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Glossairede la psychothérapie

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psychothérapeute – histoire

psychothérapeute – éléments d’histoire

En langage courant, praticien de la psychothérapie (voir ce mot). Tout dépend de la définition qu’on produit de la psychothérapie (soin par la parole) – laquelle est multiple et épistémologiquement contradictoire. C’est là que les soucis commencent.

Nous avons pu écrire de façon polémique (in psychothérapeute) : « Psychothérapeute : nom de métier devenu en France titre d’exercice réservé à ceux qui précisément ne le sont pas forcément. » Ce qui ne veut rien dire de correct tant qu’on ne prend pas en compte la note adjointe : enfin pas au sens où précisément l’entendaient les ex psychothérapeutes identifiés et titularisés par l’un des organismes historiquement responsables de l’actuel GLPR.

« imposture de la psychologie »
Ce qui permet d’entendre ne sont pas forcément psychothérapeutes au sens précisément où l’étaient les praticiens humanistes qui se disaient psychothérapeutes avant 2010, se définissant implicitement ou explicitement comme psychothérapeutes relationnels. Ce qui prend en compte la protestation de Philippe Grosbois parlant d’une imposture de la psychologie.

Comme le bon sens de Descartes la psychothérapie est la chose au monde psy la mieux partagée, sauf que le partage s’effectue dans une charmante confusion générale. Le terme psychothérapeute en souffre par contre coup.

psychothérapeute. Nom de profession enregistré en 1981 par le SNPPsy

Nous n’aborderons pas ici la question du « titre » de psychanalyste, et de façon plus générale de la confusion spontanée entre profession et titre.

Titre, nom de métier, nom de discipline, toute une Histoire.

titre : histoire du mot

de la pancarte au titre boursier en passant par la croix du Christ
Commençons par un peu de chrono tourisme. Le Dictionnaire historique de la langue française commence à Rome avec le titulus par des écriteaux de manif portés au bout d’un bâton lors des défilés de triomphe, indiquant le nombre de prisonniers et le nom des villes prises. Le même mot en viendra à annoncer un local « À LOUER », pour finir par louer… un défunt lors de son enterrement. Devenu inscription funéraire, le titre se retrouve sur la croix du Christ, de la croix à la bannière le voici sur les drapeaux, puis les monnaies. Tout cela sorti d’usage, subsiste une dérive, la désignation de la matière d’un ouvrage, au XIIIème siècle, toujours active comme on sait. Au XIVème siècle arrivent les juristes qui utilisent le mot pour désigner ce qui établit un droit, notamment de possession, d’où nos titres boursiers.

– de à juste titre jusqu’à relation
Cela va donner, toujours au XIVème siècle, le « droit sur lequel on se fonde pour faire quelque chose, » à juste titre dit-on encore de nos jours. Il faut attendre le XVIIème siècle pour que, reprenant le sens latin de « célébrité » le mot revête le sens de « désignation honorifique indiquant un rang, une dignité. » Cela se sociologise. Par extension le terme finira par « s’appliquer à la qualification que l’on donne aux personnes pour exprimer certaines relations (par exemple le titre de père) » – vous pensez bien que nous n’avons pas voulu faire l’économie de l’introduction collatérale du terme relation dans cette affaire.

« ici le titre est exigé »
C’est de la ligne de sens du Grand siècle que part le TLF. Pour lequel titre c’est d’abord l’ « indication d’une distinction, d’une qualité. » Honorifique et nominale, susceptible d’être usurpée, cette qualité doit être authentifiée. Nous voici en plein dans l’actualité. Ensuite c’est le « Nom d’une charge, d’un office, d’une fonction ou d’un grade. Titre universitaire ; titre d’agrégé, de professeur, de docteur. » Il arrive, le moment Knock : Dites-donc, maintenant, vous êtes bien réellement docteur?… Parce qu’ici le titre est exigé (ROMAINS, Knock, 1923, I, p. 5).

droit de titre
Retour au juridique, le mot « désigne ce qui établit un droit, le justifie ou détermine ses modalités. » le TLF parle alors d’écrit rédigé en vue de constater un acte juridique ou un acte matériel pouvant produire des effets juridiques, et fournit des exemples :  » Titre authentique, nul, primordial » et un peu plus loin, lapidaire : » droit de titre« . On n’est pas loin du brevet que signale subrepticement le Grand Robert.

Histoire contemporaine

nom de métier
En portant le terme psychothérapeute sur les fonds baptismaux des Pages jaunes, en 1981, le SNPPsy fait enregistrer psychothérapeute comme nom de métier. Il s’agit de faire reconnaître une profession. Et d’y mettre bon ordre, pour n’autoriser la pratique qu’à juste titre, nous y revoici.

titulaire

Pour établir la dimension éthique (morale disciplinaire) et déontologique (morale professionnelle) de ladite nouvelle ancienne profession il fallait en effet un titre. On allait devenir titulaire, on reconnaît le terme latin, du SNPPsy, qui non seulement soutenait une profession – s’agissant d’un syndicat professionnel, cela se conçoit, mais prenait en charge de la qualifier (nous n’oublions pas que par ailleurs le travail avait commencé avec l’action du PSY’G (1966).

amorce ordinale

Ce syndicat se découvrait une vocation d’amorce ordinale. Il n’inscrivait pas ses membres purement et simplement mais ayant défini les normes du métier passait au crible les candidats. Ainsi une institution professionnelle prenait-elle en charge de contrôler la qualification de ses membres, sans considération pour les diplômes psys existants, lesquels statutairement

1) n’avaient pas vocation d’accréditer leurs titulaires du point de vue de leur parcours psychothérapique (ou psychanalytique d’ailleurs) personnel ;

2) ne les accréditait pas davantage sur leurs capacités de pratique(1) relationnelle ou de l’ordre d’une stratégie de l’inconscient.

déontologie

Ainsi se promouvait une étrange profession véritablement nouvelle, composée de praticiens, c’est le terme dont ils se sont désignés (vs. cliniciens, on mesure la distance à la médecine), formés dans des instituts de méthodes d’un type nouveau, dispensant un savoir non universitaire (ou pas encore s’illusionnait-on), se regroupant dans une institution pluraliste où se voyaient pacifiées leurs rivalités de méthodes. Chacun dans son style, le SNPPsy plus spécifiquement idéologue, les deux syndicats français mirent au monde une déontologie, et le SNPPsy un contrôle des instituts de formation, donc des voies diplômantes (privées), le contrôle de la formation constitue la base de celui de la pratique. Leur objet, la psychothérapie. Telle qu’eux la concevaient. Telle que la définissait entre les lignes leurs codes de déontologie (SNPPsy : 1982).

méconnaissance des domaines d’exercice

Pris dans l’élan du mouvement « européen » de l’EAP, les-psychothérapeutes du SNPPsy entendirent revendiquer le monopole de la psychothérapie, en ceci mimant leurs collègues psychologues et psychiatres (les psychanalystes ressortissant des deux professions précédentes). S’estimant les uniques légitimes détenteurs de la psychothérapie – la leur, les voici à leur tour à revendiquer l’entièreté d’un domaine dont ils ne représentaient qu’une part. Les tensions corporatistes endémiques entre psys ne s’en trouvèrent pas apaisées.

inflation de narcissisme corporatiste

Cette inflation narcissique qui tout compte fait n’aura duré qu’une décennie se dégonfla en 2001. Parti de la psychologie humaniste puis des Nouvelles Thérapies, le mouvement qui en était venu à la revendication de l’ensemble de l’univers de la psychothérapie réintégra rapidement les limites tenables et légitimes d’une psychothérapie relationnelle capable de s’identifier et définir.

1889 – 1989 : de Bernheim à l’UKCP

Cette profession, en tant que telle, en tant que discipline également, à l’issue d’un siècle de gestation, se comportait en institution responsable. La psychothérapie au sens indifférencié de ses origines, objet récent, date de 1889 (2) ou 1891 selon que l’on considère le trait d’union ou non, on la fait traditionnellement remonter à Bernheim. Avant elle il eut la psychiatrie, puis la psychologie, passée de « science de l’homme intérieur » (introspection) à psychologie scientifique [science de l’homme extérieur… ] au début du XXème siècle. Le lien historique logique remonte aux Lumières, Messmer, Puységur, l’école allemande, l’hypnose, le romantisme et la découverte de l’inconscient au XIXème siècle, pour aboutir à l’école de Nancy.

psychanalyse, champ phénoménologique, psychologie humaniste

Ce qui nous fait arriver à la psychanalyse au début du XXème siècle, qui en matière de psychothérapie bouleversera l’ensemble de l’édifice psy, pénétrera profondément la culture d’ensemble occidentale, imprégnera durablement l’imaginaire collectif, se constituera en profession de fait dans les années 20, et imprimera sa marque en psychiatrie et psychologie. Or, à peine la psychanalyse installée solidement aux États-Unis sur le territoire de la médecine en thérapie de l’adaptation au bonheur américain, voici qu’en réaction apparaît à partir des années 60 la psychologie humaniste. Elle se compose comme son nom l’indique de psychologues.

de psychologue à thérapeute
Il advint que dans l’expression psychologie humaniste le déterminant le devint, déterminant. Le terme psychologie le céda insensiblement à celui de thérapie (aphérèse de psychothérapie), concurrente contestataire d’une psychanalyse-psychiatrique conformiste, résolument adversaire par ailleurs du comportementalisme, Troisième voie en marche. Logique parfaite, la « psychologie » humaniste depuis le début se présente comme existentialiste, philosophique donc, dans le champ de la phénoménologie, et comme psychothérapie fondée sur le travail de la relation, impliquant ses deux protagonistes, le tout en réaction déclarée au courant comportementaliste.

la psychothérapie comme fonction

Jusqu’alors la psychothérapie selon la définition qu’en fournissaient les psychologues français consistait en une fonction, réclamée comme privilège par la corporation des psychologues(3), concurremment à la pratique psychiatrique, laquelle ajoutait diagnostic et soin médicamenteux, consistant à apporter un soin par le psychisme. En évitant de trop définir les termes. Notons que Mont Soin comporte plusieurs faces. La psychiatrie figurerait la face Nord, la Sud moins escarpée la psychologie. Sur les deux pentes la psychanalyse avait depuis 1945 développé sa forêt. Victime d’incendies et d’opérations de déboisement ces derniers temps. Et la face Ouest ?

à peine obtenu la sécurité d’un titre de psychologue…

identité professionnelle
La psychologie en France venait d’obtenir en 1985 le titre de psychologue au terme de quinze ans de lutte politique professionnelle, se soustrayant ainsi enfin à sa paramédicalisation, à sa soumission à la médecine (dont elle continuait d’envier la scientificité) – souveraine souvenons-nous en en matière de diagnostic et de prescription (soin médical) – la psychologie venait tout juste de se libérer de l’assujettissement des psychologues hospitaliers au pouvoir des psychiatres(4), voici que

… débarquent des concurrents sans diplômes ni titre

les humanistes
Au moment de jouir du bénéfice de ce rééquilibrage des forces (professionnelles), surgit de la psychologie humaniste, née des lignes de forces psys de la société américaine, plus humaniste que psychologique pourrait-on dire, un mouvement professionnel et disciplinaire qui rapidement allait se constituer en force professionnelle politique européenne et intervenir dans le paysage psy français. À la table où se tenaient les trois puissances psys traditionnelles, psychiatrie, psychologie, psychanalyse, s’arrangeant et se dérangeant entre elles, se partageant la psychothérapie définie comme une de leurs fonctions, voici que s’invite une quatrième entité, de surcroît imprégnée de thérapie populaire et bientôt d’un coefficient non négligeable de spiritualité(5), un mouvement d’inspiration alternative, qui bouscule et se présente comme la-psychothérapie.

Trente glorieuses humanistes

Il s’est trouvé que le mouvement humaniste existentialiste de la psychologie américaine, à la fois héritier du message psychanalytique et marquant sa prise de distance par rapport à lui, durant les années 60 monte en puissance, passe à l’émotionnel puis au psychocorporel (bientôt on vient de le voir cela se teintera de spiritualisme) pour à partir de la décennie 70 conquérir l’Europe via la Grande Bretagne et les États-Unis. Premiers pays concernés, la France et la Belgique. Le PSY’G en se fondant lance le premier les dés en 1966, le CDPH en 1972 puis le SNPPsy en 1981 les jettent sur le tapis de l’Histoire, le PSY’G rejoue en 1990 avec la déclaration de Strasbourg (fondation de l’Association européenne de psychothérapie, – EAP en anglais), proclamation européenne d’indépendance de la psychothérapie, axe : Londres (UKCP), Paris (PSY’G et SNPPsy), Vienne (Fritz Pritz), ce qui débouchera sur l’Assemble mondiale de psychothérapie, Vienne, {1995 } (certains vieux viennois américains repassent à Vienne). De 1970 à 2000, trois décennies voient l’expansion de cette force irrésistible qui installe ses méthodes sa mentalité, sa révolution, ce qu’on peut après-coup nommer les Trente glorieuses de la psychothérapie humaniste.

un nouveau fait de société

Il en sera sorti deux syndicats, deux fédérations, un mouvement européen à horizon mondial, les psychothérapeutes s’organisent, se font reconnaître, occupent le territoire, revendiquent la psychothérapie. Les patients les suivent, cela commence à représenter quelques millions de personnes, un fait de société, un enjeu idéologique, des positions scientifiques antagonistes, des intérêts pharmaceutiques et économiques, des points en termes électoraux, cela commence à revêtir des aspects politiques.

Il en sortira aussi une grande offensive de la médecine pour éliminer les nouveaux venus, abattre la psychanalyse, et remodeler à la médicale le champ psy tout entier.

vers la réglementation

– épisode afnor : l’alerte
Il se trouve que la médecine, toujours aux aguets de s’emparer d’une activité de soin se développant dans son voisinage, s’inquiète en fin de siècle de l’existence de ces psychothérapeutes devenus un peu trop visibles. L’alerte fut sans doute donnée quand le SNPPsy s’avisa de s’enquérir de normation AFNOR pour la psychothérapie (1993). La stratégie, toujours la même, consistait pour le syndicat à faire reconnaître par la bande d’une officine d’État la profession de psychothérapeute. En confectionnant une sorte de fiche technique – une Agence (l’HAS), on va entrer dans l’ère des Agences, parlera plus tard de fiche métier – décrivant le service proposé et ses modalités d’application définies par les professionnels mêmes, on inscrirait fonctions et jeu de règles sur les tablettes péri ministérielles, on engendrerait une documentation descriptive pour orienter le public et progresserait ainsi vers l’affichage identitaire professionnel et le système de garantie souhaité.

– Union sacrée
Convoqués au ministère de la Santé, les intéressés de toutes les professions psys manifestèrent leur hostilité à cette idée de table ronde et refusèrent de dialoguer. Ils s’attachèrent à empêcher toute reconnaissance en respectabilité professionnelle et scientifique de leurs nouveaux collègues les psychothérapeutes dont certains ni médecins ni psychologues se voyaient situés hors du cadre académique. Peu importait que ces professionnels fussent qualifiés, Il fallait noircir le tableau d’une absence supposée de qualification et bien entendu d’éthique, s’attaquer à un non professionnalisme supposé qui heurtait les convictions académiques, le scientisme et l’esprit de corps.

Cournut (SPP) lance Vasseur (AFP) sur Accoyer (UMP)
Dans ces conditions l’initiative revint à Cournut, psychiatre président de la SPP, de présenter Vasseur, président de l’AFP (Association française de psychiatrie) – nous évoluons ici dans l’univers de la médecine – à son collègue d’Annecy, un ORL UMP à l’oreille politique aussi active que sensible, afin d’engager, puisque un processus de réglementation s’amorçait de toute façon (opération Académie de médecine : 1er juillet 2003Rapport Pichot-Allilaire ; 15 septembre 2003Rapport Cléry-Melin), une contre-attaque pour maintenir le pouvoir corporatiste de la psychiatrie (et de la psychanalyse s’imaginent les naïfs de cette dernière). En s’adjoignant les psychologues on unirait l’ensemble du monde psy présentable, les trois corporations, contre ces improbables nouveaux venus.

– exit psychanalyse
Par ailleurs la tendance mondialiste scientiste d’évacuation de la psychanalyse de la psychiatrie et de la psychologie trouverait là un excellent point de départ et d’appui sans que les psychanalystes se doutassent de rien, la clairvoyance politique n’étant pas leur fort(6).

États-généraux de la psychiatrie – 2003
C’est dans ce contexte que se tinrent en mai 2003 les deuxièmes États généraux de la psychiatrie(7). Qui tinrent ces assises (Hervé Bokobza) ? comment ? Accoyer avait déjà déposé des amendements, le projet de loi Marchand (SNPPsy) déposé depuis le 28 mars 2000 sur le bureau de l’Assemblée leur faisait face. Les psychothérapeutes de leur côté ne s’étant pas déplacés (mondes étanches ?), les psychiatres réunis ne s’occupèrent pas de cette affaire, votèrent deux motions favorables à la psychanalyse, une autre de défiance à l’endroit du DSM, et réclamèrent d’un gouvernement de droite un budget et un traitement spécifiques qui leur furent refusés. Manifeste faiblesse d’une profession dépérissante dans un contexte organiciste orienté vers une politique sécuritaire.

préparatifs : journées à l’Assemblée Nationale

1er juillet 2003 – L’Académie de médecine avec son rapport Pichot-Allilaire avance sa revendication de la psychothérapie comme médicale. Le Groupe de contact entre en action. De leur côté les psychiatres associés à des organismes de psychologues et certains de psychanalyse (le futur « Groupe de Marly » – 2004) organisent un colloque (8) de soutien à Accoyer à l’Assemblée nationale le 23 mars 2000, cependant que les psychothérapeutes du Snppsy allaient tenir le leur également à l’Assemblée nationale le 18 novembre 2000, (l’Affop ce fut plus tard, 12 janvier 2002), recevant la visite de Jacques Sédat (en ignorant l’existence et l’activité du Groupe de contact).

la nuit du 8 octobre
C’est sur ces entrefaites qu’Accoyer le 8 octobre en nocturne, avec l’aide de la socialiste anesthésiste Génisson, déclenche ce qui va devenir la bataille des charlatans.

(À suivre)

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