iniquité corporatiste et application du principe annexionniste constant : tout ce que désire la médecine elle se l’approprie. Les psychologues sont en train de l’apprendre à leur dépens, qui voient émerger la nouvelle profession concurrente de psychothérapeute paramédical au détriment de leur psychologie clinique. Tout cela est en train de se recaler, au fond sans modification importante de la configuration d’ensemble, au sens que le carré psy ne bouge pas..

Voir également

Protection du titre.
Autoréglementation
Charlatan
Déclaration de Strasbourg
Loi dite Accoyer
Profession
Psychopraticien
Psychothérapeute
Psychothérapie relationnelle
Santé mentale
Soin
Subjectivation
Titre
Titres
– Philippe Grauer, La Croix accroche son cadre des professions psys et décroche de la réalité, novembre 2012.

Juillet 2010 – janvier 2011 : nouvelle donne institutionnelle

– Le nom de métier des psychothérapeutes relationnels a changé, ils sont devenus les psychopraticiens, œuvrant dans le domaine qui n’a pas changé de la psychothérapie relationnelle.

– Le titre d’exercice a également évolué. Les ex (ou futurs sous le nouveau titre) psychothérapeutes relationnels sont devenus psychopraticiens relationnels®, sous la responsabilité du SNPPsy et de l’Affop, membres du GLPR.

La valse des signifiants ne change rien à la configuration d’ensemble, elle répartit la même donne autour du nouveau nom de métier et d’un nouveau système de nomination de la titularisation professionnelle préexistante.


– Le titre d’exercice de psychothérapeute, réservé aux universitaires, cesse d’être générique en France. Actuellement en voie d’installation, il relèvera de la logique verte du Carré : neurologie, neurosciences, prescriptivité, logique DSM, TCC, santé mentale. Bien entendu avec nuances et camouflages, mais il convient de distinguer le structurel du nuancé.

– Le public lui a compris qu’en appelant tout le monde psy il ne risquerait pas de se tromper. Cependant la complexité demeure, susceptible d’engendrer d’heureuses trouvailles ou de malencontreuses confusions.

La question de la psychopathologie est traitée différemment selon les côtés du Carré, mais aucun professionnel dûment encadré ne saurait en ignorer les dimensions nécessaires à son exercice.


La psychanalyse, dans la seconde moitié du XXème siècle, avait pénétré la psychiatrie et une partie de la psychologie, produisant une psychanalyse mandarinale singulière (idéal du moi institutionnalisé). Au demeurant influence bénéfique. Dans le cadre du néoscientisme, ces deux disciplines tendent à se dégager de cette influence et à unifier leur champ à partir du cognitivisme, des neurosciences et parfois du systémisme, la médecine retournant à l’organicisme, la psychiatrie à la neurologie (on n’arrête pas le progrès … (ni la régression)).

– Certains agrégats complexes ne figurent pas dans ce schéma de base, ce qui n’invalide pas sa construction conceptuelle.

– La psychiatrie se meurt, se refondant dans la neurologie dont elle ne s’était à tout considérer séparée en France qu’en 1968, dans le cadre proliférant de la santé mentale. Cela n’invalide pas notre Carré, l’enseigne psychiatrie redevenant psychiatrie neurologique. Bien entendu une reconfiguration d’ensemble se profile, on peut même dire qu’elle fait mieux que se profiler, que la forme s’en trouve déjà affirmée.

– Nous écrivions :Les tentatives de réorganisation du champ objectiviste afin, dans le mouvement de créer un titre générique d’exercice de psychothérapeute, que soit engendrée une nouvelle variété de psychologues supplétifs chargée d’administrer des thérapies (et non des psychothérapies) à protocoles à cocher(2), ne contribuent pas véritablement à clarifier une situation déjà complexe}”. Les dés à présent jetés, l’appellation ex générique de psychothérapeute se verra attribuée exclusivement aux psychologues et médecins, sous le mode titre d’exercice. Les praticiens en psychothérapie relationnelle sont priés de se renommer en termes de métier et de s’intituler différemment. Leur renommée suffisante leur permettra d’occuper leur territoire comme ils l’entendront, et se feront entendre. Au demeurant ils changent (partiellement) de nom (ils changent de nom de métier), passant de psychothérapeutes à psychopraticiens, tout en conservant le relationnel (lequel renvoie plutôt au champ de la discipline pour être précis) par quoi ils se distinguaient.

– Nous disions encore :“Le milieu psy tout entier se débat actuellement dans des convulsions institutionnelles qui le mettent en difficulté, chacun dans son propre domaine. Une réflexion approfondie et posée, autour d’une table ronde justement régulée par un médiateur, permettrait de sortir de la crise par le haut.” L’actuel cours des choses tourne le dos à cette option. C’est l’inverse qui s’est produit, Bernard Accoyer ayant veillé à ce que la volonté de l’Académie de médecine soit faite.

– La marmite continuant de bouillir, la psychothérapie relationnelle à terme n’étant plus dedans y gagnera en tranquillité. Elle continuera d’occuper son côté du Carré, un côté alternatif à l’abri des conflits universitaires et de la normalisation DSM cognitiviste.

– En fait la psychothérapie, précisément la relationnelle, participe de l’ascension des nouveaux métiers de la relation, pendant et contrepoids de ceux de la gestion, à l’issue d’une mutation dans les rapports de production. Cette thèse de Lise Demailly, Politiques de la relation. Approche sociologique des métiers et activités professionnelles relationnelles, Presses universitaires du septentrion, 2008, 373 p.-} sera reprise sur ce site par ailleurs.


[1] Les deux disciplines de la dynamique de la subjectivité représentent elles des psychothérapies à ricocher,} elles renvoient de proche en proche et de détour en détour, en négociant lorsque c’est approprié par des raccourcis psychocorporels en ce qui concerne la psychothérapie relationnelle, jusqu’au nœud du problème, pour travailler à dénouer au moins partiellement ce qui nous tire nos ficelles psychiques.


Psychiatrie

PSYCHIATRIE — maladie, prescription

domaine : maladie mentale, santé menle
guérison : vise la guérison, sinon la stabilisation médicamenteuse en cas d’affection mentale chronique

types d’intervention : soin ponctuel, à répétition, de type longue maladie. Devrait le plus souvent (toujours ?) requérir le complément d’une psychothérapie relationnelle ou psychanalytique.

{symptôme } : suppression ou réduction du symptôme

soin : acte de soin, administré ; prise en compte de l’objet maladie, répondre à chaque demande de soin par une ordonnance, le plus souvent une prescription médicamenteuse, censée améliorer les symptômes dont se plaint le patient.

durée : variable ; consultation généralement brève.

hypothèse de l’inconscient : néant.

transfert : pas pris en compte, transfert du maître.

intersubjectivité : néant.

émotion : régulation de l’humeur

appellation : médecine scientifique

savoir sur soi : le praticien sait (se doit de savoir), le consultant ignore

rapport au corps :
– a) anamnèse, sémiologie, diagnostic et traitement.

– b) établir la différence entre symptômes psychiques provenant d’une affection somatique et ceux liés à un trouble psychique. Corps objet, considéré objectivement.

dialogue : expert-ignorant, sujet-objet. Délibération (conseil) sur le traitement, colloque médecin malade (conseil = aide de l’expert à la délibération de son patient sur son problème). Cf. l’article Soin.

diagnostic : privilège méthodologique et légal de la médecine. Cf. expertise médicale.

psychopathologie : DSM, appauvrissement considérable par épuration du point de vue psychodynamique.

formation :

a) universitaire, scientifique. Démarche scientifique à partir d’un savoir universitaire dûment entériné par l’Académie de médecine : anamnèse, sémiologie, diagnostic et traitement.

b) formation continue : information constante de tous les moyens scientifiques et de toutes les connaissances dûment expérimentées qui peuvent améliorer l’état de ses patients.

éthique : serment d’Hippocrate et Code de santé publique.

inscription : à l’Ordre des médecins.

pratique :

a) hospitalière, libérale ;

b) opère le plus souvent en Secteur 1 — consultations remboursées par la sécurité sociale.

statut juridique : peut être poursuivi et doit pouvoir répondre de ses actes devant ses pairs au sein du Conseil de l’Ordre des médecins ou devant une cour de justice.

rôle d’expertise médicale : dire qui est fou et qui ne l’est pas (1).

b) requête d’office par les autorités de tutelle pour intervenir auprès de toute personne dont les troubles psychiques perturbent l’ordre public.

c) signature de l’internement d’office dans un établissement psychiatrique (avec co-signature d’un autre médecin ou d’une autorité de tutelle, préfet, commissaire de police)

d) signature des HDT, Hospitalisation à la demande d’un tiers (ne pas oublier cependant qu’à l’heure actuelle la difficulté n’est plus tant dans l’internement hospitalier, que dans l’externement : la plupart des schizophrènes sont à la rue (une autre partie en prison).

Note de juillet 2010. La loi sur les soins à apporter sans consentement jusqu’à domicile a modifié les données fondamentales du champ d’application de la psychiatrie. Cf. à ce sujet les 39.

pratiques sectaires : hors du domaine.

drogues : prescription de médicaments susceptibles dans le cas de psychotropes (2)de se voir détourner en pratiques d’assuétude contrariant l’indication de psychothérapie relationnelle ou de psychanalyse complémentaire.

Voir aussi Vies de fou, Michael Randolph.

Février 2011 – Une littérature surabondante est venue enrichir la question de la crise de la psychiatrie depuis quelques années, nécessitant une profonde reprise de la grille du présent article. En attendant la réalisation de ce travail, consulter l’item Collectif des 39, et composer psychiatrie à la fenêtre rechercher.
Décembre 2015 – un ouvrage collectif est en passe de voir le jour à partir de cette grille retravaillée. Nous vous informerons de l’avancement du projet bientôt. PHG

TEXTES

 

  • La prise en charge de la santé mentale varie considérablement au sein des 42 États européens membres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Un rapport de l’institution onusienne vient de fournir sur ce thème des données inédites. On y apprend notamment que la densité de psychiatres en exercice varie considérablement avec des extrêmes allant de 30 et 26 pour 100 000 habitants (respectivement en Suisse et en Finlande) à 3 en Albanie et 1 en Turquie. La Suisse et la Finlande sont-elles plus touchées par les maladies mentales ? La Turquie et l’Albanie ne peuvent-elles prendre en charge les pathologies psychiatriques selon le mode qui prévaut ailleurs en Europe ? Le rapport ne le dit pas.
    Il explique cependant que les taux d’hospitalisation pour des raisons psychiatriques varient dans une fourchette allant de 1 à 13. Les pourcentages les plus élevés s’observent en Roumanie, en Hongrie et en Estonie, ainsi qu’en Allemagne et en Suède. Il apparaît enfin que le taux moyen de prévalence du suicide est de 15,1 pour 100 000 habitants. Le rapport ne fournit curieusement que peu de données sur la prescription de psychotropes, plus de la moitié des pays ayant fait savoir qu’ils ne possédaient aucune information sur ce thème.
    J.-Y. N. — Le Monde jeudi 23 oct 2008.
  • 2 On distingue 3 classes de substances psychotropes :- les psycholeptiques (sédatifs psychiques)- les psychoanaleptiques (stimulants psychiques)- les psychodysleptiques ou « drogues » — agents perturbateurs de l’activité mentale.Seuls les psychoanaleptiques et les psycholeptiques sont utilisés en thérapeutique.

 

Psychologie

domaine : étude du psychisme, diagnostic de personnalité

guérison : suppression du symptôme, repositionnement suite à du conseil.

types d’intervention :

– examen psychologique, description de personnalité
– sélection
– tests
– conseil, thérapie de soutien
– interventions de courte durée
– urgentisme, déchoquage, soin psychologique
– thérapies à protocoles (comportementalisme, systémisme, etc…)
– non implication du praticien

symptôme : réduction du symptôme

soin : traitement délivré sous forme de conseil, soutien, orientation, guidance, prescription.

durée : brève ou moyenne.

hypothèse de l’inconscient : néant.

transfert : néant.

intersubjectivité : néant. Remplacé par des techniques d’entretien.

émotion : objet d’étude.

appellation : psychologie scientifique, psychologie clinique.

savoir sur soi : diagnostic de personnalité, tests (cochage appareillé à de la mathématique).

rapport au corps : psychophysiologie, SNS, cerveau.

dialogue : sujet-objet

diagnostic : établissement de profils de personnalité par voie de tests. Bilan psychologique.

psychopathologie : éclectique.

formation :

a) universitaire, recherche, méthodologie, méthode statistique ;

b) étude des mécanismes et fonctions psychologiques ;

c) psychologie générale, différentielle, génétique, sociale, etc. ;

d) étude des mécanismes et fonctions psychologiques ;

e) stages hospitaliers en fin d’étude ;

f) « unité de la psychologie », d’autant plus soutenue que sa diversité la rend sujette à un éclatement scientifique et professionnel.

Champ d’étude, formation universitaire. Acquisition de savoirs et méthodes universitaires, qui ne sont pas de nature à permettre un engagement dans la pratique psychothérapique au sens de la psychothérapie relationnelle ou de la psychanalyse [il faudrait de quatre à cinq ans complémentaires + le critère n°1 de la psychothérapie relationnelle pour pouvoir pratiquer celle-ci en sus de la psychologie].

Enseignement d’une psychologie clinique d’inspiration psychanalytique qui se voit réduite dans le cadre d’une « unité de la psychologie » d’inspiration cognitiviste. Tendance actuelle à un enseignement de clinique théorique.

éthique :

a) quelques lignes relatives à la clinique dans le code du psychologue ;

b) refus de toute subordination au psychiatre, exercice inassujettissable

c) refus du cadre du code de la santé

inscription : déclaration aux autorités locales (peu le font actuellement).

pratique : principalement en institution, un certain nombre en libéral.

statut juridique : titre de psychologue protégé.

pratiques sectaires : hors du domaine.

drogues : hors du domaine. Aide aux victimes

L’ensemble de cet article a pour auteur Philippe Grauer

voir également

 Samuel Dock Psychologue clinicien et écrivain, Santé : Madame la Ministre, vous contribuez à l’extinction des psychologues précédé de « Misère de la condition de psychologue » par Philippe Grauer.

Textes

Voici un texte d’auto représentation syndicale des psychologues hospitaliers (cliniciens) : décalé, protestant de sa non référence au code de la Santé et par conséquent de son indépendance par rapport au médecin, le psychologue se présente comme en mission humanisatrice dans un cadre inhospitalier dont le gestionnarisme oublie la « dimension psychologique ». Posté à l’hôpital le voici défenseur des valeurs humanistes. Formaté à l’université le voici psychopathologue gestionnaire des protocoles cognitivo-TCC.

« Je suis oiseau voyez mes ailes
Vive la gent qui fend les airs ! »

puis un peu plus tard :
« Qui fait l’oiseau c’est le plumage
Je suis souris, vivent les rats !
Jupiter confonde les chats ! »

En voilà une subtile, de pratique ! Une telle identité c’est le moment de le dire à géométrie variable a de quoi méduser. Mais à qui vraiment a-t-on affaire ? tragique de la condition de psychologue hospitalier. Au moins la psychothérapie relationnelle se définit-elle plus uniment, à partir d’une pratique libérale.

Philippe Grauer


Les psychologues représentent un corps professionnel, minoritaire en nombre, dans la communauté hospitalière. Mais ce dossier voudrait témoigner de leur spécificité déterminante dans la vie de l’hôpital. « Le psychologue n’intervient qu’en tant qu’il vient d’ailleurs (Barus–Michel,1992 (1)) ». Atypique dans le milieu des professionnels de santé, il offre la chance d’une approche décalée, à la recherche de sens des actes et histoires subjectives subvertis par la maladie, les traitements lourds, la souffrance, la maladie chronique, la mort.

Comment préserver, au sein de cet hôpital de plus en plus performant, anticipateur de pronostics, la place du sujet souffrant ? Comment garantir à chaque soignant d’exercer sa fonction d’une manière humaine, au sein d’un groupe qui étaye et sécurise, sans être harcelé par des procédures de plus en plus technocratiques ou des changements d’équipes fréquents ?

C’est la tentative de ces psychologues : rendre compte publiquement de leurs pratiques subtiles, courageuses, respectueuses pour les sujets et leurs familles. Ils veulent s’inscrire dans un souci de prévention (urgences pédiatriques,pédopsychiatrie, annonce précoce de maladies génétiques…). Ils veulent s’inscrire dans un projet hospitalier qui garantisse à tous et à chacun une place singulière et un espace d’humanisation, de subjectivation.

Est-ce possible dans le cadre de la loi HSPT qui a entériné la suppression, par le sénateur du Jura G.Barbier, de la petite phrase si symbolique, relative aux missions fondamentales de l’hôpital « en tenant compte des aspects psychologiques du patient »

Est-ce possible dans cet hôpital dont on ne parle plus qu’en termes de logique comptable, si différente d’un bon management qui pourrait ouvrir à des réorganisations structurelles nécessaires génératrices d’économie ?

Ces psychologues, comme tous leurs collègues de la FPH travaillent à affirmer que la singularité des patients, des familles, de chaque soignant actuellement si stressé, est compatible avec un hôpital mieux géré. Ils ont des idées, des propositions à faire pour une organisation qui permette autant la qualité des soins que la « sécurité narcissisante » dont ont besoin les soignants.

Petit groupe au sein de ce collectif hospitalier si énorme, ils sont la chance de l’hôpital, ils sont « le sel de la terre »… Dans le contexte actuel défi ni récemment par Mme Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, notre formation en sciences humaines doit, plus que jamais, devenir le fer de lance de la défense de l’humain (2).

Encore faut-il qu’ils osent sortir de leur discrétion : c’est ce que vise ce dossier. Encore faut-il qu’ils soient écoutés, consultés dans les Pôles comme par la direction des Hôpitaux : l’une des missions des psychologues est bien de concevoir des projets institutionnels.

Françoise Caron, Coordinatrice d’un dossier sur le site du Syndicat national des psychologues — SNP.


FFPP — Fédération française des psychologues et de psychologie.

Brefs extraits du N° 270, sept 2009 du Journal des psychologues. Les mises en gras sont de notre Rédaction.

– « L’article 91 réécrit […] les deux derniers alinéas de l’article 52 ; on verra donc la réglementation de l’usage du titre de psychothérapeute intégrée au sein d’une loi concernant l’hôpital… Dans l’attente, comme il y a cinq ans, des décrets d’applicaion bien sûr ! » (p. 8)

– « La psychothérapie (3) est bien une fonction majeure des psychologues […]. Mais n’oublions pas quelques données essentielles des difficultés de la profession dans notre pays : nous assistons, du fait de l’augmentation générale des nivraux de qualification, à une revendication de meilleure reconnaissance des groupes professionnels. Par rapport à nombre d’entre eux, la profession de psychologue, en France, a du mal à se situer, a du mal à faire valoir la spécifiicté de ses compétences (Brigitte Guinot & Benoît Schneider, pp. 10-11). »


Cf. également Europsy, l’Association européenne des psychologues harmonise.

ainsi que : http://www.cifpr.fr/+EUROPSY-l-association-europeenne+


[Document : L’aide-mémoire du psychologue]

Il s’agit de L’aide mémoire du psychologue qui vient de paraitre (2009) aux éditions Dunod. Il présente ce beau métier qui a bonne presse mais si mauvaise réputation. Deviser pour mieux régner ? Que nenni, l’ouvrage dit au contraire que le psychologue parle au présent du subjectif et à l’imparfait du subversif.

Christian Ballouard

Très joliment dit : comme si qu’ils étaient nous. Mais « que nenni » ! voir à ce sujet l’excellent article de Danièle Dézard Ce n’est pas une affaire de nom. Certains universitaires affectionnent de brouiller les images en se présentant à peu près sous la nôtre, tout en se démarquant énergiquement de nous.

Il faut avouer que pour le public cela devient incompréhensible. Après tout c’est le but du jeu. Cependant mieux nous serons les uns et les autres convenablement délimités, mieux nous pourrons collaborer.

Philippe Grauer


Cf. également, en date du 29 avril 2011 un article sur la défense des CMPP, qui montre une des spécificités du travail des psychologues en secteur hospitalier et hospitalo pédagogique.


  • 1 Micheline Barus-Michel est de toute évidence proche de la psychanalyse. Voici comment se crée petit à petit une confusion véritablement … confondante. Comment voulez-vous vous y retrouver dans cet incroyable mélange des genres et épistémologies ?
  • 2 Elle y tourne le dos. L’université actuelle oriente la psychologie dans l’axe neuroscientistique DSM + supplément d’âme (le sel de la terre) à l’occasion si elle se trouve. Comment s’y retrouver dans les eaux mêlées de discours hétérogènes dont la dominante demeure scientiste et médicaliste ?
  • 3 Il importe à chaque fois strictement de ne la point définir. Tant chaque psychologue la concevra comme il l’entendra, tant notre psychothérapie relationnelle se situe pour ne prendre que cet exemple à des années lumières de la psychothérapie scientistique dispensée en marge de la psychopathologisation massive des cursus dans les UFR de psychologie. S’il y avait de la place pour tout le monde dans l’esprit des psychologues cela ne gênerait personne.

Objectivation


Un sujet, le praticien, accueille un patient aux prises avec un dysfonctionnement, qu’il va s’efforcer de considérer objectivement, et de déterminer de conserve ce qu’il convient de faire pour le contenir, réduire sa soufrance, guérir si possible.

I — La psychologie se dit scientifique ou encore expérimentale. Elle veut indiquer par là qu’elle entend se disjoindre de la philosophie et d’une façon générale d’un certain style sciences humaines à ses yeux par trop imprécises. Elle entend neutraliser l’impondérable, le subjectif et l’affectif, afin de conduire, au sein de dispositifs expérimentaux, une observation selon une méthodologie scientifique, où la mesure et un certain outillage statistique permettent d’isoler des facteurs et de valider des hypothèses. Elle considère comme nécessaire pour cela d’emprunter leurs méthodes aux sciences objectives, les adaptant à son type de matériel.

Elle met au point des batteries d’observation, des protocoles permettant de cibler des objectifs d’observation ou d’intervention précis. Les tests qu’elle a mis au point ont été soigneusement validés et pondérés, son outillage est sûr, et son ambition délimitée. Elle sait qu’elle ne sait pas et ne peut pas tout, et circonscrit soigneusement ses approches. Elle a le souci de former ses étudiants au maniement soigneux de dispositifs chargés de cerner au mieux l’incertain humain. Son domaine est celui de l’expérimentation.

Côté clinique, là où reproduire une expérimentation est impossible, auprès de celui qui souffre et vient demander un diagnostic et une aide qu’on va s’efforcer avec lui de cerner et surtout de délimiter, elle cherchera dans un nombre de séances limité, à atteindre un objectif, un résultat, qui consiste à diminuer ou effacer le symptôme et que tout revienne à la normale. J’ai peur d’entrer dans le métro, pouvez-vous m’aider ? parfois quand je passe sur un pont un vertige me happe, et je sens que je dois combattre une sorte d’impulsion mal contrôlée de me jeter par-dessus le garde-corps. Je viens vous voir pour résoudre ce problème. Le psychologue scolaire alerté par l’institutrice a repéré chez votre enfant un trouble des conduites, il est violent et agressif, nous allons lui faire passer des tests et entretiens, et le diriger s’il y a lieu vers un lieu de soin (pédiatrique).

Tout cela fait entrer la psychologie, qui constitue un vaste ensemble hétérogène dont il n’est pas question dans le cadre d’un article de rendre compte de la totalité complexe, fondamentalement dans le champ épistémologique de l’objectivité. On va mesurer l’écart à la norme, le plus objectivement possible. En présence l’un face à l’autre, le psychologue et celui qui recourt à lui se meuvent dans l’espace des faits objectifs, considérés du point de vue de la scientificité. Le désordre qui conduit le second auprès du premier est traité comme une conduite observable qu’on peut chercher à modifier. On ne va pas chercher midi à quatorze heures, les faits sont les faits, s’en tenir rigoureusement à eux est déjà suffisamment difficile, on va essayer de les discerner, diagnostiquer, et entreprendre de les guérir par l’un des moyens répertoriés parmi les protocoles d’intervention connus.

La récente querelle politico scientifique, à forte teneur idéologique, sur la question de l’évaluation des psychothérapies, tient au fait que les chercheurs de l’Inserm tiennent le psychisme comme entité objective, séparée du monde. Cette vison objectiviste objectivante, aboutit à un « retour à la démarche organo-génétique, à l’affirmation d’une causalité dysfonctionelle (neuro-bio-logique), à l’idée que les troubles psychiques sont en général des handicaps d’adaptation, suceptibles de rééducation, conformément aux directives de l’Oms » écrit Ludovic Gadeau (« Évaluation des psychothérapies, réflexions épistémologiques », in Le journal des psychologues, nov 2006, N° 242), qui ajoute : « Ce paradigme positiviste est (…) en voie de s’imposer (…) dans le monde anglo-saxon auquel les organismes de recherche et l’université française se sentent inféodés. »

Les apparences de la scientificité au service d’une idéologie de la science et de l’objectivité, cela s’appelle le scientisme. Une vigoureuse risposte humaniste dans ce cas s’impose, pour éviter à la psychologie française de s’enfoncer dans le syndrome d’ Orange mécanique . Cette mentalité scientifique objectiviste, qui caractérise un noyau de la psychologie, peut devenir dur, et dur d’oreille, antiscientifique en réalité.

D’autre part, sous l’influence de la psychanalyse, la psychologie a créé la psychologie clinique , où l’outil conceptuel de base serait la métapsychologie de Freud. Un psychologue sous influence psychanalytique se meut dans un espace épistémologique double, parfois même seulement dans le psychanalytique, dans le cadre d’une mentalité scientifique par plusieurs points contradictoire avec elle. Sauf que la psychanalyse peut s’enseigner à l’université, mais ne saurait s’y transmettre. On enseigne ce qui est objectif, de l’ordre du savoir et du savoir faire. On transmet ce qui est subjectif, par des méthodes qui présentent un caractère initiatique. Pour « savoir » il faut y être passé, en avoir fait l’expérience personnelle. De ce point de vue l’expérience personnelle s’oppose à l’expérimentation objective. Même la psychanalyse, une fois entrée à l’université, prend un caractère de savoir objectif qui la dénature. Ce savoir n’a pas sa valeur s’il n’est référé à l’expérience psychanalytique, nécessairement extérieure à l’université. C’est dans ce sens qu’il est dit que pour la psychanalyse il n’est de savoir que de l’inconscient, que cela ne s’enseigne pas mais se transmet, tout comme la psychothérapie relationnelle, dans des Écoles spécifiques.

II — La médecine a cessé de se fonder sur ce qu’on appelait il y a encore cinquante ans les humanités. Les médecins contemporains n’ont pas appris le latin et le grec pour pouvoir mieux appréhender les noms des maladies, mais exercent à partir des données des sciences exactes. Un dermatologue dans les années soixante, lorsqu’il ne comprenait pas une irritation qu’on lui montrait, pouvait vous réciter cinq vers d’Homère en compensation : la poésie aussi fait partie de la vie, et dit quelque chose d’important sur la souffrance. De nos jours il vous envoie procéder à des examens complémentaires. L’imagerie cérébrale permet de distinguer de plus en plus finement des lésions, qu’il faudra traiter selon des protocoles bien définis. La médecine contemporaine est scientifique, son univers est celui de l’observation la plus précise possible de l’état objectif dans lequel se trouve l’organe ou l’organisme du patient, en vue de gestes et d’actes relevant strictement de l’objectivité.

Il restera à déterminer, au vu de l’imagerie médicale, quelle anomalie est pertinente parmi les trois détectées alors qu’on n’en recherchait qu’une. C’est là que l’intuition clinique du médecin redevient art, et comporte une part de subjectivité. Par ailleurs le patient est certainement l’hôte d’un cancer de tel type, cela est établi de façon parfaitement objective, mais le traumatisme de savoir sa vie dorénavant menacée est, lui, subjectif.

Les deux mondes se côtoient, et les médecins se disent parfois qu’il leur faut se montrer « psychologues ». Malheureusement, cela ne s’improvise pas, et la relation n’est pas du ressort par excellence de la psychologie mais de la psychothérapie relationnelle ou de la psychanalyse. Vaste débat.

Pour en revenir à l’intitulé de cet article, la psychologie et la médecine, par excellence, relèvent du domaine de l’objectivité. Elles s’enseignent à l’université, lieu parfaitement indiqué pour cela. Le savoir délivré se valide par voie de diplôme. On est sûr du savoir de son médecin ou de son psychologue, certifié par la faculté. Tout faux médecin ou faux psychologue est un charlatan, que l’on peut traîner devant les tribunaux. L’épouvantail du charlatanisme sera agité périodiquement par des médecins qui ramènent l’ensemble de la psychothérapie à la médecine, au motif que ce terme comporte la racine thérapie, comme si la thérapie par la parole, inventée depuis Freud, était d’essence médicale par la magie détournée d’un mot.

Philippe Grauer

Psychanalyse

PSYCHANALYSEtransfert

domaine : désir de savoir sur soi, résoudre un problème de vie.

guérison (« par surcroît ») a) non visée en tant que retour à l’état antérieur ; b) Le patient n’est pas là en tant que malade (mais venu se plaindre, ou chercher à savoir).

types d’intervention : psychothérapie de soutien, psychothérapie relationnelle d’inspiration psychanalytique, psychanalyse.

symptôme : aménagement d’un conflit psychique dont l’inconfort a fini par faire venir le patient en psychanalyse.

soin : celui pris de soi, souci de soi [vs. soin médical, administré].

durée : processus pouvant s’étendre sur des années, mais pas forcément.

hypothèse de l’inconscient : écoute de l’inconscient se déployant entre les deux sujets.

transfert : reconnu comme inévitable et utilisé au cours du processus (véritable navigation transférentielle).

intersubjectivité : modérée par du silence et la disposition face à dos.

élaboration : interprétation, fantasme.

pulsion : pulsion de vie, pulsion de mort.

sexualité : primat de la sexualité au sens freudien du concept.

émotion : affect, mais théorie de l’abréaction : l’explosion émotionnelle comme fausse piste.

appellation : la psychanalyse : discipline très diversifiée.

savoir sur soi, de soi : le patient imagine, suppose que le psy sait, connaît la vérité de lui-même dont il est parti à la recherche, et cette illusion le porte jusqu’à ce qu’il trouve.

rapport au corps, proximité : prohibition du toucher, prise en compte possible de l’affect, toujours à distance.

positionnement dialogal : neutralité active ; le psy-sujet en attente « s’efface » (d’où le silence analytique) pour laisser l’autre prendre sa place, mais pas seulement. Face à dos ou face à face.

psychogénétique, théorie du développement.

diagnostic : diagnose.

psychopathologie : psychodynamique, métapsychologie.

formation : a) psychanalyse personnelle suffisamment aboutie
b) fréquentation de sociétés savantes et d’écoles.

scientificité : sciences humaines, laïcité (par rapport à la médecine), critique, dialogue rationnel.

spiritualité : domaine distinct, évolution par rapport à la question de Dieu. Spiritualité laïque possible (cf. méditation).

éthique : code éthique implicite, insubordination.

inscription : annuaires de sociétés.

pratique : en libéral et institutionnel (ancien).

statut juridique : extraterritorialité jusqu’à la loi 52.

pratiques sectaires : hors du domaine ; cas de sectarisme.

drogues : non usage.

Psychothérapie relationnelle

—> Voir également la fiche psychothérapie relationnelle

domaine : résoudre un problème de vie, désir de comprendre, de se comprendre

guérison : pas de « rétablissement » mais une transformation de la personne, par une prise en compte du sens de sa vie élaborée par elle-même au cours d’un dialogue processuel. Le patient n’est pas là en tant que malade.

Toute maladie éventuellement conjointe est prise en charge par le médecin ou le psychiatre auquel le psychothérapeute relationnel adresse son patient à tout moment utile. Corrélativement, le psychothérapeute relationnel s’enquiert, quand il est alerté, de la démarche médicale de son patient.

types d’intervention : conseil (i.e. délibération face au psy), soutien, processus d’évolution personnelle et d’intelligence sensible de soi, narration de soi.

symptôme : le symptôme comme sens de l’histoire du sujet à découvrir — herméneutique

soin : celui pris de soi, souci de soi [vs. soin médical, administré]

durée : plusieurs fois, plusieurs mois, plusieurs années, indéfiniment en cas de chronicisation. Ne pas oublier qu’en la matière la durée constitue souvent le facteur déterminant de succès (durable), toutes disciplines confondues.

hypothèse de l’inconscient : prise en compte, sinon, travail avec les processus inconscients

transfert : action fondée sur la relation et le transfert (parfois décliné sous des concepts voisins)

intersubjectivité : écoute, dialogue, interpellation

{élaboration } :

a) émergence de sens ;

b) sous son aspect volontariste méthode active, appelée travail

pulsion : privilégie la pulsion de vie, souvent nommée énergie. Concept de croissance.

sexualité : positionnements théoriques variés

émotion : travail avec la dimension émotionnelle et psychocorporelle ; non à l’abréaction, oui à la catharsis (redéfinie comme débouchant sur un réaménagement, conscient ou non, finalement sur une élaboration verbalisée)

phénoménologie : méthodes actives, influence de l’existentialisme

appellation : la psychothérapie relationnelle, champ disciplinaire réparti en moins d’une dizaine de champs disciplinaires ou écoles de pensée.

— la thérapie (qui ne se désigne ordinairement pas comme psycho-thérapie) cognitive ne relève pas de ce champ, ni le systémisme (dont il existe toutefois des versions psychanalytiques et relationnelles : exemples de psychothérapie intégrative) .

— la psychothérapie multiréférentielle relationnelle articule en entités pertinentes plusieurs disciplines cohérentes dans le champ relationnel, selon des modes d’articulations variés.

savoir sur soi, de soi : c’est la personne qui sait (peut savoir, peut ne rien vouloir savoir)

rapport au corps, proximité : la respiration, le mouvement et l’émotion peuvent être pris en compte, ce qui requiert une formation très spécialisée (et de longue durée), l’objectif restant l’élaboration en vue de symbolisation. Plus le rapprochement devient possible plus la formation doit être rigoureuse.

positionnement dialogal : le psychothérapeute relationnel « répond (pas obligatoirement) quand on lui parle ». Il travaille souvent en face à face (sous le regard), jamais systématiquement en face à dos.

diagnostic : diagnose

psychopathologie : plusieurs modèles d’éthiopsychopathogénie.

formation :

a) initiale : expérientielle didactique (généralement de reconversion) dans le cadre d’écoles agrées (5 années universitaires minimum à l’Affop — entre 1500 et 2000 heures), à l’issue de et s’accompagnant d’un processus personnel psychothérapique ou psychanalytique : formation-transformation

b) permanente : au sein de sociétés savantes.

éthique (1) : code de déontologie (cf. 5 critères).

– inscription : au sein d’organismes titularisants, 5 critères (2), annuaires.

pratique : surtout en libéral (interdit professionnel actuel en institution)

statut juridique : néant.

pratiques sectaires : hors du domaine. Offres d’aide aux institutions anti-sectes et aux victimes.

drogues : non usage.

Subjectivation

Un sujet, le praticien, reçoit un autre sujet, qui n’est pas au clair avec sa propre subjectivité. Le dialogue intersubjectif lancera le processus par lequel celui qui fait la démarche se trouvera progresser sur le chemin de lui-même et de devenir le sujet qu’il n’était pas encore. Ce qu’on appelle le processus de subjectivation. Émerger comme un soi-même. Cela n’est possible que parce que deux sujets investissent ensemble, l’un témoin l’autre témoignant, la dynamique de la confidence de l’un à l’autre, à l’issue de laquelle le patient finisse par se reconnaître, à l’occasion de l’aventure de sa relation à l’autre et à de l’autre.

Dès qu’on a franchi la ligne du transfert, la subjectivité règne sans partage — il faudrait aussi dire en partage ; cela bien entendu ne veut pas dire qu’on y manquerait de méthode. Bien au contraire. Cela veut dire que les deux protagonistes en présence dans la rencontre professionnel-patient y engagent également leur subjectivité — elle-même intégrée à la loi commune de l’humanité (parlante).

I — Dans le cas de la psychanalyse, c’est armée par la théorie de l’inconscient que l’opération aura lieu. S’il y a de l’inconscient, je suis en quelque sorte étranger à moi-même puisque je me rends compte qu’une instance inconnue de moi joue en moi, se joue de moi à l’occasion. Puisque j’en viendrai à me rendre compte que j’ignorais qui était le quelqu’un que je suis, en train de m’adresser à un quelqu’un d’autre de façon longtemps obscure à moi-même. Qui suis-je donc, celui qui dit je sans comprendre vraiment que ce Je à face d’autre c’est lui ? Cette histoire qui prend corps laborieusement c’est la sienne, il devient progressivement lui et finira par en parachever le processus en devenant véritablement auteur ou autrice de sa propre vie.

C’est cela qu’on nomme procès de subjectivation.

II — on trouve l’équivalent avec la psychothérapie relationnelle, diffractée selon quelques grands axes. Certaines formes de cette discipline travaillent sous l’influence directe de la psychanalyse, avec des méthodes actives. D’autres déclinent la question de l’inconscient de façon différente, avec des résultats variés, recherchant toutes l’émergence chez celui qui accomplit la démarche, de sa subjectivité assumée et à peu près consciente. Dans le cadre de la phénoménologie qui inspire les psychothérapies existentielles, la conscience étant conscience de quelque chose, plus précisément de quelqu’un d’autre, advenir en présence de l’autre psychothérapeute à sa présence à soi représente bien l’accès à soi comme sujet en relation. La subjectivation s’affiche comme procès chez le patient tout au long de la durée du cheminement ensemble, ponctuée de tous les moments d’absence où « personne ne répond », n’est là pour éprouver ce qui m’arrive, où je n’y suis pour personne, ratant la relation et ma propre présence à moi, jusqu’à, au détour du dialogue, en prendre conscience et me réveiller, advenir à moi-même, prendre la responsabilité du sujet que je suis.

PHG


TEXTES

Voir union des psychothérapeutes et des psychanalystes.

Transfert

Depuis l’intervention de cette réalité qui mit Breuer en fuite, laissant à Freud le soin de l’écriture des Études sur l’hystérie, ce concept n’est pas à proprement parler né de l’invention de la psychanalyse, qui par contre en a fait progressivement le levier du processus psychothérapique.

Personne dans le monde psy n’ignore plus cette réalité relationnelle. D’abord rencontrée comme interférence fâcheuse, dont ne savaient que faire véritablement ni Mesmer ni ses continuateurs du XIX ème siècle, durant lequel on parlait de rapport, influence, report affectif, il s’est avéré que cet inévitable mécanisme, mieux théorisé, allait constituer un ressort psychothérapique fabuleux.

Il consiste, dans le cadre de la relation psychothérapique relationnelle ou de la psychanalyse, à ce que la personne qui consulte traite le praticien en le prenant pour quelqu’un d’autre, à son insu. La psychanalyse laisse se dérouler le processus : sur les rails du transfert fonce la locomotive de l’histoire relationnelle du sujet avec toute sa famille et ses proches. Il réinvestit sans comprendre d’abord ce qui lui arrive ce qu’on pourrait appeler l’historique de ses sentiments dans ce qu’il prend pour la réalité de la relation avec celui auprès duquel il entreprend sa démarche. Cela s’éclairera le moment venu, délivrant le patient du poids du contentieux de la sorte revécu et, si l’on peut dire, vingt fois sur le métier remis.

Inutile de l’éclairer avant l’heure, cela obscurcirait, retarderait ou bloquerait la prise de conscience, et le dénouement. Certains psychothérapeutes relationnels protestent, s’efforcent de réduire le transfert en le « dénonçant » à mesure : « — Je ne suis pas ton père ! » Ça ne marche pas très bien, et ils sont obligés à certains moments de convenir que la seule stratégie valable est de laisser se dérouler la longue bobine de l’illusion tenace, en fournissant des indices, jusqu’au dévoilement-dénouement seulement quand c’est mûr.

Bien entendu le contre-transfert fonctionne tout aussi bien, et même mieux, puisqu’il sert au praticien qui connaît déjà, a déjà parcouru et éprouvé la chose, à déchiffrer grâce à son propre transfert en retour ce qui est en cours.

La ligne du transfert portée en diagonale du Carré psy marque le partage entre le champ de l’objectivité scientifique classique (d’inspiration médicale ou psychologique) et celui de la subjectivation (d’inspiration sciences humaines cliniques). Les deux triangles n’ont pas les mêmes propriétés, on n’y interagit pas de la même façon, selon que deux sujets s’y rencontrent, le professionnel ayant longuement travaillé à se dégager lui-même comme sujet, ou qu’un expert sujet de sa science reçoit très objectivement une personne qui se plaint d’un dysfonctionnement dont elle espère guérir, c’est-à-dire revenir à la normale après érasement du symptôme, toute dimension transférentielle ignorée.

La prise en compte de la dimension inconsciente dans le jeu de la relation distingue radicalement les deux univers de référence. Ainsi que le fait de considérer que c’est le ressort relationnel — avec sa dimension inconsciente et transférentielle — qui fonde le processus psychothérapique, par lequel on ne guérit pas à proprement parler (retour à l’état antérieur) mais évolue et se transforme, qu’on trouve dans le triangle de la subjectivation.

Qu’ensuite, par une figure mixte impliquant une superposition de rôles institutionnels pas forcément évidente, certains praticiens juxtaposent les références en coordonnant plus ou moins les deux modèles épistémiques du regard scientifique objectiviste et de l’implication intersubjective à double fond inconscient, est une tout autre affaire, qui nécessite éclaircissement. Le monde psy ne manque pas de complexité et même d’occasions de brouiller les pistes.

Du point de vue théorique et méthodologique, l’éclectique, l’intégratif, le multiréférentiel, auront besoin de se voir soigneusement définis pour ne pas devenir de simples lieux d’amoncellement mal ou pseudo ordonnés.

Du point de vue institutionnel et réglementariste, une juste loi se devrait de respecter cela, et permettre expressément aux praticiens de tous les courants, y compris ceux qui évoluent en eaux mêlées, d’exercer comme ils l’entendent, sous le contrôle de leurs institutions tutélaires et sociétés savantes. L’établissement d’un quelconque monopole d’État au profit de quelques catégories seulement de psychothérapeutes au sens générique de ce terme, nuirait au délicat équilibre du monde et du Carré psy.

PHG

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